Psychologie générale - compte-rendu ; n°2 ; vol.92, pg 296-310

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1992 - Volume 92 - Numéro 2 - Pages 296-310
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1992
Lecture(s) : 30
Nombre de pages : 16
Voir plus Voir moins

Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1992 vol. 92, n°2. pp. 296-310.
Citer ce document / Cite this document :
Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1992 vol. 92, n°2. pp. 296-310.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1992_num_92_2_29512296 Analyses bibliographiques
encore le débat sur les limites du déterminisme et dé la causalité. En
effet, ce qui ressort clairement de tous ces travaux est le rapport constant
de la psychologie de la mémoire à la théorie de la connaissance : à
l'époque, s'interroger sur la mémoire, « clef de voûte de l'édifice intel
lectuel », selon Richet, revient à s'interroger sur les fonctions psychiques
supérieures en général.
Le chapitre IV, « De l'image à la pensée », montre comment, dans
la dernière décennie du siècle, avec l'avènement de la psychologie
expérimentale, on passe de cette conception de la pensée comme retour
des images, dominante dans les années 80 — conception déjà ébranlée
par Bergson, dont « Matière et mémoire » constitue une référence
majeure — à une rupture de l'identification de la mémoire à la pensée,
en particulier à travers l'étude de l'œuvre de Binet : qu'il s'agisse de
l'étude de l'intelligence ou de la théorisation de la pensée pure, sans
images, la question qui la traverse est celle de la nature de la pensée.
L'auteur souligne le dialogue incessant, dans la revue, entre philosophie
et psychologie.
Le dernier chapitre, « L'intelligence et sa séparation d'avec l'affec
tivité », montre comment s'amorce, à la fin du siècle, un débat sur les
rapports entre image et pensée abstraite et comment s'opère une dis
tinction rationalité et imagination. La réflexion de Ribot sur la
mémoire affective et la logique des sentiments est certes déterminante,
mais, là encore, l'auteur nous rappelle qu'elle survient dans toute une
ambiance culturelle dont la Revue philosophique est le miroir. Dès lors, la
distinction entre la tradition empiriste, représentée schématiquement par
Ribot, et la tradition spiritualiste dont Bergson est l'héritier semble quel
que peu abstraite. Ce que ce travail met en évidence est l'interpénétration
des modèles théoriques et des idées des deux écoles, celle de la psychol
ogie scientifique et celle de la psychologie philosophique, et la permanence
de l'échange des idées entre une qui décrit le processus de
la connaissance comme l'enregistrement de données sensorielles et une
psychologie qui met au premier plan le dynamisme mental.
Il s'agit là d'un travail considérable, écrit dans une langue claire
et précise, qui constitue un remarquable outil pour l'historien de la
psychologie.
R. Plas.
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Rock I. (Edit.) — (1990) The perceptual world. Readings from
Scientific American Magazine, New York, Freeman, 200 p.
Ce recueil de textes sur la perception extraits du Scientific American
Magazine a une originalité : une assez longue introduction (18 p.) de
Irvin Rock qui essaie de présenter une théorie générale de la perception à
partir des articles qu'il publie. Psychologie générale 297
Mentionnons d'abord les six sections dans lesquelles il a regroupé
les articles, dont plusieurs d'auteurs célèbres : 1° « Les mécanismes du
cerveau », 2° « Couleur et clarté », 3° « Les processus d'information »,
4° « La perception des objets et des événements », 5° « Les phénomènes
d'illusion », 6° « Perception et imagination ».
Arrivons-en à sa synthèse : dès le départ il insiste sur le fait que
l'œil fonctionne comme une caméra, c'est-à-dire que la projection du
perçu est inversée, le bas étant en haut. Gomme nous apercevons cepen
dant le monde à l'endroit, il pense tenir ainsi la preuve que la perception
n'est pas un enregistrement mais une construction. Il applique alors
cette idée, en s'appuyant sur les textes qu'il publie, aux principaux
phénomènes. Ainsi, du monde physique, nous ne recevons pas des cou
leurs mais des raies de lumière de différentes longueurs d'ondes. De
même que les couleurs, les sons, les odeurs sont des réponses à des st
imulations physiques de nos sens. D'ailleurs la réception rétinienne bidi-
mensionnelle nous permet de percevoir la troisième dimension.
