Psychologie pédologjque - compte-rendu ; n°1 ; vol.25, pg 320-333

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L'année psychologique - Année 1924 - Volume 25 - Numéro 1 - Pages 320-333
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1924
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Henri Piéron
I. M.
G. P.
P. G.
P. C.
M. L.
M. F.
H. L.
D. W.
3° Psychologie pédologjque
In: L'année psychologique. 1924 vol. 25. pp. 320-333.
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Piéron Henri, M. I., P. G., G. P., C. P., L. M., F. M., L. H., W. D. 3° Psychologie pédologjque. In: L'année psychologique. 1924
vol. 25. pp. 320-333.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1924_num_25_1_6182320 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
une grande analogie dans leurs caractères généraux avec les pro
cessus de la pensée chez l'homme.
P. B.
3° Psychologie Pédologique
JEAN PIAGET. — Le Jugement et le Raisonnement chez l'enfant.
— In-16, 343 pages Paris et Neuchâtel, Delachaux et Niestlé,
1924, (12 francs suisses).
Nous ne faisons que signaler ici le deuxième volume des « Etudes
sur la logique de l'enfant ». Une revue lui sera consacrée dans le
prochain tome de l'Année, en même temps qu'à un nouveau livre en
cours d'impression. Mais, sans attendre, on peut dire que l'intérêt et
l'importance des vu°s du jeune professeur à l'Université de Neuchâtel
n'apparaissent pas moins dans ce volume que dans le précédent.
H. P.
K. KOFFKA. — Théorie de la forme et psychologie de l'enfant. —
Journal de Ps., 1924, p. 102-111. (Numéro spécial consacré à la
psychologie de l'enfant).
Un organisme n'est pas une somme ; il est une unité.
Il faut comprendre toute réaction, toute manifestation d'un com
portement, non comme un enchaînement de processus élémentaires
mais comme un phénomène fermé sur lui-même. Il faut donc rem
placer la vieille « théorie de la machine », qui morcelait les faits psy
chiques, par la de la forme, de la structure d'ensemble. Une
pareille conception permet de mieux observer les phénomènes de déve
loppement, d'apprentissage, d'acquisition. Toute acquisition nouvelle
opère dans l'organisme une manière de transformation générale. Elle
n'est pas pure addition. Le résultat est plus et autre chose que la
somme des facteurs. Les expériences de Köhler sur les singes, entre
autres, le montrent bien. Le progrès n'est donc pas lié à ce qu'il y a
en nous de mécanique, aux mécanismes constitués, à la « machine»,
mais à ce qui reste libre, non mécanisé.
Pour ce qui est plus particulièrement de la psychologie de l'enfant,
la théorie de la forme inspire les indications pratiques suivantes :
II faut savoir que l'enfant s'attache aux ensembles, aux « expres
sions », avant de comprendre et reconnaître des objets qui en sont
dépourvus, même quand ils sont très simples.
Il faut étudier avant tout les propriétés générales de la conduite de
l'enfant.
I. M.
E.-R. JAENSCH. — Ueber Gegenwartsaufgaben der Jugendpsychol
ogie {Des devoirs présents de la psychologie de l'adolescence). —
Z. für Ps., XCIV, 1924, p. 38-53.
La psychologie de l'adolescence apparaît aujourd'hui comme la COMPAREE 321 PSYCHOLOGIE
science centrale, surtout grâce à l'étude des « tableaux intuitifs ».
Du moins, elle apparaît ainsi à M. Jaensch qui a fait avec les « Ans-
chauungsbilder », non seulement une reconstruction de la psychologie,
mais toute une philosophie générale. Il y a eu, de tout temps des
problèmes centraux, des disciplines centrales. De Descartes à Kant
la philosophie générale était mathématique. Elle était devenue his
torique avec Hegel. Aujourd'hui, l'étude du développement de la
conscience, peut et doit devenir le lieu géométrique d'une philoso
phie vraiment scientifique.
