Questions nouvelles d'optique psychophysiologique - article ; n°1 ; vol.19, pg 257-267

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L'année psychologique - Année 1912 - Volume 19 - Numéro 1 - Pages 257-267
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1912
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M. Dufour
IX. Questions nouvelles d'optique psychophysiologique
In: L'année psychologique. 1912 vol. 19. pp. 257-267.
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Dufour M. IX. Questions nouvelles d'optique psychophysiologique. In: L'année psychologique. 1912 vol. 19. pp. 257-267.
doi : 10.3406/psy.1912.3921
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1912_num_19_1_3921XI
QUESTIONS NOUVELLES D'OPTIQUE
PSYCHO-PHYSIOLOGIQUE
Par M. Dufour
Professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Nancy.
La formation de l'image rétinienne est déterminée par des
facteurs purement physiques; mais, dans la production de la sensa
tion visuelle interviennent d'autres facteurs qu'on a souvens
tendance à négliger. L'existence de ces d'ordre physiolo
gique ou psychologique me semblant de nature à intéresser part
iculièrement les psychologues, je voudrais dans cet article signaler
les faits nouveaux qui les mettent en évidence.
I
En 1911, M. A. Chauveau avait présenté à l'Académie des Sciences
deux notes ayant pour titres Phénomènes d'inhibition visuelle gui
peuvent accompagner la réassociation des deux images rétiniennes
dissociées par les prismes du stéréoscope. Conditions et déterminisme de
ces phénomènes * et Lutte des champs visuels dans le stéréoscope. LHnhi-
bition qui en résulte, même complète, ne nuit en rien à la production
des effets de relief et de profondeur liés à la réassociation des images
rétiniennes 2. Les expériences instituées par M. A. Ghauveau lui
avaient montré que trois conditions étaient nécessaires à la manif
estation de certains phénomènes d'inhibition visuelle accompa
gnant une différence d'acuité entre les deux yeux : 1° Adjonction
d'une particularité quelconque à l'une des images stéréoscopiques;
2° Existence d'une différence notable, naturelle ou provoquée dans
l'acuité visuelle des deux yeux de l'observateur; 3° L'image présen
tant la indiquée devait être placée devant l'œil ayant
le moindre pouvoir de distinctibilité. Ces conditions étant réalisées,
1. C. R. de l'Académie des Sciences, 27 février 19-11.
2. C. R. de V Académie des 13 mars 1911.
l'année psychologique, xix. 17 MEMOIRES ORIGINAUX 258
les sensations visuelles obtenues se trouvent déterminées par le
principe de l'obéissance des centres nerveux à la loi du plus fort.
En 1912, M. A. Chauveau a étudié des phénomènes analogues
et a communiqué quatre
notes ayant pour titres :
Optique physiologique. I
nversions stéréoscopiques
provoquées par Vassocia-
lion de deux systèmes d'im
pressions rétiniennes en
opposition, d'inégale puis
sance. Influence de l'impres-
sion prépotente *. — Sur le
rôle de l'impression rét
inienne prépotente dans les
inversions stéréoscopiques.
Intervention démonstrative
d'une contre -prépotence
l' 'imprescréée au profit de
sion la plus faible 2. — In
versions stéréoscopiques
provoquées et subies par
les images rétiniennes de
simples points dans l'e
space3. — Restitution, aux
points dominés, de leurs
propriétés stéréoscopiques
naturelles inverties sous
faction des points domi
nateurs, dans les stéréo-
grammes de cages pyramid
ales. Conclusions sur le dé
terminisme de l'inversion 4.
Recherchant si le prin
cipe de l'obéissance des
centres nerveux à la loi du
plus fort ne s'appliquait
Fig. 1. — Stéréogramme représentant deux pas en d'autres circon
pyramides d'inégale hauteur, l'une en sail stances, M. Chauveau a lie, l'autre en creux.