Il en est de même de la constance qui nous permet de saisir la
taille d'un objet quand cependant sa distance, et donc sa taille rétinienne,
varie.
Les illusions résultent d'une combinaison de percepts qui résistent
même au savoir. Le cas le plus significatif est le mouvement apparent,
base des films et de la télévision, fait d'images successives. Plus géné
ralement les gestalts sont des constructions perceptives.
Il faut aussi faire intervenir dans ces constructions cérébrales la
mémoire. Une mémoire à très court terme, qui nous permet de lire, par
exemple, les images de la réalité extérieure, que nous percevons par de
brèves perceptions fovéales accompagnées de mouvements des yeux.
La mémoire à long terme ne joue pas un rôle significatif. Nous pouvons
être surpris par une perception actuelle différente de celle du passé.
Il y a cependant des cas où le présent est interprété par le passé, ainsi
dans les erreurs de de mots dans la lecture. Il y a aussi des
influences réciproques entre le donné perceptif et l'imagination.
Rien de nouveau dans tout cela, si ce n'est l'accent mis sur le rôle
constructif du cerveau dans la perception.
P. Fraisse.
Sharkey N. E. (Edit.) — (1989) Models of cognition : A review of
cognitive science, Norwood (nj), Ablex Publishing Corporation,
310 p.
Le choix de l'éditeur de cet ouvrage a été de ne pas cacher la diversité
des approches et des problématiques en Sciences cognitives mais bien
au contraire de les mettre en évidence en considérant que cette diversité
tient à l'essence même de cette discipline.
Ainsi prévenu, le lecteur ne doit nullement prétendre trouver ici 298 Analyses bibliographiques
un exposé synthétique et organisé des Sciences cognitives mais plutôt
une série de chapitres d'orientation théorique diverse (de l'orthodoxie
symbolique à l'approche connexionniste en passant par quelques
tentatives d'hybridation plus ou moins réussies) et portant sur des
domaines de recherche variés.
Signalons pour les Psycholinguistes que les travaux consacrés à
différents aspects du traitement du langage constituent une part
importante de l'ouvrage. Le langage est abordé à travers l'étude des
situations de dialogue (Reilly), du traitement du discours (Morrow
et Greenspan), de l'emploi des expressions anaphoriques (Garnham
et Oakhill), des processus de résolution de la référence (Sanford), du
problème de la sélection du « cadre » (Ortony et Radin) et enfin, du
processus de segmentation syntaxique (Sampson).
Liée à la thématique de la compréhension du discours il faut men
tionner la tentative de Wiks et Ballin d'élaborer un système compu-
tationnel susceptible d'effectuer une attribution plausible de croyances.
Le système doit être capable de générer des croyances enchâssées de
type « ce que X croit que Y croit à propos de Z ».
Feldman examine dans un intéressant chapitre le codage local ou
distribué des concepts ou des propositions afin de rendre compte du
mode de représentation du savoir conceptuel.
Un exemple d'une procédure computationnelle d'apprentissage
portant sur la compression d'images est proposé dans le chapitre de
Gottrell, Munro et Zipser. Ce dernier auteur examine par ailleurs la
programmation d'un réseau neuronal capable d'extraire des informat
ions à partir d'images et d'utiliser ces informations pour calculer
des relations spatiales.
En somme, un échantillon de travaux en Sciences cognitives assez
intéressant mais disparate.
J. Segui.
Baddeley A. — (1990) Human memory : Theory and practice, Hove,
Londres, Lawrence Erlbaum, 515 p.
La mémoire Alan Baddeley la connaît puisque sans discontinuer, il
l'étudié depuis plus de vingt-cinq ans. Baddeley a été parmi les premiers à
appliquer en Angleterre la perspective du traitement de l'information
dans le domaine de la mémoire, et dans son premier article en 1966 il
montrait déjà un intérêt pour la mémoire à court terme en montrant
que son code privilégié était le code acoustique (aujourd'hui phonolog
ique). S'intéressant à tous les aspects de la mémoire, il généralise cer
tains paradigmes de l'approche cognitive à la neuropsychologie, comme
les effets sériels sur les amnésiques de Korsakoff jusqu'à des idées
originales comme de montrer les effets de contexte en faisant apprendre
des listes sous l'eau dans un club de plongée sous-marine. Psychologie générale 299
Son apport principal, occupant une place méritée dans le livre,
concerne sa théorie de la mémoire de travail. Baddeley a été celui qui a
travaillé le plus intensivement et le plus explicitement pour montrer
que la mémoire à court terme n'était pas monolithique mais composite.
