Relations intra-groupes - compte-rendu ; n°1 ; vol.52, pg 250-270

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L'année psychologique - Année 1952 - Volume 52 - Numéro 1 - Pages 250-270
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1952
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M.-L. Gouhier
G. de Montmollin
R. Pages
3° Relations intra-groupes
In: L'année psychologique. 1952 vol. 52, n°1. pp. 250-270.
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Gouhier M.-L., de Montmollin G., Pages R. 3° Relations intra-groupes. In: L'année psychologique. 1952 vol. 52, n°1. pp. 250-
270.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1952_num_52_1_8627250 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
de l'attente, ont influencé le comportement des sujets à l'égard de
la personne stimulus : les individus qui ont un jugement préalable
implicite (expectation) favorable, tendent à entrer davantage en
relation avec la personne-stimulus. Les auteurs mettent ainsi en
évidence l'importance des étiquettes et des jugements préalables
sur la perception et les jugements que nous faisons sur les personnes
nouvelles et sur les relations qui peuvent s'établir. Ceci est part
iculièrement fécond dans la compréhension de la force des préjugés
et des stéréotypes qui structurent de telle façon ce que nous ima
ginons des autres que la réalité même des autres nous échappe.
G. M.
3° Relations intr a- groupes.
A. Postulats et techniques d'études : a) Postulats et méthodologie
générale :
(1) DODD (S. C). — The interactance hypothesis. A gravity
model fitting physical masses and human groups (L'hypothèse
de l'interaction. Un exemple de l'extension aux groupes humains
■des lois de la gravité s' appliquant aux masses physiques). —
Amer. Sociol. Rev., 1950, 11, 245-256. — (2) KEPHART (W.
M.). — A quantitative analysis of intra-group relationships (Anal
yse quantitative des relations intra- groupe). — Amer. J. Sociol.,
1950, 5£, 544-549. — (3) TUTHILL (C. E.). — A postulational
system on social interaction (Système de postulats concernant
l'interaction sociale). — J. Psychol., 1950, 29, 355-377. — (4)
RUESCH (J.), PRESTWOOD (A. R.). — Interaction processes
and personal codification (Processus d'interaction et codification
personnelle). — J. Person., 1950, 18, 391-430.
Les auteurs de ces quatre articles s'efforcent d'élaborer des
méthodes ayant une portée générale, plutôt que d'analyser le con
tenu des interrelations observées à l'intérieur d'un groupe donné.
Il s'agit pour eux de mesurer et de prévoir le nombre d'interactions
qui pourront se produire dans une collectivité, à partir de cer
taines conditions de fait et de postulats théoriques.
S. C. Dodd (1) établit un système théorique d'équations de type
physico-mathématique, fondé sur l'hypothèse de l'interaction
(interactance) pour prédire la quantité d'interrelations, compte
non tenu de leur forme, qui pourraient s'établir parmi les membres
d'un groupe, étant connues les dimensions de base : temps, espace,
nombre, activité principale du groupe : les collectivités établissent
davantage d'interactions quand les membres en sont plus rapides,
plus proches, plus nombreux, d'un niveau d'activité supérieur.
Cette interaction humaine est conçue sur le modèle des procès- PSYCHOLOGIE SOCIALE 254
«us d'association de molécules en physique : les formules, bien que
les expressions en diffèrent, sont les mêmes. Cette hypothèse qui
■est un essai de généralisation des lois de la gravité, n'apprend rien
an sujet de la nature des interactions, elle permet seulement d'en
prévoir le nombre; elle n'établit qu'une définition opérationnelle
à partir d'indices observables, comme les travaux de Carey, Zipf,
Stewart, Cavanaugh... ont contribué à les mettre en évidence. Le
parallélisme fondamental établi ici entre les dimensions sociales
■et les dimensions physiques (vitesse, force, accélération, énergie,
action...) se situe dans la tendance à peu près généralisée à l'heure
actuelle en psychologie sociale, à considérer les faits de groupe
comme des processus dynamiques.
