Psychologie générale - compte-rendu ; n°2 ; vol.66, pg 643-668

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L'année psychologique - Année 1966 - Volume 66 - Numéro 2 - Pages 643-668
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1966
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1966 vol. 66, n°2. pp. 643-668.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1966 vol. 66, n°2. pp. 643-668.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1966_num_66_2_27539Psychologie générale
Piaget (J.). — Sagesse et illusions de la philosophie. — Paris,
Presses Universitaires de France, 1965, 286 p.
De l'aveu même de l'auteur, il s'agit d'un cri d'alarme dénonçant les
abus auxquels conduit une certaine conception du rôle de la philosophie.
La thèse défendue est simple : la philosophie, comme son nom l'indique,
est une « sagesse » (ou une foi raisonnée) indispensable aux êtres ration
nels en tant que coordination des valeurs, mais elle n'atteint pas un
savoir proprement dit comportant les garanties et les contrôles de la
connaissance. « L'illusion » de la philosophie, c'est de croire qu'il existe
une connaissance philosophique distincte de la connaissance scientifique
et supérieure à elle parce que atteignant des totalités qui lui seraient
inaccessibles. Pour sauvegarder l'authentique
contre les dangers que lui font courir les prétentions « suprascienti-
fiques » de la philosophie, Piaget entreprend une confrontation entre
science et philosophie.
Dans le « Récit d'une déconversion », brillante autobiographie intel
lectuelle d'un « ancien futur ex-philosophe », l'auteur retrace d'abord
les étapes qui le menèrent, adolescent passionné de biologie mais décidé,
après avoir découvert Bergson, à se consacrer à la philosophie, à aban
donner la pure réflexion spéculative pour aborder les problèmes psycho
génétiques et épistémologiques qu'il se posait avec les méthodes de
contrôle et de vérification caractéristiques de la connaissance scienti
fique (exigence, élémentaire pour un homme de science, de n'appeler
vérité que ce qui peut être vérifié et contrôlé par d'autres, irritation
devant l'ingérence des philosophes dans les affaires du chercheur
lorsqu'ils prétendent prescrire des normes à une discipline scienti
fique, etc.).
Si le divorce entre pensée philosophique et pensée scientifique a
pris aujourd'hui un caractère aigu, il n'en a pas toujours été ainsi et
Piaget analyse ensuite quels ont été, historiquement, les rapports entre
science et philosophie. Il rappelle que les grands systèmes philosophiques
sont nés d'une réflexion sur des sciences déjà constituées ou sur des
projets rendant de nouvelles possibles. La dissociation pro
gressive des sciences et de la métaphysique, et surtout le développement
démesuré des différentes branches du savoir rendant impossible leur
maîtrise par un même individu, ont creusé ensuite un fossé entre les
philosophes et les scientifiques. Les premiers ont cru pouvoir s'élever
au-dessus des servitudes de la science et atteindre par des méthodes
purement spéculatives des « vérités » non soumises aux contrôles habi- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 644
tuels, et ceci d'autant plus facilement qu'orientés vers la philosophie
dès la fin de leurs études secondaires, ils n'ont généralement aucune
formation scientifique et ignorent donc tout des problèmes de la
recherche en sciences (alors que Descartes conseillait de ne consacrer
à la philosophie qu'un jour par mois, le reste du temps étant occupé
par des travaux tels que le calcul ou la dissection !). De leur côté, des
hommes de science, sans culture philosophique, se sont parfois livrés
à des réflexions métaphysiques dont le matérialisme étroit et dogmatique
a accentué la méfiance des philosophes à leur égard.
De là est né, à partir du xixe siècle, un courant d'idées dont Husserl
est le plus illustre représentant, pour qui la philosophie est un mode de
connaissance suprascientifique reposant exclusivement sur des « intui
tions », et qui de ce fait atteint une autre « vérité » que la vérité scien
tifique. Le 3e chapitre de l'ouvrage est donc consacré à la discussion
de ce point (l'analyse porte en particulier sur les « antithèses » bergso-
niennes et sur « l'intuition des essences », de Husserl).
