Psychologie sociale - compte-rendu ; n°1 ; vol.51, pg 397-408

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1949 - Volume 51 - Numéro 1 - Pages 397-408
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1949
Lecture(s) : 23
Nombre de pages : 13
Voir plus Voir moins

7° Psychologie sociale
In: L'année psychologique. 1949 vol. 51. pp. 397-408.
Citer ce document / Cite this document :
7° Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1949 vol. 51. pp. 397-408.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1949_num_51_1_8535PSYCHOLOGIE SOCIALE 397
ce bloc avec toutes les variables en forte corrélation avec lui.
Se révèlent valides en ce sens : la dépense de temps et d'argent
consacrée pendant deux semaines à l'action concernée; la préférence
d'attitudes sur une matrice de choix par paires; l'information pra
tique dans le domaine de l'attitude; un opinionaire; l'imagina
tion projective (100 phrases à compléter par choix multiples); parmi
les épreuves non décrites ici, la fausse croyance, l'effet de distrac
tion, la vitesse de décision.
La fidélité de l'épreuve de mémoire immédiate (relative à des
images favorables ou défavorables à l'attitude) est faible : 0,50.
De même pour la projection (0,60), l'opinionaire (0,37), l'information
spécifique (0,59), ce qui réduit la validité quand elle existe.
Cinq méthodes : mauvaise perception, volubilité sur un thème
(fluency), vitesse de lecture d'un texte spécifique, pression scriptu
rale mesurée au cours du tracé de mots appropriés, pression du
pouls à la présentation tachistoscopique d'énoncés, ont été jusqu'ici
sans validité.
Les validités existantes sont basses : de 0,3 à 0,5.
L'auteur fait remarquer que les épreuves de basse validité, allon
gées pour la fidélité et combinées en batteries de 4 à 6 épreuves,
donneraient peut-être alors des résultats comparables à ceux des
tests d'intelligence.
Le réflexe psychogalvanique (pourcentage de changement de
résistance à la présentation tachistoscopique d'énoncés) et la mémoire
immédiate de ces mêmes énoncés seraient prometteurs, mais à
réanalyser, à cause de leurs corrélations curvilignes et des méthodes
de notation.
Il semble bien que Cattel rencontre le maximum de difficultés
sinon de déceptions précisément avec les épreuves qui s'éloignent
du type verbal classique; ce qui ne met certes pas en question son
intention de dépasser des méthodes peu perfectibles expérimen
talement.
R. Pa.
7° Psychologie sociale.
78. — L'aptitude au commandement (leadership) et le problème
des rapports entre le chef et le groupe :
MERE I (F.). — Group leadership and institutionalization (La
conduite du groupe et la formation de celui-ci en institution) . —
Hum. Relat., 1949, 2, 23-39. — GIBB (C. A.). — Some tentative
comments concerning group Rorschach pointers to the personal
ity traits Of leaders (Essai de quelques commentaires sur les traits
de personnalité des chefs, tels qu'ils ressortent d'un test collectif au
moyen du Rorschach). — J. Soc. Psychol., 1949, 30, 251-263. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 398.
Le problème du chef et celui des rapports entre le chef et le
groupe qu'il dirige sont des plus importants dans le cadre de
l'étude de la personnalité, non seulement parce que, parmi la foule
innombrable des traits de personnalité, l'aptitude au commande
ment est un des plus marquants et des plus différentiateurs, mais
aussi par ses incidences sociologiques et les applications si lourdes
de conséquences qui en découlent dans les domaines politique et
militaire.
Ferenc Merci les pose avec une admirable netteté, et les résout
au moyen d'une ingénieuse méthode qui introduit la rigueur scien
tifique dans ce domaine inter-personnel où une véritable expériment
ation est si difficile à ré&liser. D'où l'importance de ses conclusions
qui, transposées dans le monde des adultes (à condition que cette
transposition soit valable), projettent une étonnante lumière sur
les grands événements de l'Histoire, et spécialement de l'Histoire
contemporaine.
