Psychologie générale - compte-rendu ; n°2 ; vol.79, pg 691-714

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L'année psychologique - Année 1979 - Volume 79 - Numéro 2 - Pages 691-714
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1979
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1979 vol. 79, n°2. pp. 691-714.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1979 vol. 79, n°2. pp. 691-714.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1979_num_79_2_28293PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Cohen (D.). — Psychologists on Psychology. — Londres, Routledge
& Kegan, 360 p.
Un livre à la mode : une série de treize interviews de « psychologues ».
Pour chacun, l'auteur a tracé un portrait, résumé l'essentiel de sa car
rière et de ses positions, avant de leur poser les bonnes questions sur
leur œuvre et leurs jugements fondamentaux sur la psychologie.
Que pourrait-on dire de plus ? L'auteur a écrit une préface et une
conclusion qui ne sont pas neutres. Il insiste sur le fait qu'il n'y a pas
de paradigme commun aux psychologues et que chacun a une vision
de la psychologie qu'il aime opposer à celle des autres. Il est vrai que
l'homme est un objet de science si complexe qu'on doit « l'attaquer »
de différents points de vue. Dans le cas présent, ce que l'on peut contester,
c'est le choix fait par l'auteur de treize psychologues. On ne s'étonnera
pas de trouver (je suis l'ordre de l'auteur) McClelland, Broadbent,
Eysenck, Festinger, Neal Miller, Skinner, Tajfel, mais ils sont là à
côté de Chomsky, Hudson, Laing, Leupold-Lowenthal, Jouvet, Tin-
bergen. Pourquoi pas ? Quoi d'étonnant qu'il n'y ait pas de convergences
entre linguiste, neurophysiologiste, psychiatre, philosophe, éthologiste.
Cohen avait une autre idée. Son livre s'ouvre sur son entretien avec
McClelland qui lui affirme que les psychologues sont motivés par un
besoin de pouvoir, au moins sur leurs sujets, mais mieux sur les hommes
en général. Ce n'est pas surprenant en ce qui concerne McClelland,
l'homme du need for achievement. Mais Cohen poursuit la vérification
de cette thèse à travers ses interviews. La thèse ne paraît pas solide.
Skinner sans doute peut être interprété dans ce sens mais tout le monde
sait que les idées politiques de Chomsky ne doivent rien à la psychologie.
Et que plusieurs de ces auteurs aient des responsabilités administratives
ne démontre rien car les exigences universitaires sont telles que l'on
en trouverait la même proportion chez les physiciens, les biologistes,
les littéraires...
Il reste que les entretiens sont intéressants et enrichissants pour tous
ceux qui s'attachent à comprendre le devenir de notre discipline en
développement.
P. Fraisse. 692 Analyses bibliographiques
Chateau (J.), Gratiot-Alphandéry (H.), Doron (R.), Ca-
zayus (P.). — Les grandes psychologies modernes. — Bruxelles, Dessart,
1977, 407 p.
Les auteurs faisant débuter l'époque moderne au xvie siècle, la
coupure du livre en deux grandes parties semble inévitable : on y étudie
donc successivement « le temps des philosophes » et « le temps des scien
tifiques ». J. Chateau introduisant cet ouvrage est principalement conduit
à justifier l'existence de la première partie concernant les philosophes
dans un livre concernant les grandes psychologies par le fait que tout
« système possède son « centre essentiel » plus ou moins proche des préoc
cupations de nos psychologues ». Ainsi « ce qui fait justement l'originalité
du cogito, n'est-ce pas que, exceptionnellement, il est emprunté à la
psychologie et par là affirme la conscience subjective au cœur d'un
monde objectif d'essences » ? Cependant, l'auteur se refuse à donner une
définition plus générale de la psychologie, car une définition est toujours
« trahison du réel ». Après Montaigne et Descartes, cette première partie
aborde l'étude de Lojce, Berkeley, Hume, Rousseau, Helvetius, Kant et
Maine de Biran.
