Psychologie pathologique - compte-rendu ; n°1 ; vol.24, pg 317-375

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L'année psychologique - Année 1923 - Volume 24 - Numéro 1 - Pages 317-375
59 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1923
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5° Psychologie pathologique
In: L'année psychologique. 1923 vol. 24. pp. 317-375.
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5° Psychologie pathologique. In: L'année psychologique. 1923 vol. 24. pp. 317-375.
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miner la validité des résultats obtenus comme mesure des varia
tions mentales dans les deux sexes ; 3° d'indiquer jusqu'à quel point
la sélection peut être différentielle lorsqu'elle porte sur les hommes
ou les femmes.
L'étude a été faite en deux parties : en 1913, 1.000 cas de déficience
mentale ont été mesurés au moyen de la révision Goddard de l'échelle
Binet-Simon. En 1921, 1142 cas ont été, en général, examinés par
la méthode Stanford-Binet.
Il y a plus d'hommes que de femmes dans les échantillons consi
dérés. H y a prépondérance d'hommes jusqu'à 16 ans. A partir de
16 ans il y a davantage de femmes, mais la fréquence des cas diminue.
Hommes et femmes, suspects de déficience, n'ont pas le même âge,
âge mental pour âge mental. A tous les degrés de déficience, les
femmes ne sont soumises aux examens mentaux que bien plus tard
que les hommes de même âge mental.
Par ailleurs, les hommes et les femmes sont inégaux âge pour âge.
Jusque vers 16 ans, les femmes, ont un I. Q. inférieur à celui des
hommes. Parmi les adultes, la moyenne pour les femmes est 42,6,
pour les hommes de 45.
Ces statistiques, en réalité, ne servent qu'à indiquer jusqu'à quel
point il est facile aux femmes sur les frontières de la déficience, d'ar
river à vivre socialement, alors que les hommes de même niveau
mental sont reconnus et mis à part.
M. L.
S.-S. BRIERLEY. — A note on sex differences from the psychoanal
ytic point of view {Les différences entre les sexes du point de vue
psychanalytique). — Br. J. of Med. Ps., III, 4, 1923, p. 288-308.
Une revue détaillée d'un certain nombre de faits examinés et
interprétés d'un point de vue un peu trop exclusivement psychanal
ytique.
M. L.
5° Psychologie pathologique
a) Généralités. Symptomatologie. Syndromes divers.
J. ROGUES DE FURSAC. — Manuel de Psychiatrie, 6e édition. —
In-16 de 906 p., Paris, Alcan, 1923.
L'annonce de la 6e édition d'un ouvrage est à elle seule un éloge.
Elle prouve le grand succès de ce manuel dû à un psychiatre très
soucieux et très informé de psychologie pathologique.
Cette édition nouvelle comporte surtout de nombreuses additions,
relatives aux conséquences d'affections organiques mieux connues
comme l'encéphalite épidémique, aux toxicomanies qui se sont si
dangereusement multipliées, à toutes les formes de psychopathies
jusqu'ici négligées par les psychiatres en tant qu'elles ne relevaient
pas de l'asile (psychasthénies, obsessions, phobies, etc.), enfin^aux
données médico-légales. 318 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
C'est dans les trois chapitres de séméiologie (troubles de la per
ception, mémoire, association d'idées, jugement, affectivité, réac
tions, personnalité), que l'on trouvera l'exposé, très cohérent, limité
aux grandes lignes, des conceptions psychopathologiques de l'auteur,
mais c'est surtout par son application au détail des affections ment
ales, dans les chapitres de la psychiatrie spéciale, que son exposé
prend sa valeur. H. P.
HENRIQUE ROXO. — Manual de Psychiatria. — In-8 de 712 p.,
Rio de Janeiro, 1921.
Le Professeur de Psychiatrie de l'Université de Rio de Janeiro
a écrit un important manuel de Psychiatrie, dans lequel il accorde
une grande place aux processus psychologiques et à leur examen chez
les aliénés, et où il fait preuve d'une connaissance très étendue de la
littérature et particulièrement de la littérature française.
