Psychologie sociale. - compte-rendu ; n°1 ; vol.47, pg 473-485

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L'année psychologique - Année 1946 - Volume 47 - Numéro 1 - Pages 473-485
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1946
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VII. Psychologie sociale.
In: L'année psychologique. 1946 vol. 47-48. pp. 473-485.
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VII. Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1946 vol. 47-48. pp. 473-485.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1946_num_47_1_8325VII. —Psychologie sociale.
184. — Les attitudes sociales :
SHERIF (M.), CANTRIL (H.). — The Psychology . of attitudes
(La psychologie des attitudes). — I. Psychol. Rev., 1945, 52,
295-319. II. Ibid., 1946, 53, 1-24. — DOOB (L. W.). — The
behavior Of attitudes (Le comportement des attitudes). — Psychol.
Rev., 1947, 54, 135-156. — KRECH (D.). — Attitudes and lear
ning : a methodological note (Les attitudes et V apprentissage : riote
méthodologique). — Psychol. Rev., 1946, 53, 290-293. — Me NE-
MAR (Q.). — Opinion-attitude methodology (La méthodologie
des attitudes et opinions). — Psychol. Bull., 1946, 43, 289-374.
— CRESPI (L. P.). -r « Opinion-attitude methodology » and the
polls, a rejoinder » (La méthodologie des attitudes et opinions » et
les sondages. Réplique). — Ibid., 562-569. —CONRAD (H. S.).
— Some principles of attitude-measurement : a reply to « opinion-
attitude methodology » (Quelques principes de la mesure des atti
tudes : réponse à laa méthodologie des attitudeset opinions»), — Ibid.,
570-589. — EDWARDS (A. L.). — A critique of « neutral » items
in attitude seales eonstructed by the method of equal appearing
intervals (Critique des items « neutres » des échelles d'attitudes cons
truites par la méthode des intervalles apparents égaux). — Psychol.
Rev., 1946, 53, 159-169.
Devant la grande masse de travaux sur les attitudes accomplis
à la fois par les sociologues et les psychologues, un certain nombre
d'auteurs se sont émus du fait que le terme même d'attitude n'était
pas défini d'une façon stable et qu'il n'existait pas de psychologie
générale des attitudes. Les trois premiers articles cités s'emploient
à trouver des bases psychologiques au concept d'attitude, à mont
rer que ce n'est qu'un aspect du comportement habituellement
étudié par le psychologue et qu'il est par là légitime d'en réserver
l'étude à celui-là et non au sociologue.
Pour Krech, l'étude des attitudes n'est qu'un cas particulier de
l'étude de l'apprentissage. De même que l'introduction d'un point
de vue molaire a succédé avec profit au point, de vue moléculaire
dans l'étude de l'apprentissage, de même il faut réviser nos con
ceptions sur les attitudes. Jusqu'ici »ces attitudes étaient étudiées
plus sous l'angle sociologique que psychologique. L'étude molécul
aire de l'apprentissage envisageait chaque réponse de l'animal
comme devant se placer dans l'ensemble statistique des réponses
observées chez d'autres animaux. L'attitude d'un homme est éga
lement considérée en fonction de la distribution des attitudes d'une
population. En réalité, il faut considérer une attitude chez un indi- analyses' bibliographiques 474
vidu comme une partie de sa personnalité et sa signification est à
chercher dans le rôle qu'elle joue pour l'individu étudié. Les atti-
tudessont plus qu'influencées par l'apprentissage, elles sont « l'étoffe
même dont est fait l'apprentissage ». Dire qu'un homme a intégré
une certaine somme d'expériences, c'est dire qu'il les a organisées
en attitudes, et qu'avec celles-ci il abordera la situation nouvelle
avec un comportement nouveaw.
D'autre part une attitude, une fois acquise sur une question,
devient un moyen pour aborder d'autres situations sociales (ainsi
l'adoption d'une certaine attitude 'envers les communistes ou les
nègres facilite l'introduction souhaitée dans tel groupe social). Ce
qui ne veut pas dire que toute attitude est consciemment adoptée
comme un moyen pour atteindre une autre fin, et dans les processus
d'apprentissage, des hypothèses sont fréquemment adoptées incon
sciemment. (L'auteur rappelle les conceptions de Krechevsky sur le
rôle des hypothèses dans l'apprentissage.)
