Psychologie sociale - compte-rendu ; n°1 ; vol.80, pg 300-310

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L'année psychologique - Année 1980 - Volume 80 - Numéro 1 - Pages 300-310
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1980
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Psychologie sociale
In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°1. pp. 300-310.
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Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°1. pp. 300-310.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1980_num_80_1_28319PSYCHOLOGIE SOCIALE
Tajfel (H.), Fraser (C.) (Eds), — Introducing social psychology. —
Penguin Books, 490 p.
Etudiants et enseignants en psychologie sociale ne pouvaient que
déplorer, ces dernières années, la fâcheuse tendance des manuels d'intr
oduction de dimension moyenne (4 à 500 pages) à ne couvrir qu'un champ
de plus en plus réduit par sélection thématique et/ou sectarisme métho
dologique et théorique.
L'ouvrage réalisé sous la direction de Tajfel et Fraser, et auquel ont
collaboré J. H. Cook, G. Jahoda, H. R. Schaffer, J. R. Eiser, J. M. F. Jas-
pars, G. Stephenson, A. White, J. A. Fishman et H. Giles, arrive à
point nommé pour combler une lacune évidente. On y trouvera aussi
bien les travaux et résultats classiques qu'un aperçu des thèmes de
recherche actuels. On appréciera tout particulièrement l'équilibre
recherché et. atteint entre les pôles psychologiques et sociaux dans les
théories comme dans la thématique qui va des interactions diadiques
élémentaires à l'insertion dans les organisations ou aux relations entre
groupes. Ceci va de pair avec un éclectisme méthodologique (expérimen
tation et techniques d'observation, laboratoire et « terrain ») qui n'a
rien de laxiste mais repose sur la primauté accordée, dans le choix, à la
qualité de l'analyse conceptuelle, à la valeur des idées. Signalons enfin
la et l'amplitude de la bibliographie.
Il ne s'agit bien sûr que d'un manuel d'introduction mais c'est à
coup sûr le meilleur disponible actuellement dans sa catégorie : souhai
tons qu'il soit traduit dans les plus brefs délais, ce qui permettrait,
peut-être, de compléter la bibliographie par des références de langue
française.
A. Duflos.
Baron (R. A.). — Human aggression. — New York, Plenum Press,
1977, 298 p.
L'ouvrage de Robert Baron vise, selon son auteur, à présenter un
compte rendu actualisé des recherches portant sur le comportement
agressif, accessible à l'étudiant débutant. Cet objectif semble largement
atteint. Sous une forme claire, concise et agréable à la lecture, R. Baron
esquisse la plus grande partie des principaux thèmes théoriques dans
ce domaine, et passe en revue les résultats expérimentaux pertinents.
Après un premier chapitre, consacré à l'exposé des orientations Psychologie sociale 301
théoriques principales et au problème de la définition du comportement
agressif, l'auteur aborde l'étude des problèmes méthodologiques ren
contrés dans le domaine de de la conduite agressive. Si les posi
tions prises par Baron concernant la définition de la conduite agressive
nous paraissent discutables, on ne peut en revanche que relever avec
intérêt la tentative d'articuler les problèmes de formulation théorique
et de définition de concepts avec les questions soulevées par la mise en
œuvre expérimentale et les procédures de mesure du comportement
agressif.
Malgré l'accent mis par l'auteur sur la spécificité du
agressif humain et sur le caractère social de ce type de comportement,
la définition de comportement agressif proposée est, à la fois, strict
ement individuelle, très peu spécifique et, à notre avis, inexacte. Selon
une tradition bien enracinée chez les auteurs outre-Atlantique, Baron se
rallie à une définition substantielle du comportement agressif : « ... toute
forme de comportement dirigé vers le but de faire du mal ou porter
préjudice à un autre être vivant, lequel cherche à éviter ce traitement »
(p. 7). Cette définition ignore ce qu'il y a de proprement spécifique dans
le comportement agressif (et en général dans tout le comportement
social) humain, à savoir la définition sociale contextuelle des stimulus
et des réponses. Tel comportement, tenu pour agressif dans un café ou
une salle de classe, ne sera pas du tout considéré comme étant agressif
sur un terrain de rugby, qu'elle qu'en soit, par ailleurs, la réaction de
celui qui en est la victime. Une caractérisation adéquate du comporte
ment agressif ne semble pouvoir se fonder sur les seules conséquences
matérielles de l'acte en question, sans appeler à des normes sociales
désignant en tant qu'actes agressifs ceux qui entraînent certaines consé
quences à l'égard de certains agents dans des situations données.