La classification qu'il adopte des maladies mentales est celle qui
fut proposée à la Société brésilienne de Psychiatrie, Neurologie et
Médecine légale, par une commission composée des professeurs
J. Moreira, Afranio Peixoto, Austregesilo et Carlos Eiras, et unan
imement approuvée.
Voici les groupements réunis dans cette classification :
1. Psychoses infectieuses ; 2. Ps. auto- toxiques. ; 3. Ps. hétéro-
toxiques (alcoolisme, morphinomanie, etc.) ; 4. Démence précoce ;
-5. Délire systématisé hallucinatoire chronique ; 6 Paranoia ; 7. Ps.
maniaque dépressive ; 8. Ps. d'involution ; 9. Psychoses organiques
cérébrales et démences terminales (artériosclérose, syphilis) ; 10. Pa
ralysie générale ; 11. Ps. épilep tique ; 12. dites névro-
siques ; 13. Autres psychopathies constitutionnelles (états atypiques
de dégénérescence) ; 14. Imbécillité et idiotie.
En dehors des chapitres d'introduction sur les causes de la folie et
la technique d'examen des aliénés, et des chapitres terminaux relatifs
à la doctrine de Freud, envisagée avec bienveillance, mais avec des
réserves sur ses exagérations, et aux problèmes médico-légaux, y
compris celui de la simulation, le manuel comporte une monographie
des affections mentales dans le cadre simple et commode adopté.
L'ouvrage fait honneur à la psychiatrie brésilienne.
H. P.
F.-L. WELLS. — Psychology in Medicine. —Am. J. of I., II, 3, 1923,
p. 451-457.
L'auteur examine quelques questions de méthodologie théorique
et pratique au sujet des rapports de la psychologie et de la médecine.
Il pense que la psychologie a souffert de ses frontières très artifi
cielles, il voit dans le groupe des sciences psychologiques une divi
sion des sciences biologiques, et une discipline scientifique traitant
des questions humaines ; dès lors, il lui semble que sciences biolo
giques et médicales devraient fusionner, même la psychologie in
dustrielle pouvant être assimilée à l'hygiène industrielle. Quelques
réflexions ont trait à la question du rôle joué aux Etats-Unis par le
Ph. D. (doctorat en philosophie), dans la spécification des psycho
logues, vis-à-vis du M. D. (doctorat en médecine). H. P. PSYCHOLOGIE COMPARÉE 319
S.-I. FRANZ. — Psychology and Psychiatry {Psychologie et Psyc
hiatrie). — Ps. Rev., XXIX, 4, 1922, p. 241-249.
La psychologie est aussi indispensable à la psychiatrie que l'ana-
tomie, la ou la chimie : mais il en est d'elle comme de
ces autres sciences : ses résultats ne sont pas directement utilisables
pour le médecin, et un certain nombre d'entre eux n'ont d'ailleurs pas
d'intérêt pour lui. Il serait donc utile qu'il se formât une classe par
ticulière de savants intermédiaires entre les deux sciences, dont le
rôle serait de trier dans la psychologie les données utiles, et de les
mettre au point, en vue de leur application pratique : rôle analogue
à celui que remplissent, par exemple, les chimistes biologiques, ou
les spécialistes de physique médicale.
G. P
1.UIGI LUGIATO. — I Disturbi mentali. Patologia spéciale délie
anomalie dello Spirito [Les troubles mentaux. Pathologie spéciale
des anomalies de V esprit). — In-16 de 840 p., Milan, Ulr. Hœpli,
1922.
L'auteur, qui dirige l'asile provincial de Bergame et professe à
l'Université de Padoue, a voulu écrire un manuel de psychiatrie pour
les profanes, un livre de vulgarisation de cette médecine mentale,
qui reste encore assez peu connue du public cultivé.
