Psychologie générale - compte-rendu ; n°3 ; vol.96, pg 522-533

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L'année psychologique - Année 1996 - Volume 96 - Numéro 3 - Pages 522-533
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1996
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°3. pp. 522-533.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°3. pp. 522-533.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1996_num_96_3_28915522 Analyses bibliographiques
Piaget, poursuit avec les théories cognitivistes de raisonnement adulte,
accorde une importance particulière à l'architecture générale du système
cognitif proposée par Pascual-Leone, puis rend compte des apports du
cognitivisme développemental. L'auteur termine en résumant les change
ments apportés par les derniers ajustements de la théorie piagétienne (en
signalant à tort, de mon point de vue, l'existence d'une protologique chez
le bébé, car elle était déjà affirmée en 1936). Un sujet d'étude commun,
celui de la catégorisation et de la classification logique, permet d'établir le
lien entre les différentes approches présentées et de comparer leurs
apports.
Après ces deux chapitres qui constituent la première moitié du livre,
une seconde partie est consacrée à quatre sciences cognitives : les neuro
sciences, l'intelligence artificielle, la sémiologie du langage et la philosophie
de l'esprit. Dehaene et Changeux donnent des exemples de modélisation
neuronale de capacités cognitives très élémentaires. De Glas analyse de
manière pénétrante les perspectives logico-symbolique et connexionniste et
propose, dans une partie finale plus difficile à suivre pour le non-spécial
iste, une intégration de ces deux approches. Grize, avec sa clarté et sa
verve coutumières, compare l'usage d'une langue naturelle et des langages
logico-mathématiques. L'ouvrage se termine avec une intéressante discus
sion du problème de la rationalité de l'esprit humain, par Engel, qui tient
compte des données et positions des cognitivistes contemporains.
En dépit de quelques déséquilibres dus aux intérêts spécifiques des
auteurs, Pensée logico-mathématique offre un panorama presque complet
des différentes perspectives actuelles dans l'étude de la connaissance et de
son développement et aborde de front les problèmes les plus fondamentaux
inhérents à cette étude.
J. Montangero.
PSYCHOLOGIE GENERALE
Blancheteau M. et Magnan A. (Édit.) — (1994) Psychologie expériment
ale et psychologie du développement. Hommage à César Florès, Paris,
L'Harmattan, 424 p.
Voici un peu plus d'un an paraissait sous la direction de M. Blanche
teau et A. Magnan un volume d'hommage à César Florès. Après la paru
tion de cet ouvrage, celui-ci faisait rapidement parvenir aux participants
une lettre de remerciement où il ne cachait ni sa fierté ni son étonnement
de lui voir parvenir cette marque d'attachement alors qu'il avait cessé ses
fonctions depuis 1987. On reconnaît là l'humour un peu corrosif de notre
ancien collègue. C'est donc un hommage longuement mûri. Mais si mes
souvenirs sont exacts, les textes des auteurs sollicités ont été remis en 1989 Psychologie générale 523
et les rapports d'expertise en 1990. Initialement, c'était dans le Bulletin de
Psychologie que cet hommage devait paraître. Les responsables de l'entre
prise ont dû entre-temps changer leur fusil d'épaule et trouver un nouvel
éditeur, ce qui n'est pas facile et entraîne de nouveaux délais. Ceci
explique probablement cela.
Le livre s'ouvre sur un Hommage à César Florès rendu par
P. Fraisse. La première phrase buccine un peu, mais P. Fraisse rappelle
à bon escient qu'il n'était guère facile à l'époque d'implanter la psycholog
ie dans les universités car il n'y avait parfois rien pour l'accueillir. Il
fallait donc tout créer, les laboratoires et le public. Depuis les choses ont
bien changé, même si l'extension des laboratoires n'a pas crû à la même
vitesse que le public. De son côté J.-F. Chatillon rappelle le chemine
ment de Florès vers le sud: Paris, Rouen, Luminy puis Nice, jalonné de
la création de premiers laboratoires de psychologie dans les universités
où il passe. Il rappelle également le combat qu'il a mené pour le dévelop
pement de la psychologie et son itinéraire théorique qui en vient à mêler
étroitement expérimentale et psychologie du développement,
ce qui justifie le titre du livre. Après une intervention spécifique de deux
amis proches (S. Ehrlich et M. Siguan), cette première partie s'achève
par la bibliographie de C. Florès.