La question de savoir si une connaissance spécifiquement philoso
phique est possible est serrée de plus près à propos de la psychologie
philosophique, qui se donne pour but de compléter ou même de sup
planter la psychologie scientifique. La différence entre ces deux psychol
ogies ne tient pas à leur objet, la première s'occupant des « essences »
et la seconde des « faits », car un fait est une réponse vérifiée à un pro
blème, et « l'intuition des essences » pourrait devenir un fait si l'on
possédait les moyens de sa vérification. C'est dans les méthodes que
réside l'opposition essentielle. Même lorsqu'il fait de l'introspection,
le psychologue scientifique cherche des contrôles extérieurs à lui. Or,
alors que l'histoire des sciences tout comme la psychogenèse apparais
sent comme une suite de décentrations à l'égard du moi, la phénomén
ologie se refuse à toute vérification et à toute objectivité et nous ramène
vers de nouvelles centrations « d'autant plus tyranniques, estime Piaget,
qu'elles sont philosophiquement excusées ». Les distorsions qu'entraîne
cette centration sur l'expérience vécue subjective sont analysées en
détail à propos de la psychologie de Maine de Biran, de Bergson, de
Sartre et de Merleau-Ponty, et l'auteur en arrive à cette conclusion que,
sous prétexte de réagir contre le positivisme, l'objectivisme, etc., on
en arrive « à confondre l'étude de la subjectivité avec l'emprise de la
subjectivité personnelle ».
Le dernier chapitre constitue en quelque sorte une anthologie de
l'immixtion contemporaine des philosophes dans des domaines scienti
fiques et techniques qui leur sont totalement étrangers comme la
physique, la biologie, etc., ou sur lesquels ils estiment avoir encore un
droit de regard, comme la psychologie. Les dernières pages de l'ouvrage
sont consacrées à une réfutation des critiques formulées à l'égard de la
psychologie scientifique par ceux qui mènent, selon Piaget, un combat
d'arrière-garde.
Au total, un ouvrage d'un humour incisif, émaillé d'anecdotes et PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 645
de souvenirs personnels, qui apparaît comme le plaidoyer passionné
d'un homme de science en faveur de la science, et qui demande à la
philosophie de retrouver sa destination première et irremplaçable de
coordination des valeurs, c'est-à-dire de « sagesse ».
Y. Hatwell.
Russell (R. W.) (éd.). — Frontiers in Psychology (Les frontières
de la psychologie). — Chicago, Scott Foresman, 1964, 209 p.
Ce n'est pas un manuel, ce n'est pas une collection d'articles autour
d'un thème. La meilleure façon de louer cet ouvrage est de le présenter
comme un livre de lecture. R. W. Russell a réuni vingt-huit articles
écrits par les meilleurs spécialistes actuels. Articles de synthèse le plus
souvent qui tracent plusieurs frontières de la psychologie.
Le propre de ces articles, c'est d'être vivants et instructifs. Ils inté
ressent et permettent au non-spécialiste d'une question de savoir où
en sont les travaux sur l'hérédité, l'enseignement programmé, la moti
vation, l'intelligence, la biochimie du comportement et les problèmes
de l'homme dans l'espace. On ne cherche pas à courir au résumé qui
livrerait une once de nouveauté.
Toutes les rubriques de la psychologie ne sont pas abordées, rien
n'est dit d'une manière exhaustive, mais tout est utile au psychologue
et à l'homme cultivé.
P. Fraisse.
Wolman (B. B.), Nagel (E.) et coll. — Scientific Psychology (La psy
chologie scientifique). — New York, Basic Books, 1965, 596 p.
Trente articles d'auteurs connus sont répartis en trois grandes
sections : I, principes ; II, systèmes ; III, controverses.
On peut donc considérer que les auteurs ont voulu dégager les
principes essentiels qui fondent la psychologie scientifique, faire un
bilan des grandes théories psychologiques qui méritent le qualificatif
de « scientifique » et donner à discuter quelques approches marginales.
On peut alors contester certains choix qui font par exemple que la
psychologie existentialiste de l'action et les différents courants psycha
nalytiques sont traités dans la seconde partie alors que sont rejetés
dans la troisième l'article de F. B. Davis sur la mesure, celui de B. Mand
elbrot sur la loi de Zipf et l'excellente présentation par J. B. Grize
de l'épistémologie génétique. Il semble bien que seules les deux premières
parties aient un sens et que la troisième ne soit qu'un résidu.
La partie la plus homogène pour le psychologue est sans doute la
deuxième qui contient les évaluations critiques de quelques grandes
doctrines, le pavlovisme, les doctrines américaines de l'apprentissage
et notamment le behaviorisme néo-hullien, les divers courants d'Union
soviétique, la psychologie mathématique, la psychologie de la forme,
le freudisme, la doctrine adlérienne, l'existentialisme et le pragmatisme.
