Psychologie générale - compte-rendu ; n°2 ; vol.84, pg 297-309

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L'année psychologique - Année 1984 - Volume 84 - Numéro 2 - Pages 297-309
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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Paul Fraisse
M. Vion
M. L. Zubizarreta
A. Jacobs
Pierre Oléron
C. Coeffe
J.-P. Caverni
J.-F. Camus
Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°2. pp. 297-309.
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Fraisse Paul, Vion M., Zubizarreta M. L., Jacobs A., Oléron Pierre, Coeffe C., Caverni J.-P., Camus J.-F. Psychologie générale.
In: L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°2. pp. 297-309.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1984_num_84_2_29024L'Année Psychologique, 1984, 84, 297-320
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Annual Review of Psychology, M. R. Rosenzweig et L. W. Porter
(Edit.), Palo alto, Annual Reviews Inc. 32, 1981, 756 p., et 33, 1982,
744 p.
L' Annual Review of Psychology est bien connue des enseignants et
des chercheurs. Au cours des années, elle offre des mises au point dans
tous les domaines de la psychologie. Il ne s'agit pas simplement d'une
revue des principaux travaux, mais aussi d'une évaluation des nouvelles
certitudes et aussi des obscurités ou des lacunes qui permettent de
juger les travaux antérieurs, mais aussi des pistes où de nouveaux
chercheurs ont intérêt à s'engager.
Il ne peut s'agir d'évaluer l'un ou l'autre chapitre, ce qui ne ferait
que révéler mes intérêts. Je signalerai seulement en les regroupant en
grandes rubriques, les différents problèmes abordés, le plus souvent par
les meilleurs spécialistes.
Dans le volume 32 on trouve ainsi :
En psychophysiologie : La physiologie de la Cochlée ; Les bases
centrales de la motivation : études de l'autostimulation du cerveau (par
Olds évidemment).
En psychologie fondamentale : L'apprentissage humain et la mémoire
(par Wickelgren) ; La théorie de la décision dans le comportement :
processus de jugement et de choix ; La catégorisation des objets naturels ;
Attitude et changement d'attitude ; Créativité, intelligence et personn
alité ; La naissance des perceptions visuelles.
En psychologie du développement : Psychologie du développement ;
Les effets des communications de masse. 298 Analyses bibliographiques
En psychologie appliquée : L'analyse des données graphiques ; Psy
chopathologie de l'enfant ; Les conseils psychologiques, interventions dans
les carrières : recherches et théories ; Psychologie clinique : méthodes indi
viduelles ; Théorie des tests et méthodes ; Psychologie de l'instruction.
Et en outre un chapitre introductif de Tyler Leona E. : « Plus de
grandes demeures : les extensions et les limites de la psychologie. »
Dans le volume 33, en suivant les mêmes rubriques :
Psychologie physiologique : La vision des couleurs ; Les endorphines
et le comportement ; La fonction du cerveau : le renouveau sur les
synapses et la plasticité ; La génétique du comportement humain.
Psychologie fondamentale : Le toucher chez les primates, études des
apprentissages associatifs chez l'animal ; Les modèles dans les processus
d'information : à la recherche d'opérations élémentaires (par Posner).
Psychologie sociale : Psychologie sociale des relations intergroupes ;
La motivation ; Le comportement d'organisation ; La recherche
en groupe.
Psychologie appliquée : Comportement anormal : approches sociales ;
Le retard mental ; Le développement des organisations et le change
ment ; Psychologie de la Loi ; La sensibilisation de larges groupes ; La
sélection du personnel et les classifications ; La psychologie du consom
mateur ; de l'environnement.
Bien entendu les éditeurs ne sont pas responsables de ma classifica
tion (ni de la traduction des titres). Ils se contentent d'ajouter les
chapitres aux chapitres. A chacun de retrouver son bien.
P. Fraisse.
Caron (J.). — Les régulations du discours : psycholinguistique et
pragmatique du langage, Paris, Presses Universitaires de France,
1983, 256 p.
L'ouvrage, nous dit son auteur, est issu de l'articulation de deux
thèmes de réflexion : d'une part la mise en question, à la lumière des
écrits des philosophes du langage, des conceptions sur le langage long
temps admises en psycholinguistique ; d'autre part, d'une interrogation
sur les rapports entre langage et logique.