La deuxième partie est consacrée aux 18 contributions d'auteurs qui
l'ont bien connu soit comme étudiants soit comme collègues. Ces contri
butions suivent évidemment la loi du genre. Leur organisation obéit à la
seule contrainte de l'ordre alphabétique du nom de leurs auteurs. Il
s'agit soit de contributions théoriques, soit d'articles expérimentaux
ayant trait à certains domaines de psychologie expérimentale (percept
ion, mémoire, compréhension, lexique) ou de psychologie du développe
ment. On trouve même un article sur «Les modes d'acquisition de la
nationalité française». Le fait qu'on parle parfois de «Mélanges» pour ce
type d'ouvrages n'est donc pas une simple métaphore, c'est d'ailleurs ce
qui est reconnu dans la quatrième de couverture. Le panorama livré ici
est étonnamment varié et ne peut guère satisfaire un lecteur préoccupé
de son seul thème de recherche. Mais en consultant la table des matières
il est possible d'avoir accès à un certain nombre de synthèses inté
ressantes.
P. Lecocq.
Demetriou A. et Efklides A. (Édit.) — (1994) Intelligence, mind and
reasoning : Structure and development, Advances in psychology; 106,
Amsterdam, Elsevier, North Holland, 240 p.
L'objectif des auteurs est de mettre en relation les approches psycho
métrique, cognitive et développementale pour essayer de les intégrer. En
particulier, ils disent rechercher « ce qui rapproche l'intelligence, l'esprit et
le raisonnement et ce qui les distingue ». Les chapitres des différents 524 Analyses bibliographiques
auteurs sont assez divers quant à leur orientation, plutôt théorique ou
épistémologique, ou plutôt méthodologique ou expérimentale.
La première partie, centrée sur les relations entre « intelligence et
esprit », comprend cinq chapitres.
La théorie de l'intelligence de Snow apparaît comme un cadre général
intégrant la théorie des aptitudes et les approches cognitives, dans le but
de prédire et d'expliquer les différences individuelles en matière d'apprent
issage par instruction. L'auteur considère que l'intelligence a de multiples
facettes (les aptitudes classiques) et plusieurs niveaux hiérarchisés, qu'elle
n'est pas modulaire, même si une expérience accrue dans un domaine peut
conduire à la constitution de (pseudo-)modules « conceptuels », et qu'elle
ne peut être analysée que du point de vue du couple personne-situation.
En ce sens, Snow envisage un rapprochement entre la notion d'aptitude
(d'un sujet dans une situation) et celle d'affordance de Gibson.
Undheim trace un historique des études différentielles, d'abord cen
trées sur une analyse structurale de l'intelligence, puis s'orientant vers la
compréhension des processus cognitifs avec d'une part l'approche compo-
nentielle et celle des corrélats cognitifs, d'autre part les études sur les diff
érences expert-novice avec la prise en compte de la base de connaissances.
Il montre que les deux premières approches sont fortement liées à l'a
pproche factorielle tandis que la troisième en dépend plus indirectement. Il
place des espoirs dans les nouvelles méthodes d'analyse (LISREL par
exemple) et de mesure, qui permettraient de dépasser certains des pro
blèmes rencontrés par l'analyse factorielle traditionnelle, comme celui de
démêler les niveaux d'aptitudes, d'éviter son caractère exploratoire ou
encore de rendre compte de la fidélité/spécificité.
