Psychologie générale - compte-rendu ; n°2 ; vol.81, pg 547-575

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L'année psychologique - Année 1981 - Volume 81 - Numéro 2 - Pages 547-575
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1981
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1981 vol. 81, n°2. pp. 547-575.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1981 vol. 81, n°2. pp. 547-575.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1981_num_81_2_28394PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Armington (J. G.), Krauskopf (J.), Wooten (B. R.) (Eds). —
Visual psychophysics and physiology. A volume dedicated to Lorrin
Riggs, New York, Academic Press, 1978, 488 p.
Il m'a été difficile de comprendre le besoin qui a conduit J. C. Armingt
on, J. Krauskopf et B. R. Wooten à éditer l'ensemble des articles qui
composent « Visual psychophysics and physiology ». Malgré la préface
des éditeurs qui s'emploient à souligner la cohérence des problèmes
abordés, les cinq parties constituantes de cet ouvrage : « Physiological
mechanisms », « Sensitivity and adaptation », « Color vision », « Acuity,
contrast and movement » et « Applied topics » me semblent aussi éclec
tiques dans leur enchaînement que dans leur contenu. D'une manière
générale, revues théoriques et méthodologiques, recherches plus ou
moins ponctuelles, modèles mathématiques et réflexions philosophiques
sur l'approche scientifique en général, ou sur la recherche dans la vision
en particulier, se suivent et s'entremêlent sans que le lecteur puisse en
déceler le fil conducteur.
La « diversité » de ce livre est manifeste à bien d'autres niveaux.
Ainsi, dans la première partie — « Physiological mechanisms » — nous
nous voyons portés, au fil des articles, dans l'étude de la vision chez la
tortue, chez les amphibiens, les poissons, les batraciens, les vertébrés
supérieurs, etc., sans qu'on remarque un effort comparatif entre ces
espèces et encore moins le souci d'une présentation qui ait une cohérence
phylogénétique.
La partie « Sensitivity and adaptation » me semble bien plus homog
ène autant sur le plan des problèmes abordés que sur celui des moyens
théoriques et expérimentaux utilisés. En contraste, la partie consacrée
à la vision des couleurs « Color vision » — est beaucoup plus hétérogène,
réunissant des chapitres aussi synthétiques que celui de Cavonius et
Estevez et des sur des problèmes aussi ponctuels que ceux
abordés par Wooten et al. (« The Stiles-Crawford II effect at high
bleaching levels »).
« Acuity, contrast and movement » témoigne du même éclectisme.
On comprend mal, par exemple, la raison pour laquelle des chapitres
tels que ceux consacrés à la vision des bords (Ratliff) ou à la perception
des contours subjectifs (Day et Jory) ont été groupés sous le même 548 Analyses bibliographiques
titre générique que des travaux consacrés aux « Potentials that precede
small saccades » (Armington).
« Visual psychophysics and physiology » est un recueil d'articles
exposés dans le cadre d'un symposium organisé en l'honneur de Lorrin
Ttiggs. De ce point de vue, ce livre constitue un ouvrage de circonstance
dont le contenu a été dicté par les préoccupations scientifiques diverses
des anciens élèves ou actuels amis et collaborateurs de L. Riggs. Malgré
son titre engageant, il me semble, par conséquent, difficile d'imaginer
que ce livre puisse constituer un manuel d'initiation pour ceux qui ne
font que commencer à s'intéresser aux problèmes de la vision, de même
qu'il me paraît improbable qu'il puisse devenir un ouvrage de référence
pour les chercheurs en ce domaine. Cette critique globale ne met, bien
entendu, pas en question l'intérêt scientifique d'une grande partie des
articles qui le constituent.
A. Gorea.
Gibson (J. J.). — The ecological approach to visual perception,
Boston, Houghton Miftlin Company, 1979, 332 p.
J. J. Gibson publie son troisième ouvrage important depuis trente ans
consacré à la vision. Ce livre, couronnement de cinquante années de
recherches sur la perception, est censé apporter les bases d'une nouvelle
approche dans un domaine où, d'après l'auteur, tous les efforts scienti
fiques pour livrer des connaissances précises demeuraient sans résultat.
