Quelques travaux des psychologues soviétiques sur la réaction d'orientation - article ; n°2 ; vol.58, pg 407-426

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L'année psychologique - Année 1958 - Volume 58 - Numéro 2 - Pages 407-426
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1958
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N. Heissler
Quelques travaux des psychologues soviétiques sur la réaction
d'orientation
In: L'année psychologique. 1958 vol. 58, n°2. pp. 407-426.
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Heissler N. Quelques travaux des psychologues soviétiques sur la réaction d'orientation. In: L'année psychologique. 1958 vol.
58, n°2. pp. 407-426.
doi : 10.3406/psy.1958.26703
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1958_num_58_2_26703REVUES CRITIQUES
QUELQUES TRAVAUX
DES PSYCHOLOGUES SOVIÉTIQUES
SUR LA RÉACTION D'ORIENTATION
par Nina Heissler
Étudié chez l'animal depuis 1906 par Zeleny (94), puis Popov (60),
Fursikov (22), Tchetchuline (80), Rozenthal (63)..., chez l'homme,
sous sa forme d'activité complexe, depuis 1927 par Ivanov-Smolenski (28) ,
le réflexe d'orientation occupe une place croissante dans les travaux expé
rimentaux et théoriques des psychologues et physiologistes soviétiques.
Un Congrès, réuni à Moscou en février 1957, lui a été spécialement
consacré.
Le réflexe d'orientation est toujours défini comme une réponse à
toute variation du milieu, une mobilisation des organes récepteurs,
permettant une meilleure connaissance de la situation, et par conséquent,
le comportement adéquat (réaction spécifique, ou absence de réaction).
L'orientation apparaît ainsi comme une étape obligatoire au début
de toute activité.
Elle est par là même caractérisée par l'absence de spécificité des
stimuli, déterminant une certaine diversité dans la réponse.
Le même terme d'orientation recouvre des activités diverses, allant
du réflexe inné, élémentaire, à l'activité cognitive complexe, passible
d'éducation.
Cette ambiguïté remonte aux « Leçons sur l'activité du cortex ».
Pavlov baptise successivement de « réflexe d'orientation » le « réflexe
de qu'est-ce que c'est que ça? » disparaissant avec la répétition du
stimulus et la curiosité « désintéressée » du singe (55) , voire, chez l'homme,
« la curiosité intelligente, créatrice, de la science... » (54).
Asratian considère l'emploi d'un terme identique comme une
métaphore analogue à celles de « réflexe de but », « réflexes sociaux », etc..
Lui-même réserve le nom d' « orientation » à la réaction simple devant 408 REVUES CRITIQUES
la nouveauté du stimulus ; il refuse de l'étendre à l'activité complexe,
ontogénétiquement élaborée, où l'utilisation des données rassemblées
par l'observation dépend du cortex et non plus des organes récepteurs
intéressés.
D'autres auteurs, comme Doline (21) voient dans le passage de la
réaction primitive à l'activité d'investigation un perfectionnement, en
complexité comme en spécialisation ; la réaction élémentaire peut
s'inclure dans l'activité conditionnelle ; l'activité d'investigation, dans
le travail d'analyse et de synthèse du cortex.
Dans son rapport au Congrès de février 1957, Biriukov (12) s'est
attaché aux différences entre ces deux formes de réponses. Le réflexe
de « qu'est-ce que c'est que ça ? » apparaît selon le type du
inconditionnel et se déroule selon celui du réflexe conditionnel (il se
distingue par une extinction très rapide). La réaction d'orientation,
réaction d'adaptation qui prépare la réponse adéquate au stimulus,
peut acquérir au cours de l'ontogenèse le caractère des réflexes « naturels »,
intermédiaires entre conditionnels et inconditionnels, en particulier
— la résistance à l'extinction. Mais « la distinction entre ces deux réac
tions ne doit pas être exclusive, des passages de l'une à l'autre étant
fort possibles ».
Certains auteurs établissent des distinctions plus fines, accordant,
par exemple, une place particulière aux réflexes qui assurent une meil
leure perception des stimuli.
Selon Kvassov (33, 34), de tels réflexes constituent l'essentiel des
réactions d'orientation (qu'il sépare des « réflexes de garde »). Mais,
pour Boiko (13), les « réactions d'attitude » sensorielles (accommodation,
intégration d'autres analyseurs) cèdent souvent la première place à
la réaction motrice, dans les formes plus complexes de l'activité d'orien
tation-investigation.
