Psychologie générale - compte-rendu ; n°3 ; vol.91, pg 443-462

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L'année psychologique - Année 1991 - Volume 91 - Numéro 3 - Pages 443-462
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1991
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1991 vol. 91, n°3. pp. 443-462.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1991 vol. 91, n°3. pp. 443-462.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1991_num_91_3_29480Psychologie générale 443
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Monteil J.-M. et Fayol M. (Edit.) — (1989) La psychologie scientifique
et ses applications, Grenoble, Presses de l'Université de Grenoble,
399 p.
La psychologie scientifique est un souci constant d'articuler les
modèles théoriques et les faits empiriques. Pour aborder ce thème,
ce livre donne la parole à 45 auteurs, dont Monteil et Fayol présentent
eux-mêmes une synthèse. Peut-on faire mieux que la citer :
« Un premier ensemble de travaux regroupe des articles traitant
soit de sciences cognitives soit de neuropsychologie. G. Tiberghien
décrit le chemin qui a conduit de la psychologie du comportement à la
psychologie cognitive et il définit le rapport de cette dernière à la
technologie (robotique ; systèmes-experts...). J.-C. Sperandio montre
comment la psychologie cognitive peut contribuer à une ergonomie de
l'informatique.
« P. Alengry, lui, propose une application de la psychologie cognitive
à l'analyse de la fiabilité du comportement de l'opérateur humain.
Faure et Gonzalez posent la question des méthodes de recueil de l'expert
ise dans le cas de bactériologistes confrontés à des résultats d'analyse
biologique.
« M. Hautekeete, D. Boulet, N. Lepilliet et B. Vantomme livrent
un modèle de l'intervention thérapeutique fondé sur une approche
cognitive des émotions. M. F. Beauvois et J. Delbecq-Derouesne illus
trent, par l'étude de patients présentant des lésions cérébrales, l'intérêt
des études de cas articulées dans le cadre d'une conception modulaire
de l'architecture du système cognitif.
« Un deuxième groupe de travaux envisage le problème des rapports
entre psychologie cognitive, instruction et apprentissage. M. Fayol
introduit le thème de manière synthétique allant d'une rapide revue
de mécanismes fondamentaux à une possible prise en compte de ceux-ci
par l'enseignant. Plusieurs auteurs envisagent ensuite des questions
plus spécifiques, posées le plus souvent dans un cadre disciplinaire.
Ainsi, G. Vergnaud défend la thèse selon laquelle la recherche en didac
tique est une nécessité pour comprendre les apprentissages cognitifs
complexes. P. Lecocq, lui, dresse un bilan des apports de la psychologie
cognitive à l'étude et à la remédiation des dyslexies développementales.
A. Piolat, F. Farioli et J.-Y. Roussey s'attachent à la mise en évidence
des processus mobilisés par les enfants dans une tâche de production
de texte assistée par ordinateur. M.-C. Beuscart-Zephir et R. Beuscart
décrivent une méthode informatisée de recueil et d'analyse des compor
tements d'enfants soumis à un test d'intelligence (le Passalong) ; ceci
afin de déceler les stratégies utilisées par les enfants. D. Coquin- Viennot 444 Analyses bibliographiques
s'interroge sur les représentations élaborées par les élèves en ce qui
concerne les nombres relatifs. D. Gaonac'h et N. Lahmiti-Riou se
préoccupent de la nature des opérations psycholinguistiques, mise en
œuvre dans la lecture de textes rédigés en langue étrangère. J. Baillé
et S. Maury mettent en relation les niveaux de performance à des
problèmes probabilistes.
