Psychologie pathologique. Psychanalyse - compte-rendu ; n°1 ; vol.51, pg 503-534

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L'année psychologique - Année 1949 - Volume 51 - Numéro 1 - Pages 503-534
32 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1949
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III. Psychologie pathologique. Psychanalyse
In: L'année psychologique. 1949 vol. 51. pp. 503-534.
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III. Psychologie pathologique. Psychanalyse. In: L'année psychologique. 1949 vol. 51. pp. 503-534.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1949_num_51_1_8546— Psychologie pathologique. Psychanalyse. III.
137. — DELAY (J.). — Méthodes biologiques en clinique psychiat
rique. — In-8° de 536 pages, Paris, Masson, 1950.
L'ouvrage du Professeur Delay, qui sera suivi d'un second volume
sur les Méthodes psychologiques en Clinique psychiatrique rassemble
l'ensemble des travaux de l'auteur et de ses élèves, effectués dans
le cadre de la Clinique des maladies mentales et de l'encéphale. Il
se propose d'en faire la synthèse. A ce titre il ne se présente donc pas
comme un traité, mais comme l'exposé des conclusions des recherches
effectuées dans différents domaines de la psychiatrie biologique.
Le premier chapitre est consacré à l'éie^'ro-encéphalographie.
Dès 1939 J. Delay avec I. Bertrand et Mlle Guillain avait publié
un ouvrage, le premier en langue française, qui faisait le point des
connaissances de l'époque sur cette technique alors très récente.
Depuis J. Delay n'a cessé de consacrer à différents aspects de ce mode
d'exploration des travaux originaux. Parmi ceux-ci, nous citerons
l'activation des tracés par la méthode au scopo-chloralose, le syn
drome électro-encéphalographiquo de la maladie d'L'nverricht, les
formes mentales atypiques de l'épilepsie psychique, l'épilepsie géno-
typique; l'épilepsie abdominale, les applications médico-légales du
diagnostic E. E. G. de l'épilepsie. Mais à côté de ces recherches qui
restent dans le domaine classique de l'épilepsie, l'auteur a également
étudié la contribution de cette méthode au diagnostic ou au pro
nostic des psychoses non épileptiques : les oligophrénies, les démences
degenerative» et toxi-infectieuses, les comas, les états narcoleptiques.
Si dans ce groupe d'états les résultats sont souvent d'une grande
valeur, il en va tout autrement dans les psychoses non organiques,
schizophrénie, délire chronique, psychonévroses, hystérie.
Le second chapitre traite de l'encéphalographie gazeuse et de la
pneumothérapie cérébrale. J. Delay a, avec ses élèves, consacré de
nombreuses recherches à cette méthode, jusqu'alors relativement
peu pratiquée en France. L'encéphalographie gazeuse réalise une
véritable autopsie sur le vivant. Elle a même certaines supériorités
sur l'autopsie : la possibilité de mettre en évidence des modifications
morphologiques fonctionnelles dynamiques, capables cependant
d'être à l'origine de troubles psycho-pathologiques. A ce point de vue
les modifications mises en évidence par l'encéphalographie gazeuse
sont fréquemment confirmées par les constatations opératoires, 504 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
neuro -chirurgicales. Trois grands chapitres sont successivement
envisagés : les encéphaloses, démences dégénératives sénile, présé-
nile, adulte ou précoce, se traduisent anatomiquement par des pro
cessus d'atrophie cérébrale. La maladie de Pick-Alzheimer offre un
des champs d'étude les plus intéressants : il est possible en particulier
d'établir des corrélations anatomo-cliniques frappantes (troubles
du langage, syndromes agnoso-aphaso-apraxique). Les encéphalites
ont comme type l'encéphalite syphilitique de la paralysie générale.