Sur un autre plan, Sokolov distingue les formes toniques (assurant
un certain niveau d'activité dans les appareils sensoriels) et phasiques
(répondant à une modification brusque du milieu) du réflexe d'orienta
tion. D'autre part, des réactions diffuses, généralisées, et spécifiques,
localisées, peuvent apparaître simultanément ou successivement dans
un même réflexe.
Chez des psychologues comme Zaporojets ou Galperine, l'orientation
apparaît tout au long d'une activité volontaire, adoptant des formes
différentes à chaque phase de cette activité, choisissant les « points de
repère » qui détermineront le déroulement de l'acte, et assureront le
contrôle permanent. Travail essentiellement intellectuel, l'orientation
ainsi conçue ne s'effectue évidemment pas selon les mécanismes établis
d'après ses formes simples sur l'animal.
Nous examinerons donc en premier lieu les travaux sur le réflexe
d'orientation proprement dit, ses composantes, ses mécanismes, sa
place dans l'activité d'adaptation et le conditionnement. Puis, quelques
travaux caractéristiques des écoles de Galperine et Zaporojets. HEISSLER. — TRAVAUX SUR LA RÉACTION D'ORIENTATION 409 N.
COMPOSANTES DU RÉFLEXE D'ORIENTATION
1° Réactions motrices
La réaction d'orientation se manifeste par une inhibition général
isée, mais aussi des mouvements du cou, de la tête, des yeux, du torse,
qui peuvent prendre des aspects particuliers (« écoute », « attention »,
tâtonnement, etc.).
Pour Asratian, ces réactions motrices demeurent seules probantes,
étant seules à posséder une valeur d'adaptation. Les autres formes de
réponses (végétatives en particulier) sont des manifestations parallèles,
concomitantes, dont l'étude ne permet pas de conclusions sur le réflexe
en cours.
Kvassov concentre son attention sur l'appareil musculaire des organes
des sens (33, 34). Les réactions ne se bornent pas à celui de l'organe inté
ressé par le stimulus : ainsi, ses collaborateurs et lui ont observé des
réponses des muscles oculaires à des stimulations tactiles et auditives
(observations sur des lapins, 1951, 1956), gustatives et olfactives (sur
des chats : Korovina, 1956) ; des réactions des muscles de l'oreille, chez
des lapins, pour divers stimuli non auditifs (Matiuchkine, 1956) (33).
2° Réaction pupillaire
Dans une thèse sur les réflexes pupillaires (1944), Brujes observait
une dilatation de la pupille dans la réaction « d'attention ». Il l'attribuait à
une inhibition induite des centres de la pupille (15).
Chakhrovitch (17, 18) constate que cette dilatation suit les stimuli
non visuels. Mais la réaction d'orientation à des stimuli visuels, c'est-à-
dire à une modification de couleur ou de forme de l'objet fixé par l'œil
(sous éclairage constant) se traduit par une constriction. Cette réaction
s'éteint rapidement. Des réflexes de défense à des stimuli visuels et
non visuels amènent des modifications analogues, mais persistantes.
La composante pupillaire est modifiée par un traumatisme crânien.
Résultats similaires dans les expériences de Liberman et Strelt
sova (36). Différents stimuli auditifs, tactiles, thermiques et olfactifs pro
duisent une variation du diamètre de la pupille, variant de 1 /8 à 3 /8,
chez la presque totalité des sujets adultes (un seul n'accuse jamais
cette réaction ; 23 sur 30 l'ont pour la totalité des stimuli). Le plus
souvent, la modification pupillaire consiste en une dilatation ; dans
certains cas, néanmoins, apparaît une constriction. Liberman et Streltsova
n'ont pas poussé l'étude de cette différence.
