Quelques chapitres de la Technopsychologie du Travail Industriel - article ; n°1 ; vol.31, pg 150-191

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L'année psychologique - Année 1930 - Volume 31 - Numéro 1 - Pages 150-191
42 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1930
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L. Walther
VI. Quelques chapitres de la Technopsychologie du Travail
Industriel
In: L'année psychologique. 1930 vol. 31. pp. 150-191.
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Walther L. VI. Quelques chapitres de la Technopsychologie du Travail Industriel. In: L'année psychologique. 1930 vol. 31. pp.
150-191.
doi : 10.3406/psy.1930.30005
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1930_num_31_1_30005VI
QUELQUES CHAPITRES DE LA
TEGHNOPSYCHÖLOGIE DU TRAVAIL INDUSTRIEL
Par Léon Walthër
INTRODUCTION
La psychologie du travail et sa structure méthodologique.
Dès qu'on applique la psychologie à l'organisation du tra
vail humain, on parle de la Technopsychologie qui peut être
définie comme application de la science de la psychologie à la
technique du travail. Par cette définition, le domaine et les
limites de la technopsychologie sont déterminées. Ce sont les
contributions de la psychologie à l'établissement d'une technique
du travail, qui aura pour but le plus grand rendement, avec le
minimum de dépense d'énergie humaine. Par contre, toute
répercussion psychique que peut produire le contact du travail
avec le capital sur les rapports entre l'employeur et l'employé,
est sujet d'une autre discipline scientifique qui est la psychol
ogie sociale. Nous voulons bien distinguer cette branche de la
psychologie appliquée de la psychologie du travail.
La division méthodologique du problème de la technopsychol
ogie est déterminée par sa source : la psychologie générale et
la psychologie individuelle. La psychologie générale se pro-
1. Conférence faite au Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris,
le 5 mars 1931. QUELQUES CHAPITRES DE LA TECHNOPSYCHOLOGIE lM WALTHER.
pose d'étudier le contenu de l'état de conscience humaine en
ce qu'il a de commun à tout être humain. La psychologie in
dividuelle, par contre, s'arrête sur les différences entre les
individus en ce qui concerne leurs états psychiques et tente à
leur typisation. Et selon que les problèmes du travail indust
riel recevront leur solution de la première ou de la seconde dis
cipline, nous distinguerons le domaine de l'adaptation du tra
vail à l'ouvrier ou de l'ouvrier au travail. En outre, nous nous
trouverons devant des problèmes qui envisageront à la fois
l'adaptation de l'ouvrier au travail et celle du travail à l'ou
vrier, problèmes mixtes qui trouveront leur solution à la fois
dans la psychologie générale et la psychologie individuelle.
Le problème de l'adaptation de l'ouvrier au travail comprend
la sélection et la formation professionnelles.
L'adaptation du travail à l'homme envisage l'étude des mou
vements professionnels, l'étude de l'ambiance matérielle de l'ou
vrier, c'est-à-dire de la place de travail et de l'outillage.
Les problèmes mixtes embrassent la fatigue professionnelle,
le rythme dans le travail, l'entraînement et le problème de la
monotonie du travail industriel.
Arrêtons-nous un instant sur ces problèmes.
En ce qui concerne l'adaptation de l'ouvrier ati travail — do
maine de la psychologie individuelle — nous en distinguerons
au premier d'abord la sélection professionnelle. La sélection
ouvrière vise à choisir pour un travail donné l'homme qui pos
sède les dispositions psychiques et physiques indispensables
pour l'accomplir d'une façon satisfaisante.
Les hommes diffèrent beaucoup entre eux par leurs apti
tudes innées. Chacun rie peut pas accomplir de la même façon
un travail donné. Les uns sont plus ou moins doués ; d'autres
sont complètement incapables. Il s'agit chaque fois de choisir
le mieux doué. De là l'importance du problème de la sélection.
Après avoir choisi l'homme capable de se consacrer à une
tâche donnée, il faudra lui enseigner la manière de faire ce tra
vail. Cet enseignement doit l'adapter à sa nouvelle tâche avec
le moindre effort et dans le temps le plus court possible. Pour
cela il doit être conforme aux lois psychologiques. Cet enseigne
ment doit être individualisé. C'est le principe de « l'école sur
mesure », l'expression heureuse de M. Claparède, dont se sert la
pédagogie expérimentale d'aujourd'hui. De là, le second pro
blème, celui de la formation professionnelle à base psycholo
gique. Ç' 152 MÉMOIRES ORIGINAUX
Tels sont les deux problèmes de l'adaptation de l'ouvrier au
travail.