Ce problème, il l'étudié à l'état naissant, c'est-à-dire chez des jeunes
enfants constitués en groupes neufs. Dans ce but, il forme des groupes
répondant à des conditions bien définies en ce qui concerne l'homo
généité des âges, des sexes, une aptitude au commandement ne
déjiassant pas la moyenne, et l'absence de sentiments violents posit
ifs ou négatifs entre les enfants composant le groupe. Il obtient
ainsi un groupe aussi complètement neutre que possible au point de
vue leadership, et à ce groupe — jusqu'ici simple assemblage sans
âme — il donne une cohésion en lui faisant acquérir des habitudes
de jeu communs; puis dans le groupe ainsi formé et pourvu de « tra
ditions » il place un autre enfant plus âgé sélectionné selon des cri
tères bien définis comme possédant des qualités de chef, réalisant
ainsi une situation expérimentale qui va permettre d'étudier les
rapports de forces entre le groupe et le chef, et de répondre aux
questions suivantes : L'apparition d'un individu plus âgé, plus fort,
plus dominateur, qui donne des ordres plus souvent qu'il n'en reçoit,
qui provoque l'imitation plus souvent que lui-même n'imite les
autres, va-t-elle changer les « traditions » du groupe ' Va-t-elle intro
duire des habitudes nouvelles? Ou au contraire le groupe va-t-il
imposer ses au leader qui ne pourra par conséquent pré
tendre à ce titre que dans la mesure où son leadership s'exercera
dans le sens du courant ''
C'est précisément ce qu'on observe : par exemple, l'enfant n° 20,
qui à l'école maternelle « modèle » les autres enfants 2 fois plus qu'il
n'est lui-même « modelé » par eux (6 fois contre 3 fois), est au con
traire 2 fois plus qu'il ne « modèle » (11 fois contre 5 fois)
lorsqu'il se trouve devant un groupe ayant ses traditions propres.
En d'autres termes, bien qu'il soit plus fort, relativement à la puis
sance de pénétration sociale, que chaque membre du groupe pris
isolément, il est plus faible que le groupe lorsque celui-ci est bien PSYCHOLOGIE SOCIALE 399
homogène et cohérent, quand on adopte pour critère d'influence sociale
la formation de nouvelles « traditions ».
Mais cette victoire du groupe, cette assimilation du vainqueur
par les vaincus, ne se fait pas sans lutte et comporte tous les degrés
et plusieurs modalités. Suivant la plus ou moins grande cohésion du
groupe, la solidité de ses traditions, la collaboration de ses membres,
que l'auteur fait varier expérimentalement de toutes les façons
possibles, et sans doute aussi selon la personnalité du chef (bien que
cet aspect n'ait guère été envisagé par l'auteur), elle peut aller de
l'assimilation totale par le groupe à la conquête finale du groupe; ce
dernier cas est cependant très exceptionnel, car l'auteur ne le ren
contra qu'une seule fois sur les. vingt-six groupes qu'il étudia, et
encore parce que le groupe avait été soumis à des affaiblissements
successifs qui avaient ruiné son « moral », tandis que le contraire se
rencontrait à des degrés divers, dans tous les autres cas, mais le
mode d'action du leader pouvait revêtir des formes différentes : 1° il
pouvait se borner à donner des ordres, conformes d'ailleurs à ce que
les autres membres de groupe auraient fait de toute façon puisque
telles étaient leurs habitudes, c'est-à-dire que le leader n'avait d'ac
tion que dans la mesure où il suivait les traditions du groupe, et que
ses prétendus ordres étaient en fait plutôt des commentaires et des
excitants; 2° il pouvait être reconnu comme propriétaire de tous les
jouets, peut-être à titre d'offrande propitiatoire en échange de son
acceptation des traditions du groupe; 3° il pouvait, à la faveur du
conformisme que le groupe lui imposait, introduire peu à peu des
variantes insignifiantes, qui cependant apportaient un certain rel
âchement à la tradition et permettaient ensuite l'introduction de
nouveaux éléments.
Dans ces trois modalités, le leader est donc avant toute action
« modelé » par le groupe, donnant ainsi une démonstration concrète
à la théorie sociologique bien connue selon laquelle le groupe repré
sente quelque chose de plus que la somme de ses membres hors du
groupe. C'est ce « plus » qui constitue la force par laquelle le groupe
impose ses traditions, alors que vis-à-vis de chaque membre isolé
le leader impose les siennes. Mais ce « plus » présent dans le groupe
n'est pas une force métaphysique qui plane au-dessus de lui, il existe
avant tout dans les individus qui le constituent : c'est leur apparte
nance au groupe qui renforce la personnalité de chacun d'eux et c'est
ce supplément de force individuelle qui explique que, dans le groupe,
chacun devient modèle et modeleur, de modelé qu'il était aupara
vant dans l'assemblage fortuit de l'école maternelle.
