Psychologie sociale - article ; n°1 ; vol.71, pg 325-333

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1971 - Volume 71 - Numéro 1 - Pages 325-333
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1971
Lecture(s) : 42
Nombre de pages : 10
Voir plus Voir moins

Psychologie sociale
In: L'année psychologique. 1971 vol. 71, n°1. pp. 325-333.
Citer ce document / Cite this document :
Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1971 vol. 71, n°1. pp. 325-333.
doi : 10.3406/psy.1971.27742
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1971_num_71_1_27742Psychologie sociale
Jodelet (D.), Viet (J.), Besnard (P.). — La psychologie sociale,
une discipline en mouvement. — Paris-La Haye, Mouton, 1970,
470 p.
Dès son titre même, cet ouvrage se définit une fonction lourde et
un but ambitieux : faire le point sur la discipline et en dégager les
lignes de progression. N'était la préface de S. Moscovici, on pourrait
se contenter d'en saluer la parution comme d'un bon instrument de
travail de conception originale et dont la dignité principale est de
reposer sur un volume considérable de documentation. Mais l'intérêt
du texte introductif (cette « préface » a plus de 50 pages), rejaillit sur
l'ensemble et oblige à en parler plus longuement.
Dans son corps principal, ce livre est un recueil d'analyses portant
sur la recherche en psychologie sociale dans les quinze dernières années,
l'accent étant mis plus particulièrement sur les travaux expérimentaux.
Ces analyses sont des condensés non critiques, mentionnant les thèmes
et les résultats dans les termes mêmes des auteurs. Le tout constitue
un instrument de travail permettant de baliser le terrain et de sélec
tionner des lectures ultérieures. La personnalité propre de l'ouvrage
vient de la place considérable faite aux textes théoriques. Toute la
première partie concerne des ouvrages de portée générale (manuels,
revues de tendance, exposés de théories) et le premier volet de
chaque chapitre présente les tendances principales de la recherche
sur le thème traité, les résumés d'articles plus restreints n'intervenant
plus que comme « illustrations empiriques ».
A travers cette juxtaposition de travaux et de points de vue, et
dans l'esprit qui préside à leur choix et à leur mise en ordre, apparaît
implicitement un bilan de la discipline qui trouve dans la préface une
expression fortement cohérente et des perspectives d'avenir. Après un
constat de la position de la psychologie sociale par rapport aux domaines
voisins du savoir, et une analyse très pénétrante de ses lignes de tensions
au plan des méthodes, des orientations conceptuelles et de la définition
de l'objet, l'auteur propose sa conception du devenir de cette science.
Il rappelle d'abord la nécessité de partir des problèmes de notre société
et de ne pas « occulter la portée sociale et politique de la discipline »
et affirme la complémentarité de l'observation par rapport à l'expér
imentation, dans une démarche globale où l'on s'efforcerait de lever
« l'inhibition du système d'idéation théorique en psychologie sociale ».
Enfin, il propose (usant pour cela d'une analogie avec l'économie),
sa définition de l'objet de cette discipline : « Les sujets sociaux, groupes
ou individus, qui, amenés à constituer leur réalité sociale et leur réalité 326 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
tout court, à s'y mouvoir, connaissent l'idéologie comme production,
la communication comme échange et consommation et le langage
comme monnaie. »
A. M. Ceugniet.
Lindzey (G.), Aronson (E.). — The handbook of social psychology
(Manuel de psychologie sociale). — Reading (Mass.), Addison-Wesley
Publ. Go., 1969, vol. 3 et vol. 4, 978 p. et 674 p.
Tâche délicate, ou plutôt gageure intenable que celle de rendre
compte ici, de manière non superficielle, des quelque dix-sept cents pages
de texte serré qui composent les volumes III et IV du manuel familièr
ement dénommé « le » Lindzey par les psychosociologues. Aussi nous
sommes-nous limité à reproduire la table des matières de chacun de ces
volumes en indiquant quelques lignes de comparaison avec l'édition
de 1954.
