Psychologie générale - compte-rendu ; n°4 ; vol.86, pg 612-625

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L'année psychologique - Année 1986 - Volume 86 - Numéro 4 - Pages 612-625
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1986
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1986 vol. 86, n°4. pp. 612-625.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1986 vol. 86, n°4. pp. 612-625.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1986_num_86_4_29175612 Analyses bibliographiques
se perçoit clairement. Elle ne conduit pas l'auteur à ignorer les pro
blèmes que le comportement humain pose à une échelle d'observation
plus globale que celle qui peut être adoptée au laboratoire, et c'est
un grand mérite de ce texte. On peut signaler aussi l'excellente illu
stration qui, à quelques exceptions près (au début de l'ouvrage), est
réellement informative, concrétisant et précisant le texte à l'aide de
photographies et de dessins souvent originaux et d'une grande clarté.
On peut considérer que le manuel de Hilgard (chez le même éditeur)
voit apparaître ici un dangereux concurrent pour la primauté dans ce
genre d'ouvrage.
M. Reuchlin.
Elfenbein (M. H.) et Haimson (B. R.). — Experimental methods
in psychology, New York, Saint Louis, McGraw-Hill, 1985, 546 p.
Ce manuel de méthodologie comprend quatre parties. La première
est une introduction à la recherche scientifique : types de raisonne
ments, problème de leur scientiflcité ; réflexion sur la mesure en psy
chologie. La seconde partie est consacrée au plan d'expérience (essen
tiellement le plan factoriel) et aux quasi-expérimentations. Le tro
isième chapitre traite des étapes de la recherche : bibliographie, construc
tion de la problématique, recueil des données. Dans la dernière partie
sont présentées quelques méthodes utilisées dans l'étude de la perception,
de l'apprentissage et de la mémoire et en psychologie sociale. Simplicité
et clacissisme sont les deux principales qualités de cet ouvrage qui
s'adresse aux étudiants de premier cycle des années 60, c'est dire que
la méthode expérimentale est présentée de façon sommaire sans aucune
référence aux méthodes les plus récentes.
J.-P. Rossi.
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Friedman (M.). — Contemporary psychology : revealing and obscuring
the human, Pittsburg, Duquesne University Press, 1984, 224 p.
Cet essai, le premier d'une trilogie, tente de définir une « Image
de l'homme ». Un scientifique ne trouvera rien se rapportant à la psy
chologie scientifique contemporaine, si ce n'est une rapide critique du
travail de B. F. Skinner dans la seconde partie du livre. Le travail de
l'auteur repose sur son intuition alimentée par ses réflexions portant
successivement sur le psychologisme de Sigmund Freud et sur celui bien
différent de C. G. Jung, réflexions centrées sur la recherche de soi. Par
la suite les autres sources sont la psychothérapie existentielle de Rollo
May, la phénoménologie de J.-P. Sartre et l'analyse de
von Weizsäcker, Boss et Binswanger. ■
Psychologie générale 613
Ce qui apparaît important à l'auteur dans la construction de l'image
humaine c'est le dialogue avec autrui, le Toi et le Moi, beaucoup plus
que l'affrontement de l'être avec l'univers et les objets. Ainsi Maurice
Friedman souligne l'importance de la famille utilisant les notions de
Pseudo-mutualité (Wynne) et de Parentification (Boszormenyi-Nagy).
La dernière partie du livre est orientée vers l'apport de la littérature
dans la découverte des composantes : liberté personnelle et pulsion
psychologique, relation père et fils, crise de la motivation, sexe et
amour, honte, culpabilité et vérité existentielle ; tout ceci est traité en
survolant les œuvres de philosophes et romanciers, Melville, Dostoievsky,
Kafka, etc.
Ainsi cette psychologie contemporaine n'est qu'un survol de « l'image
humaine » sans approfondissement, ce qui justifie bien le sous-titre
« Revealing and obscuring the human ».
G. Oléron.
Ruch (J.-C). — Psychology : the personal science, Belmont (ca), Wads-
worth publishing company, 1984, 674 p.
Il s'agit là d'un manuel d'abord relativement facile qui devrait
séduire les étudiants tant par l'aspect concret de son contenu que
par sa présentation riche en illustrations : photographies d'expériences,
de mimiques émotives, de comportements de groupe, etc., même les
graphiques paraissent agréables.
