Psychologie sociale - compte-rendu ; n°2 ; vol.65, pg 621-626

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L'année psychologique - Année 1965 - Volume 65 - Numéro 2 - Pages 621-626
6 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1965
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IV. Psychologie sociale
In: L'année psychologique. 1965 vol. 65, n°2. pp. 621-626.
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IV. Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1965 vol. 65, n°2. pp. 621-626.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1965_num_65_2_27516— Psychologie sociale IV.
Berkowitz (L.) (edit). — Advances in experimental social psychology
(Progrès en Psychologie sociale expérimentale). — In-8° de 319 p.,
vol. 1, New York and London, Academic Press, 1964.
Ce livre est le premier d'une série d'ouvrages destinés à présenter le
développement de recherches dans différents domaines de psychologie
sociale. Bien qu'une place prépondérante soit accordée aux résultats
expérimentaux les données d'observation ne sont pas négligées. L'intérêt
principal du livre est dû au souci des auteurs d'organiser les données
dans chaque domaine étudié en un ensemble cohérent et de situer
celui-ci dans son contexte théorique. L'accent mis sur les implications
théoriques des résultats rapportés donne à certains chapitres une note
polémique.
S. Schachter traite des déterminants des états émotionnels en
prenant pour point de départ la théorie de W. James et les critiques
qu'en a faites Cannon. Il défend, en s'appuyant principalement sur ses
propres expériences, l'hypothèse selon laquelle les facteurs cognitifs
ou situationnels déterminent en grande partie la définition du type
d'émotion ressentie.
F. E. Fiedler expose un modèle de l'efficacité du chef qui permet une
classification des situations de groupe selon les trois dimensions sui
vantes : la structure de la tâche, le pouvoir du chef et les relations
de celui-ci avec les membres de son groupe. Il tente de concilier les
résultats apparemment contradictoires des expériences réalisées par lui-
même et son école en montrant que la prévision de l'efficacité du chef
devient possible lorsqu'on a défini au préalable la situation de groupe à
l'aide du modèle proposé.
W. J. McGuire rapporte une série de ses expériences concernant les
procédés destinés à provoquer la résistance à la persuasion. Sa méthode
consiste à mobiliser les défenses de l'individu contre la persuasion par
des techniques qui présentent une analogie avec celles utilisées en médec
ine lors de la vaccination contre les maladies infectieuses.
Avec un certain humour, W. A. Gamson définit les meilleures
conditions dans lesquelles les différentes théories sur la formation des
coalitions sont susceptibles d'être vérifiées expérimentalement à tout
coup. Il souligne ainsi le rôle de la situation expérimentale, mais ne
propose pas de solution au problème créé par les prévisions souvent
contradictoires de différentes théories.
Dans son article sur les réseaux de communication, M. Shaw fait 622 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
le point des résultats expérimentaux obtenus dans ce domaine et indique
les voies qui restent à explorer.
W. A. Mason rapporte les faits observés et les résultats de quelques
expériences récentes concernant la sociabilité et l'organisation sociale
chez les primates.
H. C. Triandis tente de présenter une image cohérente des résultats
des recherches concernant les influences culturelles sur les processus
cognitifs sans y parvenir pleinement. Il est vrai que sa tâche est rendue
particulièrement difficile par l'abondance des données, comme en témoi
gne la quantité impressionnante des références bibliographiques citées,
et par l'absence de théories générales dans ce domaine situé à l'inte
rsection de plusieurs disciplines.
Partant de sources aussi diverses que la psychanalyse et les théories
de l'apprentissage, R. H. Walters et R. D. Parke, qui traitent de la moti
vation et de l'influence sociale, rencontrent des difficultés semblables à
celles de Triandis. Ils rapportent plusieurs expériences concernant l'effet,
sur l'influençabilité, de variables telles que l'estime de soi, le comporte
ment de dépendance et la privation des contacts sociaux, et proposent
quelques hypothèses explicatives.
