Psychologie générale - compte-rendu ; n°2 ; vol.88, pg 285-301

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L'année psychologique - Année 1988 - Volume 88 - Numéro 2 - Pages 285-301
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1988
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°2. pp. 285-301.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°2. pp. 285-301.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1988_num_88_2_29272L'Année Psychologique, 1988, 88, 287-337
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Modgill (S.) et Modgill (C.) (Edit.)- — Lawrence Kohlberg : consensus
and controversy, Philadelphie, Londres, The Falmer Press, Taylor &
Francis, 1985, 564 p.
Modgill (S.) et Modgill (C.) (Edit.). — Arthur Jensen : consensus and
controversy, Philadelphie, Londres, The Falmer Press, Taylor &
Francis, 1987, 420 p.
Modgill (S.) et Modgill (G.) (Edit.). — B. F. Skinner : consensus and
controversy, Philadelphie, Londres, The Falmer Press, Taylor &
Francis, 1987, 384 p.
Modgill (S.) et Modgill (C.) (Edit.). — Noam Chomsky : consensus
and controversy, Philadelphie, Londres, The Falmer Press, Taylor &
Francis, 1987, 310 p.
Modgill (S.) et Modgill (C.) (Edit.). — Hans Eysenck : consensus and
controversy, Philadelphie, Londres, The Falmer Press, Taylor &
Francis, 1986, 422 p.
C'est une entreprise « éditoriale » originale et d'une ambition peu
commune que réalisent dans ces cinq ouvrages Sohan et Celia Modgill.
Dans chacun de ces volumes, ils proposent un échange de vues
d'orientations opposées sur un certain nombre d'aspects de l'œuvre
d'un auteur connu, avec l'objectif de mettre en évidence les points
d'accord et les points controversés. Tous ces volumes sont construits
sur le même plan. Ils s'ouvrent par une introduction rédigée par les
éditeurs pour présenter le contenu de l'ouvrage et en général par un
chapitre introductif dans lequel l'essentiel de l'œuvre et des idées de
l'auteur concerné est rappelé. Viennent ensuite une série de chapitj»»-
28,- ^ 286 Analyses bibliographiques
dont chacun est consacré à l'un des aspects de l'œuvre étudiée. Chaque
chapitre (à de très rares exceptions près) est composé de deux articles
rédigés par des contributeurs différents choisis pour être l'un plutôt
favorable à l'auteur, l'autre plutôt défavorable (ces deux attitudes
comportant nécessairement l'une et l'autre des nuances). Chaque
chapitre s'achève par un échange entre les deux contributeurs, chacun
écrivant une réponse aux arguments de l'autre. Une dizaine de chapitres
se succèdent ainsi dans chacun des ouvrages, confrontant donc les
points de vue d'une vingtaine de contributeurs. Chaque ouvrage s'achève
par un chapitre de conclusion qui, dans trois des cinq volumes, est rédigé
par l'auteur dont l'œuvre vient d'être ainsi analysée sous des éclairages
contrastés (Skinner se limite à une brève note de « réflexions » et
Chomsky ne contribue pas à l'ouvrage qui le concerne).
Il est évident qu'une telle série d'ouvrages ne peut être « analysée »,
surtout lorsqu'ils sont confiés tous à un seul et même lecteur. Il est
non moins évident que tout psychologue concerné par l'un des auteurs
ayant fait l'objet d'un tel traitement a le plus grand intérêt à consulter
l'ouvrage consacré à cet auteur. Nous donnons seulement ci-dessous les
titres des chapitres composant chacun des volumes.
Lawrence Kohlberg
Introduction. La philosophie morale. L'interface entre la psychologie
de développement et la morale. La psychologie morale.
Le jugement moral et l'action morale. Le développement moral et le du Moi. Moralité, raison et émotions. L'éducation
morale. Le programme d'éducation morale. L'éducation religieuse. Le
raisonnement social. Le raisonnement social et les choix politiques.
L'épistémologie théologique. La moralité interculturelle. La méthodol
ogie de la recherche morale. Chapitre de conclusion, par L. Kohlberg.
