Psychologie générale - compte-rendu ; n°4 ; vol.85, pg 599-609

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L'année psychologique - Année 1985 - Volume 85 - Numéro 4 - Pages 599-609
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
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Marie-Dominique Gineste
Paul Fraisse
C. Bonnet
J.-F. Richard
J.-F. Camus
C. George
Pierrette Arnaud
Michel Hupet
Jean Caron
Guy Denhière
Max Delafoy
Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1985 vol. 85, n°4. pp. 599-609.
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Gineste Marie-Dominique, Fraisse Paul, Bonnet C., Richard J.-F., Camus J.-F., George C., Arnaud Pierrette, Hupet Michel,
Caron Jean, Denhière Guy, Delafoy Max. Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1985 vol. 85, n°4. pp. 599-609.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1985_num_85_4_30217L'Année Psychologique, 1985, 85, 599-623
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Fodor (J. A.). — The modularity of mind : an essay on faculty psy
chology, Cambridge (ma), mit Press, 1983, 145 p.
« Cognitive science has n't even started » (p. 127) ; telle est la conclu
sion de l'ouvrage de Fodor. En 145 p. Fodor présente une taxonomie
des processus cognitifs : partant de là, il montre l'échec des sciences
cognitives et leur impossibilité à connaître l'objet qu'elles s'étaient
donné initialement.
L'auteur distingue dans les processus cognitifs les systèmes cen
traux et les systèmes modulaires. Les systèmes modulaires, ou sys
tèmes d'entrée (perception et langage), sont « spécifiques d'un domaine,
spécifiés de façon innée, associés à une architecture neurale fixée et
repérable, autonomes et indépendants les uns des autres » (p. 37) ;
ils traitent les informations fournies par les transducteurs, les codent,
sous forme de représentations, dans un format tel qu'elles seront
accessibles aux processus centraux ; ils contiennent une « théorie éla
borée des objets de leur domaine » (p. 51) et « savent » tout ce qui est
nécessaire sur les événements (représentations) délivrés par les trans
ducteurs pour les traiter.
Les processus centraux, quant à eux, traitent les représentations
fournies par les différents systèmes d'entrée ; ils ne sont pas modul
aires. Pour les décrire, Fodor les compare aux inferences dans la confi
rmation scientifique : ces inferences sont isotropes en ce que les faits
retenus pour la confirmation peuvent provenir de n'importe quel
endroit du champ des vérités empiriques ; ces inferences sont qui-
néennes en ce que le degré de confirmation d'une hypothèse dépend
du système de croyances dans son ensemble. Ainsi les processus cen- 600 Analyses bibliographiques
traux sont isotropes et quinéens : une « telle théorie des processus cendoit avoir pour principe que le niveau d'acceptation d'une
croyance quelconque est lié au niveau d'acceptation de n'importe
quelle autre et aux propriétés globales du champ entier des croyances
prises dans leur ensemble » (p. 110).
Enfin, ces processus centraux sont de « mauvais candidats pour
une étude scientifique » (p. 127) ; d'ailleurs, remarque-t-il, les sciences
cognitives et la psychologie qui s'étaient donné comme objet les pro
cessus centraux n'ont étudié que des processus modulaires : leur inca
pacité à connaître l'objet initial relève tout à la fois de la nature de
cet objet et de leurs limites épistémiques.
La thèse de la modularité de l'Esprit, théorie des processus cogni-
tifs et théorie de ce qui est connaissable ou qui ne l'est pas au sein
de l'activité psychologique, mérite qu'on s'y arrête : il est parfois
bénéfique d'être dérangé dans ses certitudes !
M. D. Gineste.
Sarris (F.) et Parducci (A.) (Edit.)- — Perspectives in psychological
experimentation : toward the year 2000, Hillsdale (nj), Lawrence
Erlbaum, 1984, 370 p.
A l'occasion du 60e anniversaire du Pr Lienert, il a été réuni une
conférence d'environ 24 psychologues venus de tous les coins du monde,
mais tous maîtres en psychologie expérimentale. Ils ont tout à la fois
fait le point sur leurs recherches passées et présentes, et essayé de
prévoir les développements de la psychologie expérimentale.