L'individu dans un contexte social, thème traité dans le volume III
de la présente édition en dix chapitres et quelque mille pages, ne
constituait que la première partie du volume II de la précédente édi
tion où cinq chapitres et une centaine de pages seulement lui étaient
dévolus. La mise en correspondance des deux tables de matières donne
une idée sommaire des modifications intervenues dans le découpage et
l'extension du domaine sinon dans l'état des connaissances.
Vol. III, 2« éd. Vol. II, Part. 4, lre éd.
Shapiro (D.), Grider (A.)
« Psychophysiological approa
ches in social psychology. »
Berkowitz (L.) Gardner (M.)
« Social motivation. » « Social motivation. »
McGuire (W. J.)
« The nature of attitudes and
attitude change. »
Tajfel (H.)
« Social and cultural factors in
perception. »
Bruner (J. S.), Tagiuri (R.) Tagiuri (R.)
« Person perception ». « The perception of people. »
ZiGLER (E.), Child (I. L.) Child (I. L.)
« Socialization. » « Socialization. »
Marlowe (D.), Gergen (K. J.)
« Personality and social inter
action. »
Miller (G. A.), McNeil (D.) Miller (G. A.)
« Psycholinguistics. » « Psycholinguistics. »
Berlyne (D. E.) Flügel (J. C.)
« Humor and laughter. « Laughter, humor, and play. »
Child (I. L.)
« Esthetics. » PSYCHOLOGIE SOCIALE 327
Le volume IV traite quant à lui de la psychologie des groupes et des
processus d'interaction en huit chapitres et quelque sept cents pages,
alors que dans la précédente édition six chapitres et quelque trois cents
pages étaient dévolus à ce thème. Des données quantitatives ne consti
tuent certes pas un critère des plus intéressants pour asseoir une appré
ciation correcte du développement scientifique d'un domaine ; néan
moins, le fait que le volume graphique consacré à ce thème ne soit
passé d'une édition à l'autre que du simple au double alors qu'il a été
décuplé en ce qui concerne le sujet du volume III, suggère fortement
que ce domaine a occupé une place moins centrale dans les préoccupat
ions des psychosociologues au cours de la dernière décennie, ceci
n'étant qu'un jugement global qui ne s'applique pas forcément à chacun
des constituants du domaine.
Vol. IV, 2«> éd. Vol. II, Part. 5, éd.
Kelley (H. H.), Thibaut Kelley (H. H.), Thibault (J. W.)
(J. W.) (l)1 « Group problem solving. »
« Experimental studies of group
problem solving and process. »
Collins (B. E.), Raven (B. H.)
« Group structure : attraction,
coalitions, communication, and
power. »
Gibb (C. A.) Gibb (G. A.)
« Leadership. » « Leadership » (4).
Moore (W. E.) RlECKEN (H. W.), HOMANS (G. C.)
« Social structure and behav « Psychological aspects of social
structure. » ior. »
Devos (G. A.), Hippler (A. E.) Kluckhohn (C.)
« Culture and behavior. « Cultural psychology : Compar
ative studies of human behav
ior. »
Inkeles (A.), Levinson (D. J.) Inkeles (A.), Levinson (D. J.) (6)
« National character : The study « National character : The study
of modal personality and socio- of modal personality and socio-
cultural systems. » cultural systems. »
MlLGRAMS (S.), TOCH (H.) Brown (R. W.) (3)
« Mass phenomena. » « Collective behavior : Crowds
and social movements. »
Scott (J. P.)
« The social psychology of in-
frahuman animals. »
T. Ibanez.
1. Les numéros indiquent l'ordre effectif de présentation des chapitres
dans la lre éd. 328 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Marrow (A. M.). — The practical theorist. The life and work of
Kurt Lewin (Le théoricien pratique. Vie et œuvre de K. Lewin). —
New York, Londres, Basic Books, Inc., 1969, 290 p.
