Psychologie sociale - article ; n°2 ; vol.69, pg 670-680

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L'année psychologique - Année 1969 - Volume 69 - Numéro 2 - Pages 670-680
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1969
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Psychologie sociale
In: L'année psychologique. 1969 vol. 69, n°2. pp. 670-680.
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Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1969 vol. 69, n°2. pp. 670-680.
doi : 10.3406/psy.1969.27689
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1969_num_69_2_27689Psychologie sociale
Fairweather (G. W.). — Methods for Experimental Social Inno
vation (Méthodes expérimentales d'innovation sociale). — New-
York, Wiley, 1967, 250 p.
Cet ouvrage est à la fois une apologie de la recherche appliquée et
un manuel pratique très détaillé allant jusqu'à donner des conseils
en vue de l'obtention de contrats et de crédits.
L'auteur y propose la création de « centres prospectifs pour l'expér
imentation et l'apprentissage », multidisciplinaires, qui auraient pour
objectif essentiel de trouver des solutions validées expérimentalement
aux problèmes posés par la vie sociale réelle et d'innover ainsi dans le
système existant avant qu'il n'éclate sous l'action de pressions conflic
tuelles. En effet, le but de Fairweather est d'économiser des crises et
d'éviter les solutions « radicales, souvent inadéquates parce que non
testées ».
Les qualités nécessaires au chercheur dans ce domaine sont l'eng
agement (commitment) et le dévouement aux principes humanitaires et
démocratiques ; en outre, il doit être capable d'assumer à peu près
n'importe quel rôle dans le milieu social étudié pour comprendre de
l'intérieur les problèmes qui se posent.
Partant de travaux personnels sur des groupes marginaux (malades
mentaux, prisonniers, toxicomanes, etc.), l'auteur vise à intégrer d'une
part toutes les recherches faites dans le domaine du « marginal » (consi
déré ici comme central par rapport à l'innovation sociale) et, d'autre
part, l'ensemble des disciplines constituant les sciences sociales.
La méthode proposée en vue de sociale expérimentale
consiste en la création de nouveaux « sous-systèmes sociaux » destinés
à accueillir les marginaux en leur conférant un statut et un rôle plus
satisfaisants. L'efficacité du sous-système novateur est comparée à celle
de l'institution déjà existante prise comme sous-système témoin. Les
critères d'efficacité peuvent être choisis différemment selon les situa
tions, mais le critère de base reste le consensus de la société dans le
domaine envisagé et doit être retenu en accord avec les responsables
institutionnels dans ce domaine (école, hôpital psychiatrique, pri
son, etc.). On reconnaît ici le principal souci de l'auteur, qui est d'éviter
tout changement brutal en réalisant une évolution planifiée et harmon
ieuse de la société.
Le point principal reste évidemment, du point de vue scientifique
aussi bien que pratique, de savoir quel est le type d'articulation entre
le phénomène marginal et l'innovation. Il y a du marginal résiduel
comme il en est d'innovateur, comme il en est de correctif secondaire. PSYCHOLOGIE SOCIALE 671
Et ces concepts sont peut-être encore trop près du jugement de valeur
pour fournir l'analyse qu'aucune pensée, aussi novatrice soit-elle, ne
peut traiter par prétention. Il n'est pas sûr qu'à cet égard l'effort
empirique incontestable de l'auteur corresponde à un effort conceptuel
comparable.
A. Gomis.
Lapassade (G.). — Groupes, organisations et institutions. — Paris,
Gauthier- Villars, 1967, 315 p.
Le livre de Georges Lapassade est à la fois documenté et passionné,
suggestif dans ses formulations théoriques, et à certains égards, prophét
ique (publié en 1967, le livre en effet marque à titre rétrospectif non
seulement l'importance prépondérante qu'ont eue certains thèmes,
directement issus de la recherche psychosociale, dans l'explosion révolu
tionnaire de Mai, mais surtout peut-être le caractère inéluctable du
mouvement — qu'il prédit du reste — en réponse à l'évolution actuelle
des sociétés industrielles technocratiques et/ou bureaucratiques).
L'ouvrage comporte trois parties distinctes :
1) Une analyse historique des différentes phases de développement
des sociétés industrielles (phases A, B, C, de Touraine) et a) Des
modes correspondants d'organisation des groupements politiques et
syndicaux ; b) Des thèmes dominants de la réflexion politique ;
c) Des orientations caractéristiques de la recherche en sciences
humaines (notamment en matière de formation et d'organisation) ;
2) Une analyse des tendances actuelles des « bureaucraties indust
rielles » et de leurs possibilités d'évolution ;
3) Une description des perspectives nouvelles d'intervention et de
recherche — principalement en sciences humaines — que cette
évolution suggère.
