Recherches sur la pauvreté : état des lieux. Contribution à la définition d'une problématique - article ; n°160 ; vol.40, pg 871-895

De
Publié par

Tiers-Monde - Année 1999 - Volume 40 - Numéro 160 - Pages 871-895
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
Lecture(s) : 32
Nombre de pages : 26
Voir plus Voir moins

Marguerite Bey
Recherches sur la pauvreté : état des lieux. Contribution à la
définition d'une problématique
In: Tiers-Monde. 1999, tome 40 n°160. pp. 871-895.
Citer ce document / Cite this document :
Bey Marguerite. Recherches sur la pauvreté : état des lieux. Contribution à la définition d'une problématique. In: Tiers-Monde.
1999, tome 40 n°160. pp. 871-895.
doi : 10.3406/tiers.1999.5349
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_1293-8882_1999_num_40_160_5349SUR LA PAUVRETÉ: RECHERCHES
ÉTAT DES LIEUX.
CONTRIBUTION À LA DÉFINITION
D'UNE PROBLÉMATIQUE
par Marguerite Bey*
A l'initiative des organismes internationaux, le problème de la pauv
reté revient au cœur du débat sur le développement économique et
social. La présente étude brosse à grands traits un tableau sur l'état de
la recherche sur le thème de la pauvreté. Elle a pour principal objectif de
faire le point sur les différentes manières d'aborder la problématique de
la pauvreté, à travers des définitions qui cherchent avant tout à mesurer,
et une description de l'évolution des critères et des indicateurs. Elle
montre ensuite les visions politiques et les actions mises en œuvre pour en
combattre les causes ou seulement les effets.
Cette revue de quelques éléments de bibliographie sur la pauvreté a
pour but de fournir un panorama des différentes approches qui contri
buent à définir, mesurer et expliquer la pauvreté. Il s'agit avant tout
de faire le point sur les concepts et de poser des hypothèses pour avan
cer dans la connaissance de cet objet de recherche polysémique. Cer
tains auteurs ne se reconnaissent pas dans les recherches sur la pau
vreté mais déclarent plus volontiers travailler sur des populations
pauvres. Il s'agit pour eux avant tout de se démarquer de la démarche
des organismes internationaux qui vise à délimiter quantitativement un
groupe de population caractérisé par ses revenus ou diverses carences,
selon les critères retenus. Ils s'occupent plus précisément des expérien
ces vécues et des représentations subjectives de la catégorie de populat
ion considérée comme pauvre dans son hétérogénéité. Toutefois, la
* Centre de Recherche de I'iedes, Université de Paris 1.
Revue Tiers Monde, t. XL, n° 160, septembre-décembre 1999 872 Marguerite Bey
suite du texte fera référence indifféremment à « pauvreté » ou
« pauvre », à l'instar des auteurs de référence.
Cette étude porte donc sur quatre types de documents essentiell
ement francophones : des statistiques, qui reflètent les postulats et para
mètres retenus par les organismes internationaux (Banque mondiale,
pnud, Commission européenne) ; des analyses pluridisciplinaires qui
s'intéressent à la pauvreté dans les pays du Sud à travers l'histoire du
phénomène et de son traitement, l'analyse des mesures et le rôle des
politiques macro-économiques ; toujours sur le tiers monde, des analys
es essentiellement socio-anthropologiques sur les conséquences des macro-économiques, les représentations de la situation par
les populations pauvres et leurs formes d'organisation (secteur infor
mel, solidarités familiales et de voisinage) ; enfin, la problématique de
la pauvreté et de l'exclusion dans les pays riches. À partir de ces sourc
es, l'on pourra détailler trois façons d'aborder le problème : la
méthode des organismes internationaux, qui cherchent à compter les
pauvres et à mesurer l'évolution du phénomène ; les travaux sur les
causes politiques et la pertinence des instruments des politiques écono
mique et sociale ; enfin la caractérisation des pauvres, dans leurs tra
jectoires et leurs comportements, qui relève plutôt de la socio-
anthropologie.
