Psychologie générale - compte-rendu ; n°2 ; vol.73, pg 713-736

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L'année psychologique - Année 1973 - Volume 73 - Numéro 2 - Pages 713-736
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1973
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°2. pp. 713-736.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°2. pp. 713-736.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1973_num_73_2_28014Psychologie générale
Borger (R.), Cioffi (F.) (édit.). — Explanation in the behavioural
sciences. — Cambridge, The University Press, 1970, 520 p.
Le côté ardu d'un ouvrage aux visées épistémologiques est tourné
dans ce volume par le recours vivant à une didactique polémique entre
les tenants d'un argument et les commentaires du contradicteur de
service sur cet argument. Les thèmes sont abordés à travers le triptyque
de la dialectique scholastique : thèse-article d'une vingtaine de pages
confrontée à l'antithèse-commentaire d'un eminent psychologue en
désaccord avec le contenu de la thèse ; le droit de réponse à la critique
est laissé dans une courte synthèse à l'auteur de l'article.
Le premier article de Toulmin, « Reasons and causes », traite de
la différence entre les causes et les raisons du comportement. L'auteur,
reprenant les distinctions cartésiennes et leurs prolongements kantiens,
distingue les causes mécaniques qui sous-tendent l'action, des raisons
pour lesquelles nous agissons comme nous le faisons. Les causes du
comportement relèvent de l'explication et ses raisons de la justification.
Le commentaire de Peters critique ce kantisme à la sauce moderne
par la défense de l'idée d'existence de différents niveaux d'explication
qui n'impliquent pas nécessairement la distinction précédente. Taylor,
à travers son article, « The explanation of purposive behavior », met
en évidence deux niveaux historiques de l'explication : l'un en terme
de causes efficientes et le second en terme d'explication molaire où,
selon l'auteur, le behaviorisme s'est révélé notoirement insuffisant.
Les temps sont venus où l'explication psychologique doit briser les
labyrinthes pour regarder dans le monde réel par l'abandon des concept
ions mécanistes au profit d'une explication téléologique. Le comment
aire de Borger insiste sur la non-incompatibilité entre les aspects fina
listes et que doit posséder l'explication.
Sutherland essaie, « Is the brain a physical system ? », de rejeter
l'a priori philosophique qui entache l'étude du fonctionnement cérébral.
Les importants succès des machines simulant certaines opérations
mentales humaines lui permettent de penser légitime le fait de consi
dérer l'homme comme un système physique. Il définit ainsi un vaste
programme de recherches empiriques dans ce domaine. Grundy critique
cette position au nom des buts, des motifs et des intentions qui font
que la correction des conduites humaines n'est jamais explicable dans
des termes comparables à ceux qui mesurent les performances d'un
missile à tête chercheuse pour autant qu'il corrige lui aussi sa trajec
toire. Sur la base de l'intelligence considérée selon la complexité des 714 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
opérations qu'elle effectue, Sutherland répond en affirmant que nous
ne devons pas perdre l'espoir de voir un jour les machines réaliser des aussi complexes et analogues à celles que seul l'homme est
capable d'effectuer aujourd'hui.
Hamlyn, « Conditioning and behaviour », rejette résolument toute
valeur explicative à la notion de conditionnement dans l'étude du
comportement. Le terme ne recouvre que des relations apparentes
décrivant les conditions nécessaires à la description de ce qui va arriver
à l'animal ou au sujet humain, mais qui ne sont en aucun cas suffisantes
pour expliquer ce qu'en réalité l'être humain ou l'animal fait.
John Watkins, « Imperfect rationality », étudie les implications et
les postulats logiques de l'explication théorique. Il critique la position
suivante qui affirme : seules les actions réussies sont ouvertes à l'expl
ication historique. Le travail de l'historien est de découvrir les situations-
problèmes qui ont amené des actions humaines pour les résoudre. L'action
est rationnelle si elle apporte une solution. C'est en ce qu'elle est ration
nelle qu'il devient possible à l'historien, en appliquant des principes
rationnels, d'en saisir l'origine et la nature. L'auteur essaie donc de
démontrer comment dans certains cas, où la situation-problème n'admet
pas de solution optimale et affaiblit nécessairement la portée de l'outil
rationnel, il devient important d'envisager la création d'un principe
de rationalité imparfaite.