Ainsi, il faut appliquer aux attitudes les théories et les techniques
de la psychologie d? l'apprentissage. Le problème de la fixation des
attitudes, par exemple, prend sa place parmi les problèmes simi
laires étudiés dans
C'est aussi sur le fait que les attitudes sont apprises qu'insistent
Shérif et Cantpil. Mais dans leur longue et très intéressante étude sui
vie de 142 références, c'est à une psychologie de la perception et du
jugement qu'ils ramènent l'étude des attitudes.
Ils tentent, tout d'abord, de donner une définition exhaustive du
terme. Une attitude se caractériserait par les critères suivants :
c'est un état de préparation (readiness). Elle implique une relation
sujet-objet au contenu très variable .mais qui est toujours appris;
elle a des composantes affectives qui ont des degrés variés; elle peut
se référer .à n'importe quelle stimulation qui rentrefdans la relation
sujet-objet et qui détermine qu'un individu réagira à une nouvelle
stimulation d'une façon sélective.
Ces états de préparation, possédant les critères précédents, peuvent
être acquis dans des situations purement personnelles; toutes les
attitudes ne sont donc pas partagées par les autres membres du
groupe et il est légitime de parler d'attitudes individuelles.
Analysant ensuite les essais de classification, les auteurs concluent
qu'il est insensé de vouloir classer les attitudes, celles-ci étant aussi
nombreuses que les stimulations auxquelles elles répondent.
Le premier stade de la formation d'une attitude est un stade per
ceptif, puis les attitudes sont déduites de la nature sélective de la
réponse : la psychologie des attitudes conduit donc à une psychologie
de la perception et du jugement. Or, les études expérimentales sur
la et le jugement ont montré l'importance des cadres de
référence qui se forment quand le sujet a fait face plusieurs fois à
dies situations semblables; placé devant une situation nouvelle, il
réagit toujours en fonction de ces cadres. Le même mécanisme est
en jeu dans les situations sociales et ces cadres de référence forment
la base, des attitudes. Si le champ du stimulus est bien structuré, les
cadres de référence sont déterminés par les propriétés objectives PSYCHG&OGtUT SOCIALS 475
de la situation-. Dans le cas contraire, les facteurs internes (tempe-
rament, motivation) et sociaux (suggestion, prestige, etc.) contri
buent pour une large part à la formation de ces cadres. Plus les situa
tions sont ambiguës, plus les cadres exercent une influence sur le
comportement.
On retrouve, dans l'article de Doob, le souci analogue de replacer
la question dans l'ensemble de l'étude du comportement dont il
expose une théorie complète. Cependant, il reproche à Shérif et
Cantril d'avoir écarté délibérément de leur étude le problème des
mécanismes psychologiques de l'acquisition des attitudes. Pour Doob
qui rejoint ici Krech, le problème central est celui de l'apprentissage :
l'acquisition des attitudes devra, être étudiée, comme tout apprentiss
age, conjointement à la perception et à la motivation. L'attitude
est définie comme une « réponse implicite engendrant une tendance
et considérée socialement significative dans le groupe social
du s-ujet »:
L'article de Me Nemar, qui a paru depuis sous forme de livre, est
une longue revue critique qui constitue une sorte de traité sur la
mesure des opinions; mais il s'agit d'un traité partial et l'auteur fait
plus ressortir les défauts des méthodes que leurs mérites. Sont suc
cessivement envisagés : 1° les problèmes et leurs solutions; 2° la
technique d'échelles d'attitudes; 3° le sondage d'opinion par simple
question; 4° l'administration des questionnaires; 5° les solutions
statistiques; 6° l'étude des changements d'opinions; 7° les corréla
tions et interrelations; 8° les études du moral; 9° les conclusions sui
vies d'une bibliographie de cent trente-trois titres.
