Psychologie sociale - compte-rendu ; n°3 ; vol.89, pg 449-464

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L'année psychologique - Année 1989 - Volume 89 - Numéro 3 - Pages 449-464
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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Psychologie sociale
In: L'année psychologique. 1989 vol. 89, n°3. pp. 449-464.
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Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1989 vol. 89, n°3. pp. 449-464.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1989_num_89_3_29362Psychologie sociale 449
très délayé que suggère la référence initiale au bon temps de l'introspect
ion. Si ces champs ont eu quelque fécondité, alors le chapitre concerné
souffre de quelques lacunes sérieuses. On souhaite, sans pouvoir en juger,
qu'il soit le seul dans ce cas.
J. P. Caverni.
PSYCHOLOGIE SOCIALE
Beauvois (J. L ), Joule (R.V.) et Monteil (J. M.) (Edit.). — Perspect
ives cognitives et conduites sociales, t. 1 : Théories implicites et conflits
cognitifs, Cousset (Fribourg), DelVal, 1987, 312 p.
Premières d'une série à venir sur le thème « Cognitions et conduites
sociales », ces vingt et une contributions d'inégale importance, provenant
d'une table ronde organisée à Grenoble en 1985, témoignent de la richesse
et de la vitalité de la psychologie sociale expérimentale européenne.
Le paradoxe constitutif de ces réflexions peut se formuler ainsi : la
connaissance « vraie » au regard de l'épistémologie des sciences de la
nature est issue de l'objectivation, ou bien de la désubjectivation, de
l'objet à connaître. Pourtant qu'en est-il lorsque cet objet épistémique
appartient simultanément à d'autres ordres que celui du savoir « object
if », par exemple à ceux de l'action, de la décision, du combat, du poli
tique, de l'éthique... bref, lorsque cet objet est 1' « anthropos » lui-même,
qui est amené à « prendre position » et à « s'engager » en tant que « sujet
polistique » au sein de contextes sociaux, et donc souvent « polémiques » ?
A partir d'études originales (perception des handicapés, représentat
ion des différences entre l'être humain et l'animal...), de réflexions sur
l'histoire des idées, d'une archéologie des théories du conflit socio-
cognitif (Cattaneo) de la reprise d'auteurs oubliés (Fauconnet), ou d'ana
lyses de processus (attribution causale...), il s'agit de comprendre com
ment naissent, se structurent et meurent les règles et les normes de
l'action et du savoir. Existe-t-il une autonomie ou au contraire une dépen
dance entre le savoir et l'action, l'acte et sa représentation ? Comment se
génèrent et s'organisent les « savoirs implicites » qui guident l'acte et la
représentation ? Comment se concurrencent, s'interpénétrent ou s'igno
rent les savoirs « épistémiques » et « doxologiques » ? Quelle valeur (cons
tructive vs destructive) accorder au conflit dans la création des réponses
originales ou dans le réaménagement des « cognitions » relatives aux
questions sociales ?
Renouvelant une conception pragmatiste de la connaissance lorsque
celle-ci a pour objet le « social » (une connaissance n'est ni vraie ni fausse,
elle est utile ou inutile en raison de son efficace dans les actes qu'elle
permet), les auteurs mettent en évidence des « cognitions sociales », plus
AP — 15 Analyses bibliographiques 450
précisément des « cognitions idéologiques », à la fois processus et contenus,
qui sont au carrefour des courants principaux de la discipline.
C'est un des mérites de cet ouvrage de permettre le parcours de l'e
nsemble de l'outillage mental propre à la psychologie sociale contempor
aine. Ainsi sont repris les concepts classiques utilisés dans l'analyse des
représentations sociales (norme, savoir, croyance, attitude, stéréotype,
préjugé, représentation, idéologie, théorie implicite de la personnalité et
de l'homme — tip, tih). Les processus cognitivo-idéologiques sont pour
une fois rassemblés (catégorisation, construction, attribution, rationali
sation, intériorisation, naturalisation, psychologisation, sociologisation,
objectivation...) ce qui permet de souligner leurs différences avec ceux
provenant de la logique (catégorie), ou avec les concepts propres aux
sciences cognitives issus du paradigme du traitement de l'information
(scripts, schémas, types et prototypes...), montrant ainsi que pour passer
de la logique au psychologique il convient, parfois, de recourir à l'idéo
logique.
