Psychologie générale : Par F. Bresson, R. Chocholle, S. Ehrlich, C. Florès, P. Jampolsky, P. Oléron, F. Orsini, R. Perron, E. Vurpillot - compte-rendu ; n°1 ; vol.57, pg 283-293

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1957 - Volume 57 - Numéro 1 - Pages 283-293
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1957
Lecture(s) : 14
Nombre de pages : 12
Voir plus Voir moins

F Bresson
R. Chocholle
S. Ehrlich
César Florès
P. Jampolsky
Pierre Oléron
F. Orsini
R. Perron
Eliane Vurpillot
I. Psychologie générale : Par F. Bresson, R. Chocholle, S.
Ehrlich, C. Florès, P. Jampolsky, P. Oléron, F. Orsini, R. Perron,
E. Vurpillot
In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°1. pp. 283-293.
Citer ce document / Cite this document :
Bresson F, Chocholle R., Ehrlich S., Florès César, Jampolsky P., Oléron Pierre, Orsini F., Perron R., Vurpillot Eliane. I.
Psychologie générale : Par F. Bresson, R. Chocholle, S. Ehrlich, C. Florès, P. Jampolsky, P. Oléron, F. Orsini, R. Perron, E.
Vurpillot. In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°1. pp. 283-293.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1957_num_57_1_26603— LIVRES II.
I. — Psychologie générale
MORGAN (G. T.). — Introduction to psychology (Introduction à la
psychologie). — In-8° de 676 pages, New York, Me Graw-Hill, 1956.
Ce nouveau manuel de psychologie, par le sérieux de son contenu et
sa présentation commode sera bien accueilli par les pédagogues et les
étudiants.
Cet ouvrage, fait en collaboration avec huit autres auteurs appar
tenant à des spécialités différentes, présente l'intérêt d'une document
ation solide et succincte et aussi d'une parfaite homogénéité d'ensemble,
car Fauteur principal, Morgan, a revu et refondu tous les chapitres.
Après un chapitre d'introduction générale à la psychologie, définie
comme une science, les auteurs présentent en sept chapitres les principes
de la conduite : maturation et développement, motivation, sentiments
et émotions, apprentissage et mémoire, imagination et pensée, attention
et perception ; cette partie est complétée par un dernier chapitre sur
la mesure en psychologie. Les deux derniers tiers du livre sont consacrés
à exposer ce qui constitue les divers domaines de la psychologie : la
personnalité et son adaptation, la psychosociologie,1, es aptitudes, « la
connaissance du monde » (vision, audition, langage), les bases biologiques.
Une bibliographie sommaire à la fin de chaque chapitre est suscept
ible d'être complétée par une liste plus longue présentée dans les der
nières pages du livre. Un glossaire de 24 pages comporte la définition
de tous les termes importants utilisés dans l'ouvrage et donne leur
signification technique et usuelle.
L'impression dominante, et qui manifestement a été recherchée
par Morgan, est celle d'une composition très nette et très souple, capable
de se prêter à des utilisations différentes selon les enseignements professés
et les buts poursuivis. Ainsi, l'auteur propose trois présentations de son
livre, fondées sur une sélection et une classification différente des
chapitres, suivant trois orientations de pédagogie : vie pratique,
recherche scientifique, formation élémentaire.
La part qui revient à la physiologie, contrairement à ce que l'on
pourrait attendre est très mesurée. La lecture de ce livre est facilitée
par la clarté de l'exposé et le nombre des illustrations (une par page).
Il faut encore signaler le souci méritoire de l'auteur, de condenser le
mieux possible en un manuel, l'étude des problèmes exposés ; des
références très nombreuses renvoient d'un chapitre aux autres, afin de
présenter un même problème sous tous ses aspects.
F. O. 284 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
CATTELL (R. B.). — La personnalité. — Trad, par M. Cahen,
2 vol., in-8°-de 950 pages, Paris, P. U. F., 1956.
