Psychologie générale - compte-rendu ; n°2 ; vol.89, pg 297-306

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L'année psychologique - Année 1989 - Volume 89 - Numéro 2 - Pages 297-306
10 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1989 vol. 89, n°2. pp. 297-306.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1989 vol. 89, n°2. pp. 297-306.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1989_num_89_2_29344Psychologie générale 297
si Alexander renonce au principe du déterminisme génétique strict du
comportement et à l'universalité de la sélection de parentèle. Il ne réalise
pas pour autant une alliance entre la biologie et les sciences humaines
mais une inféodation des secondes à la première : les en vogue
ont toujours su se couronner... nous en sommes prévenus...
A. Gallo.
Berryman (J. G.), Hargreaves (D. J.), Hollin (C. E.) et Howell (K.). —
Psychology and You, Leicester, Londres, Methuen, 1987, 256 p.
Ce livre est un manuel pratique couvrant l'ensemble de la psychol
ogie à l'usage du grand public. Vivant et concret, il se veut en relation
avec tous les problèmes habituels de l'existence. Il présente donc des
applications concrètes que l'on peut tirer des découvertes récentes de la
psychologie. Sa particularité est de fournir 22 exercices pratiques pour
adapter ces découvertes à sa propre vie. Il se veut du niveau débutant
en psychologie ou formation continue.
Ainsi il commence par le langage corporel et propose dans un entre
tien de faire l'observation systématique du contact visuel, des expressions
du visage, des gestes, de l'espace corporel, des postures, de l'alternance
parole/écoute et des contacts corporels.
Pour la personnalité il propose d'étudier les inferences que l'on peut
faire sur soi et les autres ou de savoir quelle note on peut avoir en masc
ulinité/féminité. Dans les rapports avec les autres il permet d'étudier
ses stéréotypes et sa résistance à l'autorité et aux pressions sociales. Les
émotions sont étudiées à partir du type d'amour que l'on a. La psychol
ogie de l'enfant se voit par l'étude du dessin et de la conservation de la
notion de volume. Les problèmes psychologiques sont évalués à travers
une échelle d'anxiété. La perception donne lieu à une auto-observation
de son corps et la mémoire s'étudie par un schéma d'organisation des
souvenirs. L'apprentissage propose un test de renforcement de l'emploi
de « je » dans une conversation. La pensée est évaluée par un test d'intel
ligence et l'animal est étudié à partir d'une comparaison de l'entourage
et des animaux de compagnie.
Ce livre convient mieux à la formation continue qu'à l'enseignement
universitaire français.
M. -A. Descamps.
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Stillings (N. A.), Feinstein (M. H.), Garfleld (J. L.), Rissland (E. L.),
Rosenbaum (D. A.), Weisler (S. E.) et Baker- Ward (L.). — Cognitive
science : An introduction, Cambridge (ma), The mit Press, 1987, 534 p.
Les dix dernières années ont vu la floraison d'ouvrages, manuels et 298 Analyses bibliographiques
traités consacrés à l'exposé des problématiques de la psychologie cogni
tive. Il ne fait pas de doute que, pour la décennie à venir, c'est la science
cognitive qui s'apprête à occuper un rang privilégié dans les catalogues.
L'intérêt de l'ouvrage de Stillings et de ses collègues est de constituer ce qui
semble être le premier effort concerté en vue de fournir, dans un ouvrage
substantiel et fortement construit, une introduction aux problématiques
de la science cognitive. L'ouvrage reflète clairement les origines disci
plinaires diverses de la science cognitive, en indiquant la manière dont
ces disciplines convergent sur un certain nombre de notions communes-
Les auteurs, plutôt que de verser dans un unanimisme disciplinaire pré
maturé, maintiennent donc dans l'ouvrage l'identité des disciplines contri-
butrices, qui leur paraît encore nécessaire tant qu'une conception unifiée
et largement acceptée de la science cognitive n'est pas établie. L'usage
du singulier dans l'intitulé (« », et non « sciences cogni-
tives ») reflète toutefois la visée ultime d'un effort dirigé vers l'établi
ssement de concepts « surordonnés » à ceux des disciplines cognitives
spécifiques.