« Un troisième ensemble de contributions envisage le fonctionnement
cognitif d'individus socialement insérés afin de saisir l'éventuelle
influence de ces insertions dans des groupes, des organisations ou des
institutions. On trouvera cette perspective psychosociale des
contributions en rapport avec l'univers socio-éducatif. C'est ainsi que
W. Doise et J.-M. Monteil en introduisant le thème, s'attachent à
montrer à la fois la difficulté, et la nécessité d'établir des liens entre
recherche dite fondamentale et intervention socio-éducative. F. Le Poul-
tier interroge à partir des résultats de plusieurs expériences les pratiques
évaluatives en vigueur dans le champ du travail social. J.-C. Deschamps
quant à lui montre l'impact de certaines structures socio-éducatives
de formation sur la façon dont les jeunes se définissent. G. Pithon rend
compte d'une étude sur les stratégies des évaluateurs et des évalués
dans le travail social. Dans un autre registre, C. Andreucci et J.-P. Roux
montrent l'intérêt de diversifier les situations d'apprentissages et de
s'appuyer sur les connaissances acquises socialement par les enfants
pour améliorer les performances scolaires. Dans ce même domaine,
P. Chambres et L. Bavent présentent une recherche qui montre l'inter-
détermination du cognitif et du social dans la résolution de problème
scolaire. Enfin R. Joule livre une expérimentation originale sur la priva
tion du tabac pour montrer comment on peut obtenir une soumission
comportementale dans un contexte de liberté, c'est-à-dire sans stratégie
de persuasion et sans pression autoritaire. Il ouvre ainsi la voie vers une
nouvelle méthode de désintoxication.
« Le dernier ensemble de contributions envisage le rapport entre
psychologie sociale et organisations. Dans leur introduction J.-L. Beau-
vois et R. Ghiglione soulignent combien la pratique psychosociale dans
les organisations peut n'entretenir que de lointains rapports avec la
science psychosociale et ils s'attachent à définir les conditions néces
saires à une véritable psychologie sociale appliquée aux organisations
et aux relations de travail. J. Vala, M.-L. Lima, M.-B. Monteiro donnent,
à travers une étude conduite sur le site d'un conflit organisationnel, un
très bon exemple de la nécessité et de l'intérêt de poser en termes
théoriques des problèmes de la vie ordinaire des groupes sociaux.
M. Aldrovandi aborde, lui, l'étude des caractéristiques des systèmes
de représentation d'agents de niveaux hiérarchiques différents dans des
organisations industrielles, pour éclairer la dynamique des rapports
sociaux au sein de l'entreprise. Enfin, J.-Y. Menard se saisit des pro
blèmes posés par la formation aux cercles de qualités. Il rend compte Psychologie générale 445
d'une expérimentation réalisée dans deux entreprises, et fournit des
arguments en faveur des démarches d'intervention théoriquement
informées. »
P. Fraisse.
Oléron P. — (1989) V intelligence de l'homme, Paris, A. Colin, 288 p.
P. Oléron, dont on connaît les ouvrages antérieurs sur l'intelligence,
a consacré celui-ci à « la notion d'intelligence, c'est-à-dire [aux] repré
sentations, images, modèles qui ont été élaborés (et continuent à l'être)
pour décrire et tenter de comprendre celle-ci ». La construction des
représentations de l'intelligence est elle-même une activité intellectuelle.
Cette activité n'est pas seulement celle des psychologues : la notion
est d'un usage commun. Les travaux scientifiques et techniques consac
rés à l'intelligence, qui sont ici l'objet essentiel (mais non exclusif)
de la réflexion de l'auteur, pourraient n'être qu'une introduction à
l'étude des procédures que tout un chacun met en œuvre pour maîtriser
son environnement.
Le premier chapitre concerne la genèse du concept d'intelligence
à travers ses premières révélations, une représentation structurée puis
une connaissance explicite. La recherche de la de l'intell
igence dans la mythologie grecque, « intelligence rusée », est particulièr
ement originale. Le second chapitre est consacré aux principales compos
antes philosophiques de la notion. Il permet d'apercevoir leurs manif
estations dans les théories et les écoles entre lesquelles les psychologues
se sont partagés récemment et se partagent actuellement quant à l'image
de l'intelligence qu'ils choisissent d'utiliser. Le troisième chapitre refor
mule un ensemble de questions classiques sur les tests et la mesure et
leurs apporte des réponses nuancées et finement argumentées. Le cha
pitre IV concerne des problèmes relativement plus récents. Il s'agit des
conceptions de l'intelligence qui sont inspirées par, ou qui orientent les
travaux de laboratoire de la psychologie cognitive et l'utilisation de
l'ordinateur, modèle plus encore qu'instrument. Enfin le dernier cha
pitre concerne les représentations sociales de l'intelligence dans une
perspective interculturelle et dans ce qu'elles ont de commun à des
cultures différentes. Ce chapitre comporte en particulier une étude
curieuse et éclairante de la notion d'intelligence dans les messages public
itaires, les annonces concernant les personnes et le discours politique.