Arthur Jensen
Introduction. Chapitre introductif. L'apprentissage humain : la
théorie des niveaux I et II. La génétique des aptitudes humaines. Les
biais des tests : aspects psychologiques. Les biais des tests : aspects
éducatifs. Les différences de classes sociales et de races. L'intelligence :
une vue d'ensemble. L'intelligence. L'intelligence : la Chronometrie
mentale. L'intelligence : définition par l'analyse factorielle. Les impli
cations éducatives et sociales. Chapitre de conclusion, par A. Jensen.
Burrhus F. Skinner
Introduction. Réflexions, par B. F. Skinner. Le behaviorisme
radical. L'épistémologie du behaviorisme radical. Une analyse psycho
logique : implications politiques, sociales et morales. Philosophie des
sciences et psychologie. Variation et sélection : l'analogie évolutionariste
dans la théorie de Skinner. Le pouvoir explicatif des principes skinné- Psychologie générale 287
riens. Skinner et l'unité du comportement. La position de Skinner
contre la théorie et contre le mentalisme. Skinner et l'argument de la
« vertu dormitive ». Le comportement déterminé par des règles : une
formulation en termes de humain complexe. L'analyse
par Skinner de la perception/cognition. L'éthique naturaliste. Post
face : quelques remarques de conclusion.
Noam Chomsky
Introduction. Chapitre introductif. La neurologie des universaux
linguistiques. Les universaux et la typologie. Les universaux langagiers :
pidgins et créoles. La distinction chomskienne entre grammaire profonde
et périphérie. La linguistique et la psychologie. L'intelligence artificielle.
La linguistique et l'épistémologie. La linguistique anthropologique.
Chomsky et la politique. Conclusion, par S. et C. Modgil.
Hans Eysenck
Introduction. Chapitre introductif. La génétique du comportement.
La personnalité. L'intelligence. Les attitudes sociales. La psycho
thérapie et la psychologie freudienne. La thérapie comportementale.
Le comportement sexuel et marital. Le tabac et la santé. L'astrologie
et la parapsychologie. Chapitre de conclusion, par H. Eysenck.
M. Beuchlin.
Bonnet (C), Hoc (J.-M.) et Tiberghien (G.). — Psychologie, intell
igence artificielle et automatique, Bruxelles, Mardaga, 1986, 326 p.
Les relations qui se sont établies et qui continuent de se développer
entre la psychologie et des disciplines à première vue distantes, comme
l'intelligence artificielle et l'automatique, créent dans la communauté
psychologique ce qu'on a coutume d'appeler des mouvements divers.
Cet ouvrage permet de juger sur pièces de quelle manière les choses
sont vues par des psychologues qui ont fait un ou plusieurs pas dans
cette direction.
Cela comporte, naturellement, des vues diverses, de la part des
différents auteurs, sur ces relations. Il ne faut pas non plus oublier que,
dans l'autre domaine — celui des chercheurs en intelligence artificielle
ou en automatique — il peut exister des vues encore différentes sur ces
mêmes relations, et sur les questions qui s'y rapportent. Sans parler des
croyances selon lesquelles, en alliant l'intelligence artificielle et la
neurobiologie, on pourra complètement se passer de psychologie.
L'ouvrage est l'aboutissement d'un colloque organisé en 1983 à
Grenoble par la Société française de Psychologie. Il faut souligner que,
à la différence de ce qui se passe souvent dans de tels recueils issus de
colloques, les éditeurs ont ici accompli un très important travail pour 288 Analyses bibliographiques
donner une unité à l'ensemble et en faire véritablement un livre : le
plan est rationnel, l'homogénéisation des contributions est réelle, une
abondante bibliographie unifiée complète l'ouvrage, et un index permet
d'y retrouver un certain nombre de rubriques. C'est donc un livre de
référence et un outil de travail.