C'est cette lacune théorique qui entraîne le « vide normatif » des
opérationalisations expérimentales habituelles, faisant de celles-ci des
situations de résolution de problèmes (trouver le comportement adéquat
à la situation expérimentale), introduisant par ce biais dans les situa
tions expérimentales apparemment les plus pures des sources de variab
ilité parasites, mises en évidence dans les recherches empiriques ana
lysées par Baron dans son chapitre méthodologique.
Cette même question surgit sous des aspects différents au cours de la
discussion par l'auteur des résultats acquis concernant l'effet de cer
tains facteurs sur le comportement agressif. Qu'il s'agisse des effets de
la frustration, de ceux de la présence de modèles agressifs, ou de l'obéis
sance des sujets à des ordres leur commandant d'agir de manière vio
lente, on trouve à l'œuvre dans tous les cas une médiation normative
de l'effet de ces facteurs. Le caractère arbitraire ou injustifié de la frus
tration, le fait que le comportement agressif du modèle exerce ou non
un effet d'entraînement, selon que le comportement du modèle apparaît
au sujet comme étant justifié ou non, la façon dont le sujet est amené à 302 Analyses bibliographiques
se représenter la distribution des responsabilités dans les tâches d'attaque
commandée, sont autant de mécanismes démandant une formulation
unifiée. Cette formulation ne peut être élaborée qu'au niveau des repré
sentations des sujets concernant le contenu normatif des situations
expérimentales.
C'est, sans doute, à propos de la discussion par Baron des moyens de
maîtriser le comportement agressif humain que l'absence de cette
référence se fait le plus sentir. Les moyens de commande du compor
tement agressif envisagés par Baron, modèles non agressifs, activation
de réactions antagonistes du comportement d'attaque, tendent à négliger
le fait que les formes les plus destructives du comportement agressif ne
sont pas les explosions sporadiques de violence individuelle auxquelles
de telles mesures pourraient s'adresser. Des actes de violence collective,
relevant d'une étiologie sociale et appelant à une réflexion sur des
mesures de correction situées sur ce même plan, sont, à cet égard, plus
importantes. Cependant, une question importante est ainsi soulevée.
Les actes de violence individuelle ou collective remplissent une fonction
sociale régulatrice. Etant donné ce fait, et indépendamment de consi
dérations relatives à la possibilité de mettre en œuvre de telles mesures,
serait-il réellement souhaitable d'en finir avec la violence ? Celle-ci
pourrait bien n'être que l'autre face de la liberté, et le but de la réflexion
scientifique sur le comportement agressif serait dès lors d'amener une
gestion rationnelle de la violence plus qu'une technique d'occultation
de la violence manifeste.
J. Da Gloria.
Suls (J. M.), Miller (R. L.) (Eds). — Social comparison processes.
Theoretical and empirical perspectives . — Washington, Hemisphere
Publishing Corporation, 1977, 371 p.
Ce livre est composé de 14 chapitres. Si l'on met à part le premier
chapitre qui présente une analyse des tendances de recherche depuis la
formulation par Festinger de la théorie de la comparaison sociale
en 1954 et le dernier chapitre qui commente les travaux du livre, on
reste avec 12 chapitres de théorie et de recherches empiriques. Il est
difficile de discerner des lignes de force dans le foisonnement des points
de vue, des paradigmes expérimentaux et dans les nombreuses tenta
tives pour articuler la théorie à d'autres théories de la psychologie
sociale.
Nous supposons que le travail de 1954 est connu. Incidemment, il
est intéressant de remarquer que la théorie de la dissonance, du même
Festinger (1957), a fait de l'ombre à sa de la comparaison sociale.
Depuis le numéro spécial du Journal of experimental social Psychology
consacré en 1966 à la comparaison sociale, ce livre est le premier qui
tente de faire le point. Ce n'est pas facile car les psychologues dans les
quinze dernières années ont beaucoup travaillé dans le domaine. Psychologie sociale 303
On peut dire que la théorie n'est pas la même qu'il y a vingt-cinq
ans. Dans le chapitre 11, par exemple, la similitude d'autrui est définie
de manière plus large ; il ne s'agit plus de la ressemblance quant à une
performance ou une attitude, mais de la sur des traits
liés à, et prédictifs de la performance ou de l'opinion (Goethals et
Darley). Mais cette généralisation n'est pas forcément adoptée par tout
le monde.