Par des tâches de concurrence cognitive (notamment mixtes, verbales
et spatiales) il a montré avec différents chercheurs de son laboratoire
que la mémoire à court terme pouvait être conçue sous la forme d'un
tryptique avec deux systèmes esclaves, la boucle articulatoire (objet
de ses toutes premières recherches) et une mémoire croquis (de nature
visuo-spatiale) ; ces deux systèmes servent de mémoires temporaires
et sont contrôlés par un processeur central, notamment dans les tâches
concurrentes. Cette théorie très importante a été appliquée dans diffé
rents domaines de la mémoire, notamment dans le domaine de la pathol
ogie de la mémoire, où lui-même a montré que les performances en
concurrence cognitive chutaient beaucoup plus vite dans certaines
pathologies (maladie d' Alzheimer).
Au cours de nombreux chapitres (17), tous les grands aspects de la
mémoire sont traités, mémoire sémantique, souvenirs et mémoire
autobiographique, etc., avec un luxe de tableaux et de figures qui met le
lecteur au courant du large panorama de recherches qui caractérise la
mémoire humaine.
A. Lieury.
Hinton G. E. et Anderson J. A. (Edit.) — (1989) Parallel models of
associative memory, Hilldale (nj), Lawrence Erlbaum, 339 p.
Lors de sa première parution, ce livre ne reçu qu'un accueil poli et
indifférent. Depuis, la « vague » connexioniste en a fait un ouvrage
classique, innovateur et précurseur. Pour la deuxième édition, Hinton
et Anderson ont gardé le texte original de la première ils y ont
ajouté une nouvelle introduction, et ont demandé aux auteurs des diffé
rents chapitres de précéder leur texte par quelques pages de mise à jour.
Dans l'ensemble, ce texte a remarquablement bien vieilli, et plusieurs
chapitres semblent toujours d'actualité. Le contenu des chapitres
illustre le mélange de disciplines importantes pour l'étude des réseaux
de neurones : psychologie, sciences cognitives, neurosciences, sciences de
l'ingénieur.
La nouvelle préface (Hinton et Anderson) justifie à elle seule l'acqui
sition de cette édition. Elle constitue une des meilleures revues de
questions sur l'évolution des recherches sur les réseaux de neurones
pour les années quatre- vingt. Les réseaux de Hopfield, les machines de
Boltzman et la rétro-propagation y sont évoqués et présentés comme
des modèles statistiques (bayésiens), et la plupart des références import
antes (en 1989) s'y trouvent mentionnées. Cette préface complète,
de fait, le premier chapitre de ce livre qui présente une introduction 300 Analyses bibliographiques
d'ensemble aux réseaux de neurones et à leurs lois d'apprentissage
ainsi qu'à leur pertinence comme modèles cognitifs ou neuronaux.
Comme le titre l'indique, l'ensemble des chapitres est concerné
par la modélisation des phénomènes de mémoire. La tendance actuelle
est de fractionner l'étude de la mémoire en sous-domaines. Si on adopte
la terminologie en cours actuellement, on peut dire que les auteurs
s'intéressent essentiellement à la mémoire sémantique et à la mémoire
implicite. Les phénomènes de catégorisation (et de typicalité) sont,
bien entendu, pris en compte (un chapitre leur est consacré spécifique
ment, mais ce thème se retrouve partout). Les grands absents sont, bien
évidemment, la mémoire à court terme et la mémoire épisodique. Mais
ceci reflète l'état général de la littérature, même actuelle, où les modèles
neuronaux rencontrent leur plus grand succès pour la mémoire sémant
ique, la mémoire procédurale et le langage.
En conclusion, cet ouvrage méritait, certainement, de devenir le
classique qu'il est devenu. Comme il était, clairement, en avance sur
son temps, il reste encore d'actualité et constitue une excellente intro
duction aux modèles neuronaux. Sa lecture est conseillée aussi bien à
ceux intéressés par la mémoire qu'à ceux intéressés par les réseaux de
neurones (ou, plus généralement, les systèmes dynamiques) tant à
la mode ces derniers temps.
H. Abdi.
Lewandowsky S., Dunn J. C. et Kirsner K. (Edit.) — (1989) Implicit
memory : Theoretical issues, Hillsdale (nj), Lawrence Erlbaum,
338 p.