Au départ le sous-titre « The personal science », pourrait surprendre
car à l'exception d'un chapitre portant sur le développement et les
différences individuelles, ce traité se présente comme une initiation à
la psychologie générale. Mais on s'aperçoit vite que la préoccupation
principale de l'auteur réside dans les applications techniques de la et, à ce niveau s'il n'est pas question de la dimension morale
de la personne, par contre l'intérêt de l'individu est situé en premier
plan.
La tendance générale de ce livre est skinérienne. On y prend même
d'une manière amusante la défense de Skinner qui aurait traumatisé sa
fille en l'installant dans un lit de verre suspendu, favorable au meilleur
des conditionnements. Cette fille n'est pas folle comme ont osé le
prétendre les détracteurs de Skinner, c'est au contraire une grande
artiste. La querelle Chomsky-Skinner est vite liquidée : les expériences
sur les signes montreront que Chomsky a tort.
Le cognitivisme lui-même, qui vise l'étude de fonctions plus comp
lexes que celles abordées par le behaviorisme classique n'est qu'un
prolongement de ce dernier puisqu'il est basé lui aussi sur l'apprentissage.
La psychologie est trop jeune, mais surtout son domaine est trop
riche et trop varié pour dépasser le plan des faits. Il faut suivre Skinner
là encore, et se garder des théories séduisantes mais aussi décevantes.
L'important semble être la portée pratique des faits expérimentés. 614 Analyses bibliographiques
Les psychologues en herbe, plus soucieux d'acquérir rapidement
un métier plutôt qu'une culture générale devraient y trouver leur
compte, d'autant plus qu'il faut bien reconnaître l'intention généreuse
et, en un sens optimiste, d'un ouvrage qui sans nier totalement l'instinct
le place bien en dessous de l'apprentissage.
D. Chevroton.
Garnham (A.). — Psycholinguistics : central topics, Methuen, Londres,
1985, 269 p.
Ecrit dans un style clair et précis l'ouvrage de Garnham constitue
une excellente introduction à la Psycholinguistique. L'auteur examine
d'une manière succincte mais très satisfaisante l'état actuel de la
recherche dans les principaux domaines de la Psycholinguistique.
Ainsi, des chapitres spécifiques sont consacrés à l'identification des
mots, au calcul de la structure syntaxique des énoncés, à la signification
des mots, à la compréhension du discours et de textes et enfin à la
production du langage. Les données expérimentales relatives à ces
différents domaines sont interprétées et discutées dans le cadre des
modèles théoriques récents. Dans un chapitre particulier portant sur
l'organisation du système de traitement du langage l'auteur soulève
le problème du degré d'autonomie des différentes composantes li
nguistiques.
Il faut signaler enfin que Garnham s'est tenu à une définition très
restrictive de la Psycholinguistique qui exclut de son champ d'investi
gation les domaines de l'acquisition et du développement du langage.
J. Segui.
Kieras (D. E.) et Just (M. A.). — New methods in reading comprehens
ion research, Hillsdale (nj), Londres, Lawrence Erlbaum, 1984,
378 p.
Cet ouvrage rassemble les communications faites lors d'un colloque
qui s'est tenu à l'Université d'Arizona en 1981. Son ambition est de
faire le point sur les nouvelles techniques d'investigation — principal
ement en temps réel — des mécanismes cognitifs qui interviennent lors
de la lecture, mais également de s'interroger, comme le fait Carpenter
dans un chapitre introductif , sur la nature et l'exploitation des informat
ions recueillies. Ainsi une large place est-elle consacrée à la descrip
tion des procédures utilisées (enregistrement des mouvements oculaires,
Auto-Présentation Segmentée — aps — , rsvp et temps de réaction à
une cible, protocoles verbaux) et aux problèmes que pose l'interpré
tation des résultats obtenus, notamment en ce qui concerne la nature
de la relation entre les temps observés et les processus cognitifs sous-
jacents.
Deux chapitres sont consacrés à l'enregistrement des mouvements Psychologie générale 615
oculaires (Rayner et Carroll ; Just et Carpenter), technique qui permet
sans conteste l'observation la plus fine et précise de la façon dont le
lecteur distribue ses fixations oculaires sur le texte.