P. Oliviéro.
Miller (A. G.). — The obedience experiments : A case study of contro
versy in social science, New York, Westport, Praeger, 1986, 296 p.
Ce livre pourrait être dédié à la mémoire de Milgram. Il semble des
tiné à convaincre les rares personnes qui n'en sont pas encore persuadées
qu'il s'agit de l'un des chercheurs en Sciences sociales les plus remar
quables des trente dernières années. Miller procède à une revue de ques
tions sur l'obéissance à l'autorité : il présente les recherches de Milgram,
et une synthèse des très nombreuses études et réactions qu'elles ont sus
citées. Il rend compte des différentes thèses qui continuent de s'affronter
à propos du paradigme de Milgram, et se prononce clairement en faveur
d'une causalité situationnelle.
L'ouvrage est organisé en trois parties (qui n'apparaissent malheu
reusement qu'après une lecture approfondie). Les trois premiers chapi
tres résument les expériences de 1963 à 1974. Partant d'une étude de
l'obéissance qui s'inscrivait dans le courant de recherches sur la confor
mité, Milgram, disciple de Asch, mit au point la situation expérimentale
que l'on connaît pour créer une condition « contrôle » dans laquelle le
sujet ne subissait pas l'influence des compères. La seconde partie, qui
regroupe les chapitres 4, 5, 6 et 7, fait l'objet d'une large revue des repro
ductions des expériences de Milgram, d'un certain nombre d'investiga
tions destinées à remettre en cause tout ou partie des résultats obtenus.
L'auteur y reprend aussi la plupart des critiques qui se sont situées à la
fois sur les plans éthique et méthodologique. Un des intérêts de cet
ouvrage est de montrer de quelle façon a été fait un amalgame entre les
considérations morales relatives au comportement des sujets, ou relatives
â l'attitude de l'expérimentateur, et les observations portant sur la Psychologie sociale 451
méthode employée. Le débat opposant les partisans de la manipulation
des sujets aux partisans de la technique des jeux de rôles est ainsi un bon
exemple de controverse stérile : par manque de données, chacun réagit de
façon « affective ». La troisième partie (chap. 8) expose la théorie de Mil-
gram de 1' « état agentique », orientation cognitive induite par une situa
tion dans laquelle l'individu occupe une position définie (de subordinat
ion) qui l'amène à ne plus se sentir responsable de ses actes, et à attri
buer cette responsabilité à une figure d'autorité. L'obéissance n'est alors
qu'une conséquence comportementale de cet état. Miller fait état, enfin,
des différentes critiques formulées à propos de l'analyse théorique de
Milgram. Certains auteurs lui reprochent de n'avoir pas tenu compte des
concepts psychanalytiques ; le caractère post hoc de sa théorie, comme
l'assimilation de l'obéissance à la soumission ont également été
discutés.
Ce livre offre l'indéniable avantage de n'être obscur ni pour le non-
spécialiste, ni pour le lecteur francophone. Cette facilité d'accès per
mettra à de nombreux psychologues d'y trouver une réflexion fournie
quant à l'utilité et la validité de l'expérimentation en Sciences sociales.
Miller montre fort bien que les critiques (souvent virulentes) adressées
à Milgram concernent la Psychologie sociale expérimentale, voire les
Sciences humaines en général : les bénéfices pour la science compens
ent-ils les désagréments subis par les sujets ? De plus, le scientifique,
comme tout un chacun, semble éprouver de grandes difficultés à analyser
la recherche de Milgram en faisant abstraction des résultats (qui heur
tent la morale de l'honnête homme) pour se focaliser sur le paradigme.