Dans cette démence, l'auteur a montré que l'aspect encéphalogra-
phique pouvait être rangé dans une des quatre catégories qu'il a
individualisées, et qui ont chacune un pronostic précis. L'encépha
lographie gazeuse a également une valeur diagnostique dans les oli-
gophrénies où elle permet de préciser la nature de la malformation
cérébrale sous-jacente. Enfin dans les délires chroniques la méthode
met souvent en évidence des images pathologiques d'atrophie céré
brale. Très souvent ces images sont en rapport avec un processus
d'arachnoïdite, parfois accessible à la thérapeutique neuro-chirurg
icale.
Il semble qu'en général il soit beaucoup plus exceptionnel de
rencontrer des altérations dans les délires de structure paranoïaque
que dans les délires de structure paranoide, bien qu'il semble qu'on
puisse en rencontrer dans la paranoïa de Kleist. La pneumothérapie
cérébrale, c'est-à-dire la possibilité d'obtenir des modifications
psychologiques thérapeutiques par l'introduction d'air dans les
cavités encéphaliques, peut d'après J. Delay être divisée en deux
méthodes différentes : d'une part une stimulation cérébrale à point
de départ diencéphalo-hypophysaire qui s'exerce sur des syndromes
mentaux et somatiques très divers et constitue un traitement non
spécifique dont le mode d'action s'apparente à celui des méthodes
de choc. D'autre part un traitement spécifique de l'hypotension
intra-crânienne justiciable du regonflage ventriculaire. Psychologi
quement ces dernières correspondent généralement à des états
confusionnels. Par contre le pneumo-choc, véritable traitement de
choc a minima, agit éventuellement sur les états thymiques, exci
tation maniaque, dépression mélancolique, schizophréniques,
et aussi sur les états noétiques (par exemple sur le syndrome nar-
coleptique). L'action de l'encéphalographie gazeuse peut s'observer
également dans le domaine des régulations physiologiques neuro
végétatives et humorales. Cette action est dans l'ensemble super-
posable à celles que l'auteur a décrites dans l'électro-choc, et cette
analogie lui sert d'argument en faveur du point d'action encéphalo-
hypophysaire de la pneumothérapie cérébrale.
La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée aux méthodes
de choc et à la psycho-chirurgie. Les travaux de Jean Delay sur
l'électro-choc sont trop connus pour qu'il soit utile d'insister sur
ce chapitre considérable de cent pages, et qui comporte une biblio- PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE. PSYCHANALYSE 505
graphie de cent publications personnelles sur le sujet, en y compre
nant le volume P Electro- choc et la psycho-physiologie, paru en 1946
chez Masson. Les conceptions de l'auteur sont résumées dans le
paragraphe suivant : « L'action psychothérapeutique du choc peut
être systématisée sous deux chefs : la régulation de l'humeur et
la régulation de la conscience. La première est manifeste dans les
psychoses dites thymiques où le trouble fondamental intéresse le
tonus instinctivo-afîectif de base, c'est-à-dire l'humeur : ainsi dans
la manie et la mélancolie, où l'hyperthymie, douloureuse dans l'une,
euphorique dans l'autre, conditionne tout le reste du tableau cl
inique; ainsi certaines schizophrénies où l'hypothymie, atonie
de l'humeur traduisant un déficit profond des instances instinctives
et émotionnelles, apparaît le trouble initial. La seconde s'observe
dans les psychoses confusionnelles et oniriques, et dans toute la
gamme des états crépusculaires, qui traduisent une dissolution de
la conscience entendue dans son sens biologique de vigilance. Ces
états hypnoïdes, caractérisés par un déficit de l'activité noétique
avec libération d'automatismes oniriques sont en effet assimilables
aux différents degrés du sommeil et du rêve ; ce sont des états
hypnoïdes. Par quel mécanisme se produisent les transformations
psychiques qu'entraîne l'électro^choc ? Certes le problème est loin
d'être définitivement élucidé, mais les données nouvellement acquises
chez l'homme par des cliniciens et des neuro-chirurgiens, chez l'an
imal par des expériences de décérébration, sur le rôle psycho-phy*
siologique du diencéphale ou cerveau intermédiaire, permettent
d'entrevoir une explication. » Cette conception est appuyée par les
constatations cliniques et biologiques de l'auteur dont on connaît
la contribution capitale en ce dernier domaine.