La seconde partie de la technopsychologie industrielle con
cerne l'adaptation du travail à l'ouvrier. Les problèmes qui se
posent ici sont les suivants :
1° L'adaptation de la tâche industrielle à l'ouvrier par une
division du travail à l'intérieur de l'usine, qui tienne compte de
la constitution psycho-physique de l'ouvrier.
Le but de cette étude est de briser un travail entier en parties
qui correspondent aux différentes aptitudes des ouvriers et qui
tirent un meilleur parti de leurs capacités. Une division du
travail qui tiendra ainsi compte des humaines risquera
moins de tomber dans une mécanisation poussée à l'extrême.
Tout travail industriel se compose de parties qui font appel
à des fonctions psychiques différentes. Ces fonctions psychiques
sont développées chez les hommes à un degré inégal. En ass
ignant à chacun la partie du travail qui est conforme à son niveau
psychique, on parvient à une division vraiment rationnelle du
travail.
2° L'adaptation du procédé même de travail ; la façon dont
l'ouvrier se prend à son travail, la position dans laquelle il se
met pour exécuter un ouvrage, les mouvements qui le conduisent
à l'accomplissement de sa tâche. C'est l'étude des mouvements
professionnels.
3° L'adaptation de l'outillage à l'ouvrier. La construction des
machines répond encore, à l'heure actuelle, à un but purement
technique et économique, sans égard pour l'homme qui est
appelé à les conduire ou à les surveiller. La prise en considé
ration du côté psycho-physiologique du problème amènera à
des résultats surprenants : elle diminuera la fatigue profes
sionnelle, réduira le nombre des accidents et augmentera sens
iblement le rendement ouvrier.
Tel est l'aspect général d'une étude scientifique du travail
industriel, qui prend pour base et pour point de départ de ses
recherches les données de la psychologie et de la physiologie.
Elle comportera deux problèmes principaux : l'adaptation de
l'homme au travail et du travail à l'homme.
Mais le ainsi étudié n'est pas encore étudié à fond. Le
grand principe qui se pose pour tout travail, en faisant abstrac
tion de son rendement économique, est de ne pas épuiser
l'homme au travail et même d'éviter tout surmenage professionn
el. C'est seulement en gardant touiours en vue ce principe QUELQUES CHAPITRES DE LA TECHNOPSYCHOLOGIE 153 WALTHER.
qu'on arrivera vraiment à un rendement optimal. De là le pro
blème de la fatigue.
Quels moyens la science dans son état actuel a-t-elle pour d
iminuer ou pour écarter la fatigue ? La solution de cette question
présente les deux mêmes aspects que nous venons d'esquisser.
Adapter l'ouvrier au travail, en distinguant les différents types
humains de fatigabilité, et en assignant à chacun le genre de
travail qui lui correspond, c'est le premier pas.
Le second pas, c'est d'adapter le travail lui-même à l'homme
en tenant compte des lois psychologiques et physiologiques de
la fatigue, de l'entraînement, des rythmes du travail et du
repos. Pour mal définies qu'elles soient encore à l'heure ac
tuelle, ces lois donnent cependant déjà, dans leur application à
la pratique industrielle, des résultats très appréciables.
La sélection professionnelle
La condition primordiale d'une organisation rationnelle du
travail ouvrier, c'est d'adapter l'ouvrier au travail. Et le pre
mier pas vers cette adaptation consiste, au point de vue psy
chologique, dans la recherche des aptitudes requises par un cer
tain travail industriel : dans la sélection professionnelle. Il
s'agit de mettre chacun à la place où il travaillera dans les condi
tions les meilleures : où il donnera un rendement optimum
avec un minimum d'effort. Ceci est dans l'intérêt aussi bien de
l'ouvrier que de l'entreprise.
On est stupéfait en constatant le peu de soin que mettent les
industriels à choisir leur personnel. Veut-on modifier l'outillage,
on procède à toute une série d'essais, sans parler des études
faites au préalable pour préciser le fonctionnement, la dé
pense et le rendement de la nouvelle machine. Veut-on em
baucher un ouvrier, l'on se contentera de quelques questions
ou d'un engagement provisoire.
