Psychologie générale - compte-rendu ; n°2 ; vol.65, pg 592-614

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L'année psychologique - Année 1965 - Volume 65 - Numéro 2 - Pages 592-614
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1965
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II. Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1965 vol. 65, n°2. pp. 592-614.
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II. Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1965 vol. 65, n°2. pp. 592-614.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1965_num_65_2_27514— Psychologie générale II.
Boring (E. G.). — History, psychology and science (Histoire, psychol
ogie et science), édité par Watson (R. I.) et Campbelle (D. I.). —
In-16° de 376 p., New York, John Wiley & Sons, 1963.
E.G.B., comme disent les Américains, est très connu comme his
torien de la psychologie. Deux de ses collègues ont eu l'heureuse idée
de rassembler dans ce volume des articles épars dans lesquels E.G.B.
exprime peut-être encore mieux que dans les livres, où il s'efface devant
les faits, ses vues les plus profondes sur l'histoire de la science en général
et de la psychologie en particulier.
Fermement déterministe, il insiste sous des formes très diverses sur
l'importance des développements qui permettent à un moment donné
les découvertes scientifiques. Le Zeitgeist se révèle par exemple dans le
fait qu'une même découverte est faite quasi simultanément par des
hommes qui travaillent d'une manière indépendante. Il pense que le
rôle des personnalités est toujours surévalué pour des raisons psycho
logiques évidentes. Il ne nie pas pour autant l'importance du génie qui
a l'art d'apercevoir les nouvelle formes d'un donné en transformation.
Le nouveau procède souvent par négation de l'ancien.
Dans chaque article, le lecteur pourra glaner maintes réflexions or
iginales sur les débuts de la psychologie expérimentale, la méthode
scientifique, l'opérationalisme et une critique impitoyable du dualisme.
P. F.
Berelson (B.) (édit.). — The behavioral science today (Les sciences
du comportement aujourd'hui). — In-12° de 278 p., New York,
Basic Books, 1963.
Cet ouvrage collectif fait le point de la situation actuelle des sciences
du comportement, spécialement aux U.S.A. Dans un premier chapitre
introductif, Berelson délimite les behavioral sciences par rapport aux
social sciences :
Les premières traitent les données recueillies par l'observation directe
du comportement, tandis que les social sciences comprennent aussi des
disciplines utilisant des données recueillies par observation indirecte
ou documentaire, telles que l'économie et l'histoire.
Mais ceci n'est qu'un aspect de la délimitation, la spécificité des
behavioral sciences se dégageant surtout du contenu même des sujets
abordés.
Le livre comprend 20 chapitres. Après l'introduction et un chapitre PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 593
concernant l'organisation institutionnelle des sciences du comportement
aux U.S.A., on peut distinguer dans les différents sujets traités :
1° La présentation de disciplines : « Anthropologie » (Cora Dubois),
Psychologie (E. R. Hilgard), Sociologie (H. Alpert), Neuropsychologie
(K. H. Pribram), Linguistique (J. H. Greenberg), Démographie
(K. Davis).
2° La présentation de domaines d'étude limités : Psychologie ani
male (H. F. Harlow), Pensée, Cognition et apprentissage (G. A. Miller),
Personnalité (R. H. Knapp), Petits groupes (G. C. Homans), opinion
publique (P. F. Lazarsfeld), stratification sociale (S. M. Lipset).
3° Des problèmes théoriques généraux : simulation par les ordi
nateurs (C. I. Hovland), l'évolution du comportement (G. G. Simpson
et Anne Roe).
4° Des études concernant le fonctionnement et l'application des
sciences du comportement : méthodes de recherche des behavioral
scientists américains (S.A. Stoufîer) ; application des sciences du compor
tement dans les professions (D. R. Young) ; contributions de la science
du comportement à la vie contemporaine (J. W. Riley Jr.) ; la mosaïque
des sciences du comportement (R. K. Merton).
