Psychologie générale - compte-rendu ; n°2 ; vol.91, pg 278-295

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L'année psychologique - Année 1991 - Volume 91 - Numéro 2 - Pages 278-295
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1991
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1991 vol. 91, n°2. pp. 278-295.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1991 vol. 91, n°2. pp. 278-295.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1991_num_91_2_29462278 Analyses bibliographiques
classiques de la psychologie ou de la sociologie pour insister sur des
méthodes d'ordination, de tableaux à deux dimensions qui créent une
représentation possible du champ mental.
Le livre se termine d'ailleurs par un chapitre sur la présentation
assez inédite d'une micropsychologie pour tenter de rendre compte de
l'action d'un être humain en prenant en cause tous les aspects de son
comportement, en s'aidant de son introspection et de l'observation
d'autrui avec la volonté d'épuiser le cas par un commentaire minutieux.
L'exemple donné prend en compte le temps de l'action, l'effort demandé,
le champ cognitif et le coût du risque, le tout sur plusieurs moments de
l'action.
Livre original qui doit permettre à tous ceux qui savent bien qu'ils
font une science de l'imprécis de prendre mieux conscience de la portée
de leur activité.
P. Fraisse.
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Imbert M., Bertelson P., Kempson R., Osherson D., Schnelle H.,
Streitz N., Thomassen A. et Viviani P. — (1987) Cognitive science
in Europe, New York, Berlin, Springer- Verlag, 236 p.
Cet ouvrage rend compte d'une enquête qui a été effectuée pour
le programme fast de la Commission des Communautés européennes,
et qui a fait suite à une conférence tenue en 1985 à Bruxelles. Il illustre
une des tentatives faites pour donner forme à la science cognitive,
notamment au plan européen.
Il comporte deux parties : la première tente d'abord, sous un
ensemble de signatures, de donner une description factuelle et pr
ogrammatique des recherches susceptibles de prendre leur place sous
l'appellation de « Science cognitive ». Cette partie regroupe quatre
chapitres.
Le premier fait un tour d'horizon des principaux thèmes traités
dans le champ de la cognition ; le second présente quatre grands axes
de recherche, la perception, le langage, les inferences, l'action. Le
troisième chapitre fait un sort spécial à la perspective biologique sur la
science cognitive. Enfin le chapitre 4 est dévolu à l'ergonomie cognitive.
Cet ensemble, même si la présentation dépend naturellement des
choix des auteurs chargés de chaque partie, reflète raisonnablement
bien le domaine couvert par les sciences cognitives en développement.
Les aspects psychologiques sont largement documentés, et la perspective
neurobiologique est fortement accentuée, l'intelligence artificielle l'étant,
en revanche, un peu moins.
La deuxième partie de l'ouvrage consiste en une liste des labora- Psychologie générale 279
toires ou centres dans lesquels se mène une recherche qui pourrait
être qualifiée de cognitive. Cette liste est assez complète, et ne laisse pas
apparaître de lacune importante. Toutefois, le caractère interdiscipli
naire des recherches, que d'aucuns considèrent comme constitutif de la
notion même de « science cognitive », apparaît clairement comme
absent de la plupart de ces lieux. Peut-être ne peut-il en être autrement,
au moment considéré, dans la mesure où la recherche interdisciplinaire
vient à peine de commencer en Europe.
J.-F. Le Ny.
Atkinson R. C, Herrnstein R. J., Lindzey G. et Luce R. D. (Edit.) —
(1988) Stevens' handbook of experimental psychology (2e éd.), vol. 2 :
Learning and cognition, New York, Wiley, 1 027 p.
Voici une version totalement refondue du Handbook of experimental
psychology publié en 1951 par Stanley Stevens. La présente édition
comporte 27 chapitres répartis en deux volumes. Le premier volume
couvre la perception (9 chapitres) et la motivation (5 chapitres). Le
second volume porte sur l'apprentissage et la cognition.
Dans la partie consacrée à l'apprentissage, un chapitre d'E. Hearst
explore les notions fondamentales de l'apprentissage et du condi
tionnement. Ce chapitre substantiel est complété par un chapitre de
P. D. Balsam sur la sélection et le contrôle des stimulus et un
de B. A. Williams sur le renforcement et la force de la réponse. Un
chapitre de R. F. Thompson, N. H. Donegan et D. G. Lavond rapporte de
façon extensive les données issues des approches psychobiologiques de
l'apprentissage et de la mémoire.
