Psychologie générale - compte-rendu ; n°2 ; vol.80, pg 660-688

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1980 - Volume 80 - Numéro 2 - Pages 660-688
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1980
Lecture(s) : 39
Nombre de pages : 30
Voir plus Voir moins

Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°2. pp. 660-688.
Citer ce document / Cite this document :
Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°2. pp. 660-688.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1980_num_80_2_28346PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Shepard (D. L.). — Psychology, the Science of Human Behavior. —
Chicago, Science Research Association, 1977, 560 p.
Un nouveau manuel américain, un de plus. La question qui se pose
immédiatement est de savoir ce qu'il a de nouveau ou d'original. La
réponse à cette question supposerait une connaissance exhaustive
du genre ; tâche ardue. Il me semble toutefois que par rapport aux
grands classiques il y a là un ouvrage résolument nouveau et peut-être
d'avant-garde.
La nouveauté ne se situe pas dans le contenu théorique de l'ouvrage
qu'on ne peut accuser d'originalité, mais dans la forme. Or la forme
est évidemment un élément extrêmement important dans un manuel
dont les visées sont plus pédagogiques que scientifiques.
L'enseignant français dont la pédagogie peu inventive et coupée de
ce fameux vécu ne suscite que l'ennui chez les étudiants, apprendra
beaucoup dans ce manuel sur l'art et la manière de vendre sa disci
pline. En effet, M. D. L. Shepard ne semble pas être un psychologue
pire qu'un autre, mais c'est à coup sûr un grand spécialiste du
marketing.
Chaque chapitre de ce manuel comporte sous son titre une affiche,
avec les principales vedettes du chapitre, puis une série de sous-titres
choc.
Les vedettes du premier chapitre sont Copernic, Darwin, Freud
et Platon. Ce chapitre intitulé « la condition humaine » est très bien
résumé par la citation de Freud qui figure en exergue, sur les trois
ouvrages qu'a infligé la science à l'humanité. La description de la
révolution copernicienne est bouleversante. Le but du chapitre est de
décrire le passage de la pensée magique à la pensée scientifique et
les nombreuses résistances sociales dont il a fait l'objet.
Le second chapitre est une histoire de la science et de la méthode
scientifique, il se termine par la naissance à la scientificité de la
psychologie. Les chapitres suivants portent sur l'anatomie, la
physiologie et la psycho-physiologie humaines et les problèmes de la
psychologie sont abordés à la page 130 dans un ouvrage de 519 pages. Psychologie générale 661
Les chapitres suivants comportent un découpage classique. L'origi
nalité repose sur trois principes : abondance des illustrations, les
nombreux exemples tirés du « vécu », vie quotidienne, faits divers
américains ou Histoire, et style très percutant.
Illustrations : nous avons droit au portrait touchant de Piaget
avec de jeunes enfants, à Lorenz suivi de quelques oisons ou au regard
langoureux de Ruth Benedict (entre autres), mais aussi à de nombreux
dessins illustrant le texte : une pomme tombant d'un pommier sous
lequel est assis un certain Newton, ou des joueurs devant des machines
à sous (boîtes de Skinner pour êtres humains), et puis quelques
photos choc : rites vaudou, entassement de prisonniers d'Attica après
la révolte, bonze vietnamien en train de brûler, ou malades soignant
leur dépression par auto-simulation avec électrodes implantées. Et
puis bien sûr des bandes dessinées, en particulier des Peanuts.
L'avenir est sûrement par là : un manuel entièrement en bandes
dessinées.
Appel au vécu et à l'histoire : le texte est entrecoupé de citations
nombreuses, la mythologie grecque y tient une grande place, autant
que les derniers faits divers marquants aux Etats-Unis, mais le thème
de prédilection, c'est la deuxième guerre mondiale. L'exposé sur le
conditionnement pavlovien en est un exemple palpitant. On y voit,
illustration à l'appui, le lieutenant Heinrich Müller de-la-toute-puissante-
armée-du-Reich-qui-puogresse-irrésistiblement-dans -la-Russie-de -Staline -
très-mal-préparée sauter sur une mine portée par un chien de Pavlov.
