Revue critique des essais d'électroencéphalographie quantitative. - article ; n°1 ; vol.47, pg 230-243

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1946 - Volume 47 - Numéro 1 - Pages 230-243
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1946
Lecture(s) : 4
Nombre de pages : 15
Voir plus Voir moins

Z. Drohocki
II. Revue critique des essais d'électroencéphalographie
quantitative.
In: L'année psychologique. 1946 vol. 47-48. pp. 230-243.
Citer ce document / Cite this document :
Drohocki Z. II. Revue critique des essais d'électroencéphalographie quantitative. In: L'année psychologique. 1946 vol. 47-48.
pp. 230-243.
doi : 10.3406/psy.1946.8291
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1946_num_47_1_8291II
REVUE CRITIQUE DES ESSAIS
D'ÉLECTROENCEPHALOGRAPHIE QUANTITATIVE
par Z. Drohocki.
D'après les données de la littérature, le terme d'Electroencépha-
lographie quantitative (E. E. G. quant.) englobe l'ensemble de pro
cédés métriques applicables à l'E. E. jG. On mesure les fréquences,
les tensions, les formes et les multiples rapports, afin de suppléer,
f>ar une expression numérique, à la difficulté de définir avec préci
sion l'évolution de l'électroactivité cérébrale, enregistrée sous forme
•d'une courbe bizarre et compliquée. Le problème est imposé par
la nécessité de comparer des E. E. G. différents. Les mesures sont
accomplies souvent à l'aide des méthodes imparfaites et même
inadéquates. Si la^ signification physiologique des résultats n'est
pas claire, leur interprétation difficile, sinon impossible pour le
moment, leur signification pratique paraît, par contre, évidente :
tous ces procédés différents aboutissent à des systèmes indicateurs
chiffrés, plus ou moins sensibles et caractéristiques des modifications
de l'activité cérébrale. Leur utilité, d'une part et, d'autre part,
l'énorme complexité du problème de l'E. E. G. justifient, d'emblée,
tous ces essais.
Dès les premiers travaux sur l'E. E. G., le problème des mesures
prend corps. Au début, la question est encore mal précisée et le
facteur quantitatif sert plutôt à compléter la description. C'est
ainsi que Prawdicz-Neminski (1) et, plusieuis années plus tard,
H. Berger (2) individualisent les différents types d'ondes cérébrales,
caractérisées par leurs fréquences et amplitudes; ce procédé, jusqu'à
^aujourd'hui, trouve encore des partisans à cause de sa simplicité
.apparente.
On détermine donc la tension d'une onde, en mesurant son ampli
tude maximum. Cette de crête, Eo, n'indique cependant
*que la valeur instantanée d'une tension variable. Pour caractériser
•celle-ci dans son ensemble, il faudrait recourir aux mesures de la
tension moyenne, Em, ce qui est très simple, si la courbe examinée
revêt une allure quasi sinusoïdale. Dans ce cas, on évalue cette moyenne avec une approximation tolerable, utilisant la
ifoimule : Em = 0,631 Eo; c'est dire que, dans ce cas, l'amplitude
maximum est représentative de la tension moyenne et suffisante
3>our la caractériser. DROHOCKI. ÉLBCTROENCBPHALOGRAPHIE QUANTITATIVE 231 Z.
Mais, si la courbe est irrégulière, il n'y a plus de rapport constant
entre les tensions maxima et les tensions moyennes; aux mêmes
tensions de crêtes peuvent correspondre les tensions moyennes
diverses, l'amplitude maximum n'a plus aucun caractère représent
atif et toute évaluation basée sur ce principe devient illusoire.
L'idée que seules les mesures des tensions moyennes permettent
d'évaluer et de comparer les modifications de l' électroactivité se
fait jour pour la première fois en 1937, dans les travaux de Kornm
üller (3). Suivant la suggestion de Tönnies, cet auteur additionne
les amplitudes maxima pendant un temps donné et divise la somme
par ce temps, exprimant la tension produite en millivolts par seconde.