Mais la fécondité de la psychologie n'est pas seulement scientifique,
elle est aussi pratique. Ses applications pédagogiques et médicales
sont de la plus grande importance sociale, et on ne saurait lui tailler
une place assez large dans l'enseignement, surtout dans l'enseign
ement destiné à de futurs pédagogies.
Ce plaidoyer pro domo s'achève par une sortie très violente contre
la Gestaltpsychologie. On sait que la lutte entre les deux principales
écoles psychologiques de l'Allemagne est très vive depuis quelques
années. Cet article n'en est sûrement pas le dernier épisode.
I. M.
O.-B. GILCHRIST. — A new view oî mental development (Une
nouvelle conception du développement mental). — Ps. Rev., XXXI,
4, 1924, p. 297-310.
Exposé très sommaire de la théorie de la Gestalt, dont G. montre
qu'elle est d'accord avec les faits connus et qu'elle en donne des expli
cations satisfaisantes.
G. P.
H. DE JONG. — Recherches de psychologie comparée relatives aux
degrés d'intelligence les plus bas (6e Réunion des physiol. holland
ais). — Ar. néerl. de Ph., IX, 2, 1924, p. 245-248.
L'auteur a soumis une soixantaine d'idiots à des épreuves du type
des boîtes de Thorndike que devaient ouvrir des singes ou des chiens.
Chez sept de ces idiots manquait totalement le « pouvoir de com
préhension », défini comme « la base psychique qui crée la faculté de
réagir de façon adéquate à une nouvelle situation aussi simple qu'elle
soit, et aussi peu que la réaction exigée diffère d'un mécanisme déjà
appris ».
Apprenant à un idiot mongoloïde de 32 ans à ouvrir une boîte
munie d'un crochet, et dans laquelle se trouve une pomme, il cons
tate que, la boîte étant tournée de 90°, l'idiot cherche à ouvrir dans
le coin où était le crochet avant la rotation et non là où se trouve
actuellement le crochet.
On rencontre une attention primitive,liée à l'observation des choses
que des mécanismes inculqués ont appris à manier, alors que fait
défaut l'attention « essentielle » liée aux impressions nouvelles.
Ainsi de jeunes idiots ne font attention au chocolat qu'après y
avoir goûté, jamais avant.
En faisant parallèlement des recherches chez de tout jeunes en-
l'année psychologique, xxv. 21 322 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
fants, au stade « prélocutoire » Fauteur a constaté que, après rotation
de la boîte, la recherche du crochet permettant l'ouverture, qui dé
cèle la faculté de compréhension, a été constatée à 2 ans 1 /2, à 2 ans,
et même chez un enfant d'un an et demi, le plus jeune qui ait été
étudié. H. P.
O. DEGROLY. — Les fonctions psychophysiologiques de l'enfant
avant la naissance et chez les nouveau-nés. — Société royale des Se.
méd. et aat. de Bruxelles. Volume jubilaire,,^ 923, Extrait in-8,
26 p.
L'auteur se demande quelles sont les sensations qui peuvent être
éveillées chez le fœtus arrivé à ten«, et ne trouve guère que des im
pressions internes comportant, alternativement, le besoin de mou
vement et le besoin de sommeil. Puis il examine les modifications
résultant de la naissance et de la réalisation d'une vie indépendante,
d'abord uniquement régie par le fonctionnement bulbo-méduUaire,
au point que, à la il n'est pas possible encore de différencier
psychiquement les prématurés ou retardés et que l'anencéphale a, les
premiers jours, une vie très semblable à celle du nouveau-né normal.
H. P.
Y. RASMUSSEN. — Psychologie de l'enîant. L'enfant entre quatre
et sept ans. — Trad, de Mme E. Cornet. In-16, 221 pages. Paris,
Alcan, 1924 (10 francs).
C'est le vénérable professeur Höffding qui présente dans une brève
préface la traduction française du livre du pédagogue danois, parti
san de la méthode éducative dite négative, qui consiste à laisser se
développer la spontanéité de l'enfant, et favorise en tout cas son
observation.