fait un certain nombre
d'expériences où l'une des deux impressions rétiniennes l'emport
ait sur l'autre de quelque façon, ou bien, selon son expression,
des expériences où l'une des deux était pré
potente :
1. C. R. de l'Académie des Sciences, 22 avril 1912.
2. C. R. de des 29
3. C. R. de des 24 juin 1912.
4. C. R. de l'Académie des Sciences, 1er juillet 1912. — QUESTIONS D OPTIQUE PSYCHO-PHYSIOLOGIQUE 259 DÜFOUR.
1° II examine d'abord des constructions stéréoscopiques repré
sentant deux pyramides l'une en saillie, l'autre en creux, et d'iné
gale hauteur. Il constate que le relief de la pyramide de moindre
hauteur se trouve inverti •
les deux pyramides sem
blent être toutes deux sai
llantes ou rentrantes, selon
que la plus haute d'entre
elles est en saillie ou en
creux;
2° M. Chauveau établit
ensuite qu'il est possible
de contre-balancercet effet
d'inversion en introdui
sant dansle dessin stéréos-
copique un élément capa
ble d'ajouter une certaine
valeur à l'impression la
plus faible, autrement dit,
de faire intervenir dans
l'image stéréoscopique
une contre-prépotence. La
charpente de la pyramide
la moins haute estdessinée
avec des traits plus forts
que ceux qui sont em
ployées pour la pyramide
la plus haute. Cela suffit
à supprimer l'inversion qui
dans l'expérience précé-
dentetransformait la pyra
mide la plus basse. Si la
charpente de la pyramide
la plus haute est dessinée
en traits forts, l'inversion
de la pyramide la plus
basse reparaît; Fig. 2. — Stéréogramme dans lequel la char
3° Pour compléter la pente de la pyramide la moins haute est
dessinée en traits forts. démonstration, M. Chau
veau donne encore trois
stéréogrammes qui représentent deux pyramides égales, l'une en
saillie, l'autre en creux. Dans le premier de ces stéréogrammes,
les deux pyramides sont tracées avec des traits d'égale épaisseur;
dans le second, la pyramide saillante est tracée en traits forts; dans
le troisième, c'est la rentrante qui est tracée en traits
forts. M. Chauveau démontre ainsi que la contre-prépotence, qui
peut faire disparaître l'inversion, peut aussi élever un système au
rôle de système dominateur. La cause immédiate des inversions
stéréoscopiques, provoquées par l'association d'impression réti- 260 MÉMOIRES ORIGINAUX
nienne en opposition réside dans l'inégalité de leur perceptibilité
quelle qu'en soit l'origine, et la prépotence des impressions domi
natrices se présente toujours comme la clef du mécanisme de
l'inversion des impres
sions dominées.
M. Chauveau a recueilli
encore d'autres docu
ments complétant cette
première notion fonda
mentale et permettant
d'expliquer comment la
prépotence inversive des
impressions rétiniennes
dominatrices s'impose
aux centres percepteurs.
Au lieu de prendre des
images stéréoscopiques de
charpentes pyramidales,
il choisit comme stéréo-
grammes de simples
points dans l'espace. Ces isolés représentent
les sommets des pyramid
es, et ils donnent des
effets de relief et de pro
fondeur « du même ordre
et au moins aussi intéres
sants que ceux qui sont
relatifs au cas de la prépo
tence d'une pyramide ».
L'artifice de l'épaississe-
ment d'un point dans ces
stéréogrammes y détruit
l'inversion, commel'épais-
sissement des traits de la
charpente détruit l'inver
sion d'une pyramide.
Fig. 3. — Stéréogramme dans lequel la char Enfin, M. Chauveau
pente delà pyramide la plus haute est des prend des stéréogrammes
sinée en traits forts. dans lesquels tout enca
drement est supprimé, et,
les points piqués à la place des sommets des pyramides montrent
encore d'une façon très nette leur propriété stéréoscopique. Voici
les conclusions de M. Chauveau :
« \° Les points-sommets formant à eux seuls la charpente de
stéréogrammes de pyramides sont en possession de la puissance de
réaliser toutes les manifestations stéréoscopiques des stéré
ogrammes complets. Ainsi, ces points-sommets s'enfoncent en
profondeur sous le plan de projection du stéréogramme ou s'élèvent — QUESTIONS D'OPTIQUE PSYCHOPHYSIOLOGIQUE 261 DÜFOÜR.