3° Modifications électroencéphalo graphiques
Le réflexe d'orientation donne lieu aune réaction E.E.G. généralisée,
différente en fonction du fond sur lequel elle se manifeste : dépression
du rythme a dans l'activité, exaltation de ce rythme sur fond d'ondes
lentes (4, 19, 20, 26, 32, 62, 64). 410 REVUES CRITIQUES
Danilova (19) a essayé de distinguer l'expression E.E.G. d'un réflexe
d'orientation généralisé et celle d'un réflexe sensoriel spécifique bien
connu, en enregistrant les modifications du cortex occipital sous l'effet
de stimulations visuelles (stimulus visuel et passage à l'obscurité) et
auditives. Le stimulus auditif produit la réaction généralisée décrite
ci-dessus. Le passage à l'obscurité — à la fois cette même réaction,
et une réaction localisée de sens contraire (diminution d'excitabilité,
qui reste imperceptible sur fond d'à, amène une exaltation sur fond
dépressif ou d'à mal exprimé). Le stimulus visuel — une réaction
généralisée et une localisée, toutes deux de même expression E.E G.
D'où, selon l'auteur, sa résistance à l'inhibition, en comparaison des
deux autres formes de stimulation employées.
4° Modifications psychogalvaniques
Le réflexe d'orientation se traduit par une diminution de la rési
stance électrique, son inhibition par une élévation durable de cette
résistance (53, 69, 72).
5° Modifications cardiaques et respiratoires
surtout étudiées par Anokhine, depuis 1932 (1, 2, 4)
Le réflexe d'orientation s'accompagne d'une inspiration profonde,
suivie d'une série de petites et fréquentes inspirations, alors que le
réflexe alimentaire peut amener un ralentissement du rythme respira
toire, et le réflexe de défense une respiration irrégulière, une diminution
du tonus.
6° Modifications vasculaires
Dans sa monographie sur le conditionnement des réflexes vasculaires,
Pchonnik (56) explique les variations « spontanées » du volume des
vaisseaux sanguins par l'effet de réflexes d'orientation.
D'autres auteurs retiennent spécialement ces manifestations comme
indice du réflexe d'orientation.
Parmi eux, une place toute particulière revient à Sokolov et
Vinogradova, qui, enregistrant simultanément les variations des vais
seaux sanguins au doigt et à la tempe, distinguent la composante vas-
culaire du réflexe d'orientation et celle des réflexes thermiques et
douloureux. Le premier se manifeste par une vasoconstriction au doigt,
une dilatation à la tempe. Le réflexe au froid ou à la douleur, une fois
élaboré — par une vasoconstriction simultanée sur les deux points
testés.
VALEUR DE L'ÉTUDE LIMITÉE DES DIVERSES COMPOSANTES
Ces diverses composantes sont soumises aux mêmes lois. Par exemple,
Liberman et Streltsovä ont mis en évidence, sur la composante pupil-
laire, une dynamique analogue à celle que Tchetchuline (80), puis HEISSLER. TRAVAUX SUR LA RÉACTION D'ORIENTATION 411 N.
Rozenthal (63) avaient montrée dans les manifestations motrices :
inhibition active avec possibilité de sommation, irradiation consécutive,
désinhibition... (36). Sokolov, Danilova et Mikhalevskaya constatent
également une inhibition consécutive à l'extinction du réflexe d'orien
tation, étudié dans ses manifestations psychogalvaniques : les stimuli
voisins du stimulus (visuel, auditif, thermique ou tactile) répété jusqu'à
extinction cessent à leur tour de produire une diminution de résis
tance (72). Les auteurs qui enregistrent simultanément plusieurs compos
antes soulignent leur parallélisme (32).
Mais ces composantes n'ont ni les mêmes latences, ni la même
mobilité.
Comme nous l'avons indiqué, leur part dans la réponse dépend
essentiellement de la nature des stimuli.
Et même — leur mode de réponse, dans une certaine mesure. Nous
l'avons vu pour les réponses pupillaires (Ghakhnovitch, 17, 18), E.E.G.
(Danilova, 19). Petelina en a fait une démonstration analogue pour les
réactions végétatives. Elle compare l'effet de stimuli visuels, auditifs
et vestibulaires (par rotation de 9/12 de s, durant 36-90 s), sur la
respiration et le rythme cardiaque de chiens. Le stimulus visuel pro
voque une très légère accélération du cœur et de la respiration, qui
disparaît après 5-10 répétitions. Le stimulus auditif déclenche le plus
souvent un ralentissement, auquel succède une période d'accélération,
puis, après 22-26 répétitions, une extinction. Le début de la rota
tion déclenche généralement une stimulation des deux réactions ; son
arrêt — un et une régulation de la respiration, souvent
perturbée durant la rotation (57).