L'auteur a recueilli dans ses notes des remarques concernant l'a
ppréciation du temps, de l'espace céleste, les conceptions religieuses,
les idées sur la mort, la vie, la naissance, et fournit des phrases d'en
fants intéressantes.
Il a recueilli aussi des dessins d'enfants et en reproduit un grand
nombre, notant la priorité de l'intérêt pour la reproduction des per
sonnages humains.
Il a utilisé quelques tests de Binet-Simon, et, les trouvant crit
iquables, a mis sur pied quelques nouveaux tests, consistant en des
problèmes d'arithmétique — utilisés chez des enfants à qui l'arit
hmétique n'était pas enseignée. Enfin de nombreuses observations
occasionnelles sont données sur la pensée des enfants, la capacité
d'observation, l'attention, la mémoire, le sentiment et la volonté, les
notions morales.
On s'aperçoit à lire cet intéressant petit volume que l'auteur est un
éducateur mais non un psychologue. Il fournit des documents utiles,
mais ne se préoccupe guère de l'évolution mentale, qui est pourtant si
rapide entre 4 et 7 ans, et ne cherche pas à élaborer les résultats de
ses remarques. V H. P. PSYCHOLOGIE COMPAREE 323
THOMAS R. GARTH. — A color preference scale for one thousand
white children {Une échelle des couleurs par ordre de préférence pour
un millier d'enfants de race blanche). — J. of exp. Ps., VII, 3, 1924,
p. 233-241.
Cet article fait suite à des recherches du même genre sur des en
fants blancs et indiens. Le classement moyen (représenté par un
graphique), est le suivant, dans le sens des valeurs croissantes : blanc,
jaune, orangé, violet, rouge, vert, bleu. Il subit des modifications
d'âge en âge, mais il y a presque toujours constance des jugements
sur les extrêmes, blanc et bleu. L'auteur ne propose aucune inter
prétation.
P. G.
^GEORGE M. MICHAELS. .— Color preference according to age
[Les couleurs préférées, selon Vâge des sujets). — Am. J. of Ps.,
XXXV, 1, 1924, p. 79-87.
On a fait bien des expériences sur le classement des couleurs par
ordre de préférence chez les enfants. Celles de Michaels portent sur 535
«enfants de 6 à 15 ans, qui ont à comparer six couleurs : violet, vert,
bleu, jaune, orangé, rouge. Il faut éliminer les jugements des enfants de
6 ans, qui manquent de fixité : le classement moyen de ce groupe est
<T ailleurs très différent des suivants ; au contraire à partir de l'année
suivante s'affirment certaines directions, dont la plus marquée est la
préférence du bleu : les couleurs qui d'un âge à l'autre présentent le
moins de fluctuations sont le roùge et le vert, les plus instables le
violet et l'orangé. Les expériences où les enfants nomment les couleurs
donnent les mêmes résultats que celles où ils doivent seulement les
montrer à l'expérimentateur.
P. G.
MANDEL SHERMAN. — Hallucinations in Children (Les halluci
nations chez les enfants). — J. of Abn. Ps., XIX, 2, 1924, p. 165-170.
La base des hallucinations chez les enfants se trouve dans l'ima
gination qui, chez l'enfant normal, lui sert à échafauder des fantai
sies sans le moindre rapport avec les faits de la vie courante, et qui,
chez l'enfant psychose, l'aide à « ajuster » la difficulté qui l'inquiète,
aux choses qui l'entourent. Mais, contrairement, à l'enfant normal,
le psychose croit à son monde imaginaire.
M. L.
STELLA AGNES MC CARTY. — Childrens' Drawings, a Study of
Interests and Abilities. — In-8 de 164 pages, avec 4 tableaux en
cartés. Baltimore, Williams et Wilkins, 1924. (Relié).
L'union internationale des jardins d'enfants a constitué une Comm
ission d'étude de l'enfance aux Etats-Unis comprenant 12 membres,
parmi lesquels Burnham, Watson, et Miss Me Carty.
