Psychologie générale - compte-rendu ; n°4 ; vol.87, pg 603-615

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L'année psychologique - Année 1987 - Volume 87 - Numéro 4 - Pages 603-615
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1987
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1987 vol. 87, n°4. pp. 603-615.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1987 vol. 87, n°4. pp. 603-615.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1987_num_87_4_29240L'Année Psychologique, 1987, 87, 603-635
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Pylyshyn (Z. W.). — Computation and cognition, toward a foundation
for cognitive science, Cambridge (ma), The mit Press Paperback,
1986 (Edition originale : 1984), 292 p.
The mit Press viennent de rééditer cet ouvrage célèbre dans un
format de livre de poche. Le titre propose une réflexion d'ordre épisté-
mologique sur ce qu'il est convenu d'appeler outre-Atlantique et
outre-Manche la science cognitive, noyau commun de nombreuses
disciplines telles que la psychologie, l'intelligence artificielle, la logique,
la philosophie, la linguistique, etc. En réalité le propos concerne
spécifiquement la psychologie. Il s'insère clairement dans le courant
de la « philosophie de l'esprit », aux côtés d'autres ouvrages tels que ceux
de Dennett ou de Fodor.
L'auteur se concentre sur une distinction entre deux niveaux expli
catifs irréductibles des processus cognitifs : le niveau des représentations,
des croyances et des intentions et le niveau de l'architecture fonctionn
elle qui les met en œuvre grâce à des ressources de calcul. La distinction
est motivée par le fait que les classes d'équivalence que permettent de
définir ces niveaux d'explication ne se recouvrent pas. Un même méca
nisme considéré au niveau de l'architecture fonctionnelle peut mettre
en œuvre des processus cognitifs très différents, tout comme un même
processus cognitif peut être mis en œuvre de différentes façons.
En proposant cette distinction, l'auteur admet néanmoins que
certaines activités ne puissent trouver leur explication qu'au niveau
de l'architecture fonctionnelle. Il s'agit des activités « cognitivement
impénétrables » qui ne peuvent être altérées par des changements de
croyances ou d'intentions. Par ailleurs, des interactions entre les
contraintes propres à chaque niveau explicatif sont considérées. 604 Analyses bibliographiques
Autour de cette idée centrale, l'auteur présente un certain nombre
de réflexions sur :
— le rôle explicatif des représentations ;
— la pertinence de la formalisation des processus cognitifs en termes
de calcul ;
— la relation entre un modèle informatique et les processus cognitifs
qu'il représente : la simple simulation du comportement est di
stinguée d'une recherche d'équivalence forte entre modèle et pro
cessus ;
— les contraintes propres au niveau cognitif et les règles de passage
de l'information de l'architecture fonctionnelle à la cognition ;
— les processus analogiques et l'imagerie mentale.
Malgré sa célébrité, ce livre n'est pas exempt d'imperfections qu'on
aurait aimé voir corrigées pour la diffusion plus large d'un livre de
poche.
L'exposé se situe à un niveau très général et ne se réfère que très
peu à des recherches concrètes, tout au plus celles de l'auteur et de ses
collègues sur l'imagerie. Un meilleur appui sur des recherches aurait
permis, non seulement d'illustrer le propos, mais aussi de mieux
convaincre.
Le langage de l'exposé est très obscur et induit même quelquefois
en erreur, dans la mesure où certains termes sont utilisés dans un sens
contraire à celui couramment admis, même dans le domaine considéré.
C'est ainsi par exemple que le terme d'architecture fonctionnelle se
réfère au substrat dans lequel sont mises en œuvre des fonctions de haut
niveau, alors qu'on a coutume d'employer ce terme pour parler just
ement des fonctions, indépendamment de leurs mises en oeuvre parti
culières.
Dans une très large mesure, l'auteur ne fait que développer des
idées déjà anciennes et présentées plus clairement, ainsi que de façon
plus documentée, dans des ouvrages publiés antérieurement. Il en va
ainsi de l'excellent travail de Margaret Boden, publié en 1977 sous le
titre Artificial intelligence and natural man. On ne peut que recom
mander à un étudiant la lecture de cet ouvrage pour fourbir ses armes
avant de s'engager dans ce texte tortueux de Pylyshyn et de bénéficier
des développements complémentaires qui y sont introduits.