Jarvie, « Understanding and explanation in sociology and social
anthropology », repère la vanité d'une sociologie ou d'une anthropologie
sociale qui maintient la confusion entre la compréhension du fonctio
nnement d'une culture étrangère et son explication. Le chercheur, dans
ce cas, mord le trait d'une explication scientifique pour un jugement
de valeur parce qu'il ne saisit pas en quoi la science sociale est un produit
de l'impact des autres cultures sur la sienne propre.
L'article de Wisdom, « Situationnal individualism and the emergent
group-properties », souligne les pouvoirs du groupe en ce qu'ils se di
stinguent de ceux possédés par les membres individuels de celui-ci. Ces
propriétés originales demeurent néanmoins les résultats non délibérés
mais consécutifs d'actions inintentionnelles de la part des individus
qui le composent. Dans son commentaire, Brown pose la question de
savoir si les pouvoirs des groupes sont prévisibles à partir des compor
tements individuels.
Après avoir précisé ce qu'il attend d'une véritable explication
Homans, « The relevance of psychology to the explanation of social
phenomena », souligne l'inconsistance des principes purement socio
logiques dans les sciences sociales et insiste sur l'inévitable recours
aux concepts psychologiques.
Boakes et Halliday défendent les bases d'une psychologie skinné-
rienne qui se méfie de toute tendance prétendument explicative qui
théorise à l'avance les résultats expérimentaux. Ceci n'implique pas PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 715
pour les auteurs de demeurer dans un empirisme réductionniste ass
imilant l'étude du comportement à l'étude de ses substrats physiolo
giques, mais permet au contraire de prévenir les formes que les théories
explicatives ne doivent pas prendre. Le commentaire de Pribram
manifeste son accord dans l'indépendance que doit garder la psychologie
par rapport à la physiologie.
Eysenck, « Explanation and the concept of personality », parle
longuement du concept d'explication et du rôle qu'une psychologie
de la personnalité doit lui faire jouer. Il semble parfaitement souhaitable
d'utiliser en psychologie l'explication avec les mêmes connotations
définies par les sciences physiques ; description et compréhension.
Noam Chomsky, « Problems of explanation in linguistics », réaffirme
les lignes directrices qui guident la nature de ses recherches en linguis
tique. De la même façon que la structure de surface d'une phrase peut
admettre des structures profondes fort différentes, le chercheur ne doit
pas se laisser trahir par les apparences. Le travail actuel en linguistique
est de déterminer le système de lois qui constitue la connaissance du
langage et de révéler les principes qui gouvernent ces systèmes. Dans
son commentaire, Max Black demande s'il est possible, à travers l'étude
du langage, d'éclairer les structures mentales et leurs fonctions.
Dans l'ultime article Gioffi, « Freud and the idea of a pseudo-science »,
analyse en quoi les théories freudiennes peuvent être considérées comme
une pseudo-science. Il étaye son argumentation à partir des thèses et
des procédures d'investigations que la psychanalyse freudienne utilise.
Les thèses sont considérées comme des affirmations qu'il n'est pas au
pouvoir de l'expérience de vérifier puisqu'elles sont soutenues quand les
faits les confirment mais ne sont pas abandonnées si les faits les
infirment. Les procédures défectueuses ne permettent pas de constituer
jamais un savoir véritable. Farrel critique fermement cette critique
en reprochant à l'auteur sa compréhension abstraite et antihistorique
de l'œuvre de Freud.
J. F. Camus.
Rachlin (H.). — Introduction to modem behaviorism. — San
Francisco, Freeman & Cy, 1970, 208 p.
Moderne, pourquoi pas ? Si on admet que Pavlov, Thorndike,
Konarski et Skinner sont ce qu'il y a de plus moderne dans le
behaviorisme.
Ce livre d'introduction n'ouvre pas de voies nouvelles mais il expose
très bien, avec de nombreux schémas, les acquis les plus solides dans
le domaine de l'apprentissage et du renforcement. Mais il continue à
ignorer les problèmes que les rats ne peuvent pas résoudre, même si un
dernier chapitre ouvre sur la thérapie du comportement.