A l'appui de cette juste formule, Kornmüller n'indique cependant
aucun procédé adéquat des mesures. Sa technique revient donc à
mesurer les amplitudes maxima. Mais, pour accomplir ces mesures,
il faut disposer d'une ligne de références, d'une ligne de zéro. La
position de celle-ci n'est pas déterminée. Elle ne peut correspondre
au zéro absolu puisque l'E. E. G. n'indique que les différences des
potentiels dont les valeurs nous échappent. Ce sera une ligne de
zéro relatif, qui correspond à toute différence de potentiel égale à
zéro. Cette question semble encore échapper à Kornmüller. En
l'absence d'une ligne de référence et d'une loi des variations d'amp
litude, aucune mesure exacte n'est possible. Néanmoins, le problème
d'une E. E. G. quant, est pour la première fois, posé et aussi contes
tables que soient, du point de vue physique, les résultats obtenus,
ils méritent de retenir l'attention à cause de leur constance.
De ces mesures, il résulterait que le « métabolisme électrique »
du cerveau considéré comme un tout n'est pas modifié par l'activité
cérébrale : 1. les amplitudes des courants au cours de ne
seraient^pas plus grandes que celles des courants au repos; 2. l'inhi
bition au niveau de plusieurs centres du cerveau, liée à la stimul
ation de l'un d'eux, agirait en compensation, maintenant le même
s' adressant à une taux global «d'échanges»; 3. la stimulation,
partie très limitée du cerveau, n'arriverait pas à modifier l'allure
de l'ensemble. Par contre, un parallélisme net existerait « entre
la grandeur des échanges électroénergétiques du ceiveau et l'inten
sité de la réaction motrice, lorsque l'exploration se borne aux
centres moteurs ».
Est-il permis cependant de parler de « métabolisme électrique
du cerveau »? Ceci impliquerait le parallélisme de l'activité élec
trique avec d'autres manifestations de l'état physiologique du
cerveau.
Or, très souvent, c'est précisément le contraire qui se produit :
la diminution de l'amplitude de l'E. E. G. sous l'influence d'une
stimulation en est un exemple banal; la recrudescence de l'activité
électrique de l'écorce cérébrale, provoquée par quelques narcotiques,
ne parle pas, non plus, en faveur d'un parallélisme simple.
Pour expliquer ces faits, on a recours à l'hypothèse de synchron
isation : le repos, la narcose, augmenteraient le nombre de cellules
battant au même rythme et «unisono»; de cette mise en phase
de différentes activités "résulterait une augmentation de l'ampli
tude de l'E. E. G.; par contre, l'excitation, désynchronisant les NOTES ET REVUES CRITIQUES 232
activités partielles, îéduirait de ce fait l'amplitude globale; ce
déphasage entraînerait une augmentation apparente des fréquences
cérébrales, même^si les fréquences propres des cellules en jeu res
taient inchangées; une réelle pourrait en outre
résulter de l'excitation accélérant les lythmes de cellules paiticu
Hères. Ainsi, l'augmentation de l'activité cérébrale se traduirait,
non pas par une augmentation de l'amplitude, mais par une aug
mentation de fréquence de l'E. E. G.
Cependant, on observe l'augmentation de l'amplitude des manif
estations électrocérébrales à la suite de l'action des substances
excitantes, convulsivantes ou de celles qui augmentent les processus
oxydatifs du cerveau; par contre, les narcotiques finissent par
réduire l'amplitude de l'E. E. G., parfois en augmentant la fréquence.
Dans ces conditions, il n'est pas facile de dire à quoi corre
spondent les résultats des mesures de tensions par rapport à l'acti
vité cérébrale. Mais comme — on le verra plus loin — les variations
de tension contribuent dans la même proportion que les
de fréquence et de forme à la définition quantitative de l'E. E. G.,
il fallait en trouver une méthode adéquate de mesures.
La difficulté de l'interprétation se trouve encore accrue du fait
que l'E. E. G. ne fournit que des renseignements relatifs à la di
fférence des potentiels entre les deux points explorés, sans permettre
de préjuger de leurs yaleurs : ainsi, l'augmentation ou la diminution
de cette différence n'indique nullement le sens de l'évolution de
ces potentiels; l'augmentation de différence des potentiels peut être
accompagnée de la diminution de leurs valeurs, et vice versa.
Pour déterminer les variations quantitatives d'une tension irré-
gulière, la connaissance des amplitudes maxima ne suffit donc pas.