Cet ouvrage apporte une information dont une large partie n'est
pas habituellement utilisée ni même connue par les psychologues. Plus
grande encore est l'originalité de ce livre et sa hauteur de vues sur les
façons de comprendre l'une des notions les plus utilisées et, il faut le
dire, les plus heuristiques théoriquement et les plus utiles pratiquement,
parmi celles, si nombreuses, que les psychologues ont élaborées.
M. Reuchlin. 446 Analyses bibliographiques
Silvers S. (Edit.) — (1989) Rerepresentation ; Readings in the philo
sophy of mental representation, Philosophical Studies Series 40,
Dordrecht, Boston, Kluwer Academic, 417 p.
La théorie représentationnelle de l'esprit caractérise les états men
taux en termes d'attitudes propositionnelles. L'attribution au sujet
de ces attitudes (croyances, désirs buts...) vise à rendre compte du
caractère « intelligent » des comportements humains. Dans le cadre
de cette théorie c'est donc par référence à la manière dont le sujet
représente le monde qu'il sera possible d'expliquer sa conduite.
Accepter ce point de vue conduit à s'interroger sur la notion de
représentation mentale en tant que concept central des sciences cogni-
tives.
La lecture des différents chapitres qui composent cet ouvrage permet
de mieux saisir la teneur et l'importance des enjeux théoriques actuels
en philosophie de la psychologie à propos de la problématique de la
représentation mentale.
Parmi la multiplicité des questions traitées citons les suivantes :
a) la signification de la représentation mentale dans le cadre des théories
causales de la représentation (Fodor, Cummins) ; b) la caractérisation
large ou étroite du contenu des états mentaux et le solipsisme méthodol
ogique (Bürge, Jacob, McDermott, Baker, van Gulick...) ; c) la nature
innée des concepts (Samet, Flanagan) ; d) la relation entre les repré
sentations/opérations mentales et les propriétés structurelles du cortex
(Churchland) ; e) la problématique de l'intentionnalité (Tolliver,
Rosenthal, Heil).
Un livre riche et intéressant qui met en évidence l'impact fonda
mental du cognitivisme sur le développement de la philosophie de la
psychologie.
J. Segui.
Kempson R. (Edit.) — (1988) Mental representations : The interface
between language and reality, Cambridge, New York, Cambridge
University Press, 229 p.
Ce livre résulte d'une conférence intitulée Mental representations :
Properties of logical forms. A cette conférence étaient invités, selon la
catégorisation même de l'auteur, « des représentants de "Government and
Binding" (gb), de la sémantique situationnelle, et de la théorie de la
pertinence, de la psycholinguistique, de la philosophie du langage
(Davidson et Montague) et de l'informatique ».
Suite à une très claire et très intéressante introduction de Ruth
Kempson, le livre est structuré en quatre chapitres.
Le premier chapitre « A propos de l'interprétation directe des langues
naturelles » inclut les contributions de J. Higginbotham « Contexts,
models and significations », de R. Cooper « Facts in situation theory : Psychologie générale 447
Representation, psychology or reality ? », et de E. Engdahl « Relational
interpretation. » II s'agit là d'analyses logico-formelles de la sémantique
des langues naturelles, soit dans la perspective davidsonnienne, soit
dans la perspective situationnelle introduite par les travaux de Barwise
et Perry. Les conclusions, peu divergentes sur le fond, s'accordent sur
le postulat que « dans les langues naturelles, la signification d'une
expression à l'occasion de son usage est déterminée partiellement par
sa forme, et partiellement par les traits de la scène qui sont exploités
plus ou moins activement en conjonction avec cette forme pour par
venir à une interprétation aussi complète que les circonstances le garant
issent. Les règles de la sémantique, dans la mesure où elles relient des
formes à des significations, sont indépendantes du contexte » (Higgin-
botham, p. 29). Ou encore « ce que sont les faits et les situations est
une question encore débattue et qui est indépendante de celle de la
construction d'une théorie axiomatique des situations... La théorie des
situations n'est pas une théorie de la représentation mentale ou des
catégories perceptives » (R. Cooper). Pas de place, donc, pour les phé
nomènes spécifiquement psychologiques. L'interprétation elle-même est
une axiomatique entre les formes et le monde.