Pour caractériser cet ouvrage nous nous sommes demandé quel type
de lecteur pouvait y trouver aliment à sa faim, autant dire que c'est
par une série de définitions négatives que nous avons cherché à cerner
son intérêt. Le lecteur soucieux d'acquérir une connaissance approfondie
des travaux et des résultats aussi bien pratiques que théoriques de
Lewin sera déçu par sa lecture et préférera s'orienter vers des ouvrages
comme celui de P. Kaufmann1. En effet, bien que l'auteur énumère les
« innovations » et les travaux principaux de Lewin il n'en donne qu'un
aperçu superficiel qui ne permet pas en lui-même d'atteindre à l'essent
iel de l'apport lewinien. De même, l'historien des sciences ou l'épisté-
mologue de la psychologie ne trouveront que maigre pitance dans ce
livre. Certes, l'auteur, ami personnel de Lewin par ailleurs, n'a pas
ménagé ses efforts pour rassembler une multitude de témoignages
fournis par ceux qui ont connu Lewin, travaillé ou étudié avec lui, il
s'est efforcé de montrer comment ses préoccupations scientifiques étaient
liées aux événements et aux situations qu'il a connus, mais cela demeure,
à notre sens, par trop descriptif et la tentative de présenter des systèmes
explicatifs est nettement insuffisante.
Si l'auteur trace effectivement le portrait d'un Lewin soumis à des
influences aussi diverses que la psychanalyse, le gestaltisme, la philo
sophie de E. Gassirer, le problème juif, la préoccupation de « coller »
aux problèmes de la vie quotidienne, etc., il ne parvient pas à analyser
l'interaction dynamique entre ces influences et non plus leur rapport
aux travaux novateurs de Lewin. Les principales préoccupations de
l'auteur semblent avoir été, en définitive, de recréer aussi exactement
que possible l'atmosphère dans laquelle se mouvait Lewin et de faire
« revivre », en quelque sorte, Lewin sous nos yeux en « racontant »
quelle était sa personnalité. La principale qualité de l'ouvrage est sans
nul doute d'être d'une lecture agréable qui nous fait pénétrer sans
effort dans l'univers intime de Lewin.
T. Ibanez.
Znaniecki (F.). — The laws of social psychology (Les lois de la
psychologie sociale). — New York, Russell and Russell, 1967, 320 p.
Ce livre est une nouvelle édition d'un ouvrage publié pour la première
fois en 1925. L'auteur du Paysan polonais en Europe et en Amérique
(avec Thomas, 1918-1920), s'efforce de hisser la psychologie sociale
au rang des sciences physiques. Pour être une science — la science
n'étant cependant que « le sens commun révisé de façon critique et
1. P. Kaufmann, Une théorie du champ dans les sciences de l'homme,
Paris, Vrin, 1968, 382 p. PSYCHOLOGIE SOCIALE 329
systématisé » — la psychologie sociale doit soumettre ses faits à des
lois établissant des relations nécessaires et universelles. Les auteurs
cités — Tarde, Ross, Spencer, Wundt, McDougall, etc. — n'ont pu y
parvenir, faute d'avoir fait référence à un système limité et stable.
La psychologie sociale ne doit pas traiter du sujet social dans sa totalité,
mais de faits considérés comme des changements survenant à l'intérieur
d'un système clos. Znaniecki écarte l'étude de la conscience collective
ou du comportement collectif. Le psychologue social étudiera l'action
sociale, provoquée par la tendance sociale à l'intérieur d'une certaine
situation sociale. Toute situation est caractérisée par un objet
social, une réaction de l'objet à l'action et un processus instrumental,
ces trois éléments de la situation sociale étant des valeurs pour le sujet.
Znaniecki énonce treize lois de changement qui s'appliquent soit à
la tendance sociale (lois de stabilisation et de mobilisation, de rational
isation et d'inhibition, de subjectivation et d'objectivation), soit à la
réaction sociale (lois du changement négatif et du changement positif,
de répression et de sublimation), soit à l'objet social (lois d'idéalisation
et de sensualisation, loi de la généralisation sociale). Chaque loi ayant
son contraire, Znaniecki pense rendre compte de n'importe quel chan
gement social. Le livre se termine sur un plaidoyer en faveur d'une
psychologie de l'action qui serait une science « culturelle »
B. Provansal.
Zimbardo (P.), Ebbesen (E.). — Influencing attitudes and changing
behavior : a basic introduction to relevant methodology, theory, and
applications (Comment modifier les attitudes et changer le comport
ement). — Addison- Wesley Publ. Co., 1969, 148 p.
