Psychophysiologie de la motricité - compte-rendu ; n°1 ; vol.56, pg 181-191

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1956 - Volume 56 - Numéro 1 - Pages 181-191
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1956
Lecture(s) : 26
Nombre de pages : 12
Voir plus Voir moins

III. Psychophysiologie de la motricité
In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°1. pp. 181-191.
Citer ce document / Cite this document :
III. Psychophysiologie de la motricité. In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°1. pp. 181-191.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1956_num_56_1_8861— Psychophysiologie de la motricité III.
GERNANDT (B. E.), THULIN (C. A.). — Vestibular mechanisms of
facilitation and inhibition Of cord reflexes (Mécanismes vestibulaires de et d'inhibition des réflexes spinaux). — Amer. J. Physiol.,
1953, 172, 653-660. — Effect of vestibular nerve section upon the
spinal influence of the bulbar reticular formation (Effet de la section
du nerf vestibulaire sur l'influence spinale de la formation réticulée
bulbaire). — Acta Physiol. Scand., 1955, 33, 120-131. — Reciprocal
effects upon spinal motoneurons from stimulation of bulbar reticular
formation (Effets réciproques sur les motoneurones spinaux d'une st
imulation de la formation réticulée bulbaire). — J. Neurophysiol., 1955,
18, 113-129. — SPRAGUE (J. M.), CHAMBERS (W. W.). — Regulat
ion of posture in intact and decerebrate cat. I : Cerebellum, reticular
formation, vestibular nuclei (Régulation de la posture chez le chat
intact et décêrébré. I : Cervelet, formation réticulée, noyaux vestibulaires).
— J. Neurophysiol., 1953, 16, 451-463. — Control of posture by
reticular formation and cerebellum in the intact, anesthetized and
unanesthetized and in the decerebrate cat (Contrôle de la posture par
la formation réticulée et le cervelet chez le chat intact, anesthésié et non-
anesthésié, et chez le chat décêrébré). — Amer. J. Physiol., 1954, 176,
52-64.
Depuis les travaux de Magoun et de son école, la conception du rôle
des régions réticulées bulbo-mésencéphaliques dans le maintien de la
vigilance et dans le contrôle global de la motricité squelettique est
rapidement devenue classique. L'organisation de la substance réticulée
bulbaires en deux régions topographiquement séparables et fonction-
nellement différentes (l'une exerçant une facilitation globale massive
non réciproque sur toute la motricité spinale, l'autre un effet inverse)
fournissait un schéma simple et attrayant des mécanismes centraux de
contrôle de la posture. La conception d'après laquelle ces effets reste
raient diffus et généralisés, commence, semble-t-il, à subir quelques
amendements et révisions.
En dehors des arguments anatomiques récemment apportés par
certains auteurs (en particulier Olszewski, 1953) qui révèlent l'identifi
cation dans ces régions « indifférenciées » de groupements organisés de
structures neuroniques topographiquement localisables, deux ordres de
travaux électrophysiologiques viennent, indépendamment et de façon
convergente, d'apporter un rectificatif important au schéma primitif
de Magoun.
Étudiant les réflexes posturaux d'origine vestibulaire, Gernandt et ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 182
Thulin établissent que les messages en provenance des crêtes ampul-
laires des canaux semi-circulaires sont organisés pour une action réc
iproque sur les fléchisseurs et extenseurs des membres. Ils montrent,
l'autre part, que la plus grande partie de ces influences ne suit pas la
voie vestibulospinale directe mais se trouve relayée dans les régions
réticulées bulbaires et atteint les motoneurones par la voie réticulo-
spinale. La possibilité d'un contrôle différencié de la musculature à partir
de ces régions semblait donc envisageable. Par des expériences de stimu
lation localisée des régions réticulaires, les auteurs démontrent, en effet,
clairement la possibilité d'une mise en jeu des noyaux moteurs extenseur
et fléchisseur de la moelle suivant la loi de l'innervation réciproque. La
formation réticulaire médiane contrôle une inhibition des extenseurs avec
facilitation des fléchisseurs, la formation latérale les effets inverses. La
section du nerf vestibulaire entraîne la suppression des influences
permanentes qui s'exercent au niveau de la motricité spinale et dont
l'organisation « réciproque » est bien établie. Elle ne modifie pas les
effets de la stimulation réticulaire.