Le débat sur la pauvreté a été relancé depuis une dizaine d'années
par la Banque mondiale, à la suite des analyses de I'unicef sur
« l'ajustement à visage humain ». Il est toutefois remarquable que la
définition de l'objet de la réflexion soit soigneusement évacuée au prof
it des mesures. Corten va même jusqu'à trouver une fonction à ce
nouvel objet sémiotique qu'est la pauvreté : s'effacer. Selon lui, la
nature de la pauvreté et son rôle dans la reproduction des sociétés ne
sont pas débattus1. Les institutions de Bretton- Woods ne cherchent
pas à comprendre mais à « éradiquer » la pauvreté ou du moins à en
alléger l'impact sur les plus misérables2. Mesurer l'évolution de la pau
vreté suffirait dès lors pour maîtriser ce phénomène.
La présente étude a principal objectif de faire le point sur les
différentes manières d'aborder la question de la pauvreté et de mont
rer les actions qui cherchent à en combattre les causes ou les effets.
Ce panorama bien ambitieux présente nécessairement des limitations :
il s'agit ici de parcourir les différentes définitions apportées au concept
de pauvreté par les organismes internationaux, puis de montrer la
1. Corten, 1998.
2. Dans le texte de présentation de « 1996. Année internationale pour l'élimination de la pau
vreté », les mots « pauvreté », « indigence » et « misère » sont employés indifféremment (Nations Unies,
1998). Recherches sur la pauvreté : état des lieux 873
variété des instruments de mesure construits pour refléter une pauvreté
seulement monétaire ou fondée sur des carences, pour délimiter pau
vres et non pauvres ou encore pour évaluer les fluctuations parmi les
pauvres. Une vision d'ensemble d'un point de vue purement quantitat
if montre ensuite les limites et le manque de fiabilité des chiffres.
Définir la pauvreté peut aussi fournir les moyens de lutter contre ses
causes. Aussi, ce bilan s'attache finalement à cerner brièvement les
approches théoriques du problème puis les politiques mises en œuvre,
aussi bien dans les pays du Sud qu'en Europe, afin de contribuer à la
définition d'hypothèses de travail.
1. DÉFINITIONS DE LA PAUVRETÉ
À TRAVERS LE TEMPS ET L'ESPACE
Nous allons maintenant repérer les différentes définitions apport
ées au concept de pauvreté, ce qui permettra, dans le point suivant,
de montrer les limites des instruments de mesure.
Qu'est-ce que la pauvreté ? D'après les théoriciens de la question,
sa définition oscillerait entre deux pôles : une vision fondée sur la
rareté des ressources et des biens (la misère se traduit par des carences)
et une reconnaissance des inégalités fondées sur les rapports sociaux
au sein d'une société donnée. En outre, une attitude très ancienne tend
à culpabiliser les pauvres de leur situation. Ces différentes visions se
traduisent dans des actions politiques très différentes. Le concept de
pauvreté couvre en effet une réalité et des situations extrêmement
variées qui méritent une analyse des causes comme de l'expérience
vécue de la pauvreté.
Le concept de pauvreté est flou. Cela se reflète dans des choix de
mesures et de sources que de nombreuses synthèses1 ont déjà explici
tées. De plus, comme le souligne l'agence de statistiques européennes,
pour mesurer l'exclusion, il ne faut pas oublier les exclus des statis
tiques (chômage déguisé, sans-abri, etc.). Cette remarque est d'autant
plus pertinente dans les pays du tiers monde où Г « informalité » est la
règle. Voyons à présent les définitions adoptées par les organismes
internationaux les plus représentatifs sur la question.
