- Réflexes conditionnels et mémorisation de syllabes dépourvues de sens - article ; n°1 ; vol.50, pg 441-459

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L'année psychologique - Année 1949 - Volume 50 - Numéro 1 - Pages 441-459
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1949
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A. Fauville
C. Klosa
XIII. - Réflexes conditionnels et mémorisation de syllabes
dépourvues de sens
In: L'année psychologique. 1949 vol. 50. pp. 441-459.
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Fauville A., Klosa C. XIII. - Réflexes conditionnels et mémorisation de syllabes dépourvues de sens. In: L'année psychologique.
1949 vol. 50. pp. 441-459.
doi : 10.3406/psy.1949.8466
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1949_hos_50_1_8466XIII
RÉFLEXES CONDITIONNÉS ET MÉMORISATION
DE SYLLABES DÉPOURVUES DE SENS
par A. Fauville et C. Klosa
Laboratoire de Psychologie pédagogique
de l'Université de Louvain.
Dans un article publié en 1932, W. M. Lepley utilisa les
principes des réflexes conditionnés pour interpréter le processus
de mémorisation d'une série de syllabes dépourvues de sens 1.
Chaque syllabe de la série constituerait l'excitant conditionné
évoquant la syllabe suivante qui deviendrait réponse condition
née.
L'auteur considère la situation où le sujet répond verbale
ment à la présentation visuelle successive des syllabes de la
série afin de mémoriser l'ensemble. Peu à peu, chaque syllabe,
présentée visuellement et prononcée par le sujet, acquiert le
pouvoir d'évoquer la syllabe suivante sans plus exiger de présen
tation de cette dernière. En langage de Pavlov, la présentation
visuelle et auditive de chaque syllabe devient l'excitant condi
tionné de la syllabe suivante qui doit être considérée comme
réponse conditionnée.
Précisons et ajoutons que la syllabe présentée visuellement
constitue l'excitant inconditionné; la lecture à haute voix de
cette syllabe peut être considérée comme la réponse incondi
tionnée. Les syllabes prononcées par le sujet et leurs traces ner
veuses deviennent progressivement des excitants conditionnés
pour les syllabes suivantes. Chaque syllabe évoquée par l'exci-
1. W. M. Lepley. A theory of serial learning and forgetting based
upon conditioned reflex principles. Psychological Review, 1932, 39, 279-288. 442 PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
tant conditionné, c'est-à-dire la syllabe précédante, constitue la
réponse conditionnée à cet excitant et, en retour, elle sert d'exci
tant conditionné pour la syllabe suivante. A l'exception de la
première et de la dernière, chaque syllabe de la série est exci
tant et réponse conditionnée.
Avant la mémorisation, une syllabe de la liste ne possède
aucune tendance à évoquer la suivante ou la syllabe
précédente. Elle peut être considérée comme excitant indiffé
rent.
Comme dans les expériences de Pavlov, l'excitant indifférent
devient excitant conditionné par l'association répétée avec l'ex
citant efficace, de même dans la mémorisation, chaque syllabe,
primitivement excitant indifférent pour sa voisine, acquiert le
pouvoir de l'évoquer par l'association répétée avec la présenta
tion visuelle et la prononciation de cette dernière. Parce que
ce pouvoir d'évocation n'est pas naturel à la syllabe mais acquis,
conditionné, on peut appeler chaque syllabe de la liste excitant
conditionné. La réponse évoquée par cet excitant est la réponse
réflexogène conditionnée.
Cette interprétation du travail de mémorisation en termes
de réflexes conditionnés peut sembler justifiée. Elle restera
assez vaine à moins qu'on ne la puisse utiliser comme une hypo
thèse de travail permettant une étude expérimentale plus pouss
ée.
L'application des lois des réflexes conditionnés à la mémoris
ation des syllabes rencontre des difficultés. On se trouve ici
en présence d'un processus plus complexe que celui qui est
étudié dans les expériences de Pavlov.
La première syllabe de la liste constituant un excitant condi
tionné pour la seconde, l'évocation de cette seconde syllabe est
plus facile que l'évocation de la première syllabe. La première
syllabe n'est précédée d'aucune syllabe capable de l'évoquer,
mais seulement par le souvenir du commencement de la liste.