J.-M. Hoc.
Bronckart (J. P.), Bain (D.), Schneuwly (B.), Davaud (C.) et Pasquier
(A.). — Le fonctionnement des discours : un modèle psychologique
et une méthode d'analyse, Neuchâtel, Paris, Delachaux & Niestlé,
1985, 175 p.
Bronckart et ses collaborateurs de Genève publient là un ouvrage
dont la thèse ambitieuse, résumée dans l'avant-propos, consiste à tenter Psychologie générale 605
de montrer que « Aux catégories de contextes correspondent des types
de textes (ou genres de discours) qui se caractérisent par une organisa
tion spécifique et par une distribution spécifique d'unités linguis
tiques » (p, 8).
La première partie de l'ouvrage trace un exposé de la théorie d'en
semble. Elle se décompose en trois chapitres. Le premier concerne
les unités linguistiques de surface et la méthode sous-tendant leur
prise en compte. Le deuxième traite de Pextralangage, du référentiel
et du contexte. Il s'agit de répondre à la question de la sélection et de la
définition des paramètres de l'extralangage. Le troisième aborde le
problème des opérations langagières universelles (p. 38) articulées selon
trois catégories : de contextualisation ; opérations de structu
ration (ancrage, repérage, planification) ; opérations de textualisation
(connexité, cohésion, modélisation).
La deuxième partie cherche à mettre en correspondance certains
paramètres de la situation de production avec des types de réalisations
textuelles. Dans ce but, le quatrième chapitre définit de manière précise
des conditions polaires de de texte (p. 63) et délimite une
liste d'unités linquistiques de surface destinées à permettre une analyse
des textes (en fait, les principes et la méthode d'analyse sont présentés
d'une manière extensive dans une troisième partie ayant un peu le
statut d'annexés ; cf. p. 145 à 167). Enfin, les chapitres 5 et 6
consistent en un exposé des principaux résultats.
Le cinquième chapitre concerne les textes archétypiques, c'est-à-dire
particulièrement caractéristiques des situations de production. Les
auteurs fournissent à la fois les références précises des corpus, les résul
tats statistiques et un certain nombre de commentaires. L'étude descrip
tive menée à l'aide de la technique de l'analyse discriminante fait
clairement apparaître trois « nuages » de textes correspondant aux trois
types attendus : narration, discours théorique, discours en situation.
On pouvait donc s'attendre à ce que des conditions de production inter
médiaires s'associent à des configurations de marques occupant sur les
axes factoriels des positions elles aussi intermédiaires. Or, le sixième
chapitre révèle, à travers les résultats obtenus aux différents autres
types de textes (pédagogique, politique, editorial, journal de voyage,
récit de vie), que les choses ne sont pas aussi simples. C'est là l'occasion
pour les auteurs de revenir sur leurs hypothèses et leur méthode
d'approche.
La conclusion du sixième chapitre ouvre des perspectives de recherche
II y est notamment souligné (p. 137) que la poursuite des travaux vise
et visera à la « définition d'opérations cognitives et langagières ». Une
façon pour les auteurs de rappeler que leur démarche se situe bien dans
le cadre de la psychologie cognitive.
Bronckart et ses collaborateurs nous donnent donc là un ouvrage
original et qui apparaît comme une étape dans une dynamique de 606 Analyses bibliographiques
recherche dont il constitue à la fois un élément de base et de synthèse. A
lire attentivement si l'on s'intéresse à la psychologie du langage. Un
seul regret : le caractère serré de la typographie rend peu facile une
lecture déjà ardue.
M. Fayol.
Fayol (M.). — Le récit et sa construction, Neuchâtel, Delachaux &
Niestlé, 1985, 159 p.