Son livre, qui fait partie de l'élégante collection des manuels Hœpli,
est de lecture facile ; il ne s'embarrasse pas de questions générales, et,
après quelques très brèves considérations de psychopathologie, il
donne des monographies des affections mentales dans l'ordre sui
vant : psychoses toxiques, pellagre, psychoses syphilitiques, délires
infectieux, psychoses urémiques, throïdiennes, « phrénasthénies »
(insuffisances cérébrales), cérébropathies (traumatismes cérébraux,
méningo-encéphalites, altérations séniles, etc.), criminalité (folie
morale, immoralité constitutionnelle), perversions sexuelles, épi-
lepsie, névroses traumatiques, neurasthénie, démence précoce,
« paraphrénie » (psychoses paranoides de Kraepelin, délires chro
niques de Magnan), paranoia, psychoses affectives (ps. maniaqua
dépressive), psychoses inclassifiables (déséquilibres mentaux, dégé
nérescences avec quelques brèves considérations sur le génie).
H. P.
CH. BLONDEL. — La conscience morbide. — J. de Ps., fév. 23.
128-146.
Le beau livre de B. La conscience morbide, étant paru en 1914,
a été retardé dans sa diffusion par les événements ;en particulier
il n'a été l'objet que de G. R. assez rares. Récemment l'auteur lui-
même a eu l'occasion d'en exprimer les thèses essentielles dans une
conférence à Genève. Il rappelle que vers 1900, lorsqu'il abordait
les études médicales, la pensée française suivait entre beaucoup
d'autres, deux courants, l'un déterminé par Durckheim et l'école
sociologique, l'autre par Bergson. Si étrangers que parussent l'un à
l'autre ces deux systèmes de spéculation, ils s'accordaient à reeon- 320 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
naître l'inaptitude radicale de la conscience à percevoir le psychisme
individuel autrement qu'à travers des catégories et concepts, dont
l'origine est sans rapport avec le fond intime de chacun et qui sont
fonction soit des modes d'expression et de pensée que le groupe im
pose à l'individu, soit des simples nécessités de la vie pratique.
C'est cette antinomie qui parut à B. ressortir essentiellement de
l'observation des aliénés. Leurs contradictions logiques, leurs inco
hérences d'expression, leurs métaphores, dont il est impossible de
savoir si elles sont métaphoriques ou douées d'un sens plus immédiat,
mais alors inintelligible, autant de traits qui montrent l'inappropria-
tion à ce qu'ils veulent exprimer du langage et des concepts qui sont
d'usage courant et nécessaire dans le commerce des hommes entre
eux et dans leurs relations avec le monde extérieur. C'est donc qu'il
vient à s'imposer chez eux quelque chose d'irréductible aux formes
de la pensée commune et discursive. Or, il n'y a chez l'homme de tel
que les sensations en rapport avec son organisme : c'est la part de
son psychisme qui est essentiellement personnelle, intime,incommu-
nicable
Normalement elle reste ignorée de la conscience, bien qu'agissant
sur elle et faisant par exemple varier l'humeur. Mais s'il advient
qu'elle ne se laisse plus maintenir à l'écart des elaborations cons
cientes, qu'elle tende à s'y incorporer, qu'elle reste adhérente aux
éléments du psychisme qui accèdent habituellement à la conscience
et qu'y pénétrant avec eux elle s'y avère radicalement inexprimable,
alors se produit cet effarement, cet affolement de la conscience,
cette angoisse indicible et ces manifestations totalement inintelli
gibles dont l'aliéné offre le spectacle.
Cette explication des psychoses est très générale et B. la donne
comme telle. Aussi bien que quiconque il sait la diversité des diagnost
ics. Mais il lui semble que, s'il y a,suivant les circonstances, suivant
certaines dispositions individuelles, différenciation des troubles
mentaux, tous pourtant ils traduisent l'invasion du psychisme social
isé ou conscience, par le psychisme irréductiblement individuel et
personnel, ou cénesthésie.
H. W.
A. à" HESNARD. une psychologie — pathologique La néoproductivité autonome). psychique — J. de morbide Ps., février (Esquisse 1923,
93-127.