Cette série de revues des questions répond, comme dans toute science,
à un besoin d'information et de synthèse de données dispersées à travers
un nombre sans cesse croissant de livres et de revues, besoin qui se fait
particulièrement sentir en psychologie où l'interdépendance des divers
domaines nécessite une information permanente étendue.
M. Z. P.
Leavitt (H. J.) (edit). — The social science of organizations (L'étude
scientifique des organismes sociaux). — In-8° de 182 p., Englewood
Cliffs, Prentice Hall, 1963.
Ce livre est le fruit des travaux du Séminaire sur l'étude scientifique
des organismes sociaux, réuni en juin 1962, à Pittsburgh. Quatre rap
porteurs : H. A. Latané, D. Mechanic, G. Strauss et G. B. Strother
présentent les réflexions que leur ont inspirées les travaux de ce Sémi
naire qui rassemblait des sociologues, des psychologues et des spécial
istes des sciences politiques et économiques.
Dans une première partie, G. B. Strother tente de définir l'objet et
les méthodes d'une science des organismes sociaux. Hors les indispen
sables cautions historiques (Platon, Machiavel, etc.), l'auteur trouve
les origines de l'étude des organismes sociaux chez G. F. Taylor, les
Gilbreth et Muensterberg pour le génie industriel ; chez H. Fayol pour
l'administration rationnelle ; chez Max Weber pour la sociologie de la
bureaucratie. Il relève aussi l'influence de la psychologie sociale avec
Kurt Lewin et Elton Mayo, enfin celles de la théorie des jeux et des
modèles mathématiques.
Strother tente ensuite de définir ces organismes dont l'étude exige
la collaboration de nombreuses disciplines sans constituer l'objet
exclusif d'aucune. Ce sont des groupes d'individus coopérant à un PSYCHOLOGIE SOCIALE 623
but commun et présentant un certain degré de différenciation fonctionn
elle et de hiérarchisation. La classification la plus commode est celle
qui repose sur les fonctions de ces organismes : entreprises commerciales
et industrielles ; services publics ; sociétés d'entraide, de tradition ou
de loisirs ; les sociétés religieuses.
Mais dans ce domaine ainsi esquissé, l'auteur remarque combien les
unités et niveaux d'études, les concepts, les méthodes et l'administration
des preuves sont encore peu précis. Gela constitue-t-il une nouvelle
science ? L'auteur paraît le penser. Il semble plutôt que ce qu'on pourr
ait appeler l'économie sociale constitue un terrain commun à diverses
disciplines permettant une confrontation profitable des concepts et des
données.
Dans l'article suivant : Notes sur Végalisation du pouvoir, G. Strauss
examine les tentatives faites pour réduire les différences de pouvoir
et de statut entre les supérieurs et les subordonnés. Ces remèdes sont :
la direction paternaliste, la délégation de pouvoir, la participation aux
décisions et la manipulation des attitudes. Il critique avec modération
les illusions attachées à ces tentatives, et souligne les questions qu'elles
ont laissées sans réponses : Une plus grande égalité de pouvoir accroît-elle
la motivation ? Une motivation accrue amène-t-elle une production
élevée ? Que coûte une modification des postes destinée à permettre la
délégation des pouvoirs ou la participation aux décisions ? Quels risques
sont impliqués par l'emploi de ces diverses méthodes ? L'intérêt de son
article est de rappeler que le succès de ces tentatives dépend pour une
large part des exigences techniques de la tâche.
On trouve ensuite une étude de H. -A. Latané sur le modèle de ratio
nalité dans la prise de décision. Enfin D. Mechanic expose dans le dernier
chapitre quelques considérations sur la méthodologie de l'étude des
organismes sociaux.
J.-P. P.
Harms (E.), Schreiber (P.) (edit.). — Handbook of counseling
techniques (Manuel des techniques de conseil). — In-8° de 506 p.,
Oxford, New York, London, Paris, Pergamon Press, 1963.