Dans ces exemples, Adolf Hitler est la grande vedette. Inquiétant,
mais fascinant aussi, il a droit à un portrait et à une citation en tête
de chapitre : celui qui porte sur « l'ordre social ».
Le cinéma et le roman ne sont pas oubliés : longue citation de
Mark Twain et photos de Raquel Welch, Rudolph Valentino ou Paul
Newman.
Plus qu'un manuel d'enseignement de la psychologie, c'est un livre
témoin sur les méthodes de marketing de la psychologie aux Etats-Unis
qu'il faut lire. Autant que l'image de la qu'il donne, il est
intéressant d'analyser l'image du lecteur auquel Shepard propose une
visite touristique et journalistique de la psychologie. Cette visite fait
penser à celle de son propre laboratoire par des étudiants, qu'il décrit
page 213 :
« De toutes les attractions de notre visite guidée, aucune ne s'est
montrée aussi intéressante que le Pit. A la sortie de l'ascenseur, au
sous-sol, le groupe de visiteurs se dirige directement sur un couloir
gris et tourne à droite au premier embranchement. Après avoir visité
lés laboratoires de physiologie, les élevages de rats, la salle à glace
sans tain, et après être passés devant la salle fermée dont personne
n'a la clé nous arrivons au second embranchement dans le labyrinthe
du sous-sol. Ouvrant la première porte, nous entrons dans une salle 662 Analyses bibliographiques
d'attente remplie d'équipements électroniques, de magnétophones, d'un
laser, et de diverses boîtes magiques. Deux autres portes placées dos
à dos séparent cette pièce du Pit-Un terme non technique pour
désigner une pièce anéchoïque. »
Ouvrage très américain, qui cite aussi facilement Play-Boy que la
psychologie non américaine ; la dernière page en fournit la meilleure
illustration. Regardez fixement pendant trente secondes une figure
composée de raies noires et vertes, avec dans un coin des étoiles
noires sur fond jaune. Vous pourrez ensuite voir un magnifique
effet consécutif : le drapeau d'une grande nation.
Cet ouvrage représente-t-il l'avenir de notre enseignement ?
R. Lécuyer.
Vygotsky (L. S.). — Mind in society. The development of Higher
Psychological Processes. — Cambridge, London, Harvard University
Press, 1978, 159 p.
Des travaux non publiés et des cours de Vygotsky constituent la
matière de cet ouvrage qui a été demandé aux « auteurs »x par Luria.
Le travail théorique de Vygotsky est présenté dans ce livre non pas
dans le but d'apporter une pierre à l'histoire de la psychologie, mais
bien de faire connaître des idées qui peuvent aider les chercheurs
d'aujourd'hui à répondre aux questions qu'ils posent. Chaque chapitre
est centré sur un des aspects des conceptions de Vygotsky sur le
développement. En effet, pour lui, l'apport de la méthode développe-
mentale est essentielle pour la psychologie expérimentale. On ne peut
comprendre les fonctions psychologiques supérieures qu'en étudiant
leur développement, leur « histoire ». Le développement n'est pas
linéaire : les différentes fonctions, et processus ne s'ajoutent pas les
unes aux autres, mais lorsqu'une nouvelle fonction est acquise, il y a
réorganisation complète. On peut parler à la fois d'évolution et de
révolution. L'histoire du comportement de l'enfant naît de l'interaction
entre deux lignes de développement : celle des processus élémentaires,
d'origine biologique et celle des fonctions psychologiques supérieures,
d'origine socio-culturelle. Et il argumente que le jeu dans lequel
l'enfant recrée et transforme par l'imagination les objets sociaux et
les formes comportementales que lui fournissent son environnement,
est le moyen le plus important pour le développement culturel de
l'enfant. Il insiste beaucoup plus que les autres théories cognitives
sur les facteurs sociaux des expériences de l'enfant qu'il pense déter
minants.
