Psychologie sociale - compte-rendu ; n°3 ; vol.90, pg 461-474

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L'année psychologique - Année 1990 - Volume 90 - Numéro 3 - Pages 461-474
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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Psychologie sociale
In: L'année psychologique. 1990 vol. 90, n°3. pp. 461-474.
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Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1990 vol. 90, n°3. pp. 461-474.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1990_num_90_3_29422Psychologie sociale 461
et ethniques). Un chapitre général présente par ailleurs une réflexion
sur les problèmes à résoudre pour faire progresser l'élaboration théo
rique dans ce domaine, menée à partir d'une analyse systématique des
publications de recherche en psychologie des organisations. Un chapitre
concerne un champ situé au carrefour de la psychologie des organisations
et de la médecine du travail : le développement des programmes de
promotion de la santé au travail. Deux chapitres sont réservés à la
gestion du personnel (sélection des cadres, mesure des capacités), un à
la formation. Le domaine de l'ergonomie est pratiquement absent de ce
volume alors que le volume précédent y consacrait quatre chapitres ;
mais il est vrai que l'ergonomie dispose désormais en propre d'un outil
équivalent publié par une autre maison d'édition (International Reviews
of Ergonomics, Taylor & Francis).
G. Gadbois.
PSYCHOLOGIE SOCIALE
Greenwood J. D. — (1989) Explanation and experiment in social
psychological science. Realism and the social constitution of action,
New York, Berlin, Springer Verlag, 264 p.
L'auteur est membre du Département de Philosophie du City
College de la City University of New York et son ouvrage pourrait être
considéré comme relevant de la philosophie des sciences s'il était plus
informé sur la psychologie sociale — sa bibliographie, très éclectique,
n'est pas récente — et si sa pensée philosophique était plus solide.
Contre l'empirisme scientifique des antécédents et des lois, il plaide
pour une explication « causale », mais ne définit pas ce qu'il
faut entendre par « cause », sauf par référence à la recherche microbienne
ou virale, et pour le « réalisme » en science : il y aurait une part de
correspondance avec le réel dans les théories scientifiques, mais il ne
précise pas quels sont les critères qui permettent d'en cerner les limites.
Pour répondre à ceux qui critiquent l'objet et la méthode de la psychol
ogie sociale, il cherche à concilier à la fois une conception « herméneut
ique » de l'action humaine, laquelle ne saurait être définie que par son
« sens », et une conception « socioconstructiviste » de cette action, avec
les exigences de la preuve scientifique. Il aboutit à un éloge paradoxal
de l'expérimentation en psychologie sociale : seule méthode de démonst
ration scientifique, elle n'est valable que si les résultats ont été obtenus
dans des conditions pures où le phénomène a été totalement isolé ; par
conséquent, ils ne s'appliquent pas au monde réel ; le problème de la
validité externe est un faux problème, puisque dans le monde réel
s'interposent des conditions interférentes — mais on ne précise pas 462 Analyses bibliographiques
comment seront étudiées ces conditions. Même si les épistémologues
contemporains ont valablement nuancé l'idée qu'on se fait d'une
démarche scientifique — encore qu'on puisse leur objecter de se référer
presque exclusivement à la physique — il faut admettre qu'en psychol
ogie sociale, orientation humaniste et orientation scientifique ne sont
pas conciliables. L'auteur nous ramène en quelque sorte à la vieille
querelle du déterminisme et du libre-arbitre, tout en ignorant ce que
la psychologie sociale fondamentale a apporté concernant le phénomène
Acteur-Observateur dans les explications causales naïves des actions
humaines.
G. DE MONTMOLLIN.
Grusec J. E. et Lytton J. — (1988) Social development. History,
theory and research, New York, Berlin, Springer Verlag, 545 p.