Bon nombre de chercheurs partagent actuellement l'un, l'autre,
ou ces deux thèmes de préoccupation. Les propositions théoriques, les
suggestions en matière de recherche, avancées par Jean Caron viennent
à point nommé donner forme et réponse à un ensemble d'interrogations :
Approcher le langage d'abord comme un moyen d'interaction entre
les individus ne va-t-il pas, en introduisant la dimension pragmatique,
nous renvoyer à l'infinie diversité des situations empiriques ? Ne
va-t-on pas empiéter sur, ou nous confondre avec, d'autres domaines
spécifiques de recherche en psychologie (la psychologie sociale par Psychologie générale 299
exemple) ? N'allons-nous pas, en travaillant non plus sur des énoncés
isolés mais sur des enchaînements discursifs, perdre la possibilité d'user
de notre outil méthodologique de choix (l'expérimentation) ? Comment
la pragmatique de la langue et la logique des enchaînements discursifs
peuvent-ils constituer un axe pour la psycholinguistique de demain ?
La première partie de l'ouvrage montre que l'activité psycholin
guistique est longtemps demeurée abordée dans une perspective struc
turale suivant les niveaux d'analyse (syntaxique-sémantique) de la
langue. L'approche de l'activité psycholinguistique dans une perspective
fonctionnelle ne signifie pas ajouter un niveau supplémentaire à l'ana
lyse. Elle signifie intégrer la dimension pragmatique dans l'analyse
linguistique et psycholinguistique.
Les deux parties suivantes examinent les diverses sources théo
riques (philosophie, logique, linguistique, psychologie) et les recherches
expérimentales d'ores et déjà disponibles dans cette nouvelle perspective.
La partie 2 s'intéresse à la pragmatique de la langue (renonciation,
l'illocutoire, les présuppositions, les règles de conversation) ; la partie 3
aux enchaînements discursifs (la logique naturelle du discours). Jean
Garon montre, chemin faisant, comment une prise en compte des
conditions pragmatiques permet le déplacement du traitement des
énoncés isolés à celui du discours sans qu'en souffrent ni les exigences
de la méthode expérimentale, ni l'intégrité ou la spécificité de l'approche
psycholinguistique. Les chapitres XII et XIII en fin de troisième partie
constituent par leurs propositions théoriques et méthodologiques la
véritable conclusion de l'ouvrage.
La dernière partie illustre expérimentalement les notions générales
abordées dans les chapitres précédents. Après avoir précisé le décalage
entre opérateurs logiques et opérateurs discursifs, elle traite de l'étude
de quelques opérateurs discursifs (négation, quantificateurs et syllo
gismes, connecteurs).
Trente ans après la naissance de la psycholinguistique constituée
comme un domaine de recherche spécifique, cet ouvrage stimulant
propose aux chercheurs une nouvelle identité pour la discipline.
M. Vion.
Chomsky (N.). — Lectures on government and binding, the pisa
lectures, Dordrecht, Foris Publications, 1981, 372 p.
Lectures on government and binding (LGB) test une étude sur la
grammaire conçue comme description d'une faculté mentale. Le but de
l'ouvrage est de dégager les propriétés générales des grammaires des
langues naturelles et de développer une théorie de ces propriétés
abstraites, c'est-à-dire une Grammaire générale (Universal Grammar).
La conception que les linguistes ont de cette Grammaire générale a 300 Analyses bibliographiques
sensiblement évolué depuis 1965, date de parution de Aspects of the
Theory of Syntax du même auteur. LGB présente l'état le plus récent de
cette conception et constitue une synthèse des différents progrès accomp
lis au cours des quinze dernières années. La propriété essentielle du
modèle de grammaire proposé est d'être un système de principes modul
aires et parametrises dans lequel les règles spécifiques caractéristiques
du modèle d'Aspects n'ont plus cours. Ces règles spécifiques ont été
décomposées en éléments généraux, qui participent de l'un ou l'autre
des différents modules constituant la Grammaire générale. Afin d'éclairer
ce point, nous allons brièvement décrire l'évolution de certains traits
de la théorie grammaticale depuis Aspects.