« Le temps des scientifiques » commence par une étude de P. Cazayus
sur les conditions philosophiques, scientifiques et politiques de la nais
sance de la psychologie scientifique. Les « commencements » de cette
psychologie sont analysés pays par pays, ce qui est justifié par le fait
qu'origines et orientations sont spécifiques à chacun des pays étudiés :
Allemagne, France, Angleterre et Amérique. Le chapitre sur les « déve
loppements de la psychologie scientifique » est consacré à l'étude des
courants de pensée qui sont en réaction par rapport aux conceptions
qui lui avaient servi de point de départ. Dans le chapitre consacré à
« la révolution objectiviste », l'auteur présente l'école russe et le beha-
viorisme. Les trois derniers chapitres sont consacrés successivement à
Freud, Alain et Wallon.
A. Charles.
Kantowitz (B. H.), Roediger (H. L.). — Experimental Psychology.
— Chicago, Rank McNally College, Publishing Company, 1978,
514 p.
Encore un manuel américain ! Mais, cette fois, un manuel de psychol
ogie expérimentale original qui se donne pour but de mieux faire
comprendre la recherche en psychologie, comme l'indique le sous-titre.
En fait, ce manuel se situe entre le traité de psychologie expérimentale
et le manuel pratique. On y trouve une défense et illustration de la
méthode scientifique, une analyse de ce que doit être une théorie, une
différenciation entre théorie et modèle, une étude des techniques d'obser
vation, une présentation de ce qu'est l'expérimentation (définition et
contrôle de variables, plans d'expériences, analyses des données), des
notions de statistique (indices de tendance centrale, indices de dispersion, Psychologie générale 693
corrélation, inference...) et un historique du développement de la psy
chologie expérimentale.
Mais de plus, les auteurs ont consacré un chapitre à la façon dont est
construit un article, c'est-à-dire une analyse de formes canoniques dans
lesquelles nos recherches sont publiées.
Cet ensemble auquel est consacré un quart de l'ouvrage constitue
pour l'essentiel une partie très classique.
L'autre partie, consacrée aux principaux thèmes d'étude de la psy
chologie expérimentale, est plus originale car les auteurs ne font pas
un bilan des données, mais analysent la façon dont les différents thèmes
ont été abordés. Présentation des problèmes essentiels, des variables
qui sont particulièrement étudiées, mode de contrôle de ces mêmes
variables, situations types, problèmes méthodologiques spécifiques.
Cette partie me paraît très importante car certaines méthodes se sont
plus développées dans l'étude de la perception que dans celle de la
mémoire, et il est intéressant d'analyser les problèmes qu'elles posent
et la façon dont on peut les aborder. De même, la présentation des dif
férents modes d'approche constitue actuellement une information essent
ielle à une bonne formation de tout psychologue.
Certes, cela suppose que l'on réalise des choix et que l'on valorise tel
type d'approche au détriment de tel autre. Mais existe-t-il un lecteur
de manuel heureux ?
Une autre originalité de cet ouvrage tient à la volonté de montrer
les applications des recherches et les problèmes méthodologiques qu'elles
posent.
Ainsi, le chapitre sur le conditionnement est suivi d'un chapitre sur
les applications des théories de l'apprentissage où l'on trouve, entre
autres, une présentation des Behavior Therapy.
A propos de chaque thème, on peut lire un texte intitulé « Psychology
in action », comprenant une analyse des applications, des méthodes et
des problèmes posés par la psychologie hors du laboratoire.
Le tout est présenté de façon agréable et parfois illustré de bandes
dessinées dans lesquelles Charlie Brown devient psychologue à sa façon.
En conclusion, nous avons un manuel d'une nouvelle génération
d'un intérêt incontestable. C'est pourquoi, il est regrettable que le
contenu soit souvent trop simpliste, peu développé et les analyses pas
assez approfondies.
J.-P. Rossi.
Weiner (B.), Runquist (W. A.), Runquist (P.), Raven (B. H.),
Meyer (W. J.), Leiman (A.), Kutscher (C. L.), Leinmuntz (B.),
Haber (R. N.). — Discovering psychology. — Chicago Science
Research Associates, 1978, 877 p.