Tous deux anglo-canadiens, les auteurs ont eu des trajectoires
tout à fait différentes : Grusec a ses racines dans le néobehaviorisme de
la théorie de l'apprentissage social développée à Stanford et Lytton,
dans la pratique clinique de la Tavistock Clinic de Londres. Un commun
intérêt pour la psychologie de l'enfant et son enseignement les a rappro
chés ; l'ouvrage se ressent cependant d'une division trop stricte des
chapitres entre les deux auteurs, entre l'expérimentation et l'observa
tion en milieu naturel. L'ouvrage se veut un manuel destiné aux étu
diants pré- et postlicence ; il l'est par la largeur du champ décrit,
l'abondance et la récence de la bibliographie, la clarté du style ; il est
cependant trop austère pour un manuel — et pour des étudiants — ,
manquant de ces qualités pédagogiques de mise en page et d'illustration
qu'on attend d'un bon manuel. Par contre, sa principale vertu pédago
gique est d'essayer de faire comprendre, en suivant l'histoire des idées,
pourquoi les psychologues se sont posé telle question — et non telle
autre — , et dans ces termes et d'où sont venues les polémiques sur tel
et tel point ; contrairement à d'autres ouvrages de vulgarisation qui sont
dogmatiques par sursimplification ou par adhésion à un point de vue
théorique unique, on met ici en évidence la compétition entre théories,
la logique interne et les preuves de chacune d'entre elles, les débats et
controverses qui caractérisent la psychologie en train de se faire.
L'ouvrage comporte quatre parties : I. « Les fondements historiques et
théoriques ; les méthodes : histoire et problèmes » ; II. « Les bases du
développement : bases biologiques et génétiques du comportement
social ; origines du comportement social ; socialisation par la famille ;
élargissement des réseaux sociaux et ses conséquences » ; III. « Les
domaines majeurs de la recherche sur le développement social : cognition
sociale ; contrôle de soi et agression ; moralité et altruisme ; différences
entre sexes et rôles sexuels » ; IV. « Deux exemples de problèmes sociaux
auxquels la psychologie sociale devrait pouvoir apporter des réponses : Psychologie sociale 463
le divorce des parents ; la séparation de la mère. » On peut se demander
s'il est bien raisonnable d'isoler à ce point le développement social des
autres dimensions du développement de l'enfant.
G. DE MONTMOLLIN.
Hewstone M. — (1989) Causal attribution. From cognitive processes
to collective beliefs, Cambridge, Blackwell, 315 p.
Le volume des recherches publiées sur l'attribution causale (ac)
pendant la dernière décennie, bien que décroissant, reste énorme :
l'auteur se propose donc, après avoir publié en 1983, un ouvrage sur le
même thème, de faire le bilan des travaux les plus récents. On trouve
cependant déjà de nombreuses revues de question dans les journaux
et revues de psychologie sociale ; mais l'auteur pense qu'il n'est pas
inutile de permettre aux lecteurs « d'avoir tout sous la main ». Pourtant
il se sent obligé de refaire l'historique de la théorie de Tac — la notion
d'explication dans les sciences et la philosophie (chap. 1) ; les théories
devenues classiques : Heider, Jones et Davis, Kelley (chap. 2) — , et un
bilan des recherches anciennes sur les « questions fondamentales »
— nature, mesure, déclenchement, biais, conséquences de 1'ac (chap. 3).
L'ouvrage a donc quelque chose d'hybride, d'autant plus que, voulant
souligner l'intérêt d'une « approche attributionnelle » (sic) pour traiter
de nombreux phénomènes sociaux, il écarte volontairement les travaux
relativement récents de psychologie sociale « appliquée » qui ont montré
l'utilité du concept d'AC dans les domaines de la justice, de la sécurité,
de la santé, des thérapies, de l'école, etc.
On a donc ici plutôt une sorte de traité dans lequel la théorie de Tac
sert de fil conducteur à ce qui est, pour l'auteur, la psychologie fonda
mentale : cognition sociale, interaction sociale, relations entre groupes,
représentations sociales. Pour classer les recherches et soutenir son
propos, Hewstone utilise les quatre « niveaux d'explication » de Doise :
1. Intra-individuel (chap. 4 : « Logique causale, processus cognitifs et
structures du savoir ») ; 2. Interpersonnel (chap. 5 : « De l'interaction
sociale aux relations intimes ») ; 3. Intergroupe (chap. 6 : « La catégori
sation sociale et ses conséquences ») ; 4. Niveau de la société (chap. 7 :
« Les croyances collectives et l'explication des événements sociaux »).
