Psychologie sociale - compte-rendu ; n°1 ; vol.58, pg 257-273

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L'année psychologique - Année 1958 - Volume 58 - Numéro 1 - Pages 257-273
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1958
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Jean-Marie Lemaine
VI. Psychologie sociale
In: L'année psychologique. 1958 vol. 58, n°1. pp. 257-273.
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Lemaine Jean-Marie. VI. Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1958 vol. 58, n°1. pp. 257-273.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1958_num_58_1_26686— Psychologie sociale VI.
Réseaux de communication :
(1) BERKOWITZ (L.). — Personality and group position (Personnal
ité et position dans le groupe). — Sociometry, 1956, 19, 210-222. —
(2) GUETZKOW (H.), DILL (W. R.). — Factors in the organiza
tional development of task-oriented groups (Facteurs à l'œuvre
dans le développement de l'organisation des groupes de travail).
— Sociometry, 1957, 20, 175-204. — (3) LANZETTA (J. T.),
ROB Y (T. B.). — Group performance as a function of work-distri
bution patterns and task-load (La performance du groupe en tant que
fonction des structures de distribution du travail et du poids de la tâche).
— Sociometry, 1956, 19, 95-104. — (4) LANZETTA (J. T.),
ROB Y (T. B). — Effects of work-group structure and certain task-
variables on group performance (Effets de la structure du groupe de
travail et de certaines variables de tâche sur la performance du groupe).
— J. abn. soc. Psychol., 1956, 53, 307-314. — (5) LANZETTA (J. T.),
ROBY (T. B.). — Group learning and communication as a function
of task and Structure « demands » (L'apprentissage et la communication
de groupe en tant que fonction des exigences de la tâche et de la stru
cture).— J. abn. soc. Psychol., 1957, 55, 121-131. — (6) SHAW (M. E.).
— Random versus systematic distribution of information in commun
ication nets (Distribution aléatoire et distribution systématique de
V information dans les réseaux de communication). — J. Personal.,
1956, 25, 59-69. — (7) SHAW (M. E.), ROTHSCHILD (G. H.). —
Some effects of prolonged experience in communication nets (Quelques
effets de l'expérience prolongée dans les réseaux de communication) .
— J. appl. Psychol., 1956, 40, 281-286. — (8) SHAW (M. E.),
ROTHSCHILD (G. H.), STRICKLAND (J. F.). — Decision pro
cesses in communication nets (Processus de décision dans les réseaux
de communication). — J. abn. soc. Psychol., 1957, 54, 323-330. —
(9) TROW (D. B). — Autonomy and job satisfaction in task-oriented
groups (Autonomie et satisfaction au travail dans des groupes de tra
vail). — J. abn. soc. Psychol., 1957, 54, 204-209.
Il est normal que la polyvalence évidente de l'instrument inventé
par Bavelas et Leavitt invite les chercheurs à le prendre comme outil
ou objet, et à y introduire des variantes utiles pour résoudre une grande
variété de problèmes et contribuer parla à rendre plus explicite la logique
interne du dispositif. On peut regretter toutefois que les explorations se
A. PSYCHOL. ÔS 17 258 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
fassent en ordre dispersé, quelquefois en milieu clos, si nous en croyons
le fait qu'en 1956 Marvin E. Shaw, Rothschild et Strickland (8) rééditent,
peut-être avec moins d'élégance, l'expérience de « prise de décision »
qu'avait réalisée Bavelas avec des billes de couleurs indéfinies, et qu'il
exposait en 1951 dans une conférence rarement citée, et passée sous
silence par nos auteurs (cette expérience est relatée par Bavelas (A.),
Communication patterns in problem-solving groups, in Foerster H. von
(ed.), Cybernetics, New York, Josiah Macy Jr Foundation, 1952, pp. 1-44).
Quoi qu'il en soit, voyons d'abord les articles qui exposent des pro
blèmes intrinsèques de variations expérimentales. Us traitent : 1) De la
possibilité de l'organisation dans les différents types de réseaux ; 2) Des
effets de l'expérience prolongée en réseau ; 3) De l'effet de la distribution
systématique de l'information à certains membres du réseau ; 4) De
l'interaction des déterminants personnels et socio-morphologiques du
comportement des occupants des réseaux.
