Psychophysiologie - compte-rendu ; n°1 ; vol.51, pg 492-502

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L'année psychologique - Année 1949 - Volume 51 - Numéro 1 - Pages 492-502
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1949
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II. Psychophysiologie
In: L'année psychologique. 1949 vol. 51. pp. 492-502.
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II. Psychophysiologie. In: L'année psychologique. 1949 vol. 51. pp. 492-502.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1949_num_51_1_8545— Psychophysiologie. II.
127. — HOUSSAY (B.-A.). — Physiologie humaine (trad. Cl. La
roche). — 2 vol., in-4° de 1.602 pages Paris, Flammarion, 1950.
Malgré l'existence, en France, de bons traités de physiologie, il
nous manquait un ouvrage de cette classe où se marquât parti
culièrement, en dehors des données générales classiques, le souci
d'informer le mieux possible sur l'Homme. Le psychophysiologiste
s'intéressera plus spécialement à la deuxième partie, qui traite en
détail de la circulation et des contrôles nerveux correspondants; à
la sixième, consacrée aux sécrétions internes; et surtout à la neu
vième, dans laquelle, en plus de 400 pages, sont exposées les données
essentielles relatives au système nerveux, à la motricité, aux organes
des sens, avec un chapitre sur les réflexes conditionnés, un autre
sur l'électro-encéphalogramme. Pour nous en tenir à cette neuvième
partie, nous ne cacherons pas notre satisfaction de voir que l'auteur
a su emprunter aux ouvrages et aux mémoires les plus récents
pour traiter un sujet en pleine évolution, et dans lequel il n'est
pourtant pas, lui-même, par ses recherches, spécialisé.
L'ouvrage, de grand format, se présente avec une typographie
irréprochable, de lecture facile; il est abondamment illustré de
grandes figures claires. Il a été élogieusement préfacé par L. Binet
et, à première lecture, paraît excellemment traduit. Réjouissons-
nous que l'effort de l'éminent physiologiste argentin puisse être
ainsi utilisé au bénéfice de ceux qui, en France, se plaignent à
juste titre des difficultés de documentation, vis-à-vis d'une science
où nous avons — aujourd'hui — tant à apprendre de l'étranger.
A. F.
128. — CHAUCHARD (P.). — L'influx nerveux et la psychologie.
— In-12 de 158 pages, Paris, Presses Universitaires de France, 1950.
Dans ce petit livre, composé de cinq chapitres, on va de l'influx
nerveux, phénomène électrochimique, aux mécanismes centraux
supérieurs, avec quelques considérations sur les problèmes de la
régulation du tonus psychique et de l'humeur qui pourront inté
resser les psychologues. Les données de base sont clairement expos
ées, le chapitre sur les réflexes un peu court, et la partie qui tient
le plus à cœur à l'auteur, celle qui traite des mécanismes de la ■
PSYCHOPHYSlOLOGIli 493
réponse centrale, longuement et subtilement engagée dans les
méandres d'une discussion qui cherche à définir les mérites respect
ifs des théories anglo-saxonnes et du système de l'école de Lapicque,
auquel l'auteur reste résolument fidèle, tout en ne ménageant pas
ses efforts de conciliation. Ceux-ci, qui s'inspirent en grande partie
du contenu d'un de mes anciens articles (Fessard, Revue scientifique,
1944, 219, 4), n'arrivent tout de même pas, à notre avis, à masquer
l'existence d'incompatibilités et la faiblesse de certains arguments
de la thèse chronaxique. Mais ce n'est pas le lieu ici de faire le procès
de cette thèse, dont le mérite a été assez grand pour qu'on puisse
lui demander aujourd'hui de ne pas se dresser en égale en face des
schémas fonctionnels tellement plus élaborés qui nous sont suggérés
par tant de nouvelles données expérimentales sur le dynamisme
central. A cet égard, l'auteur paraît être insuffisamment informé
des travaux contemporains, qui sont loin de négliger l'étude des
régulations hiérarchiques des activités centrales, et qui, pour en
expliquer le mécanisme, se passent fort bien de la notion de chro-
naxie. Les idées de régulation et de subordination ne sont pas
l'apanage de la théorie de Lapicque, même complétée par les tr
avaux de Chauchard mettant en évidence cette « métachronose soma-
togène )> dont l'agent aurait la curieuse propriété de franchir les
ligatures nerveuses! Mais, question de mécanisme mise à part, il
reste en effet que ce qui distingue les deux thèses, c'est surtout
l'accent mis par celle de Lapicque-Chauchard sur la nécessité d'une
régulation préparatoire des possibilités d'aiguillage de l'influx, alors
que la thèse anglo-saxonne se contente d'y voir la conséquence du
jeu instantané des excitations et des inhibitions centrales. Et l'au
teur ne craint pas d'écrire que la répartition des potentiels s'établit
« à l'avance, en quelque sorte en vue des actes à accomplir, finalité
de fait qui tire son origine de l'harmonie de construction de la
machine nerveuse, véritable processus de préadaptation ».