L'auteur insiste sur la nécessité d'assurer la validité et la fidélité
des mesures et de n'employer que des échelles à une dimension. On
ne s'est pas assez préoecupé de ces trois nécessités de base dans le
sondage d'opinions. En particulier, la technique de la question
simple est sujette à de nombreuses erreurs de variation, c'est
pourquoi il faudrait la remplacer par des échelles d'attitudes.
Me Nemar relève ensuite des erreurs dans les procédés statistiques
généralement employés; II suggère l'usage de l'analyse factorielle,
particulièrement pour l'étude du moral.
Une étude des changements d'opinion dans des conditions expé
rimentales semblerait une bonne façon d'aborder le problème de la
formation des attitudes.
L'auteur termine en notant que si les organisations, en particulier
celle de l'armée, qui ont pour but d'étudier les opinions sont nomb
reuses, elles n'ont pas beaucoup fait progresser les techniques.
Cet article très sévère devait provoquer des répliques : Crespi
accuse Me Nemar d'avoir une prévention contre les sondages et
par suite de ne pas vouloir admettre que leur fidélité est élevée;
quant à sa critique sur les sondages réclamant l'opinion des gens
sur des événements futurs (par exemple «que sera le monde d'après
guerre? »), sondages qu'il qualifie d'inutilement abstraits, Crespi
pense qu'elle nie les principes mêmes de la démocratie!
Conrad s'attache à répondre sur trois articles au sujet desquels
il était mis en cause : il défend la valeur des échelles à une dimen- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
sion, la validité, de ses mesures, etc. Il conclut en regrettant que
l'article de Me Nemar ait été par trop polémique.
Edwards remarque que dans les échelles d'attitudes allant de
questions « favorables » à celles « défavorables », les questions
« neutres» qui forment le milieu de l'échelle ne sont pas différencia-
tives. Elles sont de plus ambiguës : elles peuvent exprimer aussi
bien l'indifférence que l'ambivalence. Sur le plan pratique, Edwards
préfère les échelles de Likert (méthode des sommes d'évaluation)
à celles de Thurstone (intervalles apparents égaux), car, bien que
les corrélations entre ces deux échelles soient élevées, celle de Likert
a une plus grande fidélité, avec moins d'items, et est beaucoup moins
laborieuse à établir.
V. B.
185. — FESTINGER (L.). — The treatment of qualitative data by
« scale analysis » (Le traitement des données 'qualitatives par
«l'analyse de V échelle r>). — Psychol. Bull., 1947, 44, 149-161.
Revue des techniques employées pour la construction des échelles
d'opinions, questionnaires, etc., employant la technique de l'ana
lyse des réponses, discussion de la théorie élaborée par Guttmarin
sur cette analyse et évaluation des échelles basées sur cette méthode.
La variable que l'échelle se propose de mesurer, qu'il s'agisse de
l'attitude envers la Russie, ou de l'intelligence, ou du poids, doit
ayant tout ne comporter qu'une seule dimension. Si la variable, ou
l'instrument (une série de questions), ne répond pas à ce type, le
classement obtenu sera nécessairement équivoque : si, par exemple,
un test d'intelligence porte à la fois sur l'aptitude mathématique
et sur l'aptitude verbale, deux individus d'aptitudes très différentes
peuvent néanmoins obtenir le même score total.
Les résultats, c'est-à-dire les oui ou les non à une série de questions
graduées, prennent la forme d'un parallélogramme plus ou moins
allongé et oblique sij.es réponses de chaque sujet sont portées sur
une grille où les questions graduées sont rangées horizontalement
dans un ordre croissant, par exemple de — 1 à '+ 10. Cette grille
peut être exécutée en bois ou en métal et contenir un certain nombre
de cases selon le nombre de questions (dimension horizontale) et
le nombre de sujets (dimension verticale). Ce « scalogramme », qui
permet de voir d'un coup d'œil l'allure des réponses, a été très
employé aux Etats-Unis pendant la guerre par le Service des Info
rmations du ministère de la Guerre.
Un autre procédé est celui de la tabulation : chaque question est
représentée graphiquement par une ligne horizontale séparée en
sections correspondant aux différentes réponses et dont la longueur
est proportionnelle au nombre de sujets ayant donné cette réponse.