C'est le progrès de la psychologie appliquée au début de notre
siècle qui a permis de sortir de la routine et de l'arbitraire.
L'embauchage des ouvriers et des apprentis, leur sélection et
la répartition du travail selon les capacités s'opèrent mainte
nant d'après une méthode exacte qui est celle des tests ou de
diagnostic psychologique. C'est seulement à partir de ce mo
ment qu'on peut parler d'une sélection scientifique.
On parle beaucoup d'orientation professionnelle, on parle 154 MÉMOiftES ORtGlNÂUX
moins de sélection professionnelle. Les deux efforts sont cepen
dant identiques quant au but qu'ils poursuivent : désigner à
chacun la place qui lui convient le mieux dans la société d'après
les aptitudes qu'il possède. Mais les points de départs Sont
différents.
L'orientation professionnelle part de l'individu, la sélection
de la profession. L'orientation professionnelle se pose la ques
tion: quelles sont les aptitudes dont est pourvu le sujet qui a
l'intention de se rendre utile dans la vie et qui ne Se rend pas
compte pour quelle profession il aurait les capacités les plus pro
noncées.
La sélection c'est l'inverse. L'individu connaît l'activité qu'il
a choisie, mais il ne sait pas s'il est capable de la remplir d'une
façon convenable.
Les deux méthodes supposent une connaissance approfondie
de l'individu d'une part, d'autre part la connaissance des
professions. C'est J. Huarte, un médecin espagnol de la Re
naissance (1575) qui a le premier formulé ces deux pierres fo
ndamentales sur lesquelles reposé tout fondement méthodolo
gique de l'orientation professionnelle.
L'orientation professionnelle sera à la hauteur d'une disci
pline scientifique, du moment où elle connaîtra à fond toutes les
professions. La sélection sera scientifique du moment où elle
connaîtra le métier ou la profession pour laquelle elle cherche
un candidat capable de l'exercer d'une manière convenable.
Nous voyons que la tâche de la sélection est plus restreinte et
par ce fait beaucoup plus facile.
Pour qu'une sélection professionnelle soit efficace, elle doit
avoir pour base une étude scientifique de la profession pour
laquelle on s'apprête a choisir des candidats et avoir les moyens
de déceler chez les candidats les aptitudes requises par la profes
sion. Pour que cette base soit solide, la sélection doit posséder,
en outre, des moyens de vérification. Autrement dit le système
scientifique d'une sélection psychologique présuppose : 1° une
analyse d'un travail industriel au point de vue psychologique ;
2° l'élaboration des épreuves (tests) qui permettront de déceler
chez l'individu ies aptitudes requises par le travail en question et
3° la vérification scientifique de ces résultats obtenus par les
tests en les confrontant avec le comportement des sujets à leur
travail à l'atelier.
En laissant le coté théorique, passons k' l'exposé pratique
de la sélection scientifique appliquée au travail à l'Usine. Abor- WALTHER. QUELQUES CrtAPltÜES flÉ LA TECHN0PSYCH0L0G1E 155
dons aü premier abord le côté ttiotetir de la main-d'œuvre, son
habileté manuelle.
Le travail que nous avons l'intention d'exposer ici, consistait
dans la fabrication de sacs en papier. Un travail très simple,
qui pourrait être à la rigueur accompli dans des asiles d'aliénés.
L'analyse psychologique de ce travail a démontré que les qual
ités requises pour son accomplissement consistaient dans l'ha
bileté et la rapidité des mouvements. Plus une ouvrière était
habile et rapide, plus grand était lé nombre des sacs faits dans
un temps donné. Tout est là. Le travail n'exige à la longue au
cune attention : les mouvements étant toujours les mêmes,
ils s'automatisent vite et l'attention devient complètement
inconsciente.
Pour déceler ces aptitudes nous nous sommes servi des
tests suivants i
I. Pöintilldge {test de Binét et Vaschide). — Matériel. Deux
feuilles de papier de 20 centimètres de côté ; au Milieu de chaque
feuille est imprinïè iiri réseau de 100 carrés mesurant 1 cm2 chacun.
Crayon bleu de marque Fabet, en bois blanc, de forme ronde.
Chronomètre au 1 /5e de seconde.