A. F.
129. — HEBB (D. 0.). — The organization of behavior (L 'orga
nisation du comportement) . — In-16 de 335 pages, New-York,
John Wiley.
Le sous-titre du livre précise son objet : « Une théorie neuro
psychologique. » Hebb a été frappé du fait que l'ensemble des faits
mis en évidence par la psychologie de la forme et par Lashley n'ont
pas été expliqués adéquatement par les psycho-physiologistes qui
restent fidèles à une conception connectioniste du système nerveux.
Par ailleurs, l'hypothèse de Köhler de l'existence de champs de
force ne le satisfait pas et ne lui semble pas rendre compte des
processus d'apprentissage qui interviennent même dans la percept
ion. Il se propose donc en restant fidèle aux théories connection- 494 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
nistes d'élaborer une théorie des processus centraux qui expliquent
mieux; les faits acquis en psychologie.
Ce ne sont pas les connections entre la stimulation et la réponse
(S. R.) qui lui apparaissent essentielles mais les connections entre
les différentes cellules réceptrices. Sa théorie s'appuie sur un double
postulat : 1° la répétition engendre une facilitation des conductions
synaptiques; 2° il y a entre les cellules réceptrices des actions de
réverbération telles que l'excitation de la cellule peut agir en retour
sur la même cellule après avoir excité d'autres cellules. Ce processus
essentiel dans sa théorie permettrait d'expliquer la création d'assemb
lées cellulaires qui rendraient compte des intégrations perceptives.
Hebb précise sa théorie en prenant des exemples empruntés aux
perceptions visuelles. Si dans l'aire 17 il y a une correspondance
point par point entre les éléments rétiniens et les zones réceptrices,
par contre l'aire 17 est entourée de l'aire 18 et les connections entre
l'aire 17 et 18 sont très nombreuses. Une excitation locale
de l'aire 17 peut agir sur une grande zone de l'aire 18. Ce seraient
les assemblées cellulaires de l'aire 18 connectées aux excitations de
l'aire 17 qui expliqueraient la perception des formes en tant que
telles, les généralisations perceptives, les fluctuations de l'atten
tion, etc. En effet, une perception dépendrait à la fois des processus
périphériques et de l'action centrale des assemblées cellulaires.
La formation de ces assemblées résulterait bien entendu de
l'expérience (rôle des processus de facilitation) et Hebb explique,
par exemple, comment la fixation d'un sommet d'un triangle ayant
entraîné des mouvements oculaires (réflexe de fixation) vers les
autres sommets, il se crée un schéma d'excitations qui correspondra
à la forme triangle et qui sera en quelque sorte indépendant du
triangle présent.
Hebb montre comment ces processus centraux peuvent expliquer
l'ensemble du comportement car ces assemblées cellulaires pour
raient s'étendre en deçà du cortex, aux centres sous-jacents. Mais
il est cependant amené à faire intervenir un autre processus d'or
ganisation, « intrinsèque » celui-là qui existerait dans le sommeil
et dans la première enfance et qui serait caractérisé par une syn
chronisation dans l'excitation des cellules corticales.
A côté de ces processus d'organisation interviennent les processus
de désorganisation qui peuvent venir de changements physiolo
giques mais aussi d'excitations sensorielles qui ne seraient plus
accordées aux processus centraux. Quand cette désorganisation est
passagère nous avons une émotion, quand elle est chronique une
névrose ou une psychose.