Si l'on veut définir avec exactitude ces variations, il faut connaître
chaque valeur de tension sur tout le parcours de son évolution,
il faut donc tenir compte de toutes les amplitudes successives, pro
duites pendant un temps donné. C'est ainsi que, en 1937, Drohocki (4)
utilise la méthode planimétrique de mesure de l'intégrale de la
tension cérébrale. Cette intégrale, pour une période donnée, est
identique à la somme d'un nombre infini de rectangles, dont les
hauteurs expriment les amplitudes instantanées e de la tension
variable, et dont les bases sont égales à des temps infiniment petits
(d +) '• Sedt. Or, l'ensemble de ces rectangles successifs couvre la
surface S, comprise entre la courbe enregistrée et la ligne de zéro.
Cette surface est identique à la surface d'un rectangle dont la
hauteur est donnée par la tension moyenne em de la variation consi
dérée et la base par le temps de mesure t.
L'identité des expressions S = fm ■= Sedt permet de calculer
la tension moyenne : em = fedt — If - = — S t . _, Des , lors, pour comparer
d'une manière exacte et objective deux tensions moyennes elm et
e^H, il suffit de comparer leuis surfaces correspondantes relatives
a < un même » temps, . car : fi« -=— = — ^î : — ^ = = §i ^-.
Cette méthode a été ensuite adoptée par H. Berger (5) et lui
a permis de préciser numériquement les modifications narcotiques DROHOCKI. ÉLECTROENCÉPHALOGRAPHIE QUANTITATIVE 233 Z.
de l'E. E. G. X André (6) utilisant la même méthode a pu démontrer démont
que, contrairement à l'opinion de Bremer et de Pick, le barbituric barbiturique
dial, simultanément avec le sommeil profond, déclenche une vive
activité électrique au niveau du thalamus, alors qu'il supprime
celle de l'écorce, après un stade d'excitation passagère. Or, l'appré
ciation purement "qualitative ne rend pas compte de cet état de
choses.
Pour rendre les mesuies plus faciles, Diohocki (7) met au point
un intégrateur automatique qui permet, à la fois, d'établir la ligne
de base et d'accomplir les mesures avec un maximum de précision :
la position de la ligne de base autour de laquelle varie la tension
cérébrale détectée est déterminée par la valeur de la polarisation
de la lampe d'entrée de l'amplificateur. En redressant la
cérébrale, on fait ressortir et cette ligne et la surface à mesurer.
On applique la tension redressée comme polarisation variable d'un
multivibrateur. A chaque valeur de bien déterminée,
coi respond un nombre d'impulsions du multivibrateur bien défini.
Le total des amplitudes pour un temps donné sera ainsi, au bout
de ce temps, traduit en un nombre d'impulsions, exprimant, c'est
évident, la surface intégrale de la tension cérébrale mesurée. C'est
ainsi que les variations de l'amplitude cérébrale seront représentées
par les variations de la fréquence du multivibrateur.
Si, cependant, la planimétrie, directe ou électrique, constitue
la méthode adéquate de mesure des tensions irrégulières, comme le
sont les tensions cérébrales, elle n'échappe pourtant pas à une objec
tion de principe : l'E. E. G. résulte de la collaboration d'une mul
titude de processus distincts; les vrais rapports numériques de ses
composantes s'effacent, par conséquent, dans le chaos de l'interfé
rence; les amplitudes, les fréquences et les formes mêmes de l'E. E. G.
ne représenteraient pas la réalité physiologique; il serait donc vain
de vouloir déterminer la valeur exacte des modifications quantitat
ives de l' électroactivité du cerveau, partant d'une courbe complexe;
dans ces circonstances, la décomposition de cette activité en des
composantes ayant une existence réelle deviendrait presque une
condition sine qua non de toute mesure.