Découverte de la psychologie, ce titre va comme un gant à cet excel
lent manuel. En effet, tous les courants de la psychologie y sont traités,
ap —24 694 Analyses bibliographiques
comparative, différentielle, expérimentale, génétique, pathologique,
sociale, etc., et un effort très important semble avoir été fait pour jeter
un pont entre le contenu de l'enseignement et les intérêts des jeunes
étudiants ; ainsi, beaucoup d'expériences connues d'un large public
sont abordées. Par exemple, l'expérience de Milgram dans laquelle
des sujets délivrent des chocs électriques d'une intensité mortelle (les
chocs sont fictifs et un comédien mime la douleur) pour peu que l'exp
érimentateur leur en donne l'ordre. De même, dans le chapitre sur la
perception (chapitre remarquable, fait par Haber), un encart non déma
gogique est réalisé sur la perception extrasensorielle et la télépathie.
I. Psychologie : la science du comportement ; (1) les voies de la
psychologie ; (2) les méthodes de recherches.
II. du développement ; (3) la nature de la psychologie
du développement ; (4) le développement de la compétence
cognitive ; (5) le social ; (6) la psychologie des
personnes âgées.
III. Les processus de base ; (7) processus sensoriels ; (8) la perception
visuelle ; (9) la mémoire ; (10) l'apprentissage ; (11) la cognition ;
(12) la motivation.
IV. La personne ; (13) les théories de la personnalité ; (14) l'évaluation
de la personnalité ; (15) la dynamique de la personnalité.
V. Le comportement anormal ; (16) pathologie du comportement ;
(17) la modification du comportement.
VI. Psychologie sociale ; (18) l'évaluation interpersonnelle ; (19) l'i
nfluence interpersonnelle ; (20) l'individu et le groupe.
VII. comparative ; (21) éthologie et psychologie ; (22) l'évo
lution du cerveau et du comportement ; (23) la génétique du
comportement.
VIII. Psychologie biologique ; (24) la communication dans le cerveau ;
(25) la biologie du comportement.
En conclusion : un très bon manuel, complet, moderne, abondam
ment illustré, agréable à lire ou à consulter.
A. Lieury.
Blommers (P. J.), Forsyth (ït. A.). — Elementary statistical methods
in psychology and education. — Boston, Houghton Mifflin Co., 1977,
2« éd., 570 p.
L'ouvrage présenté par Blommers et Forsyth constitue une réédition
de celui publié en 1960 sous le même titre par Blommers et Lindquist.
La philosophie générale en est la même : offrir un instrument d'e
nseignement introductif de la statistique n'exigeant pas de connaissances
préalables poussées en mathématiques, et présentant de façon détaillée
les concepts et modes de raisonnement utiles à une bonne maîtrise de
l'outil statistique. Psychologie générale 695
La deuxième édition, comme la première, couvre un champ volon
tairement restreint, allant jusqu'à la corrélation simple. Elle comprend
trois nouveaux chapitres. Le premier a trait aux problèmes de mesure ;
le second présente les principaux concepts probabilistes ; le troisième,
dû à M. R. Novick, constitue une introduction à l'inférence bayésienne.
La présentation m'a paru très claire, l'ouvrage agréable à consulter
et se prêtant à une étude approfondie. Il s'accompagne d'un manuel
d'exercices.
F. Bacher.
Graham (K. R.). — Psychological Research : controlled inter- personnal
interaction. — Belmont, California, Wadsworth Publishing Co., 1977,
257 p.
C'est une introduction aux méthodes de recherche en psychologie
que K. R. Graham propose dans ce livre.
Le traitement qu'il en donne me paraît pouvoir être caractérisé
d'abord par les termes : champ large, exposé relativement succinct.
Le champ de l'ouvrage est large par la variété des étapes de la
démarche du chercheur qui sont évoquées : examen des travaux déjà
publiés, choix d'un sujet prometteur, choix d'un contexte et d'un plan
appropriés à l'étude envisagée, réalisation de la recherche, rédaction du
compte rendu.
Le champ de l'ouvrage est large en ce qui concerne les méthodes
et modes d'approche envisagés : études expérimentales, recherches cor-
rélationnelles, études cliniques, simulation sur ordinateur.
Le champ de l'ouvrage est large, enfin, par la diversité des problèmes
pratiques, psychologiques, éthiques auxquels l'auteur montre que le
chercheur est confronté.
Compte tenu de la largeur de ce champ et du volume restreint de
l'ouvrage, K. A. Graham ne pouvait donner qu'un aperçu des problèmes
évoqués. Son propos semble avoir été de présenter des principes méthodol
ogiques de base à propos d'exemples peu nombreux mais variés : apprent
issage verbal, étude du dessin en miroir, recherches sur l'hypnose, etc.