Nous ne pouvons achever la présentation de cet ouvrage sans relever
qu'il nous est arrivé d'être agacés par les très nombreuses louanges de
l'auteur envers Milgram. Reconnaissons cependant (Miller le montre
d'ailleurs très bien) que la subtilité de la procédure expérimentale de
Milgram prête à l'admiration, et que l'impact de son étude est tel qu'elle
suscite encore des vocations de chercheurs en Psychologie sociale expéri
mentale ; nous en savons, personnellement, quelque chose.
•T. Py et A. Somat.
Taylor (T. J.) et Cameron (D.). — Analysing conversation : Rules and
units in the structure of talk, Headington, Hill Hall, Pergamon Press,
1987, 170 p.
Cette revue critique sur les concepts et méthodes de l'analyse de la
conversation est centrée sur deux hypothèses centrales de ce champ
d'étude : d'une part la conversation est une production de types parti
culiers d'unités, d'autre part des règles portant sur l'occurrence, la com
binaison et la reconnaissance des unités guident cette production. Les
auteurs présentent les positions et méthodes de plusieurs écoles relati- 452 Analyses bibliographiques
vement à ces deux points, ce qui les conduit à distribuer les chapitres
comme suit : psychologie sociale, théorie des actes de langage, fonction
nalisme, pragmatique, ethnométhodologie, syntaxe.
En psychologie sociale, ce sont surtout des études fondées sur des
méthodes inductives qui ont été réalisées. Elles montrent par exemple
que des sujets savent réordonner les phrases d'une conversation, et cela
même après suppression des indices syntaxiques. Ce serait donc plutôt
des éléments pragmatiques (événements, actes...) qui structureraient
la conversation.
D'après la théorie développée par Austin puis par Searle, l'unité de la
conversation est l'acte de langage, soit l'expression d'une intention qui
dépend de conditions de « félicité » conventionnelles. Les auteurs de l'o
uvrage soulignent le risque que les règles utilisées pour reconnaître ces
unités soient trop souvent implicites et culturelles. Krekel critique égal
ement cette position en montrant que l'interprétation des actes de langage
est fonction du groupe social et que leur analyse est par conséquent sub
jective. C'est pour résoudre ces problèmes méthodologiques que certains
pragmaticiens proposent de décrire les actes à l'aide de termes techniques
culturellement neutres. Le problème des séquences d'actes est abordé par
certains pragmaticiens qui opposent l'indépendance des actes de lan
gage par rapport au contexte et la dépendance des séquences. Taylor
et Cameron soulignent cependant que le codage par l'analyste des actes
de langage dépend largement de la réaction engendrée par ces ;
il y a donc risque de circularité, les actes se définissant par rapport aux
séquences et vice-versa.
L'école de Birmingham définit les actes par leur fonction dans le dis
cours et non par l'intention qu'ils traduisent. Sinclair et Coulthard défi
nissent une structure hiérarchique des dialogues en termes de leçon, tran
sactions, échanges, mouvements et actes, les deux derniers types com
prenant un nombre fini de classes, des critères de classification précis et
des contraintes de combinaison séquentielles. Des règles de bonne fo
rmation des séquences d'actes ou de mouvements sont établies, mais
comme elles ne sont pas toujours respectées et peuvent être utilisées
stratégiquement par le locuteur, les auteurs se demandent s'il est encore
pertinent de parler de « règles ».
La conversation est par nature rationnelle et coopérative selon la
pragmatique de Grice. Les locuteurs respectent des maximes (de quant
ité, de qualité, de relation et de manière) qui maximisent l'efficacité
d'une conversation ou qui, si elles ne sont pas suivies, permettent d'en
inférer du sens non littéral. Ces maximes sont des sortes de règles bien
qu'elles soient plus flexibles et davantage contournables.