Par ailleurs, il n'existe pas de réaction limitée à un seul analyseur,
comme l'ont démontré les expériences de Kvassov. Pour ce dernier,
« le réflexe d'orientation considéré comme réaction musculaire parti
culière d'un analyseur est une abstraction physiologique utile... L'orga
nisme réagit par tous ses récepteurs ou par un grand nombre d'entre
eux, ce qui permet de parler d'un centre unique du réflexe d'orientat
ion... Comme le centre alimentaire, ce dernier inclut des neurones du
bulbe, du mésencéphale et du thalamus » (33).
Le problème qui se pose est donc celui de la valeur d'une composante
particulière pour juger d'une réaction totale.
A juste titre, Anokhine (4) distingue là deux problèmes : la force
du réflexe, et sa nature. La force d'un réflexe est effectivement indiquée
par celle de l'une de ses composantes, ces dernières étant toutes en
corrélation étroite entre elles. Par contre, une composante isolée ne
peut suffire à définir la nature d'un réflexe. Le réflexe d'orientation
est, comme tout autre, au service de la dominante existante. Celle-ci
n'est pas toujours fournie par les conditions expérimentales mais par
le monde intérieur du sujet (en particulier dans les expériences sur les
réflexes vasculaires, qui le laissent très passif). REVUES CRITIQUES 412
Pour Anokhine, il ne faut jamais perdre de vue, dans le réflexe
d'orientation, les caractéristiques générales de tout réflexe :
1° C'est une réaction totale de l'organisme ; chacune de ses compos
antes n'est pas un réflexe isolé, mais une condition de cette activité
totale.
2° La réaction d'orientation, comme toute autre, tend à l'exclusivité.
3° Elle se termine par un effet adaptateur.
4° Elle est soumise aux lois de l'afférentation en retour. Ce dernier
point est essentiel pour Anokhine : la réaction d'orientation ne saurait
s'arrêter sur elle-même.
LES MÉCANISMES DU RÉFLEXE D'ORIENTATION
Les expériences de stimulation ou d'ablation de différentes parties
du cerveau, ainsi que les observations faites dans la pathologie, mettent
en évidence deux groupes de phénomènes :
1° L'apparition des réflexes d'orientation exige Yintégrité des centres
sous-corticaux.
En particulier, on le sait, l'ablation de la substance réticulée supprime
les modifications de l'E.E.G. aux stimuli nouveaux (4). De même
— celle des ganglions sympathiques cervicaux supérieurs (expériences
sur des lapins, 29). Mais pas celle du cervelet, chez des pigeons et des
chats (29).
2° La décortication ne supprime pas les réflexes d'orientation, mais
se répercute seulement sur leur finesse (8) et leur intensité (8, 29).
Inversement, Popov constatait déjà en 1911 que, après décortica
tion, les réflexes d'orientation ne sont plus passibles d'extinction (60).
Depuis, toutes les expériences ont confirmé cette observation, à l'excep
tion de certains travaux de Kvassov et de ses collaborateurs (Matiuchkine,
Korovina, 1956) : chez des lapins décortiqués, l'extinction des réflexes
d'orientation des muscles des organes de la vue et de l'audition est très
ralentie, mais non supprimée (33).
Une persistance analogue des réflexes d'orientation, voire leur
retour après extinction, suit toute diminution, passagère ou chronique,
de la vigilance corticale.
Sokolov et Vinogradova l'ont constatée sur les réflexes vasculaires
d'un sujet endormi, pour toute répétition d'un stimulus indifférent,
dont l'extinction ait été solidement établie auparavant. Une modifica
tion de ce stimulus provoquait au contraire une réaction faible ou nulle
(« état de phase ») (88).
De nombreuses observations ont été faites dans la pathologie :
schizophrénie (27, 79, 83), épilepsie (76, 79), traumatismes crâniens
(6, 76, 96), comas insuliniques et convulsions (83), surdité hystérique
(10), oligophrénie (87, 88), rhumatisme et autres maladies somatiques
(78, 79), influence de substances pharmacologiques et du sommeil
hypnotique (77). HEISSLER. — TRAVAUX SUR LA RÉACTION D'ORIENT ATION 413 N.