Deux variétés de cette méthode sont la technique en usage à l'Uni
versité de Cornell, appelée « technique de Cornell» et la méthode
des moindres carrés, trop faborieuse pour être utilisable au-dessus
de quelques questions seulement.
Ces techniques sont non seulement des instruments précieux pour
la construction des échelles, mais elles permettent de déterminer; PSYCHOLOGIE SOCIALE 477
quantitativement dans quelle mesure les données s'écartent de
l'idéal d'unidimensionalité.
C. N.
186. — LODGE (G. T.) . — Correlates of criminal behavior (Fact
eurs liés à la conduite criminelle). — J. Soc. Psychol., 1947,
25, 3-51.
Application de la méthode tétrachorique de Thurstone, avec
variables bisegmentées, à la recherche des causes de la conduite
criminelle, ou plutôt des différents facteurs qui lui sont associés,
avec évaluation numérique, en coefficients de corrélation, de l'i
nfluence respective de chacun de ces facteurs. Contrairement à l'ap
proche traditionnelle (peu féconde et décevante) du problème, qui
se bornait à chercher la relation du crime tantôt avec un facteur
isolé, tantôt avec un autre, l'auteur cherche simplement à recenser
les caractéristiques physiques, psychologiques ou sociales qu'on
trouve associées avec le crime, à déterminer leurs contingences entre
elles et à voir si elles se groupent de manière à dessiner un certain
arrangement ou pattern indivisible, qui exprime de façon unique le
complexe individu-situation-crime et fournisse une base de prédic
tion aux autres patterns de même type. C«est en somme l'applicade la méthode actuaire à la recherche psychologique, méthode
déjà si largement utilisée en sociologie.
Cette méthode avait d'ailleurs été déjà appliquée (par T. V. Moore)
à l'étude des maladies mentales : l'auteur avait recherché chez
plusieurs centaines de malades la présence ou l'absence de 48 symp
tômes psychopathiques et était arrivé à les grouper sous 5 facteurs,
ou syndromes, n'ayant plus rien d'arbitraire ou d'hypothétique
puisqu'ils reposaient sur une analyse mathématique rigoureuse. Ici,
la présence ou l'absence de 49 variables, choisies a priori pour repré
senter une liste aussi complète que possible des facteurs individuels
et sociaux connus pour se rencontrer fréquemment chez les délin
quants, était recherchée chez 250 prisonniers examinés à une cl
inique psychiatrique annexée à un tribunal civil, à un tribunal cor
rectionnel et à une Cour d'assises. Le pourcentage des différents
délits et crimes commis par ces prisonniers était à peu près le même
que celui de la population générale, pour la même période (janvier-
juin 1939), ce qui garantit qu'ils représentaient un bon échantillon,
permettant de tirer des conclusions valables pour la population génér
ale. Ces 49 variables étaient reportées, en même temps que divers
autres renseignements, sur des cartes Horrevith (une carte pour
chaque prisonnier), ce qui permet d'avoir automatiquement la
fréquence totale positive ou négative de chaque variable et de cal
culer le coefficient de corrélation tétrachorique entre n'importe quelle
paire de variables.
Parmi la longue table de corrélations ainsi obtenue, l'auteur a
choisi celles ayant un intérêt du point de vue de la criminologie et,
portant les 49 variables en abscisse et les coefficients de corrélation
correspondant à chacune en ordonnées allant de — .90 à + .90,
il tire des profils caractéristiques des catégories de prisonniers les
plus importantes ou les plus intéressantes : délinquants alcooliques, ANAI.¥«ES $7$
délinquants sexuels, délinquants de côwkurs, djél laquants maiadea
•yénériens, délinquants primaires, récidivistes, etc. Cette méthode
permet d'évaluer et de représenter graphiquement les effets de
chacune des 49 variables (âge, statut familial, retard scolaire, défi
cience mentale, divorce des parents, alcoolisme, etc.), non seulement
sur la criminalité en général, mais sur les diverses catégories crimi
nelles; elle renseigne également sur l'incidence des grandes classes
psychiatriques (névrotique, psychopathique, psychotique) parmi les
prisonniers et le rapport entre l'estimation par la clinique des
chances d'amendement et la sentence prononcée par le juge. Mais,
afin de rendre le profil plus> lisible ou plus caractéristique, on peut
envisager un arrangement différent des variables, plus logique, ou
correspondant à un regroupement expérimental trouvé par l'ana
lyse factorielle, sur le modèle de ce qu'a fait Moore pour les symp
tômes psychiatriques. L'examen des profils des diverses catégories
criminelles montre en effet que nombre d'entre eux sont opération-
nellement très semblables, ce qui va à l'appui des « unités opération
nelles » de Tryon, composantes générales qui agissent comme si
elles étaient des déterminants unitaires de caractéristiques nomina
lement différentes. La réduction factorielle du nombre des variables,
associées à la conduite criminelle simplifierait en effet énormément
le problème de la recherche des causes; un de ces déterminants
uniques est, par exemple, celui qui cause la forte corrélation entre,
d'unie part, les quatre tests mentaux, les résultats scolaires et le
diagnostic de déficience mentale et, d'autre part, ces mêmes variables
et les 43 autres.