Deux annexes importantes complètent l'ouvrage :
1° Un lexique, fort utile, des principaux mots clés utilisés (pp. 183
à 205) ;
2° Des comptes rendus de quelques expériences récentes d'intervention
« institutionnelle » dans des organisations d'enseignement, des stages
de formation, etc. (pp. 207 à 296) (on lira notamment avec intérêt
l'histoire et la critique de ce qui devait devenir quelque temps après
la « tendance psychosociologique » (sic) de l'U.N.E.F.).
L'ensemble du livre procède d'un « triple mouvement de révision :
politique, et pédagogique », qui s'attaque de manière
privilégiée aux différents aspects de la bureaucratisation : des structures
de travail et d'enseignement, des appareils de gouvernement, des formes
contemporaines de la recherche et de la pratique sociale.
Le concept de « bureaucratie » est défini ici en un sens très large,
comme « l'appropriation privée de l'organisation et de la gestion »,
c'est-à-dire principalement « de la séparation entre 672 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
dirigeants et dirigés ». Se fondant en particulier sur l'examen des pays
dits socialistes (où la formation de « nouvelles classes dirigeantes »
montre que la suppression de la propriété privée des moyens de pro
duction n'a pas suffi à abolir la domination de l'homme par l'homme)
et du Tiers Monde (où la domination coloniale cède partout la place à
la domination bureaucratique), Lapassade considère que le problème
bureaucratique constitue « le grand problème politique, non résolu,
de ce siècle ».
Si la critique de la bureaucratie classique est suffisamment connue
pour que l'on y revienne ici1, il faut préciser par contre l'analyse que
fait l'auteur des tendances récentes de la néo-bureaucratie, et du rôle
qu'y jouent, délibérément ou non, les sciences dites sociales. Contraire
ment aux descriptions classiques de Weber ou de Merton, il apparaît
aujourd'hui que la bureaucratie bouge. Elle est capable d'adaptation ;
elle cherche dans une certaine mesure à intégrer le changement (à
condition que soit maintenue la séparation essentielle entre dirigeants
et exécutants). Pour cela elle fait souvent appel aux ressources récentes
des sciences humaines, notamment à la psychologie sociale clinique :
pratiques non directives, techniques de libre expression (psychodrame
et sociodrame), groupes de « diagnostic », etc. Ainsi ces techniques
élaborées pour la plupart (dit Lapassade) en réaction contre l'extrême
rigidité techno-bureaucratique de la société industrielle d'avant-guerre
(et les sciences humaines de l'époque — notamment les travaux de
Taylor ou Fayol) se trouvent peu à peu intégrées dans le processus social
de rénovation et modernisation, donc de maintien de la bureaucratie.
Mais, parallèlement, le développement de l'automation donne naissance
à une nouvelle classe ouvrière qui revendique l'autogestion de la pro
duction et de ses revendications ; ce mouvement trouve un appui, dans
les sciences humaines, sur le développement des techniques d'analyse
institutionnelle (qui constituent elles-mêmes, selon l'auteur, le prolon
gement logique des recherches précédentes).
Il faut savoir gré à G. Lapassade de refuser à la fois la critique paléo
marxiste, et la « récupération » sartrienne des sciences humaines :
celles-ci ne sont ni les « chiens de garde » du néo-capitalisme, ni des
« instruments » de combat utilisables tels quels par les forces révolu
tionnaires. Elles s'insèrent en effet dans un mouvement réformiste mais,
dit Lapassade, avec une stratégie « entriste » ; par leur visée fondamen-
1. Signalons cependant, cf. notamment chap. Ill, une synthèse bibli
ographique qui fait utilement le point à la fois des controverses sur le rôle
de la bureaucratie parmi les théoriciens marxistes (de Marx lui-même au
groupe de « socialisme ou barbarie », en passant par Lénine, Trotsky, Lukacs,
etc.), des analyses de la « bureaucratie » administrative ou industrielle (Max
Weber, Merton, March et Simon, Crozier), et des différents courants de
recherches psychologiques développées autour de ces problèmes (de Taylor
ou Fayol à E. Mayo et aux « relations humaines », à Moreno, aux techniques
non directives de C. Rogers, à Kurt Lewin et l'école des group dynamics,
enfin l'école « institutionaliste » en France). PSYCHOLOGIE SOCIALE 673
tale aujourd'hui (l'autogestion, à tous ses niveaux) et leurs techniques
(notamment de libération de la parole de tous) elles restent un él
ément central du mouvement de remise en cause des institutions
bureaucratiques.