L'intérêt de cette partie tient essentiellement à la qualification des 646 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
auteurs qui font un effort important pour dégager l'essentiel. On voit
aussi, par le choix de certains auteurs (Ritchie, Seward, Amsel) qu'on
a voulu insister sur une réorientation possible de la psychologie expé
rimentale américaine. Le choix des « systèmes » présentés montre en
tout cas qu'on ne se tient pas à une définition étroite de ce qui est
scientifique, et que les éditeurs veulent marquer leurs distances à l'égard
de l'empirisme logique.
C'est également la leçon qu'on peut tirer de la lecture de la première
partie qui comprend, outre les articles des deux éditeurs, l'article de
J. Piaget sur psychologie et philosophie, celui du praxéologue polonais
T. Kotarbinski, celui de A. Rapaport sur l'utilisation des mathématiques
en psychologie et trois autres articles de A, Naess, W. Be van et
O. Klineberg.
C'est la troisième partie qui nous semble la plus discutable, à la fois
par le statut inégal des articles qui y sont rassemblés (du très spéculatif
au très technique) et par le caractère franchement philosophique de
certains articles (ceux de G. J. Warnock et de D. M. Armtrong en parti
culier) dont on ne voit pas très bien pour quelle raison ils se trouvent
dans un livre qui a pour titre Scientific psychology. Mais l'article le
plus criticable est celui de M. Scriven sur « Une imprédictibilité essent
ielle du comportement humain » qui vise rien de moins que de détourner
la psychologie de la recherche des lois et de l'orienter dans une voie
analogue à la « géologie et la géographie descriptives » : l'argument
est que le sujet, informé de notre prédiction concernant son compor
tement, peut toujours se comporter de façon à infirmer notre prédiction.
Cet argument, sempiternel, vaut dans une certaine mesure pour une
théorie de l'action contre un adversaire, mais pas pour la psychologie,
à moins qu'on se fasse une curieuse idée de la psychologie. Le dernier
article du livre par contre est plein d'intérêt : Wolman y expose les
principes de ce qu'il estime devoir être la philosophie de la psychologie
et qu'il appelle le « transitionnisme moniste ».
Il s'agit au total d'un livre non sophistiqué que les étudiants peuvent
lire avec profit (en particulier la partie evaluative). Les lecteurs plus
avancés retiendront quelques articles.
G. Vergnaud.
Kantor (J. R). — The scientific evolution of Psychology (L'évolution
scientifique de la psychologie). — Vol. 1, Chicago, Principia Press,
1963, 387 p.
11 s'agit d'une histoire de la Psychologie scientifique. L'auteur
trouve les premières systématisations théoriques chez Platon et Socrate.
Aristote définit le domaine de la psychologie comme l'étude de ce qui est
à l'origine du mouvement, de l'a sensation et de la discrimination. Le
chapitre suivant traite de cette systématisation hellénique de la psychol
ogie où sont principalement exposées l'anthropologie socratique, la
dialectique platonicienne et l'œuvre d 'Aristote comme fondateur -de PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 647
la biopsychologie. La psychologie scientifique décline avec la Grèce
et passant par Alexandrie, nous arrivons à Rome et à la psychologie de
Lucrèce. Après lui apparaissent les Pères de l'Église et Plotin chez
qui se manifestent un éloignement de la nature et le rattachement de
l'homme au domaine transcendental avec l'introduction du salut comme
vocation finale de l'homme; doctrine qui s'épanouit dans la psychot
héologie de saint Augustin. Cependant la culture arabe préserve un
statut indépendant à la psychologie aristotélicienne non sans la prolonger
dans une doctrine mystique de l'âme. Enfin, le dernier chapitre nous
conduit du thomisme à la révolution psychologique du xx° siècle :
le behaviorisme.
G. Bonnet.
Sillamy (M). — Dictionnaire de la psychologie. — Paris, Larousse,
1965, 319 p.
Je ne pense pas que Sillamy a voulu concurrencer l'indispensable
vocabulaire technique de la psychologie d'Henri Piéron. Ne cherchez
pas dans ce volume le sens des mots techniques utilisés par les psychol
ogues, vous seriez déçus. Impossible par exemple de trouver ce qu'est
le conditionnement instrumental, un décibel, un facteur, un leurre.
Mais, en revanche, si vous vous intéressez au vocabulaire de la
psychanalyse et à celui de la psychométrie, vous trouverez d'utiles défi
nitions et aussi des notices sur les termes courants de la psychologie qui
sont en général à la page, claires et instructives.