En effet, au cours de nos expériences de mémorisation, nous
avons constaté que les sujets éprouvaient une grande difficulté
à se souvenir de la première syllabe de la liste, et cela même
après un grand nombre de répétitions.
Ebbinghaus avait déjà affirmé que la présentation visuelle
de la première syllabe tendait non seulement à évoquer la pro
nonciation de la seconde syllabe mais encore la prononciation des
syllabes suivantes. Cette affirmation est exacte et doit être tra
duite en langage de réflexes conditionnés. Il faut y ajouter une FAUVILLE ET C. KLOSA. SYLLABES DEPOURVUES DE SENS 443 A.
action rétrograde faible. On arrive ainsi à un ensemble compli
qué de relations conditionnées antérogrades et rétrogrades unis
sant entre elles, en un tout cohérent, toutes les syllabes on plus
exactement leurs traces nerveuses. On comprend qu'un déran
gement local d'une syllabe peut provoquer un dérangement
général, tendant à s'étendre à la liste entière.
Dans les expériences de Pavlov, l'excitant inconditionné, habi
tuellement de la viande donnée à un chien affamé, est non seul
ement un excitant efficace, mais encore agréable. La comparaison
avec les expériences d'apprentissage a mis en lumière ce carac
tère de récompense. Dans d'autres expériences l'excitant incondi
tionné est désagréable et présente un caractère de punition.
Dans les expériences de mémorisation, la syllabe présentée visuel
lement est un excitant inconditionné efficace provoquant la lec
ture réflexe et cette réponse est satisfaisante pour le sujet qui désire
lire afin d'apprendre. Par suite du même désir d'apprendre,
l'évocation conditionnée des autres syllabes est agréable et en
cela ces expériences diffèrent de celles de Pavlov, où la sal
ivation comme telle n'est pas agréable. Toute reproduction de mé
moire a donc par elle-même un caractère satisfaisant et partant
renforce le conditionnement. C'est un point dont il importe de
tenir compte dans l'application aux expériences de mémorisation
de lois de l'inhibition et notamment de celles de l'extinction
expérimentale.
Les expériences que nous allons décrire constituent un effort
de vérification expérimentale de déductions à priori. En partant
des lois de Pavlov, notamment des lois d'inhibition, on a imaginé
diverses expériences de mémorisation de syllabes dépourvues
de sens et, en général, on a obtenu des résultats vérifiant l'ap
plication de ces lois.
On est parvenu à reproduire l'inhibition externe, l'inhibition
conditionnelle, l'inhibition différentielle et aussi l'extinction
expérimentale. On a observé quelques beaux cas d'irradiation
et de concentration consécutive. On est parvenu à reproduire
encore un autre phénomène étudié par Pavlov : la réaction re
tardée.
A côté de ressemblances, on a observé des différences d'avec
les résultats de Pavlov, notamment le fait que l'inhibition ne se
manifeste pas seulement, ni même principalement, par l'absence
de réaction mais par des modifications de la réaction ou par des
réactions différentes. 444 PSYCHOLOGIE EXPERIMENT AIE
Inhibition externe.
Pavlov appelle « inhibition externe » l'inhibition du réflexe
conditionné provoquée par les variations du milieu extérieur.
Tout son, toute variation de l'éclairage, un courant d'air chaud
ou froid, etc., suffit à déterminer une réaction de l'animal, mou
vement de la tête, du corps, des yeux, des paupières, bref un
« réflexe d'orientation ». Ces excitations nouvelles « étouffent,
inhibent le réflexe conditionnel, suivant la loi générale de l'ac
tion réciproque des centres nerveux, déjà établie pour les parties
inférieures du système nerveux central 1 ».
Une première série d'expériences avait pour buts de :
a) Vérifier la présence dans la mémorisation d'une inhibition
externe.
b) Vérifier pour cette inhibition l'existence d'une phase de
généralisation et d'une phase de concentration et comparer la
durée de ces deux périodes.
On faisait mémoriser par le sujet des paires de syllabes dépour
vues de sens ou une liste de simples syllabes dépourvues de sens.
Le sujet lisait à haute voix aussi mécaniquement que possible.