J.-M. P.
Handler (G.), Kessen (W.). — The language of psychology (Le lan
gage de la psychologie). — In-8° de 301 p., John Wiley & Sons, 1964.
Sous ce titre néopositiviste, les auteurs ont rassemblé des études
qui portent sur les principaux problèmes épistémologiques, dont les
psychologues (et d'autres) ont débattu depuis quarante ans. Le livre est
divisé en deux parties, le vocabulaire de la psychologie d'une part, la
théorie en psychologie d'autre part.
A propos du vocabulaire, Mandler et Kessen abordent le problème
de l'articulation du langage des psychologues avec le langage commun,
montrent l'ancrage du premier dans le deuxième, mais aussi les infi
rmités du second avec ses équivoques et ses réifications qui imposent au
psychologue la recherche d'un vocabulaire propre. La réduction au
langage des choses, le physicalisme, l'opérationisme constituent les
principaux thèmes de cette partie dont l'idée centrale est skinnérienne,
à savoir que c'est l'invariance de la réponse verbale devant une classe
d'objets qui rend compte de l'apprentissage du langage scientifique.
C'est cette invariance à la fois intrasubjective et intersubjective qui est
responsable du caractère « public » de la science. Bien que les auteurs
prennent parfois leurs distances à l'égard de l'empirisme logique, il est
clair que l'influence de cette doctrine demeure prépondérante ; l'i
nfluence de Hempel et de Quine est grande également.
Dans la seconde partie, les théories sont traitées comme des systèmes
d'anticipation et des moyens de communication, c'est-à-dire encore
comme des instruments de calcul et de résumé. La réduction au langage
protocolaire, la théorie des échelles, le problème de l'induction ; la
théorie des systèmes formels, enfin le des variables intermé- 594 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
diaires et des concepts hypothétiques sont les principaux sujets abordés.
Les auteurs cherchent encore une fois à éviter le dogmatisme positi
viste et y parviennent mieux que dans la première partie.
Un dernier chapitre traite de deux problèmes spécifiques de la psychol
ogie, le réductionisme psychologique et le statut scientifique de la
méthode clinique.
Au total, ce livre fait un tour d'horizon utile, des problèmes épisté-
mologiques les plus importants de la psychologie. Certains dévelop
pements sont un peu longs, mais les questions sont bien exposées et les
prises de position des auteurs souvent raisonnables.
G. V.
Wolfenden (J.) et coll. — The languages of sciences, a survey of
techniques of communication (Les langages des panorama
des de communication). — In-8° de 173 p., New York,
Basic Books, Inc., 1963.
Ce petit livre collectif rassemble huit conférences faites à la télévision
sous les auspices de la « British Association for the Advancement of
Science ». On n'y cherchera pas d'informations de première main, mais
quelques excellents exposés de vulgarisation scientifique faits par de
grands savants.
Après l'exposé de J. Wolfenden, qui traite essentiellement de la com
munication des savants entre eux et avec le public non scientifique,
notamment les hommes politiques, H. Bondi insiste sur quelques carac
téristiques de la science, la réfutabilité, la communicabilité, ainsi que
sur la nécessité de donner un enseignement polyvalent aux étudiants
en science ; E. Ashby montre combien le savoir contribue à la différen
ciation sociale et fait l'apologie de la vulgarisation scientifique.
Les exposés qui suivent sont plus techniques. G. H. Beadle, prix
Nobel, décrit les mécanismes de l'hérédité. Il nous livre le code de pas
sage entre le langage A D N à quatre symboles et celui de protéines à
vingt symboles et nous donne la traduction en amino-acides des mots
de trois du système A D N. J. Gray donne des exemples clas
siques du langage animal et aborde les délicats problèmes de leur
caractère émotionnel ou descriptif, inné ou appris. E. H. Adrian, prix
Nobel, décrit les mécanismes de conduction de l'influx nerveux, ainsi
que ceux de l'attention. Quant à H. J. Eysenck, il entreprend l'expli
cation, en termes de conditionnement, des névroses et des psychopathies,
ainsi que de la division jungienne entre introvertis et extravertis. Enfin
E. W. Appleton retrace l'histoire des télécommunications.
G. V.
Miller (G. A.). — Mathematics and psychology (Mathématiques et
psychologie). — In-8° de 292 p., New York, Wiley and Sons, 1964.