1. Mentionnons, entre autres, les travaux des chercheurs du Gis dial, Groupement d'intérêt scienti
fique « Développement et insertion internationale » (Cogneau et al, 1996 ; Dubois, 1998), et ceux réunis
dans l'ouvrage dirigé par Poulin et Salama (1998). 874 Marguerite Bey
L'agence de statistiques européennes, Eurostat, propose une « défi
nition opérationnelle de la pauvreté », adoptée par le Conseil européen
(19 décembre 1984) : « On entend par personnes pauvres les individus,
les familles et les groupes de personnes dont les ressources (matérielles,
culturelles et sociales) sont si faibles qu'ils sont exclus des modes de
vie minimaux acceptables dans l'État membre dans lequel ils vivent. »
Cette notion est alors traduite en un seuil de pauvreté : « Le seuil de
pauvreté correspond à 50 % de la moyenne arithmétique des dépenses/
revenus équivalents nets. »' Par ailleurs, on considère que « un faible
revenu n'implique pas nécessairement la pauvreté, le dénuement ou
l'exclusion sociale, même s'il constitue un indicateur valable de ces
situations »2.
L'ocde utilise un indicateur d'écart de pauvreté connu sous le nom
d'indice de Sen. Calculé pour les pays membres, il mesure la pauvreté
économique en combinant trois éléments statistiques : le nombre de
personnes en dessous du seuil de pauvreté monétaire, la distribution
des revenus dans la population à bas revenus et l'intensité de la
pauvreté par l'écart moyen des bas revenus. La mesure des écarts de permet de calculer de combien il faudrait remonter les bas
revenus pour qu'ils atteignent le seuil de pauvreté.
La Banque mondiale se préoccupe ouvertement de la pauvreté
depuis son rapport annuel de 1990. Elle a adopté un seuil de
absolue exprimé en termes monétaires qui définit comme pauvre toute
personne dont le revenu est inférieur à un dollar par jour. Cette défini
tion est très contestée car elle ne tient pas compte des variations des
prix à l'intérieur de chaque pays, pas plus que de l'acquisition de biens
hors du marché. Ravallion explique le choix des deux méthodes les
plus utilisées pour fixer les seuils de pauvreté liés aux besoins fonda
mentaux : la méthode de l'énergie nutritive et la méthode de la part du
budget consacrée à l'alimentation. « On définit le seuil de pauvreté
comme le montant des dépenses de consommation totales auquel on
peut s'attendre lorsqu'une personne est nourrie de manière adéquate
dans la société considérée. [...] Il faut noter que cette méthode [de
l'énergie nutritive] prend automatiquement en compte la consomma-
1. Eurostat, Statistiques en bref, n° 6, 1997, 3. Précisons qu'Eurostat a choisi la moyenne plutôt que
la médiane pour les raisons suivantes : « On peut faire valoir que la médiane est moins précise et relative
que la moyenne puisqu'elle ne se fonde que sur un ou deux points de référence de la répartition du
revenu. L'une des conséquences de cette caractéristique est que l'évolution de l'extrémité inférieure ou
supérieure de la répartition n'influe pas sur la médiane. Ainsi, une augmentation du revenu dans les deux
derniers déciles de la entraînerait une hausse du revenu moyen ; en revanche, le revenu médian
resterait le même. Le fait que la médiane porte sur le milieu de la distribution peut pencher en faveur du
revenu médian plutôt que moyen car l'exclusion sociale suppose qu'il y a un écart par rapport au revenu
type, c'est-à-dire le milieu de la répartition » (Eurostat, Recommandations de la Task Force, 1998, 14).