L'ouvrage comporte quatre parties. Elles sont consacrées respect
ivement à la résolution de problèmes (la plus fournie avec 7 contributions),
aux rapports entre mémoires artificielles et mémoire naturelle, au langage,
au domaine de la perception et systèmes sensorimoteurs ; ces trois derniers
chapitres comprennent chacun 4 ou 5 contributions. L'ensemble bénéf
icie d'une préface de Herbert Simon. Il est précédé par une introduction
de G. Bonnet, J.-M. Hoc et G. Tiberghien, et suivi par une conclusion
de J.-F. Le Ny et J.-F. Eichard.
On trouvera, dans l'ensemble des articles, des revues sur les travaux
en cours, au niveau international, aux principaux points de rencontre
entre les disciplines concernées. On y verra aussi quelques exemples
détaillés de recherches qui s'effectuent en France dans ces domaines.
On peut donc considérer que l'ouvrage constitue une introduction, au
total assez complète, aux principaux concepts qui ont émergé là, ceux
qui ont fait l'objet d'emprunts de la part de la psychologie, et se sont
révélés productifs dans la recherche, théorique ou expérimentale.
Un scrupule nous a fait regarder la place réservée dans le livre aux
« systèmes experts », qui sont aujourd'hui l'objet d'un tel engouement
que des esprits rapides les identifient parfois à l'intelligence artificielle.
En fait, seul J. Mathieu consacre environ une page, d'ailleurs convena
blement synthétique pour une première approche, à cette question.
Mais il n'y a pas là, nous semble-t-il, de réel manque : n'est-il pas vrai
que, en dépit de la vogue, certains des spécialistes les moins contestés
en intelligence artificielle considèrent la construction pratique de
systèmes experts comme une activité tout à fait marginale de leur
domaine ?
Il serait sans doute dommage que l'ensemble des psychologues ne se
soucient pas d'au moins une initiation aux recherches décrites dans ce
livre. Avec l'émergence de la notion de « Science cognitive » — qui va
encore au-delà du contenu de cet ouvrage — c'est certainement une
partie de l'avenir de la psychologie qui se trouve là en question.
J.-F. Le Ny.
Norman (D. A.) et Draper (S. W.) (Edit.). — User centered system
design : new perspectives in human-computer interaction, Hillsdale (nj),
Londres, Lawrence Erlbaum, 1986, 526 p.
Nombreux sont les ouvrages, généralement collectifs, qui sont
consacrés à l'étude des interactions homme/ordinateur. Certains font Psychologie générale 289
état de résultats de recherche, d'autres sont plutôt des guides destinés
aux concepteurs de logiciels interactifs. Leur perspective est tantôt
psychologique ou ergonomique, tantôt informatique.
En considérant l'étude des interactions homme/ordinateur comme
une application de la « science cognitive », les éditeurs de ce livre ont
choisi de s'adresser à un large public, autant aux concepteurs de sys
tèmes qu'à ceux dont le rôle consiste plutôt à évaluer ou à orienter les
productions des premiers. Le courant de la science cognitive, tel qu'il est
maintenant bien développé aux Etats-Unis, a en effet pour objectif de
mieux articuler les points de vue des diverses sciences cognitives pour
étudier les problèmes qui leur sont communs. La question des inter
actions homme/ordinateur est un exemple typique de ces problèmes.
Les contributions de cet ouvrage proviennent essentiellement du
groupe de recherche sur l'interaction homme/machine de l'Université de
Californie à San Diego. Certaines ont été rédigées par des psychologues
soucieux de retirer des recherches de psychologie cognitive sur cette
question, des éléments de réflexion à l'usage des concepteurs. D'autres
ont été élaborées par des concepteurs de système et se présentent comme
une réflexion critique sur leurs propres pratiques.
Le résultat obtenu correspond plus à l'exposé et à la discussion de
questions encore ouvertes qu'à un guide qui proposerait aux concept
eurs des réponses définitives à ces questions.