Comment peut-on changer les attitudes d'un sujet — ou d'un groupe
de sujets ? Comment modifier ses conduites ? Le livre de P. Zimbardo
se donne comme objet d'exposer au lecteur non initié les principaux
résultats obtenus par les sciences humaines — et notamment par la
psychologie sociale expérimentale — en ce domaine. Il s'agit donc à
la fois
— d'un livre de vulgarisation scientifique à l'usage de 1' « utilisateur »
potentiel de sciences humaines, ou de l'étudiant débutant ;
— d'un livre délibérément pragmatique, qui tente de développer une
« technologie du changement d'attitudes » ;
— d'un livre d'actualité qui s'inscrit dans le mouvement général de
retour des psychosociologues de laboratoire vers les problèmes
concrets (socially relevant psychology)1.
1. Mouvement dont Zimbardo est un représentant typique et dont il
a été, au dernier Congrès de Psychologie (Londres, 1969), un des plus ardents
défenseurs. 330 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
L'A. part de cette constatation générale que les sciences physiques
ne peuvent plus suffire à résoudre les problèmes majeurs que rencontre
aujourd'hui l'humanité, et notamment celui de sa propre survie. A
partir d'un exemple princeps — celui du taux d'expansion démogra
phique dans les pays sous-développés — il montre qu'aucune solution
matérielle (accroissement de terres cultivables, augmentation de la
productivité des industries agricoles, ou même « déplacement » de
millions d'individus vers d'autres planètes) n'est de nature à résoudre
la pénurie prévisible de ressources alimentaires. Il faut diminuer le taux
de natalité (c'est-à-dire introduire la contraception) et pour cela, dit
Zimbardo, c'est vers les sciences sociales qu'il faut se tourner : elles
seules sont capables de suggérer les techniques adéquates pour modifier
les attitudes des gens, et « amener tous les habitants de la planète à
pratiquer la contraception ».
L'intérêt du livre est de poser assez clairement ce que nous croyons
être un problème central pour les sciences humaines contemporaines1 :
celui de leur intégration dans des entreprises délibérées de gestion du
comportement de groupes plus ou moins étendus d'individus (y compris
« tous les habitants de la planète »). Il faut souligner que le livre de
Zimbardo adopte un point de vue uniquement instrumental d' « ingénieur
de l'action » (behavior al engineer) : il tente de fournir un inventaire des
sources d'information, des techniques du changement d'attitude él
aborées en laboratoire et de leurs possibilités d'application immédiate ;
le problème des finalités du changement (et des promoteurs du change
ment, y compris le psychosociologue lui-même) n'est pas abordé et cela
pas même sous l'angle, légitime et utile, de l'étude scientifique de ces
finalités.
Il ne s'agit d'ailleurs pas seulement des objectifs du changement,
mais des finalités impliquées dans le processus. Par exemple, celles
que comporte l'application d'un modèle de persuasion comme celui de
la vente des tissus (p. 144) tiennent à ce que l'argumentation soit
essentiellement du type « prêcher le contre pour faire dire le pour ».
Comme le dit l'A. en tête du chapitre suivant : « Aujourd'hui les tissus,
et demain le monde. » Cette application de la théorie de la reactance
(Brehm) ne paraît que modérément d'accord avec le regret de l'autono
mie d'autrui de sa liberté d'information et de décision (code de déontolog
ie, Société française de Psychologie). Il est vrai que le procédé serait
applicable à la lutte contre les préjugés ou même au changement de tous
les pouvoirs établis (the entire Establishment). Reste à savoir si la
méthode s'accorde à la lutte contre les facteurs psychologiques de
formation des préjugés, par exemple.