La traduction, en 2 volumes, de cet important ouvrage déjà larg
ement connu dans sa version anglaise (cf. analyse dans Ann. psychol.,
51, 1951, p. 484) sera bien accueillie. Rappelons que, sous la forme d'un
manuel de présentation scolaire (un résumé et des questions et exercices
terminent chacun des 21 chapitres), il s'agit d'un effort assez original
de systématisation et de synthèse qui couvre tous les aspects et toutes
les perspectives de la connaissance de la personnalité : problèmes théo
riques et méthodologiques, influences héréditaires et constitutionnelles,
psycho-dynamique, psycho-somatique, influences culturelles, types
pathologiques, développement et déclin. Une bibliographie abondante
(plus de 1 000 titres) ajoute, quoique exclusivement anglo-saxonne, à
l'utilité de l'ouvrage, qui mérite bien son sous-titre d' « étude systémat
ique, théorique et concrète ». D
BUYTENDIJK (F. J. J.). — Allgemeine théorie der Menschlichen
haltung und bewegung (Théorie générale de la posture et du mouve
ment chez V Homme). — In-8° de 367 pages, Berlin-Göttingen-
Heidelberg, Springer Verlag, 1956.
Ouvrage important dont le titre n'indique qu'imparfaitement le
contenu. Il s'agit beaucoup moins d'une théorie d'ensemble de la
motricité que d'une analyse critique des différentes théories appliquées
à des questions précises comme la marche, l'apprentissage et l'automati
sation par exemple. Par certains côtés et selon les chapitres, ce livre
s'apparenterait plutôt à un manuel lorsque Buytendijk analyse les divers
processus ou mécanismes mis en jeu par certaines opérations motrices.
Par exemple, dans le problème de la station debout, il étudie succes
sivement : l'aspect mécanique de cette posture, le principe de l'ajust
ement et de l'équilibre, le réflexe myotatique, la réaction d'appui, etc. Il
n'y a donc guère que la première partie, « Principes d'une théorie fone-,
tionnelle du mouvement » qui est en rapport direct avec le titre du livre.
Buytendijk est gestaltiste certes, mais aussi phénoménologue. S'il
adopte entièrement, semble-t-il, les principes gestaltistes pour ce qui est
de l'analyse structurale de l'activité motrice : unité spatio-temporelle
et importance des structures, il leur reproche par contre « de ne pas
saisir la relation fonctionnelle entre le sujet et la situation ».
S'il est assez difficile de dégager une théorie d'ensemble propre à
l'auteur, on peut toutefois entrevoir assez clairement la perspective dans
laquelle il se place quand il définit les aspects du mouvement qui
doivent être étudiés (p. 60) :
— la forme d'exécution (structure motrice) ;
— la motivation dans le déclenchement (la plus ou moins grande liberté
du sujet) ;
— la signification (le sens de l'action qui ne s'identifie pas toujours au
but). LIVRES 285
Notons pour terminer que l'on trouve dans ce livre une quantité de
réflexions très intéressantes, notamment les chapitres consacrés à
la dynamique de la marche et à l'apprentissage. On regrettera pourtant
une certaine dispersion dans la manière d'aborder les différents problèmes,
un passage trop brusque d'une description structurale à une analyse
fonctionnelle ou d'un exposé des mécanismes physiologiques à des consi
dérations phénoménologiques. Ces amalgames pourront certes être
tentés un jour, mais dans l'état actuel de nos connaissances tellement
fragmentaires, elles nous paraissent nuire à la claire compréhension de
ce qui est réellement démontré et de ce qui n'est encore qu'hypothèse.
S. E.
KIETZ (G.). — Der Ausdrucksgehalt des menschlichen Ganges (Le
contenu expressif de la marche humaine). — In-8° de 174 pages,
Leipzig, Johann Ambrosius Barth, 1956.
L'auteur considère certains aspects de la marche et de la posture :
a) Des caractéristiques globales : légèreté, tension du corps, rapidité,
élasticité, etc. ; b) Des caractéristiques segmentaires : position de la
tête, du tronc, des jambes, etc. Ces composantes sont mises en corre
spondance avec des traits de caractère et de personnalité : les sujets
subissent un examen caractérologique, essentiellement clinique complété
par quelques épreuves projectives du type récits et dessins à compléter
(tests de Wartegg).