Dans la psycho-chirurgie, l'auteur distingue la psycho -chirurgie
lésionnelle, qui intéresse les tumeurs, les méningites et autres néo
formations pouvant entraîner des troubles psychiques, et la psycho*
chirurgie fonctionnelle, comprenant les interventions dont le type
le plus habituel est la lobotomie. A ce sujet, il expose sa conception
personnelle du mécanisme d'action de la lobotomie. Cette action
est double : d'une part, la lobotomie a une action comparable à
l'électro-choc, en ce sens qu'elle produit une modification des interac
tions cortico-basolaires. Cette action suffit à expliquer les résultats
obtenus dans la sphère thymique (dans la mélancolie d'involution
par exemple).
L'auteur insiste à ce propos sur deux points : d'une part, il serait
simpliste d'invoquer une action sur l'hypothalamus isolément. De
même que dans l'électro-choc, l'action porte sur les connections
fronto-hypothalamiques. D'autre part, le rôle du thalamus est en
réalité en jeu, non pour son activité propre, mais à cause de son
caractère de relais vers le carrefour hypothalamo-hypophysaire du
diencéphale. L'autre action de la lobotomie est purement' frontale. 506 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
C'est elle qui a été mise en. avant par exemple par Mayer Gross.
Pour Jean Delay, le rôle du syndrome frontal, qui n'est pas cons
tant après lobotomie, est limité aux améliorations cliniques obtenues
dans les états obsessionnels. Dans ces cas l'amélioration clinique
est conditionnée par les modifications antagonistes de la personn
alité, dues à l'intervention.
La troisième partie de l'ouvrage est consacrée aux psychoses
humorales et hormonales. A ce sujet, J. Delay rappelle que Rémy
Collin a insisté à juste titre sur l'ambiguïté du terme humeur dans
la langue française, terme qui signifie à la fois les liquides physio
logiques et les comportements psychologiques qui, pour une large
part, en dépendent. Les psychoses humorales peuvent être étudiées
sous trois aspects. Le premier comprend les psychoses dues aux
intoxications par insuffisances des grands émo'nctoires, rein et foie.
Dans les insuffisances rénales le tableau de l'encéphalo-toxicose
azotémique a fait depuis longtemps l'objet de recherches de Jean
Delay. Dans ce cadre, il a étudié et isolé par
chloropénie, qu'il a opposé aux faits groupés sous le nom d'encé
phalites azotémiques.
Parallèlement à ces syndromes l'auteur étudie les syndromes
hépato-encéphaliques, dont il décrit en détail un cas particulière'
ment démonstratif. Le deuxième aspect comprend les psychoses
dysmétaboliques. C'est essentiellement à l'oligophrénie phényl-pym-
vique qu'est consacré ce chapitre, en raison du caractère exemplaire
de l'affection qui démontre de façon évidente les relations entre le
métabolisme d'un acide aminé, la phényl-alanine et les fonctions
intellectuelles. L'auteur rapporte les travaux qu'avec ses collabo
rateurs il a poursuivis pour préciser la nature biochimique de la
maladie, et certains de ses aspects cliniques. Enfin le troisième
aspect des psychoses humorales est constitué par les psychoses
dyscrasiques, terme qui recouvre les affections mentales associées
aux troubles de la erase sanguine, problème obscur qu'ont partiell
ement éclairci les découvertes de l'anaphylaxie et des incompatibilit
és sanguines par le facteur Rhesus. L'étude des oligophrénies Rhes
us, dont l'auteur rapporte deux cas cliniquement fort démonstrati
fs, constitue dans ce domaine une découverte récente, dont on
ne saurait sous-estimer l'importance.