Un chapitre introductif expose les notions de base de la science cogni
tive : les processus de traitement de l'information peuvent être étudiés
comme des procédures formelles ; ces processus sont générateurs de repré
sentations ; les processus formels doivent être distingués de l'infrastruc
ture physique sur laquelle ils se développent. Les auteurs montrent
ensuite, à partir d'un exemple habilement conduit, comment la psychol
ogie cognitive, la linguistique, la philosophie, l'intelligence artificielle
et les neurosciences peuvent concourir dans l'investigation d'un même
objet (dans leur exemple, l'article the).
Des chapitres spécifiques sont consacrés à chacune de ces cinq dis
ciplines. Deux chapitres sur la psychologie cognitive fournissent une vue
générale de F« architecture » de la cognition humaine et considèrent les
différents modes de représentation dont traite la psychologie (proposi
tions, schémas, images mentales). La notion d'architecture cognitive
est reprise par la suite dans la discussion des thèmes centraux de la psy
chologie cognitive : catégorisation, mémoire, raisonnement, résolution
de problèmes, développement cognitif. Deux chapitres sur l'intelligence
artificielle donnent un large aperçu des différentes approches en matière
de représentation des connaissances (réseaux, « frames », règles de pro
duction, logique formelle) ; ils présentent les algorithmes de recherche
et de contrôle et discutent de façon détaillée des processus ^d'apprentis
sage. Un chapitre spécialement consacré à l'approche linguistique passe
en revue les théories contemporaines en matière de représentation du
langage, essentiellement 'sous l'angle phonologique et sous l'angle syn
taxique. Un chapitre de neuroscience présente les concepts et les don
nées neurophysiologiques et neuropsychologiques les plus pertinentes
dans la recherche cognitive. Enfin, un chapitre aborde les notions phil
osophiques fondatrices de la science cognitive. Psychologie générale 299
Les quatre derniers chapitres de l'ouvrage exposent quatre grands
champs de la recherche cognitive ouverts à des perspectives interdisci
plinaires : acquisition du langage, sémantique formelle, traitement du
langage naturel, vision. Le dernier de ces chapitres introduit le lecteur à
l'approche connexionniste en matière de computation visuelle. L'ouvrage
fournit des « guides » pour la lecture, c'est-à-dire des suggestions concer
nant les chapitres dont la lecture est prérequise pour aborder d'autres
chapitres. Le livre, écrit dans une langue limpide, qui contribue pour
beaucoup au sentiment de clarté conceptuelle qu'éprouvera le lecteur,
est sans doute à ce jour un passage obligé pour le chercheur désireux de
s'ouvrir aux problématiques de la recherche cognitive.
M. Denis.
Le Moigne (J.-L.). — Intelligence des mécanismes, mécanisme de l'in
telligence, Paris, Fondation Diderot Fayard, 1986, 368 p.
Qu'est-ce que penser ? Qu'est-ce que connaître ? Qu'est-ce que com
prendre ? Qu'est-ce que l'intelligence ? Ces questions qui ont été au
centre des préoccupations des épistémologues et des psychologues appar
tiennent désormais aussi à ceux qui construisent des machines « intel
ligentes ». Depuis quelques décennies, les informaticiens mettent au point
des ordinateurs et des langages, toujours plus performants, qui prolongent
nos capacités intellectuelles comme les machines classiques sont le pro
longement de nos schemes moteurs.
Les auteurs de cet ouvrage nous invitent donc à découvrir la comp
lexité des problèmes de l'intelligence humaine et artificielle ainsi que
les enjeux associés à leur solution. L'étude de cette complexité nécessite
la collaboration de plusieurs disciplines (informatique, psychologie, li
nguistique, neurosciences, épistémologie, sociologie...) et conduit à regrou
per les efforts des chercheurs dans ce qu'il est maintenant convenu
d'appeler les « Sciences cognitives ».
Les chapitres de cet ouvrage sont regroupés en cinq parties que pré
cède un historique de l'éditeur qui fait l'inventaire des questions « vives »
posées par les sciences cognitives.
La première partie, composée de trois chapitres rédigés par des infor
maticiens (J.-P. Haton, J. Pitrat et J. Sallantin), traite des aspects tech
niques et formels de l'Intelligence artificielle (ia) avec un intérêt parti
culier pour les « métaconnaissances », ces connaissances qui permettent,
dans un programme, d'utiliser d'autres connaissances.