Il sembla que l'analyse de Fourier était l'instrument approprié
pour accomplir cette décomposition. Séparant, sous forme d'oscil
lations sinusoïdales, les composantes de l'activité cérébrale, elle
permettait, en effet, et d'établir leurs relations numériques et d'éva
luer l'électroproduction globale, répartie entre ces composantes. Il
~\est étonnant que cette analyse, tentée à plusieurs reprises pour
d'autres buts, n'ait cependant été utilisée qu'une fois aux fins d'une
E. E. G. quantitative x.
En 1942, Koopman (8) extrait de l'E. E. G. les groupes d'oscil
lations qui se distinguent pai une certaine ressemblance et soumet
à l'analyse harmonique la figure résultant de la superposition de
ces groupes. C'est un procédé arbitraire, dicté non pas, par les
1. Dans un mémoire, des plus remarquables, mais qui n'a pas de rapport
direct avec les problèmes traités ici, Lacape a érigé une théorie de l'EEG,
basée sur les résultats de l'analyse harmonique. KOTES ET BEVUES CRITIQUES
exigences de l'analyse elle-même, mais par l'allure irrégulière de
la courbe : pour que cette analyse puisse fournir des renseignements
d'ordre plus général, il faut en effet qu'elle s'applique à ce qui se
répète dans l'E. E. G. Cependant, cette manière de procéder a
pour conséquence de limiter les mesures aux parties sélectionnées
de l'E. E. G., créant ainsi des intervalles vides entre les parties
mesurées.
Koopman établit deux relations caractéiistiques : 1° le rapport
harmonique fondamental est appelé « facteur de forme »; il indique
dans quelle proportion l'harmonique considéré contribue à la fo
rmation de l'onde complexe; c'est, en même temps, l'indice de dis-
torsion-du de l'onde complexe; 2° le rapport de mêmes
harmoniques relevé en des temps différents est appelé « facteur
de temps : il indique le degré de variation de l'amplitude moyenne
d'un harmonique au cours du temps; c'est aussi l'indice de stabilité
et de variabilité de la forme de l'onde complexe dont l'harmonique
considéra constitue l'élément; à mesure que ce facteur diffère de 1,
la forme complexe variera, elle aus&i, au cours du temps. Ces deux
facteurs indiquent, selon Koopman, « par un nombre exact, l'image
caractéristique de la courbe en question, de sorte que l'on peut
comparer les divers E. E. G. ». Il est évident que ces expressions
numériques des variations de formes de l'E. E. G. sont indépen
dantes des variations de tension, laquelle n'est pas mesurée.
Cependant, l'analyse mathématique nécessite pour se justifie»
deux hypothèses, à savoir que : 1° les harmoniques extériorisées
par l'analyse correspondent à une réalité cérébrale; 2° le spectre
de l'activité cérébrale a une composition harmonique discontinue. '
Or, comme l'analyse mathématique ne peut, à elle seule, prouver
la réalité physiologique (ou même physique) des résultats qu'elle
fournit, il a semblé, à un moment, logique de recherchei une solution
expérimentale du problème.
En 1938, presque en même temps, Gibbs (9) et Drohocki (10)
'mettent au point deux procédés différents de décomposition expé
rimentale de l'activité électrique du cerveau. Sans entrer dans les
détails techniques, il faut souligner un point commun à ces deux
méthodes : l'analyse est accomplie à l'aide de cncuits oscillants
accordés, de filtres électriques.
Gibbs obtient un spectre continu d'un tracé d'E. E. G. enregistré
au préalable. Dans ce spectre, les composantes sont représentées
de façon intégra^ive, par leurs amplitudes moyennes, donc sans
tenir compte des variations dans le temps.
Drohocki, enregistrant directement l'activité électrique du ce
rveau à travers une batterie de filtres, obtient un spectre discontinu.
Les composantes séparées y sont inscrites de façon à la fois continue
et intégrative. Ceci permet, et l'observation des variations de ces au cours du temps et leur évaluation numérique.
Finalement, le principe de Réparation et d'intégration des fr
équences utilisé par Grey Walter (11) est le même que chez Drohocki.
Cependant, grâce à la perfection de son appareil, la technique de
l'analyse développée par Grey Walter s'est avérée la plus maniable
dans l'application clinique. Z. DROHOCKI. KLECTftOENCÉPHAXOGRAPHIE QUANTITATIVE 235
En principe, toutes ces méthodes de séparation expérimentale
des fréquences se prêtent aux fins d'une E. E. G. quant.