La technique aps, où le lecteur se présente les composants successifs
du texte (en mot à mot ou par trois mots à la fois), présente l'avantage
d'une grande simplicité de mise en œuvre ; Aaronson et Ferres en
témoignent. Leur enthousiasme, parfois militant, en faveur de cette
méthode est cependant équilibré par le très bon chapitre de Mitchell
qui discute des effets de « débordement » des temps de lecture d'un mot
sur le suivant.
aps est également utilisée, dans la version où le texte est présenté
phrase par phrase, afin d'analyser les relations entre temps de lecture
et scores de compréhension (Graesser et Riha) ou d'étudier l'impact du
schéma dans la lecture de textes narratifs (Haberlandt) ; dans ces deux
chapitres les résultats sont analysés par la méthode des régressions
multiples (dont les principes et les limites d'utilisation sont discutés
dans le chapitre de Knight), afin d'évaluer le poids respectif des dif
férentes variables linguistiques et textuelles prises en compte.
En complément de ces techniques d'investigation directe, le chapitre
de Mary Potter offre une excellente présentation de plusieurs utilisations
de la procédure rsvp (Présentation visuelle sérielle et rapide), dont le
principe consiste à limiter le temps de lecture du matériel et d'en éva
luer les effets sur les erreurs de rappel, par exemple. Dans le même
ordre d'idée, McKoon et Ratcliff utilisent les temps de réaction à une
cible présentée à différents endroits d'un texte, afin de mettre en évi
dence la disponibilité de certains « concepts » et l'organisation de la
mémoire de travail.
La technique de recueil de protocoles verbaux fait l'objet de deux
communications (Olson, Duffy et Mack ; Black, Galambos et Reiser) ;
que ce soit en demandant au lecteur simplement de penser à voix
haute ou en lui posant des questions, l'objectif est alors de mettre en
évidence des activités d'inférence et de prédiction dans la lecture de textes.
Enfin, les trois derniers articles sont réservés aux travaux plus
spéculatifs de simulation de modèles de compréhension sur ordinateur
(Kieras ; Miller ; Just et Thibadeau).
La diversité des démarches adoptées, des points de vue défendus
et des résultats présentés font de cet ouvrage une excellente source
d'inspiration.
D. Zagar.
Denhière (G.). — // était une fois... Compréhension et souvenir de
récits, textes traduits et présentés par G. Denhière, Lille, Presses
Universitaires de Lille, 1984, 407 p.
S'il est un domaine qui connaît depuis dix-quinze ans un dévelop
pement considérable, c'est bien celui dénommé parfois de façon rapide Analyses bibliographiques 616
« le traitement des textes ». S'y rencontrent, de manière encore trop
peu confirmée, des psychologues cognitivistes, des pédagogues, des
linguistes, des spécialistes de l'intelligence artificielle. Ont ainsi surgi
au cours des récentes années, des notions, des concepts, des modèles,
des problématiques nouvelles ou pseudo-nouvelles, des paradigmes
off line ou on-line, des méthodes d'analyse complexes... dont il est
actuellement prématuré de faire un bilan critique.
L'objectif de G. Denhière est plus limité, tout en étant déjà ambi
tieux. Par traitement de texte, il entend « l'étude expérimentale des
structures mentales et des activités psychologiques mises en œuvre
dans deux grands types de conduites : la lecture, la compréhension, la
mémorisation et la production de textes et, d'autre part, l'acquisition
de connaissances véhiculées par des textes ».
L'ouvrage comporte trois parties. La seconde en constitue l'essentiel :
traduction de sept articles regroupés en trois chapitres :
— Dans le chapitre I, intitulé « Microstructure, macrostructure
sémantique et superstructure narrative », sont présentés les articles
de Van Dijk (1977), de Kintsch et Van Dijk (1978), de Miller et Kintsch
(1980). Le chapitre II est consacré aux grammaires de récit avec les
contributions de Mandler et Johnson (1977), de Johnson et Mandler (1980)
et celle de Black et Bower (1980) qui critiquent les grammaires de récits
avant de proposer que la compréhension d'un récit soit vue comme
une activité de résolution de problèmes. L'article de De Beaugrande
(1981) sur « les critères d'évaluation des modèles du processus de lec
ture » constitue à lui seul le chapitre III. Un lexique termine cette partie.
Ces articles sont précédés d'une introduction de 30 pages environ
(première partie), dans laquelle G. Denhière précise les notions de
représentation sémantique d'un texte, de structure mentale, de processus
avant de présenter de manière assez détaillée l'analyse predicative,
technique souvent utilisée afin de coder le contenu sémantique d'un texte.