Les psychoses hormonales constituent un terrain qu'il convient
d'aborder avec prudence. Jean Delay souligne fort justement : « La
thèse endocrinienne en psychiatrie a donné lieu, comme en psy
chologie, à des exagérations regrettables... Il en est résulté une
méfiance vis-à-vis des recherches endocriniennes en pathologie
mentale qui n'est pas un facteur de progrès. » La pathologie de la
thyroïde comprend deux versants : les hypo thyroid ie s dans lesquelles
le traitement opothérapique donne en règle une amélioration ou
une guérison> les psychoses hyperthyroïdienneâj beaucoup pîtw cou** PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE. PSYCHANALYSE 507
plexes, à propos desquelles Jean Delay propose de distinguer trois
ordres de faits : psychoses hyperthyroïdicnnes vraies, psychoses
parabasedowiennes, et psychoses chez des basedowiens. Les psy
choses hyperthyroïdiennes soulèvent le problème du rôle de la
région diencéphalo-hypophysaire dans la genèse et de l'hyperthy-
roïdie elle-même, et des troubles mentaux associés. Le rôle de ce
complexe dans les états schizophréniques est souligné par leg résul
tats des recherches de l'auteur sur le test d'Aron dans la démence
précoce, et par l'étude de l'endocrino-névrose juvénile que réalise
l'anorexie mentale classique. La pathologie de la sécrétion endocrine
du pancréas pose des problèmes analogues. L'hypoglycémie peut
en effet entraîner des manifestations cliniques diverses, narcolepsies,
états crépusculaires, comas, epilepsies, dont l'auteur rapporte des
observations. Mais de toute façon se pose le problème du niveau
du trouble générateur, qui peut s'étager du pancréas lui-même à
l'hypophyse. On se trouve également ramené au rôle de l'hypo
physe et de l'hypothalamus dans les psychoses gonadiques.
Les recherches de l'auteur sur le groupe des psychoses du post-
partum, utilisant la technique de la biopsie endométriale, soulignent
que, mises à part les psychoses puerpérales infectieuses, qui cons
tituent un groupe spécial, les autres psychoses ont un pronostic
qui peut être posé par l'examen de l'endomètre, reflet lui-même
du fonctionnement endocrinien.
Le deuxième chapitre est consacré aux nouvelles chimiothérapies
en psychiatrie. L'auteur s'est volontairement limité aux chimio
thérapies stricto sensu et dans celles-ci mêmes aux plus importantes
acquisitions de la dernière décade.
La pénicillothérapie a ouvert des horizons thérapeutiques nou
veaux, non pas tant dans la paralysie générale, malgré l'intérêt
de certains résultats, que dans les délires aigus azotémiques.
L'épilepsie a bénéficié de l'apport de nouveaux médicaments,
parmi lesquels les hydantoïnes, dont J. Delay étudie l'action curieuse
de transformation d'épilepsie motrice en épilepsie psychique, et
les accidents. Il faut citer aussi les tridiones et les amphétamines
dont les indications sont l'épilepsie morphéique.
Les amines psychotoniques constituent un groupe de produits
dont l'action a été étudiée sous divers aspects par J. Delay et ses
collaborateurs. C'est surtout à l'étude de la méthyl-amphétarnine
qu'il s'est attaché. Il a décrit sous le nom de choc amphétaminique
l'action de l'injection intra-veineuse de 30 milligrammes de méthyl -
amphétamine et étudié son effet dans les différents syndromes
mentaux. Indépendamment d'autres actions thérapeutiques inté
ressantes, ce produit a une action sédative sur l'agressivité des
débiles mentaux.