1. Mais, dit l'A., les tentatives d'influencer (ou de «manipuler») la pensée
d'autrui sont de tradition dans toute la civilisation occidentale — - et de
citer à l'appui Machiavel et... Hitler, le Marc Antoine de Shakespeare,
certains prophètes religieux, les coutumes juridiques, etc. SOCIALE 331 PSYCHOLOGIE
Le livre peut être divisé en trois grandes parties : la première (chap. I)
pose le problème général de l'apport des sciences humaines à une
« technologie de l'influence », tel que nous venons de l'exposer. La
seconde (chap. II à V) examine de façon systématique les travaux de
psychosociologie expérimentale faits en matière de changement d'atti
tude (notamment par le courant des group dynamics, et par l'école de
Yale Hovland et al.) : à l'exposé de quelques expériences représentatives
des divers courants (chap. Ill) succèdent l'examen critique approfondi
de leurs résultats, et des différents systèmes d'interprétation possibles
(chap. IV), enfin l'exposé des deux modèles théoriques les plus féconds
(selon l'A.) dans le domaine : la théorie de la dissonance cognitive
(Festinger) et celle du « renforcement social » (social learning). En
conclusion (chap. VI), l'A. énumère quelques problèmes concrets qui
peuvent se poser au praticien en sciences sociales : améliorer « l'image
de marque » d'un produit — lessive ou candidat politique ; réduire les
préjugés sociaux ; élucider les normes sociales implicitement véhiculées
par les manuels scolaires ; analyser les techniques psychologiques les
plus efficaces dans un interrogatoire de police, etc. Quatre annexes
fournissent un certain nombre d'indications succinctes mais fort claires
sur les différentes techniques de mesure des attitudes (échelles), l'élabo
ration des plans d'expérience et même de l'analyse des documents.
Ce livre ambigu et suggestif soulève certainement plus de problèmes
qu'il n'en résout. Certains y verront, selon leurs appréhensions (ou leurs
souhaits) un manuel de manipulation à l'usage des « psychosociologues »
amateurs et surtout des employeurs de professionnels. Il nous semble,
au contraire, qu'il souligne, volontairement ou non, le fossé qui subsiste
entre les expériences de laboratoire et leur extrapolation éventuelle
à des situations concrètes. A la question initiale : « Que pouvons-nous,
en tant que praticiens sociaux, attendre de la recherche en sciences
sociales ? », la réponse implicite paraît être « une attitude critique à
l'égard des évidences et des certitudes acquises » : les sciences humaines
sont présentées, tout au long du livre, plus comme un modèle de
démarche, intellectuelle, que comme une source de recettes immédia
tement utilisables1.
Mais le problème reste posé, à terme, d'une technologie du comporsocial et du rôle qu'y joueront les spécialistes de sciences
humaines. On pourra s'émouvoir, par exemple, de ce que le livre, entièr
ement écrit à la deuxième personne, s'adresse exclusivement aux évent
uels promoteurs d'interventions psychologiques et pratiquement jamais
aux sujets d'intervention. On pourra aussi se demander si le psycho
sociologue n'est pas lui-même soumis à des systèmes d'influence (au
moins diffuse) qui ne lui fournissent guère le contrôle des finalités de
1. Cf. par exemple, l'exposé des diverses hypothèses, contre-hypothèses,
vérifications et invalidations expérimentales successives des effets d'un
stimulus perturbant (distraction) dans la persuasion (chap. Ill et IV). 332 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
son action ou même de sa recherche : est-ce un hasard, par exemple,
si tout le courant des group dynamics, source privilégiée d'illustrations
expérimentales dans cet ouvrage, décrit le changement d'attitudes
exclusivement comme la « conséquence des pressions d'un groupe vers
l'uniformité » (p. 16) ?
Le problème de l'emprise croissante des sciences humaines sur la
société est clairement posé dans le livre ; celui de l'emprise sociale (et
notamment idéologique) sur les finalités et sur le développement de
ces sciences n'y est pas évoqué. Ceux qui furent nourris de maximes
opposées à la « science sans conscience » comme ceux pour qui une
science n'est pas une spécialité technologique fermée y verront une
lacune. T T.
L. Kandel.
Luft (J.). — Of human interaction (De l'interaction humaine). —
Palo Alto, National Press Books, 1969, 177 p.
Le but avoué de l'auteur n'a pas été de réaliser une investigation
systématique du sujet, mais de présenter d'une façon claire les intuitions
que son expérience des groupes de base a provoquées.