L'étude de Guetzkow et Dill (2) est axée sur l'ajustement de la forme
des réseaux au type d'activité en jeu dans la résolution d'un problème :
tâche et organisation. Les auteurs altèrent le plan initial de Leavitt en
intercalant des séances destinées à l'organisation entre les séances des
tinées à la résolution des problèmes. L'essentiel de cette étude, qui se
présente comme le journal abondamment illustré d'une recherche, avec
ses hypothèses et théories ad hoc et les vérifications répétées que l'ana
lyse répétée exige, réside dans la comparaison entre les possibilités de
l'apprentissage de l'organisation en réseau circulaire (G) et en réseau
complet — all-channel — (0), à 4 places. D'après les auteurs, cet apprent
issage serait plus difficile en C qu'en O. Gela les amène, dans une seconde
phase expérimentale, à faire l'hypothèse que la forme du réseau est
indifférente pour la résolution du problème, non pour l'apprentissage de
l'organisation. On ouvre donc les fenêtres du réseau de travail G pendant
les séances consacrées à l'organisation. Mais l'hypothèse n'est pas vérifiée
et l'ouverture des fenêtres du réseau G pendant les séances intercalaires
ne facilite pas de façon cohérente l'apprentissage de l'organisation. Il
semblerait donc que l'organisation d'un réseau C ne relève que de fac
teurs aléatoires. Cette étude confirme en outre que l'organisation d'un
réseau complètement ouvert peut être aussi parfaite que celle d'un réseau
en étoile, si et quand on donne à ses occupants la possibilité de discuter
de leur organisation, et peut-être pose-t-elle aussi un problème capilal
au niveau macro-sociologique, où renvoient toujours les expériences
faites avec l'outil de Bavelas : la signification des demi-mesures en matière
d'organisation sociale.
Toujours dans des dispositifs à 4 places, Shaw et Rothschild (7)
continuent l'expérience au delà de l'unique séance expérimentale et
font subir une épreuve de 10 séances à leurs sujets (volontaires payés).
Les réseaux utilisés sont le réseau en étoile, le réseau totalement ouvert
(comcon) et un réseau circulaire « corrigé » avec une liaison supplément
aire en diagonale (slash). On étudie notamment les effets de cette pro- PSYCHOLOGIE SOCIALE 259
longation sur le temps de résolution par essai, sur le nombre de messages
envoyés, sur les expressions écrites de satisfaction au travail, et sur
l'organisation. Il se manifeste, pour le temps et le nombre des
envoyés, un phénomène très comparable à celui que traduisent les
courbes d'apprentissage, avec une supériorité constante (et attendue)
du réseau ouvert pour la rapidité, et du réseau en étoile pour l'économie
de messages.
Pour l'étude de la satisfaction, les auteurs adoptent une procédure
quelque peu suspecte : après la fin des 10 sessions expérimentales, on
demande aux sujets d'indiquer rétroactivement leur satisfaction à la
fin de chaque séance. Là encore, les courbes obtenues ressemblent à des
courbes d'apprentissage et la satisfaction des occupants du réseau ouvert
est constamment supérieure à celle des des autres réseaux,
ce qu'on attendait.
Mais, il semble que le résultat le plus intéressant obtenu par cette
étude soit quelque chose eomme une confirmation des résultats de
Guetzkow et Dill (caractère aléatoire de l'organisation dans le réseau
circulaire). Les auteurs distinguent, d'après les témoignages des sujets,
5 types d'organisation : a) Résolution individuelle, indépendante, l'info
rmation est transmise de tous à tous ; b) Résolution individuelle indé
pendante, précédée d'une vérification par tous ; c) Résolution centrale ;
d) Résolution centrale, plus par tous ; e) Pas d'organisation
identifiable. Les types a) et b) sont réalisés dans les réseaux ouverts ;
les types c) et d) dans les réseaux en étoile ; et le type e) par la majorité
des réseaux circulaires « corrigés ». Comme on ne peut objecter que ce
dernier est un réseau irréel (ce qui est vrai pour le réseau circulaire
jamais rencontré en fait « dans la nature »), il semble qu'on soit ici devant
un intéressant problème de morphologie.