P. F.
130. — DELAY (J.). — L'électricité eérébrale. — « Que sais-je? »,
in-16 de 125 pages, Paris, Presses Universitaires de France, 1950* l'SYCHOl'HYSIOLOGIE 495
Sous le titre de Y Electricité cérébrale, J. Delay envisage non point
tous les aspects de l'activité électrique du cerveau, mais un certain
nombre de données intéressant le psychologue et le psychiatre,
qui recherchent chez l'Homme des corrélations entre les rythmes
cérébraux et les phénomènes mentaux normaux ou pathologiques.
Après une description générale des diverses catégories de
(alpha, bêta, thêta, delta) observés chez l'Homme, l'auteur analyse
successivement les variations d'allure des tracés habituellement
observés, soit en réponse, aux stimulations périphériques, soit en
fonction du niveau général d'activité consciente et en particulier
au cours du sommeil physiologique ou expérimental.
Dans le cadre des applications cliniques de l'E. E. G, l'auteur
ayant énuméré les formes de dysrythmie corticale, examine le cas de
diverses affections mentales, celui des psychoses avec lésions orga
niques et souvent accompagnées d'altérations du tracé électrique,
des psychoses « fonctionnelles pures » (schizophrénies, psychoses
maniaco-dépressives, etc.) qui ont en général résisté à toutes les
tentatives de systématisation électroencéphalographiques, celui
enfin de l'épilepsie avec ses signes électriques classiques et les
méthodes actuelles, physiologiques ou pharmacologiques, « d'acti-
vation » des tracés. Dans les dernières pages, l'auteur aborde, en
l'illustrant de quelques exemples précis, le problème de certaines
epilepsies psychiques évoluant sous des aspects de psychoses maniacod
épressives ou obsessionnelles, de schizophrénies, d'hystéries ou
même de troubles caractériels chez l'enfant et chez l'adolescent, et
sur lesquelles les traitements anti-cornitiaux ont eu d'heureux effets.
Comportant une brève introduction technique, bien illustrée, le
petit livre de J. Delay apporte une documentation utile au psy
chophysiologiste; les ouvrages d'électroencéphalographie en langue
française sont rares; celui-ci comble, à n'en pas douter, une lacune.
P. B.
131. — BERGERON (M.). — Les manifestations motrices spon
tanées Chez l'enfant. — In-8° de 105 pages, Paris, Hermann,
1947.
La motricité de l'enfant est étudiée sous trois aspects : son atti
tude, ses mouvements, ses réflexes. Les observations partent des
premiers mouvements à la naissance aux mouvements du 1er au
90e jour (les groupes d'enfants étudiés étant toujours comparés à
un enfant-type), et aboutissent à un tableau représentatif des
principaux mouvements et réflexes chez l'enfant, et à une concep
tion d'ensemble sur la motricité en fonction de la maturation ner
veuse. Ce travail minutieusement contrôlé s'accompagne d'une
bibliographie sur la première enfance.
I. L. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 496
132. — LE GRAND (Y.). — Optique physiologique. II : Lumière
et couleurs. — In-8° de 490 pages, Paris, Éditions de la « Revue
d'Optique », 1949.
Le deuxième volume du Traité d'Optique physiologique était
attendu avec impatience, et il n'a pas déçu. Il apporte une mise
au point précise, succincte mais complète des questions essentielles
relatives à la vision lumineuse et chomatique; si le grand se
place essentiellement au point de vue du physicien, c'est en assimi
lant toutefois les données psychophysiologiques indispensables,
dont il a pris une connaissance pénétrante et parfaitement au
courant, ce qui est particulièrement rare.
En attendant le dernier volume qui sera consacré à la vision
des formes, des mouvements, du relief, celui-ci envisage l'œil comme
récepteur d'énergie rayonnante; il comprend deux sections. La
première est consacrée à un ensemble de faits expérimentaux (éner
gie rayonnante, sources de rayonnement, récepteur visuel, grandeurs
lumineuses, éclairement rétinien, courbes de visibilité, trivariance
visuelle, colorimétrie, vision des couleurs, seuil absolu, seuils diffé
rentiels de- luminance et de couleur, effets temporels, interactions
spatiales, anomalies de la vision des couleurs).
La seconde, intitulée « théories visuelles », comporte à la fois des
données de fait et des essais d'interprétation, et envisage l'anatomie
rétinienne, les processus photochimiques, les données électrophy
siologiques limitées à l'appareil oculaire, enfin les théories de la
vision des couleurs et les théories psychophysiques. Un index alpha
bétique des auteurs et matières et une bibliographie limitée aux
principaux travaux utilisés complètent cette excellente mise au
point.