Les auteurs concluent à la nécessité d'une révision, au moins partielle,
des conceptions de Magoun sur la globalité et l'indifférenciation des
contrôles exercés par les régions réticulées sur la motricité. Sprague et
Chambers apportent, de leur côté, des résultats concordants, en éten
dant leurs observations aux actions cérébelleuses. Ils démontrent la
similitude des réponses réciproques obtenues à partir du cervelet et à
partir des régions réticulaires. La cérébellectomie totale ne modifie en
rien la nature des effets obtenus à partir du bulbe.
Mais ces auteurs vont cependant beaucoup plus loin dans leur
critique que les précédents. Tout en confirmant le bien-fondé partiel des
observations de Magoun et coll. (réactions généralisées et diffuses) chez
l'animal anesthésié et décérébré, ils apportent les résultats assez trou
blants d'expériences faites sur l'animal non anesthésié équipé d'électrodes
implantées. Dans ces conditions, la stimulation des régions bulbaires
ne s'accompagne d'aucune raideur ou d'hypotonie généralisée mais
plutôt de mouvements organisés de tout le corps. L'inhibition ou la
facilitation non réciproques observables chez l'animal anesthésié ou
décérébré ne se manifestent plus.
Catégoriques dans leurs conclusions, ils ne craignent pas d'affirmer
que le concept de généralisation diffuse non réciproque des actions
facilitatrices ou inhibitrices obtenues à partir des formations réticulées :
1) N'est valable que dans des conditions expérimentales artificielles ;
2) Ne peut être utilisé comme explication du mécanisme de contrôle de la
posture. Le principe sherringtonien de l'innervation réciproque resterait
pleinement valable à ces niveaux de l'organisation nerveuse.
Cette grave critique ne manquera pas de susciter de nouvelles et
nécessaires confrontations. La réalité des faits est probablement plus
nuancée que ne semble l'indiquer la brutalité des conclusions de Sprague
et Chambers. Les régulations posturales dans l'organisme intact se PSYCItOPHYSIOLOGIR DE LA MOTRICITÉ 183
présentent certes rarement sous l'aspect d'une co-contraction généralisée
de toute la musculature et les observations de ces auteurs n'ont, sur ce
point, rien de surprenant. L'excitabilité du motoneurone périphérique
et, finalement, l'expression musculaire de son activité, dépendent de
multiples facteurs. Notre connaissance de l'organisation de ces influences
est encore bien incomplète. Nous songeons, par exemple, au rôle parti
culier que pourrait jouer, dans ces manifestations, le circuit périphé
rique du fuseau neuromusculaire qui, comme on le sait, contribue à
moduler l'excitabilité des motoneurones grâce aux influences spécifiques
qui s'exercent sur la motricité fusoriale par l'intermédiaire du système
de fibres gamma. Les récentes recherches de l'École Scandinave n'ont-
elles pas justement précisé l'importance de ces rétroactions d'origine
proprioceptive dans certains réflexes posturaux d'équilibration et révélé
le contrôle de cette motricité gamma à partir des régions réticulées de
Magoun ? La question reste donc ouverte et elle ne manquera pas de
stimuler de nouvelles recherches dans cette voie très prometteuse.
J. P.
COOPER (S.), DANIEL (M. P.), WHITTERIDGE (D.). — Afferent
impulses in the oculomotor nerve, from the extrinsic eye muscles
(Messages afférents dans le nerf oculomoteur en provenance de la
musculature extrinsèque de l'œil). — J. Physiol., 1951, 113, 463-474.