Toujours sur la théorie : la comparaison est liée à la théorie de l'impu
tation (attribution), aux travaux sur l'influence (chapitre 8 d'Allen
et Wilder remarquable ; les auteurs remarquent par exemple que les
théories de l'évaluation ne s'occupent pas du cas où les sujets prennent
comme points de comparaison des individus ou des groupes absents,
ce qui impose le paradigme de la comparaison forcée), à l'effet de model
age (apprentissage vicariant), à la théorie de la présentation de soi
(self presentation, cf. Goffman), à la de l'équité (théorie de la
justice interpersonnelle), au domaine de recherche portant sur la pr
ivation relative. Tout cela est fort intéressant même si, dans bien des
cas, les auteurs admettent qu'il y a plus de spéculations que de preuves.
Gomme on ne peut résumer un tel livre, tentons d'extraire quelques
thèmes de réflexion et quelques résultats cohérents.
La vieille distinction (Thornton et Arrowood, 1966) entre évaluation
de soi et valorisation de soi est reprise dans de nombreux chapitres.
Le chapitre 2 est consacré au problème mais le chapitre 4 traite bien
de la même chose. La recherche d'information est liée à des consé
quences affectives de l'évaluation de soi. L'estime de soi peut être
menacée, ce qui entraînera des stratégies de comparaison très diff
érentes de celles énoncées par Festinger comme allant de soi (beaucoup
de recherches confirment le point de vue de Festinger mais il faut remplir
des conditions très précises). Mettee et Smith, dans le chapitre 4, di
stinguent utilement entre comparaison directe (compétition) et indirecte
(observation), entre une recherchée et une comparaison
imposée, entre l'identification (au meilleur, au supérieur) et le contraste
(les sujets se considèrent comme très différents et d'une certaine manière
non comparables). Les auteurs insistent sur le fait que la différence,
la dissemblance peut être pertinente (pour l'information), que si le
dissemblable n'est plus menaçant alors il sera recherché, enfin que les
sujets différents peuvent renforcer le sentiment d'identité (cf. les tr
avaux de Fromkin sur l'identité « distinctive »). On retrouve ailleurs
dans le livre qu'on peut chercher à se comparer à des autruis semblables
sur des dimensions autres que la « vraie » dimension de comparaison,
qu'il existe un équilibre de forces entre le désir d'évaluation et celui
de valorisation (opposition entre information et estime de soi), entre
l'adaptation et le plaisir (hédonisme) et que ne pas vouloir déchoir à
ses propres yeux conduit à des choix de referents dissemblables moins
utiles quant à l'information mais qui permettent des inferences 304 Analyses bibliographiques
valides sur soi. En d'autres termes, on ne cherche pas toujours à « savoir »,
on peut éviter la comparaison avec les meilleurs, on peut même éviter
tout à fait la comparaison. Ce sont des conclusions très intéressantes
mais il ne semble que, contrairement à quelques psychologues européens,
les auteurs n'ont pas tiré toutes les conséquences possibles de ces conclu
sions (ils pas théorisé le rôle fondamental du temps dans les pro
cessus d'évitement de la comparaison sociale, par exemple).
Mentionnons encore que le chapitre 3 remet sérieusement en cause
des conclusions anciennes de Schachter sur l'affiliation, que le chapitre 4
insiste sur l'importance de la taille du groupe (la comparaison est plus
diluée) et sur le fait de savoir si les résultats dans une tâche coopérative
seront ou non évalués (les sujets veulent éviter de savoir à quel point
ils sont « mauvais »). D'autre part, dans la coopération, l'affiliation
avec des supérieurs est plus fréquente pour la raison simple qu'elle
facilite l'atteinte du but, à condition toutefois qu'on ne cherche pas à
décomposer le résultat global.