H. P.
133. — WEVER (E. G.). — Theory of hearing (Théorie de l'Audit
ion). — In-8° de 484 pages, New-York, John Wiley and Sons,
1949.
Tout cet ouvrage de grande importance est centré sur la propre
théorie de l'auteur, la théorie des « volées d'influx », émise par
celui-ci à la suite des constatations faites sur les enregistrements
des potentiels d'action auditifs.
Les bases de cette théorie sont, rappelons-le, les suivantes : le
rythme des influx dans le nerf cochléaire est déterminé par la fr
équence du son; mais le rythme des potentiels d'action est limité
dans chaque fibre (limite difficile à préciser, 800 influx par seconde
environ); toutes les fibres peuvent, alors, répondre ensemble pour,
des fréquences inférieures à 800 ou 1.000 Hz, au moins dans les
premiers chaînons de la chaîne nerveuse; 1 fibre sur 2 répondra
ensuite jusqu'à 1.600 à 2.000 Hz, et ainsi de suite (1 fibre sur 3,
1 fibre sur 4) jusqu'à 4.000 ou 5.000 Hz environ (d'où le nom de PSYCHOPHYSIOLOGIE 497
théorie de « volées d'influx »); ce recrutement des fibres est un
phénomène statistique où intervient la période réfractaire relative
de chaque fibre. Au-delà de 4.000 ou 5.000 Hz, il n'y a plus de
réponses rythmiques, donc plus de relation du rythme des influx
avec la fréquence du son. Enfin, ce rythme n'est pas conservé jus
qu'au cortex; dans le dernier chaînon, il ne dépasse guère quelques
centaines d'influx par seconde.
Cette théorie est complétée par l'auteur de la façon suivante :
les potentiels microphoniques (dits encore potentiels cochléaires)
ne sont pas un épiphénomène, comme on a eu souvent tendance à
l'admettre; ils représentent un intermédiaire dans la stimulation
des terminaisons nerveuses, et ils sont engendrés au niveau des
cellules ciliées. Il n'y a de localisation précise dans la cochléa que
pour les fréquences aiguës, mais cette localisation n'est pas le fait
de la résonance d'éléments résonateurs isolés, il n'y a donc pas
d'analyse périphérique des sons perçus; il y a seulement création
d'un « pattern », d'un schéma sensoriel dans la cochléa en fonction
du stimulus et ce schéma est fonction des caractères spécifiques de
l'oreille interne, membrane basilaire en particulier : certains des
caractères de celle-ci varient le long de la cochléa, d'où des locali
sations. Le «pattern», le schéma sensoriel, recréé au niveau du
cortex détermine la nature de la sensation, son intensité, sa nature
simple ou complexe, etc.; ce schéma sensoriel dépend de la loca
lisation des fibres activées, du rythme des influx transmis, du
potentiel global des fibres, etc.; pour les fréquences basses, le rythme
des influx doit déterminer la hauteur tonale du son perçu, puisqu'il
est lié à la fréquence du son stimulant, et qu'il n'y a pas de loca
lisations précises; pour les fréquences aiguës, seule la localisation
des fibres en état d'activité doit déternfiner la hauteur tonale
perçue, puisque les influx paraissent ne plus être rythmés et ils
doivent donc être, probablement, émis d'une façon absolument
quelconque par rapport à la fréquence stimulante; enfin, pour les
fréquences moyennes, les deux mécanismes doivent coexister. L'in
tensité perçue dépend du nombre des fibres en activité et aussi
du rythme des influx dans chaque fibre.
Dans la première partie du livre, l'auteur examine les plus
anciennes théories de l'audition et les connaissances anatomiques
sur lesquelles elles reposaient; puis il étudie en détail la théorie de
Helmholtz, et il expose les principales théories (résonantielles ou
non résonantielles) émises après lui.
Dans la deuxième partie, l'auteur s'attache à exposer en détail
les développements modernes des deux principales théories, celle
de l'analyse complète au niveau de la cochléa par résonance, et
celle de la transmission des fréquences; aucune de ces théories,
même avec des amendements, ne nous satisfait complètement : il
y a des lacunes importantes.
l'année psychologique, li 32 498 ANALYSES BIULIOGItAPHIQUES
II passe alors en revue nos connaissances sur les potentiels d'action
auditifs et sur les potentiels microphoniques; il expose le résultat
de ses dernières recherches (voir Analyses de ce volume de V Année
Psychologique), et il en arrive à l'exposé du principe de la théorie
des volées d'influx.