Grâce à l'analyse expérimentale et selon le schéma développé
par Drohocki, chaque état de l'activité cérébrale peut être caract
érisé numériquement par au moins cinq facteurs, à savoir (12) :
1. La moyenne de V électroactwité globale.
2. Les moyennes des électroactivités partielles. La moyenne de
l'électroactivité totale du cerveau pour un temps donné peut êtie
très facilement calculée à partir du spectre; elle est évidemment
égale à la somme de toutes les amplitudes moyennes de toutes les
fréquences du spectre, relevées au cours de ce temps. Il suffit donc
d'additionner les amplitudes des tensions partielles pour obtenir
cette moyenne de l' électroproduction totale.
3. La répartition de la tension globale entre les composantes du
spectre, exprimée en pourcentage de cette tension globale.
A titre d'exemple : chez un lapin réveillé de la narcose à l'uré-
thane, l'on constata le total 824 (unités arbitraires), alors qu'au
cours de la narcose profonde ce total descendit jusqu'à 368; le
même animal montrait un total de 660 en état de veille et de légère
agitation, alors que curarisé, il présentait un total égal à 650. Les
deux derniers spectres diffèrent peu quant à la moyenne de l'élec-
troproductiorf, alors qu'ils sont nettement différents quant à la
répartition de la tension entre les différentes composantes. Pour
s'en rendre compte, il suffit d'exprimer les moyennes des compos
antes en pourcentage du total. Les tensions globales de ces deux
'spectres étant presque égales, l'on constate pour les fréquences
respectives 22 c/sec. et 100 c/sec. : chez l'animal éveillé 8,9 %
et 10,5 %; chez l'animal curarisé 12,9 % et 6,7 %.
4. Le pourcentage de modification spontanée ou réactionnelle de
chaque composante du spectre au cours du temps.
Chaque manifeste déjà en état de repos des varia
tions spontanées d'amplitudes « VAR », d'ordre de 10 % de son
amplitude moyenne. Cependant, les variations quantitatives spon
tanées survenant en même temps dans les différentes zones du
spectre ne sont pas proportionnelles.
Pour évaluer le pourcentage de modification, « MOD », de l'acti
vité d'une des composantes, due à une modification de l'état céré
bral provoquée par .une action quelconque, on divise la moyenne
des variations spontanées par la moyenne des variations provoquées.
Par exemple, le MOD de la fréquence 22 c/sec. augmente au cours
de la narcose au pernocton jusqu'à 1,2, dépassant à peine le taux
des variations spontanées. En même temps, le MOD 100 atteint
2,8. L'on voit de cette manière que les évolutions quantitatives
dans les deux zones du spectre en réponse à l'intoxication du cer
veau ne sont pas proportionnelles. L'excitation réduit — et cela
aussi de manière inégale — les MOD des différentes composantes.
5. Les rapports entre les différentes composantes, constants et
caractéristiques de Vétat de V activité cérébrale. Ces rapports entre
les composantes RC ne sont pas de nature harmonique, quoique,
dans les cas particuliers, cela puisse se produire. On est libre d'éta
blir arbitrairement tout rapport voulu, pour en retenir les plus 236 NOTES ET REVUES CRITIQUES
appropriés à la définition d'un état cérébral particulier et de son
évolution. Ainsi, le rapport de la fréquence 22 c/sec. à la fréquence
100 c/sec, RC 22/100 est en état de veille et de repos 1,2. La narcose,
selon le degré de sa profondeur, fait progressivement augmenter
ce rapport jusqu'à 4; pai contre, l'excitation entraîne sa diminution
jusqu'à 0,3. RC 22/100 égal à 1,5 correspond, en général, au début
du sommeil narcotique, alors que le rapport des mêmes fréquences,
égal à 0,5, caractérise un état convulsif (Drohocki 12).
Toutes les variations de l'activité du cerveau peuvent être de
cette manière saisies et exprimées numériquement, à travers les modif
ications caractéristiques de ces cinq facteurs. Ceci permet une defin
itionquantitative de l'électroactivité cérébrale précise et différenciée.
Cependant, les résultats de la décomposition expérimentale se
trouvent en désaccord de principe avec les conclusions des expé
riences, tentant d'aborder les variations du potentiel d'une seule
cellule. En effet, d'après les recherches de Forbes, Renshaw, Rem-*
pel (13) la forme élémentaire de l'activité électrique du cerveau
ne serait pas sinusoïdale, mais plutôt celle d'une impulsion mono-
phasique. Cette éventualité ôterait toute justification à l'analyse
expérimentale. Car, si la formation de l'EEG n'est pas sinusoïdale,
à quoi correspondrait et à quoi servirait la transformation sinu
soïdale de cette courbe?