P. Fraisse. 716 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Keats (J. A.). — An introduction to quantitative psychology. — New
York et Londres, John Wiley & Sons, 1971, 126 p.
Ecrit pour et par des psychologues australiens, ce petit livre se
présente comme un manuel d'initiation aux méthodes de quantification
les plus classiques. L'organisation de l'ouvrage respecte d'ailleurs en
gros l'ordre historique de l'établissement de ces méthodes. Seize méthodes
de base sont ainsi brièvement exposées, que l'on peut catégoriser par
moitié en méthodes psychophysiques d'une part, et en
psychométriques, d'autre part. On retrouve parmi les premières toutes
les mesures de seuils et de sensations ainsi, bien sûr, que les théories de
l'information et de la détection du signal, tandis que parmi les secondes
figurent tant les problèmes de la validation des tests que ceux de la
construction des échelles d'attitudes.
On notera qu'au milieu des pages théoriques et techniques (forme
llement très accessibles) figurent, à des fins pédagogiques, quelques
exposés d'expériences concrètes (avec résultats numériques). Ce livre
ne peut cependant absolument pas être considéré comme un manuel
pratique d'expériences.
P. Bovet.
Bell (J. E.). — A guide to library research in Psychology. —
Dubuque (Iowa), Wm. C. Brown Go. Publishers, 1971, xn-211 p.
Chercher la documentation disponible sur un sujet donné, trouver
la réponse à telle question particulière, constituer une bibliographie,
voilà des problèmes auxquels sont souvent confrontés les étudiants en
psychologie, singulièrement les étudiants américains pour qui la revue
de question fait partie des exercices universitaires. L'ouvrage, conçu
pour répondre à ce besoin, suit pas à pas les différentes étapes de la
recherche bibliographique, de manière si concrète qu'il apparaît par
moments presque caricatural. Après un rappel du fonctionnement des
bibliothèques, l'auteur discute des avantages et des inconvénients des
différentes sources de documentation depuis les plus synthétiques
(dictionnaires) jusqu'aux plus détaillées — ■ articles originaux exclus.
Des indications pratiques pour rédiger une revue de question conforme
aux normes universitaires introduisent alors à la partie la plus développée
de l'ouvrage : une liste bibliographique (dictionnaires, traités, biogra
phies, abstracts, journaux et revues, recueils de textes, livres de référence
classés par sujets — sans que les critères de classification apparaissent
toujours clairement). Les ouvrages cités, tous en langue anglaise, datent
pour la plupart des dix dernières années, y compris les éditions les plus
récentes d'ouvrages classiques, et s'adressent essentiellement à des
étudiants débutants.
P. Marquer. PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 717
Julesz (B.). — Foundations of Cyclopean Perception. — Chicago,
The University of Chicago Press, 1971, 406 p.
Le principal problème à l'origine de cette monographie était de
trouver des techniques adéquates qui permettent de faire la part des
processus rétiniens et centraux, voire d'approcher la hiérarchie de ces
derniers dans la perception visuelle. Classiquement, les techniques de
transfert inter-oculaire et de stimulation dichoptique furent utilisées à
cet effet. Que les résultats en soient positifs ou négatifs, leurs interpré
tations restent matière à controverses, principalement en raison des
effets toujours possibles de la rivalité binoculaire. Les systèmes stéréosco-
piques évitent cet écueil, mais tels qu'ils sont classiquement utilisés,
l'information périphérique et centrale est presque identique. Se basant
sur les suggestions de Papert et d'Hochberg, l'A. entreprit de développer
des techniques qu'il appela cyclopéennes en ce qu'elles consistent à
éliminer l'identification périphérique des figures et à ne permettre leur
perception qu'au moyen de la fusion stéréoscopique. Pour ce faire, on
utilise des stéréogrammes faits de points aléatoirement sélectionnés
(stéréogrammes aléatoires) dont seuls certains sont corrélés entre les
deux images du stéréogramme. Ce sont des stéréogrammes camouflés
dans lesquels aucune image n'est perçue ni en vision monoculaire, ni
en vision binoculaire tant que les deux images n'ont pas été fusionnées.