D'autre part, les modifications aux traditions, quand elles se
produisent, sont rendues possibles non par la seule force de pénétra
tion sociale du leader, mais par l'intermédiaire d'un des membres
du groupe, toujours présent même lorsqu'il n'y a que trois ou quatre
individus réunis, et que l'auteur appelle « l'enfant marginal ». Celui-ci, 400 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
qui se tient plus à l'écart, ne sert jamais de modèle mais est toujours
modelé, ne participe pas aux activités collectives n'a que des
contacts personnels, constitue le point de moindre résistance du
groupe et sera le premier à capituler devant les initiatives du chef
venant de l'extérieur.
On voit l'importance de ces conclusions, et les transpositions trans
parentes que l'on peut en faire dans le domaine politique. Cependant
l'auteur laisse provisoirement de côté la personnalité du chef, et se
borne à invoquer des facteurs tels que l'activité, la multiplicité des
intérêts, la vivacité du tempérament, et des motivations telles que
le narcissisme ou l'agressivité. C'est au contraire cet aspect du pro
blème qu'étudie de près Gibb au moyen du Rorschach collectif.
Dans cette étude les sujets ne sont plus des enfants mais des adultes,
et elle fut entreprise dans le but très pratique de sélectionner des
élèves-officiers pour l'armée australienne, une des premières qualités
requises chez ceux-ci étant, dans l'esprit des « juges » chargés de la
sélection, l'aptitude au commandement, au leadership. L'observation
de nombreux chefs obéis et aimés aboutit empiriquement à une
liste de traits tels que physique avantageux, intelligence, énergie,
compréhension des autres, bonne adaptation sociale, forte identi
fication au groupe (toutes qualités qui concordent exactement avec
la description de Merei). Cependant d'autres chefs ne correspondent
pas à cette description, et même un organisme aussi intéressé que le
War Office à se faire une idée nette du leader n'est pas parvenu à un
stéréotype unique et oscille entre deux conceptions : selon la pre
mière, le bon officier possède quelque chose d'autre qui fait défaut
aux sous-officiers et soldats; selon la deuxième il possède toutes les
qualités de ceux-ci, avec quelque chose en plus, qui est un certain
degré supplémentaire d'intelligence et d'expérience, entraînant des
conséquences telles que vitesse plus grande, domaine plus étendu
des intérêts, meilleur sens de la responsabilité, meilleures générali
sations, etc.
C'est à cette conception quantitative que se rallia le Bureau de
Sélection australien, qui, sur la base d'hypothèses plus intuitives
qu'expérimentales, dressa une liste de qualités désirables et non
désirables. Parmi celles-ci figuraient les traits psychotiques et névro
tiques que décèlent les inventaires de personnalité à tendance psy
chiatrique; parmi celles-là une confiance en soi modérée,
l'extroversion — tempérée par un certain degré de planification
et d'aptitude calculatrice — , l'identification au groupe — facteur
de bonne adaptation — , et l'exercice de l'autorité dans une période
antérieure. Mais au cours des examens et interviews employés pour
la sélection, le Bureau devait s'apercevoir que ce concept a priori
devait être modifié, car les qualités de chef, lorsqu'elles sont pré
sentes chez un individu, ne sont pas absolument permanentes et
ne sont relatives qu'à des situations données : quand la situation PSYCHOLOGIE SOCIALE 401
devient complètement différente elles disparaissent. Cette consta
tation conduit aux conclusions suivantes concernant la nature du
leadership : le rôle du leader est suscité par la situation, et est déter
miné par l'objectif du groupe; il ne peut exister en dehors de cet
objectif; enfin, il s'établit entre le groupe et son chef un échange
de stimulations mutuelles : on se trouve devant un phénomène
d'interaction sociale où les attitudes, les idéaux et les aspirations
des membres du groupe jouent un rôle aussi déterminant que la
personnalité du chef (ce qui de nouveau rejoint les constatations
expérimentales de Merei).
La validation de cette conception de l'aptitude au commande
ment a été faite au moyen de tests et d'interviews dont les résultats
ont déjà été publiés (Gibb, J. abn. soc. Psychol., 1947, 42, 267-284).
Elle ne s'oppose pas à la thèse principale selon laquelle cette aptitude
est une relation fonctionnelle entre certains traits et certaines situa
tions; car devant un ensemble de situations variées il peut exister
des qualités générales de la personnalité capables de résoudre les
difficultés variées qui se présentent, et c'est précisément la pos
session par un individu de ces qualités générales qui constitue son
aptitude au commandement, c'est-à-dire sa capacité de conduire le
groupe vers l'objectif commun. Ces qualités générales, telles qu'elles
ont été isolées par les tests et interviews, sont les suivantes : intell
igence générale, bonne instruction, expérience préalable dans l'exer
cice de l'autorité, bon statut socio-économique, confiance en soi,
agressivité, adaptabilité, et impression générale favorable faite sur
l'interviewer.