Dans la troisième partie, il essaie de mettre en regard les faits
connus avec sa théorie des volées d'influx : étude de la localisation
cochléaire par traumatismes acoustiques, données ontogéniques,
neurologiques, corticales, effets des lésions; puis il étudie la sensi
bilité de l'oreille tant mécanique qu'électrophysiologique, les contours
d'égale force sonore (« sonorie » ou « sonie »), les échelles de force
sonore, les seuils différentiels, l'adaptation auditive, la hauteur
tonale et les échelles de hauteur tonale, les anomalies et les défec
tuosités auditives, les produits de l'interaction tonale (battements
et sons de combinaison), le masquage et l'interférence, l'action des
transitoires, des déphasages, de la modulation, les phénomènes
binauraux et la localisation dans l'espace. Tous ces faits trouvent
leur explication dans la théorie des « volées d'influx ».
R. Cho.
134. — LEMIERRE (A.), LENORMANT (C), PAGNIEZ (P.),
SAVY (P.),FIESSINGER(N.),DE GENNES (L.), RAVINA (A.).
Traité de médecine. Tomes XV et XVI : Maladies du système
nerveux, 2 gr. in-8° de 1254 pages, et de 1949 pages, Paris,
Masson, 1949.
Ces deux volumes renferment une suite d'articles, certains cons
tituant de petites monographies, confiés respectivement à des
auteurs compétents poifr couvrir dans son ensemble le champ de
la neurologie dans son relief anatomo-clinique, mais sans négliger
ce qui est nécessaire comme explications de physio -pathologie, voire
à l'occasion de psycho-pathologie.
Le lecteur curieux de ces les trouvera insérées à
leur place dans les développements destinés aux médecins.
Pour ce qui intéresse plus spécialement la psycho-physiologie,
avec échanges entre le normal et le pathologique, certains des cha
pitres attireront davantage l'attention.
D'abord ceux consacrés à la sémiologie générale, brièvement
rédigés mais substantiels, notamment en ce qui concerne les syn
dromes sensitifs et sensoriels. Puis, surtout, les 73 pages dans le
squelles Ajuriaguerra et Hécaen traitent des troubles du langage.
Ce problème si discuté et toujours repris de l'aphasie est ici
exposé — de Baillarger et de Trousseau à Hughlings Jackson et,
passant par Dejerine, Pierre Marie et Head, de Lotmar à Goldstein
— avec un ton d'impartialité et une largeur d'information, qu'il
convient de souligner. La valeur explicative qui peut, à l'heure PSYCHOPHYSIOLOGIE 499
actuelle, être extraite de la masse des observations et du conflit
des doctrines est particulièrement bien dégagée pour s'approcher
autant que possible de la compréhension des jeux fonctionnels qui
se découvrent sous le mécanisme des troubles. La question ainsi
décantée laisse pour ainsi dire se déposer l'excès des mots dont on
s'est en si grand nombre servi pour parler de ces malades qui en
manquent et l'excès des théories qui ont systématiquement franchi la
ligne de démarcation entre ce que l'on sait et ce que l'on ne sait pas.
Çà et là, par la suite, dans maints chapitres de pathologie des
criptive, seront à glaner des explications précieuses, notamment
dans les exposés consacrés aux affections touchant l'écorce céré
brale, et spécialement les syndromes frontaux, et aux affections
perturbant les voies dites extrapyramidales, le thalamus et l'hypo
thalamus.
Finalement l'attention sera captée par l'article dans lequel
J.-A. Barré a tenu en 36 pages la gageure de fixer sans le déformer
le portrait délicatement retouché de l'hystérie.
Il s'est agi, en fait, pour l'auteur, après avoir été véridique en
retraçant l'histoire de cette maladie antérieurement et au temps
de Charcot, d'être fidèle en dégageant les caractéristiques de la
conception de Babinski, puis de donner la mesure de son impartialité
en ne passant pas sous silence les objections qui lui ont été faites
et, enfin, de dégager de ce qui s'est discuté 'au cours des vingt der
nières années, ce qu'il appelle « le mouvement des idées ».