Le psychologue y trouvera une présentation des problèmes posés
dans la conception des systèmes informatiques, dès que l'on se préoccupe
de leurs utilisateurs. Cette présentation est faite, bien entendu, à la
mode américaine, c'est ainsi qu'elle est riche en exemples et en métap
hores. Les relations avec les cadres théoriques de la psychologie
cognitive sont ténues, autant que les liens avec les recherches empiriques
sur ces questions spécifiques. La reconstitution de ces liens requiert un
effort d'autant plus grand que les outils conceptuels proposés dans
l'ouvrage ne sont ni abondants, ni structurés. Quelques chapitres font
néanmoins exception à cette critique, notamment certains de ceux
rédigés avec la collaboration de D. A. Norman, qui y applique sa théorie
de l'action.
La structure de l'ouvrage, divisé en sept parties, n'est pas suffisam
ment forte pour éviter à l'analyste le style peu agréable de rénumération,
ce dernier se gardant bien de reconstruire ici l'ouvrage autrement...
De la première partie introductive (Hooper, Bannon, Norman), on
retiendra un bon chapitre de D. A. Norman. L'auteur propose d'utiliser
sa théorie de l'action pour concevoir des systèmes qui minimisent les
difficultés que rencontre l'utilisateur en traduisant les constructions
techniques des systèmes dans les termes psychologiques de ses buts.
Dans la seconde partie (Laurel, Hutchins, Hollan, Norman, diSessia),
plusieurs contributions défendent cette idée, en préconisant la concept
ion d'interfaces dont le lien avec le domaine des tâches exécutées soit
M» — 10 290 Analyses bibliographiques
aussi immédiat que possible. Les avantages des interfaces de manipulat
ion directe sont mis en avant.
La cinquième partie (Buxton, Draper) poursuit le traitement de
cette question des interfaces, sous deux de leurs aspects :
— la nécessité de réaliser des progrès dans une meilleure exploitation
des possibilités motrices des utilisateurs pour l'entrée des info
rmations ;
— et une plus large utilisation de la référenciation pour rendre les
interactions plus concises.
La troisième partie (Riley, Lewis, Owen, diSessia, Mark) est consa
crée à l'examen d'un certain nombre de caractéristiques cruciales des
systèmes qui déterminent leur facilité de compréhension par l'utilisateur :
cohérence, intégration à des connaissances préalables (notamment en
s'appuyant sur les théories « naïves » de l'informatique chez les utilisa
teurs), (rétroaction fournie à l'apprentissage par l'action, présentation
mixte de règles de fonctionnement et de règles d'utilisation, etc.
Ce thème est repris dans la sixième partie (Owen, O'Malley, Bannon,
Lewis, Norman) qui porte plus directement sur les problèmes d'apprent
issage. On y développe quelques principes intéressants, visant à élargir
le cadre trop strict dans lequel ces problèmes sont souvent abordés :
— un bon système ne doit pas seulement répondre aux questions que
se pose l'utilisateur, il doit aussi profiter des situations que ce dernier
rencontre pour lui transmettre de l'information utile ;
— on doit aider l'utilisateur à formuler ses questions, c'est-à-dire à
diagnostiquer le type de difficulté qu'il rencontre, en intégrant dans
la réflexion l'aide que peuvent apporter des collègues plus che
vronnés ;
— les systèmes doivent être conçus en prévoyant les erreurs commises
par l'utilisateur et en les traitant différemment selon leur type.
La quatrième partie (Cypher, Miyata, Norman) propose des remar
ques intéressantes sur la nécessité de concevoir l'utilisateur, non comme
un sujet enfermé dans une tâche, mais comme quelqu'un qui doit gérer
plusieurs tâches en temps partagé, ce qui est le plus souvent le cas
dans les situations de travail. Un certain nombre de suggestions sont
proposées pour concevoir des systèmes susceptibles d'assister cette
gestion.
Enfin, la septième partie (Brown) préconise de ne pas enfermer
l'étude dans une approche trop « cognitive » et de s'inspirer des relations
interindividuelles pour concevoir les interactions homme/ordinateur.
J.-M. Hoc. Psychologie générale 291
Bonnet (C). — Manuel pratique de psychophysique, Paris, Colin,
1986, 254 p.