Technique. Le sujet assis à une tablé, on pose la feuille devant lui
et On lui donne le crayon qu'il doit saisir assez fermement dans
sa main droite. On lui dit : << Nous allons voir la rapidité de vos
mouvements. Vous allez marquer aussi vite que possible un point
dans chaque carré. Vous commencerez par ce carré (on montre
celui de V extrême gauche en haut) ; quand vous arriverez à celui-ci
(montrer le carré extrême droit en haut), vous passerez à celui qui
est immédiatement eh dessous et ferez la seconde rangée de droite
à gauche, pour la troisième rangée de gauche à droite et ainsi de
suite, en lacets, jusqu'au dernier carré. Faites attention de né
marquer qu'un seul point dans chaque carré et de n'en passer
aucun ; avec la main gauche, tenez fortement la feuille, afin qu'elle
ne glisse pas. Vous partirez lorsque je vous dirai : Hop ! Com'
pris ? »
On déclenche le stoppeur au moment du départ et on V arrête à
la fin de répreuve. Même technique pour la main gauche.
II. Tapping (test de Mary Th. Whitley). — Matériel. Une
feuille de papier blanc d'environ 20 centimètres de côté. Le même
crayon F aber.
Technique. « Vous allez faire des points sur ce papier avec ce
crayon aussi vite que possible sans vous soucier d'aucun ordre ;
pensez seulement qu? il faut que je lés dompté ensuite, donc tâchez 156 MÉMOIRES ORIGINAUX
de ne pas les marquer les uns sur les autres. Vous partirez quand
je dirai : Hop ! et cous arrêterez quand je dirai : Halte ! »
Prendre garde que le coude du sujet soit bien appuyé sur la
table, afin que le mouvement soit exécuté non avec le poignet, mais
avec V avant-bras. La durée de V épreuve est de 6 secondes pour la
main droite et de 6 secondes pour la main gauche.
On compte le nombre de points.
III. Enfilage des perles {test de Descœudres). — Matériel.
Trente perles de verre d'une couleur, cylindriques, formées de
fragments de tube de verre de 4 millimètres de diamètre intérieur.
Une aiguillée de coton de 28 centimètres de longueur, à Vune des
extrémités de laquelle on attache une perle de couleur {la 31e perle),
à Vautre bout est enfilée une aiguille à canevas dont la pointe est
émoussée.
Technique. « Vous allez enfiler ces perles aussi vite que possible,
en tenant Vaiguille dans la main droite et en prenant les perles
une à une avec la main gauche. Vous enfilez 4 perles sur Vaiguille,
puis vous les descendez en bas du fil, puis de nouveau vous enfilez
4 perles sur Vaiguille et vous les descendez et ainsi jusqu'à la der
nière aussi vite que possible. » Vaiguille devra être tenue à la
hauteur de 5 à 10 centimètres au-dessus de la table. L'expériment
ateur devra avoir quelques perles à portée de la main pour
les remplacer si le sujet en laisse tomber par terre. Noter le
temps.
IV. Découpage {test de Claparède-Walther). — Matériel. Une
feuille de papier de 50 centimètres de longueur, assez fort, avec
trois lignes imprimées, dont deux grecques et une ondulée de
6 mm. 1/2 de largeur. Une paire de ciseaux.
Technique. « Vous couperez ces lignes aussi vite que possible
sans sortir du noir. Vous partirez au : Hop ! et vous arrêterez à :
Halte !»
On donne 20 secondes pour chaque ligne en commençant par la
ligne ondulée.
On compte le nombre de fragments numérotés, coupés sur
chaque ligne et on les additionne ensemble. Chaque faute {non
pas une simple entaille dans le blanc, mais une coupure du blanc
provenant du fait que le sujet coupe une partie de la courbe en
abrégeant son trajet) est soustraite de la somme des fragments
coupés.
V. Disques {test de Walther). — Matériel. Deux planches de
30 centimètres de côté de papier mâché, dans lesquelles sont taillés
41 trous de 25 millimètres de diamètre. La profondeur des trous QUELQUES ClUPrTKES DE LA TECBNOPSYCHOLOGIE 157 WAI.THER.
de la planche A est de 2 mm. 1 /2 et celle de la planche B est de
5 millimètres ; 41 cylindres en bois de 23 millimètres de diamètre
et de 10 millimètres de hauteur.