Gustafsson pose le problème des relations entre les connaissances ou
savoir-faire spécifiques à un domaine et les aptitudes générales. Après
avoir passé en revue les problèmes liés à l'analyse factorielle hiérarchique
classique, il montre, en s'appuyant sur les résultats de deux études, que les
méthodes confirmatoires (LISREL) peuvent permettre de décomposer la
variance en variables latentes de différents niveaux de généralité : un fac
teur très général (g) lié à toutes les épreuves, des facteurs (comparables
aux facteurs d'aptitude) liés à des sous-ensembles d'épreuves et des fac
teurs spécifiques liés à un petit nombre d'épreuves seulement. De plus, il
montre que, par cette méthode, la nature du facteur g n'est pas affectée
par la composition de la batterie de tests.
Demetriou et Efklides présentent un résumé de leur modèle général de
« l'esprit », composé de cinq systèmes structuraux spécialisés, correspon
dant chacun à un domaine de connaissances, et de deux systèmes géné
raux : l'un, appelé système hypercognitif, inclut la connaissance et la régu
lation du fonctionnement cognitif, l'autre, appelé système de traitement,
renvoie aux capacités de base telles que la vitesse, le contrôle du trait
ement ou encore les possibilités de stockage à court terme. Les auteurs rap
portent des résultats validant diverses parties de leur modèle. La méthode Psychologie générale 525
principale qu'ils emploient est l'analyse factorielle confïrmatoire prônée
par les auteurs des deux chapitres précédents.
Fabricius et Schwanenflugel résument leurs études sur le développe
ment de la théorie de l'esprit. Ils concluent d'abord que l'amélioration des
performances dépend de l'utilisation d'une stratégie apprise mais que celle-
ci ne suffit pas à sa mobilisation ultérieure puisqu'il faut en outre que l'en
fant sache expliquer cette amélioration en termes de processus mentaux.
Partant ensuite de la manière dont les enfants différencient les activités
cognitives (mémoire, compréhension, attention, inference), ils montrent
que les enfants auraient, avant dix ans, une représentation des activités selon les seuls produits de ces activités. Ils comprendraient
ensuite que des connaissances ou des processus mentaux différents peuvent
conduire à des interprétations différentes de la même information. Le ra
isonnement logique, permettant le traitement des relations formelles, n'ap
paraîtrait que lorsque le sujet commence à prendre conscience de la struc
ture et du fonctionnement de son propre esprit.
La seconde partie, centrée sur les relations entre « esprit et raisonne
ment », comprend quatre chapitres.
Moshman considère que le développement de la rationalité et de l'i
ntelligence n'est pas un simple progrès vers un raisonnement qui suivrait les
lois rigoureuses de la logique. Il implique un méta-raisonnement qui inclut
trois aspects en inter-relation : un aspect procédural (le contrôle exécutif),
un aspect conceptuel (les connaissances sur la manière de raisonner) et un
aspect constructiviste. Ce dernier correspond à la prise de conscience et à
la coordination de stratégies particulières (processus d'apprentissage) ou de
modes généraux de raisonnement par abstraction réfléchissante (processus
de développement). L'éducation devrait prendre en charge tous ces aspects
et encourager l'esprit critique.
Demetriou et Efklides rapportent les résultats partiels d'une expé
rience portant sur le développement du raisonnement propositionnel
entre 12 et 20 ans et s'intéressant aux aspects cognitif et métacognitif. Les
résultats montrent que les inferences faites par les sujets s'appuient
d'abord sur le contenu des propositions et dépendent donc de leur vérité
empirique, puis se basent sur les aspects syntaxique et formel des proposi
tions pour permettre vers 20 ans la réflexion sur le raisonnement et donc la
prise de conscience du caractère nécessaire des règles inférentielles.