— Nerve impulses in the brain stem of the goat. Short latency responses
obtained by stretching the extrinsic eye muscles and the jaw muscles
(Impulsions nerveuses dans le tronc cérébral chez la Chèvre. Réponses
de latences brèves obtenues par étirement des muscles oculaires extrin
sèques et des muscles masticateurs). — J. Physiol., 1953, 120, 471-490.
— Nerve impulses in the brain stem of the goat. Responses with long
latencies obtained by stretching the extrinsic eye muscles (Impulsions
nerveuses dans le tronc cérébral chez la Chèvre. Réponses de latences
longues obtenues par étirement de la musculature oculaire extrinsèque).
— J. Physiol., 1953, 120, 491-513. — Nerve impulses on the brain
stem and cortex of the Goat. Spontaneous discharges and responses to
visual and other afferent Stimuli (Impulsions nerveuses dans le tronc
cérébral et le cortex chez la Chèvre. Décharges spontanées et réponses à
des stimuli visuels et autres afférents). — J. Physiol., 1953, 120, 514-
527. — COOPER (S.), FILLENZ (M.). — Afferent discharges in
response to stretch from the extraocular muscles of the cat and monkey
and the innervation Of these muscles (Décharges afférentes en réponse
à un étirement des muscles extraoculaires chez le Chat et le Singe et inner
vation de ces muscles). — J. Physiol., 1955, 127, 400-413.
Trois ordres de faits ont longtemps été opposés aux conclusions des
premiers travaux de Sherrington sur la motricité oculaire concernant
l'importance des régulations d'origine proprioceptive dans l'organisation
des'mouvements des yeux :
1° L'absence fréquente de récepteurs du type fuseau neuromusculaire ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 184
dans les muscles oculaires (constatée chez le Lapin, le Chat, le Chien,
le Singe rhesus). Ces structures réceptrices jouent, comme on le sait, un
rôle essentiel dans les régulations motrices des mouvements des membres.
Seule la présence de récepteurs de Golgi dans les tendons avait pu être
bien établie dans cette musculature.
2° L'impossibilité d'évoquer des effets réflexes par des manœuvres
d'étirement de cette musculature (reconnue chez le Chat, le Lapin et
même l'Homme).
3° L'échec des électrophysiologistes dans leur tentative de recueillir
des potentiels nerveux d'origine sensorielle sur les nerfs oculomoteurs
du Chat et du Singe.
Ces preuves convergentes contribuèrent à établir l'opinion que la
coordination motrice des mouvements oculaires était principalement
basée sur l'association étroite qui subordonne la motricité oculaire aux
afférences visuelles.
Les recherches de Cooper et de ses collaborateurs permettent aujour
d'hui de réviser cette manière de voir. Ils avaient déjà établi l'existence
de fuseaux dans les muscles oculaires de l'Homme, de certains singes
supérieurs, et confirmé leur existence chez la Chèvre et le Mouton où leur
présence avait été signalée depuis longtemps. Ces auteurs apportent
aujourd'hui d'intéressantes précisions sur le polymorphisme de ces
terminaisons et sur les formes de transition observables entre le fuseau
classique et la simple terminaison sensorielle associée à une fibre musc
ulaire fine de structure myotubulaire. La musculature oculaire présente
les caractères d'une stabilisation à un certain stade du développement (la
fusion tétanique de ces muscles, même chez l'Homme, n'intervient que
pour des fréquences de stimulation de 150 à 300 par sec. anormalement
élevées pour un muscle strié).
Ils signalent, d'autre part, la présence dans la musculature du Chat de
formations sensorielles qui peuvent être considérées comme l'homologue
des en fuseau de la musculature squelettique plus évoluée.
La localisation de ces structures réceptrices principalement aux attaches
proximales des muscles et dans les fibres les plus superficielles pourrait
expliquer qu'elles aient échappé aux recherches histologiques antérieures.