Dans le modèle d'Aspects (le modèle Standard), on distingue deux
composants proprement syntaxiques : le composant de base et le
composant transformationnel. Le composant de base est constitué par
le lexique et les règles de réécriture libres de contexte qui définissent les
configurations syntaxiques catégorielles dans lesquelles sont insérés les
items lexicaux. La représentation engendrée par le composant de base
(la structure profonde) est en particulier une représentation des relations
grammaticales qui sont pertinentes pour l'interprétation sémantique.
Par exemple, une propriété fondamentale de la phrase passive est que le
Sujet de surface est l'Objet logique du verbe. La théorie grammaticale
représente ce fait en associant à la phrase passive une structure profonde
dans laquelle le Sujet se trouve effectivement dans la position Objet.
Le modèle Standard généralise cette propriété de la profonde
et postule que toute l'interprétation sémantique se fait à partir de la
structure profonde. Le rôle du deuxième composant syntaxique, le
composant transformationnel, est de mettre en correspondance la profonde ainsi définie et la forme observée de la phrase, sa
structure de surface. Cette correspondance est formalisée au moyen
d'opérations diverses, de déplacement, d'effacement et d'insertion.
Un certain nombre de considérations empiriques ont montré que le
modèle Standard est en fait inadéquat. Il apparaît par exemple que la
structure de surface est directement pertinente pour l'établissement des
relations de coréférence entre pronom et antécédent, aussi bien que pour
l'identification de la portée des quantifieurs. Pour prendre ce fait en
compte, on a avancé l'hypothèse que le composant d'interprétation
sémantique (appelé forme logique dans LGB) a comme input la structure
de surface. Cette modification requiert que toutes les relations grammat
icales pertinentes pour l'interprétation sémantique soient représentées
en structures de surface. On a donc enrichi ce niveau (qu'on appelle
désormais S-structure pour le distinguer de son prédécesseur dans le
modèle Standard) en introduisant des traces, c'est-à-dire des catégories
phonologiquement vides occupant la position originelle des
déplacées. Dans ce nouveau modèle, la S-structure d'une phrase passive,
par exemple, contient une trace dans la position Objet. Psychologie générale 301
L'introduction des traces a des implications considérables. Par
exemple, il apparaît que la relation entre le syntagme nominal déplacé
et sa trace dans la construction passive obéit à la même condition de
localité que la relation entre un item lexical intrinsèquement anapho-
rique du type each other ou himself et son antécédent. Il est donc possible
d'abstraire la condition de localité en jeu de la transformation passive
aussi bien que de la règle d'interprétation des items anaphoriques et
de la formuler comme une contrainte indépendante. Cette contrainte
fait elle-même partie d'un système de principes généraux régissant la
distribution des syntagmes nominaux (lexicaux ou phonologiquement
vides), selon leurs propriétés referentielles, en S-structure : les principes
de liage. La partie qui subsiste de la règle du passif, c'est-à-dire la
relation entre la morphologie passive (i.e. l'inflexion du participe passé)
et la transformation de déplacement, peut elle-même être ramenée à
d'autres principes d'une portée également générale. Ce qui caractérise
le verbe au passif (comme certains autres verbes intransitifs) est qu'il
n'assigne pas de rôle sémantique à la position Sujet. Or, justement, il
existe dans la Grammaire générale un système de principes (appelé
Critère Thêta) s'appliquant à la forme logique et régissant l'attribution
des rôles sémantiques qui implique entre autres qu'un déplacement ne
peut avoir lieu que vers une position sans rôle sémantique. D'un autre
côté, le déplacement de l'Objet est obligatoire dans certaines langues
mais non dans d'autres. Ceci est à mettre au compte de l'interaction des
propriétés d'assignation casuelle de chaque langue avec la théorie des cas,
qui requiert en particulier que tout syntagme nominal argumentai soit
marqué casuellement.
La règle du passif proprement dit n'existe donc pas. La relation
entre la structure profonde et la S-structure est décrite par un schéma
de transformation très général : Déplacer X, où X est une catégorie non
spécifiée. La bonne formation de l'output du composant transforma-
tionnel ainsi appauvri est assurée par le jeu de principes autonomes inter
agissant l'un avec l'autre. Ce que nous avons dit à propos du passif peut
être étendu aux autres règles. Les structures que l'on appelait dans le
modèle Standard les constructions passive, relative, interrogative, etc.,
ne sont que des épiphénomènes.