La. conclusion de cette importante recherche, qui ouvre une voie
féconde, est évidemment que la criminalité n'est pas un phénomène
isolé, mais fait inextricablement partie de l'organisme social total.
Cela implique que le traitement jusqu'ici appliqué, qui se limite
aux symptômes seuls, qui se borne à des mesures puni
tives comme la prison ou préventives par intimidation comme Je
renforcement de la police, n'atteint pas les causes fondamentales.
Une cure profonde du « crime » ne peut surgir que d'un ré-ajustement
profond de notre structure sociale tout entière.
C. N.
187. — HAMPTON (P. J.). — A descriptive portrait of the drin
ker. I, II, III, IV, V (Portrait descriptif du buveur). — J. Soc.
Psychol., 1947, 25, 69-132, 151-170.
Le problème de l'alcoolisme, déjà aigu au siècle dernier, le devient
de plus en plus et devrait se placer au premier plan des préoccupa
tions des hygiénistes et des législateurs. Une revue des études
récentes sur l'usage de l'alcool estime à 40 millions le nombre des
consommateurs d'alcool aux Etats-Unis, parmi lesquels 37.600.000
»ont des buveurs modérés tandis que les 2.400.000 autres sont des
buveurs intempérants, que l'auteur sépare en normaux, sympto^
matiques, psychotiques, stupides et obsédés, ces catégories étant
étudiées en cinq chapitres différents.
La définition du buveur modéré peut se confondre avec la défi
nition légale de la personne « sobre », c'est-à-dire non en état d'ivresse,. 479>
c'est-à-dire ayant moins de 0,05% d'alcool dans le sang, limite
critique adoptée pour établir l'état de sobriété ou d'ivresse des auto
mobilistes qui causent des accidents; cela -veut dire quelqu'un qui
n'a pas bu plus de deux whiskies -soda, ou plus de deux cocktails,
ou plus d'un demi de bière à jeun, ou le double après avoir mangé.
Mais cette définition ne tient pas compte des raisons psychologiques
qui peuvent pousser à boire, ni des effets physiologiques, mentaux
et sociaux de l'ingestion d'alcool. Haggard et Jellinek pensent que
les effets désirés et produits sont plus importants que la quantité
d'alcool ingérée et ils proposent la définition suivante du buveur
modéré : « Quelqu'un qui ne recherche pas l'ivresse et ne s'y expose
pas; l'alcool n'est pour lui ni une nécessité ni une dépense considér
able. »
Le buveur habituel absorbe de l'alcool presque tous les jours,,
mais sans s'«nivrer ni se rendre malade. Les raisons qui le poussent
à boire sont les mêmes que pour le buveur normal, avec la différence
que le premier ne recherche que de temps en temps le réconfort et
l'évasion que lui apporte l'alcool, tandis que le second en a besoin
de façon constante.