Cette commission a procédé, de 1919 à 1922 à une vaste enquête 324 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
sur les dessins d'enfants, comme moyen d'étude des intérêts et des
capacités à la fois, et ce sont les résultats de l'enquête qui sont réunis
dans ce livre rempli de données numériques soigneusement élaborées,
résultant de l'étude de 31.239 dessins (15.260 de garçons, et 15.979 de
filles) provenant d'enfants compris entre 4 et 8 ans(2.549 de 4 ans,
8.399 de 5 ans, 9.901 de 6 ans, 8.205 de 7 ans, et 2.185 de 8 ans).
Chaque dessin recueilli fut fait par un enfant à qui l'on donnait
un papier d'un certain format et un crayon, et à qui on demandait (en
des termes toujours les mêmes) de faire un dessin à son gré.
Les objets dessinés, au nombre de 75.644 (certains dessins en com
prenant plus d'un), ont été classés en un certain nombre de catégor
ies, et on a déterminé par âge et par sexe le nombre absolu et la pro
portion relative de chacune de ces catégories d'objets.
Au total les êtres humains l'emportent nettement (16,5 °/0), puis
les maisons (14 °/0), ensuite les arbres (9 °/0), les meubles (7 °/0)r
les véhicules (4 enfin les animaux, les fleurs, etc., etc.
Il y a en somme une prédominance d'intérêt pour les choses hu
maines par rapport aux choses naturelles, d'où l'auteur conclut que
cette révélation des intérêts spontanés des enfants (tout en tenant
compte des limites que la difficulté technique d'expression peut ap
porter à l'identification des intérêts avec les objets dessinés) doit
conduire, dans l'éducation, à amener l'enfant aux données des
sciences naturelles par la voie des intérêts humains et sociaux.
La valeur technique des dessins a été étalonnée en les faisant
noter par 12 juges, puis par 30, et en déterminant la cohérence des
notes (indices de corrélation de 0,85, à 0, 967).
Des types de la notation sont indiqués dans le texte et sur des
planches encartées, afin d'établir une échelle de niveau de dessin
étalonnée, soit pour les représentations de personnages, soit pour
celles de maison, soit enfin pour celles de paysages (entre 0 et 20, S
ou 20,7).
La distribution des notes obtenues a été établie pour les trois sortes
de sujets chez les enfants des divers âges, et la corrélation entre le
niveau de dessin et le niveau d'intelligence générale établi par les
tests Binet-Simon a été calculée dans 1.450 cas. Le coefficient de cor
rélation a varié, suivant l'âge (de 4 ans à 9) entre + 0,082 et + 0,634,
sans modification systématique avec l'âge. Le moyen a
été de H- 0,350 ; il n'est donc pas très élevé ; mais c'est un coefficient
positif ; il n'y a donc pas antagonisme. L'auteur tire de ces données
quelques inferences pédagogiques.
Il y a là un très important travail qui fournit des données générales
complétant utilement en étendue les recherches d'analyse en pro
fondeur sur les dessins d'un petit nombre d'enfants.
H. P.
H. DELACROIX. — L'activité linguistique de l'enfant. — J. de Ps.,
1924, p. 4-17. (Numéro spécial consacré à la psychologie de l'en
fant).
L'acquisition du langage, l'apprentissage de la langue maternelle
notamment, se fait très aisément chez l'enfant. La puissance des .
COMPAREE 325 PSYCHOLOGIE
moyens linguistiques est très grande dans ta première enfance ; elle
ne décline que vers 4 ou 5 ans. Quelle est la nature et la valeur de ce
pouvoir. Est-il invention, ou assimilation seulement ?
Il semble bien qu'il soit surtout réception et assimilation. L'enfant
invente peu. Les faits de langage émotif (interjections, etc.) sont
rares chez lui, sauf dans les cas exceptionnels comme celui de Laura
Bridgman. Les onomatopées ne paraissent guère plus fréquentes.
■Quand on y regarde de près, on constate que les prétendues inven
tions ne sont le plus souvent que des mots entendus du vocabulaire
des adultes, déformés, simplifiés. La déformation vient d'ailleurs
souvent de l'adulte lui-même, qui offre à l'enfant, comme à l'indigène,
un langage conventionnel simplifié, qu'il juge à sa portée.