Le second chapitre concerne les « bases syntaxiques de l'interpréta
tion », essentiellement traitées dans la perspective chomskienne issue de
Governement and Binding, et exempliflées empiriquement sur une ana
lyse linguistique très fine du fonctionnement dans la langue des ana-
phores (R. May : « Bound variable anaphora » et M. Brody et R. Manzini :
« On implicit arguments »). Les conclusions sont ici techniques et leur
pertinence en regard des questions plus génériques des représentations
mentales peu lisible pour un lecteur non initié.
Le troisième chapitre s'inscrit dans les problématiques de la « perti
nence » introduites explicitement par Wilson et Sperber par leur contri
bution intitulée « Representation and relevance », suivies de textes de
R. Carston « Implicature, explicature, and truth-theoretic semantics »,
et de D. Blakemore « "So" as a constraint on relevance ». Les positions
affirmées conduisent à distinguer des représentations descriptives et
des représentations interprétatives, les premières renvoyant « aux états
de choses », fondées donc sur des propriétés vériconditionnelles, les
secondes aux « pensées » des locuteurs fondées sur une ressemblance
aux contenus propositionnels, afin de rendre compte du fait incontour
nable que la représentation interprétative ne peut être basée sur une
stricte identité avec le contenu propositionnel de l'énoncé. Il en résulte
des phénomènes d'indétermination de l'interprétation des phénomènes
linguistiques qui imposent certes l'idée d'une théorie de la pertinence.
Isolant (voire modularisant) sémantique et pragmatique, celle-ci peut
apparaître comme le moyen de sauver en dernière instance une sémant
ique fondamentalement referentielle et vériconditionnelle.
Enfin, un dernier chapitre de R. Kempson annoncé comme dévolu 448 Analyses bibliographiques
au thème des relations entre la faculté de langage et la cognition est
traité en fait à travers l'analyse de « The grammar-cognition interface :
The principle of full interpretation », version qualifiée par l'auteur elle-
même d' « orthodoxe » par rapport à la conception rationaliste du
langage qui comble à travers la théorie de la pertinence, les difficultés
des postulats des tenants de la « gb » (« government and binding »)
et plus généralement de la ug (« Universal Grammar »).
Le volume ne restitue ainsi que les points de vue des courants li
nguistiques et formalistes et de ce fait ne présente qu'un éventail somme
toute assez restreint des prises de positions possibles concernant les
représentations mentales ; il est en particulier troublant que les points
de vue spécifiquement psychologiques soient absents (les psychologues
présents à la conférence, n'ont pas proposé de contribution écrite). On
regrettera sur ce point que le titre de la conférence (qui rappelons-le
était Mental représentations : Properties of logical forms), plus ajusté
au contenu, n'ait pas été conservé pour la publication. De ce fait, les
points de discussion et de désaccord, s'ils sont essentiels et constitutifs
du développement interne des théories linguistiques exposées dans ce
livre, me semblent « minces » et « techniques » du point de vue de la
psychologie. En effet, l'ensemble des auteurs s'accordent sur le « noyau
dur » des postulats sur lesquels reposent ces recherches en linguistique
théorique à savoir que :
— la question centrale est celle d'identifier en quoi consiste la connais
sance du langage par les locuteurs natifs ;
— que cette connaissance du langage est une faculté distincte (modulaire,
autonome) des autres types de connaissances que les humains ont
sur le monde qui les environne, et que, en corrollaire :
— toute explication de cette connaissance linguistique particulière (la
compétence du locuteur) doit interagir avec des processus généraux
de perception, de mémoire, etc., pour déterminer l'ensemble des
données relatives à l'usage du langage (la performance du locuteur) ;
— une connaissance d'une langue (language specific) est fondée sur
l'aptitude d'un locuteur à produire et comprendre un nombre infin
iment grand de suites de mots qu'un locuteur traite comme syst
ématiquement divisible en sous-groupes hiérarchiquement structurés.
Il n'y a donc pas de désaccord sur l'idée que toutes les grammaires
incluent des mécanismes syntaxiques applicables récursivement et
qui caractérisent la connaissance, par le locuteur, de sa langue ;
— une explication du langage doit être articulée sur la relation entre
les expressions simples et complexes d'une langue et des entités non
linguistiques « dans le monde qui les environne », c'est-à-dire avec
une « sémantique réelle » (real semantics).