Ce livre, au titre un peu trompeur, n'est pas un exposé ou une réflexion
systématique sur les apports des mathématiques à la psychologie ; il
s'agit en fait d'une anthologie d'auteurs classiques et contemporains. PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 595
Les textes sont commentés : un commentaire incisif, mais qui tend
d'abord à éclairer la pensée de l'auteur cité avant de porter un jugement
de valeur. Pour Miller, l'application des mathématiques à la psychologie
est avant tout un état d'esprit, qui s'est trouvé présent à des degrés
divers, à des époques diverses, chez certains chercheurs qui visaient à
introduire plus d'ordre dans leur domaine.
Cette absence de sectarisme pour les idées (sinon toujours pour les
personnes) se reflète dans l'étonnante variété des textes choisis et dans
l'ordre de présentation adopté. Quatre catégories principales d'appli
cation des mathématiques à la psychologie ont été retenues par Miller,
qu'il appelle respectivement : discursives, normatives, fonctionnelles
et structurales.
Dans les applications « discursives », les mathématiques ne sont
utilisées que comme langage sténographique ou analogique : un texte
de Herbart et un autre de Lewin servent d'illustration. Les applications
« normatives » sont celles où les mathématiques servent à découvrir le
comportement le mieux adapté à un but spécifié : les textes correspon
dants sont empruntés à D. Bernoulli, Jevons, Ramsey, Marschak. Les
applications « fonctionnelles » sont les plus importantes : les mathé
matiques y jouent un rôle qu'on peut appeler traditionnel, qui est de
traduire des relations entre variables quantitatives. La catégorie de ces
applications est divisée en deux sous-catégories. Dans la première, la
traduction des relations est envisagée à partir de mécanismes essentie
llement déterministes : on trouve ici les grands classiques de la psycho
physique et de l'apprentissage : Fechner, Titchener, Stevens, Hecht,
Thurstone, Hull, ainsi qu'H. Simon. La deuxième sous-catégorie cor
respond à l'introduction de mécanismes aléatoires dans l'analyse des
relations : à côté de Thurstone, on trouve des exposés introductifs à des
théories de la psychologie mathématique actuelle, comme l'information
(G. A. Miller), la décision (Swets, Tanner et Birdsall), les modèles stochas
tiques (Estes, Bush et Mosteller).
Sous la rubrique « applications structurales », Miller a regroupé
diverses applications qui rentrent mal dans la catégorie précédente et
qui illustrent un rôle de plus en plus important des mathématiques :
celui qui consiste à représenter des structures. Les textes sont empruntés
à Spearman et Thurstone, pour l'analyse factorielle ; Inhelder et Piaget,
pour le concept de groupe ; Chomsky, pour la linguistique ; Festinger
et al., pour les groupes sociaux.
Un dernier chapitre est consacré aux applications à la psychologie,
non de la mathématique proprement dite, mais de cette « métamathé-
matique » qui s'est développée récemment autour des servomécanismes
et des ordinateurs. Y figurent un texte de Craik et un d'Œttinger.