La seconde partie, intitulée « Psychologie cognitive », est consacrée
à l'apport des psychologues à cette « société d'import-export » que sont
les sciences de la connaissance pour G. Tibeghien. Cet apport comporte
des caractéristiques qui distinguent, par ses méthodes et sa finalité, la
psychologie de ses autres partenaires : elle ne se contente pas d'étudier
les connaissances expertes, comme l'intelligence artificielle, mais elle 300 Analyses bibliographiques
s'intéresse aussi à tous ses degrés d'efficience et à son développement
(G. George et J.-F. Richard). On apprend ainsi que certains formalismes,
comme les systèmes de production (A. Nguyen Xuan), peuvent servir à
représenter des raisonnements humains même non rigoureux.
La troisième partie, « Pratiques de la communication », est rédigée
par un psychiatre et une neurolinguiste (J. Miermont et E. Andreewsky).
Elle nous entraîne, des travaux sur les pragmatiques de la communic
ation de l'école de Palo Alto, aux problèmes de la compréhension du lan
gage. Une brèche est ainsi ouverte pour aborder, dans la quatrième
partie, les activités les plus complexes et les plus mystérieuses de l'inte
lligence humaine, à savoir les activités de conception et de création.
Ces dernières sont, paradoxalement, traitées par des informaticiens
(J.-L. Lemoigne et M. Borillo) que l'on retrouve ainsi, dans l'ouvrage, à
ces deux pôles du champ de compétence des sciences cognitives que sont
l'informatique fondamentale et la création poétique.
La cinquième partie, enfin, est consacrée à trois chapitres sur l'épis-
témologie des Sciences de la Connaissance (L. Siklossy, P. Lévy,
P. Henry). Malgré d'inévitables spéculations propres à ce genre d'entre
prise (l'ordinateur permettra de vaincre le temps et la mort !), on découvre
la complexité des questions soulevées par l'application à différents
domaines du « paradigme du calcul ». Il transforme progressivement notre
représentation du monde en une « machine universelle » dans laquelle,
comme pourra le constater le lecteur, l'intelligence humaine n'a pas dit
son dernier mot.
P. Mendelsohn.
Delahaye (J.-P.). — Outils logiques pour l'intelligence artificielle,
Paris, Eyrolles, 1987, 248 p.
L'ouvrage de J.-P. Delahaye fait partie de la horde des Laurière,
Pitrat et autre Hofstadter qui nous introduit dans ce monde des concepts
mathématiques et logiques sous-tendant l'intelligence artificielle. On a
affaire ici à la mise en forme d'un polycopié d'un cours enseigné en maît
rise d'informatique à l'Université de Lille.
Après une présentation rapide des buts et difficultés de l'intelligence
artificielle, on entre dans les concepts de la théorie de la calculabilité :
récursivité et décidabilité, termes qui ont en amont de leurs sens en
programmation une signification mathématique rigoureuse qu'il conve
nait d'exposer. Ce premier point définit formellement les types de pro
blèmes qu'on peut faire résoudre par un ordinateur (les problèmes déci-
dables), ainsi que les fonctions qu'un programme peut calculer (les fonc
tions récursives).
La notion de système formel est abordée ensuite dans une présen
tation assez aride qui pourra être agréablement complétée par celle de
Hofstadter dans Gödel, Escher, Bach. C'est une notion centrale : elle Psychologie générale 301
permet la manipulation d'objets abstraits tels que les théorèmes, ce qui
en fait un outil de « métamathématique ».
On passe ensuite à la logique des propositions et à sa généralisation :
le calcul des prédicats (du premier ordre). Ils constituent des outils
achevés de manipulations de vérités ou plus généralement de connais
sances.
Les chapitres suivants amènent naturellement aux méthodes de
démonstration automatique de théorèmes. Les bases de ces
(théorème de Skolem, théorème d'Herbrand) sont exposées et appliquées.
Les méthodes proprement dites reposent sur les algorithmes de résolu
tion par l'unification.
La compréhension de ces algorithmes permet une mise en œuvre du
langage prolog non naïve, c'est-à-dire ne se résumant pas à interroger
une base de faits et de règles. Le chapitre 8 est consacré à ce langage.
La rigueur et la précision de Delahaye l'amènent sur l'ensemble à un
écrit particulièrement non redondant qui ne facilite pas son intelligibilité.
Cependant, l'investissement en temps et en efforts pourrait se révéler
payant pour les psychologues qui souhaitent ne pas se voir totalement
déposséder d'un éventuel rôle à jouer en Intelligence artificielle.
M. Delafoy.
Allport (A.), MacKay (D.), Prinz (W.) et Scheerer (E.) (Edit.). —
Language, perception and production : Relationships between listening,
reading and writing, Londres, Orlando, Academic Press, 1987, 498 p.