C'est une stratégie astucieuse, mais elle entraîne de fréquentes répéti
tions d'un chapitre (= « niveau ») à l'autre ; par exemple, le phénomène
Acteur-Observateur est traité, non seulement dans la partie de l'intr
oduction générale qui concerne les biais des processus d'attribution
causale, mais encore dans les chapitres qui correspondent aux niveaux 1,
2 et 3. Ce qui témoigne de l'artiflcialité d'une classification tranchée des
phénomènes sociopsychologiques dans l'un ou l'autre « niveau ». De
plus, au-delà du « niveau » intra-individuel, il devient difficile de distin- 464 Analyses bibliographiques
guer attribution d'une cause, attribution d'un trait ou d'une disposition, de responsabilité : l'usage extensif de la théorie de I'ac lui
fait perdre de son sens. Enfin, comme l'a souligné Doise, il y a beaucoup
plus de recherches qui se situent au niveau intra-individuel (les Améric
ains !) qu'aux autres niveaux (les Européens !) ; pour que la part de
chaque « niveau » reste équilibrée dans l'ouvrage, l'auteur a dû beaucoup
résumer les recherches du niveau 1 et longuement décrire les (quelques)
travaux des niveaux 3 et 4. Il croit à l'avenir de I'ac — ce qui veut
dire ? — et plaide à la fois pour une multiplication des recherches aux
niveaux 3 et 4 et pour une intégration entre niveaux dont I'ac fournirait
un exemple.
G. DE MONTMOLLIN.
Hewstone M., Stroebe W., Codol J. P. et Stephenson G. M. (Edit.) —
(1988) Introduction to social psychology, Oxford, New York, Basil
Blackwell, 555 p.
Voici un manuel de psychologie sociale en langue anglaise qui tranche
par rapport à ses semblables parus ces dernières années. Tout d'abord,
les travaux européens y occupent la place qu'ils méritent ; ce n'est pas
véritablement une suprise étant donné la nationalité des maîtres d'oeuvre
de l'ouvrage (deux Britanniques, un Allemand et... un Français), mais
c'est quand même assez rare pour qu'on le souligne.
Mais ce qui le différencie plus particulièrement, c'est son niveau. Il
faut bien reconnaître que le manuel anglo-saxon, qui se veut d'intro
duction, traditionnellement escamote délibérément les insuffisances des
théories ou travaux empiriques présentés ; pour des raisons pédago
giques fort respectables, bien sûr, il y a une coupure nette entre l'esprit
du manuel et celui du traité ou de l'ouvrage thématiquement centré.
Ici, au contraire, chacun des dix-sept chapitres constitue une remar
quable mise au point du thème traité (vingt-cinq auteurs ont participé
à la rédaction) et les grosses faiblesses ou difficultés sont systématique
ment mises en évidence comme, par exemple, la faible validité de la
distinction entre imputation de responsabilité interne et externe, si à
la mode et paraissant aller de soi, ou, dans un autre registre, les discor
dances entre observations sur le terrain et résultats expérimentaux,
discordances pour lesquelles certaines rubriques, telle celle du témoi
gnage, sont largement fournies. Il n'y a que dans les chapitres abordant
des disciplines connexes, comme Péthologie ou la sociobiologie, que
l'on revient à l'esprit traditionnel des manuels d'introduction et que les
problèmes sont gommés. Ainsi, les thèses centrales de Wilson sur l'en
traide entre porteurs de gènes communs sont exposées sans discussion !
Ainsi encore, on trouve à quelques pages d'intervalle : 1 / que l'on peut
faire l'hypothèse de la polygamie chez les primitifs, les mâles étant plus
forts que les femelles ; 2 / que la monogamie est plus adaptée aux chas- Psychologie sociale 465
seurs-cueilleurs, mais que la polygamie exige les moyens de subsistance
fournis par l'agriculture, laquelle ne passe pas pour l'activité la plus
primitive, mais la contradiction n'est pas relevée. Cette déférence
vis-à-vis de disciplines voisines réputées plus « dures » paraît vraiment
trop symptomatique des relations entre psychosociologues et d'autres
groupes scientifiques pour ne pas être relevée !
Si, aux quelques exceptions près qu'on vient de signaler, les auteurs
ne craignent pas d'exposer les difficultés de la discipline, ceci ne les
empêche heureusement pas d'en montrer aussi la pertinence pour
l'étude de problèmes concrets à travers les thèmes de la justice et de la
criminalité, d'une part, de la santé (pourquoi les hommes résistent moins
bien au veuvage que les femmes, par exemple), d'autre part.
Signalons encore que chaque chapitre est suivi d'une bibliographie
critique et d'un choix de mots clés qu'on retrouve in fine dans un glos
saire de deux cent dix définitions, que l'ouvrage comporte aussi un
index d'auteurs et un index de thèmes, et soixante-douze pages de
références bibliographiques.