La partie consacrée à la cognition est, de façon non surprenante,
celle qui a fait l'objet du renouvellement le plus profond par rapport à
l'édition initiale. Tandis que les processus cognitifs étaient couverts
par un seul chapitre dans le Handbook original, ce sont neuf chapitres,
soit un tiers de l'ensemble de l'ouvrage, qui traitent ici de la cognition. Un
chapitre de W. K. Estes introduit la notion de traitement de l'informat
ion dans l'étude de l'apprentissage et de la mémoire. Pour leur part,
G. A. Miller et S. Glucksberg traitent de la psychologie du langage.
Signalons que George Miller se trouve être le seul auteur de l'édition
originale qui contribue également à la présente édition.
Chaque lecteur privilégiera sans doute tel ou tel chapitre en fonction
de ses intérêts : contrôle du mouvement (R. W. Pewet D. A. Rosenbaum),
résolution de problèmes et raisonnement (J. G. Greeno et H. A. Simon),
processus de décision (P. Slovic, S. Lichtenstein et B. Fischhoff), atten
tion (R. M. Shiffrin). Il est vraisemblable toutefois que l'important
chapitre de D. E. Rumelhart et D. A. Norman sur la question des
représentations en mémoire humaine sera de nature à intéresser une
majorité de lecteurs. Ce texte fournit une revue approfondie des grandes 280 Analyses bibliographiques
options théoriques contemporaines dans le domaine de la représentation
cognitive.
Deux autres chapitres présentent également un intérêt potentiel
pour un large éventail de lecteurs, à savoir celui de J. B. Carroll sur
les différences individuelles dans le fonctionnement cognitif et celui
de H. Goodglass et N. Butters sur la psychobiologie des processus
cognitif s.
Il s'agit au total d'un traité qui doit fournir à tout lecteur les info
rmations de base qu'il recherchera sur tel ou tel sujet exploré par les
méthodes de la psychologie expérimentale.
M. Denis.
Watt R. J. — (1988) Visual processing : Computational, psycho-
physical and cognitive research, Hove, Londres, Hillsdale (n.i),
Lawrence Erlbaum, 153 p.
Un modèle formel permettant de rendre compte des premières
étapes du traitement de l'information visuelle est proposé dans cet
ouvrage. Le modèle mirage inclue trois types de traitement : les
opérations réalisées à l'entrée de l'image dans le système, l'analyse
de l'image et l'interprétation de cette analyse en termes comporte
mentaux.
La description des contraintes physiques nécessaires pour l'entrée
de l'image est présentée dans le premier chapitre. Le modèle mirage
est introduit dans le second chapitre. L'auteur présente un algorithme
permettant la sélection et la combinaison des informations telles que
l'extraction des discontinuités de luminance, des changements d'orien
tation, l'extraction de la texture de la surface, des angles et intersections.
Quelques résultats sont présentés dans les deux chapitres suivants. En
particulier l'auteur montre comment le modèle peut rendre compte
de la détection des contours et de quelques processus de groupements.
Enfin, les deux derniers chapitres traitent des limites du modèle et
présentent quelques applications en termes d'interprétation de données
expérimentales.
Cet ouvrage nous est présenté comme un modèle de traitement
de l'information visuelle sous une approche computationnelle, psycho
physique et cognitive. Il s'agit en fait essentiellement d'un modèle
mathématique de description et traitement d'image. L'ouvrage est
d'un accès difficile pour les non-spécialistes de ces disciplines en raison
d'une part des formulations utilisées et d'autre part du manque
d'exemples d'application aux données de la psychophysique et de la
psychologie cognitive comme le laissait entendre le titre.
M. Boucart. Psychologie générale 281
Gordon W. G. — (1989) Learning and memory, Pacific Grove, Brooks
Cole, 358 p.