Ce livre de Michel Fayol est excellent. En moins de 200 pages d'un
style on ne peut plus clair et précis, ce livre offre en effet à la fois une
très remarquable synthèse des acquis principaux des divers travaux
consacrés au récit, et une esquisse intelligente des voies de recherche
à venir. En un mot, c'est le type même de livre qu'on regrette de ne pas
trouver plus souvent sur d'autres sujets.
Les chapitres 1 et 2 sont consacrés à la définition du récit. M. Fayol
y rappelle que le récit peut être défini par opposition à d'autres formes
discursives, ou défini plus positivement par des caractéristiques propres
d'organisation interne. Il souligne à cet égard la convergence des ana
lyses littéraires et linguistiques : en fin de compte, tout récit implique
l'élaboration d'une organisation relativement stéréotypée et abstraite,
elle-même fondée sur une représentation cognitive des événements et de
leurs relations. Ces deux chapitres portent en germe quelques-unes des
questions les plus importantes qui seront développées dans la suite de
l'ouvrage. En effet, on ne peut parler de représentation cognitive sans
se poser la question de la linéarisation — narrative — de cette repré
sentation : quelles sont les opérations mentales que met en œuvre le
narrateur ? Ces opérations ne sont évidemment pas directement acces
sibles ; nous n'en pouvons saisir que des traces dans le produit fini
que constitue le récit : repérer ces traces et leur donner un sens exigent
un important travail.
Les chapitres 3, 4 et 5 développent quelques aspects de ces questions,
d'une manière qui privilégie l'approche cognitive. M. Fayol rappelle tout
d'abord (chap. 3) les travaux-princeps relatifs à la mémorisation de
textes, travaux qui ont par ailleurs présidé à la naissance de la notion de
« schéma ». M. Fayol discute ensuite (chap. 4) de la réalité cognitive
de cette notion, et élargit cette discussion en considérant (chap. 5) les
éclairages que peut apporter l'Intelligence artificielle. Après un chapitre 6
qui fait le point des questions relatives à l'acquisition du récit, M. Fayol
rassemble les arguments qui conduisent aujourd'hui à la contestation
de la notion de schéma narratif (chap. 7). Un certain nombre de faits
indiquent en effet que les sujets disposent en mémoire de données bien
plus précises et détaillées que celles dont témoignent leurs reproductions ;
on peut donc penser que les simplifications observées au rappel sont
dues non pas à un filtrage des informations d'entrée ou à une réorgani
sation lors du stockage, mais à l'accessibilité plus ou moins grande des Psychologie générale 607
éléments. Sans doute, comme le souligne justement M. Fayol, ces
observations n'ôtent pas toute validité à la notion de schéma ; elles
conduisent néanmoins à limiter la pertinence cognitive de cette notion,
qui reste, faut-il le dire, particulièrement floue.
Comme l'indique J.-P. Bronckart dans la préface de l'ouvrage, les
deux derniers chapitres sont très clairement tournés vers l'avenir : ils
conduisent le lecteur aux frontières de l'inconnu. En fait, l'intérêt
quasi exclusif pour la structure sous-jacente hypothétique des récits a
fa't oublier les problèmes que pose l'utilisation, en compréhension et
production, de marques linguistiques faisant d'un texte autre chose
qu'un « tas » de phrases. Sous le titre de « Problèmes de la mise en texte »
(chap. 8), M. Fayol examine quelques-unes des procédures d'utilisation
d'unités linguistiques spécifiquement textuelles : celles qui contribuent
à assurer la continuité thématique et la cohésion textuelle, et celles
qui s'associent à la progression narrative. Le dernier chapitre (chap. 9),
tout en discutant des rapports compréhension vs production de récits,
esquisse un modèle interactif de la (articulant des pro
cessus de traitement ascendant et descendant), et un modèle de la pro
duction de récits articulés sur les notions de gestion de la narration et
d'ancrage textuel.
Je n'ai qu'un seul regret : l'édition proprement dite de l'ouvrage
(mise en pages, choix des caractères, etc.) est abominablement triste,
vieillotte et misérable.
M. Hupet.
Rickheit (G.) et Strohner (H.) (Edit.). — Inferences in text processing,
Amsterdam, North- Holland, 1985, 338 p.