Chaque chapitre comporte un exposé assez bref qui peut être complété
par des lectures portant non seulement sur les problèmes méthodolog
iques traités mais sur les exemples eux-mêmes. Des questions per
mettent au lecteur d'éprouver sa compréhension des principes présentés.
L'accent est mis, et c'est là une autre caractéristique de cet ouvrage
et son originalité, sur l'importance des relations interpersonnelles dans
l'activité de recherche. La moitié du volume environ est consacrée
aux biais que peuvent introduire la situation, le sujet ou l'expérimen
tateur lui-même dans les résultats et à la nécessité, pour le chercheur,
de comprendre et de contrôler le jeu de ces relations.
L'impression d'ensemble est qu'on dispose, avec cet ouvrage, d'une 696 Analyses bibliographiques
initiation méthodologique large bien que succincte, pouvant servir
dé base à un enseignement plus approfondi.
F. Bacher.
Coste (J.-C). — La psychomotricité. — Paris, Presses Universitaires
de France, 1977, 126 p. (« Que sais-je ? »).
Les trois dernières décennies ont vu la naissance et le développement
de diverses rééducations psychomotrices en milieu scolaire ou théra
peutique. On a été ainsi conduit à parler, de plus en plus couramment, de
« la » psychomotricité qui donne son titre à cet ouvrage de vulgarisation.
Un bref rappel historique introduit à l'analyse des principaux
concepts utilisés (schéma corporel, tonus, geste et mouvement, commun
ication verbale et non verbale). Le développement psychomoteur de
l'enfant (premières acquisitions motrices, organisation temporo-spatiale,
latéralisation, activité graphomotrice) fait l'objet du chapitre suivant.
Le dernier est consacré aux rééducations psychomotrices : il insiste
sur les aspects relationnels, sur les demandes parentales et les attentes
institutionnelles et il donne quelques aperçus techniques.
Comme tous les ouvrages de ce genre, celui-ci n'échappe ni aux simpli
fications ni aux omissions : par exemple, si Wallon est abondamment
cité, aucune mention n'est faite de sa thèse sur les syndromes et les types
psychomoteurs. Par ailleurs, l'auteur rappelle que « la théorie psycho
motrice s'est unifiée pratiquement au contact des troubles d'adaptation
avant d'être le résultat de recherches cohérentes » et il insiste sur le
fait qu'elle conduit à une thérapie. On pourra alors regretter que, préc
isément, ces aspects thérapeutiques occupent relativement peu de place
(27 pages) dans l'ouvrage et que ne soient pas abordés les différents
troubles d'adaptation qui ont donné naissance à ces techniques (par
exemple, les déficiences intellectuelles avec Picq et Vayer) ou qui consti
tuent aujourd'hui leurs champs d'action spécifiques. Enfin, aucun allu
sion n'est faite à l'indispensable éducation psychomotrice à l'école, en
particulier dans la préparation aux apprentissages.
C'est que l'auteur vise surtout à éclairer la notion de psychomotricité :
d'où le fait que le chapitre consacré aux concepts occupe le tiers de
l'ouvrage. Or, cette « science carrefour » doit faire appel aux données de
nombreuses autres sciences, ce qui est irréalisable en si peu de place :
ainsi l'indispensable rappel du développement psychomoteur de l'enfant
se voit attribuer 35 pages, sans doute aux dépens d'autres apports. La
psycho motricité apparaît ici à la fois comme une fonction, une théorie
unificatrice de la personnalité et un ensemble de techniques : le plan
suivi ne permet pas toujours de passer facilement d'un aspect à l'autre.
Mais on découvre là toute ^ambiguïté d'une notion plus facile à utiliser
dans le langage courant qu'à définir avec précision : le chapitre consacré
aux concepts aidera à cette réflexion.
P. Dague. Psychologie generate 697
Downs (Tt. M.), Stea (D.). — Maps in Minds : Reflections on Cognit
ive Mapping. — New York et Londres, Harper & Row, 1977, 284 p.