Il n'y a pas de schéma universel du développement, même si des
comportements sont similaires à certaines étapes, mais une relation
1. Michael Cole, Vera John. Steiner, Sylvia Sribner, Ellen Soubermann. Psychologie générale 663
dynamique, une interaction entre facteurs biologiques et facteurs
socio-culturels.
Comme dans son ouvrage Language and Thought, il développe l'idée
que le language, par l'intermédiaire duquel l'expérience est réfléchie
et élaborée, est un processus à la fois extrêmement personnel et
profondément social. Grâce au langage, l'enfant se libère des contrain
tes immédiates de l'environnement : il peut préparer l'action future,
la planifier, contrôler son propre comportement et celui des autres.
C'est là que la distinction du rôle de l'outil (tool) et du symbole
(sign) prend toute sa signification. L'outil est orienté vers l'extérieur,
il permet un changement des objets ; c'est le moyen par lequel
l'activité humaine maîtrise la nature. Le symbole ne change rien à
l'objet d'une opération psychologique, il permet la maîtrise de soi-même,
il est orienté vers l'intérieur. Le terme « fonction psychologique
supérieure » fait référence à l'association de l'outil et du symbole
dans l'activité psychologique. Il appelle intériorisation la reconstruction
interne d'une opération externe.
Résumer en quelques lignes la pensée de Vygotsky est tâche
impossible. Il a fallu plusieurs années aux « auteurs » pour organiser
ce livre dont je ne peux que conseiller la lecture stimulante à mes
collègues.
V. Pouthas.
Kirk (R. E.). — Introductory Statistics. — Monterey, California,
Brooks/Cole Publishing Co., 1978, 438 p.
Introductory Statistics est un manuel destiné à des étudiants
débutants en psychologie ou en sciences de l'éducation, n'ayant pas
de connaissances mathématiques dépassant les programmes de l'ense
ignement secondaire, mais désireux de comprendre les statistiques et
de pouvoir en approfondir ultérieurement l'étude.
Aussi, l'auteur se propose-t-il de dépasser l'exposé de simples
procédures de calcul pour tenter de donner à ses lecteurs une
compréhension au moins intuitive des principales notions statistiques.
Il définit soigneusement les termes qu'il utilise, propose de nombreux
exercices, fournit des éléments de démonstration et de discussion,
suggère des lectures complémentaires.
Le champ est celui habituellement couvert par ce type d'ouvrage.
On peut signaler deux chapitres consacrés à une présentation simple
de la théorie des probabilités et du théorème de Bayes.
Au total, l'ouvrage est bien conçu d'un point de vue pédagogique,
clair, facile à utiliser, sans simplification excessive. Il nous paraît,
pour cette raison, tout à fait recommandable.
F. Bacher. 664 Analyses bibliographiques
Kline (P.). — Psychometrics and Psychology. — London, Academic
Press, 1979, 381 p.
Comparée aux développements théoriques issus des recherches de
type clinique ou des approches expérimentales, la valeur heuristique
des méthodes factorialistes apparaît actuellement à beaucoup de psy
chologues comme relativement faible. Après trois ou quatre décennies
su cours desquelles la psychometric a fourni Quantité Je uâYauA dans
de très nombreux domaines de la psychologie, la tendance générale a
plutôt été de rejeter l'apport spécifique des méthodes quantitatives
en tant que telles, sans essayer de tirer le maximum de la masse
de résultats obtenus jusqu'à ce jour.
Kline s'est attaqué à ce travail de synthèse, dans un ouvrage très
dense et très documenté. Les trois premiers chapitres sont consacrés
aux fondements mêmes de la psychometric Le premier chapitre
analyse en particulier la notion de validité, et les problèmes théoriques
et pratiques liés au choix des items dans la construction d'un test.
Dans les deux chapitres suivants, l'auteur s'efforce d'abord de clarifier
les objectifs sous-jacents aux divers types de mesure — par exemple,
axés sur la recherche de dimensions générales du comportement
humain, ou axés sur la manière dont une personne réagit à l'ensemble
des stimuli qui forment son environnement — en indiquant les
solutions techniques les mieux adaptées (en particulier les différentes
formes d'analyse factorielle) ; puis il passe en revue les principaux
tests étudiés dans les domaines de l'intelligence, des aptitudes et de
la personnalité, en soulignant à plusieurs reprises les difficultés de
l'interprétation, en termes de concept effectivement mesuré, des
réponses attendues à un item donné.