Un titre plus descriptif aurait été : les différents métiers sociaux
utilisant le counseling. Trente-trois professeurs, praticiens, administrat
eurs, décrivent le rôle, les activités, les problèmes et la formation des
professionnels chargés de problèmes humains dans le cadre de relations
interpersonnelles. Les domaines envisagés sont l'enfant et la jeunesse, la
famille et la communauté, l'emploi, la religion. Une dernière partie (pro
blèmes spéciaux) est typique de la diversité des situations considérées.
On y traite du counseling avec les personnes âgées, avec les malades en
hôpital, avec les malades en général, avec les malades mentaux, avec les
enfants infirmes et leur famille, avec les alcooliques, au cours des
enquêtes légales, avec les emprisonnés, avec les sortants de prison.
L'analyse du chapitre consacré aux conseillers en réadaptation des
handicapés physiques donnera une idée plus précise du contenu de ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 624
l'ouvrage. W. M. Usdane, professeur et coordinateur, c'est-à-dire pra
ticien lui-même, expose d'abord les données statistiques et juridiques
du problème. Il définit ensuite le conseiller en réadaptation surtout
comme un conseiller d'orientation professionnelle et en énonce les parti
cularités et la « philosophie ». Enfin, considérant de plus près ses activités,
il montre que ce praticien doit amener le handicapé à prendre l'initiative
dans la réadaptation — bien s'intégrer dans le milieu où se déroule la
réadaptation (centre d'examen, atelier protégé, hôpital, etc.), s'initier
aux problèmes médicaux, comprendre et suivre, dans le cadre des rela
tions interpersonnelles, l'adaptation du handicapé à sa déficience et au
milieu social, ainsi qu'aux différentes situations de travail dans le
squelles il sera essayé.
Un tel traité nous incite d'abord à mettre en garde le lecteur français.
Il s'agit ici de la situation américaine, problèmes sociaux et culture.
Nous avons noté que chaque auteur de monographie a pris bien soin de
décrire la « philosophie » sous-jacente à son activité professionnelle et
l'ensemble de ces « philosophies » pourrait intéresser un sociologue qui
voudrait décrire la société américaine. C'est dire que toute transposition
au milieu français doit être très prudente et ne peut être valable, même
partiellement, que si on admet, comme le font certains, que la société
française tend vers la société américaine. En outre, le counseling s'in
tègre dans des métiers constitués depuis longtemps (infirmerie, orien
tation professionnelle, juriste, médecins, etc.), qui ont des traditions
différentes d'un pays à l'autre.
Notons que, depuis quelques années, dans toute la société occidentale
la formation des candidats à tous les métiers sociaux comporte un cours
de psychologie où l'on se contente le plus souvent de fournir aux étudiants
des concepts et des techniques non critiqués, teintés surtout de psycha
nalyse et présentés comme le sésame, ouvre-toi des bonnes relations inter
personnelles. Cette tendance est bénéfique lorsqu'elle attire l'attention
sur les aspects psychologiques négligés jusque-là et critique les aspects
« moralisateurs » de ces métiers. Elle comporte cependant le danger d'en
minimiser le rôle social aux bénéfices de l'action psychologique. La
notion de counseling peut aider à définir ses difficultés, au niveau des
techniques comme au niveau de la déontologie.
Malheureusement, ce domaine comporte plus d'empirisme que de
théorie et d'expérimentation. Seuls C. Rogers et ses collaborateurs ont
essayé d'élaborer un corps de doctrine et de le mettre à l'épreuve. Les
auteurs du présent manuel en sont conscients, puisque Rogers est le plus
cité (10 fois contre 2 fois pour le suivant). L'examen du contenu des
articles montre que les notions mises au point par Rogers sont décrites
et adaptées. C'est pour cela qu'on peut regretter que le chapitre sur les
principes du counseling soit si bref (6 pages) et si allusif. De même, tous
les auteurs ne soulignent pas clairement que la technique du counseling
est surtout une technique d'entretien (interview) et que le perfectio
nnement de chaque praticien n'est possible que s'il critique sa propre PSYCHOLOGIE SOCIALE 625
façon d'interroger les gens, d'en obtenir et de leur fournir les informat
ions pertinentes, ainsi que de les motiver à agir vers plus de maturité.