Or, malgré cette objection de principe, il est très difficile de
renoncer à l'analyse expérimentale et de passer outre les observa
tions qu'elle a permis de faire. On ne peut négliger le fait de la
constance frappante des allures du spectre par rapport aux états
distincts de l'activité cérébrale. En effet, les différents états physio
logiques du cerveau, à savoir : excitation, inhibition, repos, sommeil,
narcose, etc., se distinguent par des spectres caractéristiques. En
outre, les spectres des cerveaux humains se sont avérés caracté
ristiques de l'individu (9). Dans ces conditions, et avant même de
préjuger de la valeur de l'analyse expérimentale, il importait surtout
de déterminer sa juste signification. N
C'est ainsi que dans une série d'expériences ayant pour but de
définir le comportement des filtres électriques, excités par des
impulsions asinusoïdales, Drohocki (14) a pu rapporter les obser
vations suivantes :
La réponse maximum du filtre est provoquée à la fois par toutes
les impulsions dont les fondamentaux sont égaux à la fréquence
d'accord du filtre et à ses sous-harmoniques, alors que dans le
régime sinusoïdal, seule la fréquence d'accord produit cette réponse.
Ainsi, chaque réponse du filtre englobe déjà un ensemble de phéno
mènes distincts, sans que l'on puisse déterminer leur nombre, ni
l'importance de chacun d'eux dans l'élaboration de cette réponse.
De chacun de ces phénomènes distincts, le filtre extrait une ou
plusieurs composantes harmoniques, pour en créer une réponse
complexe. Ainsi, la décomposition expérimentale conduit à une
nouvelle composition, l'analyse se traduit par une nouvelle synthèse.
C'est donc la transformation d'une image de l'activité cérébrale
en une autre, où les mêmes éléments physiques sont ordonnés selon
un autre principe. DROHOCKI. ÉLBCTROENCÉPHALOGRAPHIE QUANTITATIVE .237 Z.
II est donc évident que les fréquences sinusoïdales du spectre
cérébial ne sont pas identiques aux activités élémentaires, les
composantes îéelles de F électroproduction du cerveau; mais, les
éléments graphiques individualisés dans l'EEG ne le sont pas non
plus, étant eux-mêmes les produits de l'interférence de processus
distincts. Rien ne s'oppose donc à la substitution d'un système
indicateur à un autre; c'est dire qu'il n'y a pas d'objection de
principe à ce qu'on remplace l'électroencéphalographie par l'élec-
trospectrographie, alors que la précision des observations et des
définitions ne s'en trouve qu'augmentée.
En outre (15) l'analyse expérimentale — (à l'aide de l'analyseur
panoramique, permettant de tracer un spectre continu et instan
tané) — d'une courbe complexe résultant de l'interférence de
plusieurs processus asinusoïdaux, dont chacun possède son spectre
particulier, démontre que : 1. le spectre résultant n'est pas une
simple somme ni une superposition des spectres partiels, mais un
spectre synthétique, où l'on trouve des fréquences nouvelles; 2. le
déphasage entre les composantes, modifiant l'allure de la courbe
complexe, modifie en même temps l'allure du spectre correspondant,
faisant ressortir, ou disparaître, différentes fréquences, bien que les
composantes réelles restent toujours les mêmes. L'analyse expéri
mentale ne conduit donc pas à la séparation des activités partielles,
qui réellement étaient à l'origine de la courbe complexe; elle traduit
seulement, par une répartition caractéristique de fréquences, l'allure
de la courbe complexe. IJélectrospectrogramme ne correspondrait
donc pas à la décomposition de V activité cérébrale en des composantes
sinusoïdales réelles, mais à une transcription sinusoïdale de VEEG.