Des anaglyphes, où les deux stéréogrammes sont superposés, réalisés
au moyen de couleurs complémentaires réalisent ce même camouflage.
Une autre technique cyclopéenne d'un développement plus récent est
celle des cinématogrammes aléatoires où l'on présente en succession
des images faites de points aléatoirement sélectionnés dont seuls certains
sont corrélés entre les images successives. La fusion temporelle de ces
images conduit à des effets stéréoscopiques.
L'utilisation de ces techniques cyclopéennes peut permettre la sépa
ration des processus périphériques et centraux dans la perception visuelle.
Trois issues sont possibles, dont l'interprétation n'est pas toujours
simple. On peut trouver un phénomène cyclopéen qui n'a pas de contre
partie dans les techniques classiques : avec des stimulus cyclopéens
destinés à produire un mouvement stroboscopique, entre le mouvement
optimal et la vision simultanée des figures, une seule figure immobile
est visible ; un tel phénomène n'a pas de contrepartie dans les techniques
classiques de présentation. Un autre cas est celui où seul le phéno
mène classique est mis en évidence, c'est par exemple le phénomène
des variations de la brillance perçue aux intersections d'une grille
d'Hermann-Hering. La version cyclopéenne de ce stimulus ne fait pas
apparaître l'effet lorsque la grille est perçue dans un autre plan que le
fond. Pour s'assurer que cette absence de résultat n'est pas liée à une
stimulation inadéquate, l'A. utilise ce qu'il appelle une technique cyclo
péenne inverse dans laquelle on brouille certains paramètres de la vision
binoculaire ; si, après fusion des deux images, le phénomène est identique
a. PSYC.FIOL. 73 24 718 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
à celui perçu en vision normale, on peut alors conclure que les processus
sous-jacents à l'effet sont périphériques. Il y a enfin le cas le plus
fréquent où phénomènes normaux et cyclopéens sont qualitativement
et quantitativement semblables : on peut alors conclure que les processus
sous-jacents sont essentiellement centraux. Ceci se produit dans la plu
part des illusions optico-géométriques (Muller-Lyer, Ebbenghaus...).
L'importance de ces techniques cyclopéennes est à apprécier en
regard de la neurophysiologie du système visuel. Les chaînes hiérar
chiques d'extracteurs de dimensions spécifiques mis récemment en
évidence constituent le modèle privilégié d'interprétation des résultats.
En effet les techniques cyclopéennes permettent opérationnellement de
« sauter » les étages des voies visuelles situées antérieurement à la
stéréopsie, c'est-à-dire d'étudier ce qui se passe seulement à partir du
6e niveau de synapses, puisqu'en effet les extracteurs ou analyseurs
commandés binoculairement ne semblent pas se trouver avant l'aire 18.
L'A. présente un certain nombre de résultats d'un grand intérêt,
même si certaines inferences théoriques qu'il en tire ne laissent pas
d'être discutables. Ainsi les figures ambiguës de Rubin dans leur version
cyclopéenne ne sont plus réversibles à volonté, ce qui indiquerait que
la stéréopsie fait partie de la perception figure-fond. Plus sujette à
controverse est la conclusion que l'auteur tire du fait qu'il peut, par sa
technique des cinématogrammes aléatoires, engendrer des mouvements
consécutifs d'où il conclut que ces derniers résultent de processus plus
centraux que la stéréopsie, conclusion qu'il tend à généraliser à la
perception du mouvement en général. Il néglige ce faisant de s'interroger
sur un postulat implicite qui est loin d'être généralement admis, à
savoir que les perceptions d'un mouvement réel et d'un mouvement
stroboscopique résulteraient de l'activité des mêmes analyseurs. Or,
la technique employée interdit d'utiliser d'autres stimulations que le
mouvement stroboscopique. Kolers a présenté pour sa part d'autres
arguments expérimentaux tendant à montrer que la formation d'un stroboscopique serait la condition nécessaire à la perception
de la profondeur. Le débat n'est pas clos et un tel ouvrage en constitue
un élément capital en ouvrant de nouvelles voies à la recherche dans le
domaine de la perception visuelle. Les interprétations théoriques, voire
les spéculations, ici présentées, ne manqueront pas d'être stimulantes.