Les règles spécifiques n'ayant plus de statut dans ce nouveau modèle,
les différences entre grammaires particulières sont à mettre au compte
du caractère paramétrique de certains principes. Le choix d'une valeur
particulière pour un paramètre aura en général des conséquences en de
multiples points de la grammaire, un peu de la même façon qu'en
biologie l'altération de quelques gènes engendre les dizaines de carac
téristiques structurales et fonctionnelles particulières à la cellule
cancéreuse. Dans une vision très idéalisée de la grammaire, la Gramm
aire générale est en particulier la description de l'état initial pré
linguistique de l'enfant. L'expérience, guidée par des échelles de préfé- 302 Analyses bibliographiques
rences et par des relations d'implications entre paramètres, sert à fixer
les valeurs des paramètres de la Grammaire générale et produit ce qu'on
peut appeler une grammaire « noyau » (core grammar) particulière.
Le changement de modèle grammatical implique un changement dans
la définition des buts de la recherche. Il ne s'agit plus de découvrir les
transformations à l'œuvre dans les langues naturelles et de les expliquer,
mais d'étudier la forme des représentations et de déterminer les pro
priétés d'un niveau de représentation donné qui se trouvent « projetées »
aux autres niveaux. Bien que le modèle de LGB soit fondé uniquement
sur des faits provenant de jugements de grammaticalité, il n'y a en
principe aucune raison de ne pas faire appel à des données provenant
de la psychologie expérimentale. Ceci semble même nécessaire dans la
mesure où un modèle construit exclusivement à partir de jugements de
grammaticalité est dans certains cas « sous-déterminé ».
LGB n'est pas un livre d'initiation. C'est un ouvrage très technique,
qui n'est donc pas aisé à lire. Mais il intéresse directement tout chercheur
qui se préoccupe de la faculté de langage, de son développement, et de sa
mise en œuvre dans les situations de production et de perception.
M.-L. ZUBIZARRETA.
Fisher (D. F.), Monty (R. A.), Senders (J. W.) (Edit.). — Eye
movements : cognition and visual perception, Hillsdale (nj), Lawrence
Erlbaum, 1981, 360 p.
Voici le troisième volume publié à la suite d'une série de symposiums
sur les mouvements des yeux, organisés par le Laboratoire d'Ingénierie
humaine de l'us Army. Celui-ci s'est tenu en février 1980 à Saint
Petersburg, en Floride, sous le titre The Last Whole Earth Eye Movement
Conference (notons que le Monde entier était représenté par une quaran
taine d'Américains, six Canadiens, quatre Anglais et deux Français).
On trouve dans ce livre une sélection de recherches récentes sur les
mouvements oculaires : leur développement chez l'enfant, les illusions
d'optique et les images consécutives, l'exploration visuelle d'images ou de
matériel graphique, ainsi qu'un chapitre particulier sur les théories et les
méthodes. En conclusion de l'ensemble, une courte contribution, au titre
quelque peu prétentieux (« Can Eye Movements Save The Earth ? »),
tente de justifier la somme de temps et d'énergie consacrée à la recherche
sur les mouvements du regard.
Le premier chapitre montre bien les difficultés méthodologiques ren
contrées par les chercheurs qui analysent les mouvements des yeux pour
démontrer que le comportement du bébé n'est pas qu'un ensemble de
réflexes. Parmi des études expérimentales qui traitent, entre autres, du
développement de la perception des formes ou du nystagmus opto-
cinétique chez le nourrisson, mentionnons une étude de Maurer et Lewis. Psychologie générale 303
Celle-ci suggère une révision partielle des théories sur l'apprentissage
perceptif en donnant plus d'importance au traitement visuel dans le
champ périphérique.
La deuxième section présente quelques études en faveur de l'hypo
thèse de la dépendance des percepts visuels à l'égard du comportement
oculomoteur. Ainsi le rôle des points de fixations est étudié par exemple
dans le cas des illusions de Mùller-Lyer, ou celui des mouvements de
poursuite lente dans la perception de l'orientation d'une ligne (Morgan).
Le rôle des facteurs cognitifs dans la régulation des des
yeux fait l'objet des chapitres suivants. En général, les expériences
présentées ici confirment bien les conceptions classiques du contrôle
direct de l'exploration oculaire par les hypothèses que fait le sujet en
fonction de ses connaissances, de la consigne et du contexte déjà saisi.