Il y aura intérêt pour le lecteur à suivre ce mouvement dans deux
directions : l'une montant vers le champ que les psychiatres cherchent
à éclairer de leurs lumières; l'autre descendant vers les profondeurs
de la vie végétative où l'auteur prospecte les soubassements de sa
conception personnelle.
Si, après avoir été si remarquablement guidé et informé, tout
le long du chemin, le lecteur jette un regard en arrière, il lui
restera peut-être le souci, après avoir secoué la poussière des spé
culations, de se demander tout simplement pourquoi, à l'époque
où le souffle puissant de Babinski passa sur l'hystérie, Chauffard
pouvait conclure : « L'hystérie a à peu près disparu de notre cl
inique hospitalière pour se réduire à un substratum mental sur
lequel l'avis des plus compétents que moi est encore très partagé. »
A. T.
135. — LERICHE (R.). — La chirurgie de la douleur. — 3e édi
tion refondue, in-8° de 471 pages, Paris, Masson, 1949.
Les vingts leçons professées au Collège de France qui furent publiées
en 1937 et réimprimées en 1940 avec quelques additions et retouches
ont eu à travers le monde une assez large audience. Aimant combattre
pour ses idées à visage découvert, l'auteur est resté attentif aux réac
tions que ses propos ont suscitées, notamment dans les doinain.es do ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 500
la psychophysiologie et de la neurophysiopathologie. Hanté par
le problème de la douleur, il n'a cessé d'y penser toujours et si main
tenant il en parle encore, c'est pour nous faire part de ses convictions
dans un livre où, s'évadant en grande partie de son ancien texte,
il a repris « sa pleine liberté d'action ».
Cette liberté s'exprime d'abord dans une préface où transparaît
ce qu'un chirurgien averti de toutes les difficultés de sa tâche, parce
que clinicien avant d'être opérateur et physiopathologiste en opé
rant, peut donner comme aliments substantiels à une intelligence
toujours sur le qui-vive.
Aux objections que lui valurent, d'une part, sa conception de la
douleur maladie opposée à la douleur de laboratoire et, d'autre part
sa mise en relief de l'intervention attribuable au système sympat
hique et aux réactions vasculaires dans la genèse de la douleur avec
ce que cela comporte d'individuel, l'auteur répond par l'affirmation
colorée de ce qu'il estime juste en se fondant sur l'observation, tout
en renouvelant la confession de ses doutes et de ses ignorances.
« Plus j'avance, dit-il, dans l'observation de ceux qui souffrent
et plus je découvre des faits non classés et qui s'accommodent mal
de nos schémas neurologiques... Il m'arrive souvent de me trouver
devant des malades auxquels je ne comprends rien et dont je ne sais
comment imaginer le traitement. »
Après avoir confirmé : « Je pense toujours que la douleur n'est ni
sur le plan de la vie ni dans l'ordre physiologique », il est d'accord
« que rien ne se constitue en nous qui ne soit construit avec des
matériaux physiologiques », mais ajoute : « Je dis que cette physio
logie désaccordée n'est plus de la physiologie, mais de la pathologie,
et une pathologie monstrueuse. »
Enfin, sans méconnaître ni mésestimer les grandes tentatives
qui ont été portée à tous les étages pour couper la route à la douleur,
il marque une limite à cette « tendance à ne s'adresser qu'aux seules
voies sensitives pour les interrompre, en négligeant les mécanismes
de mise en jeu de la douleur »... Dans la douleur, il y a « plus de choses
que n'en voient ces techniques » et « la sensation nous masque ce
qui se passe dans l'intimité des tissus. C'est à cet inaperçu qu'il faut
aller, je crois, pour comprendre et guérir sans mutiler ».
Le développement des conceptions de l'auteur se retrouve prin
cipalement dans les deux chapitres initiaux, de structure inchangée,
intitulés : I. Le problème de la douleur devant l'analyse chirurgicale;
II. Des conditions physiologiques de la douleur.
Deux suites d'exposés sont développées de façon entièrement
neuve : III. De la douleur comme objet de connaissance; VI. Doul
eurs artérielles et douleurs de vasomotricité troublée.
Et surtout, pour marquer ici ce qui intéresse plus particulièrement
la psychophysiologie, à la brève mention faite dans les éditions
antérieures, aux onze lignes traitant« du rôle du psychisme » se subs-

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