L'acide glutamique, acide aminé naturel, est un des derniers
venus dans l'arsenal thérapeutique psychiatrique > Cette thérapeu- 508 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
tique a soulevé un grand intérêt car c'est à l'heure actuelle la seule
qui permet d'élever de façon significative le Q. I. des débiles men
taux. L'auteur a montré que cette modification du Q. I. pouvait
être également observée dans l'oligophrénie phénylpyruvique.
Les dinitriles dont l'action thérapeutique en psychiatrie a été indi
quée par Hyden et Hartelius en Suède ont donné lieu à des recherches
récentes de J. Delay. Il a montré l'intérêt de l'emploi d'un nouveau
dinitrile, le dinitrile succinique dans le traitement des états dépressifs.
Enfin dans le même cadre des chimiothérapies, J. Delay étudie
les techniques de conditionnement dans le traitement de l'alcoolisme
par le bisulfure de tetra-ethyl-thiuram, et l'action de l'amytal
sodique dans la sedation de l'anxiété.
Le dernier chapitre du volume est consacré aux explorations
pharmacodynamiques du psychisme. Jean Delay passe tour à tour
en revue le haschich, l'éther, la mescaline, le choc amphétaminique
et la narco-analyse. A propos du haschich, il relate une observation
d'onirisme haschichin dont le contenu psychologique est d'un
exceptionnel intérêt. A propos de l'éther dont l'action thérapeutique
abréactive est bien connue, l'auteur, à propos d'une observation
personnelle signale la possibilité d'abréaction spontanée au cours
d'anesthésies chirurgicales, qui peuvent nécessiter un traitement
par narco-analyse.
Le choc amphétaminique a une action complexe. Dans les états
maniaques tout en augmentant habituellement l'agitation maniaque,
il peut avoir dans certains cas un effet d'inversion de l'humeur à
type mélancolique. Dans la dépression mélancolique on observe
une exaltation souvent spectaculaire de la Symptomatologie. Dans
la schizophrénie l'aggravation transitoire du syndrome, avec sou
vent apparition de manifestations catatoniques, peut être objectivée
par le test de Rorschach, et la technique trouve son indication dans
le diagnostic des formes frustres et atypiques.
La narco-analyse a fait depuis cinq ans l'objet de nombreux
travaux de Jean Delay. Dans son ouvrage il systématise les résultats
obtenus. Après avoir fixé les critères qu'il considère comme indi
spensables à la véritable narco-analyse, l'auteur passe en revue le
rôle de cette technique d'exploration dans les réticences non déli
rantes et délirantes, dans les amnésies, les syndromes psycho
somatiques, à propos desquels il expose sa conception de la médecine
psycho-somatique,et plus particulièrement des rapports entre troubles
fonctionnels et lésions organiques, de la genèse émotionnelle, des
mécanismes de conversion. Il conclut sur le problème si actuel et
discuté de la narco-analyse en médecine légale, avec ses deux faces,
valeur médico-légale de la narco-analyse, légitimité de la narco-
analyse en médecine légale.
L'importance de ce volume est évidente. On y trouve rassemblée
de façon systématique la pensée du Professeur Jean Delay élaborée PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE. PSYCHANALYSE 509
à partir de nombreux travaux originaux poursuivis avec ses coll
aborateurs de la Clinique des maladies mentales de la Faculté de
Médecine. A ce titre ce volume marque une date importante dans
la rénovation de la pensée psychiatrique française, et souligne le
souci constant de l'auteur d'intégrer données biologiques et psy
chologiques dans un ensemble cohérent. L'ampleur des problèmes
évoqués rend difficile une étude détaillée des différents aspects patho
logiques envisagés. Il nous semble que l'ouvrage illustre magistra
lement la définition que l'auteur proposait de la psychiatrie dans sa
leçon inaugurale de la chaire des Maladies mentales et de l'Encé
phale, lorsque s'adressant aux étudiants il la caractérisait comme
« une science vive, ouverte, largement ouverte à ces problèmes fo
ndamentaux dont aucun homme ne peut se désintéresser ».