Névroses ni psychoses ne sont explicables par les fonctions du
psychisme normal. Elles sont toutes dérivées de l'affectivité, c'est-à-
dire des rapports qui s'établissent entre le système nerveux et le
milieu interne. Elles expriment des variations de ce milieu qui op
posent leur réalité endogène à celle du milieu externe. Entre les
deux il ne peut y avoir fusion, conciliation, assimilation ; mais la
nouvelle situation organique n'en tend pas moins à une sorte de
traduction représentative, qui sera plus ou symbolique ; ou
bien elle se juxtaposera à des tendances et sentiments normaux
dont elle activera et pourra dénaturer le développement ; d'autres
fois encore c'est un événement réel qui lui donnera occasion de se
formuler : en ce sens, il y a des psychoses psychogènes. PSYCHOLOGIE COMPAREE 321
La perversion du milieu interne est humorale. Elle résulte de fac
teurs constitutionnels ou héréditaires. Mais des intoxications exo
gènes et accidentelles peuvent aussi la déterminer. Elle donne lieu
aux psychoses lorsqu'elle est si fondamentale qu'il n'y a qu'hété
rogénéité entre ses productions mentales et les effets normaux de la
conscience qui sont en rapport avec le réel. Elle produit les névroses
si la ressemblance est suffisante pour que les néoformations patho
logiques puissent emprunter les appareils d'expression, sensibilité, etc.,
qu'utilise l'activité normale ; le malaise est alors dans la conscience
vis-à-vis d'elle-même.
Ce système d'explication, donné comme propre à rendre compte
de toute la psychopathologie, est nécessairement fondé sur des anti
cipations très vagues. Il n'y a encore à l'heure actuelle qu'indéter
mination sur les conditions et particularités du milieu humoral et
sur ses rapports avec les fonctions nerveuses. Evidemment l'i
mportance en paraît telle qu'il est devenu banal d'y pressentir une
cause possible du dérangement psychique. L'originalité de l'auteur
est d'y voir la cause essentielle et unique de tout ce qu'il peut y avoir
de névroses et de psychoses.
H. W.
O. DECROLY. — Parallèle entre les troubles mentaux de l'adulte
et de l'enfant. — J. de N. et de Ps. Numéro psychiatrique, 23,
1923, p. 30-34 et 41-45.
Dans ce discours présidentiel de la Société de médecine mentale
de Belgique, Decroly défend l'idée d'une psychiatrie infantile auto
nome différente de celle de l'adulte. Tout en reconnaissant qu'il
existe des âges où se fait la transition de l'anomalie mentale de l'en
fant à celle de l'adulte, et que certains adultes restés infantiles re
lèvent encore de la psychiatrie de l'enfant, il montre les différences
entre les deux formes de et en détermine les facteurs, qu'il
énumère dans l'ordre suivant :
1° Dans le métabolisme d'un cerveau en évolution, la répercussion
de l'état humoral peut entraîner des états définitifs d'insuffisance ;
2° Les sens et l'activité motrice étant nécessaires au développe
ment normal des fonctions supérieures, les troubles sensoriels et
moteurs créent des états d'insuffisance chez l'enfant, empêchant
l'établissement de son équilibre mental, sans troubler celui de l'adulte ;
3° Du fait de l'absence ou de l'incomplète évolution de certaines
tendances instinctives, des perturbations dans le jeu de ces ten
dances ne peuvent manifester leur répercussion chez l'enfant comme
chez l'adulte ;
4° Le rôle des troubles de l'attention est aussi plus grave dans
l'enfance en enrayant l'évolution des mécanismes mentaux, et les
intérêts sont d'ordre différent, étant davantage régie par
les sentiments inférieur ;
5° Les fonctions mentales supérieures insuffisamment développées
ne peuvent former chez l'enfant un contrepoids aussi efficace que
chez l'adulte aux tendances instinctives qui se déploient plus libr
ement ;
l'année psychologique, xxiv. 21 322 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
6° Les troubles de langage ont encore chez l'enfant des consé
quences notablement plus graves que chez l'adulte ;
7° La stabilité des habitudes éducatives est moindre chez l'enfant,
et leur efficacité également ;
8° L'action du milieu est différente.
Enfin, il y a des troubles qui n'existent que dans l'enfance, la mort
survenant de façon précoce, et les conséquences sociales des affections
mentales enfantines sont nettement moins importantes.