L'ouvrage présente collectivement une évaluation de l'état des
recherches dans le domaine des inferences dans le traitement des textes.
Concept d'intérêt croissant, l'inférence concerne concurremment les
linguistes, les psycholinguistes et également les chercheurs en intell
igence artificielle.
L'inférence dont il est question consiste en la génération d'informat
ions nouvelles à partir d'informations anciennes dans un contexte
donné ; l'information ancienne étant ici textuelle. D'où il apparaît
clairement que compréhension du discours implique inferences, alors
que bien entendu la réciproque est fausse, puisque la compréhension
n'est pas une activité uniquement inférentielle.
Dans un long chapitre introductif, Rickheit, Schnotz et Strohner
explicitent avec beaucoup de clarté ce qu'est l'inférence, de quoi on
la distingue, quel est son rôle, comment on l'étudié, etc. Ils préparent
le lecteur en posant les questions de fond aux trois parties qui suivent.
L'aspect représentationnel est traité en premier. On s'intéresse à
la structure cognitive produite à partir du traitement du texte et à celle
produite par le sujet à partir de celle-ci. En d'autres termes, on cherche Analyses bibliographiques 608
à donner une représentation de la représentation psychologique de
l'information traitée et inférée.
Une seconde partie se centre sur les aspects procéduraux. C'est-à-dire
le processus inférentiel lui-même et principalement son déroulement
sur l'axe du temps.
La dernière partie traite des aspects contextuels de l'inférence,
à savoir de sa dépendance vis-à-vis des différents types de textes et de
leur organisation, et des effets de modalités.
Au total, on obtient un tour d'horizon diversifié (malgré un thème
ultra spécifique) sur la recherche dans le domaine des inferences ;
tour d'horizon qui nous stimule curieusement plus dans la direction
de la représentation des connaissances que dans celle de la compréhens
ion de texte. En effet, sans modèle de représentation des connaissances,
comment envisager de décrire des processus se situant en aval de cette
question ?
M. Delafoy.
Perfetti (G. A.). — Reading ability, New York, Oxford University
Press, 1985, 277 p.
Après présentation des capacités de lecture (accès lexical, compréhens
ion) du sujet dans une perspective psycholinguistique, Perfetti aborde
le problème des différences individuelles dans la lecture et consacre
les deux derniers chapitres à cet apprentissage.
Dans l'ensemble de l'ouvrage, les données expérimentales sont
clairement présentées ; on ressent que l'auteur participe lui-même de
façon très active au développement de ce champ de recherche. Deux pro
cessus fondamentaux interviennent dans les capacités de lecture (accès
lexical - compréhension).
L'accès lexical permet de trouver un mot en mémoire à long terme.
Il initialise le processus d'encodage sémantique par rapport au contexte
ainsi que les d'activation phonétique.
Dans les de compréhension, il faut distinguer deux compos
ants :
— Les processus locaux qui construisent des unités de signification
élémentaire du texte. Ils comprennent l'encodage sémantique des mots
et l'assemblage en propositions. Ce processus prend place avec une
mémoire de travail à capacité limitée. L'encodage procède
en deux phases : d'une part l'accès au lexique active toutes les signi
fications associées avec le mot. La signification appropriée reçoit plus
d'activation et est sélectionnée pour l'encodage. D'autre part, l'enco
dage de la signification appropriée après l'activation doit être influencé
par un principe d'ordre construit dans la représentation sémantique.
— Text modeling où le lecteur, après le traitement des mots et des
propositions, encode ces propositions dans le contexte de connaissance Psychologie générale 609
(concepts, inferences, connaissance organisatrice (schéma) et connais
sance générale du monde). Le lecteur combine de telles connaissances
avec les processus locaux pour former une représentation de la signi
fication du texte.
Ces deux systèmes (accès lexical - compréhension) travaillent
ensemble. Ils sont liés par un encodage sémantique, la compréhension
de la signification du mot dans son contexte.