L'étude de Findlay fait exception dans ce chapitre, en attirant l'attention
sur le rôle des facteurs non cognitifs qui dévient la visée du regard
vers le centre de gravité de configurations simples de stimulus apparus
subitement dans le champ visuel périphérique. Noton et Stark présentent
une extension de leur théorie des parcours typiques (scanpaths) en
évoquant le rôle qu'elle a joué dans l'évolution de la psychologie cognit
ive, malgré les nombreuses contestations qu'elle a soulevées.
Les composantes sensorielles, perceptives et cognitives du guidage du
regard au cours de la lecture sont étudiées dans deux articles. O'Regan
met en évidence une position privilégiée de la fixation dans les mots.
Utilisant des techniques ingénieuses, il met à l'épreuve des hypothèses
concernant la nature visuelle et/ou linguistique des mécanismes en jeu-
Lévy-Schoen propose trois niveaux de régulation du comportement
oculo-moteur : des tendances générales « en champ libre », des routines
déterminées par la tâche d'exploration, des facteurs de modulation
instantanée physiques et cognitifs.
Gomme il arrive souvent à de tels ouvrages collectifs, celui-ci manque
de cohérence dans l'organisation et dans le contenu des chapitres.
L'ensemble du champ des recherches aurait pu être mieux couvert,
et il ne s'agit pas là d'un véritable travail collectif. Néanmoins, tous
ceux qui s'intéressent aux mouvements des yeux et aux problèmes
théoriques et méthodologiques que posent ce type d'étude y trouveront
une source importante d'information. C'est une documentation utile
aux étudiants et aux chercheurs.
A. Jacobs.
Grize (J.-B.), Piéraut-Le Bonniec (G.). — La contradiction, Essai sur
les opérations de la pensée, Paris, Presses Universitaires de France,
1983, 208 p.
L'ouvrage consacré par J.-B. Grize et G. Piéraut-Le Bonniec à la
contradiction prend pour objet, ou matière, des textes empruntés princi- • >0 1 Analyses bibliographiques
paiement à des ouvrages ou des articles de journaux ou de magazines qui
évoquent explicitement (dénoncent) une contradiction dans des propos,
prises de positions, attitudes, situations... Les auteurs ont recueilli un
corpus d'environ 150 textes dont une partie est reproduite, pour l'essent
iel, dans l'ouvrage et qui servent de base pour les analyses qui y sont
développées. Leur objectif est d'établir une classification des diverses
formes de contradiction et surtout d'atteindre et d'expliciter les opé
rations et les règles de pensée que mettent en jeu ce genre de propos
et la logique qui les sous-tend.
Les premiers éléments de leur analyse consistent à poser un témoin
(celui qui constate ou dénonce la contradiction) et un « lieu » où se manif
este celle-ci, qu'il s'agisse d'une personne (ou d'un groupe) qui en est
responsable par ses paroles ou par son attitude ou comportement (elle en
est dite selon ces deux cas la source ou le siège) ou qu'il s'agisse d'un objet
que le témoin présente comme « doté de propriétés incompatibles ».
Le premier chapitre présente une typologie des situations où les
textes dénoncent une contradiction. Six formes sont relevées : contra
diction au sens strict, divergence, démenti d'un attendu, contraste,
absurdité et enfin mensonge ou erreur. (Ces distinctions sont établies à
partir des notions précédentes : ainsi il y a contradiction stricte lorsque
intervient une seule source ou un seul siège, divergence quand deux
« lieux » sont en jeu entre lesquels le texte établit une parenté ou une
affinité, contraste quand il y a dédoublement, cette fois, d'un objet...)
Les doux chapitres suivants sont consacrés à la présentation des divers
types d'oppositions qui font intervenir cette fois le contenu des textes.