W. M. Kephart (2) présente également une tentative équation-
nefie d'étude quantitative des interrelations à l'intérieur d'un
même groupe. La question a surtout été abordée jusqu'ici du point
•de vue qualitatif : l'auteur essaie de fournir un certain nombre
•de formules spécifiques pour la détermination du nombre de toutes
les combinaisons possibles de sous-groupes, à partir du nombre
■de membres du groupe. Il espèse qu'à partir du rapport A. R./
P. R., dans lequel A. R. représente le nombre des relations actuelles
«qui peut être déterminé par les méthodes sociométriques et P. R.
le nombre de relations potentielles qui peut être calculé par les
formules proposées, on pourra mieux comprendre les dynamiques
•de comportement collectif et classer les différents groupés selon
leur degré d'énergie (« operating »), distinct du niveau d'efficience
•en ce que celui-ci ne se rapporte qu'à la tâche commune.
C E. Tuthill (3) construit un système de postulats qui se rap
portent au problème d'interactions sociales. Il s'agit en fait d'une
■véritable algèbre sociale, dont les symboles sont empruntés à la
géométrie dans l'espace, et qui développe à partir de postulats,
des séries de théorèmes et d'implications. Les concepts majeurs
■de ces postulats sont d'une part la « position du je » (« ego-status »),
■définie comme la connaissance ou perception subjective qu'a un
individu de sa position dans quelque dimension-valeur, tandis que
la position (« status ») est un concept relativement objectif essen
tiellement sociologique qui se rapporte à la position dans le groupe,
attribuée par le groupe à un individu qui en est membre; d'autre
part la réciprocité de toute interaction sociale : en effet, toute
action qui se présente dans le groupe implique une altération de
1' « ego-status » pour la personne-agent, et pour la personne-agie.
L'auteur voit une utilisation pratique de ce système, comme
cadre formel et conceptuel de travail, pour l'étude de toutes sortes
de problèmes psychologiques et de situations sociales.
J. Ruesch et A. R. Prestwood (4) mettent en évidence quelques
processus d'interaction, à partir d'observations de psychothérapie.
Ils étudient les déterminations multipolaires des comportements 252 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
individuels (motivation, réaction émotionnelle, rôles, etc.) dans
une perspective de groupe : ces aspects considérés du seul point
de vue d'un individu isolé ne fournissent pas d'explication de
l'interaction sociale; c'est la situation sociale totale qui doit être
prise comme unité d'étude.
Tout acte de comportement est un message : une situation sociale
ne devient « réelle », c'est-à-dire déterminante d'actions de la part
des membres, quand chaque individu du groupe perçoit les per
ceptions qu'ont les autres; or, la communication et la compréhens
ion sociales sont possibles parce que chaque participant a un
système de codification pour interpréter les événements du groupe.
Le but de l'étude est de montrer comment les inte
rpersonnels affectent la structure et les processus intrapsychiques
des individus; le problème est évidemment fondamental en psycho
thérapie. On compare les expressions verbales de la structure
intrapsy chique avant l'expérience interpersonnelle, de la même
structure après l'expérience, et des impressions des participants
sur les événements au cours de l'expérience interpersonnelle. Les
auteurs en déduisent une série dg concepts structuraux : le « ça »,
par lequel l'individu exprime la situation sociale totale, et la série
des pronoms personnels, le « moi », le « tu », le « nous », le « ils »
par lesquels exprime les relations sociales. Les variables
à considérer sont dans le cadre de la comparaison des processus
intrapsychiques avant, pendant et après l'interaction, la vitesse,
la quantité et la fréquence des changements, l'intensité, la dis
tinction, l'orientation des processus interpersonnels. En dernière
analyse, les concepts qualitatifs de cohérence interne et d'adéqua
tion des liaisons serviront à comprendre les processus interperson
nels déviés ou inadaptés.