Tant et si bien qu'on trouve là un remarquable outil de travail,
couvrant avec qualité et sans sectarisme méthodologique un champ
surprenant pour un nombre de pages relativement restreint, et, en dépit
de sa densité, vraisemblablement accessible aussi à l'étudiant qui aborde
la psychologie sociale (comme l'annonce le titre), grâce aux soucis
pédagogiques qui ont guidé sa rédaction.
A. Duflos.
Breakwell G. M., Foot H. et Gilmour R. (Edit.) — (1988) Doing
social psychology. Laboratory and field exercises, Cambridge, New
York, Cambridge University Press, 312 p.
Il s'agit d'un manuel pratique d'initiation aux méthodes de la psy
chologie sociale, original, et qui pourrait devenir fort utile aux ensei
gnants de psychologie sociale, si quelque éditeur s'avisait de l'adapter
en français. Un manuel pratique n'est pas un ouvrage de méthodologie ;
ce qui est proposé, c'est une suite d'exercices, visant à montrer aux étu
diants comment l'on fait. C'est un domaine où les enseignants sont dans
l'ensemble laissés à leur talent personnel d'improvisation et de brico
lage. Ce livre propose une palette variée de suggestions pour la plupart
directement utilisables ou faciles à transposer. La marche à suivre
est toujours décrite avec précision, s'agissant non seulement du travail
que les étudiants auront à réaliser, mais aussi de l'organisation préa
lable des séances par l'enseignant.
Les chapitres se répartissent en trois sections, selon que les exercices
proposés mettent principalement l'accent sur la démonstration d'une
technique (première partie) ou sur l'application d'une technique à un
terrain particulier (deuxième partie) ou sur le problème théorique que Analyses bibliographiques 466
l'exercice pratique permet d'aborder (troisième partie). Dans les deux
premières parties, les méthodes illustrées sont surtout celles qu'on met
habituellement en œuvre dans la recherche et l'intervention sur le
terrain : enquête, entretien, mesure des attitudes, observation des inter
actions, apprentissage des techniques de communication. Dans la
troisième partie, les exemples sont plus souvent empruntés à l'expér
imentation.
Conçu pour être bref, compréhensible par des étudiants débutants,
directement utilisable par des enseignants parfois pressés, cet ouvrage
a évidemment les défauts inhérents à cette définition même. Il n'est
pas exhaustif, il est parfois superficiel, il est éclectique. Rédigés par des
auteurs multiples, les chapitres ne sont pas parfaitement homogènes
dans leur conception ; certains s'adressent en premier lieu à l'enseignant,
d'autres à l'étudiant ; ne donnent que des indications squelet-
tiques sur les problèmes généraux relatifs à l'usage d'une méthode
(définition des notions, pertinence d'une méthode par rapport à un
problème, questions éthiques, etc.) ou sur l'arrière-plan théorique d'une
expérimentation, d'autres au contraire, sans prétendre rivaliser avec
des ouvrages plus développés, expliquent assez longuement de quoi il
s'agit avant de décrire comment faire. Ces inégalités ne nous semblent
pas fondamentalement gênantes s'il est bien entendu que ce livre est
un instrument de travail parmi d'autres.
Malgré quelques réserves mineures, il nous semble donc qu'il faut
saluer favorablement l'originalité du projet et l'intelligence de sa réali
sation. A travers l'apprentissage de savoir-faire, les auteurs ont su
mettre en œuvre une ambition plus élevée, qui est de faire découvrir
aux étudiants la possibilité d'appliquer une démarche scientifique à
l'étude de la réalité sociale.
A. -M. de La Haye.
Jodelet D. (Edit.) — (1989) Les représentations sociales, puf,
coll. « Sociologie d'aujourd'hui », 424 p.
Cet ouvrage collectif est remarquable : il est une somme sur les recher
ches récentes en ce domaine, un outil de travail pour les jeunes cher
cheurs, une source d'inspiration pour les chercheurs confirmés.
C'est un outil de travail : l'ouvrage se présente comme une série
de revues de question qui font le bilan de la recherche dans un secteur
donné ou dans une orientation théorique donnée. Mais de plus il fournit
en introduction une bibliographie générale de 15 pages non redondante
avec les bibliographies propres à chaque chapitre. C'est un outil de travail
car l'ouvrage ne se contente pas d'aborder l'étude des représentations
sociales dans le seul cadre de la psychologie sociale, il aborde dans la
première partie la notion telle que la voient des disciplines annexes, la
psychanalyse (R. Kaës), l'anthropologie (D. Sperber), le langage Psychologie sociale 467
(R. Harré), la logique (J. B. Grize), la sociologie (U. Windisch). Il permet
ainsi de mettre en perspective les apports de la psychologie sociale.