Le Rorschach collectif n'a été employé par Gibb que postérieu
rement à la sélection faite par le Bureau militaire, et n'a donc joué
aucun rôle dans cette sélection. Mais s'inspirant de l'application
par Jensen et Rotter à cinquante-six excellents officiers de la forme
Harrower-Erfckson du Rorschach, et de l'étude de Marguliès qui
a cherché si les réponses au Rorschach ne révéleraient pas des diff
érences de personnalité entre étudiants réussissant dans leurs études
et étudiants ne réussissant pas, il a voulu voir si ces réponses ne
révéleraient pas également des différences entre candidats-officiers
admis au concours et candidats refusés, sur la base des tests et
interviews ci-dessus.
Il constate les différences suivantes : les candidats admis donnent
un plus grand nombre de réponses (simple conséquence, semble-t-il,
de l'intelligence plus grande), plus de réponses de mouvements
humains (maturité intellectuelle et intérêts culturels), plus de
réponses « texturales » (indiquant l'aptitude aux contacts sociaux),
plus de FM + m, c'est-à-dire de mouvements d'animaux et d'objets
(atténuation de l'intellectualisation représentée par les mouvements
humains, et capacité de contacts humains simples et d'amour de
j-'année psychologique, li 26 ■
ANALYSES BÏBLIOGHAPHIQUES 402
la vie), plus de réponses achromatiques (capacité de s'adapter aux
exigences de la situation).
On voit toute l'importante contribution qu'apportent ces deux
études au problème si essentiel du chef. Les concordances que pré
sentent sur tant de points leurs conclusions mériteraient d'être
vérifiées sur un point supplémentaire qui n'entre pas dans le cadre
de l'étude de Merei : les différences de réponses pouvant exister
dans le Rorschach entre enfants meneurs et enfants menés.
C. N.
79. — Aspects des attitudes radicales :
SANAI (M.), PICKARD (P. M.). — The relation between pol
itico-economic radicalism and certain traits of personality (Les
rapports entre le « radicalisme » politico-économique et certains
traits de personnalité) . — J. soc. Psychol., 1949, 30, 217-227. —
QUEENER (L.). — The development of internationalist atti
tudes. I : Hypotheses and verifications (Le développement d'atti
tudes internationalistes. I : Hypothèses et vérifications). — J. soc.
Psychol., 1949, 29, 221-235. — QUEENER (L.). — II : Atti
tude eues and prestige (Inducteurs d'attitude et prestige). —
Ibid., 237-252, — QUEENER (L.). — III : The literature
and a point Of View (Littérature sur la question, point de vue de
l'auteur). — Ibid., 105-125. — SCHONBAR (R. A.). — Stu
dents 'attitudes towards communists. I : The relation between
intensity of attitude and amount of information (Les attitudes
d'étudiantes à l'égard des communistes. I : Les rapports entre l'in
tensité de l'attitude et l'étendue de l' information) . — J. Psychol.,
1949, 27, 55-71. — USAGER (H.). — An evaluation of an
attempt to form international attitudes (Évaluation des effets d'un
essai d'établir des attitudes internationalistes) . — J. soc. Psychol.,
1949, 30, 207-216. — USAGER (H.). — Factors influencing the
formation and change of political and religious attitudes (Fact
eurs influençant la formation et le changement d'attitudes poli
tiques et religieuses). — Ibid., 253-265. — LINK (H. G.),
FREIBERG \A. D.). — The psychological barometer on
Communism, Americanism and Socialism (Le baromètre psycho
logique du communisme, de « l'américanisme » et du socialisme) .
— J. Appl. Psychol., 1949, 2, 33, 6-14.
Un article traite des connexions du « radicalisme » (entendu à
l'américaine, au sens d'« idées avancées ») et plusieurs traitent
plutôt de la formation d'attitudes radicales diverses ou anti-radi
cales, ces derniers d'une façon assez riche quant aux hypothèses,
mais sans doute insuffisamment sûre quant aux méthodes.
Sanai et Pickard présentent un des premiers travaux anglais
sur une question classique aux États-Unis. Ils étudient 70 étudiantes PSYCHOLOGIE SOCIALE 403
de 19 à 24 ans, originaires surtout de la « classe moyenne supé
rieure », dans un collège privé de formation de maîtres londonien.
