Psychologie générale : Conditionnement, apprentissage et mémoire - compte-rendu ; n°2 ; vol.58, pg 456-472

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L'année psychologique - Année 1958 - Volume 58 - Numéro 2 - Pages 456-472
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1958
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N. Heissler
J. Le Ny
M. Patin
I. Lézine
II. Psychologie générale : Conditionnement, apprentissage et
mémoire
In: L'année psychologique. 1958 vol. 58, n°2. pp. 456-472.
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Heissler N., Le Ny J., Patin M., Lézine I. II. Psychologie générale : Conditionnement, apprentissage et mémoire. In: L'année
psychologique. 1958 vol. 58, n°2. pp. 456-472.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1958_num_58_2_26708— Psychologie générale II.
ANOKHINE (P. K.). — En russe (Physiologie et cybernétique). —
Vopr. philos., 1957, 4, 142-158.
L'auteur pense que les comparaisons entre machines cybernétiques
et réflexes conditionnels reposent trop souvent sur une conception
primitive de ces derniers, et non sur un schéma réel.
Pour Anokhine, le réflexe conditionnel se construit essentiellement
sur les afîérences (il a développé cette idée dans un article paru en 1955
dans la revue Questions de psychologie) ; mais il faut considérer deux
sortes d'excitations afférentes : 1) Celles qui servent à la mise en route
du réflexe ; 2) Les afférences de situation, constituées par l'ensemble
des excitations créées par la situation expérimentale et aussi par celles
qui précèdent l'expérience. Des expériences de Kupalov, Asratian,
Skipin ont bien montré comment, après avoir élaboré un stéréotype
dynamique, on aboutit à ceci que la forme sous laquelle apparaîtra le
réflexe conditionnel pourra être dans une large mesure indépendante
du stimulus déclenchant, mais déterminée par le stéréotype lui-même.
Des études EEG faites par plusieurs chercheurs dont Anokhine
lui-même ont montré que juste avant le déclenchement du réflexe il
se produit dans Pécorce et les formations sous-corticales des phénomènes
d'accroissement de l'excitabilité.
Ce qui est ici essentiel c'est la synthèse que réalise le système nerveux
entre toutes ces afférences et qui rend seule possibles les activités effé-
rentes et l'apparition du réflexe : cela ne peut être expliqué en termes
de cybernétique.
Le second point sur lequel insiste Anokhine, c'est cette notion
d' « accepteur d'action » développée par l'auteur en liaison avec la concep
tion de la rétroaction (qu'il mit en avant, comme on sait, en 1930).
Cet appareil dynamique qu'est l'accepteur d'action possède deux carac
téristiques essentielles : en premier lieu il se constitue avant le réflexe
conditionné lui-même ; en second lieu il anticipe l'action de réponse et
reçoit, sous forme différences en retour, toutes les excitations qui
naissent des résultats de l'action. Il réalise ainsi une confrontation
des résultats de la synthèse afférente et des résultats de l'action qui en
est résultée. Cette conception permet notamment de fournir un modèle
de l'activité volontaire, intentionnelle. C'est par rapport à elle qu'il
convient de juger les représentations simplifiées de la cybernétique.
Une série de schémas illustre l'article.
J.-L. N. PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE 457
En russe (Problèmes de la neurodynamique supérieure en liaison avec
les problèmes de psychologie). — In-8° de 255 pages, Moscou, Éditions
Académie Sciences pédagogiques, 1957. — (1) BOIKO (E. L). —
Introduction, 5-10. — (2) BOIKO (E. I.). — Interaction des
processus conditionnels dans les systèmes complexes de réaction,
11-55. — (3) SCHWARTZ (L. A.). — Influence de conditions
d'apprentissage différentes sur le seuil de reconnaissance visuelle,
140-167.— (4) KOLODNAYA (A. I.). — Modifications de l'activité
électrique des muscles dans l'élaboration des différenciations motrices
chez l'homme, 168-185. — (5) UCHAKOVA (T. N.). — Le temps
de réaction dépend de la place du stimulus dans le champ visuel,
238-254. — (6) KRYLOV (N. T.). — Le processus d'automat
isation dépend de la structure des actes dont on fait l'apprentissage,
223-237. — (7) KOLODNAYA (A. I.). — Étude électro-physio
logique de l'élaboration de réactions rythmiques de trace chez l'homme,
186-222. — (8) KOSTOMAROVA (N. M.). — Particularités de la
comparaison mentale d'objets concrets dans la perception et la repro
duction mnémonique, 114-123. — (9) VLASSOVA (M. M.). —
Différenciation de stimuli complexes à composantes communes
(Problème des mécanismes de l'inhibition associative), 84-102. —
(10) TCHUPRIKOVA (N. I.). — Influence de l'exercice répété
sur le processus de comparaison mentale, 134-139.