Les différences individuelles se situent essentiellement dans les
processus de bas niveau (accès lexical et processus locaux de comp
réhension). Le trait dominant de l'ouvrage est sans doute l'apport d'un
cadre théorique pour expliquer de telles différences individuelles : Verbal
efficiency theory. Cette théorie présente un modèle de lecture efficace,
dans lequel la construction d'une représentation de texte dépend de
l'assemblage et de l'intégration des propositions en mémoire de travail
(processus locaux de compréhension) : ainsi ce sont les facteurs qui
contribuent à l'encodage de ces qui affecteront la lecture
comprehensive. L'accès lexical est considéré comme le premier facteur
à devenir hautement efficace. Cette théorie n'implique pas que le
lecteur soit totalement à la merci des processus de bas niveau. Les pro
cessus de lecture sont interactifs ; certains peuvent compenser des
cessus de bas niveau inefficaces.
Dans les derniers chapitres où l'apprentissage de la lecture est abordé,
l'auteur insiste sur l'enseignement du décodage et sur le fait que l'auto-
maticité de ce processus soit indispensable afin de parvenir à une
lecture efficace.
L'ouvrage est clair, bien centré sur son objectif. Il permet de suivre
le courant de recherche de l'équipe de Pittsburgh dont les travaux sont
centrés sur la lecture dans le domaine de l'accès lexical.
P. Arnaud.
Nilsson (L. G.), et Archer (T.) (Edit.). — Perspectives on learning
and memory, Hillsdale (nj), Londres, Lawrence Erlbaum, 1985,
338 p.
Voici 14 contributions rassemblées lors d'un colloque destiné à
remédier à Péloignement actuel des travaux sur l'apprentissage animal
et sur la mémoire humaine. Cet objectif est plus ou moins marqué selon
les contributions. Plusieurs d'entre elles présentent des remarques
plutôt générales. Ainsi Crowder isole une dizaine de concepts qu'il juge
fondamentaux dans l'étude de la mémoire et qu'il souhaite voir confronter
à une liste analogue provenant de la psychologie animale. En revanche,
Rescorla exhibe seulement le concept d'association, mais afin de lui
donner un pouvoir d'explication suffisant, il insiste sur la complexité des
circonstances et la diversité des éléments associés. Bolles manifeste à
nouveau son désaccord avec toute approche associationniste. Estes
ap — 20 610 Analyses bibliographiques
avance que le modèle des exemplaires formulé par Médin et Schaffer
pour la catégorisation est valide chez l'animal comme chez l'homme.
Dickinson et Shanks rapprochent le conditionnement et les jugements
de causalité en les considérant comme des modalités de l'apprentissage
de corrélation. Cohen propose quatre lois générales de la mémoire.
D'autres articles avancent des propositions plus spécifiques et plus
polémiques, sinon plus récentes. Tulving insiste sur les difficultés d'une
classification des formes d'apprentissage et de mémoire, sans pour
autant condamner toute tentative d'isoler des processus élémentaires
qui constitueraient des étapes logiques indispensables dans l'exécution
d'une tâche. Il confirme l'abandon récent de sa dichotomie sémantique/
épisodique ou plutôt son intégration dans une conception « triadique »
de la mémoire. Au cours de la genèse apparaîtrait d'abord une mémoire
procédurale, à partir de laquelle se différencierait une mémoire déclara
tive ; celle-ci se différencierait à son tour en mémoire sémantique et
mémoire épisodique. On rencontre des préoccupations semblables chez
Olton. Il discerne parmi les travaux de la neuropsychologie et de l'étho-
logie de solides arguments en faveur d'une distinction entre deux sortes
de processus ou de structures mnésiques, selon que ceux-ci concernent
des informations indépendantes ou dépendantes d'une indexation tem
porelle. Gafîan analyse le rôle de l'hippocampe dans la mémoire en
comparant les amnésies observées dans des tâches non verbales chez le
singe et chez l'homme. Craik adopte également la catégorie de la mémoire
procédurale, en soulignant qu'elle permet de développer des paradigmes
expérimentaux communs à l'animal et à l'homme. Mais il s'oppose
aux approches structurales invoquant des sous-systèmes spécialisés et
préfère assimiler la remémoration à des processus d'interactions entre
les stimulus de l'environnement et l'activité psychique. Hitch adopte
un point de vue opposé dans sa conception modulaire de la mémoire.