Habituellement le fond d'un ouvrage, davantage que sa forme,
retient surtout l'attention du lecteur ; or voici une exception, car les
auteurs ont délibérément rompu avec la présentation académique des
livres scientifiques. S'agissant d'un thème aussi ardu et spécialisé que
la représentation de l'espace, on s'attend à lire des mots « savants »
désignant des concepts spécifiques, à déchiffrer force tableaux et gra
phiques, et même à trouver des formulations mathématiques. Or les
auteurs, l'un psychologue et l'autre géographe, se sont attachés à
employer un langage simple, à faire référence le moins possible aux
théories, et surtout à illustrer leurs propos en présentant une quantité
de documents tels que chaque lecteur peut en rencontrer dans sa vie
de tous les jours : affiches, slogans publicitaires, passages de romans ou
de récits, etc. Il n'est donc pas besoin d'être psychologue ni géographe
pour en saisir la valeur explicative (mais peut-être est-il préférable d'être
Américain). Il se peut que nous tenions là un produit de ce mouvement
d'outre-Atlantique qui s'intitule Science for the People. En effet, un tel
livre est bien fait pour transmettre un savoir au plus large public possible,
en sacrifiant l'érudition et les références classiques à une présentation
dépouillée à l'essentiel des idées propres à structurer les connaissances
« banales » qui existent chez chaque lecteur.
Si nous considérons à présent le fond même de l'ouvrage, il convient
d'y distinguer plusieurs aspects, et tout d'abord celui des concepts et
de la théorie. On y trouvera, par exemple, un exposé très clair des
diverses options comportementales d'un sujet qui serait privé de
quelque chose situé hors de son atteinte immédiate. De même, sont bien
décrites les diverses stratégies de déplacement : errance au hasard, ou
bien répétition d'un itinéraire fixé à force d'habitude, ou encore choix
délibéré d'un chemin nouveau dans un environnement qu'on se repré
sente ; « navigation » et « orientation » sont bien distinguées. L'autre
aspect intéressant concerne les faits mêmes qui sont rapportés, notam
ment ceux qui illustrent l'usage cognitif des relations entre les repères
locaux, qu'on a pu observer aussi bien chez l'animal que chez l'enfant
ou chez l'adulte non occidental. L'organisation des déplacements chez
un chimpanzé à la recherche d'objets cachés dans son enclos démontre
bien ce point. Encore plus intéressante est la mise en évidence de la
lecture de photographies aériennes et du dessin de plans corrects chez
de jeunes enfants ; à ce propos, les auteurs opposent avec raison les
thèses fonctionnalistes de Bruner à celles de Piaget. Enfin on lira avec
admiration le système complexe et sûr à la fois qui permet depuis des
siècles à certains peuples de Micronésie de naviguer à travers leur
archipel sans jamais s'égarer, en se repérant sur les étoiles, ou plus
précisément sur les déplacements relatifs de celles-ci par rapport aux
îles qu'ils croisent durant le voyage maritime. Analyses bibliographiques 698
L'apport de l'auteur psychologue est évident ; celui du géographe
l'est moins. On nous montre bien que les facteurs psychologiques (affec
tifs autant que cognitifs) modifient la représentation imaginaire de
l'espace, et même sa représentation écrite, c'est-à-dire l'établissement
des cartes géographiques. Mais on n'envisage pas comment s'est effectuée
malgré tout la figuration cartographique correcte. Il aurait été intéres
sant de rappeler les conceptions du monde antique, de présenter les
figurations médiévales d'itinéraires de pèlerinage, puis les premiers
« portulans ». Le remplacement de la conception d'une terre-disque
par une terre-sphère est un problème de représentation sociale et
spatiale à la fois ; il n'est pas abordé. Et que dire de l'obstination de
Colomb à avoir atteint les Indes, opposée à l'intuition correcte d'Amerigo
Vespucci ? Au fond, ce qui manque le plus à cette Géographie, c'est
l'Histoire... Mais cela fera peut-être l'objet d'un autre livre.
M. Blancheteau.
Blumenthal (A. L.). — The process of cognition. — Englewood
Cliffs, Prentice Hall, 1977, 230 p.
Le titre est ambitieux et dépasse le contenu du livre. Pourquoi ne
pas parler plutôt des sources de la connaissance puisque le livre est
centré sur l'expérience immédiate, c'est-à-dire sur les premières étapes
de la connaissance que l'on appelait autrefois perception et mémoire
immédiate.