Boïko (1) résume sa conception de la neurodynamique, forme spé
cifiquement humaine de régulation du comportement, qui ne peut être
réduite à l'activité nerveuse supérieure, analogue à celle étudiée chez les
animaux. Le « deuxième système de signalisation » (qui ne se limite pas à
l'activité proprement verbale), détermine pour l'essentiel cette différence.
L'étude de la neurodynamique supérieure constitue une partie de
l'étude de l'activité nerveuse supérieure ; elle s'attache au mouvement
et à l'interaction des processus nerveux dans les manifestations d'activité
psychique complexe de l'homme, dans son comportement conscient
et raisonnable.
Ceci délimite les buts des recherches menées par Boïko et ses collabo
rateurs, présentés dans ce recueil. L'étude des types généraux (communs
à l'homme et à l'animal) d'activité nerveuse, par exemple, ne peut en
faire partie. L'intérêt se concentre sur les processus d'apprentissage et
la formation d'habitudes sensori-motrices, le mouvement (irradiation
et induction) de l'excitation et de l'inhibition, enfin sur des formes
d'activité psychique complexes, que les lois actuellement connues ne
peuvent suffire à expliquer.
Boïko (2) se réfère à de nombreux articles expérimentaux, tirés
du recueil qu'il présente, ou publiés antérieurement (en particulier
dans le n° 53 des Izvestia de l'Académie des Sciences pédagogiques),
ayant trait aux « systèmes » de réactions. Il donne au terme « système »
la préférence sur celui de « réaction complexe » ou celui, trop limité,
de « réaction en chaîne ». ■
458 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Tout d'abord, il distingue « l'effet proprement dynamique, s'expri-
mant par l'accélération ou le ralentissement d'une réaction, la modif
ication quantitative de certains indices... et l'effet de structure, s'expri-
mant dans une modification qualitative de la réaction ». Les deux ne
doivent pourtant pas être opposés : « Le mécanisme même d'établiss
ement d'une liaison corticale est une conséquence de la rencontre dyna
mique de deux ou plusieurs excitations... Mais ceci témoigne déjà
d'une plasticité de structure, d'une possibilité de modification. D'autre
part, la modification d'indices temporels des réactions, l'accroissement
ou la diminution des latences, manifestation purement dynamique à
première vue, peut être la conséquence de l'établissement d'une liaison
temporaire, par exemple dans le réflexe différé (p. 15). »
L'A. rappelle qu'il faut examiner si l'interaction des processus
conditionnels est simultanée ou différée, quelle est la répartition spatiale
des stimuli, l'ordre des réactions (est-ce la première qui influe sur la
seconde, ou inversement ?), si les réactions en interaction sont de même
nature ou de nature différente.
Il passe ensuite en revue quelques formes d'interaction :
A) Réactions à un même stimulus, répété à plusieurs reprises. —
Différents auteurs ont constaté des phénomènes d'induction négative,
plus forte et plus durable entre des points corticaux différents que sur
le même point.
Mais, dans ces expériences, les sujets étaient surpris par le déclenche
ment des stimuli. Au contraire, Boïko et ses collaborateurs (Kosto-
marova, Tchuprikova) les en préviennent chaque fois : dans de telles
conditions, alors que les intervalles entre stimuli restent les mêmes,
c'est un phénomène de sommation (diminution des latences) et non
d'induction négative, qui se manifeste.
B) Réactions à des stimuli atteignant des points différents du cortex. —
De nombreuses expériences menées par Boïko, Bolchunov et Tchu
prikova, depuis 1951, utilisent une sorte de coupole parsemée de points
lumineux. Les points les plus proches du centre sont inhibés. L'on
compare les latences des réactions (le sujet appuie sur une même clé)
pour différents éloignements des points inhibés et différents intervalles
entres les réactions (300 à 900 ms) : une phase d'inhibition cède la place
à une phase positive durant 5-8 s, plus ou moins rapidement selon la
répartition des stimuli.