Ne quittons pas Shaw et son école, sans signaler une étude (8) sur les
modifications de la distribution de l'information, dans des réseaux en
étoile et ouverts. Shaw compare la procédure habituelle de distribution
aléatoire ou « équitable » de l'information aux occupants du réseau avec
une distribution systématique et inégale. Les autres variables indépen
dantes sont : le fait que les sujets connaissent ou non la forme de la
distribution avant l'expérience, les types de réseaux naturellement, et
les problèmes posés. Conformément aux hypothèses, la rapidité de la
solution, l'exactitude et la satisfaction au travail sont supérieures quand
la distribution de l'information est systématique. Pour la rapidité et
l'exactitude, l'effet est plus marqué dans le réseau ouvert (interaction du
réseau et de la distribution).
Quoi qu'il en soit de l'intérêt de ces recherches, c'est Berkowitz (1)
qui pose le problème des réseaux de communication. Le postulat fonda
mental des travaux initiaux de Bavelas est un postulat morphologique,
plus ou moins explicite, et d'après lequel le comportement des individus
occupant différentes positions dans un réseau est déterminé première
ment par la forme du réseau et la position occupée. Quels sont donc la 260 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
place et le rôle des déterminants individuels de ce comportement ?
Berkowitz étudie précisément l'interaction entre la personnalité et le
système social. L'auteur part de la notion de hiérarchie des réponses,
du point de vue de l'individu occupant une position dans un système
social donné, ici un réseau en étoile à 4 occupants. On peut supposer,
d'après lui, qu'un sujet occupant une certaine position répondra comme
il faut, d'après les exigences du système, avec une latence d'autant
moindre que la réponse exigée sera plus conforme à son système personnel
de valeurs, sera plus élevée dans sa propre hiérarchie de réponses.
Cette hypothèse générale étant posée, l'auteur reprend à son compte
l'hypothèse initiale de Bavelas, celle de Y « absorption » de l'individu par
le système. Il suppose qu'avec le temps des individus de personnalités
différentes finiront par répondre de la même façon dans un réseau et
une position de mêmes types. Les différences de personnalité relèvent
du trait d'ascendant. La position centrale reçoit un individu d'ascendant
élevé ou un individu d'ascendant bas. Les deux autres individus d'ascen
dant moyen occupent toujours des positions périphériques.
L'hypothèse de l'absorption est confirmée, mais on peut constater,
au cours des premiers essais, que les individus centraux répondent diff
éremment l'un de l'autre, et en fonction de leurs personnalités respectives.
D'intéressantes différences entre les périphériques de niveaux extrêmes
d'ascendant sont également notées. On ne saurait donc que recom
mander vivement la lecture d'un article qui pose un problème dépassant
d'assez loin le cadre du laboratoire et dont les suggestions devraient
susciter un grand nombre de recherches expérimentales connexes.
Les études que l'on vient de citer mettent donc en jeu des problèmes
intrinsèques des réseaux orthodoxes de communication et le développe
ment de leur logique interne. L'étude de Trow (9) expose une recherche
sur la validité des concepts explicatifs du comportement des occupants,
ces concepts étant définis par les propriétés du réseau. Leavitt avait mis
en relation la satisfaction au travail et la centrante de la position. Trow
demande si la ne serait pas plus liée à l'autonomie qu'à la
centrante. Tout en reconnaissant qu'en fait il est probable qu'autonomie
et centrante sont en corrélation, il définit l'autonomie comme la possi
bilité qu'a l'individu d'accéder à l'information à partir d'une certaine
position, tandis que la centrante mesure, d'après lui, la possibilité d'accé
der aux canaux de communication. Pour traiter ce problème, l'auteur
altère profondément l'instrument initial, cet instrument ne pouvant
être le validant de ses propres variables.