Le bain de langage dans lequel l'enfant est plongé coupe les ailes
à l'invention.
Mais que se passe-t-il lorsque le milieu social manque ? Les obser
vations du genre de celle de Psammétique sont rares, on le conçoit,
et leur interprétation difficile. L'enfant cité par von Gabelenz s'était
formé des mots où les consonnes étaient l'élément fixe et constant.
En revanche, par graphonie constante, les voyelles variaient selon
la signification du mot. La voyelle était d'autant plus basse que
l'objet désigné était plus grand. Les sujets observés par Haie, par
Jespersen, etc., employaient la langue maternelle déformée, mêlée
d'onomatopées.
Lorsqu'il y a invention à un âge plus avancé, c'est encore la langue
maternelle déformée qu'on utilise, mais les altérations cette fois sont
systématiques, soumises à des règles.
Ainsi pratiquement l'invention joue un rôle faible dans le langage.
« On ne fabrique pas ce qu'on n'a pas besoin de fabriquer. On prend
tout fait, et on ajuste comme on peut ».
On prend la langue commune et on la plie à l'expression du moi,
on la sous-tend d'une charge affective personnelle, d'une sémantique
personnelle.
Cette importante étude n'est qu'un chapitre d'un beau livre sur
Le langage et la pensée dont on trouvera l'analyse plus loin.
I. M.
MARCEL COHEN. — Sur les langages successifs de l'enfant. — •
Mélanges Vendryes. Paris, Champion, 1924, p. 109-127.
On n'a déterminé, jusqu'à présent que trois périodes dans le langage
■de l'enfant : gazouillement, quelques mots, langage étendu. Les
autres divisions, proposées sont arbitraires parce que non fondées
sur des considérations linguistiques. Une enquête linguistique comp
lète est difficile chez l'enfant : il faut, pratiquement, un ménage
de linguiste, élevant ses enfants. C'est dire que les descriptions comp
lètes de langages d'enfants sont et demeureront rares.'
Le mérite et l'importance des travaux de M. Cohen n'en sont que
plus grands. Déjà, il est arrivé à une conclusion intéressante. L'évo
lution linguistique de l'enfant est essentiellement discontinuité.
11 passe par une série d'états de langue successifs, petits systèmes 326 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
dont certains ne durent que quelques jours, ou moins encore. II n'y
a pas d'évolution, de rectification, il y a substitution.
Voici quelques exemples, pris dans les différents domaines, phonét
ique, vocabulaire et sémantique, grammaire, syntaxe.
A Laurence (14 mois et demi) on propose poule ; elle répète kà-kà ;
les jours suivants, kon (c'est la voyelle ou qui entraîne les consonnes
vers l'arrière du palais), qui dure plus d'un mois ; à 16 mois, hou, pfr
palpai ; 15 jours après, de nouveau kon ; à 19 mois, blouy puis bloubl,
loul ; prononciation correcte vers 2 ans.
Chez Christiane, l'articulation labiale a une prédominance nette :
elle subsiste encore, en partie, à 3 ans 3 mois. A 2 ans 5 mois, l'enfant
dit poup (soupe), poupé (couper), pa (toi, trois, fois, froid) ; à 3 ans,
toupit (tout de suite), mal o pô (mal au front). Or, vers 2 ans 10 mois,,
l'articulation dentale apparaît et commence à gagner du terrain
sur la labiale : tomber de bôbé passe à tôbé. L'établissement de ce mot
provoque un état phonétique fugace où tous les complexes, labiale +
voyelle + labiale passent à dentale + voyelle -f- labiale : pom (ou
mom), poupè, poupô deviennent torn, toupé, toupô. Quelques jours plus
tard, hésitation : tomad et pomad, et retour aux articulations labiales.
4 mois plus tard, installation définitive des dentales.
Mêmes variations dans le vocabulaire. A 19 mois, Laurence appelle
bl : la gomme à effacer, le crayon bleu, le crayon noir ; 8 jours plus
tard, elle crée ye (coupe-papier) ; à 20 mois, plùm-plùm (porte-plume) ;.