Lorsque le sujet était parvenu à mémoriser le matériel, l'exp
érimentateur lui faisait répéter de mémoire les syllabes et trou
blait les trois ou cinq premières répétitions. Alors que le sujet
répétait une syllabe déterminée de la série, l'expérimentateur
prononçait à haute voix une syllabe différente mais phonétique
ment voisine. Le sujet continuait ensuite les reproductions sans
être dérangé et l'expérimentateur notait toutes les imperfec
tions : arrêts, mots ajoutés, mots modifiés, mots répétés, mots
omis.
Dans les quatre expériences réalisées au laboratoire, le déran
gement a provoqué une inhibition débutant dans la paire de syl
labes qui suit la syllabe dérangée, s'irradiant, puis se concen
trant sur la syllabe dérangée. La phase d'irradiation est plus
courte que la phase de concentration; l'irradiation peut même
être instantanée, être maximum dans la première reproduction
suivant les reproductions dérangées. L'inhibition est plus mar
quée en avant qu'en arrière, dans les syllabes de la liste qui
suivent la syllabe dérangée que celles qui la précèdent. Les
nombreuses irrégularités de la courbe d'inhibition montrent la
1. I. P. Pavlov. Les reßexes conditionnels, Paris, Alcan, 1927, p. 111. FAUVILLE ET C. KLOSA. SYLLABES DEPOURVUES DE SENS 445 A.
fragilité de ce processus. Tous ces résultats sont conformes aux
constatations de Pavlov.
Pour expliquer les faits on peut faire appel au réflexe d'orien
tation ou d'investigation de Pavlov. Après les expériences les
sujets ont signalé l'étonnement provoqué en eux par le déran
gement, la syllabe prononcée par l'expérimentateur.
Le diagramme ci-contre, n° 1, donne les résultats détaillés
de la première expérience.
Des expériences plus nombreuses réalisées en dehors du labo
ratoire ont confirmé ces résultats.
Inhibition conditionnelle.
Dans les expériences de Pavlov, on parle d'inhibition condi
tionnelle quand devient inhibiteur un excitant associé à l'exci
tant conditionné mais non à l'excitant efficace. Dans la mé
morisation sera conditionnelle l'inhibition d'une association
antérieure par une association nouvelle présentant certains él
éments communs.
On faisait mémoriser par le sujet des listes simples ou doubles
de syllabes dépourvues de sens. La mémorisation acquise, on
lui faisait une seconde liste identique à la première,
sauf pour quelques syllabes, en général trois syllabes différentes
de la liste précédente. Chaque lecture de la seconde liste était
suivie d'une reproduction contrôlée.
Pavlov a constaté que l'inhibiteur conditionnel inhibe non
seulement l'excitant associé mais encore à sa première applica
tion les autres réflexes conditionnés reliés au même réflexe absolu
et même les reliés à des réflexes absolus différents.
Nous avions à examiner la présence de l'inhibition condi
tionnelle proprement dite, se manifestant dans les syllabes chang
ées, et la présence de l'extension de l'inhibition aux syllabes
voisines.
Les cinq expériences réalisées ont montré la présence de cette
double inhibition.
L'inhibition conditionnée proprement dite est, en général,
maximum après la première lecture ou l'une des premières
lectures et disparaît progressivement. En général encore, c'est
la syllabe du milieu de la liste qui manifeste l'inhibition la plus
durable.
L'extension de l'inhibition présente une phase d'irradiation |
!
!
I
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vchoum; 1 1-: k \ i>kiuv! i.-; n i ai.i:
EXPÉRIENCE N" 1. Inhibition
N"» d'onir
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de
svllabei i 1(1 I! VI l'A M 1.V1C. 17 IS l(.l -J(i:M 22 2:> 21 2
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kim
bol
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lotik i kiouk )
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Dimjruinmc I.
a ;irnM a\anl hi reprodiu'lion d'iiiH' syllabe.
c reproduction erronée.
r repél il ion de la même syllabe.