Les vingt et un chapitres de cet ouvrage sont distribués en six sec
tions :
1) « Contraintes et asymétries entre la production et la perception du
langage » (MacKay, Cutler, Jarvella et Deutsch).
2) « La production et la perception des sons de parole » (Studdert-
Kennedy, Porter).
3) « L'intégration perceptive et les codes partagés » (Massaro, Campbell).
4) « La lecture et l'orthographe » (Venezky et Massaro, Kay, Feldman,
Besner, Scheerer, Jarvella et al.).
5) « L'architecture du lexique mental » (Monsell, Coltheart et Funnell,
Howard et Franklin, Funnell et Allport).
6) « L'organisation séquentielle et temporelle dans la production et la
perception du langage » (MacKay, Huttenlocher et Goodman, Gordon
et Meyer, Keele).
Chaque section est précédée par un bref et utile commentaire mettant
en relief les aspects majeurs des contributions examinées. Dans le cha
pitre introductif MacKay, Allport, Prinz et Scheerer traitent de la pro
blématique générale de la modularité et des relations entre les différents
modules de la perception et de la production du langage. Comme le 302 Analyses bibliographiques
lecteur familiarisé avec le domaine aura pu l'inférer à partir de la simple
enumeration des thèmes traités et des auteurs mentionnés il s'agit d'un
ouvrage d'un très grand intérêt susceptible de devenir un texte de réfé
rence en Psycholinguistique. En effet, si la nécessité d'une mise en relation
des travaux portant sur la perception et la production du langage est
reconnue depuis fort longtemps et constitue un sujet théorique central
dans le cadre de certaines modélisations actuelles comme celle de la
théorie motrice de la perception, peu d'ouvrages ont été spécifiquement
consacrés à ce sujet. C'est dire que Language, perception and production
comble un vide sérieux dans la littérature psycholinguistique.
Que l'on s'intéresse à la production ou à la de la parole,
à l'organisation et au fonctionnement du système lexical, à la reconnais
sance des mots ou encore à la pathologie du langage, il faut prendre
connaissance de ce livre dans lequel les données empiriques et les
réflexions théoriques sont d'une grande richesse.
J. Segui.
Horowitz (R.) et Samuels (S. J.) (Edit.) — Comprehending oral
and written language, San Diego, Academic Press, 1987, 412 p.
Parmi les nombreuses publications récentes relatives à la compréhens
ion du langage, cet ouvrage présente plusieurs originalités.
Dans sa composition d'abord. Les articles qui y sont inclus présentent
parfois des recherches originales, parfois des synthèses de travaux empir
iques, parfois encore des essais théoriques. Cette hétérogénéité serait
un handicap si elle ne correspondait à une ligne directrice, explicitée
de manière remarquable dans le chapitre introductif de R. Horowitz
et S. J. Samuels. Les différents aspects évoqués à travers le livre, qui
relèvent parfois de positions contradictoires, peuvent ainsi être utilisés
à différents niveaux : introduction à de larges secteurs de recherche
(par ex. l'opposition entre langages écrit et oral : textes de M. A. K. Halli-
day, de W. Chafe et J. Danielewicz) ; point sur des approches théoriques
récentes (par ex. le rôle des modèles mentaux de la situation dans le
traitement du discours : textes de T. A. Van Dijk et de M. Nystrand) ;
référence à des secteurs de recherche plus pointus (en particulier les
processus cognitifs en jeu dans le discours oral : textes de P. A. Schreiber,
J. H. Danks et L. J. End).
Dans son contenu ensuite. Au-delà de l'hétérogénéité apparente,
voire des opinions divergentes sur tel ou tel point, des choix généraux
apparaissent, qui témoignent de la qualité du travail d'édition. On en
relèvera deux principaux :
— Le problème de la « culture écrite » (literacy) doit être traité
en référence aux multiples fonctions du langage écrit et oral : l'acquisition
de compétences de haut niveau en ce domaine (résumer, synthétiser,
évaluer, critiquer, analyser...) suppose des formes multiples de passage Psychologie générale 303
de l'écrit à l'oral et vice versa. On relèvera par exemple la thèse, reprise
par plusieurs auteurs, du lien entre difficultés de compréhension orale
et difficultés d'acquisition de la lecture (chap, de D. J. Towsend, C. Carri-
thers et T. G. Bever, et de S. J. Samuels).