L. Smith examine des modèles du raisonnement selon les caractéristi
ques de cohérence et de nécessité : celui de Johnson-Laird selon lequel le
raisonnement n'est pas logique puisque les inferences sont basées sur la
construction et la manipulation de modèles mentaux (sur la signification
plutôt que sur les règles formelles) et celui de la logique de substitution
avec les deux critères de pertinence et de nécessité (une conclusion est sub
stituée à une prémisse seulement dans le cas où A est pertinent pour B et
où A entraîne nécessairement B). Le premier favoriserait la signification
au détriment de la logique et le second supposerait des relations logiques 526 Analyses bibliographiques
qui n'existent pas. Smith considère ces deux modèles comme complément
aires, le premier prenant en compte les aspects psychologiques du raiso
nnement, et le second les aspects logiques. Ensemble, ils pourraient rendre
compte du développement du raisonnement qui s'appuie d'abord sur la
signification et l'expérience pour fonctionner ensuite selon les critères nor
matifs de cohérence et de nécessité.
Langford et Hunting considèrent, eux aussi, le raisonnement comme
un processus de construction, à la fois individuel et social, qui conduit
finalement à la cohérence et à la nécessité. Ils proposent un modèle proche
de celui de Johnson-Laird, mais qui, à la différence des précédents, est
basé sur la logique du prédicat plutôt que sur la logique de substitution
(Smith) ou la des propositions (Demetriou et Efklides). Comme le
prévoit leur modèle, les sujets, évalués dans des épreuves de raisonnement
syllogistique, ne sont pas cohérents d'un item à l'autre dans l'utilisation
des règles logiques et donnent parfois des réponses correctes sous-tendues
par un raisonnement incorrect. Les auteurs considèrent que l'absence de
rationalité, constatée même chez les jeunes adultes, tiendrait beaucoup au
fait que le logique est très peu explicité, que ce soit dans les
conversations quotidiennes ou à l'école.
Quant à la troisième partie conclusive, elle se compose d'un seul cha
pitre de R. J. Sternberg, qui utilise (sur quelque 20 pages !) la métaphore
du voyageur en quête de son intelligence. Il peut se résumer en une décla
ration d'intention pour des approches intégrées du problème.
F. Bontoux.
Engelkamp J. et Zimmer H. D. — (1994) The human memory : A
multi-modal approach, Seattle, Toronto, Hogrefe & Huber, 518 p.
Dans les approches multimodulaires de la mémoire, depuis les modèles
de Broadbent et surtout d'Atkinson et Shiffrin, prédominaient nettement
les différents traitements de la mémoire déclarative, notamment de l'info
rmation verbale et imagée ; tout au plus prévoyait-on la célèbre boucle arti-
culatoire, mais pas vraiment étudiée comme un programme moteur. L'ori
ginalité de l'ouvrage est, dans la filiation des travaux initiés par
Engelkamp, de laisser une place très importante (plus de 100 pages, soit un
cinquième de l'ouvrage) à la mémoire des actions. Ce chapitre (chap. 4)
commence par l'effet de l'action elle-même (ex. fermer une porte, déchirer
une feuille...) qui est supérieur par rapport à la présentation imagée (elle-
même, on le sait, supérieure à la présentation verbale) ce qui a été
dénommé par l'auteur l'hypothèse d'un triple codage. Une succession d'ex
périences montre que cet effet est dû à la performance active et ne se
réduit pas à la planification conceptuelle ou à l'observation de l'action. Le
chapitre présente donc des développements sur le rôle de l'activation de
programmes moteurs, non recodés par le système conceptuel : dans un Psychologie générale 527
astucieux paradigme de temps de comparaison, deux tâches sont compar
ées, par exemple pour deux similaires « tourner une roue » et « mélanger
une sauce ». Alors que la description verbale ou imagée de l'action produit
des temps de comparaison longs, les actions elles-mêmes sont suivies de
temps de réaction plus courts.