Ils suivent les divisions posées précédemment, examinant d'abord la
contradiction stricte, puis la divergence, etc. Ils utilisent un certain
nombre de concepts pour effectuer l'analyse des textes, certains géné
raux, comme celui de classe-objet, les autres plus spécifiques mais
importants parce que utilisés dans les notations symboliques qui conden
sent l'exposé et figurent dans les tableaux et schémas (Procès, Complé
ment du procès, Qualification...). Les auteurs ne présentent pas seul
ement une analyse des textes choisis dans leur corpus, mais ils étudient
aussi comment l'opposition avancée peut être surmontée. (Ainsi si la
contradiction porte sur des notions qui par exemple seraient le déte
rminisme et le finalisme, l'argumentation consiste à montrer qu'il ne
s'agit pas de termes opposés mais compatibles ou même dépendants ;
autrement dit il y a une transformation en compatibilité ou dépendance.)
Le chapitre 4 traite des domaines où se manifeste la contradiction (que
les auteurs, par une homologie bien contestable avec les divisions de la
linguistique, désignent comme domaines de « signification ») : vérité, com
portement, juridique et déontologique, organisation des connaissances...
Le dernier chapitre présente des indications sur le rôle de la contra
diction dans l'argumentation. Les auteurs n'y ont pas visé un simple
inventaire empirique, ni utilisé une des clefs pour la compréhension de Psychologie générale 305
l'argumentation, sa fonction « sociale », c'est-à-dire le type d'effet visé
sur l'auditoire. Ils ont pris comme fil directeur des éléments de la logique
formelle, avec une prudence affichée, mais beaucoup d'habileté, puis
qu'ils leur permettent de présenter, dans un tableau systématisé, des
rôles qu'on peut considérer comme « sociaux » (au sens ci-dessus) : mise
en cause d'idées reçues, mise en évidence d'un problème, dépréciation de
l'adversaire, réfutation...
Ce résumé de l'ouvrage devrait faire saisir (c'est du moins ce que l'on
a visé en le présentant) la précision, voire la minutie, avec laquelle les
auteurs ont effectué leurs analyses. On souhaite aussi qu'il fasse saisir
l'importance de cet ouvrage. Celle-ci tient d'abord à l'étendue des don
nées sur lesquelles il s'appuie (le corpus des textes) qui, avec les réactions
de sujets auxquels ces textes ont été proposés, fournit une large base
empirique qui manque à la plupart des travaux consacrés à des pro
blèmes de ce type. Surtout — les deux choses ne sont pas indépendantes —
elle tient au fait que les auteurs en s'attachant à une seule notion (ou au
moins au groupe de notions concernant les oppositions) ont pu réaliser
une étude d'ensemble, non ponctuelle, avec l'ambition de proposer un
système des opérations la concernant. On soulignera aussi qu'il s'agit de
recherches qui explorent les opérations intellectuelles intervenant dans la
manipulation du langage, en rupture (malgré la continuité dont ils se
recommandent avec les orientations piagétiennes) avec les approches
qu'on peut presque dire institutionnalisées où ces opérations sont pré
sentées comme indépendantes, voire étrangères au langage. Le lecteur
qui croit à l'importance d'une étude de la pensée qui s'exerce sur les
réalités sociales sera sensible à la place que les contenus de type social
ou à implication sociale occupent dans les textes analysés. Les auteurs ne
se placent pas dans une telle perspective, mais ils montrent d'une manière
suggestive le caractère relatif de l'affirmation d'une contradiction : ce qui
est contradiction pour l'un peut être, en suivant des règles de réduction
dont ils ont dressé une liste, comme on l'a mentionné ci-dessus, ramené
par l'autre à une concordance ou une implication...
Un autre mérite de l'ouvrage est d'inciter à la réflexion, réflexion qui
n'exclut pas mises en question et réserves, voire (pourquoi pas !) appréhens
ion de contradictions (que les auteurs n'auraient sans doute aucune
peine à réduire !). Il n'est pas possible, dans la place disponible ici, de
s'engager dans cette direction. D'autant que si certaines questions
s'adressent à l'ouvrage lui-même, son organisation, l'absence de tableaux
récapitulatifs des définitions et de la signification des sigles, la conve
nance du titre et de son objet, la véritable nature de celui-ci (contra
diction ou opposition, contradiction ou usage du mot « contradiction »)...,
d'autres points sont d'ordre plus général (l'articulation de l'analyse du
discours et de la détermination des activités intellectuelles, le rapport
des « opérations » mentionnées ici avec les opérations, définies dans la
conception piagétienne — dont on l'a dit ci-dessus, se recommandent les

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