Pour synthétiser sa conception générale, Decroly fait appel à la
comparaison suivante : « L'ensemble des fonctions mentales thez
l'enfant rappelle l'échafaudage qui s'élève pièce par pièce et où les
parties sont étroitement solidaires, au point que l'absence d'urt bou
lon peut empêcher que la charpente entière s'achève, tandis que,chez
l'adulte, il rappelle plutôt une construction de matériaux durs
achevée, dont un éboulement peut détruire une partie des fondations,
mais laisser intacte certaines chambres des étages supérieurs ». Et
il conclut que « le traitement des anomalies mentales infantiles ne
peut porter de fruits, si l'on part exclusivement du point de vue de la
psychiatrie de l'adulte ».
H. P.
W. STViOHMAYER. — Die Psychopathologie des Kinderalters {La
psychopathologie de V enfance). — • Munich, 1923, Bergmann, 359 p.
L'auteur, professeur à l'Université d'Iéna, a rassemblé une série
de conférences destinées aux médecins et aux pédagogues. Partant
des anomalies mentales les plus faibles, il conduit son auditoire aux
maladies intellectuelles les compliquées : étiologie et prophyl
axie de la nervosité chez l'enfant, constitutions psychopathiques,
neurasthénie et chorée ; hystérie et épilepsie ; faiblesse d'esprit, etc.
Dans des pages pleines d'intérêt, il marque les rapports qui doivent
exister entre la psychiatrie et la pédagogie, toutes deux se complét
ant, mais aucune n'étant subordonnée à l'autre. Relevons, par
exemple, cette phrase : « l'école est le domaine propre, originel du
pédagogue, dans lequel le psychiatre est un invité ». Mais « quiconque
veut dire son mot dans la terre-frontière, doit comprendre la langue
du voisin », et c'est pour amener cet accord entre les deux que St. a
écrit son ouvrage dans un style que chacun peut comprendre.
J. F.
F. A. DELMAS. — Psychopathies organiques et psychoses consti
tutionnelles. — Soc. de Psychiatrie, 17 octobre 1922 ; J. de Ps.,
février 1923, 169-176. — P. JANET. — A propos de la communic
ation de M. Delmas à la Société de Psychiatrie. — Soc. de psychiat
rie, 16 novembre 1922 ; J. de Ps., février 1923, 176-180.
Delmas cherche à fonder sur des caractères non seulement d'at
tente, mais spécifiques, la distinction usuelle des psychoses en psy
choses à lésions cérébrales et psychoses constitutionnelles. Il lui
paraît arbitraire de postuler qu'à une psychose actuellement sans
anatomie pathologique, répondent des lésions qui seront connues
plus tard ; dans une cellule peuvent se produire des modifications PSYCHOLOGIE COMPAREE 323
qui ne sont pas structurales et, par nature échappent à tout eon trôle
histologique ; le système cérébro-spinal peut d'autre part réagir à
des lésions ayant Jeur siège ailleurs. C'est ainsi que les psychoses
constitutionnelles paraissent avoir leur point de départ dans le
système sympathique, s'il est vrai qu'elles sont d'origine essentiell
ement affective- active, système de fonctions que le sympathique
paraît tenir sous sa dépendance. Aux modalités individuelles de
l'activité répondrait la diversité des tempéraments
et constitutions psychiques, dont les psychoses constitutionnelles
marqueraient, suivant leur variété, le simple excès ou déséquilibre
dans tel sens ou tel autre. Si bien qu'elles s'opposeraient aux psy
choses cérébrales non seulement par l'absence de lésions cérébrales,
mais parce qu'au lieu de substituer au fait normal le fait patholo
gique r elles s'uniraient au normal par une suite d'insensibles transi
tions et s'expliqueraient par lui, tout en permettant de mieux l'ana
lyser, puisqu'elles en seraient le simple grossissement.