Enfin la troisième partie est une bibliographie d'ouvrages (une
centaine) et d'articles (300) regroupés en thèmes, publiés en langue
anglaise, mais aussi en langue française, entre 1975 et 1982.
Certes, en faisant des choix l'auteur a pris des risques. Ces choix sont
évidemment liés à ses propres perspectives de travail ; la représentat
ivité des articles traduits peut être contestée. La bibliographie est
à la fois non exhaustive et large, incluant des travaux ne traitant pas
directement du traitement des textes. Il n'en reste pas moins que ce
livre sera très utile aux chercheurs en psychologie qui veulent s'initier
à un domaine assez nouveau, aux enseignants qui ne peuvent ignorer
ce secteur, aux étudiants avancés, mais aussi aux pédagogues, aux lin
guistes, aux informaticiens désireux de connaître quelle approche la
psychologie cognitive adopte face à des questions importantes qui les
intéressent de très près.
M. F. Ehrlich. H.
Psychologie générale , oo :-: '-''"' 617
Paillard (J.) (Edit.). — La lecture sensorimotrice et cognitive de l'expé
rience spatiale, Paris, Ed. du cnrs, 1985, 225 p.
Cet ouvrage contient les textes des communications présentées au
4e Forum-Espace organisé à I'inp de Marseille sous la direction de
J. Paillard. Ce colloque a réuni Psychologues, Physiologues et Neuro-
physiologues pour étudier les aspects cognitifs et sensorimoteurs de
l'organisation spatiale des comportements moteurs.
Un exposé introductif de J. Paillard précise le thème des débats et
les questions qu'il suscite.
L'organisme accède à certaines propriétés spatiales (distance, direc
tion, orientation...) par l'intermédiaire de différents équipements sensori
moteurs auxquels correspond, selon la modalité sensorielle utilisée
(vision, proprioception, toucher...) et selon l'instrument moteur mobilisé
(déplacement de l'œil, de la tête, du corps...), une pluralité de « structures
d'espace ». Ceci justifie que l'on s'intéresse au mode de fonctionnement
de chacun de ces sous-espaces, à leur coordination et à leur construction
ontogénétique.
Les 22 contributions destinées à répondre à ces questions sont
regroupées en fonction du type d'espace étudié : espace céphalo-oculo-
moteur, espace visuo-manuel, espace locomoteur et géographique.
Chacune de ces parties comporte des rapports de synthèse et quelques
illustrations expérimentales. Il n'est pas possible ici d'analyser ni même
de citer l'ensemble des contributions. Le contenu des rapports de syn
thèse donne toutefois un bon aperçu des thèmes étudiés :
— Espace céphalo-oculomoteur : les codages spatiaux dans l'ajustement
des mouvements des yeux (A. Lévy-Schoen et J. M. Findlay), les
mécanismes physiologiques du contrôle des coordinations des mouve
ments de l'œil et de la tête (A. Roucoux et M. Crommelinck) ;
— Espace visuo-manuel : les structures nerveuses centrales responsables
de la spécification et de l'organisation des paramètres spatiaux du
mouvement (D. Beaubaton), analyse du développement du contrôle
visuel de l'atteinte d'objet chez le nourrisson (S. de Schonen et
F. Bresson) ;
— Espace locomoteur : approche comportementale de la locomotion
chez l'animal et chez l'homme : données neurophysiologiques,
adaptation aux contraintes spatiales, anticipation et orientation des
déplacements (J. Pailhous et F. Clarac) ;
— • Espace géographique : les processus cognitifs lors de mouvements de du corps dirigés vers un objectif connu mais non
directement perçu (J.-C. Lepeck et M. -G. Pècheux), mécanismes de
l'orientation lointaine lors d'un retour au gîte de l'animal.
En guise de conclusion, J. Paillard présente quelques « remarques
terminales » sur l'encodage sensorimoteur et cognitif des données spatiales.
Les notions de contrôle conscient, attentionnel, intentionnel, opposées Analyses bibliographiques 618
conventionnellement à celle d'automatisation du fonctionnement ne
peuvent distinguer qu'imparfaitement ces deux modes de traitement.