En effet, remarque Gibson, les physiciens connaissent la lumière en
tant que radiation mais non en tant qu'illumination ; les physiologistes
ont découvert comment fonctionnent les cellules nerveuses de la rétine,
mais ils ne savent pas comment nous voyons. Nous pouvons faire des
hologrammes, prescrire des lunettes pour corriger les aberrations diop-
triques de l'œil, guérir diverses maladies, mais nous ne savons pas
comment nous voyons.
Pour pouvoir suivre des voies radicalement nouvelles, Gibson
rejette toute une série de notions que la science de la vision semblait
avoir solidement établies. Ainsi selon lui, l'image rétinienne n'est pas
le fondement de la perception visuelle, puisque bien des animaux ne
possédant pas de rétine ont une excellente vue. L'information ne se
« recueille » pas (picked up) par éléments et les éléments ne sont pas
« traités » (processed) ; elle est « disponible » (available) directement dans
l'environnement. Nous pourrions dresser une longue liste des notions famil
ières aux psychologues, considérées par Gibson comme étant fallacieuses.
Il est bien difficile de résumer ce livre, puisque son auteur a refusé
de le faire dans un chapitre entier d'un ouvrage collectif1. Le livre de
1. Cf. la controverse Boynton-Gibson, in E. C. Carterette et
M. P. Friedman (Eds), Handbook of perception, New York, Academic
Press, 1974. générale 549 Psychologie
Gibson comporte quatre parties. La première partie est une description
de ce que Gibson considère être la véritable base de la vision : l'enviro
nnement physique dont les composants sont organisés en unités naturelles,
hiérarchisées et emboîtées. Toutefois, ces unités ne se confondent pas avec
l'unité de l'espace-temps. Nous vivons dans l'environnement et non
dans l'espace. L'environnement est constitué de substance, de médium
et surtout de surfaces séparant la première du second.
La deuxième partie est consacrée à l'information visuelle. Il ne
s'agit pas, bien entendu, de l'information shannonienne. Gibson utilise
ce terme à regret, faute de mieux, pour décrire la liaison entre l'optique
écologique (radicalement différente de l'optique géométrique et de
l'optique physiologique) et le sujet percevant. Il faut distinguer, dit-il,
la stimulation du récepteur du « stimulus-information » pour le système
visuel ; nous ne voyons pas la lumière en tant que telle. Nous percevons
l'environnement directement sans passer par des sensations lumi
neuses, Gibson rejoint ainsi les gestaltistes envers lesquels il avoue
ses dettes*
La troisième partie de l'ouvragé, traitant la perception visuelle,
examine toute une série d'expériences (dont la plupart ont été réalisées
par l'auteur et ses collaborateurs) censées démontrer une perception
directe de l'environnement. Dans cette démonstration, le mouvement
du sujet, le mouvement de l'environnement, le jeu subtil des parties
transparentes et cachées de l'environnement (illustré par de nombreuses
recherches sur le tunnel visuel) jouent les rôles principaux.
Enfin dans la quatrième partie, Gibson veut s'attaquer au problème
essentiel de la description visuelle du monde ; l'image fixe et l'image
cinématographique.
Pour résumer la théorie de la perception de Gibson, nous pouvons
dire avec lui que la perception n'est ni un acte mental, ni un acte cor
porel, « elle est un acte psychosomatique, ni du cerveau ni du corps
mais de l'observateur vivant ». Le cœur de l'optique écologique est la
notion dé « disposition optique » (optic array) qui est différente de la
lumière ambiante. L'information de cet environnement est directement
recueillie (picked up) par l'organisme actif.
Finalement, cet ouvrage, qui se veut novateur, est la continuation
et le développement logique des idées soutenues par Gibson depuis la
parution de son premier ouvrage important de 1950 : « The perception
of visual world. » Or, de même que lors de la parution de celui-ci,
M. D. Vernon avait posé la question légitime de savoir comment le
monde visuel peut-il être analysé sans recourir aux champs visuels,
nous pouvons aujourd'hui nous demander avec Neisser les
informations sont recueillies sans l'intervention de systèmes cognitifs
et affectifs, alors même que le rôle des données physiologiques classiques
sont refusées par l'auteur.
, F. Molnar. 550 Analyses bibliographiques
Kanizsa (G.). — Organization in vision. Essays in Gestalt perception,
New York, Praeger Publishers, 1979, 267 p.