La partie la plus constructive du livre est probablement celle qui
s'étend du chapitre 4 au chapitre 9 : reprenant l'ensemble des travaux
psychométriques qui ont le plus marqué les trente dernières années,
et ceux de quelques grands «anciens», l'auteur en dégage les aspects
communs en s'appuyant sur une critique approfondie de chacun, puis
il confronte ces aspects communs aux modèles théoriques plus
généraux développés ces dernières années. Il passe ainsi en revue le
développement récent touchant la psychologie cognitive, en ce qui
concerne l'intelligence, les apprentissages, les voies principales de
recherche en psychopédagogie, mais également tous ceux qui visent
à rendre compte du fonctionnement de la personne. Au cours des
chapitres, l'auteur s'applique à montrer en quoi les perspectives de
Hunt, de Carroll, de Hull, de Gagne, de Child, voire de Piaget, pour
n'en citer que quelques-unes, n'infirment en rien les interprétations
factorialistes de l'intelligence, et plus encore, en quoi les structures
proposées par Guilford ou par Cattell, sont de nature à éclairer le
fonctionnement de ces modèles. Il en est de même pour ce qui semble Psychologie générale 665
relever d'une compréhension plus clinique : les traits tempéramentàux
mis en évidence par Cattell, Eysenck, Grygier par exemple, convergent-
ils vers une même interprétation, et celle-ci peut-elle être rapprochée
de la dynamique qui sous-tend le comportement humain, normal ou
pathologique ?
Les résultats obtenus par les factorialistes sont abondamment
commentés dans leurs détails, mais la réflexion du lecteur reste
cependant guidée par un retour permanent à la discussion des
arguments des uns et des autres. Les points où se manifestent actuel
lement le plus de divergences entre psychologues, héritabilité de
l'intelligence, approches inter-culturelles, place de la psychanalyse dans
la psychologie, ne sont pas esquivés. Sur ces points en particulier,
où il est malaisé de se comprendre en dehors des idéologies, il est
probable que l'auteur ne sera pas suivi par tous, et d'une manière
générale, on peut douter que l'unanimité se fera avec lui quant à la
valeur théorique intrinsèque des approches psychométriques. Cepend
ant, son ouvrage constitue une synthèse largement documentée, bien
argumentée, de tout un courant de pensée dont on ne peut nier qu'il
ait de solides bases. Le moment est peut-être venu de rechercher les
convergences au sein de notre discipline, et en ce sens, l'ouvrage peut
intéresser des chercheurs venus d'horizons très divers.
J. Pelnard-Considère.
Kardos L. (Ed.). — Problems of information processing and per
ceptual organisation. — Budapest, Akadémai Kiado, 1978, 93 p.
Ce petit livre est une collection d'articles destinée à faire connaître
les recherches de chercheurs hongrois. Marton et Szirtes présentent
une série de trois expériences dans lesquelles sont étudiées les relations
entre potentiels évoqués et codage verbal de patterns visuels. Czigler
étudie les effets de contrastes spatiaux sur des temps de réaction
simples et sur les potentiels évoqués. Ce même auteur explore les
effets du codage verbal et de la complexité de formes visuelles sur
l'estimation de la durée, Tanczos et Jekkel s'interrogent sur la dépen
dance qui pourrait exister entre le comportement oculaire (fixation ou
poursuite) et l'estimation de la distance séparant des points présentés
successivement. Des comparaisons inter-hémisphériques de potentiels
évoqués à des stimulations verbales monaurales semblent plus
refléter des aspects attentionnels que des aspects spécifiques de la
tâche (Szirtes). Un problème voisin est repris sur des singes par
Marton' et al. et par Szirtes sur des enfants.
C. Bonnet. 666 Analyses bibliographiques
Marks (L. E.). — The Unity of Senses : interrelations between
modalities. — New York, Academic Press, 1978, 289 p.