Voici un très bon manuel classique de psychologie comportementale,
clair, précis, très bien documenté. Les références sont uniquement anglo-
américaines. Pavlov est cité d'après son livre Conditioned reflexes, publié
à Oxford en 1927. Ce livre traite de l'apprentissage sous toutes ses formes
et de son résultat, le maintien des acquis ou l'oubli, à savoir la mémoire.
L'originalité est d'une part d'exposer les principales théories comporte
mentales et de voir comment elles s'articulent avec les connaissances
actuelles des théories cognitivistes qui ne peuvent les exclure et les
complètent. Par ailleurs, Gordon s'efforce de montrer tout ce qui est
commun entre apprentissage humain et non humain, en souli
gnant l'apport du langage dans l'activité conceptuelle. L'aspect
développemental de l'apprentissage et de la mémoire n'est pas
étudié.
Le premier des onze chapitres traite du rapport entre apprentissage
et mémoire, puis les dix autres se répartissent inégalement. Les six
suivants présentent les différents mécanismes proposés par les théories
de l'apprentissage : le conditionnement classique de Pavlov dit pour
une part conditionnement excitateur, qui repose sur le stimulus comme
signal, distinct du inhibiteur d'autre part. Les apports
théoriques de ces conditionnements sont traités du point de vue d'une
théorie de la contiguïté et de celle de la contingence (conditions d'asso
ciation stimulus-réponse). Deux chapitres sont consacrés au condition
nement instrumental (présentation du paradigme) et au conditionnement
opérant (même façon). De même y est fait le bilan théorique de ces
conditionnements, nature et rôle du renforcement, théorie de l'extinc
tion. Les deux chapitres suivants présentent l'apprentissage verbal et
le transfert d'une part et les processus de généralisation, de discrimi
nation et d'apprentissage conceptuel d'autre part. La seconde partie
de l'ouvrage en quatre chapitres initie le lecteur aux travaux théoriques
et expérimentaux sur la mémoire. Les processus mnémoniques et la
formation d'une représentation sont représentés en s'appuyant sur le
modèle théorique d'Atkinson et Shiffrin, la théorie des niveaux de
traitement de Craik et la théorie de la consolidation : rôle du codage
et de l'organisation, étude de la récupération de l'acquis dans les diffé
rents niveaux de stockage à court terme et à long terme. On y décrit le
fonctionnement de la mémoire au moment de la récupération selon les
différents niveaux de traitement et de stockage. Pour finir, l'auteur
traite de l'oubli. Dans chacun de ces chapitres il y a une réflexion parti
culière sur la comparaison entre le fonctionnement humain et celui des
espèces non humaines.
C'est un bon exemple de publication scientifique à des fins pédagog
iques. Toutes les allégations reposent sur des faits expérimentaux
proposés dans une abondante bibliographie (270 références environ). Analyses bibliographiques 282
Un index auteur et un index matière accompagnent les références des
nombreuses illustrations.
Ce traité bien construit réactualise l'essentiel des acquis sur l'appren
tissage et la mémoire dans les soixante-dix dernières années.
G. Oléron.
Bower G. H. (Edit.) — (1988) The psychology of learning and moti
vation, vol. 22, Londres, New York, Academic Press, 371 p.
Comme les précédents volumes, celui-ci aborde des problèmes très
variés présentés par différents auteurs. Il est impossible de rendre compte
du contenu des huit articles dans le cadre de cette analyse. Nous avons
choisi d'en présenter un choix en indiquant les autres thèmes abordés.
Le premier texte traite de l'activité du sujet (la préaction) dans le
conditionnement opérant (S. J. Shettleworth). Il étudie les cas où
l'animal a le choix entre plusieurs possibilités dans l'espace et le temps.
Et ces choix contribuent à l'explication des comportements. Ainsi,
quand l'animal choisit-il un renforcement partiel immédiat plutôt que
d'attendre avant d'appuyer sur un levier pour avoir un renforcement
complet en nourriture ? B. Schwartz s'attaque essentiellement au pro
blème du renforcement. Les expériences sur l'animal, et particulièr
ement chez le pigeon, vont montrer que l'on pouvait l'adapter à des
contingences complexes de renforcement. Qu'en est-il chez l'homme ?