Composé sur la base d'articles publiés depuis 1951 dans diverses
revues italiennes ou internationales, ce livre présente une synthèse des
travaux de Gaetano Kanizsa, professeur de psychologie à Trieste. Il
s'agit d'observations et de réflexions très directement inspirées, comme
le titre l'indique, par la Théorie de la Forme, et se référant essentiell
ement à Wertheimer, à Kœhler, à Michotte. On ne s'étonnera pas en
apprenant que Kanizsa est aussi peintre, et que ce qui l'intéresse dans
la psychologie de la vision, c'est l'impression suscitée par l'image chez
le spectateur, impression de contour illusoire, de superposition ou de
transparence, de brillance relative, dont l'analyse phénoménologique
montre la force et la généralité en même temps que le caractère sur
prenant même chez l'observateur « naïf ».
S'il est vrai que ce genre d'illusion d'optique a toujours un caractère
amusant en même temps que provocant, on pourra objecter à cet
ensemble d'exposés qu'il ne renouvelle pas vraiment un domaine
déjà bien exploité et construit par les Gestaltistes. Il demeure que les
effets qui sont présentés conduisent à réfléchir sur ce qui fait que la
« surprise » des jeux de salon est intéressante, à savoir la rencontre
entre diverses attentes incompatibles. Et « l'erreur du Gestaltiste » qui
s'attendrait à trouver toujours un effet de dominance du global sur le
local, ou la dominance d'une organisation symétrique sur une organisa
tion dissymétrique, est bien démontrée ici par des expériences où des
sujets complètent des formes ou des configurations partiellement mas
quées, en s'étonnant que l'évidence de leur perception ne suive pas ces
règles de leur pensée.
A qui s'intéresse à la perception visuelle, la lecture de ce texte et
surtout la vision des nombreuses illustrations donneront l'occasion de
renouer avec un demi-siècle d'approche phénoménologique qui a sa
place en psychologie à côté d'autres approches plus nouvelles.
A. Lévy-Schoen.
Mengal (P.). — Perception et prise de décision en situation aléatoire.
Etude psycho génétique de jugements différentiels de numérosité et de
durée, Bern, Peter Lang, 1980, 129 p.
Cette recherche sur les jugements de numérosité de stimulus success
ifs débute par une excellente mise au point de nos connaissances sur le
problème. Les expériences bâties sur la comparaison du nombre relatif
de stimulations vertes ou rouges qui se suivent d'une manière aléatoire
prouvent que des jugements de numérosité (plus ou moins d'une caté
gorie que de l'autre) sont relativement justes dès un jeune âge (4 ans).
L'expérience de la durée relative de stimulus verts et rouges qui se générale 551 Psychologie
suivent de la même manière apparaît plus difficile mais des imperfections
dans le matériel employé rendent les résultats moins probants. D'inté
ressantes considérations théoriques terminent cette monographie.
P. Fraisse.
Rescorla (R. A.). — Pavlovian second-order conditioning : studies
in associative learning, Hillsdale (nj), Lawrence Erlbaum, 1980, 120 p.
Les nombreux articles, expérimentaux et théoriques, écrits par
Rescorla dans les quinze dernières années ont apporté une contribution
majeure au renouvellement actuel des conceptions relatives au condi
tionnement pavlovien. Le petit ouvrage (120 p.) qu'il présente aujour
d'hui, sans offrir une synthèse de ses contributions antérieures, les
prolonge directement.
Cet ouvrage porte sur un sujet apparemment très limité : le condi
tionnement de second ordre (et accessoirement le « préconditionnement
sensoriel ») et traite pourtant de problèmes extrêmement importants
et généraux. La résolution de ce paradoxe réside dans le fait que le
conditionnement de second ordre est ici envisagé, non comme un objet
d'étude en soi, mais comme un outil privilégié d'investigation, permet
tant l'analyse de problèmes relatifs à l'apprentissage associatif restant
jusqu'ici hors de portée de l'expérimentation.