Un argument définitivement convaincant est apporté par la démonst
ration électrophysiologique de la présence de potentiels d'action ner
veux propagés le long des nerfs oculomoteurs et dont l'origine sensorielle
ne peut être mise en doute. Bien que privée de fuseaux de type classique,
la musculature oculaire du Chat répond à retirement par des influx
sensoriels cheminant le long des voies afférentes ayant les plus gros
diamètres. Ces influx sont émis par des récepteurs de tension dont le
seuil mécanique est nettement plus bas que celui des récepteurs localisés
dans les tendons. Les modalités de fonctionnement de ces (bas
seuil mécanique, accélération de la décharge au cours de retirement du
muscle, cessation de cette décharge pendant la contraction, faible
adaptation) permettent de les assimiler aux récepteurs du type A2 iden- DE LA MOTRICITÉ 185 PSYCHOPHYSIOLOGIE
tifiés par Matthews dans la musculature des membres. Ces récepteurs,
comme on le sait aujourd'hui, sont constitués par les terminaisons
primaires de l'appareil fusorial.
L'extrême délicatesse de fonctionnement de ces récepteurs (une
rotation de 1° du globe oculaire amène une modification appréciable de
la cadence des impulsions égale à deux fois la marge de fluctuation
normale des décharges) montre, de façon indiscutable, que la musculat
ure oculaire possède un appareil proprioceptif d'une très grande
sensibilité.
Poursuivant leurs investigations microphysiologiques au delà du
nerf oculomoteur, les auteurs ont tenté de suivre les destinées de ces
messages proprioceptifs dans les centres. Ils recueillent des réponses de
latence brève (5 ms) dans le tronc cérébral au niveau des noyaux de la
5e paire, vraisemblablement attribuables aux réponses du neurone de
premier ordre. L'origine oculaire de ces réponses paraît démontrée par
l'analogie entre les patterns de la décharge recueillie à ce niveau
et les patterns des réponses oculaires recueillies dans la 3e paire
crânienne.
Ils révèlent, également, l'existence de réponses secondaires de latence
plus longue (20 à 50 ms) présentant une analogie de structure évidente
avec les précédentes et avec les décharges périphériques. Des réponses de
latence encore plus élevée ont pu être recueillies (100 ms et plus). Elles
prennent l'aspect de trains de décharge répétitive à haute fréquence
(500 par sec ). Ces réponses ont été spécialement localisées dans le
tractus central du tegmentum mésencéphalique, le faisceau longitudinal
médian, le pédoncule cérébelleux supérieur et la voie reliant les tuber
cules quadrijumeaux au tegmentum.
Ces auteurs pensent que les voies les plus directes et les plus rapides
conduisent les décharges oculaires aux noyaux vestibulaires, aux
tubercules quadrijumeaux supérieurs, et au cervelet. Chacun de ces
centres est susceptible d'influencer, en retour, les neurones efîérents et de
moduler l'expression du message périphérique sur les motoneurones
oculaires.
D'un intérêt particulier est également l'observation au niveau des
tubercules quadrijumeaux supérieurs d'une confluence des afférences
d'origine rétinienne et des afférences d'origine proprioceptive en prove
nance des muscles oculaires. Les A. signalent également la projection des
afférences proprioceptives dans des régions corticales adjacentes au
cortex visuel.
Si ces recherches en profondeur révèlent avant tout l'extrême comp
lexité des mécanismes mis en jeu, elles permettent d'espérer une analyse
encore plus approfondie des dispositifs d'organisation centrale de la
motricité oculaire. Elles peuvent ouvrir la voie à un élargissement de nos
connaissances dans ce domaine encore mal étudié de l'organisation
supraspinale des régulations proprioceptives.
J. P. 186 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
BOYD (I. A.), ROBERTS (T. D. M.). — Proprioceptive discharges
from stretch-receptors in the knee-joint of the cat (Décharges pro-
prioceptives des récepteurs de tension dans V articulation du genou
chez le Chat). — J. Physiol., 1953, 122, 38-58.