Ainsi, les auteurs s'accordent à considérer les langues non simple
ment comme des dispositifs abstraits pour construire des structures Psychologie générale 449
arborées in one's head mais également comme des systèmes formels
interprétés.
Dans le cadre de ces postulats pour le moins restrictifs, relatifs à une
certaine conception pour le moins étroite des langues, les « débats »
s'inscrivent sans référence à d'autres champs théoriques au sein même
de la linguistique ou des autres disciplines concernées par les « représen
tations mentales ». Sont absents des références les linguistes d'autres
obédiences (Lakoff, bien évidemment, mais aussi Jackendofî, Lan-
gacker..., parmi d'autres moins hérétiques), les philosophes qui ont
pourtant largement fait avancer les débats sur les représentations
(tel Putnam), les psychologues (un comble !), sans compter les traditions
plus européennes. En ce sens, le livre ne me semble pas satisfaire le
projet prétentieux annoncé dans l'introduction, à savoir un « canevas de
l'état de l'art en relation avec les théories actuelles sur le langage et la
pensée ». Les points de désaccord s'avèrent à mes yeux ne pas concerner
les psychologues. Il s'agit d'un très bel et très intéressant exercice intel
lectuel sur le langage et de la pensée comme objets non psychologiques.
La question centrale de l'interprétation des formes linguistiques comme
celles du sens constitutif des représentations, de l'adéquation des repré
sentations et des significations linguistiques sont évacuées en raisons des
postulats posés au départ comme consensus.
D. Dubois.
Le Ny J.-F. — (1989) Science cognitive et compréhension du langage,
Paris, PUF, 249 p.
Comme son titre l'indique, cet ouvrage traite les problèmes de la
compréhension du langage dans le cadre de la science cognitive. L'auteur
s'attache à montrer que l'expression « cognitive » recouvre
aujourd'hui un mouvement d'idées et de recherche réel, même si, à
certains égards, elle renvoie à un programme encore à réaliser. L'orien
tation cognitive touche de plus en plus de domaines de recherche diffé
rents : l'intelligence artificielle, la linguistique, la logique, les neuros
ciences, la philosophie de l'esprit, la psychologie, etc. L'auteur en fait
un bref tour d'horizon dans le premier chapitre.
Sa préoccupation centrale concerne la compréhension du langage,
l'activité (re)constructrice du « sens », à partir de la parole (orale ou
écrite) perçue. Pour cerner cette idée de plus près, il développe différents
aspects de ce qu'est une représentation à long terme. Le deuxième
chapitre aborde aussi les notions logiques et linguistiques d' « intension »
et d' « extension », et s'arrête aux modèles psychologiques susceptibles
d'en rendre compte, notamment en utilisant des traits sémantiques, à
leur tour analysables en « attributs » et en « valeurs ».
Le troisième chapitre approfondit l'analyse des représentations, en
insistant particulièrement sur la flexibilité du relief et sur les effets
AP — 15 450 Analyses bibliographiques
de contexte. Le quatrième chapitre examine de façon critique les diffé
rents usages de notions clés telles que la typicalité, la prototypie, le
« scheme » ou schéma, et il en évalue la portée en fonction de la vali
dation empirique qui peut être alléguée en faveur des différentes hypot
hèses.
Le cinquième chapitre aborde les problèmes concernant le traitement
de l'information dans la compréhension ; il décrit une technique, aujour
d'hui bien établie en intelligence artificielle, d'interprétation automat
ique de textes, les atn. Par une série d'aller et retour, l'auteur établit
des comparaisons fonctionnelles entre l'interprétation sur ordinateur
et l'interprétation humaine. Il montre bien qu'une des questions prin
cipales posées par le traitement de textes est la façon dont se trouvent
articulées, d'une part, l'analyse grammaticale, et d'autre part, l'analyse
et sémantiques.
Sur la base de modèles et de données psychologiques récents, Le Ny
considère dans son sixième et dernier chapitre, les produits de ces
traitements ou interprétations : les représentations transitoires qui en
découlent. Il apporte une réflexion critique sur les modèles de compré
hension humaine et de mémorisation du contenu, tout en mettant en
lumière le rôle des contenus schématiques, représentés sous forme de
réseaux sémantiques propositionnels, qui sont activés dans le processus
de la compréhension.