— L'étude des processus cognitifs en jeu dans les activités de lan
gage ne peut se faire sans prendre en compte la situation dans laquelle
elles se développent, et les conditions historico-sociales de ce développe
ment (cf. en particulier les chapitres sur les conséquences cognitives du
développement de l'écrit à l'école : R. Watson et D. R. Oison, C. A. Per-
fetti, S. Stotsky, et les chapitres sur le rôle de la rhétorique, du contexte,
du rapport auteur-lecteur : R. Horowitz, T. A. Van Dijk, M. Nystrand).
Sous un titre modeste, il s'agit donc d'un livre d'une grande utilité,
tant pour le chercheur, qui y trouvera des repères sur un certain nombre
de débats théoriques, que pour l'étudiant avancé, qui y trouvera
d'excellentes introductions à plusieurs secteurs de recherche de pleine
actualité.
D. Gaonac'h.
Gorfein (D. S.) et Hoffman (R. R.) (Edit.). — Memory and learning,
Hillsdale (nj), Londres, Lawrence Erlbaum, 1987, 442 p.
C'est en 1885 que parut le livre d'Ebbinghaus Über das Gedächtnis
(A propos de la mémoire). A l'occasion de cet anniversaire, peu de manif
estations ont eu lieu : deux colloques se sont tenus néanmoins, l'un
en Allemagne, c'est bien le moins, à l'Université de Passau en mai-
juin 1985, l'autre aux Etats-Unis, à d'Adelphi en avril de
la même année. Ce sont les travaux de ce Symposium qui sont transmis
dans le livre présenté ici.
Ce livre est divisé en quatre parties.
La première est plutôt de caractère historique ; elle constitue un
plaidoyer des différents auteurs (Estes, Hermann et Chaffin, Hoffman
et coll., Newman, Verhave et Van Horn) pour une meilleure connais
sance, par les chercheurs et les enseignants, de l'histoire de leur disci
pline : ceci aurait au moins le mérite de permettre d'éviter les erreurs
factuelles ou qualitatives grossières, de ne pas s'attribuer indûment
des concepts ou des méthodes antérieurement élaborés, d'éviter les
pertes de temps. On peut certes discuter le détail et la mise en œuvre
d'un tel enseignement, mais le diagnostic est sévère ; sans doute les
psychologues sont-ils encore marqués par l'arrachement d'avec la philo
sophie, mais n'est-il pas temps maintenant d'abandonner cette frilosité ?
La seconde partie du livre vise à jeter un pont en quelque sorte,
entre les études menées par Ebbinghaus et les recherches les plus
modernes : une manière assez heureuse de procéder a consisté à jeter
un coup d'oeil critique sur la notion de contexte, dont il faut bien dire 304 Analyses bibliographiques
qu'elle domine le champ depuis une quinzaine d'années. Tout d'abord
Slamecka, dans sa contribution, montre qu'en définitive c'est bien
toujours la fréquence où la répétition de l'information qui, en dernière
instance, et quelles que soient les variations contextuelles, constitue
le facteur le plus important de la mémorisation ; il présente des données
empiriques qui ne semblent guère convaincre Glanzer. Wickens, puis
Gorfein, dans leur intervention insistent sur la nécessité de distinguer
deux types de contextes très différents : le contexte expérimental ou
contexte alpha, qui n'a d'incidences sur la performance que dans des
conditions bien particulières et qui n'est peut-être pas finalement aussi
important qu'on l'a prétendu ; le contexte sémantique ou bêta, qui
contribue à la détermination de la réponse. De son côté Gorfein explore
les effets du contexte environnemental et du contexte sémantique dans
le domaine de la mémoire à court terme : il propose pour rendre compte
des effets enregistrés dans le cadre du paradigme de Brown et Peterson.
Enfin, dans le dernier chapitre, Glenberg présente un modèle très inté
ressant de discriminabilité temporelle permettant de rendre compte
des effets de récence en rappel à court et à long terme : peut-être le
développement de ce modèle permettra-t-il enfin de fournir une expli
cation convaincante de ce phénomène qui reste toujours non expliqué.
La troisième partie du livre est consacrée à la mémoire sémantique
et finalement au problème de savoir si les perspectives d'un Ebbinghaus
et celles d'un Bartlett sont si antinomiques qu'on l'a cru longtemps.