Pour Pethnométhodologie, la règle n'a qu'une certaine force normat
ive, l'acteur étant conscient de la pertinence de son acte par rapport au
but qu'il s'est fixé. Le pivot du modèle ethnométhodologique est le
concept de paires adjacentes (requête/acceptation, accusation/déni...) Psychologie sociale 453
qui est à la base des tours de parole et engendre des attentes lors de
l'échange.
Le dernier courant présenté par les auteurs considère les phrases du
discours comme des instances de phrases grammaticales et postulent
que le récepteur utilise des règles d'édition pour retrouver la phrase
grammaticale sous-jacente. L'hypothèse de la phrase-cible est que, lors
qu'il y a hésitation, insertion, correction, etc., le récepteur « met au
propre » les productions orales de son interlocuteur en rajoutant ou sup
primant des parties de son discours. Des contraintes sont définies pour
préciser les procédures d'édition qui, même si elles intéressantes
pour la compréhension automatique de la parole, font trop référence à la
langue écrite. Comme l'indiquent Taylor et Cameron, certaines phrases
sont compréhensibles tout en étant discontinues et inéditables.
En conclusion, les auteurs soutiennent courageusement que ce cadre
explicatif si répandu des unités et des règles doit être abandonné, et
avec lui le principe d'intersubjectivité qui suppose que les interactants
peuvent atteindre une interprétation partagée de leur interaction. Les
problèmes théoriques et méthodologiques qu'ils relèvent dans leur
ouvrage (et qui leur semblent trop importants pour que ce cadre formal
iste soit productif) indiquent à juste titre les difficultés que rencontre
actuellement l'analyse de la conversation. Il est dommage qu'ils ne pro
posent pas l'ombre d'une alternative...
B. Cahour.
Moscovici (S.) et Mugny (G.). — Psychologie de la conversion : études
sur l'influence inconsciente, Cousset (Fribourg), DelVal, 1987, 278 p.
« Petit traité à l'usage des manipulateurs professionnels, des ingé
nieurs et des technologues de l'orthopraxie et de l'orthodoxie » : tel aurait
pu être le sous-titre de cet ouvrage collectif de Psychologie sociale expé
rimentale européenne. Il s'agit en effet de reprendre le chantier des études
sur la conversion (et l'aversion) là où les théologiens (depuis presque
toujours) et les psychologues sociaux européens (G. Lebon, G. Tarde) et
américains des années 1950 (S. E. Asch par ex.) l'avaient laissé, tout en
le repensant à travers les notions d'influence minoritaire et majoritaire,
de changement, de conformisme, d'innovation et de conflits, cognitif
et sociaux.
Issues d'un colloque organisé à Paris en 1985, les 13 études réunies ici
donnent au lecteur une bonne vue d'ensemble sur les problématiques et
les résultats obtenus depuis une vingtaine d'années dans la recherche sur
l'influence sociale des groupes minoritaires. Que ce soit à partir d'études
expérimentales de laboratoire où l'enjeu et l'implication vis-à-vis de
l'objet, support de l'attitude, de l'influence et de la conversion éventuelle
sont faibles, comme dans l'étude du « paradigme expérimental bleu-
vert » de l'étude de M. et B. Personnaz, ou à partir d'objets à forte valence 454 Analyses bibliographiques
comme l'avortement avec S. Moscovici, le féminisme avec A. M. Faina,
l'émigration, la politique et la pollution avec G. Mugny ou S. Papasta-
mou..., la diversité des cibles et des sujets de l'influence souligne l'impor
tance, la centralité et le formidable enjeu social et idéologique sous-
jacent à la compréhension de ce phénomène.
Les ingénieurs sociaux, les techniciens de la communication et/ou
de la manipulation et les spécialistes de Vagit-prop puiseraient dans ces
pages les précieuses indications leur permettant d'élaborer les divers
scénarios d'une stratégie de conquête et d'investissement idéologiques de
l'opinion de groupes sociaux ciblés. Peut-être pouvons-nous espérer que
la généralisation à des situations « pour de vrai » de ces résultats issus de
situations expérimentales bute sur la technicité de l'écriture et le carac
tère scientifique de la présentation ! Mais, à l'inverse, cela risque de
s'opposer au souhait des éditeurs de voir cet ouvrage consulté par d'au
tres personnes que les « psychologues sociaux », spécialistes de la question.