Il rappelle les travaux récents sur la mémoire de travail, et montre
comment les effets de récence et la révision mentale peuvent être étudiés
également chez l'animal.
C. George.
Bower (G. H.) (Edit.). — The psychology of learning and motivation,
Vol. 19, Orlando, San Diego, Academic Press, 1985, 257 p.
— The psychology of learning and motivation, Vol. 20, Orlando,
San Diego, Academic Press, 1986, 330 p.
Comme les précédents volumes de la même collection, ceux-ci
présentent un ensemble de contributions de haut niveau portant chacune
sur un thème relativement bien circonscrit, les aspects théoriques et
généraux étant privilégiés par rapport au détail des procédures expéri
mentales. La série ne présente qu'un seul défaut : son titre, qui risque
d'attirer à tort les lecteurs alléchés par le mot « motivation », et surtout
d'écarter ceux qui donneraient au mot learning une acception trop Psychologie générale 611
étroite. Il faut donc dire et répéter que cette excellente série s'adresse
à tous les enseignants, chercheurs et étudiants avancés en psychologie.
La première contribution du volume 19, de Kolodner, concerne la
mémoire à très long terme pour les expériences de la vie quotidienne.
L'auteur, une ancienne élève de Schänk, propose un modèle mettant
l'accent sur le caractère reconstructif du rappel de l'information, et le
teste dans la perspective de l'intelligence artificielle : l'implémentation
de ce modèle dans un programme informatique, cyrus, dont les modal
ités opératoires sont expliquées en détail, lui permet d'en mettre à
l'épreuve certains aspects.
Holyoack traite du raisonnement inductif , et plus particulièrement des
formes de transformation et de recombinaison des connaissances qui
permettent de résoudre de nouveaux problèmes par analogie avec des
situations connues. Son propos est essentiellement de spécifier les
circonstances dans lesquelles les analogies entre situations peuvent être
découvertes et utilisées, et d'analyser comment cette forme de transfert
interagit avec les autres modalités de résolution de problème.
A l'opposé d'Holyoack, qui traite d'un processus spécifique, Mayer
focalise sa contribution sur une situation : celle de l'apprentissage du
basic, qu'il aborde dans toute sa complexité. L'idée de l'auteur est que
l'apprentissage d'un langage de programmation inclut l'acquisition d'un
modèle mental du système sous-jacent. Pour atteindre ce modèle, il
décrit une technique appelée transactional analysis, qu'il met en appli
cation sur divers aspects de l'apprentissage considéré.
La contribution suivante, signée de Kihlstrom, traite de l'amnésie
posthypnotique. Ce nom désigne la perte au moins partielle du souvenir
des événements vécus sous hypnose, et dont l'oubli a été explicitement
suggéré par l'hypnotiseur. L'auteur insiste plus particulièrement, dans
sa présentation, sur les dissociations qui se révèlent alors entre diverses
formes d'expression de la mémoire. L'amnésie, qui est d'ailleurs réver
sible (les événements peuvent à nouveau être rappelés ou reconnus à un
signal convenu lors de l'hypnose, ce qui implique que le phénomène
concerne la récupération de l'information et non son traitement initial
ou sa rétention), concerne uniquement la restitution explicite de l'info
rmation initiale ; les événements alors vécus, puis « oubliés », continuent
d'influencer différents comportements du sujet à son insu.
Ceraso résume ses travaux relatifs à l'important problème de la
formation des unités perceptives et mnésiques. Ses résultats, et notam
ment le fait que certaines unités en mémoire n'apparaissent pas direct
ement perçues comme telles, le conduisent à dissocier deux niveaux d'uni-
tisation perceptive : les unités du premier niveau seraient proches de la
structure physique du stimulus, alors que celles du second, les seules
reflétées en mémoire, seraient le produit d'une construction intégrative.
Le volume 19 se termine par le chapitre de Younger et Cohen sur la
catégorisation, un problème évidemment proche du précédent. Leur

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