On peut conseiller ce dictionnaire aux étudiants, aux praticiens
pour les amener à enrichir et à préciser leur vocabulaire. Les illustrations,
rarement instructives mais toujours évocatrices, donnent envie de feuil
leter un volume qui se parcourt aussi bien qu'il se consulte.
P. Fraisse.
Rosenthiel (P.), Mothes (J.). — Mathématiques de l'action. —
Paris, Dunod, 1965, 423 p.
Les auteurs ont rédigé cet ouvrage élémentaire de mathématiques
à l'intention, non pas de futurs mathématiciens, mais d'utilisateurs des
mathématiques et plus précisément de ceux qui, dans les entreprises,
sont appelés, pour prendre des décisions, à faire appel aux techniques
modernes de la recherche opérationnelle (le contenu, au moins partiel,
de l'ouvrage fait actuellement l'objet d'un cours à l'École des Hautes
Études commerciales).
La visée pratique de l'ouvrage est soulignée non seulement par le
titre, mais par le style aussi vivant et didactique que possible et surtout
par l'exposé d'applications qui ne sont pas de simples illustrations, mais
constituent la raison d'être même de l'ouvrage : au fur et à mesure de
la progression, de nombreux cas concrets sont introduits et traités en
détail, qui permettent de faire « travailler » les notions théoriques ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 648
exposées ; citons en particulier l'étude de l'évolution d'une opinion,
la mesure de l'information et la recherche de codes économiques, des
calculs de durée de vie d'un matériel, etc. Cependant, ce souci pratique
ne conduit aucunement à exposer des « recettes », mais au contraire à
présenter, d'une façon presque toujours rigoureuse, quoique élémentaire,
des bases mathématiques qui permettront d'utiliser des recettes à
meilleur escient. C'est ainsi que l'ouvrage débute par la présentation
des éléments de la théorie des ensembles (ensemble des parties, parti
tions, algèbres de Boole, morphismes). Cette présentation, très claire
et très minutieuse, est beaucoup plus développée que dans la plupart
des exposés de niveau comparable : c'est qu'elle constitue la base solide
sur laquelle est édifiée la suite : éléments de calcul des probabilités,
modèles probabilistes usuels, notions de statistique (sondages, compar
aison de fréquences et de moyennes, notions sur l'analyse de variance,
la régression et la corrélation). Bien que, dans la dernière partie (sta
tistique), il soit permis de trouver l'exposé un peu rapide, on peut dire
que les auteurs sont parvenus dans l'ensemble à tenir une double gageure,
en montrant qu'il est possible d'exposer clairement, en n'exigeant au
préalable que des connaissances mathématiques très réduites : d'une
part, de bonnes notions d'algèbre abstraite ; d'autre part, la manière
pratique de se servir de ces notions pour aborder les problèmes concrets,
principalement à travers l'éclairage qu'elles fournissent pour la
compréhension du calcul des probabilités et de la statistique.
Ces rares qualités feront de cet ouvrage un instrument précieux
(indépendamment du public auquel il a été originellement destiné),
pour tous les chercheurs et étudiants en sciences humaines qui cherchent
à étayer sur des bases solides les techniques quantitatives qu'ils u tilisent
aussi bien dans un but d' « action » pratique que de « contemplation »
théorique.
H. Rouanet.
Maier (N. R. F.), Schneirla (T. G.). — Principles of animal psy
chology (Principes de psychologie animale). — New York, Dover,
1964, 683 p.
Ce traité publié en 1935 par McGraw Hill et analysé dans L'Année
psychologique (1935, 36, 267-8) vient d'être réédité par Dover sous une
forme non point tant « corrigée » qu' « augmentée ». En effet les auteurs
ont conservé l'essentiel du plan de rédaction de l'ancienne édition, centré
sur l'exposé de leur théorie. Celle-ci n'a nullement été modifiée, au
contraire, elle s'est enrichie de nouveaux exemples qui constituent les
chapitres ajoutés au texte primitif, inspirés des développements de la
controverse entre les théories de Hull et de Tolman, de l'extension des
études objectivistes, et de l'introduction de nouvelles méthodes comme
l'autostimulation de Olds. Les auteurs y trouvent l'occasion d'y exposer
avec plus de force et de clarté leur théorie basée sur les « niveaux (d'intens
ité) psychologiques » et les réactions d'approche ou d'évitement qui en PSYCHOLOGIE GÉiNÉKALE G49
découlent, ainsi que sur les concepts d' « expérience », de « contiguïté »
et de « sélection ». Tout ceci allonge sensiblement le texte par rapport
à la version initiale ; cependant, la présentation reste claire sous un
volume identique, et la qualité des illustrations rend la lecture agréable.