L'appréciation des positions relatives des différentes parties du corps
peut atteindre une grande précision chez l'Homme. La psychophysiol
ogie sensorielle a précisé la finesse discriminative des sensations d'origine
articulaire et pressenti le rôle qu'elles peuvent jouer dans le contrôle des
mouvements fins des doigts en particulier. La présence de divers types
d'organes sensoriels a pu être identifiée au niveau des capsules arti
culaires chez les mammifères. Si la neurophysiologie des propriocepteurs
musculaires est aujourd'hui mieux connue, celle des
articulaires restait encore à préciser. Les auteurs travaillant sur la
capsule articulaire du genou chez le Chat recueillent les décharges
sensorielles sur des branches isolées du nerf articulaire postérieur. Ils
identifient deux types de récepteurs mécaniques répondant à la défor
mation de la capsule. Les uns, peu nombreux, à adaptation rapide, se
rapprochent des corpuscules du type Pacini. Les autres, en grand nombre
à adaptation lente, s'identifient aux terminaisons de Ruffini. A chaque
position de l'articulation correspond un régime de décharge particulier
des récepteurs appartenant à cette dernière catégorie. La cadence des
impulsions est approximativement proportionnelle à l'angle de rotation
de l'articulation. Ces éléments se rapprochent beaucoup par leur modalité
de réponses des autres types de propriocepteurs intramusculaires. Il est
caractéristique de noter toutefois que leur influence sur les réflexes
segmentaires n'a pu être démontrée, ce qui semble indiquer une partici
pation non directe de la proprioception articulaire aux régulations
spinales de la motricité dans lesquelles la proprioception musculaire
joue un si grand rôle.
J. P.
TIEGS (O. W.). — Innervation of voluntary muscle (L'innervation
du muscle volontaire). — Physiol. Rev., 1953, 33, 90-144.
En cinquante pages remarquablement exposées, Tiegs tient la
gageure de condenser l'essentiel de nos connaissances actuelles concer
nant les questions posées depuis près d'un siècle par l'étude de l'inne
rvation du muscle strié. Replaçant les problèmes dans leur contexte
historique, il synthétise avec éclectisme les données histologiques,
physiologiques et électrophysiologiques relatives, d'une part à l'orga
nisation et au rôle des nerfs efférents et de leurs terminaisons (double
système de fibres motrices, fonction neuromusculaire, innervation sym
pathique), d'autre part à l'origine et à la fonction des divers types
d'afférences musculaires (principalement fuseaux neuro musculaires et
terminaisons tendineuses de Golgi).
Dégageant avec netteté les faits bien établis des données qui restent
encore discutables, l'Auteur suggère, dans maints domaines, les directions PSYCIIOPHYSIOLOGIE DE LA MOTRICITÉ 187
de travail les plus urgentes à suivre. La perspective phylogénétique dans
laquelle il place son travail relève encore l'intérêt de cette importante
revue analytique qui comprend près de 500 références. Le spécialiste
trouvera dans cette mise au point une précieuse documentation.
J. P.
MERTON (P. A.). — Voluntary strength and fatigue (Tension volon
taire et fatigue ).—J. Physiol., 1954, 123, 553-564. — MERTON (P.A.).
— Interaction between muscle fibres in a twitch (Interaction entre
fibres musculaires dans la contraction). — • J. Physiol., 1954, 124,
311-324. — MERTON (P. A.). — The silent period in a muscle of the
human hand (La période de silence dans un muscle de la main chez
l'homme). — J. Physiol., 1951, 114, 183-198. — PAILLARD (J.).
— Rapport entre les durées de la période de silence et du myogramme
dans le triceps sural chez l'Homme. — J. de Physiol., 1955, 47,
259-262.
On a souvent discuté sur le siège, périphérique (muscle et jonction
neuromusculaire) ou central (coordination nerveuse), de la fatigue qui
intervient au cours d'un travail musculaire prolongé. Merton verse au
débat les résultats d'une élégante expérience réalisée, chez l'Homme, sur
l'adducteur du pouce.