Chez le buveur symptomatique, l'excès de boisson n'est qu'un
symptôme d'un état mental troublé; on peut distinguer l'état hal
lucinatoire alcoolique aigu, l'état paranoide alcoolique et la dipso-
manie. Le premier est aujourd'hui diagnostiqué comme une manif
estation schizophrénique, du type catatonique dans son stade
initial, ou du type paranoide dans son stade chronique. Le second
s'accompagne d'illusions d'actes hostiles, le .plus souvent ayant pour
thème l'infidélité du conjoint et qui déterminent une conduite dan
gereuse et même homicide. La dipsomanie est aujourd'hui considérée
comme une manifestation soit de psychose maniaco-dépressive, soit
d'épilepsie : l'impulsion à boire est périodique et se produit en réac
tion à des situations d'effort et de tension.
Le buveur psychotique représente un degré d'atteinte alcoolique
encore plus profond; on distingue trois sortes de psychoses alcoo
liques : le delirium tremens, la psychose- de Korsakoff et l'ivresse
pathologique, accès brusque, violent et passager qui n'est pas néces
sairement provoqué par l'ingestion d'une grande quantité d'alcool.
Les buveurs'« stupides » sont des déficients mentaux et leur caté
gorie comprend 8 % de tous les intoxiqués alcooliques. Chez eux,
l'alcoolisme provient de l'imitation; ils ne peuvent résister à ïa
tentation ni s'élever à une forme de distraction plias intelligente,
et l'alcool et l'atmosphère des cafés leur procurent la forme la plus,
passive, la plus basse et la meilleure marché de plaisir collectif;,
ce sont souvent des vagabonds et ils deviennent souvent criminels
parce que l'alcool a pour effet de réveiller les tendances primitives
assoupies et que, d'autre part, ils ne possèdent pas les inhibitions
nécessaires. Mais taus les buveurs stupides ne deviennent pas cr
iminels : il faut distinguer deux sortes de problèmes : la relation «ntre
l'alcool et le crime et la relation entre la déficience mentale, l'alcool
et le crime; mais, dans les deux cas, la relation est fortement posi
tive : la moitié de la population criminelle générale a des habitudes-
d'intempérance et pour 31 % c'est la cause principale du crime et. '■
. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 480
pour 16 % la seule cause ; pour ces criminels alcooliques, les crimes
contre les personnes sont plus nombreux que les crimes contre -la
propriété, ce qui est l'inverse pour la population criminelle géné
rale; si on prend à part les criminels déficients mentaux on trouve
des habitudes d'intempérance dans 31 % des cas, l'alcoolisme étant
d'autant plus ancien et plus invétéré que l'intelligence est plus basse;
inversement, le pourcentage de Q. I. moyens ou supérieurs augmente
considérablement quand on considère les alcooliques récents, c'est-à-
dire ayant l'habitude de boire depuis moins de deux ans.
- On peut distinguer les buveurs obsédés en primaires — -ceux qui
deviennent alcooliques invétérés dès leur premier verre d'alcool — et
en secondaires, ceux qui ne le deviennent que par une longue habi
tude. Aux premiers, l'alcool apporte un sentiment d'aisance et de
supériorité qui leur permet une adaptation sociale artificielle. Aux
seconds, il permet de combattre momentanément le,s effets phy
siques de/s ivresses précédentes. Chez l'une et l'autre catégorie, le
besoin de boire de l'alcool est absolument urgent et incontrôlable.
Pour chacune de ces cinq espèces de buveurs, l'auteur cite un
certain nombre de cas et passe en revue toute la littérature parue
sous le rapport de l'étiologie et du traitement, ce qui implique une
bibliographie énorme, de plusieurs centaines de titres, qui fait de
cet article une source d'instructions très importante sur la question
de l'alcoolisme.
C. N.
188. — MORGAN (H. G.). — Social relationship of children in a
war-boom community (Relations sociales d'enfants dans une
communauté dont la population s'est accrue du fait de la guerre).
— J. Educ. Res., 1946, 40, 271-286.
L'auteur a utilisé les méthodes de l'anthropologie, de la socio-
métrie et de la psychométrie pour décrire les facteurs déterminant
les relations sociales entre enfants et leurs modes d'évolution durant
la période de formation d'une communauté.
Durant la guerre, beaucoup de gens ont été forcés de quitter leurs
coins pour aller former de nouvelles villes autour de nouveaux
centres industriels. Dans ces villes, de nouvelles relations
sociales se nouent entre adultes et aussi entre enfants.