M. Blancheteau.
Buytendijk (F. J. .1.). — L'Homme et l'animal. Essai de psychol
ogie comparée, traduit de l'allemand par Rémi Laureillard. —
Paris, Gallimard, 1965, 187 p.
L'édition originale de cet ouvrage date de 1958 ; cependant ce qui
date plus encore semble-t-il, ce sont les thèmes abordés et les dis
cussions entreprises par l'auteur, qui fait œuvre de philosophe phéno
ménologique et organiciste. D'ailleurs, les noms de Max Scheler et de
Driesch sont mentionnés par l'auteur, dans l'autobiographie qui termine
l'ouvrage, comme ayant été ses maîtres, et certes leur influence se fait
sentir, ainsi que celles de Goldstein et de Merleau-Ponty qui sont souvent
cités.
Ceci montre qu'il s'agit essentiellement d'un manifeste anti-beha-
vioriste qui vise à critiquer le point de vue cartésien de l'animal-machine
(d'ailleurs bien dépassé depuis lors), mais qui effectue une correction
excessive. L'intuition de l'observateur doit lui permettre d'interpréter
le comportement, et finalement c'est à des critères anthropomorphiques
qu'on fait appel. On est ainsi amené, soit à des querelles de mots (faut-il
dire « voir » ou « regarder vers » ?), soit à des conclusions douteuses
telles que celle qui consiste à dire que la distance spatiale n'existe pas
pour l'Actinie. Quant aux caractères distinctifs des psychismes de
l'animal et de l'Homme, ils sont affirmés en définitive selon des juge
ments de type philosophique rappelant aussi bien Kant (concept de
« distance spatio-temporelle ») que Husserl (existence extatique et
existence historique). Les faits cités ne sont pas inintéressants, mais
l'auteur les utilise comme matière première pour sa philosophie, alors
qu'une élaboration scientifique préalable serait nécessaire, car elle mèner
ait à des concepts abstraits cohérents à partir desquels seulement
pourrait se développer une philosophie des sciences.
M. Blancheteau.
Lehrman (D. S.), Hinde (R. A.), Shaw (E.). — Advances in the
study of behavior (Progrès récents dans l'étude du comportement). —
Vol. 1, New York, Academic Press, 1965, 320p.
Ce volume se présente comme un recueil de revues de questions
assez disparates, traitant principalement de psychologie animale, mais
dans lesquelles on retrouve souvent les mêmes préoccupations, telle
que la recherche des indices constituant la perception de l'environne
ment, et le souci de fonder sur une base neurophysiologique les inferences
d'ordre comportemental. G ri 0 a ma i.vsKs m m; to ou a imi lourcs
La première revue est l'œuvre de T. G, Schneirla, qui expose sa
théorie personnelle des processus d'approche et d'évitement : les mes
sages afférents de faible intensité donneraient lieu à des processus
phasiques puis toniques d'approche, alors que ceux, de forte intensité
entraîneraient des processus phasiques d'évitement. Ainsi il y aurait une
simple différence de degré dans la stimulation déclenchant des réactions
différant en nature, et la valeur critique de renversement du sens de la
réponse est affaire de maturation ontogénétique et phylogénétique,
comme aussi d' « expérience », ce terme incluant à la fois l'apprentissage
et l'exercice favorisant ou non la maturation. Sont ainsi reconsidérés
les releasers décrits par les objectivistes, les phénomènes d'imprégnation,
et l'apprentissage associatif simple chez le jeune animal. Un schéma
neurologique très abstrait et hypothétique est présenté.
L'article suivant écrit par H. F. R. Prechtl, passe en revue les
processus de maturation neurologique du jeune enfant depuis la vie
intra-utérine jusqu'à la première semaine suivant la naissance, avec
étude des stades d'ouverture des yeux, de respiration régulière ou non,
de sommeil calme ou agité, en étudiant surtout les réflexes de posture
et le signe de Moro. L'auteur conclut à une multiplicité de stades
qualitativement distincts se succédant à cette période.