Il est évidemment impossible de résumer chacun des exposés.
Ils ont été regroupés en cinq parties dont la diversité rendra compte
du champ qui a été exploré : I : « Développement historique » (M. Wer-
theimer, K. J. Gergen, R. Ardila) ; II : « Processus de base de l'appren
tissage et de la mémoire chez l'animal » (M. E. Bitterman, L. Kardos,
N. E. Spear) ; III : « Psychologie de la perception et de la cognition »
(G. Mandler, D. Kovac, A. Parducci, P. Fraisse, W. et E. Kintsch) ;
IV : « Psychologie différentielle, sociale et du développement »
(J. Eysenck, J. Strelau, D. Magnusson, J. Kuhl et J. W. Atkinson,
P. Zimbardo, J. R. Nesselroade et P. B. Baltes) ; V : « Psychologie
clinique et appliquée » (M. L. Kietzman, J. Zubin et S. Steinhauer,
R. W. Downing et K. Rickels, J. C. Brengelmann, W. Edwards).
Pour ce qui est des attitudes de ces auteurs par rapport au présent
et au futur de la psychologie, tous ont foi en la méthode expériment
ale pour faire progresser les sciences, mais ils en mesurent mieux
aujourd'hui les difficultés. Leur grand problème semble être celui de
la généralisation de leurs résultats. Aussi beaucoup pensent qu'il
vaut mieux prendre en considération les variables de l'environnement Psychologie générale 601
en bâtissant les expériences. Gomplémentairement, certains estiment
qu'il faut aussi tenir compte des différences individuelles.
La ligne de clivage apparaît sur le développement scientifique
d'une psychologie appliquée. Il y a d'une part ceux qui pensent que
la comme la physique, pour devenir plus scientifique,
doit devenir plus abstraite des réalités contingentes. D'autre part
il y a ceux qui insistent sur le fait que la psychologie doit s'orienter
vers des recherches qui aident à proposer des solutions pratiques.
Brengelmann va le plus loin dans ce sens dans son approche des
recherches sur la thérapie du comportement.
Il est remarquable qu'aucun des auteurs ne voie poindre un nou
veau paradigme à l'horizon 2000. Tous, il est vrai, sont plus ou moins
engagés dans la psychologie cognitive. Il y a ainsi de nouvelles méthodes
et de nouvelles techniques, mais dans le cadre conceptuel du moment.
P. Fraisse.
Rock (I.). — Perception, New York, Scientific American Books,
1984, 243 p.
La diffusion des connaissances à un public de non-spécialistes
renforce la tentation de faire une présentation théorique « cohérente »
du domaine en exposant l'essentiel des faits qui confirment la théorie,
et en minimisant ceux qui ne s'y conforment pas. Rock est à plusieurs
reprises tombé dans ce travers au cours de cet ouvrage pourtant agréable
à lire, fort bien et richement illustré. La présentation « spectaculaire »
se centre sur les perceptions visuelles complexes : constance, monde
tri-dimension nel, organisation des formes et du mouvement, art. L'au
teur y défend une conception de la perception comme résolution de
problème opposée à toute explication mécaniste. Cette réhabili
tation de P « inference inconsciente » ne me paraît pas convaincante
en ce qu'elle ne s'interroge pas sur les processus effectivement mis
en œuvre, pour en rester à de grands principes empiriques tels que la
préférence des solutions perceptives qui rendent compte des
régularités et des co- occurrences.
C. Bonnet.
Breitmeyer (B. G.). — Visual masquing : an integrative approach,
New York, Oxford University Press, 1984, 454 p.
Un tel ouvrage monumental sur le masquage visuel peut effrayer.
Sa bibliographie comporte plus de 1 200 titres ! Mais l'intérêt de la
lecture augmente au fur et à mesure que l'on avance dans l'ouvrage.