2. Eurostat, Statistiques en bref, n° 11, 1998. sur la pauvreté : état des lieux 875 Recherches
tion non alimentaire, tant que l'on considère le niveau des dépenses de
consommation totales avec lesquelles une personne satisfait générale
ment ses besoins caloriques. »' « L'aspect le plus préoccupant des inco
hérences potentielles de la méthode de l'énergie nutritive et de la
méthode de la part du budget consacrée à l'alimentation tient au fait
que les divergences peuvent être suffisamment importantes pour modif
ier le classement des différents secteurs ou régions d'une économie sur
la base des niveaux de pauvreté mesurée. »2 « On peut justifier ce seuil
de pauvreté en faisant valoir que les personnes "extrêmement pauvres"
non seulement consacrent une large part de leurs revenus à leur al
imentation, mais aussi que cette part ne diminue pas lorsque leur
revenu augmente faiblement. »3 Les analyses réalisées par le gis dial
contestent plus radicalement cette méthode : les normes alimentaires
définies par la fao ne peuvent être retenues pour définir un seuil de
pauvreté. « En effet, les mécanismes qui gouvernent les variations
journalières de l'équilibre énergétique sont encore mal connus et les
études de l'état nutritionnel d'une population à partir d'une classifica
tion des individus reposant sur une telle norme ignorent les variations
intra- et interindividuelles des besoins énergétiques ainsi que des
consommations effectives. »4
Le pnud fonde son approche de la pauvreté sur la question des
inégalités d'accès à un certain nombre de ressources. La notion de
« capacités », sous l'inspiration d'Amartya Sen (consultant de cet
organisme), devient centrale. Il s'agit dès lors de mesurer trois indica
teurs : le revenu par tête, l'espérance de vie et l'éducation. Le concept
de « développement humain » repose sur une idée de la pauvreté en
matière de potentialités ou de capacités (capabilities selon le terme
employé par Sen), « qui fait que l'on ne peut avoir le capital physique
minimal pour vivre, ou fonctionner, correctement dans une société
donnée »5. La définition donnée par Sen s'appuie sur les concepts de
capacités, mais aussi de droits et de titres (entitlements) : le développe
ment économique est le processus d'expansion des capacités des per
sonnes et de l'accès aux ressources, non seulement pour produire des
1. Ravallion, 1997, 3.
2. Ibid., p. 4.
3. Ibid., p. 4.
4. Cogneau et al, 1996, 6. Voir aussi, Peltre-Wurtz, 1998 : à l'occasion de la journée des économist
es de I'orstom organisée autour des différentes approches de la pauvreté, J. Peltre-Wurtz a montré, à
partir d'enquêtes réalisées à Quito (Equateur) que, sur le plan alimentaire, les calories chères (viande, lait,
fruits) sont remplacées par des calories bon marché (céréales, légumineuses). Le niveau de sous-nutrition
(en termes de calories) est ainsi rarement atteint. Cette étude montre qu'il est délicat d'évaluer a priori les
besoins alimentaires et leur satisfaction, non seulement dans un pays donné mais aussi selon les régions et
les catégories socio-économiques...
5. Dubois, 1998, 2. 876 Marguerite Bey
biens et des services, mais aussi pour s'émanciper. Simultanément, ce
processus doit accroître les droits des personnes pour accéder à
l'ensemble des biens et services dont elles ont besoin satisfaire et
améliorer leurs niveaux de bien-être. Il s'agit également d'évaluer les
« différentes stratégies adoptées à l'échelle nationale pour parvenir au
bien-être social ». Avec la notion de nécessités de base insatisfaites
(nbi), le pnud défend une vision humaniste. Pour sa part, Sen reven
dique une justice sociale qui repose sur une réduction des inégalités.
« Les nécessités de base insatisfaites définissent la pauvreté structur
elle. Celle-ci est distincte de la pauvreté (ligne de pauvreté) et de la
pauvreté extrême (ligne d'indigence). Il s'agit d'approches différentes
de la pauvreté : les nbi comprennent l'eau, le drainage, l'électricité,
l'habitat, le niveau d'éducation des enfants, l'assistance scolaire des
mineurs, le temps disponible et le mobilier du foyer. Si l'une des carac
téristiques définies n'est pas satisfaite, l'individu (ou le ménage) est
considéré comme pauvre. »'
2. DÉFINITIONS OU MESURES?
L'évolution des mesures de la pauvreté reflète l'intérêt porté par
les différents organismes à certains critères et nous permet de
disposer d'une vaste panoplie d'indicateurs. Une bonne synthèse nous
est fournie par le tableau élaboré par Solagral2 qui propose de consi
dérer :
— deux niveaux de choix : d'une part de la mesure (indice ou seuil) et
d'autre part des sources considérées (budgétaires ou autres) ;
— trois critères possibles pour déterminer le seuil de pauvreté : le
pourcentage (répartition en déciles ou en quintiles - soit 10 ou
20 % de la population totale - dans un but comparatif), la médiane
ou la moyenne (celle-ci reflète mieux la répartition du revenu que
la médiane)3 ;
— l'unité retenue : l'individu, la famille ou le ménage ;
— l'indicateur retenu : il peut être uni ou multidimensionnel, suivre
une fréquence annuelle ou courante, retenir le revenu ou la
consommation, ou encore les deux.