Le principal objectif de la psychophysique est l'étude des relations
quantitatives entre des événements physiques mesurables et des réponses
observables. Ses applications sont donc essentielles dans les différents
domaines d'étude de la psychologie expérimentale. Toutefois, les
méthodes psychophysiques sont trop souvent mal maîtrisées. Cet
ouvrage devrait permettre de combler de nombreuses lacunes. Il est
essentiellement axé sur les aspects pratiques de l'utilisation des tech
niques de recueil des données et de traitement des réponses. Les fonde
ments théoriques de la psychophysique ne sont qu'évoqués.
Dans le premier chapitre, l'auteur présente les différentes méthodes
de mesure des seuils (limites de la perception de stimulations), dans des
situations expérimentales variées : détection, discrimination, reconnais
sance, identification. Les réponses observables sont généralement le
résultat de plusieurs processus dont l'importance respective dépend de
la situation expérimentale. Il s'agit d'une part de processus purement
sensoriels et perceptifs, et d'autre part de facteurs décisionnels. Ces
derniers ont particulièrement été étudiés par la théorie de la détection
du signal, présentée dans le deuxième chapitre. Le troisième chapitre
est consacré aux notions de seuil et de sensibilité et présente quelques
éléments de psychophysique temporelle, centrés essentiellement sur
l'apport des temps de réaction dans la connaissance des processus mis
en jeu dans des tâches de détection, de discrimination, de reconnaissance,
ou d'identification. Les deux derniers chapitres décrivent les échelles
psychophysiques (chap. 4), et les nombreux problèmes liés à la construct
ion et à l'utilisation de ces échelles (chap. 5 : influence de l'étendue de
la série de stimulations, effets d'ancrage, pertinence des échelles de
sensation, existe- t-il une seule loi psychophysique ?). Ce dernier chapitre
se termine sur une présentation succincte des échelles multidimension-
nelles et de quelques exemples de méthodes d'analyses multidimen-
sionnelles.
R. Versace.
Berglund (B.), Berglund (U.) et Teghtsoonian (R.) (Edit.). —
Fechner day'86, Proceedings of the second annual meeting of the
international society for psychophysics held, Cassis, France, octo
bre 1986, Stockholm, International Society for Psychophysics, 1986,
144 p.
Il est nécessaire de faire savoir l'existence de ce volume, mais il est
impossible de rendre compte d'une manière comprehensive de son
contenu : 23 papiers de 5 ou 6 pages, chacun d'eux rendant compte de 2
ou 3 expériences en essayant d'ébaucher une problématique ou un
modèle. 292 Analyses bibliographiques
L'étendue des problèmes abordés dépasse de loin la loi de Fechner.
Les papiers sont consacrés aussi bien à l'homme qu'à l'animal, aux
seuils, à la mémoire des stimulus, à des expériences en laboratoire ou en
milieu naturel, aux variabilités intra-individuelles et à des différences
individuelles, à la discrimination et à l'identification ou à la compar
aison, etc.
Tous ceux qui s'intéressent à la psychophysique au sens large du
mot, trouveront là de nouveaux résultats.
Un mot du titre. Ce deuxième symposium de la nouvelle Société
vraiment très internationale a voulu se réunir au jour anniversaire,
le 22 octobre 1850, où Fechner a conçu sa loi.
P. Fraisse.
Frances (R.). — Le développement perceptif, 2e éd., Paris, puf,
1986, 366 p.
Cette seconde édition du Développement perceptif comprend cinq
chapitres : « L'évolution des capacités sensorielles et perceptives en
fonction de l'exercice » ; « Les mécanismes de fréquence » ; « Les modifi
cations perceptives en fonction du sens objectai des contenus » ; « Les
effets de contexte » ; « Fonctions et effets de la motivation ».
Le nombre des recherches sur la perception aussi bien que leur
diversité semblaient rendre impossible une synthèse du type de celle
qui nous est proposée. Nous en ressentions le besoin tant il paraissait
vain de multiplier des recherches ponctuelles non intégrées dans un
ensemble théorique structuré et cohérent mais nous avions le sentiment
que ce travail devait être impossible.