Cette étude examine l'effet de sept facteurs sur l'insertion sociale
et la réputation sociale de l'enfant. forment'
Il conclut que, d'une part, les groupements spontanés se
et d'autre part, que les mêmes facteurs qui régissent la hiérarvite,
chie sociale chez les adultes jouent un rôle important dans les grou
pements d'enfants : la richesse des parents et le succès scolaire.
R. K.
189. — Me GRANAHAN (D, V.), JANOWITZ (M.). — Studies of
gennan youth (Etudes sur la jeunesse allemande). — J. Abn. Soc.
Psychol., 1946, 41* 3-14. — Me GRANAHAN (D. V.). — Comp
arison of social attitudes among american and german youth
(Comparaison des sociales dans les jeunesses américaine
et allemande). — J. Abn. Soc. Psychol., 1946, 41, 245-257. P8YCHOLOG1B SOCIALS
Un questionnaire anonyme a été soumis à plusieurs échantillons
de jeûnes Allemands des deux sexes (14 à 18 ans) dans le secteur et
par du personnel américains.
Quelle que soit l'influence que l'on peut attribuer à la présence
des autorités occupantes sur la sincérité des réponses, elles traduisent
au moins un fait réel : la soumission et la servilité des esprits d'une
part, leur état de confusion et de contradiction d'autre part. Une
majorité imposante manifeste des sentiments pro-américains et
démocratiques et rejette les symboles nazis quand ils sont évidents,
mais ne voit pas souvent les contradictions qu'il y a entre ces affi
rmations, qui ressemblent un peu trop à une leçon bien apprise, et
d'autres où réapparaissent insidieusement les thèmes hitlériens.
Voici, par exemple, quelques-unes des opinions du jeune Allemand
moyen : il veut continuer à vivre en Allemagne; c'est la Russie
qui est le dernier endroit où il aimerait vivre (et les U. S. A. le 2e) j
le peuple allemand est supérieur aux Italiens, aux Polonais, aux
Russes et aux Français, mais non Américains et aux Anglais;
les officiers de la Wehrmacht eurent raison de tenter le putsch du
20 juillet 1944 parce que la guerre était déjà perdue; l'Allemagne
a une part dans le déclenchement de la guerre, mais aussi les Juifs,
les Anglais et les Polonais; l'Allemagne deviendra une démocratie
mais le national-socialisme, qui était bon dans ses principes, fut
mal appliqué; il faut un chef énergique pour reconstruire. Après
Bismarck et Frédéric le Grand c'est F. Roosevelt le plus grand
homme de l'histoire.
C'est chez les filles que l'influence nazie paraît la plus tenace.
Chez un groupe de jeunes prisonniers « rééduqués » on trouve une
soumission relativement plus marquée. Un intéressant échantillon
est constitué par des jeunes filles qui furent, sous le régime hitlérien,
élevées dans un esprit anti-nazi par une institution privée : elles
présentent beaucoup plus de sens critique, à la fois un esprit démoc
ratique plus profond et moins de servilité et de flatterie vis-à-vis
des occupants et l'absence de tout sentiment de supériorité raciale.
D'après ces résultats, le principal problème ne paraît pas être
celui de la persistance d'un mouvement nazi mais d'une attitude
totalitaire, qui se traduit par la manière même dont ces jeunes
font fidèlement écho aux idées des vainqueurs et se soumettent
sans critique à l'autorité qui s'est substituée à celle des dirigeants
hitlériens.
L'étude comparative faite avec de jeunes américains par la même
méthode et concernant plus spécialement l'aspect social et éthique
de la personnalité corrobore les données précédentes. Les jeunes
Allemands manifestent plus de recours à l'obéissance dans un conflit
entre l'autorité et l'initiative individuelle, moins de confiance dans
l'homme ordinaire, plus d'admiration pour les grands chefs de
l'histoire. Le crime est davantage pour eux déloyauté et déshonneur
que violence ou manque d'égards à autrui et le sentiment de supér
iorité nationale est, en dépit de la défaite, nettement plus marqué.
P. J.
l'année psychologique, xlvii-xlviii 31

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