1. Salama, Valier, 1994, 44.
2. Courrier de la Planète, n° 38, 1997, 45.
3. Voir note 1, p. 874. Recherches sur la pauvreté : état des lieux 877
Si l'appareillage est construit en fonction d'objectifs politiques, il
est utile de s'interroger sur la signification des critères de repérage. Il
est évident que le seul critère du revenu est insuffisant et que les critè
res d'ordre qualitatif et subjectif sont difficilement mesurables, ce qui
laisse présager quelques difficultés et imprécisions dans la mesure de la
pauvreté. De surcroît, de nombreux pays du Sud disposent de statis
tiques inexactes quand elles ne sont pas trop anciennes pour refléter la
situation présente.
La pauvreté monétaire
La pauvreté absolue, mesurée à l'échelle mondiale par la Banque
mondiale, retient comme seul critère un revenu de 370 $ (de 1985)
par personne et par an, calculé pour permettre de subvenir aux
besoins alimentaires minimum d'un individu. L'indicateur H (le plus
simple) établit le rapport entre le nombre de pauvres et le nombre
d'habitants.
La pauvreté relative tient compte des critères nationaux pour la
définition d'un niveau de vie minimum. Selon Eurostat, « l'ampleur de
la pauvreté relative est mesurée par la proportion de la population
dont le revenu équivalent est inférieur à un pourcentage donné du
revenu national moyen ou médian [...] le seuil de pauvreté
est une question de définition »'. Ravallion définit ainsi la méthode :
elle consiste à fixer le seuil de pauvreté relative « à une proportion
donnée de la moyenne arithmétique ou de la médiane de la distribu
tion de la consommation ou du revenu »2. Pour définir ce seuil, il faut
d'abord déterminer le panier de biens nécessaires à la stricte reproduct
ion de l'individu (ou du foyer), ce qui permet de calculer le nombre
de calories nécessaires à la survie. L'argent nécessaire pour acquérir
ces biens définit la ligne d'indigence. On applique à cette ligne un mult
iplicateur dit d'Engel pour tenir compte des dépenses d'habillement,
de transport et de logement et l'on obtient la ligne de pauvreté.
Il est important de souligner que « le concept de pauvreté absolue
- selon lequel le seuil de pauvreté ne varie pas avec le niveau de vie
global - semble pertinent pour les pays à faible revenu, tandis que
celui de pauvreté relative semble mieux adapté aux pays à revenu
élevé »3.
1. Eurostat, Statistiques en bref. n° 11, 1998.
2. Ravallion, 1997.
3. Cogneau et ai, 1996, 7. 878 Marguerite Bey
Les inégalités sont mesurées selon des calculs plus ou moins fins :
— la courbe de Lorentz reflète graphiquement la relation entre popul
ation et revenu ;
— le coefficient de Gini est un indicateur simple qui mesure l'évolution
plus ou moins égalitaire de la distribution des revenus dans la
population totale1 ;
— Yindice de Theil, plus fin, permet d'étudier l'évolution des inégalités
entre deux déciles caractérisés par leur revenu moyen. De plus, il
est decomposable et permet d'attribuer à « tel ou tel facteur (âge,
éducation, catégorie d'emploi et secteur d'emploi) la responsabilité
de la pauvreté et de mesurer celle-ci »2.
La pauvreté en matière de conditions de vie
Les inégalités peuvent aussi être mesurées parmi les pauvres. Ce
type de mesure permet d'évaluer la difficulté et le coût d'une améliora
tion des conditions de vie des plus défavorisés.