Pour ce faire, il utilise un schéma très simple appelé Johari Awareness
Model qui est une représentation graphique de l'individu en relation
avec autrui. Dans un carré divisé en quatre parties, le premier quart
(open quadrant) contient tout ce qui dans le comportement, les sent
iments ou les motivations est connu à la fois de soi et d'autrui ; le
deuxième quart (blind) représente ce qui est connu d'autrui mais non
de soi ; le troisième quart (hidden) ce qui est de soi et non des
autres ; le quatrième (unknow) se rapporte à tout ce qui n'est
connu ni de soi ni d'autrui. On devine alors que l'histoire d'une relation
entre deux ou plusieurs individus sera décrite comme un système
d'échanges osmotique entre les quatre zones ainsi définies.
Un certain nombre de facteurs qui entrent en jeu dans le comporte
ment interindividuel : acceptation d'autrui, confiance, découverte de
soi à autrui, influence du leader, conflit, difficulté de la communic
ation, etc., sont examinés à travers ce modèle.
Les conclusions auxquelles on aboutit chaque fois ne sont ni très
rigoureusement agencées, ni particulièrement originales ; d'autre part,
le modèle de Luft n'apparaît valable que s'il est considéré tout au plus
comme un moyen d'expression ou un cadre de référence. Néanmoins,
quelques réflexions perspicaces et l'expérience de l'auteur dispensées à
travers l'ouvrage conduisent à en signaler l'intérêt. De plus, deux cha
pitres dissociables du corps de la recherche, présentés en appendice,
l'un sur les interventions dans la structure des groupes, l'autre sur
l'interaction non verbale sont susceptibles d'intéresser les animateurs
par les suggestions d'ordre méthodologique qu'ils contiennent.
I. Drouhin. PSYCHOLOGIE SOCIALE 333
Peterson (D. R.). — The clinical study of social behavior (L'étude
clinique du comportement social). — New York, Appleton-Century-
Crofts, 1968, 254 p.
Le livre de Peterson est une remise en cause de la psychologie
clinique traditionnelle. Il dénonce l'inefficacité des méthodes employées :
techniques projectives, entretiens, tests de personnalité ; et l'inadapta
tion des cadres théoriques sur lesquels elles s'appuient. Les formes habi
tuelles de diagnostic sont aussi condamnées ; ni la description typolo
gique des troubles, ni la constitution d'un profil de personnalité, ni
l'utilisation du langage psychanalytique ne sont véritablement utiles
au clinicien dans le choix d'un traitement.
Tout au long de l'ouvrage, il est rappelé que le comportement est
une fonction de l'organisme et de la situation et que l'objet de toute
étude clinique n'est pas l'individu seul mais l'individu - dans - son - envi
ronnement. La principale tâche du clinicien sera donc de réaliser une
analyse fonctionnelle du comportement perturbé, c'est-à-dire une étude
détaillée de ce comportement en relation avec les conditions internes
mais aussi externes qui l'influencent. Pour cela aucune méthode parti
culière n'est requise, les méthodes fondamentales des sciences du compor
tement : observation, entretien et expérimentation suffisent. Les chan
gements désirés devront être effectués à travers trois modes parallèles
de traitement : modification du comportement individuel, modification
de l'interaction dans les groupes, modification de l'organisation des
systèmes sociaux. Toutes les formes de psychothérapie individuelle
restent valables mais le clinicien est encouragé à s'orienter vers les déve
loppements récents des thérapies de groupe (famille, équipes de travail)
et de la psychiatrie sociale qui inclut certaines méthodes de changement
du milieu.
La nécessité de définir un cadre conceptuel utile pour le clinicien
conduit Peterson à passer en revue un certain nombre de concepts
psychosociologiques : renforcement, motivation, information, cognition,
transactions sociales, etc. Enfin, trois longues études de cas, qui mettent
en scène successivement un adolescent, un groupe familial, un scène
successivement un adolescent, un groupe familial, un centre hospitalier,
illustrent parfaitement le point de vue de l'auteur.
Plutôt qu'une position très élaborée ou, très neuve, on trouvera
dans cet ouvrage un cadre d'étude stimulant et de nombreuses sugges
tions pratiques.
I. Drouhin.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.