C) Différenciation de stimuli positifs visuels. — Le dispositif expéri
mental utilisé par Boïko et ses collaborateurs consiste en un système
de lampes auquel répond un système d'interrupteurs (chaque interrup
teur commandant une seule lampe, le sujet doit apprendre à reconnaître
les couples lampe-interrupteur).
Au début, le nombre de réponses erronées croît plus rapidement
que le nombre de réponses justes : il se forme, selon l'A., un « champ
général d'association », qui se différencie en zones d'association de plus
en plus précises, pour aboutir à la liaison exacte. PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 459
Plus tard, un changement dans la présentation des stimuli amène
des relations conflictuelles entre excitation et inhibition (d'où alte
rnance de réponses justes et erronées, variabilité des latences).
Boïko distingue 4 types d'erreurs :
— par proximité spatiale ;
— par notion (par exemple, la 2e lampe « à gauche » au lieu de la 2e
« à droite ») ;
— de projection (analogie entre les emplacements des interrupteurs
et des lampes, dans leurs tableaux respectifs) ;
— « le sujet réagit « par transit », passant par-dessus la lampe
pondante comme si elle était elle-même l'interrupteur intéressé » :
par exemple, le sujet montre, comme commandée par l'inte
rrupteur B, la lampe A, qu'allume G ; or, il aurait
dû désigner la C.
D) Principe de concordance fonctionnelle. — Sous certaines conditions,
deux réactions simultanées ou très rapprochées peuvent aboutir non
au triomphe de l'une d'elles, mais à un effet total différent de celui de
chaque réaction prise isolément.
Le dispositif expérimental est le même que précédemment. Mais
l'expérimentateur allume des séries de plusieurs lampes, au moyen de
séries d'interrupteurs (chaque interrupteur correspondant," bien entendu,
toujours à une seule et même lampe). Après s'être vu présenter plusieurs
séries, un sujet adulte trouve, par recoupement (par différenciation)
les couples interrupteur-lampe.
Boïko souligne que cette « concordance fonctionnelle », étudiée par
un dispositif quelque peu artificiel en laboratoire, n'en est pas moins
le procédé le plus courant du psychisme humain.
Il soulève en terminant un problème plus général : « Si la base
scientifique des conclusions de la pensée est la concordance fonctionnelle
des liaisons temporaires généralisées, comment se fait-il que l'on obtienne
dans la « juxtaposition » dynamique de ces liaisons, non pas un mélange
désordonné d'éléments, mais un produit valable, reflétant plus ou moins
la réalité ?» (p. 52). Problème philosophique que la pensée marxiste
(Engels, en particulier) a déjà abordé.
L'hypothèse initiale du travail de Schwartz (3) est la suivante : l'aug
mentation de sensibilité dans la reconnaissance d'objets faiblement
éclairés suppose la formation de nouvelles différenciations dans des
conditions d'interaction des deux systèmes de signalisation.
La méthode : après 50 mn d'adaptation à l'obscurité, des stimuli
visuels (la lettre « E » dans quatre positions différentes, plus ou moins
éclairée), sont présentés par ordre d'intensité décroissante. Les sujets
(des étudiants) doivent soit les désigner oralement, soit appuyer sur
des clés correspondant à chaque stimulus (après un apprentissage dans
des conditions de vision normale).
On détermine d'abord le seuil de reconnaissance, c'est-à-dire les 400 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
conditions où 5 stimuli sont identifiés sans faute. Les résultats sont
appréciés par rapport à ce niveau de base (compte tenu de l'exactitude
et de la rapidité de la réponse).
Les stimuli sont présentés par groupes de 5, distants de 20 s, avec
2 mn d'intervalle entre deux groupes de 5 (40 stimuli par jour d'expé
rience) .
L'expérience comprend 4 séries, de 10 jours chacune :
lre série, « préparatoire » (simple présentation des stimuli, sans comment
aire) ; le seuil de sensibilité dépasse le niveau de base de 30-60 %
à la 20-30e présentation, puis change peu.
2e série : l'expérimentateur apprécie la réponse : la sensibilité s'élève
de 140 à 310 % ; le progrès continue jusqu'à la 230-250e présentation.
3e série : les erreurs reçoivent une « punition » électrique. Le sensibilité
augmente encore (310 à 470 %, avec un maximum à 55-65 présen
tations), mais des irrégularités, dues à l'influence émotionnelle
négative du choc électrique, apparaissent.