G. M.
b) Techniques d'étude concrètes :
(1) OSTERBERG (W. O.). — A method for the study of bar
gaining conferences (Méthode d'étude des discussions de négo
ciation). — Person. Psychol., 1950, 3, 2, 169-178. — (2) BALES
(R. F). — A set of categories for the analysis of small group
interaction (Établissement de catégories pour l'analyse de l'inte
raction dans les petits groupes). — Amer. Soc. Rev., 1950, 15,
2, 257-263. — (3) FOURIEZOS (N. T.), HUTT (M. L.), GUETZ-
KOW (H.). — Measurement of self-oriented needs in discus
sion groups (Mesure des besoins égo-centriques dans les groupes
de discussion). — J. abn. soc. Psychol., 1950, 44, 4, 682-
690. — (4) STEINZOR (B.). — The spatial factor in face to
face discussion groups (Le facteur dans les discussions
en petit groupe). — J. abn. soc. Psychol., 1950, 45, 3, 552-
555. — (5) MAIER (N. R. F.). — The quality of group- PSYCHOLOGIE SOCIALE 253
decision as influenced by the discussion leader (L'influence du
meneur de discussion sur la qualité de la décision du groupe). —
Hum. Relat., 1950, 3, 155-174. — (6) CAPLOW (T.), FOR-
MAN (R.). — Neighbourhood interaction in a homogeneous
Community (Relations de voisinage dans une communauté homog
ène). — Amer. Sociol. Rev., 1950, 15, 357.
Ces six articles, par opposition aux précédents, comportent
des études de contenu.
W. Ö. Osterberg (1) essaye d'enregistrer et de mesurer les con
duites (surtout verbales) dans des discussions menées en groupe
restreint. Pour obtenir des données mesurables, les « unités de
comportement » sont classées par les observateurs, au fur et à
mesure de leur apparition au cours de la discussion, dans des caté
gories déterminées à l'avance; ceci permet, après la réunion, d'éva
luer le taux de tel ou tel type de conduite (pour un ou plusieurs
membres du groupe), d'établir la séquence des types de conduite,
et de faire finalement apparaître, sur un graphique, le profil de
la discussion dans lequel les positions sur une échelle de conduites,
se distribuent le long d'une ligne de temps.
L'auteur propose une échelle qui va depuis « la conduite pro
duite par une frustration marquée, avec absence d'orientation
vers un but, jusqu'à la conduite produite par une absence de
frustration, avec orientation positive vers un but ». Chaque type
de conduite, représenté par un symbole littéral (Agression : A,
Négation : N; Défense de soi-même : D; etc.) est relié au sujet
qui l'a émis, également par un symbole, ce qui permet
d'établir une « carte » de la discussion. Ces données peuvent ensuite
être mises en relation avec d'autres variables : la satisfaction des
participants, leur évaluation du succès de la discussion, le type
d'accord qui est intervenu... La fidélité des observateurs est étu
diée et unifiée; mais on peut se demander quelle est la validité
de leurs notations; en effet l'échelle des conduites est établie de
façon très discutable, et nullement reliée à une théorie générale
de l'interaction dans les groupes restreints; l'auteur lui-même
décrit les difficultés de ses observateurs à faire entrer toutes les
conduites observées dans les catégories qui leur sont fourmes.
M.-L. G.
R. F. Baies (2) tente de pallier aux faiblesses de la psychologie
sociale en ce domaine — qui sont dues à l'absence d'une théorie
générale du comportement, et à l'incertitude des définitions des
catégories et des critères d'observation, — en établissant un système
de bien définies à partir de l'observation de petits groupes, -
mais qui soit en même temps généralisable. La méthode se ramène
— comme chez W. O. Osterberg — à une classification du compor- 254 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
tement, action-par-action, de ce qui arrive dans un groupe face
à face; l'analyse des données permet d'obtenir des indices descript
ifs des processus de groupe, et par suite, la mise en évidence des
facteurs qui influencent ces groupes. En 12 catégories, l'auteur
classe les réponses — positives et négatives — à 6 problèmes fonc
tionnels : de communication, d'évaluation, de contrôle (aire des
conduites orientées vers la «Tâche»); problèmes de décision, de
tensions à résoudre, d'intégration au groupe (aire dies conduites
socio-émotionnelles). Les observateurs utilisent une natation symb
olique simple (par exemple : 7 -> 2 — 1, signifie que le parti
cipant n° 2, demande au President une information, cette conduite
appartenant à la catégorie n° 7).