au-dessus, suivant qu'ils appartiennent à des pyramides creuses ou
à des pyramides saillantes. De plus, quand ils sont conjugués en
opposition, celui qui prédomine provoque l'inversion de celui qui
est dominé. Enfin la contre-
prépotence communiquée
a ce dernier, par un épais-
sissement approprié, lui
rend son aptitude stéréos-
copique propre et annihile
l'inversion. »
2° « C'est donc bien dans
ces points -sommets que
réside la source essentielle
des sensations de relief et
de profondeur fournies par
les projections de cages
pyramidales, ainsi que la
cause fondamentale des i
nversions que ces sensations
peuvent subir quand elles
sont directement opposées
l'une à l'autre. »
Cette inversion des
points-sommets , inversion
de la sensation rétinienne
dominée est-elle nécessaire
et inévitable ? M. Chauveau
a trouvé la solution de cette
question en étudiant l'i
nfluence du mode de racco
rdement des points-sommets
libres avec l'encadrement
qui limite la base commune
des pyramides couplées,
dans les stéréogrammes de
cages octaédriques à claire-
voie. Il a condensé les ré Fig. 4. — Chaque moitié de cette figure
sultats de ses recherches comprend neuf stéréogrammes particul
dans deux types symétri iers répartis en trois groupes verticaux,
où les sommets des pyramides, occupant ques de stéréogrammes, où
exactement les mêmes places, sont diffprédominent respective
éremment reliés aux bases. ment les sensations de pro
fondeur et les sensations
de relief. Voici les deux faits saillants que montre l'étude de ces
types : 1° On peut sans modifier l'inversion ajouter aux stéré
ogrammes deux droites unissant au même point de la base deux
sommets qui sont en opposition (et ce qui a été dit plus haut per
mettait de prévoir ce résultat). — 2° Au contraire si on relie chacun
des deux sommets suspendus dans l'espace à un point différent de MEMOIRES ORIGINAUX 262
la base, le sommet dominé reprend toute son aptitude à produire
la sensation stéréoscopique qui lui est propre, et l'influence inver-
sive du sommet dominateur se trouve supprimée. *
Dans les deux premières
notes communiquées cette
année, M. Chauveau a sou
ligné le rôle important que
joue la différence de hau
teur de deux pyramides,
c'est-à-dire le rôle de la plus
grande perceptibilité qui
en résulte pour les impres
sions rétiniennes fournies
par la pyramide dominat
rice. Dans les deux der
nières notes, il a montré
que l'association des deux
pyramides établit entre les
éléments du système do
miné et ceux du système
dominateur, aux points où
les pyramides sont acco
lées une corrélation ou
communauté de rapports
qui « agit avec une si
prodigieuse énergie que
son influence s'exerce
même lorsque ces rapports
n'existent que virtuell
ement, comme le cas se
rencontre dans les stéréo-
grammes réduits aux seuls
points isolés qui figurent
les sommets des deux pyra
mides )>.
A cette détermination des
conditions extérieures du Fig. 5. — Cette figure ne diffère de la
phénomène, « la science précédente que par le sens des inver
doit l'introduction , dans sions créées et neutralisées.
les mécanismes de la sté-
réoscopie , d'un facteur
d'ordre purement physiologique, resté insoupçonné jusqu'ici, » et
qui produit ces phénomènes d'inhibition. « Ce nouveau facteur,
puissant transformateur d'impressions rétiniennes dans les centres
percepteurs, ne représente pas seulement une acquisition scienti
fique intéressante en elle-même. Elle rendra peut-être service aux
chercheurs, physiologistes ou physiciens, en les préservant des
erreurs d'interprétations auxquelles ils sont exposés, quand ils sont
appelés à faire intervenir l'acte de la perception visuelle dans la — QUESTIONS D'OPTIQUE PSYCHO-PHYSIOLOGIQUE 263 DÜFOÜR.
constatation des faits de la physique générale des diverses radia
tions. D'un autre côté, cette notion nouvelle ne sera pas indiffé
rente au progrès général de la psychophysiologie des sensations ».
II
II y a dans la vision binoculaire des faits que n'expliquent pas les
dispositions physiques et anatomiques de l'appareil visuel.