Est-ce là une pure utopie ou bien ces techniques ont-elles un réel
avenir ?
Dans le chapitre IV, l'auteur expose les présupposés et les modalités
de ce type d'intervention. A partir de l'opposition (empreinte, à bien
des égards, de réminiscences bergsoniennes) entre institution et création
(ou, si l'on préfère, entre instituant et institué, et, plus fondamentale
ment, entre l'achevé et l'inachevé) Lapassade décrit des modes d'inter
vention propres à restituer aux organisations sociales leur fluidité et
aux individus leurs capacités d'expression, de compréhension des
structures institutionalisées où ils vivent et finalement de maîtrise sur
celles-ci. L'auteur s'attache surtout à la « pédagogie institutionnelle »
(c'est-à-dire à la tentative d'instituer l'autogestion pédagogique ou
« gestion de la formation par les enseignes ») : celle-ci ne vise pas seul
ement les « techniques éducatives », mais la mise en question de l'ensemble
des structures, des modes d'organisation et des finalités de l'institution
éducative.
L'auteur se situe ainsi dans tout le courant « institutionaliste » à
visée autogestionnaire qui se développe depuis quelques années en parti
culier dans le domaine de la psychothérapie, de la psychosociologie et
de la sociologie dite des organisations. Mais son insistance sur les pro
blèmes pédagogiques doit être soulignée : c'est en effet à un véritable
renversement des rapports traditionnels entre pédagogie et politique qu'il
nous invite. « II faut, dit-il, changer d'école si l'on veut changer la
société... La transformation de l'école ne suffît sans doute pas. Mais
rien ne peut changer si les hommes n'apprennent pas, dès l'enfance, à
construire des institutions et à les gérer » (p. 6). L'autogestion pédago
gique serait ainsi le moyen privilégié, et peut-être le seul, de préparer
les hommes à « refuser la propriété privée de l'organisation, qui est la
marque de notre vie sociale et son fondement ultime ».
Les sciences humaines ont, dans ce processus de transformation et
d'autotransformation, un rôle à la fois ambigu et exemplaire. Il faut
souligner en conclusion les problèmes qui se posent à elles dans cette
perspective, et en particulier à la psychologie sociale.
La définition qu'en donne G. Lapassade (la psychologie sociale serait
avant tout une « technique de la parole sociale ») n'est certainement
pas orthodoxe ; on peut la juger partielle, ou au contraire non spéci
fique. Mais on ne saurait contester qu'elle exprime, dans sa brutalité
même, un certain nombre de thèmes et de préoccupations fondamentaux
dont la méconnaissance — peut-être plus dangereuse que l'abus —
dénaturerait jusqu'au sens même du travail psychologique.
En revanche — et c'est notre objection essentielle à l'ouvrage —
on peut reprocher à Lapassade de « liquider » un peu trop rapidement 674 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
les problèmes de la recherche proprement dite : en se référant à des
études pour la plupart « classiques » mais déjà anciennes, et non repré
sentatives des courants actuels de la recherche en psychologie sociale
(celle-ci est moins que jamais coextensive à la très traditionnelle « dyna
mique des groupes »), en les décrivant, assez sommairement (cf. par
exemple chap. II), par un inventaire de quelques « concepts » (ou
pseudo-concepts) clés plutôt que par une analyse de leur problématique,
il accentue ainsi lui-même la « séparation » dénoncée tout au long du
livre entre la recherche d'une part, et l'intervention psychosociale de
l'autre.
Il nous semble au contraire que d'autres types d'articulation, plus
étroits, peuvent être envisagés, et ce dans une perspective plus compat
ible avec les principes mêmes de l'analyse institutionnelle. Nous pensons
en particulier qu'il est souhaitable et possible de dépasser le stade de
la simple utilisation des résultats de la recherche à des fins d'application
ou d'intervention (ce qui reste le schéma implicite de l'auteur), pour
arriver à une intégration réciproque de leurs démarches et de leurs
finalités ; de rendre, en d'autres termes, la recherche non pas « active »
(sic) mais actwatrice, et l'intervention, euristique.