Dans une tâche très proche de celles proposées à l'animal, il étudie les
comportements que doit avoir un sujet en appuyant sur deux boutons
selon des séquences d'appui qui entraînent un résultat lumineux renforcé
par une rétribution monétaire. Il étudie aussi les stéréotypes de réponses
et d'autre part la découverte de la règle des séquences d'appui qui corre
spondent alors à. des comportements intelligents.
Comment se forme la mémoire de stimulus complexes au stade
d'abord de la perception en le distinguant de celui où il y a en outre
conceptualisation ? (G. R. Lof tus et J. Hogden). La perception est
suivie d'une phase iconique qui dure environ trois cents millisecondes,
qui peut être mesurée par l'emploi d'un masque qui suit la perception.
Cette durée de la persistance perceptive dépend de la durée du stimulus
et devient nulle si le stimulus dure au moins trois cents millisecondes.
Il faut distinguer l'extinction totale de l'information dont use la
mémoire, de l'apparence phénoménologique qui dépend de la vitesse
d'extinction de l'information.
Le problème de la mémoire de travail chez les personnes âgées est
abordé par L. Hasher et R. T. Zacks. Le constat initial est qu'il y a de
grandes différences individuelles dans la perte de mémoire avec l'âge,
differences qui apparaissent surtout quand il faut faire vite. Ceci conduit
les auteurs à proposer à partir des interférences dans la production Psychologie générale 283
d'un discours une nouvelle conception de la mémoire de travail qui se
caractérise par la pluralité des facteurs, pluralité qui jette un jour nou
veau sur le fonctionnement habituel des fonctions congitives.
L. M. Reder a choisi d'étudier déjà depuis plusieurs années les modes
de réponses à des questions posées à partir de connaissance ou d'igno
rance. Comment choisissons-nous la procédure de réponse appropriée ?
Cette approche de la mémoire est faite à partir de questions directes
ou basées sur des textes lus ou entendus. Il a fait aussi juger de la plausi-
bilité d'une histoire, étudier le rôle du délai dans la reconnaissance
d'une première lecture deux jours avant. Il donne une grande place
au sentiment de connaître (qu'il manipule d'ailleurs) dans la stratégie
des réponses en distinguant les cas où la réponse est automatique ou
contrôlée.
D'autres chapitres du livre traitent de l'hypothèse de la compar
aison dans l'expression des associations, de contrôle des stratégies
de rappel, des représentations alternatives, de la sélectivité dans l'inte
rprétation des analogies et métaphores.
Le champ est large, les chapitres toujours bien construits et beaucoup
peuvent y trouver un butin.
P. Fraisse.
Neisser U. et Winograd E. (Edit.) — (1988) Remembering reconsi
dered : Ecological and traditional approaches to the study of memory,
Cambridge, Cambridge University Press, 390 p.
Cet ouvrage a son point de départ dans un colloque tenu en 1985
et ce sont les participants à ce colloque qui en ont écrit les différents
chapitres, auxquels s'ajoutent les deux introductions, l'une de Neisser,
l'autre de Winograd, et le chapitre de Wallace et Rubin (voir ci-dessous).
On sait que Neisser est le défenseur de l'approche « écologique »
dans l'étude des processus cognitifs. Il le rappelle dans son introduction,
en même temps qu'il mentionne les apports des travaux consacrés à
la mémoire au cours de la décennie (sans oublier Bartlett, dont l'ouvrage
de 1932 a inspiré le titre de celui-ci).
Neisser est volontiers pris comme tête de turc par les auteurs qui
défendent les recherches menées en laboratoire. On le voit dans l'article
de M. R. Banaji et R. G. Crowder dont le titre exprime vigoureusement
la position : The bankruptcy of everyday memory (American Psychologist,
1989, 44). Mais le présent ouvrage se place dans une perspective « œcu
ménique ». Neisser reconnaît les progrès de la psychologie de laboratoire
et la référence, dans le titre, aux deux perspectives, exprime une inten
tion de rapprochement entre celles-ci (Winograd parle, dans son intro
duction, de continuité).