Uindice de Sen mesure les écarts de pauvreté à partir d'une combi
naison du taux de pauvreté, du degré moyen de pauvreté et d'une
mesure d'inégalité parmi les pauvres ;
Les indicateurs fgt, développés en 1984 par Foster, Gréer et Thor-
becke, s'intéressent à la dispersion des revenus situés en dessous du
seuil de pauvreté. Élevé à la puissance 0, l'indice mesure l'incidence de
la pauvreté, à la puissance 1 sa profondeur, tandis qu'à la puissance 2
il en mesure l'intensité3. Cet instrument est très utilisé car il présente
l'intérêt d'être decomposable en sous-groupes de population et permet
ainsi de mesurer la dispersion des revenus parmi les pauvres et
d'élaborer un profil de la pauvreté.
La vision du pnud met l'accent sur la satisfaction des besoins fo
ndamentaux et considère qu'au-delà des revenus, des critères relevant de
la santé, de l'éducation ou de l'accès à certains services de base déter
minent la qualité de la vie. Cette approche implique une analyse multi-
variée, qui pose le problème de la pondération, dont nous allons voir
l'évolution. Le concept de « développement humain », puis celui des
« nécessités de base insatisfaites » (nbi) vont s'appuyer sur des instr
uments de mesure de plus en plus affinés :
1. Le coefficient de Gini « met en rapport l'aire de concentration des revenus (comprise entre la dia
gonale du carré et la ligne de distribution personnelle des revenus) à la moitié de l'aire de ce carré (défini
d'un côté par le pourcentage cumulé du revenu et de l'autre par le pourcentage cumulé de la population).
Plus cet indicateur se rapproche de 1, plus les inégalités de revenus sont élevées et inversement » (Salama,
1998, 42).
2. Salama, 1998, 43.
3. Lachaud, 1996. Recherches sur la pauvreté : état des lieux 879
Uidh (indicateur de développement humain) est une mesure du pro
grès humain en relation avec les stratégies nationales visant le bien-
être social : santé et longévité, éducation et connaissances, accès aux
ressources (en rapport au pib par habitant) sont les trois aspects à véri
fier pour avancer dans le développement des possibilités individuelles1.
Cet indicateur a évolué vers une mesure plus subjective qui insiste
davantage sur le chemin parcouru que sur les manques. Créé en 1990,
il évolue et s'affine. La formule ď Atkinson2 lui permettra de mesurer
la contribution du revenu au développement humain.
Uipc (indicateur de pénurie de capacités), introduit par le pnud
en 1996, présente une approche par les carences et s'intéresse en parti
culier à la santé et aux femmes : s'alimenter correctement pour être en
bonne santé, pouvoir enfanter dans des conditions saines et accéder à
l'instruction et à l'information. Ces trois facteurs sont soumis à une
pondération égale. La pauvreté peut ainsi être mesurée selon trois
dimensions.
Uiph (indicateur de pauvreté humaine), présenté dans le rapport
du pnud sur le développement humain de 1997, se fonde sur des para
mètres élémentaires : faible longévité, manque d'éducation de base et
absence d'accès aux ressources privées et publiques. Il sert avant tout à
mesurer les risques. Ici, la pondération est placée là où les manques
sont le plus accusés.
Les variables utilisées permettent difficilement d'évaluer les aspects
qualitatifs recherchés (amélioration du bien-être) et sont, de plus, assez
redondantes. Il faudrait donc progresser dans raffinement des instru
ments de mesure de la pauvreté et surtout dans l'évaluation des pro
grès dans la lutte contre celle-ci.
3. QUI SONT LES PAUVRES?
Qui sont les pauvres, où sont-ils et pourquoi sont-ils pauvres ? On
trouve partout des chiffres sur les pauvres, mais la variété des choix de
définition et de mesure rend ces statistiques difficilement utilisables
dans les comparaisons internationales. Le fait que les statistiques
nationales soient peu fiables, voire absentes dans certains cas, s'ajoute
à la difficulté de jongler avec des informations impossibles à comparer
entre elles. Certains considèrent donc qu'il est d'autant plus important
1. Destremau, 1998.
2. Cette formule complexe est explicitée dans Gajdos, 1998.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.