L'hypothèse directrice est que tout processus d'interaction passe
par une série de phases fonctionnelles (résolvant les problèmes
fonctionnel« ei-dessus énoncés) et l'ordre dapparitiom de ces phases
est à peu près toujours le même. L'auteur montre que cette concept
ion du groupe comme système d'interactions s'apparente à la-
théorie de la personnalité exprimée en termes d'interactions d'actes
ou de possibilités d'actes. Les scores ae peuvent être établis q«e
par des observateurs bien entraînés, qui isolent des unités de parole
ou de procédé et notent, d'autre part, les traits de comportements
Puisqu'il y a une distribution « moyenne » de l'apparition des
phases fonctionnelles, les écarts par rapport à cette image moyenne
peuvent fournir des indications sur la nature des conditions dans:
lesquelles l'interaction a eu lieu; il y a d'autre part une- uniformité
moyenne de distribution des tâches entre les personnes^ par rap
port à laquelle toute déviation peut être instructive. Ssn méthode
s'applique surtout aux groupes caractérisés par des interactions
verbales, et d'une façon plus générale aux groupes qui soraf nette
ment localisés.
G. M. et M.-L.. GL.
Par opposition à la classification de R. F. Baies qui cherche ä
embrasser tous les aspects du processus de groupe, Fouriew»,
Hutt et Guetzkow (3) cherchent à isoler un aspect de la motivat
ion qui sous-tend ce processus. Il s'agit d'ici de discerner et d'éva
luer les besoins personnels que l'individu cherche à satisfaire, au
cours de la discussion, sans avoir égard au but commun que pours
uivent les participants.
Une étude préliminaire faite en 1948, sur des étudiants, faïtf
apparaître une corrélation positive entre l'évaluation des besoins:
des sujets obtenue au moyen d'entretiens cliniques, et l'évaluation
de ces mêmes besoins fournie par des observateurs assistant à une
série de discussions auxquelles participent ces sujets;, ainsi; se; trouve
établie la validité des notations de ces observateurs^ SOCIALE 255 PSYCHOLOGIE
Les conduites observées dans le groupe sont reportées en 5 caté
gories de besoins « self-oriented » :
1° De dépendance : a) vis-à-vis de l'autorité, b) généralisée;
2° De position sociale (rang, hiérarchie, titres...);
3° De domination : a) dans le domaine intellectuel, b) en toute
situation;
4° D'agression : a) contre l'autorité, b) généralisée;
5° D'expression (« catharsis »).
Pour évaluer chaque conduite en fonction de ces catégories,
l'observateur est entraîné à tenir compte du contenu latent et du
ton affectif des répliques. Différentes sortes de notation sont étu
diées (notes données aux individus, au groupe pris comme un tout,
aux « unités de conduite » des individus) et la fidélité des nota
tions est vérifiée.
Le taux des besoins égocentriques ainsi évalué (pour chaque
individu ou pour le groupe) peut être mis en relation avec le taux
de la satisfaction (évalué au moyen de questionnaires); il apparaît
que ceux qui sont le plus fortement motivés par des besoins égo
centriques sont les moins satisfaits dans les discussions. De plus :
entre le taux de manifestation de ces mêmes besoins et la product
ivité du groupe (calculée sur le nombre d'items examinés et réso
lus) la corrélation est également négative.
La mise en rapport de l'engagement personnel (défini par la
quantité de besoins « self-oriented ») avec d'autres aspects du pro
cessus de groupe, permet de mesurer l'influence de ces besoins-
sur le fonctionnement des groupes restreints.
B. Steinzor (4) dans une étude beaucoup plus limitée que les-
précédentes, quant à son objet, part de l'hypothèse suivante :
« Si une personne occupe une position spatiale qui augmente ses-
chances d'être plus complètement observée, la valeur de stimulus
de ses propositions augmente, en vertu d'un facteur d'impact
physique supérieur aux autres. »
Vérification expérimentale : deux groupes de 9 et 10 personnes
dont les sièges sont disposés en cercle. La distance des sièges étant
prise comme mesure directement proportionnelle à la perception
physique des membres les uns par les autres, on calcule la fr
équence théorique de la séquence des interventions verbales liée
à la distance des participants entre eux. Puis on compare cette
fréquence attendue à la fréquence réellement enregistrée au cours
des discussions.
Résultats : plus grande est la distance à laquelle sont assises
deux personnes, plus est leur chance de se succéder dans-
leurs interventions verbales. Ce résultat peut être pris en considé
ration, dans la technique du « leadership », quand il s'agit de petits-
groupes.