Les conclusions de ces divers travaux peuvent se résumer ainsi :
« Une réaction d'orientation bien exprimée témoigne d'un bon tonus
sous-cortical. Son extinction et son rétablissement rapide — d'un
cortical suffisant... Sa persistance peut provenir d'une régulation cor
ticale insuffisante. Son affaiblissement ou sa disparition — d'un défaut
d'inhibition dans les étages supérieurs du cerveau. Une dénaturation
de sa force ou de son caractère attestera la présence d'une inhibition
partielle, avec des états de phase, dans le cortex » (79).
La reconnaissance du rôle des centres sous-corticaux, en particulier
de la substance réticulée, dans les réflexes d'orientation, ne suffît pas à
rendre compte du mécanisme de ces réflexes. On peut, comme le fait
Beritov (11) leur attribuer, dans les conditions de fonctionnement
normal de l'organisme, une origine corticale. Dans leur ensemble,
les auteurs soviétiques marquent leur désaccord avec une interprétat
ion exclusivement sous-corticale du réflexe d'orientation. Pour eux,
la liaison fonctionnelle entre cortex et sous-cortex est si étroite qu'il
est impossible de toucher à l'un sans toucher à l'autre (Anokhine, 4).
Sokolov voit une preuve essentielle de la participation du cortex à
l'élaboration des réflexes d'orientation dans le caractère à.' électivité,
les possibilités de différenciation de ces derniers. Lui-même a mis en
relief cette électivité sur des stimuli cutanés (73). Maruchevski — sur
des stimuli verbaux (39).
« II est difficile, dit Sokolov, d'expliquer une telle électivité en
se bornant aux cadres du système réticulé, caractérisé par sa structure
diffuse. Il faut considérer que la réaction d'orientation se développe
en fonction de l'influence en retour du cortex sur le système réticulé ;
ce dernier, à son tour, influe sur le niveau d'excitation du cortex » (73).
La distinction se poursuit à l'intérieur même du système réticulé :
sa partie centrale exerce un effet plus diffus, sa partie thalamique un
effet plus localisé (influence sur la zone de projection corticale intéressée).
Cette double action correspond à la distinction entre les formes général
isées et localisées du réflexe d'orientation.
L'on peut ainsi admettre l'influence de centres différents sur des
formes différentes de réflexes
Une telle hypothèse est étayée par une expérience de Lagutina (35) :
des stimulations électriques directes des parties antérieures des couches
optiques et de l'hypothalamus provoquent un réflexe « de posture »
(dilatation de la pupille, modifications respiratoires, contraction musc
ulaire, etc.) ; celles des zones de projection sensorielle du cortex, ainsi
que des parties postérieures du mésencéphale et du noyau caudé — une
réaction d'investigation, essentiellement motrice.
L'auteur associe des renforcements alimentaires à ces stimulations
électriques : le réflexe conditionnel se forme dans le deuxième cas ;
dans le premier, il n'apparaît qu'après plus de 100 associations, et
encore pas toujours. 414 REVUES CRITIQUES
FACTEURS DE VARIATION DU REFLEXE D ORIENTATION
Les variations individuelles ont été peu étudiées (36, 37).
Par contre, de nombreux travaux ont démontré comment le réflexe
dépend du stimulus, de son intensité, de sa signification biologique et
acquise.
1° Force du stimulus et intensité du réflexe. — - Comme on le voit,
en particulier, dans les expériences de Sokolov et Vinogradova sur la
composante vasculaire, la courbe stimulus-réponse se déforme à ses
deux extrémités : des stimuli très forts provoquent, après quelques
applications, un réflexe de défense (donc une réaction vasculaire diffé
rente) ; mais des stimuli infraperceptifs provoquent une puissante
réaction d'orientation (66, 71, 85, 89...).
Les observations sur la force des stimuli infraperceptifs peuvent
être rapprochées de celles faites chez les aveugles et les personnes à
vue très faible. Chez ces dernières, Stepanov a constaté que le réflexe
d'orientation était maximal — et même non passible d'extinction —
pour les stimuli visuels (76).
De façon générale, d'ailleurs, le réflexe d'orientation a pu sembler
plus fort chez les aveugles : ils présentent des réactions végétatives
aux stimuli auditifs bien plus persistantes que celles des voyants (5).
Mussiachtikova a porté une confirmation expérimentale de cette hypo
thèse : il suffit de priver un chien de la vue pour ralentir chez lui
l'extinction d'un réflexe d'orientation au son (43).