Si une partie des concepts théoriques utilisés provient de la psycha
nalyse, tels ceux de résistance, d'identification, de compromis, de déni,
de conflit intra-psychique, de contenus de pensées manifestes ou latents,
d'intensité, de mobilisation d'énergie, de travail... une autre partie des
concepts provient du cognitivisme, tels ceux de représentation, catégo
risation, psychologisation... La place du déni et de l'aconscience dans
l'économie de l'influence, ainsi que l'efficacité de dispositifs reposant sur
des modèles cognitifs (par ex. la catégorisation) et conçus expérimen
talement pour produire des « convertis » fondent le passage entre ces
deux paradigmes hétérodoxes. Reste à savoir si la référence à des pro
cessus « inconscients » relève d'une prise de position sur l'existence de cet
arrière-monde psychique qu'est 1' « inconscient » et son économie cachée
(jusqu'à preuve du contraire), ou bien si cette référence relève de la faci
lité de transposition d'un modèle conceptuel hérité à forte valeur heu
ristique. Mais souvenons-nous que l'influence porte traditionnellement
des masques, et appartient en tant que tel au régime nocturne des manif
estations du psychisme humain. Pourquoi, alors, ne pas expliquer en
partie, et selon l'adage, l'obscur par l'obscur ?
P. Ouviêro.
Lamb (M. E.) (Edit.). — The father's role : cross-cultural perspectives
Hillsdale (nj), Londres, Lawrence Erlbaum, 1987, 338 p.
Rassemblement des données interculturelles concernant les différents
modes d'expression de la paternité à travers le monde, tel est le contenu
de cet ouvrage. Gomme le souligne Lamb dans la préface, le rôle du père
ne peut être compris si l'on prend comme unique référence le père améri
cain. Des chercheurs en provenance des cinq continents présentent donc
comment s'exerce la paternité dans leurs différents pays : cela va du père
occidental (anglais, français, allemand, suédois, irlandais et italien), au
père africain, pygmée ou camerounais, en passant par le père asiatique Psychologie sociale 455
(chinois et japonais) ou israélien, sans oublier le père australien. Les
domaines abordés par les différents auteurs concernent d'une part les
comportements paternels face aux tout jeunes enfants (comportements
nourriciers, soins aux bébés, attachement), et d'autre part l'éducation
dispensée aux enfants d'âge scolaire : il est ainsi attesté que le père inter
vient systématiquement dans les processus d'acquisition des comporte
ments adaptés aux valeurs de la culture ambiante, et plus particulièr
ement dans l'acquisition de l'identité sexuelle.
Le résultat le plus net concerne le changement du rôle paternel, caract
érisé par l'implication progressive du père dans différents domaines
jusqu'alors dévolus à la mère, tels les soins aux tout-petits. Mais ce chan
gement n'est qu'apparent puisqu'il s'agit plus d'une évolution des
attentes quant au rôle des pères — attentes partagées aussi bien par les
hommes que par les femmes — que d'une réelle transformation de leurs
comportements. En effet, la mère occuperait toujours le versant nourric
ier de la fonction parentale, son lieu d'action auprès de l'enfant restant
au foyer, pendant le temps de la première enfance. Le père, quant à lui,
exercerait un rôle d'éducateur qui consiste en une ouverture de l'enfant
au monde extérieur : il ne serait qu'un « pourvoyeur de soins » secondaire
durant les premiers mois. S'il existe un tel décalage entre attentes et
comportements, c'est qu'on assiste peut-être à une réelle mutation du
comportement paternel, due à l'interaction de facteurs socio-économi
ques (travail des femmes) et idéologiques (idées concernant l'égalité des
sexes), et correspondant à une redéfinition des statuts et des rôles de
l'homme et de la femme. Il s'agirait alors d'une restructuration en pro
fondeur de notre société humaine. Ces changements ne pourront donc
être que très progressifs, l'état achevé en termes de « nouveaux pères »
ne correspondant encore à aucune réalité observable. On peut constater,
par ailleurs, que les « nouveaux » comportements paternels n'existent
pas dans toutes les familles, même au sein d'une même culture. On aurait
ainsi pu intituler l'ouvrage « The father's changing role », puisque c'est
finalement l'idée qui se dégage de ces écrits.