Il n'en est pas ainsi actuellement — et l'approche institutionnelle
ne serait pas déplacée pour en analyser les raisons, et permettre d'y
remédier ; mais elle ne saurait non plus, sous peine de devenir elle-
même rapidement une nouvelle forme « bureaucratisée » de réflexion
et d'action, se passer des apports, des démarches et des interactions
indispensables avec les secteurs de recherche en sciences humaines les
plus récents.
L. Kandel.
Cohen (M.), Hale (D.). — The new student left : an anthology (La
nouvelle gauche étudiante : une anthologie). — Boston, Beacon
Press, 1966, 288 p.
Cette sélection d'articles écrits entre 1960 et 1965 par les militants
de la « nouvelle gauche étudiante »* a aujourd'hui surtout un intérêt
historique pour ceux qui s'intéressent au développement des mouve
ments étudiants dans les pays industrialisés, notamment aux Etats-
Unis. Après la longue période de désenchantement et de retrait politique
des années 50, l'on a vu naître à partir de 1960 parmi les étudiants
américains une nouvelle « mystique de l'engagement » (mystique of
participation). Le livre reflète fidèlement les préoccupations, les diff
icultés et les hésitations de cette génération de militants étudiants,
devant trois séries de problèmes : l'engagement et le rôle politique des
1. Il s'agit surtout des étudiants du S. D.S. (Students for a Democratic
Society) et du S.N.C.C. (Student Non-violent Coordination Committee), qui
étaient à l'époque parmi les organisations les plus représentatives sinon les
plus radicales du mouvement étudiant. PSYCHOLOGIE SOCIALE 675
étudiants (première partie de l'ouvrage), la lutte pour les droits civiques
et l'égalité (deuxième partie), la mise en question des institutions
universitaires (troisième partie).
Un certain nombre de thèmes ont été délibérément écartés de cette
anthologie, notamment les controverses sur la politique extérieure des
Etats-Unis (équilibre nucléaire, relations avec les pays du Tiers Monde),
et l'examen des implications politiques du système économique améric
ain. D'après les éditeurs de l'ouvrage, ces thèmes n'auraient eu qu'une
importance secondaire pour les étudiants ; mais ces omissions rendent
encore plus sensibles certains traits spécifiques du mouvement, en
particulier sa difficulté à élaborer une analyse politique de l'ensemble
des structures de la société américaine, et à prendre leurs distances à
son égard.
Dans une première phase, le mouvement étudiant s'articule autour
d'une double révolte (Camus est du reste fréquemment cité) : révolte
morale contre l'inégalité raciale ou l'injustice sociale, révolte individuelle
contre l'emprise croissante de la collectivité sur les décisions affectant
jusqu'à la vie privée des individus (selon l'un des auteurs, un des
moteurs du mouvement serait le spectre de l'intégration dans la vie
« pavillonnaire » (Suburbia) ressentie, à terme, comme inéluctable).
A ce niveau, le mouvement est fondamentalement apolitique ; il est,
aussi, profondément intégré sur le plan idéologique, à la société améri
caine et solidaire de ses valeurs officielles (de libéralisme humanitaire,
de fraternité et de justice, de démocratie, d'individualisme, etc.).
Une évolution cependant s'amorce à partir de 1964-1965 : à la
protestation non exempte d'évangélisme contre les « dysfonctionne
ments » de la société américaine succède une appréciation plus objective
de l'ensemble de ses structures politico-économiques, en particulier des
relations entre structures économiques et structures de pouvoir.
Il est intéressant de noter que cette prise de conscience s'est effectuée
en grande partie en réaction contre la campagne nationale — lancée
par L. B. Johnson — pour la Big Society et l'élimination de la pauvreté
aux Etats-Unis1. L'analyse des sources et des mécanismes d'oppression
économique contre Noirs et Blancs remplace ainsi la révolte éthique
contre l'inégalité raciale, et aboutit à une mise en question radicale de
la société à tous ses niveaux. C'est ainsi qu'il faut comprendre la lutte
contre les « multiversités », organisations géantes et anonymes, product
rices insatiables de dirigeants dociles et qui constituent pour les étu
diants l'incarnation la plus directement sensible et la plus accessible
du système d'oppression et d'intégration ; les incidents de Berkeley
en octobre 1964, et les thèmes de revendication du F. S. M. (Free Speech
Movement) sont à cet égard significatifs.