S'il est permis de formuler quelques réserves, on regrettera que les
méthodes statistiques, qui constituent pour beaucoup de psychologues
l'utilisation la plus répandue des mathématiques, ne soient pas intégrées
dans l'ouvrage. 596 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Dans la préface, Miller s'excuse d'avance de cette omission : les
méthodes statistiques sont si importantes, dit-il, qu'elles méritent un
traitement à part. Cet argument laissera insatisfait dans la mesure où
le lecteur psychologue pourrait être conduit à penser que les méthodes
statistiques qu'il applique constamment n'ont que peu de rapport avec
les autres applications des mathématiques à la psychologie présentées
dans l'ouvrage. Enfin, d'aucuns pourront déplorer, dans le choix de
textes, l'absence de certains classiques... D'autres anthologies rassem
blant des textes aussi valables présentés dans une perspective différente
sont certainement souhaitables. Cet ouvrage, en tout cas, comble une
lacune. Indépendamment de son intérêt pour le spécialiste, il apportera
au psychologue s'interrogeant sur les apports des mathématiques à la
psychologie, un élément d'appréciation important, grâce à l'introduction
de la dimension historique, au contact avec des textes originaux, et à
la variété des points de vue présentés — cela d'autant plus que la quasi-
totalité des textes choisis sont d'un niveau mathématique tout à fait
abordable.
H. R.
Luce (R. D.), Bush (P. P.), Galanter (E.). — Handbook of mathe
matical psychology (Manuel de Psychologie mathématique) . — Vol. 1 ,
1963 ; vol. 2, 1964 ; vol. 3, 1965, New York, Wiley & Sons.
Get imposant traité qui ne comporte pas moins de 21 chapitres
apparaît comme la consécration d'une spécialité de la psychologie : la
psychologie mathématique. Sur ce terme, et ce qu'il recouvre, quelques
précisions préalables sont peut-être appropriées. Cette spécialité
concerne-t-elle un domaine particulier de la psychologie, et constitue-
t-elle une nouveauté ? A ces deux questions, il faut répondre par la négat
ive. Les tentatives d'application des mathématiques remontent à une
époque lointaine et se sont exercées dans les domaines les plus divers,
comme en témoignent les textes recueillis par Miller (cf. analyse ci-
dessus) : qu'il suffise de mentionner, en psychologie expérimentale, le
problème des lois psychophysiques, avec les controverses autour de la
« loi logarithmique » de Fechner et la « loi puissance » de Stevens — et en
psychologie différentielle, les développements considérables de la psycho-
métrie et de l'analyse factorielle. Dès lors, pourquoi utiliser un terme
nouveau (psychologie mathématique), dont l'usage ne remonte guère,
semble-t-il, à plus de cinq ans, au lieu de continuer à parler de « méthodes
mathématiques en psychologie » ? Cette dernière expression, cependant,
suggère un état d'esprit pour lequel la mathématique est conçue plutôt
comme « auxiliaire » de la psychologie : on lui demande d'aider à extraire
des données l'informatoin nécessaire pour éprouver un schéma expli
catif, mais ce schéma reste « extérieur » à la mathématique ; avec la
psychologie mathématique, au contraire, l'intégration de la mathémat
ique à la psychologie peut être plus poussée et à la limite 1' « explication »
du phénomène psychologique étudié peut consister dans le modèle
mathématique qui le représente (cf. la conception de l'explication par les PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 597
modèles abstraits décrite par Piaget dans le Manuel de psychologie
expérimentale) .
Même si les recherches de psychologie mathématique ne constituent
pas une nouveauté, leur nombre s'est considérablement accru depuis
une quinzaine d'années, en particulier dans la psychologie expérimentale
qui est devenue le champ de manœuvre privilégié de nombre de nouv
elles théories mathématiques : théorie de l'information, théorie des
jeux, processus stochastiques... Sur une masse composite de travaux
théoriques et expérimentaux, parfois d'une présentation technique un
peu rebutante, il importait de faire le point, même à titre provisoire.
C'est l'objectif que les auteurs du Handbook se sont visiblement fixé.