Des chapitres font plus particulièrement apparaître cette mise en
rapport de 1' « écologique » et de l'expérimental. L'illustration que 284 Analyses bibliographiques
fournit Brewer est assez spectaculaire. Des sujets ont accepté de porter
un buzzer dont le déclenchement est programmé dans le temps. Quand
il résonne, ils notent leur activité, leurs pensées, l'événement, selon eux,
le plus remarquable du jour. Plus tard ils sont interrogés sur leur mémoire
de ces points selon les méthodes usuelles de reconnaissance et de rappel.
Barclay et de Cooke, plus classiquement, demandent à leurs sujets de
relever par écrit les événements qui leur paraissent « mémorables »
survenus dans la journée. Ensuite, ils sont soumis à une expérience de
reconnaissance dans laquelle de « faux souvenirs » (élaborés à partir des
vrais) sont introduits et mélangés aux notations originales. (McCauley
présente une discussion de ces deux recherches, soulevant, entre autres,
le problème de la reconstruction dans la mémoire autobiographique.)
Bahrick et Phelps ont utilisé la procédure bien connue de réapprent
issage de souvenirs que les sujets sont incapables d'évoquer. Mais
leur expérience porte sur des connaissances (en principe) acquises, comme
les éléments d'une langue étrangère étudiée en classe ou l'identification
de personnages célèbres.
La recherche la plus originale (et dont la lecture est la plus plaisante,
par le choix de son matériel) est celle de Wallace et Rubin. Elle porte
sur une ballade, une de ces chansons populaires composée ici sur un
événement frappant, le déraillement dramatique d'un train sur la ligne
Washington-Atlanta en 1903. Les auteurs ont fait une enquête sur les
diverses formes de cette ballade, telles qu'elles sont attestées par divers
documents. Puis ils ont retrouvé cinq chanteurs connaissant cette
ballade — transmise par tradition orale - — et ils ont enregistré leurs
productions et comparé les variations entre celles-ci. De cette partie
strictement « écologique » nos auteurs sont passés à une recherche expé
rimentale typique (sur des étudiants en psychologie !) où ils ont étudié
la mémorisation de la ballade en fonction de divers facteurs (imagerie,
rime...).
Le chapitre de Barsalou mérite d'être mentionné à un autre titre.
Le grand reproche adressé aux « écologistes » par les expérimentalistes
est leur incapacité à proposer des théories pour les faits qu'ils décrivent.
Barsalou s'appuie sur des travaux en ia pour traiter de la mémoire
autobiographique. Elle propose de celle-ci des éléments de modèle
ingénieusement élaborés, qui devraient susciter l'attention, même si
l'auteur convient qu'il s'agit seulement d'un essai, établi a posteriori
sur des bases encore provisoires.
Signalons le chapitre de Nelson qui représente l'approche dévelop-
pementale ainsi que ceux de Spence sur les souvenirs qui surgissent
sans être évoqués volontairement par le sujet et de Larsen sur le souvenir
d'items connus indirectement (non par expérience personnelle, mais
par des rapports ou témoignages).
Neisser, dans l'avant-dernier chapitre, s'interroge sur les objets de
la mémoire « ordinaire » ; il décrit les apports des dix-quinze dernières Psychologie générale 285
années, évoqués dans l'introduction, consacre une section à la mémoire
autobiographique et une autre à la mémoire spatiale qui intervient
chez l'animal et pourrait, selon lui, être invoquée à propos de la mémoire
autobiographique. Ce n'est pas une synthèse des contributions, ce qui
serait, de toute façon, une mission impossible, étant donné la multip
licité des points de vue et des éléments d'analyse et de réflexion proposés
par les auteurs.
Retenons la richesse de l'ouvrage dans ses données et ses orientations,
dans l'ensemble de qualité, et qui étoffe bien l'idée neisserienne de
l'enrichissement actuel dans la manière d'aborder la mémoire — dont
d'autres secteurs des activités cognitives pourraient utilement s'inspirer.
P. Oléron.
Baars B. J. — (1988) A cognitive theory of consciousness, Cambridge,
Cambridge University Press, 424 p.
Baars nous propose une approche cognitive de la conscience, après
l'introspectionnisme et le behaviorisme. L'auteur présente la théorie dite
de « l'Espace de Travail Global » (etg ; soit Global Workspace theory
dans le texte) où l'expérience consciente est associée à une architecture
cognitive comportant trois constructs de base : un espace de travail,
un ensemble de processeurs non conscients spécialisés, et un ensemble
de contextes non conscients.