Par ailleurs, l'ouvrage présente des synthèses sur des thèmes plus clas
siques, le « Rappel et la reconnaissance des objets et des scènes » (chap. 2),
le « Rappel et la des noms » (chap. 5), la mémoire des
verbes et des phrases (chap. 6). Mais on peut regretter que le plan soit
exclusivement lié à la nature de l'information plutôt qu'en fonction des
processus et on ne trouve pas de parties correspondant à des connaissances
de base sur la mémoire, mémoire iconique, mémoire sémantique, mémoire
autobiographique ; on ne trouve pas non plus, contrairement au titre, de
modèles multimodulaires ni de renvois même succincts à la neurobiologie
de la mémoire. Au total, l'ouvrage se présente comme une succession d'ex
périences de type thèse plus qu'un ouvrage de synthèse. La mémoire des
actions reste la partie la originale.
A. Lieury.
Klimesh W. — (1994) The structure of long-term memory : A connecti
vity model of semantic processing, Hillsdale (Nj), Erlbaum, 234 p.
Après une revue rapide de différents modèles de la mémoire sémant
ique, l'auteur développe un modèle personnel proche de la typicalité. Il
remarque que des traits fréquemment produits, par exemple « vole » pour
oiseau (fréquence de 20) ne semble pas sémantiquement plus important
que des traits peu cités, par exemple « pond des œufs » (f— 5). Ces traits
sont différemment produits pour des instances catégorielles comme l'avait
montré Rosch (typicalité) ; ainsi « vole » est cité 12 fois pour « aigle » mais
7 fois pour « canard ». L'auteur propose un nouvel indice de typicalité, la
somme pondérée des traits communs (WSC) qui est le produit des fr
équences produites entre l'instance et la propriété (7 fois 20 = 140) : en
additionnant tous les produits pour tous les traits (vole, plume, aile, bec, ...
pond des œufs), on obtient le WSC, par exemple de 633 pour l'instance
typique de « aigle », de 575 pour « canard » et de seulement « 473 » pour
« corbeau » qui apparaît peut typique. Mais alors que l'auteur souligne la
« corrélation hautement significative » entre l'indice WSC et la mesure de la
typicalité selon Rosch, l'amplitude de cette corrélation est modeste (.39,
p. 151). Les résultats empiriques à l'appui du modèle sont également très
réduits. Dans une expérience d'amorçage sémantique, une des conditions
déterminantes est que le grand nombre d'attributs de l'amorce devrait per
mettre une activation sémantique plus grande de la cible (ex. chante :
alouette) ce qui n'est pas toujours le cas (trois des quatre temps de réac
tion sont identiques). L'auteur souligne que ne connaissant pas « la géomét
rie » des chemins d'activation entre les concepts, les résultats restent 528 Analyses bibliographiques
incertains (p. 167). Au total, le livre est intéressant et stimulant mais plus
qu'une synthèse, c'est un ouvrage orienté vers une thèse, finalement peu
documentée par des résultats empiriques.
A. Lieury.
Ehrlich M. -F. — (1994) Mémoire et compréhension du langage, Lille,
Presses Universitaires de Lille, 256 p.
Dans un livre de dimension raisonnable, M. -F. Ehrlich nous livre le
résultat des recherches qu'elle a entreprises jusqu'aux années 90 et qui
concernent les relations étroites qu'entretiennent la compréhension de textes
et la mémoire. Les deux premiers chapitres sont consacrés à la manière dont
à la fois les linguistes et les psychologues ont construit des modèles de repré
sentation de phrases puis de textes, le tournant de cette évolution étant év
idemment l'analyse propositionnelle. La lecture de présentation théo
rique qui couvre l'essentiel des travaux effectués dans les trente dernières
années est à recommander aux étudiants de licence de psychologie. En une
centaine de pages, en effet, l'auteur présente clairement l'essentiel de ce qu'il
faut savoir quand on commence à s'intéresser à ce domaine. L'évolution des
différentes perspectives théoriques de Chomsky à Johnson- Laird s'y trouve
décrite avec concision et clarté. Le changement progressif des points de vue
est bien mis en évidence sans que pour autant se trouve gommée la diversité
des niveaux d'appréhension ou d'intérêt des chercheurs.