On ne saurait passer sous silence l'utilité immédiate de telles techniques
en clinique ophtalmologique en ce qu'elles permettent des tests objectifs
de la stéréopsie. Cette technique paraît privilégiée pour la mise en
évidence objective des cas d'eidétisme où la fusion est opérée entre
l'image eidétique d'un stéréogramme aléatoire présenté longtemps avant
et son complément actuellement observé, fusion qui permet seule la
perception d'une figure autrement camouflée. A condition cependant
que le sujet présumé eidétique ait une bonne stéréopsie !
En conclusion, cette monographie devrait faire date dans les PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 719
ouvrages concernant la perception visuelle, elle représente une somme
de travaux qu'on ne peut négliger et la très brillante présentation qu'en
fait leur auteur en rend l'étude extrêmement stimulante.
G. Bonnet.
Gain (W. S.), Marks (L. E.) (édit.). — Stimulus and sensation.
Readings in Sensory Psychology. — Boston, Little, Brown & Company,
1971, 325 p.
Réédition sous forme d'un livre de certains articles classiques en
psychophysique de la sensation. Trois critères de choix ont présidé à
la sélection des articles : présenter pour chaque rubrique (identification,
discrimination, échelles) différentes lignes de développement des
recherches, juxtaposer des points de vue différents, voire opposés,
présenter les problèmes généraux de l'étude de la sensation plus que
des études de sensations particulières. On trouve ainsi un certain
nombre de classiques : James, Titchener, Cattell, Boring, Thurstone,
Garner, Stevens, Swets... Un tel ouvrage, comme beaucoup de ses
semblables, n'a comme seul intérêt que de rassembler des articles parus
dans diverses revues.
G. Bonnet.
Geldard (F. A.). — The Human Senses. — New York, John Wiley
&Sons, 1972 (2* éd.), 584 p.
Près de vingt ans ont passé depuis la première édition de l'ouvrage.
La présente édition, comparée à son aînée, permettra de mesurer le
chemin parcouru dans le domaine de la psychologie des sensations et de
montrer que les progrès sont dus aux nouveaux développements de la
psychophysique (théorie de l'information et plus encore développement
des échelles directes) et par-dessus tout aux découvertes récentes de
l'électrophysiologie. C'est assez dire que l'orientation de l'ouvrage est
psychophysiologique et, à ce titre, il constitue sans doute une des meil
leures synthèses disponibles. L'A., qui se présente lui-même comme un
généraliste de la sensation, ne s'est pas limité à l'étude de la sensation
visuelle qui ne couvre qu'un cinquième de son livre ; mais il présente
avec le même souci de synthèse l'état des connaissances actuelles dans le
domaine de l'audition, des sensibilités cutanées à la pression, à la doul
eur, à la température, des kinesthésiques et organiques,
vestibulaires pour terminer par l'odorat et le goût.
Un excellent livre de base, bien documenté (667 références) et qui
apporte incontestablement à la compréhension des processus sensoriels.
C. Bonnet. 720 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Gold meier (B.). — Similarity in visually perceived forms, Psychol
ogical Issues (Monograph 29). — New York, Intern. Univ. Press,
1972, 8, 1, 135 p.
Cette monographie est en fait la traduction en anglais d'une recherche
qui a été publiée en Allemagne en 1936 et qui peut figurer parmi les
études expérimentales dans la tradition classique de l'école de la « Ges
talt ». Par une série de 79 expériences (les sujets choisissent parmi deux
figures ou plus celle qui ressemble le plus à une figure de référence),
l'auteur analyse quelle est la nature et quelles sont les règles de la
ressemblance telle qu'elle « saute aux yeux » de tout un chacun. La
« préservation de la fonction phénoménale des parties dans le tout »
est ainsi mise en évidence parmi les transformations qui peuvent déter
miner des jugements de similitude, alors qu'au contraire l'identité
partielle ou l'identité des relations ou des proportions sont insuffisantes.