N. Delbecque.
Caron J. — (1989) Précis de psycholinguistique, Paris, puf, 259 p.
L'objet de la psycholinguistique n'a jamais cessé de porter sur le
passage de la forme au sens ou du sens à la forme. Au gré des déplace
ments d'intérêt, aussi bien en linguistique qu'en psychologie, divers
glissements se sont produits au cours de ces quarante dernières années.
Ce précis offre un panorama complet des différents aspects dont
s'occupent les psycholinguistes, en les situant dans leur contexte histo
rique et géographique. A aucun moment l'auteur ne perd de vue les
apports respectifs de la psychologie et de la linguistique dans leurs
rapports changeants. Ce livre a un triple mérite : il est d'un abord
relativement aisé, la présentation des différents domaines est bien
structurée, claire et progressive, et enfin, l'auteur ne se contente pas
de mentionner quelques lectures conseillées en fin de chapitre mais
fournit presque à chaque page des indications bibliographiques très
précieuses.
L'état actuel de ce secteur de recherche ne peut se faire qu'au prix
d'un certain nombre de limitations et de schématisations. L'exposé
est centré sur la psycholinguistique expérimentale de l'adulte : il ne
traite ni de l'acquisition et du développement du langage, ni des aspects
neurologiques et pathologiques du fonctionnement du langage, ni des générale 451 Psychologie
applications de la psycholinguistique. En revanche, il réussit à montrer
comment cette science intermédiaire s'est développée à partir des
préoccupations communes aux psychologues et aux linguistes.
Les huit chapitres forment une boucle dont les chaînons s'agencent
de façon logique. Entre la présentation de l'objet et des méthodes de la
psycholinguistique (chap. 1) et les considérations finales sur la situation
actuelle et les perspectives de la psycholinguistique (chap. 8), le lecteur
voit très vite quelle(s) sous-partie(s) de tel ou tel chapitre est à lire
compte tenu de sa propre formation et de ses intérêts immédiats. S'il
est linguiste, il pourra se passer du chapitre sur les niveaux d'analyse
auxquels se prête l'énoncé (chap. 2) ; s'il est psychologue, il aura pro
bablement moins besoin du chapitre sur la perception de la parole
(chap. 3). A partir du moment où sont abordés les problèmes de la
signification, de l'organisation de la mémoire, des visées communi-
catives du langage, de l'intentionnalité du locuteur et al., ainsi que les
terminologies, notions-clés et représentations liées à ces différents
champs de recherche, se dessinent les approches concurrentes, aux
niveaux de la sémantique lexicale (chap. 4), de la phrase comme unité
sémantique (chap. 5) et comme unité pragmatique (chap. 6) et à celui
du discours 7). L'auteur met en lumière les progrès enregistrés,
sans toutefois nous faire oublier tout ce qu'il y a de provisoire dans
l'interprétation des résultats d'expériences diverses.
N. Delbecque.
Green G. M. — (1989) Pragmatics and natural language under
standing, Hillsdale (nj), Lawrence Erlbaum, 180 p.
Communiquer n'est pas seulement échanger des symboles ; c'est aussi
interpréter correctement l'intention d'un énonciateur. Comment se fait
cette interprétation, c'est l'objet de la pragmatique, que Georgia Green
définit comme « l'étude de l'activité volontaire par laquelle on vise à
amener l'interprète à réévaluer son modèle du monde » — modèle qui
inclut son système de valeurs, et sa représentation des croyances,
attitudes et intentions du locuteur.
Que cette dimension pragmatique soit essentielle à la compréhension
du langage, personne ne songera à le nier. Ce qui est plus original,
c'est de montrer, comme le fait G. Green, qu'aucun aspect de l'activité
de compréhension — lexical, syntaxique, sémantique — ne peut en être
isolé ; en d'autres termes, que la pragmatique n'est pas un composant
surajouté à un traitement syntaxico-sémantique qui calculerait le sens
« littéral » de l'énoncé, mais qu'elle y est forcément intégrée.
L'auteur illustre cette thèse par l'analyse de nombreux exemples,
abordant successivement les problèmes du sens et de la référence,
l'interprétation des actes de langage et des présuppositions, les impli-
catures, la syntaxe, et la gestion de l'interaction conversationnelle.

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