L'auteur pense avoir montré l'existence de rapports entre la marche
et certains traits de personnalité. Il estime que les recherches réalisées
à l'aide de cette méthode « expérimentale » ont donné des résultats
probants et doivent être poursuivies dans ce sens.
S. E.
BRUNER (J. S.), GOODNOW (J. J.), AUSTIN (G. A.). — A Study
of thinking (Une étude de la pensée). — In- 8° de 330 pages, New
York, John Wiley and Sons, 1956.
Cet ouvrage aborde l'étude de la pensée sous un angle neuf, inspiré de
la théorie des jeux. Le sous-titre indique : Une analyse des stratégies
d'utilisation de l'information dans la pensée et la solution des problèmes.
La Première Partie développe une analyse des comportements de
catégorisation et d'inférence en général. Les auteurs dégagent ainsi des
notions qui seront importantes dans la suite de l'ouvrage comme la
distinction entre attribut et signal, la valeur de « critérialité » d'un
attribut, la corrélation qui existe entre la présence d'un attribut et
l'appartenance d'un objet à une catégorie : ils introduisent ainsi d'emblée
la notion de liaison probabiliste entre l'attribut et la catégorie. D'autre
part, les expériences classiques faisaient surtout appel aux catégories
conjonctives : ensemble des objets qui possèdent à la fois tel et tel
attribut. Mais on peut utiliser aussi des catégories disjunctives plus
rares, mais néanmoins importantes : l'ensemble des objets qui possèdent 286 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
tel attribut ou tel autre ; et enfin des catégories relationnelles définies
par l'existence d'une relation déterminée entre tel et tel attribut. Le
processus de découverte d'un concept à travers une série de confron
tations avec des objets qui appartiennent à la catégorie peut prendre
différents aspects qui seront étudiés expérimentalement dans la Seconde
Partie de l'ouvrage. A cet effet, les auteurs se sont efforcés de créer des
situations où tous les objets sont simultanément présents, comme dans
les expériences de Vigotski, mais avec un grand choix des catégories
possibles, un ensemble de cartes par exemple, qui diffèrent entre elles par
quatre caractères avec trois valeurs chaque, soit 34 = 81 cartes. Le sujet
va ainsi montrer par l'ordre même de ses choix et l'utilisation des
réponses qu'on lui fera (« appartient ou non à la catégorie »), les critères
et les hypothèses qu'il essaiera pour délimiter le concept. C'est à ce
propos que les auteurs introduisent le vocabulaire de la théorie des
jeux et parlent de « stratégies» pour caractériser ces choix successifs.
On peut penser que cette utilisation est un peu arbitraire car il est bien
difficile de dégager une véritable matrice d'imputation, même si on
parle de gain de certitude, de coût plus ou moins élevé de la technique
de découverte, d'effort pour minimiser la charge de la mémoire ou le
nombre des essais nécessaires ; on ne voit pas bien en outre comment
caractériser les critères de choix des stratégies. Quoi qu'il en soit, si nous
conservons cette terminologie, on peut distinguer quatre stratégies
essentielles : Vexamen simultané (simultaneous scanning) d'abord où l'on
considère de manière exhaustive toutes les hypothèses possibles et où
chaque choix, que la réponse soit positive ou négative, élimine certaines
hypothèses et ainsi guide les choix suivants ; cette méthode rationnelle
est en fait impraticable car elle demande un effort de mémoire et d'abs
traction qui dépasse rapidement les possibilités humaines quand le
nombre des hypothèses possibles s'élève. La seconde stratégie est Vexa
men successif où l'on n'éprouve qu'une seule hypothèse à la fois : la
tâche devient alors beaucoup plus aisée, mais peut en revanche mener à
des choix inutiles de cartes redondantes. La troisième stratégie est
l'exploration conservative où l'on examine successivement toutes les