Or, comme l'EEG est lié à l'état physiologique du cerveau par
des rapports qui se laissent mieux préciser à travers le spectre de
cette courbe, il peut être préférable d'accomplir les mesures à partir
du spectre. Mais, dans un cas comme dans l'autre, ces mesures ne
peuvent fournir que des équivalents numériques des différences de
potentiels cérébraux, cardans un cas, comme d,ans Vautre, Von ne peut
qu 'approcher les valeurs réelles des différences de ces potentiels, cachés
derrière les relations numériques complexes des phénomènes dont la
multitude ne laisse transpercer qu'un aspect statistique. Dans ces
conditions, et vue la vaiiabilité des formes de l'EEG, il est légitime
d'aborder le problème des mesures par la méthode statistique (à
laquelle l'analyse expérimentale servirait d'instrument précieux,
parce que précis, de dénombrement).
La première tentative d'un dépouillement statistique de l'EEG
est due à Liberson (16) qui, en 1937, établit l'histogramme, la courbe
de dispersion des amplitudes des ondes alpha. Ces amplitudes
sont marquées sur les abscisses, alors que sur les ordonnées on marque
la fréquence d'apparition de chaque amplitude, exprimée en pour
centage du nombre total des ondes comptées.
Pour retrouver la valeur approximative de la tension totale des
ondes alpha, présentes pendant un temps donné, il faudrait multi- MOTES ET REVUES CRITIQUES 238
plier chaque ordonnée par la valeur correspondante de l'abscisse
et additionner les produits; la somme indiquerait le voltage développé
par cent ondes alpha.
Cependant les ondes alpha ne constituent qu'une partie assez
variable de la population des ondes, dont les autres représentants
sont écartés des mesures. D'autre part, la grandeur des variations
de tension est exprimée par les amplitudes maxima, procédé qui
— on l'a vu plus haut — manque de justification par rapport à
une courbe irrégulière.
A plus forte raison, il est intéressant de constater que, à l'aide
de ce critère arbitraire, l'on peut distinguer numériquement les
EEG, correspondant soit aux différents états de l'activité cérébrale,
soit aux différents individus. Entre autres, le « médian », valeur
qui correspond au milieu de la projection du diagramme sur les
abscisses, se distingue par sa stabilité intra-individuelle, alors qu'il
montre une grande variabilité inter-individuelle.
Plus satisfaisant paraît le procédé de Herman et de Sager (17).
Ces auteurs inscrivent sur l'abscisse et dans l'intervalle de dix à
dix microvolts les amplitudes de toutes les ondes corticales, comptées
pour un temps de 60 sec, sans distinction de fréquences; sur l'o
rdonnée, ils marquent le nombre des ondes d'une amplitude donnée.
Ainsi, l'on obtient une courbe qui ressemble à la courbe de distr
ibution de Maxwell, et dont le maximum est considéré comme « l'am
plitude la plus probable ».
Afin d'évaluer la tension totale développée pendant le temps
des mesures, il faudrait donc multiplier chaque valeur de l'abscisse
(amplitude) par la valeur de l'ordonnée correspondant (nombre
d'ondes), et additionner les produits successifs. Les résultats seront
cependant toujours inexacts, du fait que les ondes sont définies
par leurs amplitudes maxima, et que la ligne de base de mesure
n'est pas déterminée.
On serait arrivé au même résultat quantitatif, en additionnant
tout simplement les amplitudes maxima de toutes les ondes suc
cessives pour un temps donné, mais l'avantage très précieux de la
présentation des tensions comptées sous forme d'une courbe de
distribution est de faire ressortir quelques particularités impossibles
à mettre en relief par un seul chiffre, indiquant la tension globale :
les courbes de distribution sont caractéristiques des régions corticales
distinctes; l'excitation provoque un déplacement vers la droite
(augmentation) et l'inhibition vers la gauche du maximum de la
courbe. L'épilepsie, les tumeurs et d'autres lésions du cerveau se
caractérisent par des courbes à plusieurs maxima, ce qui indiquerait
l'apparition d'éléments hétérogènes dans la population des ondes.
Il est surprenant de voir que les variations de tension seules, consi
dérées sans aucun rapport avec les fréquences ou les formes de
l'EEG, puissent présenter un tel caractère significatif. En outre,
le parallélisme entre l'excitation de l'activité cérébrale et le dépla
cement du maximum de la courbe, vers les tensions plus élevées,
semble nettement ressortir de ces expériences.
En 1942, une analyse statistique des fréquences de l'EEG a été
réalisée par J. André (6). Pour caractériser numériquement les

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.