La deuxième partie du livre, constituée de trois chapitres, nous livre
les résultats de six expériences portant sur la compréhension de textes nar
ratifs ou expositifs et sur les relations qui existent entre la construction,
durant la lecture, des représentations locales et globales du texte et le sou
venir que les sujets en gardent. Quatre de ces expériences sont consacrées
à l'incidence de la structure globale du texte, ce que l'auteur appelle la
« configuration des structures cognitivo-sémantiques » de celui-ci et que
d'autres nomment modèle mental ou modèle de situation. Deux autres
s'attachent aux contraintes locales matérialisées par des marqueurs de
cohésion et de connexité (marques anaphoriques ou de conjonction) et à
l'incidence que peuvent avoir sur le traitement à la fois les connaissances
préalables et une certaine régulation métacognitive (auto-évaluation par
les sujets de leur niveau de compréhension). Malgré la difficulté de l'entre
prise et la complexité des expériences réalisées, l'auteur fait la démonstrat
ion que la rigueur peut aller de pair avec la clarté de l'exposé. Comme ces
expériences ont déjà été publiées ailleurs, il nous fournit l'essentiel de ce
qu'il faut savoir pour comprendre les objectifs poursuivis et la méthodolog
ie employée.
Le livre s'achève par une brève conclusion où l'auteur s'interroge avec
modestie à la fois sur ce qu'on a appris à travers les centaines d'expé
riences menées sur la compréhension de textes et sur les problèmes qu'il
conviendrait à l'avenir d'aborder, essentiellement à ses yeux la nature de Psychologie générale 529
la représentation et les processus qui mènent à sa construction. A notre
avis, ce livre n'est pas réservé qu'aux spécialistes (chercheurs ou étu
diants). L'auteur en effet lors de la construction de son matériel expéri
mental met en œuvre une invention et une originalité dans les techniques
de manipulation des textes qui pourraient tout aussi bien être utilisées par
les enseignants lors de la poursuite de tel ou tel objectif pédagogique.
P. Lecocq.
McKenzie C. L. et Iberall T. — (1994) The grasping hand, Amsterdam,
North-Holland, 482 p.
L'objectif de ce travail est de présenter une synthèse des connaissances
actuelles sur la nature de la main humaine et sur le contrôle par le système
nerveux central de ce « merveilleux outil de préhension ». Le cadre théo
rique sous-jacent fait une large place aux travaux de Jeannerod et d'Ar-
bib, et le fonctionnement du SNC y est conçu comme un processus parallèle
distribué réalisant l'intégration sensori-motrice entre des perceptions
orientées vers l'action et un mouvement dirigé vers un but. Un modèle
complet devant être validé à la fois empiriquement et par calcul, les
auteurs intègrent, outre les données biologiques et comportementales, des
connaissances provenant d'autres perspectives comme l'ingénierie, la robo
tique et la kinésiologie. Il s'agit donc d'une approche interdisciplinaire
intéressant les psychologues et neurophysiologistes de la motricité, qui y
trouveront un état très complet de la question et des hypothèses testables
expérimentalement, les roboticiens concevant des prothèses manuelles, les
praticiens de la réhabilitation cherchant à améliorer les propriétés fonc
tionnelles de la main blessée, et ceux enfin qui élaborent des modèles com-
putationnels rendant compte de l'activité préhensile de la main.