Pour les applications de la psychologie mathématique comme l'analyse
factorielle, la théorie des tests, la théorie de l'information également...,
où des exposés systématiques ne datant pas trop étaient disponibles, le
texte se contente d'allusions (une liste d'ouvrages considérés comme
devant constituer la « bibliothèque de base » — en langue anglaise — du
spécialiste de psychologie mathématique — est indiquée par les auteurs).
La plupart des chapitres du Handbook constituent donc des synthèses
originales : c'est dire l'apport essentiel de ce traité. Du point de vue
didactique, des efforts ont été faits pour coordonner certains chapitres.
Cependant, une lecture rapide ne permettra sans doute pas d'apprécier
clairement les objectifs poursuivis : la lecture d'un ouvrage comme celui
de Miller apparaîtra ici comme un « préalable » recommandable.
La suite des exposés n'obéit pas à des principes très cartésiens ;
plutôt que de suivre l'ordre du traité, nous essaierons de regrouper par
affinités les 21 chapitres de l'ouvrage.
Un chapitre (1) de Suppes et Zinnes présente une des versions les
plus élaborées à l'heure actuelle de la théorie des échelles de mesure ;
théorie d'un intérêt méthodologique fondamental pour la psychologie
mathématique et qui sera reprise plusieurs fois dans le traité, en parti
culier dans les problèmes de psychophysique et d'utilité.
Deux chapitres (15 et 16) représentent des applications de la mathé
matique à la psychophysiologie : théorie de l'audition (Zwislocki) et de
la vision (Harvich, Jameson, Krantz) : domaines où les faits sont nom
breux et « contraignants » les modèles proposés ne sont pas des modèles
abstraits, le rôle des mathématiques est avant tout de permettre d'or
donner la complexité des faits. Même si les mathématiques utilisées ne
sont pas toujours élémentaires, ces chapitres, par leur orientation, sont
sans doute les plus « classiques » du traité.
Plus originaux dans leur perspective sont les chapitres sur la psycho
physique (3, 4, 5) dus à Luce et Galanter. Ces illustrent le plus
clairement comment les modèles abstraits permettent de renouveler
des notions traditionnelles, comme celle du seuil : on signalera parti
culièrement les belles discussions sur le « problème de Fechner » et les lois
psychophysiques.
Plus ambigu est le cas des modèles stochastiques d'apprentissage,
a. psychol. 65 38 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 598
auxquels sont consacrés trois chapitres. Ces modèles, qui ont suscité ces
dernières années tant de recherches expérimentales originales, visent-ils
à supplanter ou à compléter les théories classiques ? Il est sans doute
trop tôt pour décider ; mais le lecteur pourra regretter la minceur des
discussions sur les rapports de ces modèles avec les tentatives de syst
ématisation antérieures comme celles de Hull ou Spence. Les modèles
stochastiques peuvent être regroupés en deux courants principaux : celui
des modèles d'échantillonnage du stimulus, présenté par Atkinson et
Estes (chap. 10) et celui des « modèles stochastiques » au « sens strict » sur
lesquels fait le point Sternberg (chap. 9), complété par l'exposé de Bush
(chap. 17).
Ces chapitres, avec ceux sur la psychophysique, constituent indubi
tablement le centre de gravité du traité. Aux derniers, on peut rattacher
un chapitre (6) d'une extrême clarté, sur les temps de latence, dû à
McGill. Les premiers sont complétés par un chapitre (8) de Bush qui
rassemble un certain nombre de méthodes statistiques peu classiques,
appropriées à l'investigation de modèles présentés ailleurs dans ce traité,
un chapitre (18) (plutôt mince) de E. Martin sur l'utilisation (on n'ose
plus dire « formation ») des concepts. Deux autres chapitres font le point
sur les recherches psychologiques suscitées par la théorie mathématique
des jeux : théorie des jeux proprement dite avec Rapoport (chap. 14) et
théorie de l'utilité, de la préférence et des probabilités subjectives, avec
Luce et Suppes (chap. 19). Le chapitre (7) de Newell et Simon présente
l'application à la psychologie de cette « métamathématique » que consti
tuent les ordinateurs et discute l'usage des techniques de « simulation » :
chapitre agréable et alléchant, qui laisse le lecteur sur sa faim. Un groupe
de chapitres (11 à 13), dus à Chomsky et Miller, se veut une introduction
à l'analyse formelle des langages naturels ; il est malaisé d'en voir le lien
avec les problèmes considérés habituellement comme relevant de la
psychologie. Enfin, deux chapitres sont de purs exposés mathématiques
utiles pour approfondir les techniques mathématiques utilisées en parti
culier dans les chapitres sur les modèles stochastiques : exposé sur les
processus stochastiques, par Snell (chap. 20) ; exposé sur les équations
fonctionnelles, par Bellman (chap. 21).