Tout cela bien sûr à référer selon les cas à des recherches sur les
attitudes, les capacités, à des travaux expérimentaux « hors contexte »
ou à des recherches sur le terrain. La comparaison sociale, l'évaluation
de soi et son évitement sont devenus des thèmes de réflexion et d'étude
des psychologues sociaux américains et le souci est net de lier la théorie
aux autres schémas théoriques mis au point depuis la formulation
de 1954 ou avant (il est fait allusion aux travaux sur les groupes de
référence, cf. Hyman 1942).
La vague va bientôt nous atteindre. Il sera intéressant de voir si
les Européens qui ont développé des travaux originaux dans le domaine
seront absorbés par cette nouvelle descendance de Festinger ou s'ils
parviendront à maintenir leur « altérité » en ne se souciant pas trop, ou
en évitant de se comparer à des chercheurs qui, sur beaucoup de points,
leur sont « supérieurs ». Ce sera une expérience naturelle à suivre où l'une
des variables qui comptera sera la politique de publication, l'accès aux
« bonnes » revues, celles où il faut publier pour être lu (par qui ?),
dominées par un certain style de travail et même une réthorique de
présentation.
G. Lemaine.
Maisonneuve (J.). — Recherches diachroniques sur une représenta
tion sociale. — Paris, Ed. du cnrs, Monographies françaises de
Psychologie, n° 44, 1978, 99 p.
Cette monographie sur les stéréotypes sociaux relatifs à 1' « homme
sympathique » comporte deux études menées à vingt ans d'intervalle.
La première, datant de 1957, a été élaborée dans le cadre d'une
recherche plus importante ayant abouti en 1966 à une thèse de doc
torat d'Etat sur la Psychosociologie des affinités, publiée aux Presses
Universitaires de France la même année. Psychologie sociale 305
La seconde, menée en 1977, réplique fidèle de la précédente, doit
permettre d'apprécier l'évolution de ces stéréotypes au « cours du
temps ».
L'enquête de 1957 était fondée sur l'examen des diverses représen
tations et préférences d'individus appartenant à huit catégories socio
professionnelles allant des manuels aux intellectuels. Elle avait fait
apparaître un certain continuum des stéréotypes en fonction de cet
éventail des professions montrant chez les manuels un certain rigo
risme, une morale et l'adhésion à des valeurs communes ; et chez les
intellectuels un souci d'expansion personnelle, assorti d'un désir de
contact et d'acceptation, un snobisme les poussant à prendre le contre-
pied des valeurs habituellement reconnues.
Une étude diachronique impliquant le recours aux mêmes procé
dures, ce sont les questionnaires de 1957 qui ont été réutilisés en 1977 :
un questionnaire sélectif à choix multiples (trois choix sur une série
de neuf traits) et un questionnaire concessif comportant vingt-sept
questions.
Il apparaît que les divers groupes sociaux continuent à se diffé
rencier de façon significative. Mais, sans qu'on puisse parler d'un pro
cessus d'unification radicale des stéréotypes, on observe une atténuat
ion des spécificités catégorielles, bien que les écarts entre traits préférés
et traits négligés se soient encore accrus.
« A l'idéal d'homme sympathique un peu guindé, consistant, mais
rigoriste de 1957, tend à se substituer un autre plus détendu, plus ouvert,
plus familier, à la fois « honnête et gai » sans qu'on puisse assurer ce qui
l'emporte ici de la continuité ou du changement. » Telle est la conclusion
finale de l'auteur.
Il est assez exceptionnel de pouvoir disposer de recherches diachro-
niques sur de tels stéréotypes. Rigueur méthodologique, finesse de
l'analyse. Un ouvrage à lire.
R. Lambert.
Tajfel (H.). — Différenciation between social groups. Studies in the
social psychology of intergroup relations. — London, Academic Press,
1978, 490 p.
Qu'il s'agisse de la littérature psychosociale européenne ou davant
age encore de la littérature américaine, les ouvrages parus depuis une
décennie et portant sur les relations entre les groupes sont rares. Aussi,
le livre de Tajfel vient-il combler un manque pour traiter dans une
perspective nouvelle un domaine de recherche important et négligé de
la discipline.