Des sujets dans un dispositif à 3 places doivent reconstituer des an
imaux à l'aide de découpages et n'échangent entre eux que des notes
écrites ; mais les notes qu'ils reçoivent sont préfabriquées selon un plan
expérimental à deux variables indépendantes : cenlralité-périphéricité
(un sujet est avisé que son voisin ne reçoit de renseignements de per
sonne, ou qu'il en reçoit d'un tiers) et autonomie-dépendance (le sujet
reçoit la traduction des noms codés des animaux dont certains sont à PSYCHOLOGIE SOCIALE 2f)l
reconstituer, ou bien on cherche à le décourager de prendre connaissance
de cette liste par suite de sa longueur). On constate que la satisfaction
au travail dépend significativement de la perception de l'autonomie,
mais, quoique dans le sens attendu, rien de net n'apparaît avec la variable
de centralité.
Les recherches de Lanzetta et de Roby ne sont pas, instrumentale-
ment parlant, des recherches sur les réseaux de communication, mais
leur formulation met en jeu des concepts trop parents des concepts
inhérents à la manipulation des réseaux, voire dérivés de ces derniers et
des problèmes qui s'y posent, pour que l'on néglige de les inclure dans
une bibliographie relative aux réseaux de communication.
Le premier article (3) traite du problème de la distribution des res
ponsabilités dans les groupes de travail. D'après les auteurs, des expé
riences du type de celle de Leavitt sont telles que la solution des pro
blèmes posés peut être trouvée par l'un quelconque des occupants du
réseau (l'expérience de Shaw mentionnée plus haut modifiait cette situa
tion en ce que certains individus avaient plus d'information que d'autres) .
Cette limitation serait due, dans Je cadre de l'expérimentation orthodoxe,
au fait qu'on a mis l'accent plus sur les problèmes de structure du réseau
que sur les problèmes de structure de la division du travail. Les auteurs
abandonnent donc l'appareil de Leavitt. Leurs variables indépendantes
sont celles de structure (de la division du travail) : verticale (avec tâches
fonctionnelles individuelles : observation, calcul ou décision) ou horizont
ale (tâches partielles et fonctionnellement complexes).
Le poids de la tâche varie aussi (nombre variable d'éléments à contrôler).
La tâche est du type de la « bataille navale » ; on utilise des avions (les
sujets sont des aviateurs), lesquels sont chargés de différentes missions
et appartiennent aux camps ami ou ennemi. Une note de réussite (arbi
traire) étant calculée, on constate que c'est surtout le facteur « poids de
la tâche » qui rend compte de la variance des notes de réussite. A titre
indicatif, relevons néanmoins une tendance intéressante : c'est l'interac
tion entre le poids de la tâche et la structure, la structure horizontale
fonctionnant mieux quand la tâche est moins lourde, et la structure
verticale quand la tâche est plus lourde.
Dans leur second article cité (4), les auteurs s'interrogent explic
itement sur le rôle du volume et de la dispersion de l'information relat
ivement à la possibilité d'une information exacte au niveau individuel,
dans des équipes où les individus ne peuvent communiquer directement.