La mémorisai ion exigea 2<S répéSil ions. Duranl les Irois premières ivpro(]ncti(»ii>
(n"' I, 'J. cl 'A), au momenl où ie sujet prononeail la syilalie loiil;, l'cxiiérimen la-
leur le dérangea en prmiiinciinl klouk. l.e sujel eonlinua ensuite les reproduel ions
sans cire dérangé. I .es reproduelions .">2" et .")!!•■ tic présenlaienl plus de truce de
rinhibilion. i
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terne. Sujet : Ga.
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448 I'S VCI1O 1.OCT K I'.X P K RIM KNTALK
cl de concentration, ou bien l'irradiation est maximum au début
el diminue progressivement. Cela est particulièrement marqué
aux environs des syllabes remplacées, elle est maximum et la
plus durable au milieu de la liste.
EXPÉRIENCE N» 13 B. — Inhibition conditionnelle. Sujet : Gi.
X"" d'ordre, des reproductions
Liste A Liste I! Totaux
1 2 :î i ;> (i 7 .s i) tu il 121:; t t!i:> m 17 isi
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1 1 1 1 'l'otiuix: . l'.iU ! !) I 1 Kl:
Dimjrammc 2.
a nrrèl avant la reproduction d'une syllabe.
s ••eproduc! ion erronée.
u reproduction omise.
Ces résultais sont conformes aux observations de l'avlov ou
aux consé([ueiu'.es ({iTon. en peut déduire.
Le diagramme n° 2 donne les résultats détaillés d'une expé
rience d'inhibition eondil ionnelle.
Notons que. dans la conception de Pavlov les inhibiteurs con
ditionnels des svllabes nouvelles de la seconde liste, ne sont pas
les syllabes correspondantes de la première, liste en tant que A. FAUVILLE ET C. KLOSA. SYLLABES DEPOURVUES DE SENS 449
prononcées mais en tant que traces dans le système nerveux. Lors
de la mémorisation de la seconde liste les syllabes remplacées
de la première liste ne sont pas prononcées. Ces traces provoquent
par elles-mêmes l'action inhibitrice, leur action est directe et
inconsciente.
Inhibition différentielle.
L'inhibition différentielle est celle qui rend possible la di
fférenciation d'excitants plus ou moins semblables. La différen
ciation se réalise grâce à l'inhibition des excitants voisins de
l'excitant choisi comme excitant conditionnel.
Voici la description de Pavlov :
On élabore un excitant conditionnel avec un son de 800 vibra
tions à la seconde, par exemple. Une fois cet excitant conditionnel
obtenu, on constate que les sons voisins du son choisi sont égal
ement efficaces et d'autant plus qu'ils sont plus près de ce son.
Mais si l'on accompagne systématiquement le son de 800 vibra
tions de l'excitant absolu, c'est-à-dire qu'on le « renforce », alors
qu'on ne renforce pas les sons voisins, ces derniers perdent peu
à peu leur action et deviennent finalement tout à fait inefficaces.
Nous avons pu, dans ces conditions, obtenir chez nos chiens une
différenciation de 1/8 de ton (ces chiens différenciant 2 sons de
800 et 812 vibrations à la seconde). Cette différenciation se fait
grâce au développement d'un processus venant inhiber les sons
voisins. En voici la preuve : on fait une première application
du son de 800 vibrations et l'on obtient un certain effet. Puis on
renforce l'action de ce son, de sorte qu'il continue à donner tou
jours le même effet, et l'on applique, aussitôt après, le son diffé
rencié de 812 vibrations, dont l'effet est nul. Si, immédiatement
ou très peu de temps après, on essaie à nouveau le premier son,
on constate qu'il a perdu complètement ou presque complètement
son action. Mais si, au lieu de faire cet essai immédiatement après
l'application du son différencié, on laisse s'écouler 15 ou 20 mi
nutes, l'action du premier son redevient normale. C'est donc
bien un processus d'inhibition qui a rendu les sons voisins ineffi
caces, et ce processus ne se dissipe que lentement. (Pavlov.
Les reßzxes conditionnels, Paris, Alcai, p. 199.)
Pavlov signale donc une double influence inhibitrice : d'abord
l'influence inhibitrice de l'excitant conditionnel sur les exci
tants neutres, non choisis comme excitants conditionnels; plus
tard l'influence inhibitrice de ces neutres sur l'exci-
A. P. VOL. JUB. 29

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