Pour l'établissement d'un questionnaire, ils appliquent la méthode
de Lickert avec 20 énoncés et une échelle à 7 points sur 250 étu
diants. Puis ils font une analyse factorielle des intercorrélations
entre les 20 énoncés (méthode de Burt), ce qui donne un facteur
général de « radicalisme » (41 % de la variance). Les 12 items les
plus saturés du questionnaire en ce facteur ont une fidélité de
0,86 par dimidiation (split-half ). Le questionnaire est appliqué
aux 70 sujets en même temps qu'un test d'intelligence (Group
33 intelligence test) et le Piorschach. Les auteurs trouvent une cor
rélation (significative à 0,02) entre radicalisme et intelligence :
r = 0,25 ± 0,076 (E. P.). Ce résultat confirme de nombreux tr
avaux antérieurs. Les corrélations avec introversion et agression sont
positives mais non significatives à 0,05. Pour préciser la nature du
« radicalisme » concerné par le facteur général, on mentionnera ici
une simple impression : il ressemble assez au travaillisme anglais.
Queener tente de décrire un mécanisme de formation des attitudes
par imitation négative ou positive selon le prestige des modèles.
Le prestige, positif ou négatif, est défini par l'aptitude des modèles
à fournir des inspirations (eues) qui entraînent pour l'imitateur
des récompenses ou des punitions (Dollard). L'attitude étudiée par
l'auteur est l'internationalisme défini en somme par l'action ou à
son défaut l'opinion en. faveur de la paix, l'une et l'autre cotées sur
des échelles arbitraires. Le groupe étudié comprend 50 hommes
(âge médian : 53;), de « classe moyenne supérieure ». Les caracté
ristiques des modèles de chaque sujet sont notées sur 2 échelles de
prestige respectivement négatif et positif, à la faveur d'entretiens
biographiques.
L'auteur confirme son hypothèse de façon tout à fait significative
quant au y^ et aux corrélations... L'échelle de prestige positif des
modèles nationalistes et internationalistes a une corrélation de 0,77
et l'échelle de prestige négatif de 0,64 avec les attitudes des sujets.
De façon plus qualitative, la puissance inspiratrice d'une source
de prestige est maxima, dans le cas d'une inspiration positive :
quand le modèle éclipse les autres; quand le modèle est proche; les imitations sont récompensées extérieurement ou « par
la satisfaction d'une motivation privée », ou par le plaisir d'imiter
le modèle; quand les consignes sont spécifiques relativement à
l'attitude; les du modèle prestigieux paraissent
incluses dans son propre système de satisfaction. En gros, il suffit
de changer les signes dans le cas du prestige négatif, encore qu'il
y ait une dissymétrie résultant de ce que les modèles négatifs
peuvent être tels par le fait de frustrer le sujet directement et non
par de mauvaises inspirations. L'imitation négative est alors une
forme d'agression. AjNALYSIÏS UIBLIOGRAI'HIQUES 404
Dans le troisième article l'auteur fait une revue critique très
intéressante d'une série de travaux (66 références) sur le « radica
lisme » et les attitudes sociales, et il montre combien ils attestent
peu de liaison entre radicalisme et personnalité. Il suggère notam
ment que la faible corrélation positive parfois (dit-il), trouvée entre
intelligence et radicalisme dépendrait du fait que l'entourage soit :
1° prestigieux, 2° radical : dans ce cas l'intelligence faciliterait
l'imitation.
Queener présente là des concepts, des hypothèses et des obser
vations pleins d'intérêt. Quoique l'internationalisme lui soit plutôt
un prétexte, il introduit une façon vraiment psychosociale de traiter
le radicalisme à la place de méthodes de psychologie différentielle,
voire pathologique, par trop abstraites. Mais son étude est princ
ipalement clinique, comme l'indique le nombre considérable de
variables qu'il considère sur 50 sujets. Quant aux objections prin
cipales, elles portent non sur le nombre de sujets et les résultats
bruts mais sur l'interprétation. L'auteur ne définit pas très préc
isément son internationalisme qu'il paraît ramener (dans une note)
au pacifisme non isolationniste. Mais, surtout, le souvenir de ce
qu'était le prestige des modèles à l'époque de leur effet supposé
n'est-il pas distordu par l'attitude actuelle et précisément dans le
sens de cette attitude ? Cela pourrait aussi bien expliquer les corré
lations trouvées. Concernant le milieu des modèles, il n'est pas di
stingué entre milieu inéluctable et milieu choisi. Enfin les récom
penses et frustrations varient sans doute à quelque degré relativement
aux motivations propres des sujets et, par suite, aussi, l'attribution
de prestige et la sélection des modèles. Il n'est donc pas encore
prouvé que l'expérience vécue et la personnalité des individus
n'interviennent que très secondairement dans les lacunes de l'imi
tation ou dans les cas les plus simples au cours de « l'apprentissage »
des attitudes sociales.