C'est sur cette opposition du normal et du pathologique que Janet
fait porter son essentielle objection. La production par une lésion
d'un fait pathologique sans rapport avec le normal lui paraît chose
inconcevable et d'ailleurs en contradiction avec un principe sur
lequel se fondent les recherches de physioneurologues tels que Hugh-
lings Jackson, Sherrington, Head, pour qui toute lésion d'un centre
se traduit exclusivement par l'exagération des fonctions inférieures
qu'il tenait sous son contrôle. Quant à la distinction lésionnelle ou
fonctionnelle, elle est à rigoureusement parler indéfinissable. Fonct
ionnel, le trouble qui ne paraît pas définitif ; organique, celui qui
semble interdire l'espoir d'une récupération totale. Et, si tel est bien
le sens courant de ces locutions, on pourrait ajouter que, l'autopsie
révélant souvent des lésions alors que la restauration fonctionnelle
avait été pratiquement totale, le critère lésion devient tout à fait
incertain.
H. W.
M. DE FLEUR Y. — Psychoses et anatomie pathologique. — J. de
Ps., janvier 1923, p. 82-85.
Plaidoyer en faveur des cinq psychoses sans anatomie patholo
gique : la psychose maniaque- dépressive, la psychose émotive
anxieuse, la perverse, la mythomanie-hystérie, et la para
noïa sous sa forme interprétative et revendicative. Suivant l'auteur
elles n'en auront jamais, sont éminemment constitutionnelles et
leur intérêt psj^chologique est capital.
H. W.
SOLLIER et COURBON. — De l'imagination au délire et au rêve.
— J. de Ps., décembre 1923, p. 932-938.
En dehors de l'imagination reproductrice qui est mémoire, il y a
l'imagination constructive ou réaliste et l'imagination représentat
ive ou capacité d'évoquer la scène d'un récit, d'une description, etc.
L'imagination tournée vers le réel tend au délire d'in
vention, et, vers l'irréel, au mythe. Intériorisée, l'imagination mytho- 324 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
gène produit la rêverie, le mentisme, ou des fictions bien ordonnées
et romanesques.
Extériorisée, elle se confond avec la mythomanie volontaire et
consciente, celle qui s'oppose au mensonge comme l'offensive à la
simple défensive. Si le sujet est dupe de son imagination, il y a sug-
gestibilité, délire d'imagination ou fabulation incohérente. C'est
encore le rêve qui distingue le rêve de la rêverie, et non le sommeil,
puisqu'il peut y avoir rêve à l'état de veille ou vigilambulisme et
onirisme. L'hystérie ne serait qu'un état continu de vigilambulisme.
H. W.
M. MIGNARD. — Sut la nature de l'automatisation mentale dans
les états d'aliénation. L'emprise organo-psychique. — Soc. de Psy-
chol., juin 1922 ; J. de Ps., janvier 1923, p. 66-74.
Les idées d'influence dont M. cite un cas, lui semblent particu
lièrement favorables à l'illustration de sa thèse dualiste, puisque le
malade lui-même explique ce qu'il éprouve par l'emprise sur sa
personne ou sa pensée de forces étrangères. Il suffit, pour rendre
exact son témoignage, de remplacer les agents physiques ou démo
niaques dont il se croit victime, par l'emprise sur sa conscience, sur
son psychisme, des réactions organiques, qui seules peuvent donner
un support à la notion de maladie. Au lieu de rester soumises ou
relativement indifférentes à sa pensée, elles l'accaparent, la sous
traient à elle-même, d'où résulte à proprement parler l'aliénation.
Cette conception pourrait ne pas s'opposer à une étude positive
de la psychopathologie, si, la distinction radicale de l'esprit et du
corps restant purement philosophique, la différenciation des troubles
mentaux devait se faire seulement d'après leurs conditions object
ives. Mais la pensée de l'auteur est loin d'avoir cette netteté. A
ce principe autonome, absolu, qu'il appelle conscience, esprit, psy
chisme, et qu'il identifie avec le sujet ou la personne, ü attribue un
pouvoir de direction, d'intervention, qu'il traite lui-même de myst
érieux, bien qu'enregistrable par l'expérience introspective. Il lui
prête même un contenu, comme il apparaît dans son explication
de la démence précoce, dont les rémissions répondraient aux pé
riodes où l'esprit, se dégageant des influences organiques, des au
tomatismes moteurs qui le détournaient de lui-même, reprend pos
session de son propre fond mental.