Cette limitation est du type de celle que l'on rencontre dans les bombard
iers lourds triplaces de l'U.S.A.A.F., et l'on n'oubliera pas que les
auteurs ont pris leurs sujets à la base de Lackland, Texas. Ils comparent
donc l'efficacité de contrôles, collectifs (erreurs), selon que les 3 sujets
de chaque groupe expérimental sont compris dans une structure d'auto
nomie variable, et selon que l'intervalle entre les contrôles est plus
ou moins long (poids de la tâche). Les contrôles, tels que ceux que l'on
peut avoir à faire à bord d'un appareil de bombardement, ne sont jamais 262 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
possibles que par la lecture de deux sortes d'instruments. Chaque sujet
n'a jamais toute l'information désirable à sa disposition. 11 doit en cher
cher tout ou partie chez un co-équipier ou chez les deux, et il ne com
munique avec ces derniers que par l'intermédiaire d'un dispositif tél
éphonique. C'est la possession des données indispensables aux contrôles
assignés à chaque individu qui définit le degré d'autonomie de la struc
ture : la possession de 3 éléments d'information sur les 4 nécessaires
définit une structure de Haute autonomie ; la possession d'un seul élément
(avec une source extérieure des autres éléments) ou de zéro élément (avec
deux sources extérieures des éléments utiles) définit une structure
de Basse autonomie. Chaque groupe de 3 est soumis successivement à ces
deux conditions expérimentales dans un ordre aléatoire. Ces dernières
sont déterminantes du nombre d'erreurs de groupe, la seconde condition
expérimentale déterminant le plus grand nombre d'erreurs, surtout
quand il y a plus d'une source extérieure susceptible de fournir les ren
seignements nécessaires individuellement. Naturellement, la diminution
de l'intervalle temporel entre les contrôles (ou accroissement du poids
de la tâche) est aussi un facteur majeur d'accroissement des erreurs.
(On ne manquera pas de noter ici la parenté entre la notion d'auto
nomie de Lanzetta et Roby et celle d'indépendance de Trow qui, l'une
et l'autre, renvoient à la facilité variable de l'accès aux informations.)
Le troisième article de nos auteurs (5) traite de problèmes analogues
à ceux des deux précédents, et en complète la formulation en posant les
questions suivantes : 1) Des effets d'apprentissage apparaissent (acqui
sition et progrès individuels et progrès dans l'organisation et la coordi
nation) ; quelle est la nature de cet apprentissage (continu ou discontinu)
en fonction des exigences de la structure de communication et autres
variables ? ; 2) Les progrès enregistrés dans le comportement de commun
ication sont-ils l'effet d'une adaptation des sujets aux exigences de la
structure de communication ? ; 3) Les progrès seront-ils plus accusés si les
informations sont livrées volontairement par son détenteur, chaque fois
qu'un changement apparaît, que si elles doivent être sollicitées par celui
qui en a besoin (cette éventualité était très générale dans l'expérience
précédente) ?
La tâche expérimentale est une tâche de contrôle par lecture. Les
variables expérimentales sont : a) Les degrés d'autonomie de la structure
de communication (voir plus haut) ; b) Le poids de la tâche dont on dis
tingue trois niveaux mesurés par la rapidité de changement (voir plus
haut également) ; c) La procédure opératoire de transmission des rense
ignements, volontaire ou sollicitée; d) L'apprentissage ou ordre des essais.
Les variables a), b) et d) se présentent comme des déterminants
majeurs significatifs de l'exactitude de lecture (cf. les deux précédentes
études). Les effets de c) vont dans le sens prévu sans être toutefois signi
ficatifs. L'analyse des erreurs montre donc que les exigences d'une struc
ture d'information : 1) affectent le niveau d'exactitude et 2) continuent
de l'affecter. Les courbes d'apprentissage, tant pour les erreurs que pour PSYCHOLOGIE SOCIALE 263
l'économie des messages, sont parallèles les unes aux autres et ne manif
estent aucun trait qui témoignerait d'un apprentissage par insight.
D'après les auteurs il s'agirait là d'un caractère propre aux réseaux
ouverts, où l'organisation serait plus progressive que dans des
centralisés (cf. Guetzkow).
Ayant été enregistrées pendant l'expérience, les communications sont
analysées. On tient compte du nombre de messages envoyés par chaque
sujet au cours de chaque essai, de la longueur moyenne des messages
et du temps total de communication par essai. On supposait que tout
changement dans la distribution spatiale (structure) et temporelle
(poids de la tâche) de la se traduirait dans la fréquence
et la durée des messages, plus que dans le contenu de ces derniers. Les
variations étaient censées devoir être dues aux 4 facteurs précédemment
distingués, plus un cinquième facteur : la performance bonne ou mauv
aise des différents groupes expérimentaux e).