On peut regretter que cet ouvrage ne reste qu'empirique et qu'il
n'existe aucun chapitre de synthèse qui tenterait de définir en quoi
consiste le (ou les) rôle(s) spécifique(s) du père vis-à-vis de l'enfant,
autrement dit ce que recouvre la paternité psychologiquement parlant,
quelles que soient les cultures. Seules les Françaises Hurstel et Delaisi
de Parseval font, dans le chapitre 3, une analyse qualitative de la notion
de rôle du père en distinguant, par exemple, le « paternage » de la
« paternité ».
Cet ouvrage présente l'intérêt inestimable de faire l'état de la pater
nité dans le monde, en allant au-delà des seules données médiatiques
occidentales. Il constitue en outre un bel exemple de convergence d'une
réflexion de chercheurs du monde entier.
F. Labrell, 456 Analyses bibliographiques
Berkowitz (L.) (Edit.). — Advances in experimental social psychology,
vol. 20, San Diego (ga), New York, Academic Press, 1987, 351 p.
Depuis plus de vingt ans, cette collection répond parfaitement aux
vœux de ceux qui veulent être informés sur ce (et sur ceux) qui bouge
en psychologie sociale fondamentale. Chaque chapitre est toujours écrit
par un chercheur, ou une équipe, qui a quelque chose de nouveau à dire
et chaque point de vue nouveau est toujours situé dans la continuité
ou la rupture avec des travaux anciens, et appuyé par des recherches
originales et récentes qui en démontrent la plausibilité. La politique de
L. Berkowitz, le responsable de cette série, est exemplaire : soucieux
du renouvellement théorique, nécessaire et permanent, de la psychologie
sociale, il n'accueille cependant que des auteurs qui sont capables de
donner des preuves empiriques de la pertinence de leurs idées. C'est la
meilleure façon de démontrer que la psychologie sociale n'est pas en
crise, mais « en mouvement ».
Sept thèmes sont abordés dans ce vingtième volume : 1. Attitudes,
traits et actions : La prédiction du comportement à partir d'une disposition,
en psychologie sociale et dans la psychologie de la personnalité (I. Ajzen).
L'auteur montre que les concepts d'attitude sociale et de trait de
personnalité ont des similitudes conceptuelles et des vicissitudes com
munes ; mais, dans l'un comme dans l'autre domaine, beaucoup de
recherches ont montré qu'une disposition générale n'avait qu'un faible
pouvoir de prédiction des comportements particuliers. L'auteur recense
les solutions qui, dans les années 70, ont été proposées pour résoudre
le problème de la cohérence entre disposition et comportement. Mais
ces solutions ne sont pas satisfaisantes ; un modèle de comportement
planifié (planned behavior) est ici proposé pour prédire une action
particulière : aux éléments du modèle d'action raisonnée (Fishbein
et Ajzen, 1975) dont il est une extension, s'ajoute la perception qu'a
l'individu de son contrôle sur la réalisation de son action ; 2. La moti
vation prosociale : est-elle toujours vraiment altruiste? (C. D. Batson).