Il démontre préalablement que, contrairement à l'opinion class
iquement admise, la tension développée par une contraction volontaire
maximale est égale à celle qui peut être obtenue par tétanisation du nerf
moteur au moyen de chocs électriques supramaximaux. Une chute de
tension constitue le signe objectif d'apparition de la fatigue lors du
maintien d'un effort statique. Le fait que la stimulation tétanique du nerf
moteur est impuissante à restaurer, même partiellement, l'efficacité
contractile du muscle fatigué démontre la prépondérance des facteurs
périphériques.
L'auteur observe, d'autre part, que le potentiel d'action musculaire,
qui témoigne de l'activité de la jonction neuromusculaire, reste inaltéré
dans les conditions expérimentales choisies. Ce fait incline à penser que la
dégradation du processus contractile, lui-même, constitue l'élément le
plus important. Un argument supplémentaire confirme cette interpré
tation : la restauration de la contractilité musculaire dépend étroitement
de l'état de son irrigation sanguine.
Ces expériences, qui doivent être rapprochées de résultats anciens et
même plus récents (Fabre, Rougier et Seurin, C. R. Soc. Biol., 1948, 142,
1836), ont le mérite de l'élégance démonstrative. Toutefois, les conclu
sions obtenues restent, à notre sens, limitées aux conditions particulières
dans lesquelles l'auteur s'est placé (effort volontaire maximal maintenu
isométriquement quelques minutes). Elles ne sauraient être généralisées,
par exemple, aux manifestations de la fatigue dynamique et en parti
culier aux effets classiques de la fatigue ergographique (Mosso) où le rôle
des facteurs nerveux centraux apparaît indiscutable. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 188
Travaillant encore sur ce même muscle adducteur du pouce, Merton
rapporte, ailleurs, une observation dont les résultats paradoxaux
excitent la curiosité. La stimulation supramaximale du nerf médian au
niveau du poignet donne naissance à un message moteur qui parvient au
muscle adducteur du pouce beaucoup mieux synchronisé que celui qui
peut être évoqué par la stimulation des mêmes fibres motrices au niveau
du coude (du fait de la dispersion temporelle imputable à l'inégalité des
vitesses de conduction dans les diverses fibres motrices et à la plus
grande longueur des voies de conduction). Or, le message le mieux
synchronisé (stimulation au poignet) donne, paradoxalement, une réponse
mécanique de plus longue durée que celle évoquée par la stimulation du
nerf médian à la hauteur du coude. L'hypothèse d'une différence dans
le recrutement périphérique des fibres motrices est écartée par l'auteur
qui rejette, également, la possibilité d'invoquer un facteur purement
mécanique.
Il montre, d'autre part, qu'une désynchronisation artificielle (par le
moyen d'une double stimulation semi-maximale) du message le mieux
synchronisé permet d'observer un raccourcissement du myogramme
(l'intervalle optimum entre les deux chocs étant de 0,8 m. /sec). L'auteur
cherche une explication à ce curieux phénomène : il souligne la consta
tation d'un ralentissement de la vitesse de propagation du potentiel
d'action musculaire le long de la fibre lorsqu'on utilise une stimulation
synchrone (phénomènes d'interaction électrique entre fibres voisines).
Une relation causale doit exister entre cette vitesse de propagation du
potentiel d'action et la phase active de la contraction musculaire
(« active state » de Hill). La prolongation de cette phase active peut, en
effet, rendre compte de l'augmentation et de l'allongement caractéris
tique du myogramme.