En référence à une société où les processus d'unification et de
diversification sont de plus en plus rapides, ce livre propose une approche
psychosociologique, présentée comme complémentaire aux considé
rations sociologiques, économiques et historiques, pour étudier les 306 Analyses bibliographiques
problèmes d'identité sociale, de différenciation et de conflit entre les
groupes. Les cinq parties qui le composent sont constituées de discus
sions générales et de comptes rendus d'études, effectuées soit en labo
ratoire, soit en milieu naturel, et réunissent les contributions de seize
chercheurs travaillant pour la plupart en Europe,
II est impossible de présenter ici même de manière succincte les
dix-sept chapitres de l'ouvrage ; indiquons simplement les grands axes
de recherches. Tout d'abord, soulignons que la notion de différenciation
prend au moins trois sens différents dans l'ouvrage puisqu'elle signifie
selon les travaux et les auteurs : a) traitement différentiel d'autrui que celui-ci appartient ou non à son propre groupe ; b) distincti-
vité positive de soi ; c) différenciation sociale en tant que processus
général conduisant les agents sociaux à créer des sphères d'activités
et de vie qui leur sont propres.
La première partie écrite par Tajfel s'emploie à organiser l'ensemble
des résultats des différents travaux en un schéma théorique commun.
Celui-ci s'établit à partir de la structure de croyances d'un système
social qui permet ou non le mouvement d'un groupe à un autre. Le
premier cas correspond à la mobilité sociale alors que le second porte
sur le changement social. Les perceptions de stabilité et de légitimité
des relations entre les groupes sont considérées comme les deux fac
teurs les plus importants intervenant au niveau des attitudes et des
comportements des acteurs sociaux lors de la mobilité et du change
ment. Ce modèle permet ainsi la description du passage du comporte
ment interindividuel au comportement intergroupe. L'étude des pro
cessus de catégorisation sociale permet également de définir la place
des individus dans les réseaux où ils vivent ainsi que le rôle des sys
tèmes de catégories et de leurs connotations de valeurs dans les juge
ments et comportements sociaux. Dans cette perspective, la notion
d'identité sociale est abordée en termes d'image de soi dont les conno
tations — positives ou négatives — dérivent de l'appartenance de
l'individu à tel ou tel groupe. Ces connotations sont issues de la compar
aison sociale effectuée par les sujets entre les différents groupes per
tinents. L'articulation de ces notions amène à décrire les problèmes entre
groupes asociaux et leurs solutions en tant que tentatives de pré
server ou de créer des formes de « distinctivité psychologique de groupe »
valorisée positivement et d'étudier les conditions dans lesquelles la
différenciation entre groupes s'effectue. Ceci conduit Tafjel à aborder,
à partir de son paradigme basé sur l'appartenance catégorielle des
individus selon leur préférence virtuelle des tableaux de Klee et de
Kandisky, les conditions « minimales » amenant à la discrimination
intergroupes. ;
Dans la deuxième partie, les travaux de Turner soulignent que sous
certaines conditions les sujets tendent à se favoriser eux-mêmes au
détriment de leur propre groupe et du hors-groupe ; ce qui permet Psychologie sociale 307
d'élaborer des explications alternatives en termes de compétition sociale.
On y trouvera également les résultats de Déschamps, Doise et Meyer
sur les limites de la différenciation catégorielle dans le cas des catégories
croisées et de l'accentuation des similitudes intracatégorielles dans les
processus de catégorisation sociale.
Dans la troisième partie, Van Knippenberg traite des effets des
différences de statuts et des dimensions de comparaison sur les straté
gies de différenciation intergroupes à partir de groupes « naturels ».
Turner et Brown étudient la différenciation sur des groupes dé bas et
haut statuts lorsque l'identité sociale du groupe est assurée ou incertaine.
Turner aborde le rôle du statut et de la comparabilité sur la discrimi
nation ; le biais de l'intragroupe est d'autant plus grand que le hors-
groupe est plus comparable. Moscovici et Paicheler mettent en évidence
les conditions dans lesquelles on peut observer un favoritisme de l'hors-
groupe. De façon générale, une minorité a tendance à défavoriser son
propre groupe au profit d'une majorité. Ceci n'est plus valable lorsque
la minorité se perçoit avec une image de soi positive. L'image de soi
intervient également dans les discriminations effectuées par une major
ité ; lorsqu'elle est positive les membres de cette dernière tendent à
défavoriser leur propre groupe pour jouer l'équité.