4e série : l'expérimentateur informe le sujet de ses résultats initiaux,
des progrès réalisés au cours de l'expérience, lui propose une nou
velle performance à réaliser en un temps donné. Cette fois, la sensi
bilité s'élève à 470 %, 845 % ; chez certains, des progrès apparaissent
encore après 290-300 présentations.
Les résultats de la 4e série ne sont-ils pas le fruit de tout l'apprentis
sage précédent ?
Pour répondre à cette question, l'auteur fait passer un groupe contrôle
de trois sujets directement de la lre série à la 4e. La sensibilité s'accroît
de 100-150 % dans la lre série, de 150 à 1 200 % dans la seconde (la
progression apparaît jusqu'à la 570e présentation).
Il semble que ce résultat provienne de l'intensification de la tâche,
de la recherche de nouveaux signes de différenciation.
En effet, un deuxième groupe contrôle manifeste une faible augment
ation de sensibilité (150-330 %) à la suite de tâches de différenciation
facile, une augmentation de 330 à 1 250 % pour une tâche exigeant,
comme dans le groupe précédent, un travail intense et intéressant.
Par contre, des précisions concrètes sur les résultats acquis, les buts,
le temps donné pour y parvenir, sont indispensables, comme le montrent
les observations faites sur un troisième groupe contrôle (190-546 %
d'amélioration quand ces précisions ne sont pas données, 546-1 257 %
quand elles le sont).
Cet apprentissage sensoriel s'étend à des lettres ou chiffres diffé
rents des stimuli utilisés, et persiste après cinq mois d'interruption.
Il est basé, selon l'auteur, sur une restructuration conditionnelle
complexe du processus de perception, la découverte de nouveaux cri
tères de différenciation. Il atteint son point culminant quand il constitue
pour le sujet un but conscient.
A. I. Kolodnaya (4) confirme un fait déjà constaté dans des travaux PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 461
antérieurs : la modification d'activité électrique du muscle précède la
contraction musculaire, c'est-à-dire l'activité proprement dite.
Son travail comprend deux séries d'expériences : différenciation de
réponses motrices à des stimuli visuels (mouvement de la main droite
après une lumière rouge, de la main gauche après une lumière verte),
sur 16 sujets (étudiants) ; réflexe conditionnel de trace à des stimuli
rythmiques (mouvements à effectuer au même rythme que des
visuels intermittents, aussitôt à la suite de ces derniers), sur 20 sujets.
La deuxième forme d'expérience est reprise et développée dans l'article
suivant du même recueil.
L'EMG est enregistré sur le fléchisseur cubital de chaque main.
Le sujet est étendu dans une pièce isolée de l'expérimentateur.
Après extinction des réflexes d'orientation à l'ambiance, il reçoit par
microphone l'ordre : « Préparez-vous », précédant de 2 s chaque stimulus.
La différenciation motrice s'élabore en 3-4 associations.
Les stimuli visuels déclenchent alors, durant quelque temps, des
courants d'action de caractère tétanique, précédant les ondes rapides
qui accompagnent le mouvement.
Ce renforcement initial d'activité musculaire présente des particular
ités communes à tous les sujets : toujours absent des expériences
d'extinction des réflexes d'orientation, il finit au contraire par survenir
aussitôt donnée la consigne. Autrement dit, il caractérise la « préparat
ion » à l'action. De même, dans les réponses aux stimuli rythmiques,
il apparaît seulement durant la première période, tant que le rythme
n'est pas assimilé.
Par contre, les sujets se divisent en deux groupes opposés en fonc
tion de la latence de cette réaction « de préparation », de sa rapidité
et persistance d'extinction.
Des observations intéressantes concernent la symétrie des courants
d'action : le renforcement des potentiels EMG d'une main s'accompagne
d'une activité synchrone dans les muscles de l'autre main, sans mouve
ment apparent de cette dernière. Cette activité « symétrique » a une
latence supérieure et une durée moindre que celle de la main au travail.
Elle ne se manifeste que tout au début de l'élaboration du réflexe,
avec des différences notables entre les deux groupes de sujets définis
ci-dessus. Fait plus intéressant : chez les droitiers, la modification de
l'EMG survient davantage dans la main gauche pour une activité de
la main droite, que réciproquement. Chez les gauchers, les relations
sont inverses, moins nettement exprimées toutefois (sans doute parce
que la plupart des sujets gauchers ont été rééduqués).