hypothèses possibles à partir d'une carte positive : cette stratégie
diminue encore la complexité de la tâche et la rend moins abstraite, mais
la découverte d'une carte positive peut être longue et l'on perd prat
iquement jusqu'à ce moment l'information donnée par les cartes négat
ives. La dernière stratégie est aussi une exploration à partir d'un foyer,
mais avec une sorte de pari : on change plusieurs attributs à la fois,
ce qui peut amener rapidement la découverte, si les hypothèses sont
vérifiées, mais peut entraîner le risque d'une tâche plus longue si les
réponses ne vérifient pas les hypothèses. Les auteurs montrent alors que
l'on peut orienter le choix des stratégies en modifiant les situations :
familiarité avec le matériel, signification des éléments, disposition des
cartes, nombre d'essais autorisés. Les sujets adoptent plus probablement
une stratégie qui dans une situation apparaît plus économique, en ce sens UVRES 287
qu'elle permet de recueillir plus ou moins d'information à chaque essai,
diminue ou augmente l'effort nécessaire pour recueillir cette infor
mation, limite le risque. Toutefois, des préférences individuelles se
superposent à ces critères de décision, entre autres dans le choix du
type d'hypothèse à envisager.
Jusqu'ici, nous n'avions affaire qu'à des concepts conjonctifs. Les
concepts disjonctifs posent un problème particulier. Ils sont toujours plus
difficiles à atteindre, moins immédiats. Ils requièrent l'utilisation de
l'information fournie par les essais négatifs (choix d'objets qui n'appar
tiennent pas à la catégorie), et cette information indirecte est toujours
plus difficile à manier et moins familière. Les auteurs se demandent si
cette répugnance à utiliser les essais négatifs et les disjonctions est un
problème de structure même de notre culture où tout renforce la catégo
risation conjonctive.
La partie la plus intéressante de l'ouvrage est peut-être celle qui
traite de l'utilisation de points de repères qui n'ont qu'une valeur
probable. Le sujet doit, par exemple, distinguer entre avions ennemis et
amis, mais certains attributs peuvent être ambigus, appartenir aux deux
catégories, mais avec des fréquences différentes, éliminant ainsi des
conclusions du type tout ou rien et se rapprochant de ces situations
véritablement écologiques que réclamait E. Brunswick. Ceci revient à
approfondir le thème des expériences de renforcement partiel. Les
résultats semblent intéressants et prometteurs. On peut voir des sujets
généraliser l'attitude probabiliste et douter de critères 100 % valides ;
on trouve des effets de sous-estimation ou de sur-estimation des points de
repères. Dans ce cas, le terme de stratégie apparaît plus adéquat car le
problème est ambigu et il s'agit pour le sujet de décider en fonction de
certains critères de choix. Dans une expérience de ce type, par exemple,
les sujets devaient décider du nombre de points présentés de 20 à 30
dans une exposition brève au tachistoscope. La consigne insistait tantôt
sur la précision de l'estimation, tantôt sur la nécessité de ne pas laisser
passer un seul groupe d'une certaine valeur, 25 par exemple. Dans ce cas,
les courbes de décisions diffèrent nettement et les sujets qui ont la
« stratégie de la sentinelle » perçoivent systématiquement plus de
groupes de la catégorie à rejeter.
On peut, d'une façon générale, comparer la stratégie empirique du
sujet à une stratégie calculée et mettre ainsi en évidence des « erreurs
systématiques » qui constituent autant de nouveaux phénomènes à
étudier qu'il eût été difficile de caractériser en dehors de cette théorie.
L'ouvrage se termine sur un appendice de R. W. Brown qui montre
les prolongements de cette étude de la catégorisation, et entre autres de
l'utilisation des points de repères probables dans l'apprentissage et du langage.