Trois problèmes sont traités. Le premier concerne la détection de
l'apprentissage. L'auteur montre par exemple comment un stimulus
conditionnel apparemment incapable d'évoquer une réponse conditionn
elle après un conditionnement de premier ordre, peut parfois constituer
un renforçateur efficace dans un conditionnement de second ordre,
témoignant ainsi de son association antérieure avec le renforçateur
primaire. Le second problème est relatif aux conditions favorisant
l'instauration d'un conditionnement. Le conditionnement de second
ordre autorisant un choix du renforçateur parmi une gamme de stimulus
beaucoup plus large qu'en conditionnement de premier ordre (où le
renforçateur doit évoquer une réponse fidèle et mesurable) permet
d'étudier en profondeur comment les relations qualitatives entre les
stimulus à associer influencent la force de l'association. L'auteur
s'intéresse principalement au rôle de la similarité entre les stimulus
dans la formation d'un conditionnement. Le troisième problème traité
concerne le contenu des associations, problème dont la formulation
classique oppose les conceptions S-S et S-R. Là encore, l'ouvrage
illustre comment le conditionnement de second ordre fournit des él
éments de connaissance originaux, relatifs en particulier aux composantes
de la représentation du renforçateur qui se trouvent associées au stimulus
conditionnel au cours du conditionnement.
Les nombreuses expériences rapportées, réalisées sur le rat et le
pigeon ont, pour l'essentiel, été effectuées dans le propre laboratoire 552 Analyses bibliographiques
de l'auteur. Bien que son approche expérimentale soit assez étroitement
circonscrite, l'ouvrage de Rescorla devrait être lu par un large public,
car il illustre admirablement comment un domaine de recherche que
l'on aurait pu croire complètement exploré il y a quelques décennies,
peut se révéler être un champ de découvertes extrêmement fertile.
P. Perruchet.
Navarick (D. J.). — Principles of learning : from laboratory to field,
Addison-Wesley Publish. Co., 1979, 436 p.
Comme l'auteur l'expose clairement dans une courte préface («Lear
ning : an applied approach »), le but de ce livre est de présenter les
connaissances actuelles sur les processus d'apprentissage en rompant
avec la tradition académique, c'est-à-dire en substituant à une présen
tation uniquement fondée sur les travaux de laboratoire une discussion
des principes de l'apprentissage inspirée par le contexte plus large de
la recherche appliquée. Il s'agit cependant d'un « cours » de psychologie
générale et non d'un traité de psychologie appliquée. Peut-être vaud
rait-il mieux d'ailleurs remplacer le terme « appliqué » par celui, suggéré
dans le titre, de psychologie de « terrain », au sens où l'on oppose volont
iers les disciplines de terrain à celles du laboratoire? L'intérêt de
cette tentative réside donc en partie dans sa nouveauté : la grande
majorité des livres traitant du conditionnement et de l'apprentissage
se situaient dans une perspective expérimentale s'articulant autour du
développement des théories classiques de l'apprentissage. Leur objectif
essentiel était la présentation, et éventuellement la discussion, de théo
ries dont la validité empirique, au niveau de leurs applications potent
ielles, était généralement négligée. En cela la tentative de Navarick
n'a pas seulement un caractère de nouveauté. Elle montre à quel point
les recherches fondamentales, qui constituent des modèles du comporte
ment dans des situations artificielles et rigoureusement contrôlées,
peuvent se transposer aux situations réelles d'apprentissage et comment
en retour les enseignements de ces applications peuvent faire progresser
notre connaissance des processus fondamentaux. Elle témoigne ainsi
de ce que la recherche pure n'est nullement gratuite, artificielle ou
scholastique, mais s'insère logiquement dans une réalité plus complexe
où elle trouve sa justification empirique ou au contraire ses limites,
voire même l'infirmation de ses théories.
De ce fait, le livre de Navarick peut dérouter par la diversité des
problèmes abordés. Des conditionnements pavloviens au modelage du
comportement, de l'apprentissage verbal à l'acquisition du langage,
du rôle de l'imitation à celui de la mémoire, l'auteur passe en revue
l'ensemble des principaux problèmes posés par et la modifi
cation des comportements. Quelques expériences fondamentales sont
exposées avec détail pour introduire les concepts essentiels. Le choix générale 553 Psychologie
de celles-ci a été effectué parmi les travaux récents mais aussi parmi
les expériences classiques plus anciennes. Ces démonstrations suffisent
à poser les problèmes sans se perdre dans le détail des querelles d'école
aux arguments sophistiqués. Une fois les principaux concepts présentés
grâce aux recherches de laboratoire, le lecteur est invité à juger de leur
validité sur le terrain : de nombreux exemples empruntés au Journal
of Educational Psychology, au Journal of Special Education, à Behavior
Research and Therapy ou au of Applied Behavior Analysis lui
permettent d'envisager les aspects pratiques, souvent très novateurs,
de ces recherches souvent méconnues des chercheurs de laboratoire et
des universitaires.