Dans le grand nombre de résultats que présentent les trois analyses
de variance de l'étude, relevons quelques données intéressantes ou
curieuses (dont l'interprétation serait facilitée par la comparaison de
résultats obtenus dans le cadre d'expérimentations « orthodoxes » sur
les réseaux de communication). Dans les groupes d'autonomie plus
grande, on envoie moins de messages (ce qui va de soi), mais aussi les
messages y sont moins longs. La variable b) (poids de la tâche), en dehors
des interactions toujours un peu délicates à interpréter, dont elle est
une composante, n'a qu'un effet majeur assez remarquable : plus la lec
ture doit être rapide (changements rapides des stimuli à contrôler) et
moindre est le nombre des messages envoyés ; tout se passe comme si
un allégement de la tâche s'accompagnait d'un accroissement du nombre
des vérifications collectives (le nombre d'erreurs, rappelons-le, baisse
avec l'allégement de la tâche). En fait, on envoie plus de messages quand
la tâche est plus lourde, mais c'est parce que les essais durent plus
longtemps. La variable c) (procédure opératoire volontaire ou solli
citée) n'a pas d'influence, même à titre de composante des interactions,
sur la longueur moyenne des messages. En revanche, et quoique l'on ne
puisse dire que l'effet soit significatif, il y a moins de messages quand la
procédure est volontaire, comme on l'avait prévu ; la différence de pro
cédure retentit surtout sur le temps total de communication qui est
beaucoup moins important dans le contexte d'une procédure opératoire
volontaire. De d), nous avons dit plus haut ce qu'il était nécessaire d'en
dire. Quant à e), le niveau de performance des groupes expérimentaux,
il n'est lié qu'à la longueur des messages, plus courts quand le groupe
réussit mieux.
Nous ne pouvons faire maintenant plus que de renvoyer le lecteur à
ce très riche article et à l'inviter à mettre ses données en parallèle avec
celles d'autres recherches, dont il serait douteux qu'on ne finisse pas
très prochainement par les organiser en une totalité théorique cohérente.
J.-M. L. 204 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
RUNKEL (P. J.). — Cognitive similarity in facilitating communic
ation (Rôle de la similitude cognitive dans la facilitation de la commun
ication). — Sociometry, 1956, 19, 178-191.
C'est presque un truisme de dire que l'efficacité de la communication
est une fonction de la ressemblance entre les structures cognitives de
ceux qui communiquent. Encore faut-il pouvoir définir objectivement ce
qu'on entend par ressemblance des structures cognitives des individus en
interaction. C'est l'une des définitions opérationnelles possibles que nous
donne Runkel, qui s'inspire des travaux et concepts de Coombs, dont
l'intérêt dépasse la recherche de l'unidimensionnalité dans des échelles
utilitaires pour déboucher directement sur le traitement de la pluridimen-
sionnalité et l'étude de ses implications.
L'auteur définit la similitude cognitive entre deux individus par la
co-linéarité de l'ordre qu'ils mettent dans un univers ou un échantillon
d'un univers d'attributs donné. La notion de co-linéarité suppose que
l'univers des attributs en question est suffisamment simplifié pour n'être
pas pluridimensionnel au niveau des individus.
Cette notion de co-linéarité entre deux individus n'implique en aucune
façon la similitude de leurs préférences, de l'ordre qu'ils mettent entre
les éléments de l'univers considéré ; elle ne concerne pas le contenu,
mais la dimension latente selon laquelle s'organisent les choix.
Abstraction faite des préférences respectives, et pourvu que la
linéarité, l'unidimensionnalité des ordres individuels soit réalisée, il
devient possible de déterminer si deux individus sont co-linéaires ou non
relativement à l'univers considéré. Ces considérations théoriques ont leur
correspondance opérationnelle dans l'expérience faite par l'auteur et
impliquent, dans ce cadre, que l'on parte d'une population d'individus
dont on ne retient que le petit nombre qui instaurent un ordre linéaire
dans les éléments proposés au choix et qui, même infidèles à leur premier
choix, instaurent encore un ordre linéaire lors de la seconde épreuve.
On commence avec 145 sujets, on termine avec 42 et 36 sujets.