L'EMG permet ainsi, dit l'A., d'observer la phase de transition du
repos musculaire à l'effet proprement dit.
L'apparition de l'augmentation d'activité électrique initiale tra
duirait l'irradiation d'un processus d'origine corticale ; sa disparition,
la concentration de l'excitation. Les phénomènes de symétrie seraient
dus au caractère global de l'activité du cortex, et naturellement plus 462 ANALYSES BIBLiOGRAPHIQUËS
puissants dans l'hémisphère dominant. Leur apparition et leur dispa
rition seraient également liées à la généralisation, puis à la concentration.
Les différences entre les deux groupes de sujets sont des différences
de concentration des processus nerveux. On peut les expliquer soit par
des différences de force des processus, soit par des différences de labilité
(dans le sens que Vvedenski donne à ce terme : vitesse du passage du
repos à l'excitation). L'A. semble incliner vers la deuxième hypothèse.
Uchakova (5) compare les temps de réactions motrices consécutives
à des stimuli disposés en des endroits différents du champ visuel (58
à 100 points selon les sujets), et la sensibilité visuelle, mesurée en
9 points situés sur le méridien horizontal à 3, 10, 20, 30, 40, 50, 60,
70, 80° de la fovea.
Elle dresse ainsi une sorte d'ébauche de « carte fonctionnelle de
la rétine », reflétant les différences de temps en fonction du lieu de
stimulation. Par exemple, le temps s'accroît en allant du centre vers
la périphérie. En outre, il est plus grand pour un stimulus situé en haut
et à gauche du champ visuel que pour un stimulus situé en bas et à
droite.
Les temps des réactions motrices aux stimuli visuels et les seuils
de sensibilité sont en corrélation.
L'A. attribue ces différences spatiales à une répartition des éléments
récepteurs dans la rétine.
Krylov (6) utilise un tableau d'interrupteurs, dont chacun allume
une seule lampe. Les liaisons entre chaque lampe et chaque interrupteur
étant réglables par l'expérimentateur, celui-ci dispose d'associations
de complexité diverse.
Trois séries d'expériences mettent les sujets (des étudiants) en face
de tâches différentes.
Dans la première série, les lampes, auxquelles le sujet doit répondre
en appuyant sur l'interrupteur correspondant, sont allumées l'une
après l'autre, à 20 s d'intervalle, toujours dans un ordre différent.
Il y a 12 réactions différentes dans chaque expérience ; chaque réaction
est répétée au total une centaine de fois. Chaque association représente
pour le sujet une différenciation, rendue plus difficile, surtout au début,
par les relations d'induction négative.
Dans la 2e série, quand les relations lampes-interrupteurs sont
connues, l'on en présente simultanément 2, 4, puis 6. Tout d'abord, la
latence double, en comparaison des réactions simples. Mais, une fois
ce système de stimuli bien appris, la latence devient de beaucoup
inférieure à la somme des latences des réactions simples. Les relations
d'induction ont cédé la place à de nouvelles liaisons « intrasystèmes ».
En effet, lorsqu'on revient aux réactions simples (aux mêmes lampes,
mais présentées une par une, et non plus en groupe), on constate que
leur temps de latence est loin d'avoir diminué, bien au contraire.
Dans la troisième série, des structures de groupes d'interrupteurs
(formant par exemple des droites, des carrés...) répondent à des struc- PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 463
tures, de forme différente, de groupes de lampes. Par un travail de
recoupement intellectuel, le sujet établit les correspondances entre
chaque lampe et son interrupteur. Peu à peu, cette activité intellectuelle
est remplacée par la mémoire immédiate; aussi, une interruption
d'expérience durant 5-10 mn augmente les temps de latence.
Des expériences de contrôle, peu détaillées dans cet article, obligent
le sujet à utiliser tel ou tel mode de solution : d'où des performances
très différentes, ce qui confirme l'hypothèse de l'A., énoncée dans
son titre.
Dans la seconde expérience de Kolodnaya (7), une lampe de 25 W,
placée à 1,50 m du sujet, est allumée aux rythmes de : une fois toutes
les deux secondes, une fois par seconde, trois fois par seconde. Dès
l'arrêt de la stimulation, le sujet doit appuyer sur un tambour au
même rythme :
— dans une première série d'expériences, aussitôt après la perception
du stimulus ;
— dans une deuxième, sans présentation de stimuli, sur ordre de
rimentateur, au rythme présenté dans les séances précédentes ;
— dans une troisième, de la main gauche (la précision « de la main
gauche » n'étant donnée qu'après l'ordre habituel « allez ! »).