P. P.
138. — BESSIÈRE (R.), FUSSWERK (J.). — - L'hypno-analyse
dans les états schizophréniques et l'automatisme mental. — In-8°
de 251 pages, Masson, Paris, 1950.
Les auteurs ont utilisé la subnarcose barbiturique dans l'explo
ration et le traitement des états schizophréniques et délirants.
La première partie, qui comprend des observations très détaillées
de cas cliniques, aboutit a un essai de synthèse personnelle sur la
psycho-pathographie de la schizophrénie. Celle-ci se résumerait
ainsi : le délire et les conduites ne sont que l'expression de toute
l'histoire du malade dont ils font partie, et, étant des phénomènes
positifs de libération, ne peuvent se manifester que sous l'influence
de troubles évolutifs ou de processus organiques ou biologiques
entraînant la non-évolution ou une dissolution de fonctions psy
chiques supérieures, constituant les phénomènes négatifs.
La seconde partie est consacrée aux idées d'influence et à l'aut
omatisme mental. Basée elle aussi sur une importante casuistique, elle
aboutit à la conclusion que, comme le délire, auquel il est intimement
lié, l'automatisme mental apparaît à la faveur d'une dissolution
des fonctions psychiques supérieures, habituellement représentée
par un état confusionnel avec sa libération onirique. Grâce à l'hypno-
analyse il suffit de rechercher ces antécédents oniriques pour les
retrouver. Cette constatation confirme l'idée que le rêve est le phé
nomène primordial de la psychopathologie.
Cet ouvrage se termine par un exposé des résultats thérapeutiques
que l'on peut obtenir par l'hypno-analyse dans les psychoses, et
par une comparaison de la psychanalyse et de l'hypno-analyse, dont
les auteurs considèrent les avantages comme considérables, encore
que l'on pourrait discuter certaines de leurs conclusions sur ce point
(en particulier lorsqu'ils déclarent que « la liquidation du transfert,
souvent difficile pour le psychanalyste, ne se pose pas pour l'hypno- 510 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
analyste », affirmation qui vaut peut-être dans leur expérience per
sonnelle, mais qui n'est certainement pas vérifiée dans tous les cas).
Au total cet ouvrage présente un intérêt certain, tout particuli
èrement par la pénétrante analyse du matériel découvert par l'hypno-
analyse, et par l'originalité des méthodes thérapeutiques préconisées
et exposées avec la plus grande minutie.
P. P.
139. — EY (H.). — Etudes psychiatriques. II : Etudes sémiolo
giques. — In-8° de 547 pages, Paris, Desclée de Brouwcr, 1950.
Ce deuxième volume des Études psychiatriques de Henri Ey con
tinue l'exposé de son Histoire naturelle de la folie. Il réunit le déve
loppement d'un certain nombre de tableaux sémiologiques qui sui
vant l'auteur « ne sont pas des symptômes constants et simples.
Chacun d'eux représente un, « monde » et constitue un des aspects
de l'immaturation ou de la décomposition de la vie psychique qui
varient de signification et de nature avec les divers niveaux de la
conscience morbide et leurs formes d'organisation et d'évolution...
L'unité clinique psychiatrique est la structure névrotique ou psy
chotique dans son mouvement évolutif ».