Voici près d'un siècle que le masquage est l'un des paradigmes pri
vilégiés des recherches perceptives et Breitmeyer dans son exposé 602 Analyses bibliographiques
nous en montre toutes les richesses et toutes les variétés. Son ambition,
affirmée par le sous-titre, est d'en donner une théorie cohérente, « inté
grée ». Après avoir montré les faiblesses des différents modèles qui
ont été proposés, il entreprend de démontrer, en rappelant et en di
scutant les démonstrations expérimentales sur lesquelles elle se base,
comment l'hypothèse de deux canaux neuroniques séparés (Tonique
et Phasique), mais pouvant s'inhiber mutuellement, peut non seu
lement expliquer les résultats classiques de laboratoire, mais conduit
à s'interroger sur la fonction de ce masquage en situation naturelle.
Les canaux phasiques signaleraient l'apparition soudaine d'une st
imulation et un changement brusque de position (métacontraste),
tandis que les canaux toniques signaleraient à l'organisme les attr
ibuts fîguraux des stimulus. Il existe entre ces canaux des inhibitions
mutuelles et réciproques, de même qu'à l'intérieur de chacun, des
inhibitions peuvent se produire. Au-delà des effets de masquage simple,
cette hypothèse permet d'expliquer comment la présence d'un second
masque séquentiel réduit l'effet de suppression du premier masque
sur le stimulus test. Plus intéressante encore est la discussion du rôle
de ce mécanisme dans les mouvements oculaires. L'apparition d'une
saccade entraîne une inhibition des canaux toniques par les canaux
phasiques et donc un « effacement » de l'information rétinotopique
des caractéristiques spatiales de la stimulation. Cet effacement permet
le transfert de représentations rétinotopiques séparées à un niveau
où s'élabore une représentation spatiotopique. Les signaux corollaires
accompagnant les mouvements des yeux conduiraient donc à la sup
pression des informations de pattern; d'autres signaux originaires
d'autres structures seraient temporellement programmés de manière
à permettre la restauration de la sensibilité dans les canaux toniques
afférents dès la fin de la saccade. Les signaux corollaires servent aussi
à accroître la persistance de chaque « image » de manière à ne pas
entraîner une perception discontinue. Un mécanisme analogue explique
que les clignements n'interrompent pas non plus la perception.
L'importance de l'ouvrage tient au soin que l'auteur met à exposer,
avec les détails nécessaires, les bases des mécanismes auxquels il fait
appel sans se contenter de renvois allusifs. Il n'esquive aucune des
difficultés et emporte ainsi la conviction par la précision et la rigueur
de son argumentation. Cet ouvrage devrait rester comme un classique
dans ce domaine.
C. Bonnet.
Requin (J.) et Kornblum (S.) (Edit.). — Preparatory states and
processes, Proceedings of the Franco American Conference, Ann
Arbor (mi), août 1982, Hillsdale (nj), Lawrence Erlbaum, 1984,
382 p. Psychologie générale 603
L'ouvrage rassemble les contributions d'un symposium. Il com
prend quatre parties :
— « Les aspects de la préparation liés aux stimuli : effets attention-
nels, effets séquentiels dans le jugement absolu » ;
— « Les aspects temporels de la préparation » ;
— « Les mécanismes centraux : aspects psychophysiologiques de la
préparation (potentiels évoqués), motrice » ;
— « Contrôle de la posture et organisation des mouvements ».
Les contributions sont d'excellente qualité et l'ensemble est assez
homogène. La participation française est importante : MM. Beaubaton,
Coquery, Jeannerod, Massion, Perruchet, Pynte, Requin, Semjen.
On retrouve par ailleurs dans l'ouvrage parmi les étrangers les prin
cipaux noms connus dans le domaine : Donchin, Hillyard, Lockhead.
Luce, Posner...
J.-F. Richard.
Prinz (W.), Sanders (A. F.) (Edit.). — Cognition and motor processes ,
Berlin, Springer Verlag, 1984, 360 p.