R. F. Maier (3) pose qu'une solution obtenue par le groupe est ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 256
plus acceptable pour le groupe que celle qui lui est imposée. Mais
la pensée du groupe est-elle nécessairement supérieure à celle des
individus pris isolément? L'auteur passe en revue quelques études
expérimentales faites sur ce sujet, et montre que leurs résultats
ne convergent pas absolument. Il reste que la pensée d'un individu
peut être supérieure à celle du groupe; dans ce cas comment cet
individu peut-il influencer le groupe, sans susciter de résistances?
L'expérience, ici, consiste à présenter à de petits groupes un
problème (d'organisation du travail et de production) qui comporte
plusieurs solutions, dont l'une est, sans conteste, supérieure à toutes
les autres. Dans quelles conditions psychologiques faut-il placer le
groupe, pour qu'il atteigne cette solution?
Dans une expérience préliminaire, le problème est posé à 20 groupes
de 4 à 6 étudiants, ainsi qu'à quelques isolés : ni ceux-ci, ni ceux-là
n'ont pu donner la bonne solution.
S'appuyant sur ses travaux antérieurs, Maier pose que la réso
lution du problème n'est possible que si les sujets sont motivés à
progresser, si toute frustration (rendant les hostiles, enfant
ins, rigides) est éliminée. Il introduit donc :
a) Un leader de discussion, dont le rôle est de poser des questions,
pour stimuler, d'encourager, d'éviter les heurts, et d' « orienter
vers des solutions constructives »;
b) Une distribution de rôles aux participants, permettant en
d' « agir » le problème, en rendant la diffquelque sorte de jouer,
iculté « vécue ».
Sur 6 groupes, dans lesquels cette technique fut employée, 5 attei
gnirent à l'unanimité la solution la plus élégante (que le leader
n'a, dans aucun cas, fournie). Joignant à cela les résultats d'une
expérience de contrôle, faite avec des étudiants (groupes travaillant
avec — et sans — leader, — et sans — dramatisation du
problème posé), l'auteur est conduit aux conclusions suivantes :
un leader entraîné, et possédant des idées fécondes, peut obtenir
qu'un groupe donne une solution d'une qualité supérieure, et une
acceptation plus intense de la bonne solution qu'un leader qui
ne possède pas ces qualités. Le « leadership » démocratique ne
donne pas seulement l'acceptation et la coopération, mais il amél
iore la qualité des dé cisions prises par le groupe.
En fait, s'agit-il encore de décision prise par le groupe? L'auteur
semble être passé de l'étude de. la productivité de la pensée de
groupe à une autre étude : celle des procédés qui permettent à un
meneur possédant la solution d'un problème de la faire accepter
par le groupe, en la lui faisant réinventer. Que dire d'une pareille
méthode dans les cas où il n'existe pas de solution supérieure « sans
conteste •» à toutes les autres ?■
T. Caplow et R. Forman (6) étudient les conditions dans le
squelles s'établissent des relations dans une communauté homogène. PSYCHOLOGIE SOCIALE 257
Les auteurs recueillent les données en demandant aux 50 chefs de
famille d'un bloc d'une cité universitaire, aire résidentielle relat
ivement homogène, clairement définie, population atteignable dans
sa totalité, de décrire les relations établies par les membres de sa
famille avec les membres des autres familles du bloc et ceux des
familles situées hors du bloc, et de répondre à un questionnaire
d'informations socio-économiques. Des conditions écologiques, une
seule apparaît comme jouant nettement un rôle : la proximité locale.
Du point de vue de la structure de la communauté, un fait impor
tant est mis en évidence par les résultats : à l'intérieur d'une même
communauté homogène, il existe plusieurs niveaux d'intégration,
le niveau des familles « vedettes » (stars), signalées par le grand
nombre de relations étroites avec d'autres familles et caractérisées
par un haut degré d'activité dans la plupart des aires qui leur sont
offertes, et le niveau auquel, si on enlève ces familles-vedettes, la
communauté reste cependant structurée. L'homogénéité est donc
présentée comme un facteur majeur de constitution d'un groupe;
elle s'apparente à une simplicité moléculaire en termes de faits
spatiaux; mais il faut bien préciser qu'il s'agit ici d'une société de
type mécanique, sans division du travail, qui présente une grande
uniformité de la profession, de niveau de vie et de composition
moyenne de la famille.