Tout compte fait, on peut penser que ce traité, qui illustre bien quel
rôle (ou quels rôles) peuvent jouer les mathématiques en psychologie,
est appelé à devenir un outil de travail, un instrument pédagogique et une
référence irremplaçable.
H. R.
Luce (R. D.), Bush (R. R.), Galanter (E.), (edit.). — Readings in
Mathematical psychology (Documents de psychologie mathématique).
— • 1er vol. in-8° de 535 p. ; 2e vol. in-8° de 568 p., New York, Wiley
&Sons, 1963 et 1965.
Ce recueil qui reproduit, sans commentaires, 68 articles parus
récemment dans diverses revues (il n'y figure pas d'articles parus dans
des recueils non périodiques consacrés exclusivement à la psychologie PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 599
mathématique), est destiné à accompagner les trois volumes du Handb
ook revu plus haut. Le choix et le regroupement des thèmes abordés
appellent des remarques analogues.
Le recueil comprend huit parties d'inégale importance : deux parties
dans le premier volume, six dans le deuxième. Dans chaque partie,
l'ordre de présentation des articles correspond à l'ordre alphabétique des
auteurs.
La première partie rassemble 14 articles divers sur :
— la construction des échelles : Adams et Messick (1958) ; Luce (1959) ;
Hosteller (1951) ; Scott et Suppes (1958) ;
— la psychophysique, particulièrement en liaison avec la théorie de la
détection des signaux : Luce (1958) ; Green (1960, 1961) ; Peterson
et al. (1954) ;
— la théorie de l'information : McGill (1954) ; G. A. Miller (1947) ;
— le temps de réaction (ou de latence de la réponse) ; Christie et Luce
(1956) ; McGill (1962) ; Mueller (1950) ; M. Stone (1960).
La deuxième partie est à la fois la plus importante numériquement
(21 articles) et la plus homogène par son contenu ; elle est consacrée
aux modèles d'apprentissage (aspects théoriques et expérimentaux) et
aux problèmes mathématiques et statistiques qui s'y rapportent :
Anderson et Goodman (1957), Audley (1960), Bush et Hosteller (1951,
1951) ; Bush et Wilson (1956), Estes (1950, 1955), Estes et Burke (1953),
Estes et Straughan (1954), Fey (1961), Kanal (1962, 1962), S. Karlin
(1953), Lamperti et Suppes (1959, 1960), G. A. Miller (1952), G. A. Miller
et Madow (1954) ; G. A. Miller et McGill (1952) ; Mosteller et Tatsuoka
(1960), Restle (1955), Wykoff (1952).
Dans le deuxième volume, une première partie (4 articles) est consa
crée aux applications des ordinateurs au domaine de la résolution de
problèmes et de l'identification de concept : E. B. Hunt et Hovland
(1961), Minsky (1961), Newell, Shaw et H. Simon (1959), P. J. Stone,
Bales et al. (1962).
Une deuxième partie rassemble 7 articles sur la linguistique mathé
matique : Bar-Hillel et al. (1961), Chomsky (1956, 1959), Chomsky et
Miller (1958), Ginsburg et Rose (1963), Kulagina (1960), Schiitzenberger
(1963).