Depuis peu, un nouveau champ de recherches sur les phénomènes
mnésiques émerge nettement dans la littérature : celui de la « mémoire
implicite ». Etant le premier livre à porter ce genre de titre, on peut
considérer qu'il en constitue l'acte officiel de naissance. Ayant pour
origine une conférence organisée par S. Lewandowsky, J. C. Dunn
et J. C. Kirsner en 1988 à Perth en Australie, l'ouvrage comprend 18 con
tributions, souvent de grande qualité, centrées sur les problèmes
théoriques que soulèvent les investigations expérimentales dans ce
domaine de la recherche.
Comment définir la mémoire implicite ? Si à l'origine elle était
conceptuellement équivalente à la mémoire inconsciente, certains auteurs
tels Schacter, Bowers et Booker (chap. 4) proposent maintenant d'élargir
cette définition en invoquant le critère d'intentionnalité. On parlera de
mémoire implicite quand les sujets ne mettent pas en œuvre des pro
cessus conscients de recherche d'une information préalablement pré
sentée et qui est susceptible de faciliter ou de biaiser les performances
dans la tâche en cours. Par opposition, la mémoire explicite est celle
des sujets qui s'engagent, dans des activités intentionnelles de reçu- Psychologie générale 301
pération de l'information cible comme dans les tâches classiques de
mémoire (rappel et reconnaissance).
De nombreux chapitres dans ce livre soulignent l'existence de
nombreuses dissociations entre les performances aux tests implicites
et explicites de mémoire, que ce soit chez les sujets normaux ou amnés
iques (Kirsner, Dunn et Standen, chap. 7 ; Mac Leod et Bassili, chap. 10).
C'est d'ailleurs la découverte de ces dissociations qui a favorisé l'émer
gence de ce nouveau champ de la recherche. Par exemple, les patients
amnésiques qui présentent de sérieuses difficultés à rappeler ou recon
naître un matériel auquel ils ont été confrontés quelques temps aupa
ravant sont tout de même en mesure de présenter des capacités de
mémoire relativement bien préservées lorsqu'ils sont testés de manière
implicite avec des tâches de nature perceptive, lexicale ou conceptuelle.
L'étude approfondie de l'effet de certaines variables expérimentales
traditionnelles a permis de montrer que des facteurs connus pour affecter
le souvenir, comme la profondeur de traitement ou l'imagerie, exercent
souvent des effets différents lorsque les sujets sont testés avec des
épreuves moins conventionnelles qui ne font pas explicitement référence à
l'épisode d'encodage. Trois interprétations théoriques sont habituelle
ment avancées afin de rendre compte de ces résultats : les théories des
systèmes indépendants, procédurales et de l'activation. L'interpré
tation théorique dominante, adoptée par Parkin (chap. 15) et Snodgrass
(chap. 17), est celle qui affirme que ces deux types de mesure font
fonctionner différents systèmes de mémoire. Cette hypothèse est cepen
dant critiquée par Hirst (chap. 3), Masson (chap. 8), ainsi que par
Roediger et al. (chap. 5) surtout parce qu'elle semble conduire à terme
à une prolifération excessive des systèmes mnésiques. Comme Carroll
(chap. 13), Masson ainsi que Roediger et al. favorisent une interprétation
en termes de procédures appliquées sur le matériel. Le degré de cor
respondance entre les opérations de traitement effectuées à la phase
d'encodage et lors du test détermine le niveau des performances au
test de mémoire considéré. Les performances en mémoire implicite
peuvent-elles être plus simplement expliquées en termes d'activation
de structures ? Comme cela a été souligné par Lockhart (chap. 1), la
principale difficulté des théories de l'activation, défendues par Lewan-
dowsky, Kirsner et Bainbridge (chap. 12) et par Kinoshita (chap. 14), est
celle de leur manque de flexibilité, car elles ne prennent pas en compte
la spécificité des situations d'encodage. Mac Leod et Bassili (chap. 10),
qui adoptent cependant cette dernière hypothèse, expliquent les disso
ciations obtenues entre les performances aux tests implicites et expli
cites en postulant que les tests implicites se basent principalement sur
une information spécifique à l'item alors que les tests explicites se
basent à la fois sur des informations relationnelles et spécifiques à
l'item.