Il n'y aurait pas d'altruisme véritable : les conduites d'aide seraient
motivées par des tendances égoïstes ; cependant un certain nombre de
travaux ont cherché la trace d'une motivation altruiste dans l'émotion
vicariante orientée vers l'autre (sympathie ou empathie). Systématisant
cette idée, Batson propose un modèle à étapes qui comporte des voies
différentes selon le contenu de ces étapes : la voie égoïste — on cherche
une récompense ou à éviter une punition ; la voie pseudo-altruiste —
on cherche à réduire sa propre activation émotionnelle désagréable ;
la voie altruiste — on cherche à réduire la souffrance de l'autre — ,
voie dans laquelle on s'engage quand on ressent une émotion empathique
motivante que la fuite (ne pas aider) ne satisfait pas. La difficulté de ce
modèle tient dans la démonstration de la spécificité de cette voie par
rapport à la voie pseudo-altruiste. Les résultats d'un impressionnant
programme de recherche montrent que les sujets à forte empathie ne Psychologie sociale 457
varient pas selon que la fuite est facile ou difficile, alors que les sujets à
faible empathie y sont sensibles. Il n'est cependant pas exclu que l'em
pathie évoque des récompenses ou punitions spécifiques, ce qui ramèn
erait au cas du pseudo-altruisme ; 3. Les dimensions du processus de
groupe : quantité et structure de l'interaction vocale (J. M. Dabbs et
R. B. Rubeck). Le programme relève de la gageure : analyser les inter
actions dans des groupes de discussion, sans tenir compte du contenu
de ces interactions ; on n'enregistre, code et analyse que les caractéris
tiques vocales des émissions, qu'on met en relation avec les jugements
d'observateurs et de participants sur le groupe et ses membres ; certaines
des propriétés quantitatives ou structurales apparaissent liées à la
satisfaction des membres ou au leadership dans le groupe. Mais les
résultats sont assez maigres, disparates et certains, redondants ; on n'en
perçoit pas nettement la portée ; 4. La dynamique de la formation des
opinions (H. B. Gerard et R. Orive). Ce chapitre représente un effort
pour repenser des théories déjà anciennes (comparaison sociale et disso
nance cognitive de Festinger), tenir compte de résultats récents sur
la polarisation des opinions et proposer un modèle de changement
individuel en termes de gradient de but. Avoir une opinion sur un
objet, c'est être plus ou moins prêt à agir relativement à cet objet ;
le niveau requis par l'action (requiredness level) dépend de l'importance
de l'action, de son imminence et de la tolérance qu'a l'individu de l'am
bivalence. Si l'état de préparation de l'opinion est en-dessous du niveau
requis pour agir, l'individu est dans un état d'incertitude qu'il peut
réduire soit en cherchant de l'information (comparaison sociale) pour
augmenter la force de son opinion, soit en minimisant l'imminence de
l'action ou son importance, ce qui diminue le niveau requis. Les résultats
déjà acquis donnent une certaine plausibilité à la relation établie entre
comparaison sociale et dynamique de l'opinion en termes de gradient
de but ; 5. Affect positif, processus cognitifs et comportement social
(A. M. Isen). Ce chapitre fait la revue des recherches qui mettent en
évidence l'effet d'un sentiment de bonheur d'une part sur le comporte
ment social, d'autre part sur les processus cognitifs, dans le but de sou
tenir l'hypothèse que le premier est médiatisé par le second. Les données
relatives aux effets des sentiments sur le cognitif suggèrent que l'affect
a, à la fois, des propriétés de stimulus et de sens, qui peuvent intervenir
dans le codage, le stockage et la restitution de l'information ; 6. La
psychologie du risque (L. L. Lopes). La théorie du choix risqué (risky
choice) qui est ici présentée veut emprunter au courant des expérimen-
talistes mathématiciens la rigueur des démonstrations, et au courant
des « personnologistes » la richesse des concepts motivationnels et
cognitifs. Elle suppose l'existence d'un facteur de disposition — les
« éviteurs de risque » seraient motivés par un désir de sécurité ; les
« chercheurs de », par le désir d'exploiter les possibilités offertes — ,
et d'un facteur de situation (??), le niveau d'aspiration qui reflète les

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