Dans ces domaines, traités dans les perspectives du traitement de
l'information, Blumenthal a fait œuvre utile en ne cherchant pas à
accumuler les travaux mais en mettant en évidence ce qui lui semble
le plus significatif. Il me plaît de voir l'importance qu'il accorde à la
durée de l'ordre de 100 ms qui est celle pendant laquelle les intégrations
de stimulations successives sont possibles et à la durée de 750 ms qui
est celle de la durée totale d'une perception. Le rapport des deux 750/100
donnerait-il une explication du contenu de l'empan comme le propose
l'auteur ? C'est oublier que l'empan est à peu près le même avec unt
présentation successive des stimulations.
Pour souligner que ces processus ne sont pas mécaniques, l'auteur
consacre trois chapitres aux de contrôle de l'expérience imméd
iate où on trouve évidemment le rôle des intégrations qui dépassent
la mémoire à long terme, les contrôles cognitifs et plus surprenant l'émot
ion. Sa place se justifie car il considère sous ce nom des aspects affectifs
de la connaissance (synesthésie, douleur, réactions à la musique, etc.)
mais tout est effleuré et le choix des aspects traités est assez subjectif.
Ce livre ne se suffit pas à lui-même mais il donne à penser.
P. Fraisse. Psychologie générale 699
Cotton (J. W:), Klatzky (R. L.). — Semantics factors in cognition.
— Hillsdale, New Jersey, Lawrence Erlbaum Associates Publishers,
1978, 239 p.
Ce livre comporte les rapports présentés lors d'une conférence ayant
eu lieu à l'Université de Californie en 1976.
La première partie comprend deux articles, essentiellement théo
riques, de Hunt et de Rumelhart et Norman. Ces auteurs, largement
inspirés par les modèles d'intelligence artificielle, cherchent à élaborer
les bases d'une théorie des processus cognitifs.
Dans leur rapport, Rumelhart et Norman présentent une reformulat
ion de leur modèle concernant en particulier la structure de la mémoire
et ses unités organisées ainsi que le domaine de l'apprentissage. Ces deux
premiers chapitres sont discutés par Hintzman et H. H. Kendler.
Le premier chapitre de la deuxième partie est dû à Klatzky et Stoy
et il est consacré à la relation entre le traitement de l'information sémant
ique et de l'information visuelle. Ces auteurs présentent les résultats
d'une série d'expériences inspirées du paradigme de Posner. Dans ces
recherches, les sujets doivent juger de l'appartenance de deux stimulus-
image, présentés de manière successive à une même catégorie sémantique.
La relation existant entre les stimulus détermine largement le temps de
la réponse. Un codage purement visuel des images ne semble avoir lieu
que dans les toutes premières étapes du traitement de l'information.
C. Conrad examine dans son rapport le rôle de quelques facteurs
impliqués dans la reconnaissance de mots. Selon cet auteur, différentes
sortes d'information sont codées en mémoire avec chaque mot. Ces
informations variées impliquées dans la reconnaissance du mot
stimulus. De même, des informations relatives à d'autres mots liés au
premier sont également dans la de celui-ci.
Les mécanismes de l'attention peuvent cependant « sélectionner »
parmi ces différentes sortes d'information celles qui seront récupérées
quand le mot-stimulus est présenté.
J. M. Keennan discute plusieurs notions centrales des modèles de
traitement de l'information (caractère sériel ou parallèle du traitement
des informations, traitements reliés ou indépendants, traitements
facultatifs ou obligatoires...). Keennan rend compte de l'effet de faci
litation (priming) à partir de l'hypothèse d'un codage analogue des
stimulus de la paire.
Revlin examine les travaux précédents dans le contexte d'un modèle
général de la mémoire.
La troisième partie du livre est constituée par deux chapitres très
différents de Smith, Balzano et Walker et Killenbaum. Le rapport de
Smith et coll. porte sur le rôle de différents types de codes dans la caté
gorisation d'images d'objets. Les résultats de deux expériences de
gorisation et de dénomination d'images sont présentés et examinés.
Un modèle pour la catégorisation mot-image est proposé.

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