Ainsi reviennent à surgir ces entités inconditionnées, jadis invo
quées sous le nom d'âme et facultés de l'âme, dont l'analyse et la
connaissance scientifiques n'ont jamais rien pu tirer. Effectivement
l'auteur expliquera, par exemple, les hallucinations par le jeu sans
contrôle d'une imagination objectivante et son ultime conception
de la psychologie tient dans l'opposition d'un esprit, en lui-même
incorruptible, mais sujet à se laisser entamer et entraîner par les
forces de l'organisme d'où seul peut résulter le mal.
H. W. PSYCHOLOGIE COMPAREE 325
G. HALBERSTADT. — Une question de doctrine psychiatrique :
la psychose délirante degenerative aiguë. — Ann. méd. ps., Série
XII. II, 2, 1922r p. 100-118.
L'auteur est de ceux qui trouvent la simple définition et délimi
tation des syndromes mentaux une œuvre décevante et qui cherchent
dans l'étiologie et dans l'évolution les caractères fondamentaux par
Jesquels se distingueraient entre elles les maladies psychiques. C'est
le principe même de Kraepelin, dont il paraît accepter la classifica
tion nosographique, mais en trouvant que la démence précoce et la
psychose maniaco-dépressive ont des limites beaucoup trop vastes
et que bien des cas ont été classés dans l'une et dans l'autre, qui
n'appartiennent ni à l'une ni à l'autre: ainsi, dit- il, la catégorie de
ceux qui ont été rapportés tantôt à la confusion mentale, tantôt à la
psychose hallucinatoire aiguë, tantôt à la paranoïa aiguë. Pour la
confusion, si elle a été, depuis que Chaslin en a rétabli la notion,
étendue à des cas où elle n'avait que faire. Kraepelin n'en est certes
pas responsable. Il n'a cessé de rappeler dans son enseignement les
stricts caractères en dehors desquels ce diagnostic lui semblait ill
égitime ; il se refusait en particulier à l'identifier totalement,
comme Régis, avec le délire hallucinatoire aigu et les psychoses
toxi- infectieuses. Sa méthode était d'analyse exacte, de délimi
tation scrupuleuse, non d'extension à outrance. C'est plutôt à la
« paranoïa aiguë », où les hallucinations sont fréquentes, que se
rapportent les cas envisagés. Mais, élimination faite de ce qui re
vient à la démence précoce et à la psychose maniaco-dépressive, ils
-ne diffèrent pas de ces délire d'emblée, polymorphes et transitoires,
que Magnan rapportait à la dégénérescence mentale. C'est le grou
pement que l'auteur propose de restituer. Pour achever de lui con
quérir tous ses droits, il conviendra que la dégénérescence puisse être
connue à des signes spécifiques, au lieu d'être simplement induite
de l'événement qu'elle doit expliquer. Son rôle propre serait à
déterminer également, en regard des causes psychiques dont l'au
teur dit l'intervention fréquente dans ce genre d'affections. Il
indique, en outre, leur grande similitude avec le délire hystérique.
Effectivement il s'agit là de faits encore mal interprétés, mal
•classés, mal connus, dont l'étude est à reprendre.
H. W.
HENRY DEVINE. — The Reality- feeling in Phantasies of the
Insane {Le sentiment de réalité dans les imaginations délirantes). —
Br. J. of Med. Ps., III, 2, 1923, p. 81-94.
L'étude d'un cas spécial de mégalomanie conduit l'auteur à sou
ligner la différence entre une psychose et une psycho-névrose. Le
pathologique n'est pas purement l'exagération du normal. Les
images qui constituent. les délires sont naturellement en un sens des de mémoire, des reproductions de choses vues, entendues ou
imaginées par le patient (analogues aux rêves). Ce n'est pas l'occu-
rence, ou la structure du délire, qui constitue le caractère anormal,
c'est le sentiment de réalité, de « cela m'est arrivé ». Le patient ne
■crée pas son délire, II n'est qu'un spectateur intéressé. Sans lui,

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