Le lecteur français sera peut-être quelque peu déconcerté par le
plan inhabituel de l'ouvrage et par la multiplicité des problèmes
abordés par l'auteur. L'enseignant y trouvera cependant, tout comme
l'étudiant auquel ce « cours » est destiné, une grande richesse d'infor
mation, présentée avec rigueur et clarté, et souvent même avec beau
coup d'humour. Chaque chapitre est suivi d'un excellent résumé, très
détaillé, et d'une liste de questions permettant à l'étudiant d'éprouver
réellement les connaissances qu'il vient d'acquérir. Un dernier chapitre,
intitulé « How to improve your memory : a short course », présente un
vaste ensemble de moyens mnémotechniques destinés à la vie courante
mais aussi à faciliter, juste retour des choses, le travail d'apprentissage
de l'étudiant pour maîtriser ces Principles of Learning.
M. Launay.
Cermak (L. S.), Craik (F. I. M.). — Levels of processing in human
memory, Hillsdale (nj), Lawrence Erlbaum, 1979, 479 p.
Etudier la mémoire sous l'angle du niveau auquel se situe le trait
ement effectué par le sujet lors de la présentation des stimulus avait été
proposé par Craik et Lockhart en 1972. Cette perspective impulsa un
grand nombre de recherches expérimentales. En 1977, à Rockport
(Massachusetts), un colloque permet de faire le point sur cette approche.
Ce sont les contributions présentées lors de ce colloque qui sont rassemb
lées dans cet ouvrage, ouvrage divisé en six parties et vingt et un
chapitres.
La première partie : « Développements théoriques et empiriques »,
regroupe quatre interventions : Jacoby et Craik, continuant d'appro
fondir l'hypothèse de départ, étudient les effets de l'élaboration du
traitement sur la discriminabilité de la trace mnésique ; Battig met
l'accent sur l'importance des variations intra-individuelles et sur le
caractère « flexible » des activités mnémoniques ; Nelson présente un
modèle du traitement des mots et des dessins dans lequel l'efficacité
des codes sensoriels est soulignée. Lockhart commente ces exposés en
attirant l'attention sur les difficultés méthodologiques de cette approche. 554 Analyses bibliographiques
« Extension et applications », tel est le titre de la seconde partie :
Germak présente plusieurs expériences réalisées avec des sujets amnés
iques ; Eysenck s'interroge sur le caractère réellement novateur du
concept de discriminabilité de la trace ; Bahrick propose d'élargir les
paradigmes classiques à des situations proches de celles de la vie réelle
et de donner la priorité à l'étude des interactions entre variables dans des
tâches très diversifiées.
La troisième partie s'intitule « Language processes ». Perfetti y
étudie les niveaux d'analyse d'une phrase simple et définit la nature de
l'information codée à chacun de ces niveaux. Sept niveaux sont distin
gués : prélinguistique (acoustique), phonologique, syntaxique, propo-
sitionnel, référentiel, thématique et fonctionnel. Ces niveaux ne sont
pas de profondeur croissante comme chez Craik mais sont, à des degrés
divers en fonction de la tâche exigée du sujet, sous le contrôle de l'atten
tion. Perfetti reprend ici la distinction faite par Shifîrin et Schneider
(1977) entre processus automatiques et processus contrôlés. Lachman
et Lachman font une présentation critique de travaux sur la compréhens
ion dont certains sont d'inspiration psycholinguistique, et d'autres se
rattachent à des modèles de représentation en mémoire de la connais
sance du monde. Ces divers travaux, tout comme les études concernant
les niveaux de traitement, posent le problème majeur de la représen
tation cognitive des informations verbales. Kintsch, considérant la
lecture d'un texte, fait l'hypothèse de six processus : analyse graphé-
mique, traitement auditif, identification de mots, syntaxico-
sémantique, compréhension de la signification, organisation du texte.