L'ouvrage est divisé en trois parties dont la première examine ce qu'est
la préhension. Après en avoir donné une définition opérationnelle et avoir
rappelé les problèmes posés dans les études empiriques et l'intelligence
artificielle (rôle de l'information sensorielle, intégration des données des
différentes modalités sensorielles, planification, sélection de différents
types de saisie, contrôle moteur d'un système à plusieurs degrés de
liberté, etc.), les auteurs consacrent un chapitre à la description détaillée et
à la classification (anatomique et fonctionnelle) des différentes postures
préhensiles. Ces postures varient en fonction des objets sur lesquels porte
l'action et les caractéristiques de la tâche (prise puissance et prise préci
sion, action pendant la saisie, main en crochet, etc.). Ces différentes pos
tures définissent « l'espace d'opposition » aux forces développées par la
main, c'est-à-dire les relations entre les surfaces de la main et celles de l'ob
jet qui seront en contact pendant la saisie.
La deuxième partie, la plus longue de l'ouvrage, étudie l'une après
l'autre les différentes phases de la préhension dans l'ordre sériel dans lequel 530 Analyses bibliographiques
ces phases se déroulent. Cet ordre, tiré principalement des travaux de
Jeannerod, de Paillard et du modèle d'Arbib, conduit les AA. à étudier
d'abord la planification de l'espace d'opposition, puis son réglage, son uti
lisation pendant le contact et enfin son abandon. Un chapitre est donc
d'abord consacré à la planification de la préhension. Après avoir rappelé
l'opposition entre ceux qui dénient toute forme de représentation centrale
du mouvement pour ne retenir qu'un déterminisme physique et environne
mental (Kugler, Kelso et Turvey, 1982) et ceux qui attribuent une repré
sentation centrale au programme moteur (Keele et al., 1990), le planning
du mouvement est étudié à deux niveaux : les processus mis en œuvre
(comment le mouvement est réalisé) et le résultat du mouvement (le but de
l'action). Un autre chapitre présente une analyse détaillée du planning
pendant la trajectoire (avant le contact) et discute de la transformation du
but en commandes motrices : contrôle des mouvements du bras et de la
main, réglage de l'espace d'opposition par le prépositionnement de la etc. Ce qui se passe pendant le contact est qualifié de « collision
entre deux systèmes » et fait l'objet du chapitre suivant. Après y avoir
examiné les propriétés de la peau, du toucher et de l'intégration sensori-
motrice, de la transmission des forces et des contraintes biomécaniques
associées à une saisie stable d'un objet, les auteurs présentent une étude
détaillée des forces appliquées pendant la saisie, lesquelles varient selon la
géométrie du contact, les postures de saisie, les mouvements pendant la
saisie et après le relâchement de la prise.
La troisième partie (2 chapitres) examine d'abord les contraintes qui
pèsent sur la préhension humaine : contraintes physiques et biomécaniq
ues, contraintes sensori-motrices résultant des propriétés anatomiques et
physiologiques de la peau et des articulations, contraintes d'ordre supé
rieur de type sémiotique, motivationnel et socioculturel, contraintes temp
orelles, etc. Le dernier chapitre résume de façon synthétique l'ensemble
de l'ouvrage et s'ouvre sur des directions de recherches ultérieures.
Cet ouvrage sera d'une très grande utilité à tous ceux qui, en tant
qu'enseignants, chercheurs, étudiants ou praticiens, veulent s'informer sur
les propriétés et les modes de fonctionnement de la main humaine lors
qu'elle se livre à son activité principale, la préhension. Très complet et
intégrant diverses approches interdisciplinaires, très bien construit et très
clairement rédigé, il constitue certainement une excellente synthèse de nos
connaissances actuelles en la matière.
Y. Hatwell.
Bennett K. M. B. et Castiello U. (Édit.) — (1994) Insights into the
reach-to-grasp movement, Amsterdam, North-Holland, 394 p.
Cet ouvrage étudie l'ensemble des problèmes posés par le mouvement
d'atteinte et de saisie d'un objet et se place dans une perspective pluridis
ciplinaire couvrant tout le champ des sciences cognitives du mouvement.

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