Pour le lecteur déjà familier avec ces problèmes, les résultats peuvent
paraître un peu minces pour fournir la matière d'un ouvrage de plus
de 300 pages, mais ce serait injuste si l'on songe que ces points de vue '288 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
prometteurs sont bien nouveaux dans les études sur la pensée. Et,
d'ailleurs, l'ouvrage est d'une lecture si agréable, révèle une culture et
une finesse qui ne sont pas monnaie courante dans la littérature psychol
ogique, qu'on ne regrette pas quelques répétitions.
F. B.
WHORF (B. L.). — Language, thought and reality (Langage,
pensée et réalité). — In-8° de 278 pages, Massachusetts Institute
of Technology, John Wiley, New York et Chapman & Hall, Londres.
Cet ouvrage, précédé d'une introduction de J. B. Carroll, qui en a
également assuré l'édition, contient un groupe d'écrits, la plupart déjà
publiés, mais une partie inédite de B. L. Whorf. Whorf est un auteur
que l'on voit assez souvent cité par les psychologues américains inté
ressés par le problème des rapports entre le langage et la pensée. Bien
qu'il n'ait pas été lui-même psychologue, ni même universitaire ou
chercheur, il a adopté une position caractéristique sur ce problème, en
insistant sur le rôle que le langage joue sur la vision de l'univers. Il a
été amené à cette position par ses études de certaines langues apparte
nant à des cercles de civilisation différents de nos civilisations évoluées,
en particulier de la langue Hopi. Ses analyses de la manière dont la
langue Hopi décrit les phénomènes (une partie en est reproduite ici)
suggèrent une telle conclusion.
La thèse de Whorf et son argumentation sont évidemment loin d'être
convaincantes. Inférer des structures linguistiques une certaine inter
prétation de l'univers est une démarche relativement risquée et en
partie, peut-être, arbitraire. Comme l'ont remarqué certains (ces cr
itiques ont été reprises dans Psycholinguistics de Osgood et Sebeok), on
pourrait tirer des inferences également paradoxales de l'étude de
n'importe quelle langue (y compris des langues évoluées) : il suffit de
prendre à la lettre certaines expressions qui ne sont pas cependant,
dans l'usage courant, senties comme telles. Il faut sans doute d'autres
bases que la langue pour saisir la « vision du monde » d'un peuple.
Il n'en reste pas moins que Whorf a par ailleurs apporté certains
exemples positifs sur la manière dont le langage arrive à abuser et à
conduire à des erreurs pratiques. La publication de ses écrits principaux
sous une forme aisément accessible, en même temps qu'elle apporte un
hommage à un esprit large et pénétrant et à une personnalité originale,
fournit au psychologue des données qu'il ne saurait négliger.
P. O.
CHAUCHARD (P.). — Le langage et la pensée. — (Que sais-je ?),
in-8° de 128 pages, Paris, P. U. F., 1956.
Ce petit ouvrage, écrit dans une perspective éclectique où le
P. Teilhard de Chardin coudoie les maîtres du marxisme, est un exposé
intéressant des questions concernant le langage. Tout au long de son LIVRES 289
livre, Chauchard met l'accent sur les conditions biologiques et sociales
qui déterminent par leur interaction le langage humain. La première
partie replace le problème dans le large contexte de l'évolution des
espèces. Quelques exemples, judicieusement choisis — les danses
informatives des abeilles, les signaux acoustiques, les émissions odo
rantes — permettent de montrer que le langage animal est qualitativ
ement différent de celui de l'Homme. Remarquons dans la deuxième
partie — qui porte sur les mécanismes cérébraux du langage — un
exposé de la neurophysiologie du langage et un chapitre relatif aux
conceptions pavloviennes du deuxième système de signalisation.
L'homme sans langage fait l'objet de la dernière partie, ce qui permet
d'insister sur le rôle de la société dans le développement du langage
(l'enfant-loup) et sur l'importance des recherches psychopathologiques
(les déficients mentaux, les aphasiques, les bègues) pour améliorer la
compréhension de ce problème.
G. F.
CALLEWAERT (H.). — Graphologie et physiologie de l'écriture.
— In-8° de 168 pages, Louvain, Nauwelaerts, 1954.