Le matériel sur lequel doit être définie la co-linéarité ou la non-
co-linéarité entre étudiants et professeurs d'une classe propédeutique de
psychologie est composé de 5 propositions reliées au contenu des cours,
mais qui ne préjugent en rien des réponses correctes à donner aux exa
mens. Étudiants et professeurs sont invités à choisir, dans les triades
qu'on leur présente, la proposition avec laquelle ils sont le plus d'accord
et celle avec laquelle ils sont le moins d'accord. Ils effectuent ce range
ment au début et à la fin de l'année scolaire (avant les examens). Les pro
fesseurs, pris individuellement, ordonnent toujours le matériel suivant
une seule dimension et sont absolument fidèles à eux-mêmes.
Les deux hypothèses de la recherche se différencient par la variable
de co-linéarité avec soi-même dans le temps. La première stipule qu'il
existera une relation entre le fait d'avoir maintenu une co-linéarité avec
le professeur (abstraction faite de la co-linéarité avec soi-même) et la
réussite à l'examen (certains éléments du cours, suscitant moins de SOCIALE 2f>5 PSYCHOLOGIE
réponses chez l'étudiant dont la dimension latente organisatrice de son
système cognitif pertinent est hétérogène à la dimension organisatrice
du professeur). La seconde que la co-linéarité (ou la non-co-linéarité)
conjuguée avec la co-linéarité (positive) avec soi-même sera à la base
d'une différenciation plus marquée de la réussite à l'examen (les notes
obtenues à l'examen étant réduites). Ces hypothèses sont vérifiées aux
seuils respectifs de probabilité de .07 et .05.
D'après l'auteur, on pourrait attribuer le succès aux examens à trois
facteurs entre autres concurrents du facteur postulé : 1) A la ressem
blance pure et simple entre les ordres respectifs de choix du maître et
de l'étudiant ; 2) Au fait que la co-linéarité avec le professeur n'est
qu'un cas particulier de la co-linéarité avec une structure cognitive
culturelle ; 3) A l'intelligence scolaire symbolique des candidats.
Sur le groupe des 36 sujets retenus pour la vérification de la seconde
hypothèse, la corrélation est de .24 (non significative) entre l'indice de
ressemblance des rangements de l'étudiant et du professeur et la réussite
à l'examen, et permet, d'après l'auteur, d'éliminer la première objection.
On peut se demander toutefois si, la variable de co-linéarité étant main
tenue constante, la variable de ressemblance des ordres de rangement
n'aurait pas joué un rôle assez remarquable.
Sur les 10 paires de comparaisons possibles entre les 5 professeurs,
on constate que la co-linéarité existe dans 5 paires et non dans les
5 autres. Il devient donc difficile d'invoquer une structure cognitive
culturelle.
Enfin, s'il est bien vrai que la réussite à l'examen corrèle à .42
(N = 100) avec des mesures de la capacité symbolique, on ne constate
pas, dans un échantillon de 26 sujets, de différence entre les notes de
capacité symbolique des étudiants co-linéaires avec leurs professeurs
et celles des étudiants non co-linéaires.
Cette application simple d'un concept simple et très abstrait peut
apparaître évidemment secondaire par rapport à la notion qu'elle met
en jeu de « cerveaux de structure identique » ou non et de l'importance
que cette notion peut avoir dans les processus de communication.
J.-M. L.
HARVEY (O. J.). — An experimental investigation of negative and
positive relations between small groups through judgmental indices
(Une recherche expérimentale sur les relations positives et négatives
entre les petits groupes d'après des indices relevant des jugements).
— Sociometry, 1956, 19, 201-209.
L'étude expérimentale exploratrice qu'expose cet article met un
groupe A en présence d'un groupe B (ami), ou d'un groupe C (hostile),
à l'occasion d'un travail qui intéresse les sujets dans l'un et l'autre
groupes, lesquels doivent juger la performance des membres de leur
propre groupe et celles des membres du groupe à côté du leur.
Les hypothèses de travail sont de deux sortes : 1) Quelle sera l'évo-

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