La troisième partie comprend 5 articles sur des problèmes d'inter
action sociale : Harary (1959), Hays et Bush (1954), H. G. Landau (1951),
Luce, Macy et Tagiuri (1955), Rapoport (1956). Certains de ces articles
auraient trouvé naturellement leur place dans la partie consacrée aux
modèles d'apprentissage.
La quatrième partie groupe 11 articles sur les processus sensoriels,
et apparaît au moins à première vue, plus homogène : von Békésy (1960),
W. J. Crozier et Wolf (1942), Hall II et Pyle (1963), Holway et Hurrich
(1938), Jameson et Hurvich (1959), Katsuki (1962), Suga et Kanno
(1962), Kelly (1961), Peake, Kiany et Goldstein (1962) ; I. Pollack (1958),
Stiles (1955), Zwicker, Flottorp et Stevens (1957). 600 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Dans la cinquième et la sixième partie, on trouve 6 articles divers
sur l'utilité, les problèmes de mesure et la statistique — articles qui
auraient pu être regroupés avec ceux insérés dans la première partie du
premier volume : Chipman (1960), Coombs (1950), W. Edwards (1962),
Pfanzagl (1959), Suppes (1954), W. Edwards, Lindman et L. J. Savage
(1963).
L'ordre de présentation des articles est finalement peu important et
le plus commode aurait peut-être été l'ordre alphabétique pur et simple :
ce recueil n'est en effet rien d'autre qu'une collection de tirés à part,
puisés dans une grande variété de revues non seulement psychologiques
(les plus représentées), mais physiologiques, statistiques, mathématiques
et techniques. Certains articles sont extraits de revues peu accessibles
ou même constituent des rapports techniques à tirage restreint. Cette
collection sera donc très précieuse pour le spécialiste de psychologie
mathématique. Le psychologue non spécialiste trouvera le recueil utile
pour apprécier l'utilisation des mathématiques dans son domaine de
recherche ; il regrettera sans doute l'absence de commentaires du genre
de ceux qu'on trouve dans le recueil de Miller (revu plus haut) — - ceci
d'autant plus que les articles ne sont pas toujours abordables sans
préparation, et que les conclusions de certains d'entre eux (pas nécessair
ement les plus anciens) se trouvent déjà dépassés.
H. R.
Feigenbaum (E. A.), Feldman (J.). — Computers and thought (Les
machines à calculer et la pensée). — In-8° de 535 p., Mac Graw-
Hill, 1963.
Les articles rassemblés dans ce volume, judicieusement choisis et
remarquablement introduits par les deux éditeurs, couvrent les prin
cipaux courants de recherche en matière de simulation de solution de
problème. L'ouvrage commence par l'article-choc de Turing (Mind, 1950)
et se termine par une excellente revue critique de Minsky et une biblio
graphie de plus de quarante pages, du même auteur, qui fait le tour de la
question.
Le livre est divisé en deux parties principales. Les articles de la
première partie traitent plutôt de la solution de problème en général
et non pas de la simulation du comportement effectif d'un sujet devant
un problème : par exemple, dans la fabrication des programmes à jouer
aux échecs, on cherche à construire un programme gagnant et non pas
à simuler des erreurs ; de même pour les machines à démontrer les
théorèmes de logique ou de géométrie ; de même pour les programmes à
calculer des intégrales, à reconnaître des patterns. Toutefois, ces pr
ogrammes présentent un grand intérêt pour le psychologue, du fait qu'il
n'existe pas en général de solution algorithmique des problèmes qu'ils
traitent et qu'on doive par conséquent y inclure des méthodes heuristi
ques, c'est-à-dire susceptibles d'aboutir à la solution, mais sans garantie.
C'est précisément à de telles méthodes que recourt un sujet devant un
problème qu'il ne sait pas résoudre.

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