Les ressources de ce même dispositif expérimental (myogramme et
électromyogramme de l'adducteur du pouce, stimulation du nerf
médian) ont, enfin, permis à Merton d'aborder le classique problème de la
période silencieuse. Il établit la relation étroite qui paraît exister entre
la durée de la déformation mécanique du muscle et la durée du « silence »
électromyographique qui survient dans le actif lorsqu'on stimule
électriquement le nerf médian. Il conclut à une influence prépondérante
des messages d'origine proprioceptive modifiés par la contraction
musculaire dans la genèse de la période d'inexcitabilité passagère des
motoneurones qui suit une stimulation électrique suffisamment intense
du nerf. Dans le cadre d'une théorie générale du servo-contrôle de la
contraction musculaire, il incline à croire que la suspension de la
décharge des récepteurs fusoriaux (fuseaux de Kühne) au cours du
raccourcissement musculaire doit suffire à rendre compte du phénomène
ainsi que Fulton et Matthews l'avaient primitivement envisagé.
Paillard reprend également cet aspect du problème chez l'Homme,
mais au niveau du triceps sural (muscles du mollet). Il utilise la possibilité
d'évoquer, par une stimulation électrique du nerf sciatique au creux du PSYCHOPHYSIOLOGIE DE LA MOTRICITÉ 189
genou, deux réponses musculaires du triceps dissociables par leur
latence : l'une, par la voie réflexe (stimulation des fibres sensorielles),
l'autre, par la voie directe (stimulation des fibres motrices). En variant
l'intensité de la stimulation électrique, il est possible de modifier à
volonté la forme et surtout la durée du myogramme résultant de la
sommation de ces deux réponses musculaires successives. Étudiant
l'évolution comparée de la période de silence, Paillard montre qu'un
parallélisme étroit existe entre la durée de la période de silence et la
durée de la déformation mécanique du muscle, au moins dans certaines
conditions expérimentales (tension musculaire suffisamment faible pour
autoriser une réponse notable à la stimulation du nerf). Les
facteurs périphériques doivent alors être prépondérants. Il montre aussi
comment les facteurs centraux (subnormalité postréactionnelle des
motoneurones), peuvent à leur tour devenir essentiels pour la détermi
nation de la durée de la période de silence, lorsque la tension volontaire
du muscle atteint une valeur suffisamment grande. Un schéma explicatif
trop simple ne peut donc suffire à rendre compte des manifestations
diverses de ce phénomène d'origine complexe.
J. P.
FAUTREL (M.), MAZARAKI (Cl.). — Sur la détermination de la
courbe « intensité-temps » de l'excitabilité neuromusculaire. — Bull.
Centre d'Et. Rech. Psychotechn., 1955, 4, 21-32. — FAUTREL (M.),
GUIGUET (B.), MAZARAKI (Cl.). — Effort et excitabilité neuro
musculaire percutanée. — Bull. Centre d'Et. Rech. Psychotechn.,
1955, 4, 153-173. — GUIGUET (B.). — Excitabilité neuromusculaire
et chronaxie. — Bull. Centre d'Et. Rech. Psychotechn., 1955, 4,
199-217.
Les travaux de Fautrel et de ses collaborateurs soumettent la méthod
ologie chronaximétrique à rude épreuve. L'éloquence des résultats
qu'ils nous apportent suffit à montrer que cet examen de conscience
n'était pas inutile.
Dans une revue clairement présentée, Guiguet fait le point des diff
icultés soulevées par la pratique des mesures de chronaxie. Il souligne
l'ambiguïté et souvent la discordance des résultats obtenus dans les très
nombreux travaux qui ont utilisé ces méthodes d'analyse.
Les auteurs se sont évidemment souciés d'améliorer la définition des
paramètres de stimulation (générateur électronique de courants rectan
gulaires) et d'assurer la constance des conditions de stimulation au point
moteur du muscle (électrodes impolarisables fixées au collodion). L'un
des points les plus importants de cette étude concerne le contrôle de
validité du critère d'appréciation visuelle de la contraction musculaire
liminaire. Les auteurs apportent sur ce point un fondement indis
cutable aux critiques souvent formulées concernant le caractère subjectif
et aléatoire de cette méthode de mesure. Ils soumettent, systématique
ment, 4 juges entraînés à une série d'estimations individuelles du seuil
de contraction du long supinateur stimulé au point moteur. Les stimuli

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.