L'auteur évoque lui-même les objections possibles à la portée de ces
données. C'est d'abord la situation : il s'agit de tâches artificielles portant
sur des objets artificiels (des figures géométriques). Et surtout, la
mesure : la quantification en tant que dimension continue d'une « impres
sion de similitude », variable psychologique essentiellement discontinue
et complexe, peut mener à des malentendus de fond.
A. Lévy-Schoen.
Vurpillot (E.). — Les perceptions du nourrisson. — Paris, Presses
Universitaires de France, 1972, 208 p.
Ce livre constitue une revue détaillée des travaux expérimentaux
concernant les perceptions du nourrisson.
Dans une première partie de nombreuses références à des recherches
effectuées en anatomie, histologie, électro-encéphalographie... per
mettent de situer les conditions physiologiques dans lesquelles s'insère
l'étude de cette fonction.
Dans un deuxième temps sont exposées les différentes méthodes
d'étude de la perception chez le nourrisson (mesure de l'orientation
de l'attention, habituation, divers conditionnements...). Plusieurs tr
avaux montrent comment ces techniques permettent de se faire une
idée sur les capacités sensorielles du nourrisson dans les domaines
visuel, auditif, somesthésique et olfactif.
Après avoir exposé les résultats expérimentaux directement inspirés
des théories classiques (psychologie de la forme, théorie de l'infor
mation...) différents problèmes liés à la construction de l'espace et des
objets sont abordés (perception de la taille, du volume, de l'éloigne-
ment...). Les interactions entre structures cognitives, mnémoniques et
perceptives sont exposées dans l'étude de la permanence des objets
et leur identification.
L'ensemble des expériences décrites concourt à donner une idée PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 721
du monde extérieur tel qu'il est appréhendé par le nourrisson : il apparaît
être plus différencié et mieux organisé qu'on ne l'a longtemps cru.
Toutefois, l'auteur montre que la multiplication des recherches et
l'introduction de méthodes rigoureuses ont révélé l'extrême complexité
de ce domaine d'étude.
Le large éventail de données recueillies dans ce livre, leur agencement
selon des éclairages différents, le travail critique effectué par l'auteur
constituent une base solide pour la réflexion et un guide précieux pour
de nouvelles recherches.
M. Berthoud.
Muijden (A. R. W.). — Pattern apprehension : the development of
internal representations. — Amsterdam, Swets & Zeitlinger N. V.,
1972, 118 p.
Il s'agit d'une approche à la fois phénoménologique et expérimentale
de la perception visuelle de patterns dont la complexité varie : la méthode
consiste à présenter à des sujets adultes un pattern durant cinq secondes,
puis d'en demander la reproduction. Le matériel comporte une matrice
de 9x9 cases sur lesquelles sont disposés des points noirs ou rouges.
L'auteur étudie d'une part les résultats de cette reproduction mais
également les verbalisations des sujets. Le tri de l'information est étudié
en fonction des propriétés du matériel et du moment de l'épreuve : les
observations portent essentiellement sur la stratégie des sujets et sur
l'élaboration des différents modèles représentatifs qu'ils se construisent.
L'auteur termine en rattachant ses interprétations à différents secteurs
de la psychologie : hiérarchisation du comportement, conscience,
perception, mémoire à court terme.
La démarche qui consiste à analyser les rapports verbaux des sujets
et à confronter leur « insight » avec le niveau de reproduction est inté
ressante. Chaque étape de ce travail est enrichie par de nombreuses
références théoriques. Toutefois on ne voit pas clairement sur quel
apport nouveau débouche cet ouvrage.
M Berthoud.
Boakes (R. A.), Halliday (M. S.) (édit.). — Inhibition and lear
ning. — Londres, Academic Press, 1972, 568 p.
Une conférence réunie en avril 1971 à l'Université de Sussex est
à l'origine des 20 chapitres qui composent cet ouvrage. L'approche
pavlovienne des problèmes de l'inhibition manifeste ici sa grande
fécondité, en dépit, voire à cause des décades de discrédit dans lequel
elle était tombée chez les chercheurs anglo-saxons.
Dans la descendance directe d'une approche comportementale qui
avait conduit Skinner à considérer l'inhibition comme une sorte de
« démon de Maxwell » réifiant une simple réduction des réponses, des
chercheurs ont appliqué tant au conditionnement respondent (Wagner

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