R. A. Schonbar révèle que, dans l'ensemble, 157 étudiantes d'un
Collège de Lettres, dont 89 % « épiscopales » et presbytériennes,
ne sont pas d'avis d'exclure les communistes de l'industrie privée.
En outre, à l'aide d'un opinionaire à choix multiple, elle conclut
que V intensité de l'attitude (anticommuniste) n'est pas fonction du
degré d' information, mais bien que le degré d' information est
de V intensité de V attitude. Pourtant, l'auteur trouve une corrélation
inverse faible mais significative entre le degré d'information et
l'attitude anticommuniste. Mais il se révèle que la population n'est
pas homogène et que les étudiantes les mieux informées (celles qui
suivent des cours de science politique et dont 59 % vont jusqu'à
connaître le nom du président du Comité sur les activités « non
américaines») n'en sont pas moins anticommunistes pour cela; tandis
que les extrêmes dans l'attitude en question sont significativement
inégales dans leur degré d'information. PSYCHOLOGIE SOCIALE 405
II semble imprudent de tirer une conclusion d'ordre génétique
sur la nature de la corrélation trouvée entre les deux variables
(attitude et information) alors que l'enquête ne comporte pas le
moindre élément de prospection génétique. Pourquoi ne pas sup
poser que les étudiantes en science politique sont un groupe hété
rogène des autres quant à leur motivation anticommuniste ? On
pourrait au moins regarder si elles ne tendent pas à être plus ant
icommunistes à information égale. Mais l'intéressant problème posé
par l'auteur devrait être repris avec d'autres méthodes, outre,
techniquement, une amélioration de l'opinionaire surtout quant à
la définition du « communisme » : celle-ci n'est pas constante selon
l'attitude, ce qu'il faudrait éviter d'attribuer à l'information.
D'une façon générale, une des difficultés majeures du domaine
est de distinguer entre attitude et information. A cet égard, par exemple,
«Wallace est-il communiste? » était, en 1947, date de l'enquête, une
mauvaise question.
usager a fait une enquête sur 132 étudiants d'un collège inter
national danois, dont 72 Danois, 20 Anglais et quelques repré
sentants de 11 autres nationalités. Il trouve que, dans les cas (major
itaires) d'évolution vers plus d' «internationalisme » (humanisme)
c'est l'effet de la vie en commun qui est efficace plutôt que les
conférences.
Dans le même collège, sur 76 étudiants (35 hommes et 41 femmes)
de niveaux culturels très divers, l'auteur trouve que les attitudes
religieuses se forment plutôt dans l'enfance et les attitudes poli
tiques dans l'adolescence. Il étudie aussi, sommairement, les diffé
rences entre sexes et les circonstances des conversions (raisonne
ment, imitation, traumatisme).
A une échelle différente, Link et Freiberg présentent des résul
tats d'enquêtes par sondages groupés de façon assez lâche autour
du titre. Ces enquêtes (3 Barometer Surveys) ont eu lieu en 1948.8
sur 5.000 citadins, en 1948.10 sur 1.000 et en 1948.11 sur 10.000.
Le texte est une série de tableaux chiffrés, bien difficile à résumer.
On y voit que «la menace communiste » est ressentie très fort
ement : les communistes sont considérés comme traîtres par 70,6 °/0
de l'échantillon, bien plus évasif à tous égards à l'endroit du « socia
lisme ». Au total 42 % des sujets sont indécis ou négatifs quant à
l'existence d'un lien nécessaire entre capitalisme privé et démoc
ratie. H y a fluctuation conjoncturelle de l'opinion relativement
aux contrôles étatiques réels (O. P. A.). Quant aux « classes »,
leurs réponses sont différenciées au maximum sur la désignation
des principales victimes du coût de la vie («salariés ou épargnants ? »).
Elles ne le sont guère même sur la loi Taft-Hartley à l'égard de
laquelle les moins qualifiés se montrent surtout indécis (51 %)
tandis que les syndiqués sont plus défavorables (34 %). Le corn-

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.