Reder pense en effet que, si l'on prend en considération la composante
stratégique de la mémoire, certaines performances peuvent être mieux
expliquées par les principes du type de ceux d'Ebbinghaus, alors que
d'autres sont mieux comprises si on les interprète à la lumière des prin
cipes de reconstruction de Bartlett : pour illustrer cette idée elle procède
à une réinterprétation du paradoxe de l'expert (fan effect) mis en évi
dence par Anderson et propose plusieurs expériences où elle montre
l'importance des stratégies inférentielles adoptées par les sujets dans
diverses épreuves de rétention. De leur côté, Chaffin et Hermann
montrent en quelque sorte qu'on peut enrichir l'associationnisme, en
dépassant non seulement l'associationnisme fruste, qui n'insiste que sur
l'idée de connection entre éléments sans la spécifier, mais également le
néo-associationnisme, qui propose des relations étiquetées entre él
éments. En effet, si les sujets sont capables de porter des jugements de
similarité entre relations et pas seulement entre concepts, il est néces
saire de rendre compte de cette compétence ; ceci n'est possible que si
l'on décompose les relations elles-mêmes en leurs constituants immédiats,
ce qui permet de rendre compte à la fois de l'existence d'une relation
entre éléments, de sa spécification et de sa nature, par conséquent de sa
ressemblance et de sa différence avec telle ou telle autre. Toutefois,
comme le souligne bien Glucksberg dans son commentaire, si l'on admet
ce point de vue, il faut bien considérer que les sujets doivent également générale 305 Psychologie
avoir en mémoire une représentation de cette connaissance relationnelle,
ce qui n'est guère économique sur le plan du stockage ; ne serait-il
pas plus judicieux de substituer à cette position représentationnelle,
une position computationnelle selon laquelle c'est le sujet qui infère
des relations à partir de sa connaissance du monde ?
La quatrième partie du livre est malheureusement plus hétéroclite
et n'a qu'un rapport très indirect avec l'héritage ebbinghausien, sauf
peut-être la théorie du contrôle de l'action proposée par Baars, qui
s'inspire à la fois de la dissertaion d'Ebbinghaus (1873) qui portait sur
l'inconscient, et de la théorie idéo-motrice du contrôle volontaire de
James. Le livre s'achève par une synthèse de Bahrick qui insiste tout
particulièrement sur la nécessité, dans la perspective cognitiviste qui
domine actuellement, de restaurer une vision fonctionnaliste des phé
nomènes qui évite à la fois les extrapolations sémantiques des concepts,
et les sauts inférentiels trop risqués.
Bref, ce livre est à lire par les chercheurs, jeunes et moins jeunes,
qui travaillent sur la mémoire, et qui seraient désireux de replacer dans
leur contexte historique les travaux les plus récents.
P. Lecocq.
Nickerson (Tt. S.). — Reflections on reasoning, Hillsdale (nj), Londres,
Lawrence Erlbaum, 1986, 136 p.
Ce petit livre de 135 pages, préfacé par Johnson Laird, nous livre
les réflexions de l'auteur sur l'activité de raisonnement : il ne s'agit ni
d'un livre de psychologie consacré à des recherches sur le raisonnement,
ni d'un livre de logique ou d'épistémologie, mais, disons de quelque
chose de plus rare, qui correspondrait à une entreprise pédagogique
d'initiation aux contraintes et aux erreurs de raisonnement dans les
situations d'argumentation de la vie quotidienne. A ce titre, il est
recommandé comme base de cours dans les premiers cycles universi
taires et dans les Deug de Sciences humaines en particulier et comme
lecture aux étudiants avancés en psychologie. Toutefois, comme le
précise l'auteur, ce n'est pas parce qu'on aura lu ce livre qu'on saura
pour autant mieux raisonner ; on sera toutefois mieux préparé à éviter
des erreurs courantes comme la confusion entre les relations conditionn
elle et biconditionnelle, ou l'affirmation du conséquent et la négation
de l'antécédent, dans les cas du modus ponens et du modus tollens, respec
tivement ; on saura également distinguer la forme logique d'un argu
ment, de la vérité ou de la fausseté d'une assertion ; enfin, on comprendra
qu'il existe différentes formes de raisonnements dont les critères d'éva
luation sont différents selon qu'il s'agit d'un raisonnement logique, d'un
raisonnement plausible ou d'un raisonnement par analogie. Ce petit
livre ne vise pas seulement à nous mettre en garde contre les erreurs de les plus courantes, ou les tentatives de manipulation des

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