« Les sens sont des canaux pour l'information, des dispositifs
pouf la communication, des organes pour les plaisirs et la douleur... »
écrit Lawrence Marks en prélude à son essai. Car c'est ainsi qu'il faut
considérer ce livre quelque peu provocateur, mais qui fourmille de
propositions fécondes, de points de vue originaux et de preuves de
ia grande culture scientifique, philosophique et littéraire de son
auteur. Les aproches utilisées sont très variées et complémentaires :
données expérimentales de psychophysique et de neurophysiologie,
théories philosophiques et psychologiques, analyses littéraires de
textes poétiques. La base de cette démarche est bien sûr l'analogie
définie comme propriété fondamentale de l'activité mentale et de
la recherche scientifique.
L'ouvrage peut être divisé en deux parties, encore que leur séparation
ne soit pas absolue : dans la première partie, Marks étudie les
correspondances sensorielles comme objets d'une recherche scientifique
non sans recourir dans son argumentation à des citations poétiques ;
dans la seconde partie, il illustre ces correspondances dans le langage
et particulièrement la poésie où il fait évidemment une place de choix
à Baudelaire.
A première vue, nos sens sont très diversifiés. Leurs modalités
sont en nombre restreint, bien qu'il n'y ait pas accord sur ce nombre
(de cinq à huit ou plus ?). Ainsi, Marks ne prend en considération
que les modalités correspondant aux cinq sens classiques et ignore
par exemple le sens de l'équilibre dont l'importance majeure dans
les perceptions spatiales ne peut plus être ignorée. Reprenant en
particulier à Locke la distinction entre qualités primaires et secon
daires, l'auteur souligne que nous faisons l'expérience perceptive d'un
seul monde. Ce qu'il exprime dans une doctrine de l'information
équivalente : différents sens nous donnent la même information sur
l'existence d'un objet et sur ses caractéristiques spatiales et tempor
elles. Ces caractéristiques correspondent aux qualités premières
de Locke. C'est ainsi que les perceptions peuvent ressembler à leurs
causes dans le monde extérieur. Mais Marks insiste peu sur ce
problème de l'isomorphisme. Un second aspect de l'unité des sens
est exprimé dans la doctrine des attributs sensoriels analogues qui
le conduit à proposer l'existence d'attributs supra-sensoriels tels
que l'étendue et l'intensité et qui s'appliquent à plusieurs modalités
sensorielles. S'agit-il d'analogies ou d'identités ? La question reste
ouverte et se pose d'ailleurs tout au long de l'ouvrage. Cette doctrine
des attributs sensoriels analogues est particulièrement illustrée dans
les phénomènes de synesthésie ; mais là, je dois avouer que j'ai
été plus intéressé par les illustrations littéraires qui en sont données
que convaincu par les expériences rapportées qui certes confirment Psychologie générale 667
le constat d'associations préférentielles entre par exemple des couleurs
et des sons, mais ne concourrent en rien à la validité de la « doctrine ».
Un troisième aspect de l'unité des sens est exprimé dans la
des propriétés psychophysiques communes : en dépit des modalités
de transduction propres à chaque sens, les relations stimulus-réponse
étudiées en psychophysique présentent des caractéristiques identiques
ou voisines pour les principaux sens. C'est l'affirmation que les lois
psychophysiques sont valides dans chaque modalité sensorielle (sauf
exception). Ce chapitre qui porte sur les limites de la sensibilité, sur
la discrimination et sur les échelles sensorielles est en fait un résumé
de l'ouvrage de 1974.
La raison fondamentale invoquée pour justifier cette unité tiendrait
à l'évolution : la différenciation des différents sens se ferait progres
sivement et il resterait des traces d'une structure unique indifférenciée.