Seul un chercheur ayant la culture de Frances pouvait en 1986
nous proposer une conception de la perception qui intègre l'essentiel
des recherches réalisées en « Psychologie cognitive ».
La base de ce travail est constituée par une taxonomie des tâches
perceptives : détection, identification, discrimination, distinction, est
imation. Ce cadre étant posé il devient possible d'analyser l'influence des
processus cognitifs et contextuels sur la perception et donc d'élaborer
un modèle de l'identification. Quelles que soient les critiques que l'on
peut faire à ce modèle (un modèle est toujours provisoire) son principal
intérêt réside dans le fait qu'il constitue un cadre dans lequel peuvent
s'intégrer de nombreuses recherches. Notre seul regret est que l'auteur
ne soit pas allé encore plus loin dans son analyse, tant il est vrai que
tout comportement perceptif peut être appréhendé à partir de l'étude
de la tâche, du contexte et des processus cognitifs développés par le
sujet en distinguant à chaque fois automatiques et processus
contrôles.
Cet ouvrage n'étant pas une simple réédition revue et corrigée mais Psychologie générale 293
une nouvelle thèse il eût été souhaitable de le présenter comme tel et
de fusionner les bibliographies des deux textes (celui de 1961 et celui
de 1986).
J.-P. Rossi.
Cutting (J. E.). — Perception with an eye for motion, Cambridge (ma),
mit Press, 1986, 322 p.
Cet ouvrage se présente comme un essai de synthèse sur la nature de
l'information visuelle liée aux mouvements des objets et aux déplace
ments d'un observateur. Il est en ce sens une tentative de reformulation
du vieux problème de la perception d'un espace tridimensionnel, à partir
de la projection de la lumière sur une rétine bidimensionnelle.
Le début du livre est consacré à une revue historique critique de la
question, dans laquelle l'auteur adopte une position « écologique », en
rejetant a priori la démarche cognitiviste qui suppose que l'information
visuelle est appauvrie, et nécessite le recours à des processus (cognitifs)
d'inférence des propriétés de l'environnement. L'argumentation de
Cutting est riche et rigoureuse, et son principal intérêt est de montrer
qu'on peut avoir une position non cognitiviste, sans pour cela tomber
dans l'écueil d'une « explication » tautologique de la perception visuelle.
Il part d'un principe simple : il s'agit d'utiliser la Mathématique, et plus
précisément les lois descriptives de la géométrie projective, pour décrire
les propriétés de la scène visuelle d'un observateur. A partir de cette
description, il faut alors tenter de prouver que les propriétés mises en
évidence sont effectivement utilisées par le sujet pour connaître les
propriétés des objets et/ou de son déplacement (faute de quoi on aurait
simplement élaboré une théorie du stimulus). Son argumentation se
développe principalement autour du concept d'invariant optique (c'est-à-
dire les propriétés de l'information visuelle qui spécifient les propriétés
permanentes de l'environnement, et qui sont laissées invariantes par
les transformations de la scène visuelle).
La suite de l'ouvrage est consacrée à la présentation d'une série
d'expérimentations originales centrées sur le problème de la mise en
évidence de l'utilisation effective par l'observateur d'invariants tels que
certains rapports de distance ou la hauteur des yeux de l'observateur
au-dessus du plan du sol (les invariants géométriques sont-ils des inva
riants perceptifs ?). L'auteur propose aussi une analyse réactualisée du
concept de flux optique lié aux mouvements d'un observateur, dans
laquelle il montre que la règle est celle d'un flux résultant de la combi
naison de mouvements de translation et de rotation, que les sujets
expérimentaux semblent capables de traiter « directement ».
Outre la rigueur de la démarche suivie par l'auteur, qui prend le
parti de la description géométrique des mouvements visuels, cet ouvrage
présente l'intérêt de montrer que, contrairement à l'hypothèse de la

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