à 21 mois, la gomme devient bom, mais aussi le coupe-papier et le
double décimètre ; puis, les ciseaux deviennent ayo, et un peu plus
tard yo, et, à 22 mois, le crayon est grô, et le bleu dissocié du noir.
Passons-nous à la grammaire ? Il y a une phase avec article indéf
ini, une phase d'article défini non compris, une phase d'article défini
compris, mais encore mal employé, une phrase correcte (3 ans). Il
y a des phases de distinction et d'utilisation du verbe, du pronom,
des degrés — discontinus — de développement de la conjugaison, de
la flexion.
II y a enfin, des degrés de la phrase, depuis le geste jusqu'à la
phrase différenciée, en passant par la syllabe -phrase et le mot-
phrase.
Il faut souhaiter que M. Cohen nous donne bientôt, sur toutes ces
questions qu'il connaît d'une manière si précise, plus et mieux qu'un
article. I. M.
D.-J. SAER. — The effect of bilingualism on intelligence [L'effet du
bilinguisme sur l'intelligence). — Br. J. of Ps., XIV, 1, 1923,
p. 25-38. /
Dans le pays de Galles, les enfants apprennent l'anglais à l'école ;
dans les campagnes, la langue parlée à la maison est généralement le
gallois, qui est aussi employé dans les jeux ; dans les villes, au con
traire, même les enfants dont la langue maternelle est le gallois jouent
généralement en anglais ; enfin dans beaucoup de districts, la langue
religieuse est le gallois. Il résulte, de là toute une variété de bilin-
guismes, dont il s'agit d'apprécier les effets sur le développement,
intellectuel. PSYCHOLOGIE COMPAREE 327
L'enquête a porté sur la population scolaire presque tout entière
de sept districts. S. a examiné près de 1.400 enfants de 7 à 12 ans,
chacun individuellement et dans sa langue maternelle. Les procédés
employés étaient les tests Binet-Stanford, l'étude de la dextralité
(distinguer la droite de la gauche), du rythme (reproduire une série
soit de coups, soit de sons rythmés), du vocabulaire, de la composit
ion. Une autre enquête a porté sur 600 étudiants de l'Université
d'Aberystwyth, examinés au moyen de tests d'intelligence.
Dans les campagnes, les monoglottes montrent une supériorité
considérable pour les tests Binet ; cet avantage ne diminue pas avec
l'âge. Le vocabulaire est chez eux beaucoup plus riche que chez les
bilingues (en comptant chez ceux-ci les mots anglais et gallois) ; les
épreuves de composition sont aussi plus mauvaises chez
les bilingues et montrent la difficulté qu'ils ont à raisonner et à penser
en anglais. Même dans l'épreuve de dextralité, ils sont nettement
désavantagés, ce qui s'expliquerait, d'après l'auteur, par l'influence
du centre du langage sur le centre de la droiterie. Les étudiants mon
oglottes provenant des districts ruraux présentent également une
infériorité notable pour les tests d'intelligence.
Dans les villes, la différence des deux groupes se traduit de la
même façon, mais elle est beaucoup moins considérable ; on retrouve
chez les bilingues la même infériorité dans l'épreuve de dextralité, et
le test des sons rythmés.
S. attribue la différence entre les districts ruraux et les districts
urbains à* ce que, dans ces derniers, la langue des jeux est l'anglais ;
dans l'apprentissage d'une langue, la valeur émotive des mots joue
en effet un rôle capital.
L'auteur n'examine pas un point important : les milieux sociaux
auxquels appartiennent monoglottes et bilingues sont-ils les mêmes ?
Il est vraisemblable que non. Ce serait là une objection très forte à
la thèse de S. Le bilinguisme ne plus alors qu'un effet, au lieu
d'être une cause. La question mériterait d'être reprise à ce point de
vue.
G. P.
0. BLOGH. — La phrase dans le langage de l'enfant. — J. de Ps.
XXI, 1-3, 1924, p. 18-43. (Numéro spécial consacré à la psychol
ogie de l'enfant).