Les derniers articles sont caractéristiques de ce désir de changement
1. Et aussi bien que cet aspect ne soit pas mentionné dans le livre, de
l'impact croissant, à l'époque, de la guerre du Viêt-nam. 676 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
global des structures de pouvoir (la plupart des « programmes » d'inter
vention du S. D.S. se fixent comme objectif le développement des moyens
de maîtrise des décisions par les individus et les groupes concernés :
par exemple la prise en main des campagnes contre la pauvreté par les
pauvres eux-mêmes). Ils se heurtent cependant, sans le résoudre, au
problème de l'articulation entre la démocratie locale et le développement
de la société technocratique avec ses centres de décision globale de plus
en plus spécialisés et inaccessibles.
L'ouvrage ne cherche pas à donner une explication sociologique ou
psychologique du développement de la « nouvelle gauche » étudiante
aux Etats-Unis. Mais il restitue, tel qu'il a été vécu et exprimé par ses
principaux acteurs, le passage d'un mouvement de révolte éthique
essentiellement individuel (et individualiste) à une contestation de plus
en plus radicale de l'ensemble des structures de pouvoir (universitaires,
politiques, économiques et idéologiques) dans la société post-indust
rielle, telle qu'elle s'esquisse aux Etats-Unis.
Il est trop tôt aujourd'hui pour savoir si les auteurs avaient raison
de se comparer à la « génération perdue » des années 20, ou si le dévelop
pement du mouvement en fera autre chose qu'une « source nouvelle
d'idéalisme utopique ».
L. Kandel.
Minuchin (S.), Montalvo (B.), Guerney (B. G. Jr.), Rosman (B. L.),
Schumer (F.). — Families of the slums (Les familles des taudis). —
New York, Londres, Basic Books, 1967, 460 p.
Bien qu'ayant des formations différentes, les sept psychothérapeutes
qui ont conduit cette étude possédaient en commun une expérience
préalable de ces « familles des sous-cultures » dont le faible niveau socio-
économique et la désorganisation interne expliquent qu'elles produisent
un taux anormalement élevé de jeunes délinquants.
C'est d'ailleurs aux seules familles ayant produit deux délinquants
au moins que vont s'intéresser les auteurs, en adoptant une démarche
qui leur permet d'allier l'intervention thérapeutique à une exploration
quasi expérimentale de la structure et de la dynamique propre à ces
familles. L'absence de connaissances assurées dans ce domaine amène
les auteurs à adopter une attitude d'extrême ouverture car il s'agit
pour eux de parvenir à élaborer des hypothèses au terme de l'expérience
plutôt que de vérifier la valeur d'hypothèses prédéterminées. Ceci se
répercute bien sûr dans la texture de l'ouvrage qui, loin d'être une
systématisation et une explicitation des aboutissants de la recherche
entreprise, est plutôt un compte rendu du cheminement conceptuel des
auteurs au fur et à mesure que progresse l'expérience. Bien entendu
cela ne signifie pas une absence totale d'orientations prédéfinies. C'est
ainsi que sur le plan méthodologique, les auteurs ont opté pour une
démarche se situant à mi-chemin de l'étude clinique traditionnelle et
de la démarche sociologique, en prenant comme objet d'analyse les PSYCHOLOGIE SOCIALE 677
relations et les facteurs intraf amiliaux. De même ils ont défini quelques
hypothèses de travail, telles que : absence probable de fonction executive
au niveau des parents, détérioration du rôle de soutien et de conseil,
détérioration des communications parents-enfants, attribution aux
enfants aînés de certains éléments de la fonction parentale..., etc. ;
peu à peu se dégageront de l'expérience des hypothèses plus fortes
permettant de tracer des profils caractéristiques des familles géné
ratrices de délinquants. Notamment l'hypothèse suivant laquelle les
familles désorganisées se situent aux extrêmes (ou fluctuent d'un
extrême à l'autre) d'une échelle allant du désengagement parental à un
surcontrôle parental dans l'ici et le maintenant mais sans production
de normes.