Dix études constituent ce volume, qui doit être suivi de deux
autres. L'étude n° 9 est consacrée aux troubles de la mémoire. La
mémoire « aspect de l'activité psychique qui assure le rappel du passé »
est étudiée dans l'optique jacksonienne, permettant de classer les
troubles de la mémoire suivant deux principes, principe de la disso
lution partielle ou globale des fonctions amnésiques qui sépare amnés
ies neurologiques (agno.sies, apraxies, aphasies) et amnésies psy
chiatriques, principe du double aspect négatif et positif de chaque
dissolution, qui permet de classer d'une part les amnésies et leg dys-
mnésies (troubles négatifs) et d'autre les hypermnésies, les
illusions de la mémoire, et les paramnésies (troubles positifs). L'au
teur étudie alors les aspects cliniques de ces divers troubles, positifs
et négatifs, et cherche à en dégager une conception générale de la
mémoire. Pour lui la « mémoire » est constituée par une série de fonc
tions hiérarchiques. Les « troubles de la mémoire » peuvent « être
considérés comme la substance phénoménologique de tous les symp
tômes des névroses et des psychoses pour autant que celles-ci sont
des effets plus ou moms directs de la dissolution de conscience, c'est-
à-dire de l'altération des liens qui unissent dans les temps la forme
d'existence actuellement vécue à l'existence enfouie et à l'existence
possible ». Il est regrettable que, dans le cadre d'un tel travail, la
thèse de doctorat es lettres de Jean Delay sur les « dissolutions de
la mémoire », qui marque une date importante dans les études sur
la psycho pathologie de la mémoire, ne soit, l'objet que d'une mention
épisodique de quelques lignes, et ne soit même pas citée dans le Psychologie pathologique, psychanalyse 511
paragraphe sur x aperçu psychopathologique sur la mémoire et
ses troubles ».
L'étude n° 10 est consacrée à la catatonic. Elle comprend un exposé
très complet de l'historique du problème, un exposé des aspects
cliniques, étiologiques, pathogéniques et les conclusions de l'auteur,
qui considère que « les divers comportements catatoniques sont
conditionnés par un processus de dissolution globale et apicale des
fonctions psycho-motrices », cette régression se manifestant en cl
inique par des tableaux divers « qui caractérisent les divers aspects
psycho-moteurs des différentes psychoses ».
L'étude n° 11 traite des impulsions. Cette étude, construite sur
le même plan que les précédentes, aboutit aux conclusions suivantes :
les a protopulsions » neurologiques pour autant que erratiques
représentent une émancipation, un échappement au contrôle du moi
intact, sont vécues par lui comme des accidents. Les impulsions
psychopathologiques constituent un aspect structural de la conscience
morbide, conséquences d'une faiblesse du régime de l'énergie psy
chique, elles sont vécues comme un événement, c'est-à-dire une rela
tion entre le moi et le monde. L'impulsion se charge des forces désor
ganisées du monde intérieur du sujet pour se détendre contre un
objet dans le extérieur.
C'est à l'exhibitionnisme qu'est consacrée l'étude n° 12. L'auteur,
au terme d'une revue générale du problème, arrive à la conclusion
que les divers types de comportement exhibitionniste masculin
peuvent être expliqués si on les conçoit comme différents niveaux
de régression d'une hiérarchie de mécanismes psychologiques. L'ex
hibitionnisme classique impulsif, type Lassègue, représente la régres
sion névrotique la plus profonde, la forme même prise par le compor
tement s'expliquant par le mécanisme psychanalytique de castration.
« L'investissement de l'organe masculin viril par un sentiment de
honte, de culpabilité et de dégoût, équivaut à le supprimer, à le châ
trer, à renoncer à la phase phallique pour revenir aux formes plus
archaïques de la libido. »
La même conception préside à l'exposé de la perversité et des
perversions. La doctrine de l'auteur postule en elfet que « la nature
humaine est immanence du vice, du stupre, de la lubricité, du mal,
au plus profond de nous tous ». Pour H. Ey « les perversités normale
et pathologique, si elles se distinguent comme les catégories du faire
et de l'être, constituent cependant toutes deux des expériences
morales, en ce sens que la perversité est essentiellement une morale
à rebours. Cette morale à rebours a sa hiérarchie... Mais, en tant que...
la réaction perverse se définit par l'inversion systématique des
valeurs morales, le problème de la perversité est celui des rapports
de la personne avec autrui ».
Dans l'étude n° 14, consacrée au suicide; pathologique, il conclut,
d'un exposé systématique des notions que l'on possède sur les com-

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