G. M.
B. Rôles sociaux :
(1) NEWCOMB (T. M.). — Role behaviors in the study of indi
vidual personality and Of groups (Le comportement des individus
dans leurs différents rôles : contribution à V étude des groupes et
de la personnalité individuelle). — J. Person., 1950, 18, 273-
289. — (2) CAMERON (N.). — Role concepts in behavior patho
logy (Le concept de rôle en pathologie du comportement). — Amer.
J. Sociol., 1950, 55, 464-467.
T. M. Newcomb (1) se propose de montrer comment le concept
de rôle social peut contribuer à une compréhension plus profonde
des dynamiques de groupe, mais également des dynamiques de la
personnalité individuelle. Nous pouvons observer la conduite de
tous les individus jouant le même rôle dans une société, ou encore
étudier comment agit un individu dans ses rôles successifs, ou enfin
comment agit un individu dans un même rôle à des moments diffé
rents : certaines constantes, certains changements apparaîtront
dont les facteurs pourront être mis en évidence. Ces divers « com
portements-en-rôle » sont observables et bien définis : ils répondent
aux critères de validité et de certitude de toute observation scien
tifique. Or, le rôle est une catégorie sociale, mais d'autre part c'est
la richesse des qualités individuelles, par lesquelles ce cadre formel
d'action devient conduite personnelle, qui lui donne sa réalité concrète.
l'année psychologique, lii, fasc. 1 17 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 258
On sait l'importance du « concept "du moi » pour l'organisation
de la personnalité; or, la perception de soi est inséparable de la
perception des autres, et elles dépendent toutes deux du système
de rôles qui caractérise la société et qui sert de référence; c'est
pourquoi la communication sociale n'est possible qu'entre per
sonnes qui perçoivent les objets ou les personnes dans les mêmes
cadres de références. Si la communication est mal réalisée, parce
que le contexte perceptif est mal partagé, des conflits personnels
et sociaux peuvent naître. Mais, il y a encore un autre aspect de
la personnalité qu'une étude des rôles peut contribuer à expliquer,
c'est le caractère de continuité. Les forces qui maintiennent les
habitudes personnelles ont leur origine à la fois dans l'organisation
intérieure et dans le contexte des rôles. A notre conduite dans nos
différents rôles, les autres réagissent de la même façon, ce qui assure
la continuité de la personnalité; en contrepartie, tout changement
dans un rôle amène un changement de personnalité.
D'autre part, les rôles peuvent amener une meilleure compréhens
ion des groupes. Un groupe est un système particulier de rôles qui
interfèrent; le changement ou la persistance d'un groupe, c'est le
changement ou la persistance des comportements de rôles des
individus qui composent le groupe; la similitude de la perception
par chacun des membres des actions-en-rôles des autres en assure
la cohésion.
Ainsi la personnalité et le groupe, sans constituer un seul et même
problème, n'en ont pas moins quelque chose de commun; on peut
donc leur appliquer les mêmes concepts et les mêmes méthodes
d'étude. En psychologie sociale, toute action est à la fois stimulus
et réponse; c'est ainsi que le comportement dans un rôle d'un
individu est à la fois un segment de sa conduite personnelle et
l'objet d'une perception pour les autres; il s'agit donc d'un même
processus, considéré de deux points de vue : on apprend à se con
naître, à être soi, en même temps et de la même façon qu'on apprend
à connaître les autres. Voilà pourquoi, pour l'explication de la
personnalité individuelle comme pour celle de l'interaction sociale,
il est nécessaire de chercher à mesurer ces comportements de rôles.
La fécondité, d'une telle position théorique tient précisément en
ce qu'elle offre un renouvellement des moyens d'étude de ces deux
domaines complexes, tout en maintenant le point de vue métho
dologique de la psychologie du comportement, et en ce qu'elle
établit une proximité économique de ces deux formes de structu
ration dynamique que sont la personnalité et la collectivité.
Cette fécondité est encore illustrée par l'article de N. Cameron (2)
qui tire les implications de la théorie générale des rôles pour le
domaine de la psychopathologie. L'auteur montre que l'enfant naît
dans un environnement de conduites préfabriquées; son dévelop
pement consiste en l'acquisition de plusieurs comportements carac-

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