R. D. Walk expose ensuite l'état actuel des recherches sur la per
ception de la distance en psychologie animale. Diverses procédures
sont décrites, mettant en jeu des réactions innées ou apprises, et combi
nant souvent divers paramètres tels que le mouvement apparent, les
données de parallaxe, et les illusions optico-géométriques. Le rôle des
divers indices, étudié spécifiquement par ces diverses méthodes, est
ensuite discuté. Il ressort des expériences de déprivation sensorielle
que la part d'innéité est grande dans les conduites vis-à-vis du relief
des objets, mais que le rôle de la stimulation visuelle en tant qu'exercice
non spécifique de la fonction visuelle est capital.
G. Horn décrit ensuite en détail les travaux traitant de la sélection
perceptive entre plusieurs données hétérogènes présentées simulta
nément au même canal sensoriel ou à plusieurs. Aux travaux psycho
logiques axés sur la théorie de l'information fait suite l'exposé des
approches E.E.G. comme celle, devenue célèbre, de Hernandez-Péon
et coll. (1957) et celles qui l'ont suivie et reprise : elles sont sévè
rement critiquées, et l'auteur souligne le rôle possible d'artefacts
« périphériques » qui ont pu faire croire à des processus centraux
inhibiteurs.
K. Schmidt- Koenig traite de l'orientation lointaine chez les
Oiseaux : divers modes de repérage et de « pilotage » sont ainsi mis en
évidence. L'observation des migrations naturelles, les études de transfert
de migrants hors de leur route à divers âges, et l'usage de statistiques
adaptées à ces études, permet de classer la conduite des sujets selon une
classification des « pilotages » et de déterminer le rôle de l'expérience
antérieure. Il apparaît qu'il faut faire appel à une « horloge interne » l' S Y ( : H 0 L O ( ; l E G K M K II A. L F, G 5 1
à titre de correctif de la « boussole » solaire ou stellaire : les estimations
spatiales et temporelles seraient ainsi liées.
Enfin P. H. Klopper et J. P. Hailman ont écrit un bref chapitre sur
le choix de l'habitat par les Oiseaux. Les facteurs de ce choix sont
passés en revue : dispositions anatomiques à survivre sur un terrain
donné, « imprégnation » par un séjour infantile en un certain lieu,
apprentissage alimentaire ou sexuel ultérieur lié à un territoire défini,
présence de congénères ou d'espèces concurrentes ou prédatrices, etc.
Ici encore le rôle des facteurs innés spécifiques est considérable.
M. Blancheteau.
Ratner (S. G), Denny (M. R.). — Comparative Psychology (La
psychologie comparée). — Homewood (Illinois), Dorsey Press,
1964, 773 p.
Il s'agit encore une fois d'une série d'articles écrits par différents
auteurs, mais ici la formule a été poussée à un point extrême, ce qui
aboutit d'ailleurs à une indéniable réussite, nous semble-t-il, car le
nombre et la brièveté des textes multiplient les points de vue sa^s que
l'aspect de thèse personnelle, courant dans les chapitres plus longs,
ne vienne gêner le lecteur. En effet, ce dernier trouvera 57 articles de 3 à
12 pages représentant la contribution de 89 auteurs différents. Ces
chapitres sont regroupés par thèmes, et l'énoncé de ces derniers suffira
à montrer la diversité des questions abordées : hérédité du comporte
ment et évolution, capacités sensorielles, comportement inné, facteurs
endocriniens, imprégnation, comportement social, motivation, condi
tionnement classique et opérant, apprentissage complexe, corrélations
entre les données ne urophysiologiques et l'apprentissage. Les articles
formant chacun de ces chapitres sont précédés d'une introduction
théorique, rédigée par Ratner et Denny, qui fait bien le point actuel de
la question considérée dans son ensemble. Il est impossible de présenter
ici une analyse de tous ces articles qui sont déjà des résumés de nomb
reuses données dont les références bibliographiques sont d'ailleurs
chaque fois indiquées. Notons cependant que ce livre est destiné autant
aux biologistes qu'aux psychologues et qu'à ce titre une large place est
faite aux aspects « naturalistes » du comportement animal, tels que
l'écologie, l'hérédité, l'évolution et la spéciation, et leurs multiples
interactions : il ne s'agit donc pas uniquement de conditionnement et
d'apprentissage. Bien que la quasi-absence (un seul article) d'études
sur les tropismes soit décevante, il n'en reste pas moins que, pour
l'étudiant avancé comme pour le chercheur ou l'enseignant, ce livre
reste une mine de documents. En outre, il est agréable à consulter en
raison de la variété et de la concision des textes qui le composent,
Comme en raison également de la qualité des illustrations.
M. Blancheteau.

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