Les disques cylindriques avant chaque épreuve se trouvent dans
les trous de la planche A. Il s'agit de mettre les disques de la
planche A sur la B, placée à côté de la première, aussi
vite que possible. On le fait trois fois : une fois avec la main droite
{la planche A se trouve du côté gauche de la planche B), une autre
fois avec la main gauche (la planche A est du côté droit), et la
dernière fois avec les deux mains, chaque main ne prenant qu'un
seul disque à la fois (la planche A se trouve de nouveau à gauche
de la planche B).
Noter le temps pour chaque épreuve.
On ne se préoccupera pas de Vordre dans lequel les sujets placent
les disques, mais il sera intéressant de noter la façon de chacune,
car elles peuvent relever des traits de caractère différents (travail
systématique, avec ordre, sans ordre).
Avoir 2 à 3 disques disponibles pour le cas où le sujet en fait
tomber quelques-uns.
Après avoir soumis à ces tests nos ouvrières, nous installâmes,
l'une à côté de l'autre, deux tables de travail pour la fabrication
.des sacs en papier. A la première table nous plaçons six ou
vrières qui, d'après les tests, ont été considérées comme bonnes,
et à la seconde table six ouvrières, qui d'après les épreuves
en question sont inférieures aux premières. Nous faisons faire
aux deux tables le même travail dans des conditions tout à fait
identiques : la division du travail est la même, les sièges et la
hauteur des tables de travail exactement les mêmes. Chaque
table est en vue de l'autre et les deux groupes peuvent se rendre
compte de leur rendement journalier : on affiche chaque jour
le nombre total de pièces faites par chacun des deux groupes. La
rivalité, l'émulation ne font pas défaut pour favoriser le rende
ment de la table à laquelle ont été groupées les ouvrières taxées
d'après les tests comme les plus faibles. Après six semaines de
travail ininterrompu, le rendement de la première table, où ont
été placées les bonnes ouvrières, dépasse la seconde de deux mille
cinquante pièces par jour. Ainsi la sélection par voie des tests
était confirmée entièrement dans son résultat par le rendement
de ces deux groupes de travailleuses.
La valeur diagnostique des tests peut être contrôlée des
deux manières suivantes.
1° Comparer le rang que les ouvriers ont obtenu dans cet MEMOlttES ORIGINAUX 15$
examen psychologique avec le rang qu'ils occupent pour leur
rendement à l'atelier.
2° Chercher la corrélation entre le résultat de l'examen au
moyen des tests et le classement des ouvriers par le contre
maître.
Dès qu'on est en présence d'un grand nombre d'ouvriers, il
devient impossible de comparer leurs rendements respectifs :
les travaux auxquels ils sont astreints même dans un seul atelier
sont trop variés. Par contre, on trouve plus facilement des occu
pations semblables pour un nombre restreint d'ouvriers et dans
ces cas, la confrontation des résultats des examens avec le re
ndement permet des conclusions très satisfaisantes.
L'autre voie, qui consiste de prendre pow base l'appréciation
des ouvriers par les contre-maîtres, présente, elle aussi, de très
grands inconvénients, qui ont été relevés par des auteurs trai
tant de sélection professionnelle. Notons une seule des en
traves qui s'opposent à des pareilles comparaisons : le chan
gement très fréquent du personnel qui empêche le contre-maître
de connaître à fond ses ouvriers.
Nous nous sommes trouvé, dans une autre fabrique, dans des
conditions très favorables. Le personnel dirigeant aussi bien que
subalterne est occupé, sauf quelques exceptions, depuis huit
ans au moins (et 30 ans au maximum), ce qui permet aux
contre-maîtres de bien connaître leurs ouvriers. Ce fait explique
les hautes corrélations que nous avons pu obtenir entre les résul
tats des examens psychologiques et le classement des ouvrières
donné par les directrices des ateliers. Voici le tableau :
Erreur Erreur Directrices Corrélations Directrices Corrélations probable probable
Brod 1,00 0,00 Meis 0,80 0,05
Hod 0,93 0,02 0,06 Jenaj
0,91 0,03 Mos 0,70 Ross 0,07
Jeanm . . . 0,90 0,02 Pri 0,46 0,10
Chab. 0,89 0,04 Barb 0,40 0,15
Roi 0,10 0,25
Les deux directrices, Barb, et Roi., dont les résultats corré-
latent mal avec ces tests, sont exceptionnellement de jeunes
directrices qui dirigent leurs ateliers depuis deux ans seulement
et ne connaissent pas encore à fond leurs ouvrières. La directrice
Pri., qui dirigeait depuis 15 ans son. atelier, a dû être relevée

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