Cet ouvrage est issu de trois préoccupations : descriptive, normative
et critique.
La description porte sur la motricité de l'écriture. Le préfacier rap
pelle fort justement que l'écriture, si elle a suscité un très grand nombre
de travaux en ce qui concerne son apprentissage, ses praxies, sa fonction
symbolique et son éventuelle signification caractérologique, n'a été que
très peu étudiée quant à ses mécanismes perceptivo-moteurs. Or, ce
n'est pas de bonne méthode cartésienne que d'étudier le complexe avant
le simple. C'est là la trame de tout l'ouvrage : il est vain d'échafauder des
hypothèses, des théories, des dogmes sur la signification de l'écriture si
l'on néglige ce fait capital qu'il s'agit d'un acte moteur, soumis en tant
que tel à toute une série de conditions anatomiques et neuro-physiolo
giques qu'il faut étudier en tant que telles.
L'auteur est fondé à réclamer cette étude, et doit être loué pour
l'avoir entreprise. Mais peut-être va-t-il trop loin dans sa condamnation
de ceux qui étudient l'écriture en tant qu'acte expressif : car cela reviend
rait, transposé sur un autre plan, à condamner le psychologue qui
étudie un comportement complexe, sous prétexte que la neuro-physiol
ogie de ce est mal connue.
Quoi qu'il en soit, l'A. procède à un utile rappel des voies nerveuses
et des groupes musculaires mis en jeu par l'acte graphique. Ces bases
posées, il distingue quatre grands types de préhension et de mobilisation
de l'instrument :
1. Le mode combiné, où la préhension reste souple et où la coordination
des divers segments de la main et du bras aboutit au double mouvement,
inscripteur et cursif, qui produit l'écriture ;
2. Le mode solidaire, où le porte-plume reste appliqué « comme le
A. PSYCHOL. 57 19 290 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
ferait une attelle rigide » le long de la phalangine et de la phalangette
de l'index ;
3. Le mode brisé, où là phalangette de l'index reste appliquée sur
l'instrument ;
4. Le mode fixé, qui ressemble au mode combiné, à cette différence
près qu'il n'y a pas mouvement de la phalangette de l'index par rapport
à la phalangine.
Ayant distingué ces quatre grands types, l'A. en décrit des variantes,
des « altérations », Car la préoccupation normative est intimement liée
à la description. Le mode combiné nous est donné comme seul correct,
les autres étant défectueux, et toute variante de ces modes étant conçue
comme une altération fâcheuse. De même, lorsque l'A. établit une mise
en rapport des modes avec l'écriture résultante, c'est, semble-t-il, un
certain type d'écriture qui se trouve valorisé à l'exclusion de tout autre :
une écriture claire, bien structurée, très proche des règles calligraphiques,
volontiers fleurie, et où la vitesse n'est pas recherchée. On ne voit à
aucun moment sur quoi FA. se fonde pour définir cette écriture comme
idéale : car il n'a jamais été prouvé, à notre connaissance, que les règles
de la calligraphie enseignées à l'école primaire continuent chez l'adulte
à définir le graphisme « idéal ». Y a-t-il d'ailleurs chez l'adulte un gra
phisme « idéal » ? Le seul critère net est celui d'une lisibilité suffisante,
qui peut être obtenue malgré l'abandon complet des normes calligr
aphiques. Pour avoir attaché une valeur trop absolue à ces normes, il
semble bien que l'A. ait procédé à des valorisations contestables.
Il en est de même en ce qui concerne le « type idéal » du geste grapho-
moteur. L'A. nous donne des schémas ingénieux et des exemples
d'écritures nombreux, mais ne saurait nous convaincre ainsi de la valeur
exclusive du seul mode « combiné ». Et s'il en cherche la preuve dans la
production par ce de la « bonne » écriture, il est facile de lui objecter
qu'il n'a pas suffisamment établi la valeur de la « bonne » écriture ; et
qu'au surplus, les correspondances mêmes qu'il invoque ne sont pas
suffisamment prouvées par son expérience clinique. Il n'est pas douteux
que cette expérience est considérable ; mais en pareille matière, l'expé
rience clinique la plus vaste, n'a pas la valeur démonstrative d'une
expérimentation scientifique bien conduite. N'est-ce pas l'A. lui-même
qui réclame des graphologues, un peu plus loin, des preuves statistiques
de leurs affirmations, se refusant très justement à accepter comme suff
isante leur expérience clinique ?