L'ouvrage constitue la trace d'un colloque réuni à l'Université de
Bielefeld au mois de juillet 1982, sur le thème des rapports entre la
cognition et les processus moteurs. Vingt et une interventions sont
contenues dans cet ouvrage de 360 pages, c'est dire le caractère ramassé
de chacune. Le livre est découpé en cinq sections : le contrôle moteur
et la planification de l'action ; les contributions motrices à la per
ception et à la cognition ; les structures médiates et les opérations
situées entre action et cognition ; l'attention, la cognition et la per
formance habile ; et enfin les interactions entre la et l'action
en développement (au sens génétique).
Les articles dans l'ensemble ne contiennent pas ou peu de recherches
expérimentales originales. Les auteurs, souvent de grande renommée
(Stelmack ; Pem ; Mac Kay; Allport; Trevarthen...) nous livrent
leurs réflexions sur les rapports entre le cognitif et le moteur. L'attaque
est menée en règle contre la théorie idéo-motrice de William James
et ses avatars modernes, Les apports biocybernétiques (régulation,
mode de contrôle, feedback, cognition = computation) trouvent un
large écho dans ces interventions.
Ni Revue de question, ni « Brain Storm », l'ouvrage participe néan
moins de ces deux démarches. Certains verront là sa force, j'y vois,
personnellement, plutôt sa faiblesse.
J. F. Camus. 604 Analyses bibliographiques
Bransford (J. D.) et Stein (B. S.). — The ideal problem solver, a
guide for improving thinking, learning and creativity, New York,
Freeman, 1984, 150 p.
Conformément à son sous-titre, cet ouvrage constitue un recueil
de préceptes à mettre en jeu afin d'accroître l'efficacité des activités
intellectuelles. Les domaines envisagés sont la résolution de problème,
la compréhension, la mémorisation, l'évaluation d'une argumentat
ion, la communication. Son grand intérêt, par rapport à d'autres
ouvrages du même genre, est d'appuyer les recommandations fo
rmulées sur les récents développements de la psychologie cognitive. Il
est écrit dans un style clair et simple, avec de nombreux exemples et
conseils pratiques (par ex., comment prendre des notes, comment
évaluer sa compréhension d'un concept...). Il me paraît constituer
un excellent ouvrage à recommander à des étudiants débutants, car
il permet de lier une introduction aux questions envisagées par la
psychologie cognitive à des applications immédiates personnelles rela
tives au travail universitaire. La grande question en suspens demeure
de savoir comment enseigner efficacement des heuristiques...
C. George.
Pynte (J.). — Lire... identifier, comprendre, Lille, Presses Univers
itaires de Lille, 1983, 186 p.
S'appuyant sur une revue critique des recherches expérimentales
menées ces dix dernières années sur la perception et la compréhension
du langage, Pynte propose une vue d'ensemble des processus mis en
jeu dans l'activité de lecture.
Les deux premiers chapitres sont consacrés à l'accès au lexique,
analysé de façon privilégiée grâce à l'étude des mots polysémiques.
Il ressort que le traitement des mots implique trois phases successives :
deux phases d'identification (sélection-vérification) et une phase d'in
terprétation (assignation d'une signification). Ainsi, l'accès au lexique
ne peut être envisagé indépendamment des mécanismes d'encodage
perceptif d'une part, de traitement du contexte d'autre part. Ces
deux directions de recherche sont développées dans les chapitres sui
vants. Dans les processus d'encodage perceptif, intervient nécessair
ement une segmentation et une traduction phonologique. L'étude du
contexte est abordée dans la phase d'identification et dans la phase
d'interprétation. Les derniers chapitres abordent le problème de l'int
égration cognitive en considérant différents niveaux de traitement
(syntaxique-sémantique). Tout au long de ce travail, les recherches
personnelles de l'auteur sont intégrées sans emphases particulières.
Ce livre privilégie les aspects théoriques et méthodologiques d'un
thème bien défini de manière très fiable mais peu accessible aux non-
spécialistes. Il propose un ensemble de contributions composant une générale Y i500^ ,,-• 605 Psychologie
synthèse de haut niveau dans laquelle la réflexion critique n'est jamais
absente. D'un abord difficile, ce livre constitue tout de même un excel
lent ouvrage de référence pour les chercheurs qui s'intéressent aux
processus de lecture.