La convergence des yeux est sous la dépendance d'un réflexe que
Parinaud a appelé réflexe rétinien de convergence 1. Voici comment
on peut facilement le mettre en évidence : On regarde un point
noir tracé sur un papier blanc, puis on place devant l'un des yeux
un prisme d'angle inférieur à 10°, de manière à ce que son arête
soit verticale, c'est-à-dire que son action déviatrice se produise
dans le sens horizontal : Immédiatement on voit double le point
noir, mais peu à peu les deux images se rapprochent, et, au bout
de quelques instants, le point est de nouveau vu simple. Ce réflexe
de Parinaud, surtout facile à constater pour une déviation horizont
ale, se produit aussi, quoique à un moindre degré, pour des dévia
tions dirigées dans un autre sens. Si on déforme l'une des images
rétiniennes d'un point lumineux en plaçant devant l'un des yeux
un petit cylindre de verre (baguette de Maddox), ou si on la
dédouble à l'aide d'un double-prisme de façon à rendre le fusionne
ment impossible, les deux yeux prennent une direction relative
quelconque. Dans la théorie musculaire des symptômes associés2,
cette direction ne dépend que de l'élasticité des muscles oculaires
au repos. A l'état normal, les axes des yeux devraient alors être
parallèles; or on constate que chez un très grand nombre de sujets
il n'en est pas ainsi, et que, les muscles oculaires étant au repos,
les axes des deux yeux ne sont pas parallèles. Pourtant, à l'ordi
naire, ces sujets peuvent avoir une bonne vision binoculaire. La
plupart du temps, ils fusionnent sans s'en douter, sous la seule
action du réflexe rétinien de convergence.
Ce réflexe, qui tend à réaliser le fusionnement des images, inter
vient très souvent tant dans la vision à l'œil nu que dans la vision à
travers des verres de lunettes, ou à travers un instrument d'optique
à vision binoculaire. Il intervient constamment dans la vision des
sujets qui présentent à l'état latent le non-parallélisme des axes
visuels signalé plus haut, et il y a lieu de remarquer que le réflexe
de Parinaud se produit d'autant mieux, d'autant plus rapidement et
d'autant plus sûrement que le sujet est moins fatigué 3. Je puis
parler ici par expérience personnelle : Mes deux yeux présentent
1. Parinaud, La Vision, p. 175.
2. Sulzeb, in Encyclopédie française d'Ophtalmologie, t. Ill, p. 175.
3. N. Bishop Harman, The measurement of the desire for binocular
vision by means of the diaphragm test, in Transactions of the Ophtalmo-
logical Society of the United Kingdom, 1910, p. 56. • MÉMOIRES ORIGINAUX 264
une certaine divergence latente, qui à l'état ordinaire ne me gêne
pas du tout au point de vue de la vision binoculaire, mais qui exige
de ma part, quand je suis fatigué, un certain contrôle, sans lequel
la double image apparaît. Il m'est arrivé par exemple, il y a quel
ques mois, au cours d'un voyage de rester une trentaine d'heures
sans sommeil : Au bout de ce temps, j'étais passablement gêné par
la" divergence latente qui faisait de temps à autre apparaître la
double image, et, par un effort volontaire, je n'arrivais pas à
fusionner facilement et du premier coup les deux images '. On sait
en outre que certaines personnes ne louchent pas quand elles se
surveillent, mais que leur strabisme apparaît dès qu'elles sont
fatiguées, ou dès qu'elles sont sous le coup d'une émotion vive, par
exemple d'un accès de colère.
Je citerai encore le cas des sujets qui viennent d'être opérés de
strabisme. L'oculiste ne -peut avoir la prétention de régler la lon
gueur des tendons ou l'action des muscles de façon à donner rigo
ureusement à l'œil la position qu'exige la vision binoculaire. Cepen-.
dant le sujet dans bien des cas arrive à voir simple.
L'intervention du réflexe rétinien de convergence est peut-être
plus fréquente encore chez les personnes qui se servent de lunettes
ou d'instruments binoculaires. Je vais citer des exemples :
Quand une personne dont les deux yeux ont leurs axes parallèles
à l'état de repos des muscles oculaires, regarde à travers des verres
de lunettes bien centrés, les mêmes pour les deux yeux, les deux
rayons lumineux principaux issus dans l'espace-objet, d'un même
point-objet, donnent naissance après le passage à travers le verre à
deux rayons réfractés qui dans Tespace-image se rencontrent en un
même point, image du point-objet : C'est ce que M. le docteur von
Rohr appelle un appareil à vision binoculaire physique. Mais il y a
des cas où les deux rayons correspondant à deux rayons principaux
issus d'un même point de l'espace-objet ne se coupent pas dans
l'espace-image 2, et où cependant le sujet voit simple : On a alors
affaire à des appareils à vision binoculaire physiologique. — Telles sont
les lunettes dont les verres ne sont pas exactement centrés, les
lunettes dont les deux sont de puissance différente (lunettes
pour anisométropes), et les lunettes pour astigmates dans le cas où
les axes des deux cylindres qui corrigent l'œil droit et l'œil gauche
ne sont pas parallèles entre eux.