Cependant, tel qu'il est, on peut penser que ce recueil rendra des
services au grand public, ainsi qu'à l'ensemble des professionnels engagés
dans des activités sociales.
C. N.
Kahn (R. L.), Cannell (G. F.). — The dynamics of interviewing;
theory, technique and cases (La dynamique de l'entretien psychol
ogique). — Un vol. in-8° de 368 p., New York, John Wiley and
Sons, 1963.
L'entretien psychologique est défini par les auteurs comme une
technique visant à obtenir et à fournir des informations au cours d'une
conversation. C'est donc un processus d'interaction interpersonnelle où
des forces psychologiques en œuvre facilitent ou contrarient les com
munications. Le but des auteurs est d'expliquer cette dynamique et de
montrer comment on peut la contrôler de façon à rendre cette technique
efficiente. Il ne s'agit pas de « changer » le comportement du sujet, de le
soigner, de le conseiller ou de le commander. Il ne s'agit que de le « faire
parler » (voir pp. 19 et 206). A la page 62, les auteurs remarquent que les
relations de rôles que le chef d'un service a avec ses subordonnées peuvent
constituer des obstacles à la communication. Il en est de même pour la
fonction du médecin qui est de guérir ou de rassurer ; et le rôle de l'inte
rview est alors de minimiser ou d'éliminer tous les motifs ou facteurs
objectifs de pression qui ont été à l'origine de la situation d'entretien.
C'est ce que les auteurs appellent « la motivation extrinsèque » ; la « moti
vation intrinsèque » étant provoquée par l'attitude de l'interviewer
lorsqu'il arrive à convaincre qu'il « accepte » le sujet tel qu'il est, sans
essayer de le juger, le critiquer ou l'influencer.
Cette « psychologisation », si on nous permet cette qualification
excessive de la situation d'entretien, est typique de toutes les études
américaines sur ce thème. Elle dépouille les interviewers de leur rôle
social (soigner, conseiller, commander, etc.) au bénéfice du rôle d'un
« enquêteur » anonyme, compréhensif et adroit certes, mais inoffensif. Or,
toutes les recherches entreprises sur les enquêtes d'opinion ont montré
qu'elles ne sont acceptées et valables que lorsque le public est convaincu
que son opinion sera véritablement transmise et utilisée. Ce qui les
amène à juger plus l'enquêteur que l'enquête (voir p. 47). De même les
auteurs, en essayant d'acclimater à la situation d'entretien les prin
cipes thérapeutiques de Carl Rogers, n'en ont retenu que les aspects
rituels et formels. Ils ont éliminé le fait que ce qui est central dans la
psychothérapie non directive était le désir de guérison du malade qui
alimente en quelque sorte le désir de guérir du psychologue. Détachées
de cette source de motivation, les techniques non directives ne sont que
des procédés d'une efficacité variable, mais certainement antidéontolog
iques.
Pour expliquer la psychologie de la situation d'entretien, les auteurs ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 626
appliquent largement les idées de K. Lewin, de C. Rogers et tiennent
compte des recherches sur les communications dans les petits groupes.
Les développements fournis nous paraissent artificiels et romancés
sous forme de situations et de cas imaginaires plausibles. Cependant,
beaucoup de conseils pratiques seraient à retenir, mais dans un tout autre
contexte. C'est pour cela que nous ne conseillons la lecture du livre aux
étudiants que sous le contrôle d'un enseignement correcteur. Pour les
praticiens chevronnés, il peut constituer un mémento utile. Ils savent
bien, en effet, que l'entretien est une situation humaine totale se dérou
lant dans un contact social toujours actif et que pour la contrôler, iJ
faut mettre en œuvre plus que des habiletés.
C. N.

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