P. Arnaud.
Moscato (M.) et Pieraut Le Bonniec (G.) (Edit.). — Le langage :
construction et actualisation, Rouen, Publications de l'Université
de Rouen, 1984, 207 p.
La première partie de cet ouvrage rassemble des textes relatifs à
l'installation des équipements et des contextes nécessaires à la construct
ion du langage. Bresson expose certaines hypothèses relatives à la
phylogenèse et à l'ontogenèse du langage. Bertoncini rapporte des
observations relatives au traitement des sons de la parole par le nourr
isson. De Boysson-Bardies présente des données attestant que le
babillage présente des propriétés associées à certaines dimensions de
la langue-cible. Bruner discute de patterns d'interactions (formats)
qui facilitent la contextualisation des messages. Bacri examine les carac
téristiques acoustiques et intonatives qui confèrent une intelligibilité
aux séquences vocales de l'enfant. Kail et Weissenborn traitent de
l'évolution des savoirs linguistiques en se référant à l'acquisition des
connecteurs de la langue (principalement « mais »).
La seconde partie réunit des textes dont l'objet est d'expliciter les
invariants fonctionnels et les conditions d'actualisation des savoirs
langagiers. Hannequin et Mihout discutent des difficultés d'actuali
sation sur base d'une analyse de comportements d'autocorrection
spontanée chez les aphasiques. Ségui et Kail examinent les processus
d'attribution de la coréférence du pronom chez l'adulte. S. Ehrlich
traite de la construction des représentations sémantiques et discute
des propriétés fonctionnelles de la mémoire permanente. Bronckart
et Schneuwly traitent des processus qui participent à l'actualisation
des organisateurs textuels dans des discours d'enfants de 9 à 12 ans.
Espéret explicite la mise en place, entre 4 et 11 ans, d'un schéma nar
ratif dans la production de récits. Enfin, Piéraut-Le Bonniec et Grize
envisagent le langage dans sa double fonction d'organisateur et de
créateur de connaissances.
Cet ouvrage est relativement hétérogène, mais il a l'avantage de
présenter sous forme succincte quelques-unes des problématiques, dont
certaines très récentes, de la Psychologie du langage.
M. Hupet.
Deese (J.). — Thought into speech : the psychology of a language,
Englewood Cliffs (nj), Prentice Hall, 1984, 150 p.
La psycholinguistique fait fausse route : la méthode expérimentale
ne nous apprend à peu près rien sur le fonctionnement du langage. 606 Analyses bibliographiques
De toutes façons, les processus mentaux sont inaccessibles (sauf peut-
être, un jour, aux neurosciences). Il faut donc retourner aux méthodes
du xixe siècle, adopter une approche éthologique, et, renonçant à la
vaine prétention de construire des modèles, se contenter de décrire
« comment les choses se passent », comment la pensée se transforme
en langage.
Telle est la thèse que Deese développe, sans nuances, dès le début
de son ouvrage. On souhaiterait sans doute que le réquisitoire sur
lequel elle se fonde soit un peu mieux argumenté ; et l'on se demande
si l'éthologie de la communication verbale est quelque chose de te
llement nouveau. Mais soit. On attend avec quelque curiosité les résultats.
L'auteur va donc décrire minutieusement comment les locuteurs
d'un dialecte particulier (1' « American English » tel qu'il est parlé
par des citoyens de Charlottesville, Virginia) s'expriment dans des
discussions spontanées. Un corpus de 2 097 phrases est ainsi analysé :
types de phrases et syntaxe, formes verbales, structure du discours,
pauses et prosodie, erreurs enfin.
Il s'ensuite une poussière de menues constatations, dont on ne
sait trop que faire, faute d'un cadre théorique où elles pourraient
s'intégrer. Un seul fil directeur : tout cela est « fonctionnel ». Fonctionn
elle, l'organisation syntaxique, fonctionnel le choix des formes ver
bales, fonctionnelles la structure du discours, la prosodie, les pauses
(et les erreurs ? non, tout de même — encore que Freud...). Pourquoi
fonctionnel ? Parce que tout cela sert les « intentions » (purposes) du
locuteur. Seulement, ces intentions — que Deese prétend identifier
avec une certaine « plausibilité » — il n'a pas d'autre moyen de les
établir qu'à partir précisément des phénomènes linguistiques (formes
syntaxiques, pauses, etc.) qu'elles sont censées expliquer. Faute de
recoupement avec des données issues d'autres sources, la démarche
est circulaire.