Ceôi nous amène à la partie critique de l'ouvrage. On ne peut qu'être
entièrement d'accord avec la vigoureuse dirigée contre les
méthodes dés graphologues. Ces méthodes ne sont à aucun titre scienti
fiques. N'est-ce pas, dès lors, leur accorder trop d'importance que d'en
redonner longuement une preuve déjà mille fois donnée ? Car on ne peut
espérer ainsi convaincre les graphologues eux-mêmes : ils manquent à
de très rares exceptions près de la formation scientifique qui les rendrait
sensibles à l'argumentation. Les psychologues ou médecins qui connais- LIVRES 291
sent et respectent les exigences de la pensée scientifique sont convaincus
d'avance. L'intérêt même des problèmes soulevés dans la première
partie de l'ouvrage fait regretter que la seconde partie ne soit pas
consacrée à les approfondir, au lieu d'être consacrée à cette critique des
méthodes de travail et de pensée des graphologues. D'autant plus que
cette critique dépasse son objet : la condamnation des graphologues
entraîne TA. à un scepticisme quasi-complet quant aux relations qui
peuvent exister entre variations de l'écriture et variations de la personn
alité. Ces relations, quant à nous, nous paraissent bien réelles. Le
problème est de les étudier par des méthodes réellement scientifiques.
Le livre du Dr Callewaert fournit l'une des bases nécessaires à la mise
iu point de ces méthodes.
R. P.
KRAGH (IL). — The actual-genetic model of perception-personality
(Le modèle de réalisation génétique de la perception liée à la personnal
ité). — In-8° de 394 pages, Köbenhavn, Ejner Munksgaard, Lund,
C. W. K. Gleerup, 1955.
Il s'agit de l'exposé et de la discussion des résultats d'une étude
expérimentale de la formation des percepts au cours de stades de pré
perception. L'A. recherche des informations systématiques sur les
stades d'adaptation à un même stimulus, à l'aide de deux méthodes :
1) Méthode tachistoscopique : un même objet est montré au sujet
selon des temps d'exposition croissants, de 1/80 de seconde (ce qui
permet la perception d'une tâche grise informe) jusqu'à un temps per
mettant une normale du stimulus. Les stimuli employés sont
<les dessins au trait (drapeau, poisson, lune), des visages humains, des
images genre TAT ;
2) Les images consécutives : un carré rouge est vu sur un écran gris,
on enlève le carré, le sujet fixe un point noir sur l'écran pendant que
celui-ci s'éloigne de lui. L'image consécutive du carré grossit sur l'écran
pendant le recul de celui-ci, on mesure la taille de l'image finale.
La population utilisée comprend des groupes cliniques : orphelins
de père et sujets atteints de névrose obsessionnelle et des groupes
contrôles : étudiants, infirmières, soldats.
Au cours d'une discussion théorique sur les caractéristiques tempor
elles de la perception, l'A. insiste sur la continuité du temps s'opposant
à une dichotomie présent-passé, et sur l'aspect dynamique de la percept
ion. Une perception instantanée est impossible, elle doit donc être
envisagée sous son aspect génétique. Il est alors normal d'établir un
rapprochement entre le développement d'une perception et celui de la
personnalité entière du sujet. L'A. pose le principe que la série d'étapes
(appelées « actes P ») précédant la perception finale (« acte C ») peut
être regardée comme un micro-modèle de l'ontogenèse de la personnalité.
Il émet un certain nombre d'hypothèses dont la vérification appuier
ait la validité de ce principe. Les principales sont la tendance à la stabi-

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.