La nouvelle orientation de recherche qui émerge nettement de 302 Analyses bibliographiques
certains chapitres comme celui de Weber et Murdock (chap. 6) est
celle qui souligne l'impérieuse nécessité d'analyser de manière appro
fondie les diverses tâches de mémoire afin d'être en mesure de dégager
les processus ou les systèmes impliqués. Pour Dunn et Kirsner (chap. 2),
les tâches de mémoire implicite et de mémoire explicite semblent avoir
certains processus communs. Roediger, Srinivas et Weldon (chap. 5)
montrent aussi l'utilité des comparaisons inter-tâches afin de dégager les
processus communs et différents impliqués dans les divers types de tests
de mémoire.
Bien que le thème de cet ouvrage soit très attractif, il est plutôt
réservé aux personnes travaillant dans ce domaine de la recherche
et qui sont préoccupées par des questions d'ordre théorique. En effet,
la lecture de ce livre suppose de posséder quelques connaissances en la
matière. Des revues de question récentes, comme celle de Schacter (1987),
fournissent de bons éléments de connaissances préalables pour qui veut
s'intéresser aux enjeux théoriques que cache ce thème de recherche.
S. Nicolas.
Levelt W. J. M. (1989) — Speaking : From intention to articulation,
Cambridge (ma), mit Press, 566 p.
Speaking constitue un des (trop) rares ouvrages de synthèse consacré
à la production du langage parlé chez l'adulte, comparativement aux
domaines que représentent la perception, la compréhension et l'acqui
sition de la parole. Se basant sur un cadre essentiellement théorique,
Levelt a le mérite de brasser une littérature gigantesque et éclatée,
faisant appel aux apports de diverses disciplines comme la psychol
inguistique, la syntaxe, la phonétique, la pholonogie, l'intelligence arti
ficielle. La théorie générale de Levelt est résumée sous la forme d'un
schéma directeur du locuteur, ce dernier étant assimilé à un processeur
traitant de l'information. La perspective adoptée est celle de la Psychol
inguistique cognitive : il s'agit d'établir quels sont les processus mentaux
sous-jacents à la production de la parole, et ceci, comme l'annonce
le titre, de l'intention à l'articulation. Pour chaque composant du
schéma, le but est de décrire les représentations calculées, ainsi que les
processus mis en œuvre.
L'ouvrage est organisé en 12 chapitres, reprenant pas à pas les
étapes du schéma directeur initial. Chaque chapitre débute par une vue
d'ensemble des points principaux et se termine par un résumé, contr
ibuant ainsi à plus de clarté.
Le chapitre 1 présente à l'aide d'un schéma directeur les sys
tèmes de traitements sous-jacents à la génération de la parole (le
Concepteur, le Formulateur, comprenant l'Encodeur grammatical
et l'Encodeur phonologique, puis l'Articultateur et le Moniteur), Psychologie générale 303
ainsi que les représentations intermédiaires (les messages préverbaux,
les structures de surface et les plans phonétiques ou articulatoires) .
Le chapitre 2 présente le locuteur en interaction et décrit certaines
règles de conversation (maximes de Grice, deixis, intention communi
cative). Le chapitre 3 constitue le point de départ du schéma direc
teur : l'accent est mis sur les représentations du système conceptuel et sur
les messages préverbaux, inputs du Formulateur. Le chapitre 4 expose
la génération des messages en deux étapes : le macroplanning (él
aboration de l'intention communicative et sélection de l'information)
et le microplanning (réalisation du message en une structure informat
ionnelle). Les structures de surface, c'est-à-dire les représentations
faisant la médiation entre l'encodage grammatical et l'encodage phonol
ogique, font l'objet du chapitre 5. Le chapitre 6 est consacré aux entrées
lexicales et aux lemmas. Le lexique mental est présenté comme un
médiateur essentiel entre le concepteur et l'encodage grammatical et
phonologique (hypothèse lexicale). La discussion porte également
sur la vitesse d'accès au lexique et sur le problème de la convergence,
à la lumière des erreurs de production. Diverses théories sont confrontées
(théorie des logogènes, des tables de décision et « activation-spreading »)
quant à un processus d'activation des items en parallèle. Le chapitre 7
traite de l'encodage grammatical et expose une architecture en incrément
et conduite lexicalement (Kempen et Hoenkamp), dont V output est
la génération de structures de surface. Divers résultats expérimentaux
sur l'encodage grammatical sont examinés. Le chapitre 8 expose comment phonologique construit un plan phonétique du locuteur et
esquisse la structure de ces plans phonétiques. Le chapitre 9 traite des
processus de planifications phonétiques des mots, se basant sur le
phénomène du mot sur le bout de la langue, confrontant deux théories :
slots-and-fillers-theory (Shattuck-Hufnagel) et activation-spreading theory
(Dell). Le chapitre 10 est consacré à la génération des plans phonét
iques et esquisse l'architecture de l'encodage phonologique sous-
jacent à la génération de la parole. Puis est traité plus spécifiquement
le rôle du Générateur de Prosodie dans la génération du rythme,
de l'intonation et de la forme des mots (processus de segmentation et
d'épellation phonétique). L'avant dernier chapitre traite de l'art
iculation courante comme exécution motrice du plan phonétique.