Ceux-ci correspondraient plutôt, selon les acquis récents des Neuros
ciences, à deux formes de dialogue entre l'organisme et son environne
ment : l'un direct, alimenté par les informations fournies par les boucles
externes sensorimotrices, l'autre indirect opérant sur les représentations
de l'environnement que l'appareil cognitif a constitué dans ses mémoires.
La nécessité pour l'organisme d'avoir une représentation globale et
cohérente de l'espace pose donc également le problème des rapports
entre ces deux modes de lecture de l'expérience spatiale.
La qualité des contributions, l'intérêt et l'étendue des thèmes
étudiés confirment s'il en était besoin l'importance scientifique de ces
réunions interdisciplinaires. Depuis 1971 l'organisation des Forums-
Espace en constitue un bon exemple et représente une initiative qu'il
convient de poursuivre.
J.-P. Orliaguet.
Sternberg (R. J.). — Beyond IQ. A triarchic theory of human intell
igence, Cambridge, Cambridge University Press, 1985, 411 p.
La théorie « triarchique » de Sternberg est constituée de trois « sous-
théories ». La première, qu'il insère dans le courant contextualiste,
caractérise l'intelligence par ses rapports avec l'environnement (adap
tation à celui-ci, modification le cas échéant). Corrélativement, elle
relativise qui ne peut être traitée indépendamment du
contexte, par exemple du type de culture dans lequel elle s'exerce et
s'est développée. La seconde considère les caractéristiques des objets
(des expériences) qu'elle traite : ce sont essentiellement les situations
nouvelles. Elle souligne aussi l'importance de l'automatisation du
traitement (qui permet de maîtriser celles qui sont trop complexes). La
troisième est « componentielle », c'est-à-dire qu'elle analyse l'intelligence
en un certain nombre de composantes. Cette approche est particulièr
ement importante chez Sternberg qui lui a consacré de nombreux travaux.
C'est l'analyse componentielle qui est la base des chapitres où
Sternberg traite des deux formes de raisonnement, induction puis
déduction, auxquelles il a consacré une large part de ses recherches.
Les deux chapitres consacrés à l'acquisition de la compréhension
verbale et à l'exercice de cette compréhension sont également influencés
par l'approche componentielle.
Si l'on relève encore que Sternberg consacre un chapitre (bref,
il est vrai) à l'intelligence sociale et à l'intelligence pratique, deux
chapitres aux implications de sa théorie pour comprendre les cas
exceptionnels (sujets doués et retardés) et les tests d'intelligence et
qu'il commence par un chapitre d'introduction sur les théories de
l'intelligence et termine par un appendice méthodologique sur l'analyse
componentielle, on aura un aperçu de la richesse de l'ouvrage. D'autant Psychologie générale 619
que celui-ci se présente dans un esprit que l'on pourrait qualifier d' « œcu
ménique ». Sternberg s'exprime vigoureusement sur la stérilité des
débats dans lesquels s'affrontent des conceptions dont l'une veut à
tout prix l'emporter sur l'autre. Constamment il cherche à définir
en quoi les concepts qu'il utilise se rapportent à ceux que d'autres
ont utilisé antérieurement dans des perspectives théoriques et méthodol
ogiques différentes. On a d'ailleurs remarqué dans la présentation
ci-dessus l'intégration de certaines notions classiques. C'est, d'une façon
générale, le souci d'intégrer (et de systématiser) les données et analyses
consacrées à l'intelligence qui caractérise l'esprit de l'ouvrage.
Intégration réalisée cependant aux dépens du qi, des tests censés le
mesurer et des développements qui l'ont pris pour base. Le qi figure
dans le titre de l'ouvrage (la théorie triarchique ne vient qu'en sous-titre)
et il est présenté dans l'édition brochée en caractères énormes, ce
rtainement pour des raisons publicitaires (le qi doit se vendre encore
bien aux Etats-Unis, même après ou à cause des attaques dont il a fait
l'objet). Mais dans le texte il est réduit à la portion tout à fait congrue,
confirmant, en accord avec le titre, qu'il est, pour Sternberg, dépassé.
A ce titre l'ouvrage indique une orientation typique de la psychologie
actuelle de l'intelligence où la foi dans les méthodes et les résultats
de la psychométrie est dépassée. Mais non pas la foi dans la
de laboratoire dont relève l'analyse componentielle. On a vu l'impor
tance qu'elle prend dans l'ouvrage, importance que ne contrebalance
pas la « sous-théorie » contextuelle, laquelle n'entre guère dans les détails.