L'expérience proprement dite porte sur un groupe de 12 familles
ayant produit plus d'un délinquant chacune, appareillé à un groupe
témoin de 10 familles, semblable quant aux caractéristiques socio-
économiques mais n'ayant pas produit de délinquants, afin de mettre
au point les instruments de mesure élaborés par l'auteur et de disposer
de termes de comparaison. Ces instruments de mesure, fortement
inspirés des techniques projectives consistent en : 1° Le F.I.A.T. (family
interaction aperception task), construit sur le modèle du T. A. T. ; 2° Le
F. T. ( family task) incluant la construction collective d'un assemblage
de pièces à partir d'un modèle à reproduire ; 3° Une technique de codage
et d'analyse de contenu du comportement verbal au cours des séances
thérapeutiques. Ces séances, au nombre d'une trentaine, se subdivisent
en trois phases : un entretien avec l'ensemble de la famille, puis avec
les deux sous-groupes séparés des enfants et des parents, puis à nouveau
avec l'ensemble de la famille. En fin de compte, la recherche entreprise
ne se solde pas uniquement par une connaissance plus exacte de la
« famille des taudis » et par une mise au point de la thérapeutique, mais
également par une évolution positive do presque toutes les familles
étudiées grâce à l'apparition de principes régulateurs soutenant les
relations interindividuelles.
T. Ibanez.
Barnes (E.). — Psychosocial nursing (Les soins psychosociaux). —
Londres, Tavistock Publications, 1968, 316 p.
Cet ouvrage est un recueil d'articles consacrés à l'étude des aspects
psychosociaux du traitement des malades mentaux. Il fait état d'une
expérience menée au Cassel Hospital (Kent, Grande-Bretagne) de
puis 1946 sous la direction médicale du Dr T. F. Main. L'idée centrale
qui a dirigé le travail du Dr Main est celle d'une reconsidération des
relations médecin-malade : ces relations ne peuvent évoluer qu'en
fonction de la structure et de l'attitude de l'équipe médicale et du rôle
attribué à l'hospitalisation.
Rédigés par les participants de cette expérience, les articles sont
regroupés en quatre parties.
A. PSYCHOL. 69 43 678 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
La première partie traite de l'hôpital en tant qu'institution théra
peutique : il ne peut pas être un refuge pour le malade qui doit y
conserver un statut d'être humain responsable et non vivre dans un
état de soumission ou de dépendance. Le retour à la santé et à l'équilibre
mental ne doit pas se faire au prix d'une désocialisation qui rendrait
le malade inapte à toute vie hors de l'hôpital. L'intérêt de l'expérience
réalisée au Gassel Hospital est d'offrir aux malades un milieu social
proche de celui de la vie réelle : les médecins, les et leurs familles
sont tous membres d'une communauté.
Cette conception des relations malade-personnel hospitalier entraîne
l'emploi de techniques particulières qui sont décrites dans la deuxième
partie de l'ouvrage. Plusieurs articles sont consacrés au rôle de l'infi
rmière qui doit passer d'une attitude protectrice et « maternaliste » à
une attitude de coopération avec le malade et sa famille.
La troisième partie du livre traite des soins psychosociaux dont fait
l'objet la famille du malade. En faisant venir la famille à l'hôpital ou
en laissant le malade dans son milieu familial, le Dr Main entend réunir
les conditions optima à la réinsertion sociale des malades. Une impor
tance toute particulière est apportée au maintien de la relation mère-
enfant pendant la maladie.
La dernière partie de l'ouvrage est consacrée à l'application des
soins psychosociaux : leur efficacité est liée à la compétence du personnel
hospitalier, d'où l'importance de la sélection et de la formation des
infirmières.
L'intérêt de ce livre est d'apporter à l'appui d'une conception originale
du statut du malade mental les résultats d'une expérience menée depuis
vingt ans.
J.-P. Desportes.
Cazeneuve (J.). — Sociologie de Marcel Mauss. — Paris, Presses
Universitaires de France, 1968, 128 p.
La présentation par Jean Gazeneuve de la Sociologie de Marcel Mauss
est sans concessions. Dans le contexte de parenté à la fois familiale et
scientifique qui unit Mauss à son oncle Durkheim, l'auteur dégage
aussi bien la richesse de la production de Mauss, ses découvertes, les
nouvelles orientations qu'il a données que ses limitations.
En effet, bien que les orientations du neveu et de l'oncle aient
dominé la sociologie française d'avant 1940, plutôt qu'un chef d'école,
Mauss apparaît d'abord comme un précurseur pour la génération su
ivante (Georges Gurvitch moins peut-être que Claude Lévi-Strauss
quoique Cazeneuve soit soucieux d'équilibre sur ce point et soit une
sorte de médiateur entre Durkheim et la pensée sociologique et ethno
logique contemporaine). Malgré le grand nombre d'articles (une cen
taine) qui constituent son œuvre dont le caractère apparent est la
dispersion, Mauss n'écrivit jamais un livre, il n'acheva jamais une
thèse sur la prière. L'auteur montre bien en quoi son apport est souvent

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