La discussion porte sur un Buffer d'articulation, puis sur les
organes vocaux impliqués dans la production (système respiratoire,
larynx et tractus vocal) et sur l'organisation du contrôle moteur vue
par les théories actuelles. Enfin, le [chapitre 12, qui revient au point
de départ du schéma directeur, traite de la notion de Self-Monitoring, à
savoir la possibilité pour le locuteur de contrôler et de réparer (en cas
d'erreurs) ses propres productions. Deux classes de théories sont exa
minées à ce propos : les editing theories et les théories connexionnistes.
Levelt a su brosser un tableau saisissant de ce qu'on sait actuel- 304 Analyses bibliographiques
lement de la production de la parole; même si la préférence est donnée
aux enjeux théoriques plutôt qu'à la formalisation. On peut cependant
regretter l'absence quasi complète de références faites à la Neurop
hysiologie, à la Neurologie et aux aspects computationnels de la
production.
En résumé, cet ouvrage captivant constitue un outil indispensable
aux chercheurs du domaine et aux étudiants avancés en Psychol
inguistique, ainsi qu'à toute personne désireuse d'en savoir plus sur la
production du langage parlé.
L. Ferrand.
Schnelle H. et Bernsen N. O. (Edit.) — (1989) Logic and linguistics :
Research directions in cognitive science : European perspectives, vol. 2,
Hillsdale (nj), Londres, Lawrence Erlbaum, 217 p.
Ce recueil fait partie d'une série de cinq volumes qui présentent les
résultats d'une action de recherche européenne en science cognitive
menée en 1987-1988 sous l'égide de la fasi, et réunissant des chercheurs
en psychologie cognitive, logique et linguistique, neurosciences cognitives,
interaction homme-machine et intelligence artificielle.
Le volume Logic and Linguistics regroupe huit contributions qui
examinent les rapports et les apports à la science cognitive de domaines
tels que l'étude de la parole, l'étude de la syntaxe, la sémantique logique,
la sémantique du discours, la description linguistique concrète, l'étude
des systèmes de traitement du langage naturel, et la logique du raiso
nnement. L'ensemble peut donc paraître assez hétérogène, trouvant une
unité de principe dans la référence commune à la science cognitive. Celle-
ci est définie en préambule par Bernsen, d'une manière qu'on peut trouver
à la fois trop vague et trop réductrice, comme « un nouveau programme
de recherche » drainant une partie des recherches en logique, linguistique,
psychologie et neurosciences sur l'idée de base que « intelligent agents
should be looked upon as information processing systems ». Les objectifs
de la science cognitive, étroitement liée selon lui à l'ordinateur et à l'inte
lligence artificielle, seraient ainsi de construire et de tester des modèles
de traitement de l'information convenant aux divers sous-systèmes
cognitifs qui constituent un agent intelligent, humain ou artificiel.
Les auteurs des différents textes sont censés fournir, plus qu'un état
de la question — qui a été présenté dans le rapport Cognitive Science in
Europe (Imbert et al., 1987) — une approche prospective dégageant les
voies de recherches prometteuses pour la décennie à venir. Telle est bien
la démarche du chapitre introductif de H. Schnelle, qui part des attentes
technologiques dans le domaine dos systèmes de traitement de l'info
rmation pour proposer aux recherches logiques et linguistiques deux voies
complémentaires : la poursuite et l'extension (en y introduisant par
exemple les aspects pragmatiques du langage) des recherches utilisant les

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.