Le talent de Sternberg pour présenter clairement et analytiquement
un domaine de concepts relativement complexes, qui se prêtent à des
propos confus autant que dogmatiques, doit être apprécié à sa pleine
valeur. Il contribue à l'intérêt de l'ouvrage.
P. Oléron.
Sloboda (J. A.). — The musical mind : the cognitive psychology of
music, Oxford, Clarendon Press, 1985, 291 p.
Voilà un livre qui peut paraître ambitieux mais dont l'ambition fait
plaisir, d'abord parce qu'on y parle réellement de musique et non de sons,
ensuite parce que la plupart des activités musicales y sont évoquées avec le
souci de leur garder leur richesse. Ainsi, même lorsque les données expéri
mentales manquent (ce qui est surtout le cas pour l'étude de la compos
ition et de l'improvisation), le recours aux observations, témoignages
ou données d'archives permet à l'auteur de compléter le panorama qu'il a
voulu tracer. Vaste panorama.
L'auteur s'est intéressé à l'exécution de la musique (chap. 3) essen
tiellement par le biais de la lecture à vue au piano, ce qui limite la quest
ion, mais il y aborde l'étude des variations expressives aussi bien que la
nature des habiletés des experts. La composition et l'improvisation
(chap. 4) sont étudiées en tant que processus et pas seulement par l'ana- 620 Analyses bibliographiques
lyse des produits. Les chapitres 5 et 6, plus traditionnels, présentent
respectivement l'écoute de la musique (avec les limites de l'attention
et de la mémoire), les apprentissages musicaux et le développement
génétique. Le livre se termine par des considérations et analyses que l'on
aurait pu souhaiter plus approfondies sur les aspects culturels et bio
logiques des déterminants des capacités musicales.
Ces études sont difficiles mais combinent adroitement hypothèses,
prospectives et données, le tout avec une cohérence de la pensée tout à
fait séduisante. Les idées principales présentées dans les deux premiers
chapitres guideront tous les développements ultérieurs. Sous le titre un
peu trompeur de Music, language and meaning, l'auteur part de la
comparaison assez classique entre musique et langage pour tenter de
jeter les bases d'un modèle formel de la musique (inspiré de Chomsky
d'une part et de Schenker d'autre part) où l'on distingue des structures
profondes et de surface, des constituants élémentaires, des règles de
transformation (métriques, harmoniques, tonales) obligatoires et facul
tatives.. . règles valables en tout cas pour un corpus particulier de données :
le sytème tonal. L'attention est attirée sur les différences bien sûr d'avec
la linguistique et en particulier sur le rôle spécial de la violation des règles
« syntaxiques » dans la composition musicale. Ce souci de formalisation et
d'analyse structurale se retrouve dans tout le livre, appliqué aussi bien
au matériau musical qu'aux comportements étudiés, et justifie plein
ement le sous-titre de « Psychologie cognitive de la musique ».
L'auteur dans sa préface déclarait vouloir combler le fossé qui sépare
musiciens et psychologues lorsqu'ils traitent de musique, fossé dû
à des raisons de compétence respective mais aussi au cantonnement
trop fréquent des à des aspects trop périphériques des
comportements et trop artificiels et parcellaires, du matériau musical
utilisé. Nul doute que le psychologue et musicien qu'est J. A. Sloboda a su
par ce livre se faire entendre de tous et contribuer ainsi, sinon à combler
ce fossé, du moins à jeter d'excellentes passerelles.
C. Gérard.
Baltes (P. B.) et Brim (0. G.) (Edit.). — Life-span development and
behavior, vol. 6, Orlando, New York, Academic Press, 1984, 412 p.
Comme les précédents volumes de cette série, l'ouvrage réunit des
contributions importantes sans pour autant se focaliser sur un thème
plus restreint. On y trouve donc des articles disjoints qui, cependant,
forment un ensemble tout à fait démonstratif de courants de recherche
très peu développés en France.
Les deux premiers chapitres sont des chapitres théoriques : l'un,
de J. Brandstädter, développe une théorie du rôle de l'action dans
l'évolution au long de la vie du contrôle personnel et social ; l'autre,
de P. Baltes, F. Dittman-Kohli et R. A. Dixon, fait le point sur les perspec
tives actuelles concernant le développement de l'intelligence à l'âge adulte.

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