On trouvera dans la quatrième partie du livre les recherches de
Lemaine, Kasterztein et Personnaz sur les processus généraux de dif
férenciation sociale. Ceux-ci entrent en jeu en vue de restaurer l'identité
d'un agent social lorsque celle-ci est menacée et conduisent à l'incompa-
rabilité et aux activités d'originalité sociale. Conjointement à la pré
sentation d'une série d'études portant sur des individus ou des groupes
réels, une discussion critique est ébauchée entre dévaluation du groupe
et recherche en soi d'une identité sociale positive. Breakwell traite des
mécanismes d'identité sociale selon que la légitimité d'appartenance
au groupé est perçue par le sujet lui-même ou évaluée par les autres.
Les approches théoriques développées précédemment sont appli
quées dans la cinquième partie à des contextes sociaux réels. Vangham
étudie chez les enfants Maori les changements de l'image de soi paral
lèlement aux développements sociaux de la Nouvelle-Zélande. Giles
aborde les relations interethniques à partir des différenciations linguis
tiques, et notamment en considérant les ajustements des variétés de
langage comme moyen pour exprimer valeurs et attitudes. Les travaux
de Brown portent sur le problème des différences intergroupes dans la
situation économique et industrielle anglaise, et en particulier sur l'appa
rition de catégorisations « minimales » dans ce contexte industriel.
Williams et Giles enfin réinterprètent l'actuel mouvement des femmes à
la lumière des notions théoriques issues de la différenciation intergroupes.
Comme on le voit, le livre de Tajfel se montre très riche en études
empiriques qui prennent leurs sources dans les contextes les plus divers
de la vie sociale. Certes, on peut critiquer le modèle théorique de Tajfel 308 Analyses bibliographiques
sur divers points — et nous n'avons pas été les derniers à le faire. On
peut notamment s'interroger si le paradigme de la catégorisation mini
male largement développé correspond à un modèle qui permet de
rendre compte des relations entre les groupes ou encore si la recherche
d'une distinctivité positive per se est toujours le mobile des agents sociaux
à la recherche de solutions aux problèmes des relations entre groupes.
Notre critique portera davantage sur la perspective théorique par
laquelle sont envisagées les relations entre groupes inégalitaires. Elle
concerne plus précisément la non-prise en compte des fluctuations inte
rvenant dans les processus de discrimination, dues à la
prégnance plus ou moins forte du rapport de domination dans le contexte
social. On peut penser dans ce sens qu'à certains moments et dans cer
tains espaces les groupes « dominés » élaborent autour des referents
« clandestins » des stratégies de différenciation qui échappent au contrôle
social du groupe dominant et permettent notamment des évaluations
différentes, voire opposées, à celles établies en présence de ce dernier.
Tout critiquable qu'il soit, ce modèle théorique présenté dans
l'ouvrage permet d'articuler les résultats de nombreuses recherches et
de développer un ensemble de travaux extrêmement féconds. Il permet,
en particulier, de mieux comprendre les conditions de mobilité, de chan
gement social, et aussi de discrimination entre groupes. Henri Tajfel
n'a certes pas ménagé ses effets en développant ce champ de recherche
qui a donné, grâce à lui, une certaine vigueur à la psychologie sociale.
Mais déjà un nouvel ouvrage est en préparation...
B. Personnaz.
Poitou (J.-P.). — La dynamique des groupes. Une idéologie au
travail. — Marseille, Ed. du cnrs, 1978, 357 p.
Le sous-titre intrigue : l'auteur a su en effet échapper à la tradition
nelle alternative idéologie pratique / idéologie théorique, par le choix
du mot travail. Celui-ci cherche en effet à traduire et l'idée de théori-
sation et celle de pratique.
Le sous-titre surprend par son ambition théorique, quand on connaît
l'empirisme délibéré, le conformisme, pour ne pas dire la platitude de
la plupart des innombrables ouvrages parus sur la dynamique des
groupes.
D'emblée, dans une préface brève et limpide, Poitou laisse entrevoir
l'originalité et l'intérêt de la démarche qu'il adopte : au point de vue
traditionnel qui voit dans la dynamique des groupes une sorte d'idéo
logie politique, un ensemble de techniques de formation ou une disci
pline scientifique, il oppose, comme il le dit lui-même, l'idée que « la
dynamique des groupes constitue en fait une idéologie théorique,
c'est-à-dire la théorisation d'une idéologie... afin de donner une caution
« scientifique » à des techniques, en l'occurrence techniques de formation
et de management ».

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