Ces processus interviendraient en parallèle et de manière interactive.
Ces trois chapitres montrent clairement que la notion de « niveaux de
traitement » est complètement transformée par les auteurs qui s'inté
ressent au matériel verbal complexe tel que la phrase ou le texte.
Trois exposés constituent ensuite la quatrième partie consacrée aux
problèmes de développement. Pour Brown, l'approche de Craik est tout
à fait pertinente pour étudier la mémoire chez l'enfant, car elle met
l'accent sur trois aspects essentiels du point de vue du développement :
le caractère volontaire (intentionnel) ou involontaire (incident) de la
mémorisation, l'influence décisive de l'activité du sujet, la compatibilité
entre les structures cognitives actuelles et les structures susceptibles
d'être construites. Naus et Halasz puis Hagen expriment également
leur accord avec Craik.
La cinquième partie s'intitule « Percevoir, agir, connaître ». Treisman
étudie la « réalité psychologique des niveaux de traitement » en art
iculant son exposé sur les questions suivantes : quelles sont les méthodes
qui, au plan perceptif, permettent d'identifier les niveaux de traitement ?
Ces méthodes peuvent-elles être transposées à l'étude de la mémoire ?
Quelles sont les relations qu'entretiennent perception et mémoire ?
Dans le chapitre suivant, Bransford, Franks, Morris et Stein criti- Psychologie générale 555
quent vigoureusement le concept de profondeur de traitement ; d'après
ces auteurs ce concept ne permet pas d'aborder les aspects fondamentaux
de l'apprentissage et de la mémoire, tels que la correspondance entre les
activités d'acquisition et celles de restitution, les relations entre ce qui
doit être appris et les connaissances et capacités actuelles du sujet.
Ils proposent la notion plus générale de « traitement approprié au
transfert » pour cerner ces deux aspects. Baddeley discute les exposés
de Treisman et de Bransford et al. ; sans rejeter totalement les notions
générales, il souligne la nécessité de procéder à une analyse fine des
processus sous-jacents à des comportements observés dans des situations
particulières.
La dernière partie de l'ouvrage a pour titre : « Alternatives théo
riques » ; plusieurs auteurs y expriment leur désaccord avec les concept
ions de Crajk. Kolers montre l'efficacité, dans une épreuve de reconnais
sance, de l'analyse des traits graphémiques d'un texte ; il remet en
question la notion de trace mnésique, envisageant la rétention comme
dépendante d'une nouvelle mise en œuvre des analyses et des opérations
réalisées antérieurement par le sujet, opérations dont les caractéristiques
sont fonction des exigences de la tâche et des objectifs du lecteur.
Anderson et Reder s'intéressant à la mémorisation de récits donnent à
la notion de profondeur un aspect quantitatif et non pas qualitatif :
c'est le nombre de propositions générées par le sujet à partir d'un
énoncé qui définit la profondeur du traitement. Tulving argumente
longuement pour montrer que la compatibilité entre la trace et l'indice
fourni lors de la restitution suffit à rendre compte de la rétention.
Jenkins souligne la nécessité d'envisager tout fait de mémoire comme le
produit d'interactions entre quatre catégories de variables concernant
le sujet, les caractéristiques du matériel, celles de la tâche d'appréhension
et celles de la tâche de restitution.
Enfin Craik tente de dresser un bilan dans lequel il dégage les points
d'accord et les divergences avant de préciser ses propres conceptions.
Ce livre s'adresse à tous les chercheurs qui s'intéressent à la mémoire ;
les diverses contributions illustrent les difficultés notionnelles, théoriques
et méthodologiques auxquelles se heurte l'étude du fonctionnement de
la mémoire en termes de « profondeur » et plus généralement en termes
de traitement de l'information.
M. -F. Ehrlich.
Gruneberg (M. M.), Morris (P. E.) (Eds). — Applied problems in
memory, London et New York, Academic Press, 1979, 289 p.
Excellente cette idée de Gruneberg et Morris de faire le point sur les
connaissances que nous avons sur la mémoire, d'un point de vue pra
tique. Ils nous offrent ici plusieurs synthèses (en 30 pages en moyenne),
chacune réalisée par un auteur, sur une grande variété de thèmes.
Dans un essai sur la « mémoire de tous les jours », Hunter décrit

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