Ajoutons à ces indications les deux chapitres introductifs, celui de
D. Jodelet décrivant l'espace d'étude des représentations en termes de
conditions de production et de circulation, de processus de connaissance
et de savoir, et de rapport au réel (son statut épistémologique), et celui
de S. Moscovici retraçant l'historique du concept de Durkheim à Mosco-
vici en passant par Lévy-Bruhl, Piaget, Freud. Moscovici montre
qu'après être longtemps resté en jachère ce concept retrouve une nouv
elle vigueur depuis quelques années malgré les résistances qu'il a
provoquées.
Cet ouvrage est une source d'inspiration pour les chercheurs grâce
aux chapitres des deuxième et troisième parties qui font le point sur de
nombreux aspects des représentations sociales et les liens et divergences
avec des concepts de la psychologie cognitive.
Doise montre ce que les sociales apportent par rap
port aux attitudes : des principes organisateurs de rapports symboliques
entre acteurs sociaux appartenant à des groupes différents ou identiques.
Mais les études sur les attitudes peuvent s'intégrer à cette problémat
ique des représentations sociales. G. R. Semin rapproche prototypes
et représentations sociales : ces deux notions renvoient à des processus
de classification, et simplification ; elles se différencient par l'accent
mis pour le prototype sur l'organisation cognitive de catégories, les
processus de reconnaissance et pour les représentations sociales sur
l'aspect social des processus de catégorisation et leur fonction de com
munication sociale. Le rapprochement de ces deux concepts est fort
éclairant : il ne suffit pas que l'objet soit social (prototype de personne,
de situation) pour que l'on puisse parler de représentation sociale.
Enfin, M. Hewstone aborde les connexions possibles entre attribu
tions causales et représentations sociales. Ces deux domaines de recherche
s'ignorent et l'auteur montre quelques-unes des voies de rapprochement.
Les représentations sociales peuvent apporter par exemple des éclairci
ssements sur l'origine sociale des schémas, des attributions causales, sur
la transformation des explications scientifiques en savoir social. Enfin,
deux chapitres, l'un sur l'étude expérimentale (J.-C. Abric), l'autre sur
la structure et la dynamique des représentations sociales (C. Flament),
complètent cette deuxième partie en abordant l'étude du noyau central
de la représentation.
La troisième partie aborde le champ des recherches spécifiques. On y
retrouve sept chapitres faisant le bilan sur les représentations de la
maladie (F. Laplantine), de l'enfance (M.-J. Chombart de Lauwe et
N. Feverhahn), des professions psychologiques (A. Palmonari et B. Zani),
la mise en rapport des cognitions et des représentations (W. Doise), les
représentations sociales dans le champ éducatif (M. Gilly), celui de
l'économie (P. Vergés), de la science (B. Schiele et L. Boucher). 468 Analyses bibliographiques
Get ouvrage est le livre de référence qui manquait en français sur les
représentations sociales.
H. Touzard.
Jodelet D. — (1989) Folies et représentations sociales, Paris, puf,
coll. « Sociologie d'aujourd'hui », 398 p.
Denise Jodelet nous livre les fruits d'une longue étude ethnogra
phique sur un village français, Ainay-le-Château, qui pratique l'accueil
de malades mentaux masculins dans les familles. Il s'agit là d'un des
rares cas français de placement de malades mentaux chez l'habitant.
L'auteur a cherché durant quatre ans à analyser les formes que prend la
relation avec la maladie mentale, sa relative acceptation et les repré
sentations sociales qu'elle génère, les liens qui peuvent exister entre
les représentations de la folie et les comportements qui lui sont liés. On
a ici une remarquable monographie d'une communauté villageoise où
l'analyse des conduites et des discours est menée d'une même foulée,
ce qui est rare en psychologie sociale. On assiste donc dans cette recherche
à une analyse globale où les représentations sociales de la maladie sont
liées aux conduites vis-à-vis des malades, aux relations avec les soignants,
aux pratiques symboliques et à l'idéologie. L'auteur a utilisé diverses
méthodes d'observation : 1 / l'observation participante de la vie du vil
lage au cours de laquelle elle a pu être mêlée aux fêtes, aux activités
quotidiennes, ce qui lui a permis un relevé des comportements envers
les malades ; 2 / l'analyse de l'histoire de l'institution depuis sa création
en 1900 (la Colonie familiale) à travers les rapports annuels des médecins
à l'Assistance publique, des interviews de notables, de responsables
d'associations locales ; 3 / l'interview de représentants du personnel
hospitalier, les « infirmiers- visiteurs » chargé de la liaison entre l'hôpital,
les malades et les familles nourricières ; 4 / le recencement des 493 familles
d'accueil et des malades (1 195) par le biais d'un questionnaire ; 5 / des
interviews d'un échantillon représentatif de nourricières (65) qui consis
tèrent à demander d'exprimer à propos des malades des descriptions
de comportement et de symptômes, des explications sur la maladie et
son origine, des jugements sur les malades, sur la vie quotidienne
familiale.