Au contraire, Zemtsova, Novikova, Sokolov et Paramonova ont
constaté chez les aveugles un réflexe d'orientation inférieur à celui des
sujets normaux lorsque le son leur parvient à travers des écouteurs,
excluant ainsi le problème de l'orientation spatiale (49).
Là encore, la relation à étudier n'est pas « stimulus-réponse déter
minée d'un analyseur » mais « stimulus-comportement ».
2° Des stimuli ayant une signification biologique résistent et même
échappent à l'extinction, qu'il s'agisse de stimuli naturels (odeurs de
plantes, bruissements de feuilles, etc.) ou formés en laboratoire (piaill
ement de souris pour un renard nourri de souris) (31, 92).
D'autre part, au cours de Y ontogenèse, certains stimuli s'avèrent
plus tôt propices à la formation de réflexes d'orientation, puis condi
tionnels.
Par exemple, chez le chien, les premiers réflexes d'orientation se
forment sur les stimuli olfactifs (dès le premier jour) et cutanés, et en
dernier lieu sur les stimuli auditifs (46, 47).
Chez l'homme, les réactions les plus nettes et stables des nouveau-
nés (inhibition de la succion) apparaissent d'abord sur les stimuli
auditifs ; puis, sur les stimuli visuels, les stimuli tactiles étant les plus
faibles (14). Dès l'âge de deux mois et demi, les réactions motrices
d'orientation sont passibles de conditionnement (30), et même de HEISSLER. TRAVAUX SUR LA RÉACTION D 'ORIENTATION 415 N.
différenciation (42). La formation de réactions d'orientation à des
stimuli auditifs (puis, de réflexes conditionnels alimentaires sur ces
stimuli), est possible chez les prématurés avant la date qui aurait dû
être celle de leur naissance (59).
3° Quand un stimulus acquiert une signification « de signal », c'est-à-
dire de stimulus conditionnel positif ou négatif, le réflexe d'orientation
formé sur lui persiste ou réapparaît.
Ainsi, Terekhova (82) différencie un couple de deux stimuli visuels
(4 et 32 apostilbs), stimulus conditionnel d'un réflexe moteur, d'autres
couples où un stimulus est différent de celui occupant sa place dans le
couple-stimulus conditionnel ; le réflexe psychogalvanique persiste sur
le stimulus qui assure la différenciation, même lorsqu'il est physiquement
plus faible (4-32 et 11-32, par exemple).
Le renforcement d'un stimulus par un stimulus inconditionnel
(le plus souvent nociceptif) élève la sensibilité de l'organe récepteur ;
par exemple, des stimuli auditifs extrêmement faibles, renforcés par
un courant électrique, provoquent de nettes réactions d'orientation
vasculaires (travaux de Sokolov), galvaniques, etc. (Guerchuni, 25),
Un procédé similaire augmente également les fréquences de stimulation
lumineuse intermittente provoquant un entraînement E.E.G. (20).
La consigne donnée par l'expérimentateur exerce une influence
analogue : ainsi, quand Sokolov présente une série de stimuli visuels
ou auditifs, en demandant au sujet de compter seulement les auditifs,
ou seulement les visuels, le réflexe d'orientation (plus exactement — sa
composante vasculaire) se maintient sur ces stimuli, et sur eux seuls (67).
De même, O. Vinogradova, dans une expérience sur des enfants
normaux et débiles, commence par procéder à l'extinction du réflexe
d'orientation sur les stimuli verbaux. L'enfant doit répondre à un cer
tain mot, présenté parmi d'autres, par un mouvement ; la réaction vasculaire subsiste sur le mot-stimulus, et se généralise
sur des mots voisins de sens et de consonance (87). Naturellement,
les débiles se caractérisent par une pauvreté non seulement de la génér
alisation, mais aussi du réflexe d'orientation aux stimuli verbaux
(certains arriérés profonds n'en témoignent pas à l'audition de leur
propre prénom). Leurs réactions vasculaires adoptent parfois une forme
particulière (88).
Dans de telles expériences, le réflexe d'orientation apparaît en réponse
à un stimulus ayant un sens (donné soit par le « renforcement » du réflexe
conditionnel, soit par l'expérience verbale du sujet), et non plus à un
stimulus nouveau.
Nous nous trouvons ainsi amenés à examiner l'aspect le plus impor
tant du réflexe d'orientation : sa place dans le comportement, ses rela
tions avec les activités en cours lors de son apparition, son rôle dans le
conditionnement et la perception.

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