Certaines observations sont communes à tous les sujets (26, âgés de
18 à 25 ans) :
— utilisation de procédés mnémotechniques personnels ;
— renforcement initial de l'activité électrique, de caractère tétanique
(phase d'irradiation, étudiée par l'A. dans son précédent article) ;
— assimilation progressive du rythme, en passant par un stade où
les bouffées d'ondes sont prolongées, les pauses diminuées.
D'autres observations, au contraire, confirment la distinction en
deux groupes, dont les possibilités de concentration des processus
nerveux sont diamétralement opposées (une partie des sujets avaient
été examinés au cours de la précédente série d'expériences).
Cette distinction prend un relief particulier dans la 3e partie de
l'expérience.
Les sujets du « 2e groupe » (bonne concentration des processus)
effectuent vite et bien le transfert à la main gauche. L'ordre « allez ! »
déclenche une salve de courants d'action dans la main droite ; mais les
mots <f de la main gauche » freinent aussitôt les mouvements de la
main droite, dont les d'action disparaissent totalement. Le
rythme des courants d'action devient presque aussi net dans la main
gauche.
Chez ceux du premier groupe, si les mouvements de la main droite
font place à des mouvements, plus ou moins rythmiques, de la main
gauche, l'activité électrique de la main droite se renforce au lieu de
s'arrêter. Cette exaltation du rythme ne s'efface pas au cours de l'expé- 464 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
rience suivante ; simplement, l'amplitude des courants d'action diminue.
Elle subsiste après une interruption d'une semaine.
Le phénomène apparaît même lorsque la consigne est donnée suf
fisamment vite pour qu'aucun mouvement ne soit fait de la main droite.
Tous les sujets du 1er groupe notent la difficulté de relaxer la
L'apprentissage plus rapide dans la main gauche est dû à l'utilisation
du procédé mnémotechnique mis au point dans la première partie de
l'expérience.
Kostomarova (8) présente aux sujets des figures géométriques
formées par l'allumage de certaines lampes sur un tableau 6x6;
ces figures se composent de 30 lignes et de 2 triangles ; on présente
toujours simultanément une ligne et un triangle ; si une lampe est
commune à la ligne et au triangle, le sujet doit la retrouver et l'indiquer
en pressant sur une clé ; on mesure le temps de réaction ; s'il n'y a
pas d'élément commun, le sujet n'appuie pas. Puis on ne présente plus
que les lampes extrêmes des lignes, le sujet devant reconstituer la figure
et trouver l'élément commun.
Le même chose est faite en changeant l'ordre des deux séries avec
d'autres sujets.
Les résultats (20 mesures pour chaque situation, 10 sujets) donnent
une latence nettement plus élevée dans la perception que dans la repré
sentation (4,06 s contre 2,19).
Dans une seconde expérience, le triangle et la ligne sont présentés
consécutivement, la première figure étant éteinte quand s'allume la
seconde. On trouve ici, chez 7 nouveaux sujets, des latences compa-
tables (1,04 s contre 1,11).
Les mêmes expériences sont reprises en présentation simultanée,
mais en éteignant ou non le triangle au cours de la présentation ; les
latences sont plus courtes dans le premier cas, et les sujets, interrogés,
trouvent la tâche plus facile quand le triangle est absent.
Enfin les expériences sont refaites dans des conditions variées
d'éclairement et d'adaptation de l'œil, avec des résultats peu nets.
L'influence de l'exercice est également mise en évidence.
L'auteur pense que le processus de comparaison mentale inclut
une activité d'analyse qui peut être gênée par une trop grande intensité
du stimulus quand celui-ci est présenté perceptivement, et favorisée
par sa représentation.
Vlassova (9), entend ici par inhibition associative un phénomène
qui se manifeste dans la difficulté à associer une réaction R2 à un st
imulus S auquel on avait préalablement associé une réponse R^ On
emploie toujours ici la technique motrice avec une matrice de 6 x
x 6 lampes comme stimuli et des réponses consistant à appuyer sur
une clé ; les bonnes clés sont renforcées par une petite lampe qui s'allume
auprès d'elles ; des consignes verbales expliquent la tâche au sujet,
qui doit retenir et reproduire les réactions correspondant aux figures-
stimuli. Celles-ci sont constituées par des groupes de trois lampes du

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