Ce remarquable travail met en évidence les liens et les contradictions
entre discours et conduites. Au travers de ce livre émaillé de nombreux
extraits d'entretiens, on voit à l'œuvre l'ambivalence des conduites et
l'ambiguïté des représentations, on assiste à un mélange d'inclusion et
d'exclusion, d'association et de rejet, d'acceptation et de mise à l'écart.
C'est une tradition du village d'accueillir les malades mentaux (depuis
presque un siècle) : il y a familiarité avec l'étrange, le différent, mais il
y a aussi une mise à distance par protection de sa propre identité, de
l'identité du groupe normal. Cette mise à distance se révèle par les Psychologie sociale 469
pratiques quotidiennes : tout le monde dit qu'il n'y a pas contagion
possible, que les malades mentaux ne sont pas contagieux, mais en
même temps, on ne mélange pas la lessive ou la vaisselle des malades
avec celle des membres de la famille, ou bien on souhaiterait qu'ils
portent un signe extérieur pour les distinguer des normaux. Ils sont
« dans la maison » c'est « comme s'il était de la famille ». Cette mise à
l'écart transparaît dans quelques discours sur les risques sexuels : on
se protège contre les risques de séduction de la part des malades, on
cherche à éviter les relations sexuelles et les risques de grossesse. Lors
d'un bal, par exemple, une jeune femme est invitée à danser par un bel
homme élégant qui peut être un malade : « De cet instant elle ne cessera
d'être invitée à danser par les hommes de sa table ou d'autres de manière
à la rendre indisponible pour le cavalier maintenant identifié comme un
pensionnaire. Cela durera toute la soirée et aucune autre femme ne sera
laissée seule » (p. 350). Les rares femmes qui ont succombé sont obligées
de s'exclure. Tabou sexuel, tabou d'alliance, tabou d'affect, contagion
organique et contagion psychique se conjuguent pour multiplier les
protections du groupe.
Cet ouvrage nous apporte de nouvelles données sur la dynamique des
représentations sociales et leur articulation avec les conduites indivi
duelles et collectives. La représentation de la folie est unique dans le
village : il y a les malades du cerveau, qui ne sont pas méchants et les
malades des nerfs, les violents. Ceux qu'on accueille sont en général
des malades du cerveau, les seuls avec lesquels on puisse avoir une
relation étroite, parce qu'ils sont inoffensifs. Cette représentation dicho
tomique est à relier aux comportements ambivalents d'accueil et
d'exclusion que l'on rencontre chez les nourriciers. D. Jodelet montre
par ailleurs que les représentations de la folie s'alimentent et s'enra
cinent dans le folklore local, dans les croyances, à la limite du magique
concernant le sang et les humeurs corporelles. C'est le troisième élément
du noyau de la représentation : le corps qui vient s'ajouter au cerveau
et aux nerfs. Le malade a un sang impur qui explique ses comportements
parfois bizarres et incite à craindre la contagion, l'impureté. « La maladie
mentale devient consubstantielle au malade, inhérente à sa nature et va
empreindre tout ce qu'il est et produit » (p. 330). La folie est conçue
comme une entité, une totalité organique, avec une force positive ou
négative qui circule. Ce discours symbolique sur la folie « est la condition
de possibilité pour penser sans contradictions l'exclusion dans l'inclusion;
par quoi la communauté se donne les moyens de pérenniser sa relation
conflictuelle aux fous » (p. 386).
On conclura par ce commentaire de S. Moscovici tiré de la préface
à l'ouvrage : « Nous sommes ici en présence d'un livre captivant dont le
leitmotiv est l'altérité. Chacune de ses analyses sur les liens que noue
la folie, sur les relations aux malades, nous touché au plus près. De
séduisantes meutrières s'ouvrent sur le racisme, le rapport à l'étranger

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