Intéressante étude portant sur les trois enfants de l'auteur. Dans
les premiers mois, le langage de l'enfant est constitué par des mots
employés isolément, des « mots-phrases », ayant souvent un sens
complexe, et variable suivant les circonstances. Il semble difficile de
noter ensuite un stade caractérisé par le groupement de deux mots.
Dès que l'enfant peut grouper deux mots, il est en mesure d'en grou
per davantage, il faut seulement pour cela que la possibilité de
grouper crée une habitude de langage, facilitée par la répétition de
groupes connus. Les premiers essais de groupement représentent une
période pré -grammaticale, aucune expression de relation n'existant
entre les mots. Un autre fait remarquable, est la prédominance du
nom sur le verbe. A ce stade, la peDs4e de l'enfant ne peut pas encore
•■-s 328 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
séparer nettement la personne auteur d'une action, ou la chose objet
de l'action, de l'action elle-même. De plus, au point de vue linguis
tique, le nom qui ne présente généralement qu'une forme (en fran
çais), est plus maniable, d'autant que les verbes les plus irréguliers
sont aussi les plus usuels.
Cette absence du verbe n'est d'ailleurs qu'un cas particulier de la
brièveté des phrases enfantines. L'enfant jeune a l'esprit pratique,
et, si les circonstances montrent assez clairement sur quoi doit
s'exercer l'action, l'objet est supprimé de la phrase. De plus il faut
comprendre que la psychologie affective et volitiye de l'enfant
s'exprime aussi par cette brièveté de la phrase. La volonté forte le plus rapidement possible, et quand l'enfant éprouve une
impression vive, il n'exprime généralement que ce qui l'a le plus
frappé.
Dans la seconde partie de son étude, l'auteur n'envisage pas l'a
cquisition de la grammaire, pensant que la phrase se développe en
réalité sans son secours — au début tout au moins. Les relations
exprimées par les prépositions, le sont simplement, alors, par juxta-
osition des mots. De même, plus tard, la proposition relative, et
diverses propositions subordonnées apparaissent avant le pronom
relatif (ou conjonctif) et les conjonctions. Ce n'est que dans le cou
rant de la troisième année que les enfants étudiés sont devenus
capables de composer des groupes exprimant des circonstances de
cause, de temps, de but, d'hypothèse, autrement que par juxtaposit
ion. Même ayant acquis les conjonctions appropriées, ils continuent
longtemps encore à s'en passer fréquemment. Un type particulier de
phrase datant de cette époque (3e année) est la phrase à répétition.
L'enfant répète un verbe ou un mot à sens verbal, autant de fois
qu'il y a de sujets, ou d'objets, de l'action exprimée par le verbe. Ce
n'est pas le fait simplement, suivant l'auteur, d'une insistance par
ticulièrement forte, la répétition est due à ce que l'enfant considère
l'action par rapport à chacun des sujets, ou des objets, séparément,
au lieu de la considérer comme faite ou subie par un ensemble.
Enfin, il faut noter la liberté particulière dont use l'enfant vis-à-
vis de l'ordre des mots, très variable d'ailleurs avec les diffé
rents enfants.
M. F.
ARNOLD PICK. — Ueber längeren Stillstand der kindlichen Sprach
entwicklung im Stadium der Echosprache (Echolalie) mit schliess-
lich günstigen Ausgang (Sur un arrêt prolongé du développement
du langage de l'enfant au stade de Vécholalie, avec évolution ultérieure
favorable). — Medizinische klinik, XX, N° 21, 1924.
A propos d'un cas d'écholalie infantile très prolongée, avec con
servation de l'intelligence et évolution favorable finalement, chez
deux sœurs, le grand neurologiste de Prague, dont tous les psycho
logues déplorent la disparition, souligne les différences entre les
états organiques, aphasiques vrais, et les états d'arrêt. L'écholalie
est un stade normal de l'évolution linguistique de l'enfant ; c'est
presque, pourrait-on dire, un réflexe à un certain niveau de develop-

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