Le réflexe rétinien de convergence intervient aussi assez fréquem
ment dans la vision stéréoscopique. Deux yeux isométropes, exa
minant à travers des lentilles sphériques bien centrées à leur écar-
tement, des épreuves stéréoscopiques correctement montées,
c'est-à-dire réalisant le parallélisme des lignes verticales, et rigo
ureusement centrées, constituent un appareil à vision binoculaire
physique, et on peut dire qu'il en est de même de deux vues st
éréoscopiques correctement placées que Ton regarde à l'œil nu.
1. Dufour, Vision binoculaire et fatigue, Réunion biol. de Nancy, 1912.
2. Rayons windschief, selon l'expression allemande. — QUESTIONS D'OPTIQUE PSYGHOPHYSIOLOGIQUE 265 DUFOUR.
Mais ces conditions sont loin d'être toujours exactement remplies.
Dans la plupart des stéréoscopes, les oculaires qui sont fixes ne
peuvent être centrés correctement devant les yeux de l'observateur,
de plus les photographies ne présentent pas toujours avec une
rigueur absolue le parallélisme des lignes verticales. Malgré cela,
avec les instruments du commerce et avec les vues stéréoscopiques
courantes, on obtient un relief satisfaisant. Ce sont des appareils à
vision binoculaire physiologique.
Quand les deux épreuves stéréoscopiques sont indépendantes
l'une de l'autre, et peuvent être déplacées l'une par rapport à
l'autre, on reconnaît aisément que les deux yeux tolèrent un certain
défaut de parallélisme des lignes verticales, autrement dit, que l'on
peut, en procédant lentement, faire tourner dans son plan l'une des
épreuves en laissant l'autre fixe, sans nuire au fusionnement stéréos-
copique. J'ai fait moi-même un certain nombre d'expériences de
ce genre1. Les résultats m'ont paru varier un peu d'un jour à
l'autre, mais j'ai remarqué très nettement que chez moi l'exercice
élargissait les limites de cette tolérance. Avec un peu d'entraîne
ment, j'arrive à conserver le fusionnement stéréoscopique quand,
par un mouvement très lent, je donne à l'une des images une
déviation de 10° environ dans un sens ou dans l'autre à partir de
la position correcte, ce qui correspondrait à un mouvement de
rotation de l'œil autour de son axe visuel : l'amplitude de ce mou
vement de rotation serait donc d'une vingtaine de degrés, soit une
dizaine de degrés de chaque côté de sa position normale. Le réflexe
rétinien de convergence, qui intervient ici, peut donc imprimera
nos yeux des mouvements, que, en général, nous ne pouvons pas
leur donner volontairement : Déviation latérale, déviation en hau
teur et rotation autour de l'axe visuel. On sait aussi que certains
enfants, par manière de jeu, peuvent loucher en dedans en regar
dant leurnez, et ne pourraient y arriver sans recourir à la représent
ation mentale d'un objet très rapproché à fixer.
On a cherché à mesurer les écarts en hauteur des deux images
stéréoscopiques qui sont compatibles avec la vision binoculaire. Dès
1861, le Pr Hering s'est servi pour cela de son haploscope. Plus
tard MM. Hofmann et Bielschowsky ont fait de nombreuses expé
riences. Enfin, en 1912, le Dr Hegner a fait une série de recherches
plus précises sur la question 2. M. Hegner s'est proposé, sur le cons
eil de M. von Rohr, de mesurer avec précision la déviation verti
cale des images stéréoscopiques que peuvent compenser les deux
yeux pour maintenir la vision binoculaire. Il a employé un appareil
très précis et muni de tous les réglages désirables. Cet appareil,
construit par la maison Cari Zeiss, est un stéréoscope à miroirs, per
fectionnement du vieux stéréoscope de Wheatstone. Un mécanisme
très parfait permet de communiquer à chacune des images stéréos-
1. Dufour, Sur la Vision stéréoscopique, Réunion Mol. de Nancy, 1912.
2. G. A. Hegner, Zur Verteilung der übervoindbaren Höhenfehler im Blick
felde (Thèse de l'Université de Iéna, 1912).

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