Que les aspects « fonctionnels » du langage soient importants, et
peut-être essentiels, on en conviendra — et, quoi que semble en penser
Deese, les psycholinguistes s'en sont avisés depuis quelque temps
déjà. Mais il ne suffit pas d'affirmer cette fonctionnalité : l'important
est de la vérifier, et d'en analyser les conditions. L'ouvrage apporte
certes quelques observations intéressantes — sur l'importance, par
exemple, de la modalisation des énoncés dans le discours spontané,
ou sur la fonction des pauses et des hésitations ; sans être vraiment
nouvelles, elles peuvent donner à réfléchir. Mais il reste à dépasser le
simple constat. Loin de disqualifier l'approche expérimentale du lan
gage, l'ouvrage de Deese en démontre, a contrario, la nécessité.
J. Caron. générale 607 Psychologie
Schänk (R. C). — Dynamic memory, a theory of reminding and
learning in computers and people, Cambrigde, Cambridge Uni
versity Press, 1982, 234 p.
Schänk est un des chercheurs les plus influents dans le domaine
de l'intelligence artificielle, plus particulièrement celui de la
compréhension du langage naturel par les ordinateurs. Son travail
présente la particularité de se préoccuper de la plausibilité psycho
logique des modèles qu'il implante sur les machines et de tenir compte
des résultats obtenus par ces mêmes psychologues lorsqu'ils empruntent
des concepts à l'intelligence artificielle. Ainsi, par exemple, de nom
breux psychologues ont repris à leur compte la notion de script pro
posée par Schänk et Abelson (1977) et, dans cet ouvrage de 1982,
Schänk remodèle le concept de « script » pour tenir compte des résul
tats expérimentaux obtenus par les psychologues qui ont utilisé ce
concept.
Pourquoi la mémoire préoccupe-t-elle Schänk alors qu'il s'intéresse
au langage ?
Parce qu' « il semble évident que toute théorie du langage doive
se référer à — et être une partie de — d'une de la mémoire »
(p. 3) ; « quand le langage est considéré comme un processus mnésique,
notre conception de la manière dont fonctionne la compréhension
doit être quelque peu modifiée (p. 3), « la manière dont nous compre
nons est affectée par le contenu de notre mémoire » (p. 4). Autrement
dit, une théorie cohérente des structures mnésiques doit naturellement
précéder une théorie complète de la compréhension du langage. Ce
premier pas du langage vers la mémoire en implique un second ; on
ne peut dissocier la mémoire de l'apprentissage, c'est-à-dire « la manière
dont un individu traite les informations nouvelles et en dérive des
connaissances ( nouvelles). Pour cela on a besoin d'une théorie cohé
rente des structures mnésiques et de leur évolution, autrement dit,
on a besoin d'une mémoire dynamique qui possède un moyen de struc
turer ses connaissances » (p. 4). D'où le titre de l'ouvrage.
D'un certain point de vue, on peut considérer que cet ouvrage
consiste, pour l'essentiel, à réécrire les structures de traitement pro
posées en 1977 (scripts, plans, buts et thèmes) en termes de struc
tures mnésiques, « les structures mnésiques et les structures de tra
itement étant probablement les mêmes » (p. 223). Quatre niveaux de
structures mnésiques sont proposés : les Méta-Mop (Memory Organizat
ion Packets), les mop, les Scènes et les Scripts. Les mops, les Scènes
et les Scripts doivent posséder les quatre propriétés suivantes : ils
doivent contenir un prototype ; un ensemble d'expectations orga
nisées autour du ; un de souvenirs organisés
en fonction d'expectations non confirmées; un but caractéristique.
Ces structures sont utilisées pour représenter des connaissances rela
tives à un domaine conceptuel déterminé. La représentation des infor-

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