Marks exposant ensuite une doctrine des correspondances neuro-
niques s'interroge sur les événements neuroniques qui corrèlent avec
les analogies et les équivalences fonctionnelles mises en évidence entre
sens. Trois principes heuristiques guident cette interrogation. Le
principe de nomination selon lequel à tout changement mental doit
correspondre un changement d'état du système nerveux. La réflexivité
de cette proposition n'est pas évidente. En effet aux raisons invoquées
par l'auteur, on peut en ajouter une qui est d'ordre méthodologique,
voire épistémologique, et qui réside dans l'asymétrie existant entre
une démonstration de différence et une démonstration d'identité. Le
second principe est celui de la convergence qui postule l'existence de
centres dans le système nerveux qui recevraient des afférences
multisensorielles. Enfin le troisième principe, le principe de corres
pondance, qui selon les propres termes de Marks est une heuristique
élevée au statut d'axiome, édicté que non seulement il doit y avoir
un appariement entre des événements mentaux et des processus
neuroniques, mais que les ordres de processus doivent partager des
caractéristiques communes.
Les trois derniers chapitres concernent plus étroitement le symbol
isme et les métaphores synesthésiques dans la poésie (occidentale).
Pour Marks, les correspondances « naturelles » entre les sons des
voyelles et l'imagerie visuelle ainsi qu'entre les attributs sensoriels
des diverses modalités seraient employées de manière assez délibérée
par les poètes à des fins spécifiques.
Si l'ensemble de l'ouvrage est passionnant, très bien documenté et
écrit de manière remarquable, il m'a laissé insatisfait. De nombreuses
questions restent ouvertes, dont certaines ont été à peine évoquées.
Ainsi en est-il de la question des limites et des conditions d'apparition
des équivalences sensorielles, des problèmes soulevés par les « adapt
ations prismatiques », les phénomènes de ventriloquie et les prothèses
sensorielles. 668 Analyses bibliographiques
En fait, il me semble que l'argument théorique de Marks manque
de clarté et reste plus souvent au niveau des métaphores et des
analogies suggestives qu'au niveau plus structuré d'un modèle théorique.
Cet essai est de ce point de vue à considérer comme un ensemble
de prolégomènes à une théorie à venir, théorie dans laquelle devrait
être justifiée par une analyse comportementale l'affirmation selon
laquelle c'est leur équivalence fonctionnelle qui fonde l'unité des
sens. J'ajouterai qu'il faut absolument lire cet ouvrage !
C. Bonnet.
Lack (L. C). — Selective attention and the control of binocular
rivalry. — La Haye, Paris, New York, Mouton, 1978, 222 p.
La thèse publiée ici a été menée en Australie. Quatorze expériences
ont permis d'éclairer quelque peu les problèmes relatifs à l'interpré
tation psychologique de phénomènes perceptifs de « rivalité binocul
aire ». Dans des situations stéréoscopiques où les deux yeux reçoivent
des images très différentes le sujet voit alternativement ce que voit
son œil droit ou son œil gauche. La part de contrôle volontaire
qu'un sujet peut exercer sur cette alternance entre les données
perceptives qui s'imposent à lui est étudiée dans diverses conditions
d'entraînement, par diverses mesures, directes ou indirectes. L'ensemble
des résultats est situé dans un cadre d'interprétation qui tend à
généraliser la représentativité de cette situation à tous les phénomènes
d'attention sélective.
La revue bibliographique autant que l'exécution et l'analyse des
expériences sont faites et présentées avec beaucoup de soin et de
clarté et peuvent servir de modèle à des étudiants qui préparent une
thèse expérimentale.
La portée générale de l'ensemble reste cependant, semble-t-il, limitée
à cefte catégorie particulière de phénomènes de perception visuelle,
quoique l'auteur mette l'accent sur le renouveau de ce type de
recherche : les questions naguère mises au cachot parce que non
directement objectivables sont à nouveau abordées par l'étude expéri
mentale de l'attention volontaire et des modulations des images
visuelles.
A. Lévy-Schoen.
Wingfield (A.). — Human Learning and Memory : an introduction. —
New York, Hagerstown, Philadelphia, San Francisco, London, Har-
pet/Row, Publishers, 1979, 462 p.
Encore un livre sur l'apprentissage humain et la mémoire ! Est-ce
utile ? La réponse est affirmative dans la mesure où un auteur

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.