L'espace de travail est une mémoire, à capacité limitée, où diffé
rents systèmes peuvent exécuter des opérations ; il est dit « global »
car son contenu est distribué à une variété de processeurs. Ces proces
seurs spécialisés sont des systèmes non conscients, relativement auto
nomes, et limités à une fonction particulière, telle la détection d'une
ligne verticale dans le système visuel, l'identification d'un syntagme
nominal, ou le contrôle moteur d'un groupe particulier de muscles. Les
contextes (perceptifs, conceptuels ou volitifs) sont des groupes de pro
cesseurs spécialisés, assez durables pour certains, qui servent à évoquer
et modeler des messages globaux sans qu'ils diffusent eux-mêmes un
quelconque message.
Tout comme les autres spécialistes non conscients, les contextes
peuvent entrer en compétition ou coopérer entre eux pour avoir accès
à l'espace de travail. L'expérience consciente implique donc une diffu
sion globale du message qui doit posséder une cohérence interne sinon
il se dégrade très rapidement à cause de la compétition entre processeurs.
Tous les contenus conscients doivent être informatifs pour déclen
cher de larges processus adaptatifs. Physiologiquement, l'examen du
système activateur réticulo-thalamique soutient l'idée de diffusion
globale, mais aussi d'un feedback des récepteurs de messages globaux
afin de renforcer ces derniers ou non. Ce feedback reflète la recherche
d'une voie intermédiaire entre la nouveauté et la redondance : trop de 286 Analyses bibliographiques
redondance et l'expérience consciente disparaît (par habituation ou
automatisation) ; trop de dissonance par rapport au contexte en place,
et l'information devient ininterprétable.
Baars introduit la notion de contexte-but ou intention afin de
contraindre le traitement de l'information consciente. Le flot de la
conscience est ainsi vu comme le jeu d'interactions entre événements
conscients et contextes-buts.
La théorie est améliorée par la notion de Hiérarchie de Contexte
Dominant (hcd) où un ensemble cohérent de contextes emboîtés contrôle
l'accès à Petg. Cela permet de rendre compte des états d'absorption
— ■ de l'attention sélective à l'hypnose — où une chute de compétition
dans l'accès à I'etg fait qu'un contexte prédomine. De même, les « déra
pages » de type lapsus trahissent la présence de contextes-buts de haut
niveau.
Par ailleurs, la notion de moi — interprétable comme les niveaux
les plus élevés et stables de la hcd — crée la continuité sur les flux
changeants d'événements. Comme tout contexte, le moi est par défi
nition non conscient. Toutefois, certains aspects du moi sont connus
au travers de F auto-contrôle conscient (méta-cognition), dont les résul
tats, combinés à des critères d'auto-évaluation (d'origine vraisembla
blement sociale), produisent un concept-de-soi qui fonctionne comme
un système de supervision à l'intérieur d'une auto-organisation plus
large.
Baars finit son livre en passant en revue différentes fonctions de la
conscience dont : écarter les ambiguïtés, s'adapter et apprendre, inter
venir dans les situations de choix ou de surprise, etc.
En conclusion, soulignons que ce livre intéressera les étudiants et
enseignants en psychologie aussi bien expérimentale (surtout pour sa
perspective top-down du traitement de l'information) que clinique ou
sociale. Baars procède par étapes en illustrant sa théorie, au fur et à
mesure, par des graphiques très clairs qui exposent les différents modèles
qui la composent. Ceci est complété par un glossaire très utile, sur les
concepts théoriques utilisés, qui clôt le livre. Enfin, différentes prédic
tions expézïmentales, proposées à la fin de chaque chapitre, font que
cet ouvrage offre d'intéressantes perspectives de développement.
M. -A. Amorim.
Marcel A. J. et Bisiach E. (Edit.) - — (1988) Consciousness in contem
porary science, Oxford, Clarendon Press, 405 p.
Après son bannissement en tant qu'épiphénomène par la psycho
logie behavioriste, la conscience a récemment été déclarée comme le
problème central de la psychologie (Hilgard, 1980 ; Miller, 1980 ;
Neisser, 1979).

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