Revue d'anthropologie - article ; n°1 ; vol.10, pg 296-310

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L'année psychologique - Année 1903 - Volume 10 - Numéro 1 - Pages 296-310
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1903
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J. Deniker
Revue d'anthropologie
In: L'année psychologique. 1903 vol. 10. pp. 296-310.
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Deniker J. Revue d'anthropologie. In: L'année psychologique. 1903 vol. 10. pp. 296-310.
doi : 10.3406/psy.1903.3554
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1903_num_10_1_3554VI
REVUE D'ANTHROPOLOGIE
I. Anthropométrie. — 1. Lois de la croissance à l'époque de la puberté.
II. Caractères anthropologiques et particularités psychologiques.
— 2. Rapports entre la forme de la tête et l'intelligence. — 3. Carac
tères suivant le sexe, l'âge et la position sociale. —
4. Influence de la forme crânienne sur les caractères pathologiques du
cerveau.
III. Cerveau. — 5 et 6. Poids du cerveau suivant les âges, les sexes, les
races, l'intelligence, et les conditions sociales.
IV. — Psychologie ethnique. — 7. Temps de réaction suivant les races
et le climat. — 8 et 9. Tempérament et esprit des peuplades incultes. —
10. des Japonais.
Invité par M. Binet à rédiger pour « L'Année Psychologique » la
revue des travaux anthropologiques qui pourraient intéresser les
psychologues, j'ai cru utile de les grouper sous quatre chefs :
1° Anthropométrie et ses méthodes; 2° rapports entre les caractères
anthropologiques et les particularités psychiques; 3° poids, volume
et morphologie du cerveau, suivant les sexes, les âges et les races;
4° psychologie ethnique, comprenant aussi bien les études de psychol
ogie expérimentale chez les divers peuples et surtout chez les peu
plades incultes, que les travaux sur la psychologie, le caractère, le
tempérament de différents groupes ethniques (peuples, nations,
classes sociales, etc.).
Par suite de circonstances indépendantes de ma volonté je n'ai
pu présenter l'analyse de tous les travaux importants parus en 1901
dans les cadres que je viens de tracer : je prie donc le lecteur de
considérer les analyses de quelques ouvrages qui suivent, plutôt
comme une sorte d'explication de mon programme, et comme un
échantillon des analyses à venir dans le prochain volume de
Y « Année Psychologique ».
Je serai très reconnaissant des observations qu'on me fera à
propos de ces « échantillons » pour mieux répondre dans l'avenir
aux désirs des lecteurs de « L'Année Psychologique ». DENIKER. — REVUE D'ANTHROPOLOGIE 297 J.
1 . Dr Paul GODIN. — Recherches anthropométriques sur la croissance
des diverses parties du corps. Préface par leD1' L. Manouvrier. —
Paris, Maloine, 1903, xv + 212 p., avec une planche (25 cm. de
hauteur).
Il y a, comme on sait, deux procédés pour étudier la croissance
des enfants. L'un consiste à mesurer des sujets d'âge différent, par
exemple des enfants de différentes classes de plusieurs écoles;
l'autre comporte les mensurations des mêmes individus suivis pen
dant plusieurs années de leur croissance.
Jusqu'à ces derniers temps presque tous les travaux d'anthropo
métrie infantile ont été faits d'après le premier procédé, infiniment
plus facile et plus expéditif que le second.
Quant à ce dernier on ne peut citer son application que dans
quelques recherches fragmentaires faites sur un nombre restreint
d'individus1. Avec le volume de M. le Dr Godin nous nous trouvons
pour la première fois en présence d'un travail considérable fait
d'après ce second procédé.
En sa qualité de médecin de l'école des enfants de troupe à
Saint-Hyppolyte-du Fort (Gard), M. Godin a pu suivre individuell
ement la croissance de 100 enfants depuis l'âge de 13 ans jusqu'à
l'âge de 18 ans, et la croissance de 100 autres de 13 à 17 ans. Ses
recherches s'étendent donc au maximum sur 5 années, mais elles
comprennent la période la plus intéressante dans l'évolution des
enfants, celle de la puberté.
129 mesures ont été prises sur chaque sujet, tous les 6 mois, et
230 enfants ont été mesurés en tout. Mais les rangs se sont éclaircis
peu à peu, si bien que pour la neuvième et dernière mensuration
ou se trouve seulement en face 100 sujets. Quelques sujets ont pu
cependant être mesurés encore la dixième et la onzième fois, mais
par contre il reste tout une série de 100 sujets avec 7 ou 8 mensur
ations semestrielles seulement. Elle constitue une série de seconde
ligne qui est très utile pour corroborer les résultats déduits de
l'étude de la série de première ligne (à 9 mensurations).
Les mesures, prises constamment par M. Godin lui-même, inspirent
toute confiance, car il en a vérifié un grand nombre en mesurant
les mêmes sujets à 2, 3, 4 jours de distance et ne trouvant que des
différences minimes et négligeables.
Il donne les moyennes de mesures de 100 individus pour chacune
1. On ne connait dans cet ordre d'idées que les mensurations de Que-
telet, de Daffner et de Corlier. Le premier de ces auteurs sélectionnait ses
sujets; le second n'indique pas son procédé opératoire; le troisième n'a
pris lui-même les mesures que pendant 2 ans 1/2, se faisant suppléer
ensuite. Moi-môme j'ai fait des mensurations sur mes propres enfants
depuis la naissance jusqu'à l'âge de 22 ans; ce travail qui porte sur 4 sujets
seulement reste inédit. 298 REVUES GÉNÉRALES
des 9 périodes semestrielles et compare ces moyennes entre elles
pour déduire certaines lois de croissance. Les sujets examinés
viennent de tousles points de la France, mais surtout du Midi.
Je ne puis résumer, même brièvement, toutes les conclusions,
très importantes pour l'anthropométrie, que l'auteur tire de l'examen
de ses 30 000 mensurations. Je me contenterai d'indiquer celles qui
m'ont paru les plus intéressantes.
D'abord une constatation générale se dégage de la lecture du
mémoire de M. Godin, c'est qu'il existe véritablement un rythme
très net de croissance et que le corps s'accroît, non pas par l'agra
ndissement simultané de toutes ses parties, mais par leur croissance
successive et alternante.
Ainsi, les dimensions verticales du corps augmentent rapidement
pendant que les diamètres transverses restent stationnaires ou à
peu près, et, par contre, dès que ceux-ci se mettent à croître rap
idement les dimensions verticales ralentissent leur accroissement.
Le fait a été déjà signalé par plusieurs observateurs ayant opéré
d'après le premier des procédés indiqués au commencement de
mon article ; mais il est intéressant de constater qu'il ressort d'une
étude faite d'après le second procédé, ce qui ne peut qu'augmenter
sa solidité.
De plus, la méthode de l'observation sur un seul et même indi
vidu permet d'élargir la portée de ce fait général et démontre que
non seulement le corps en entier mais ses différentes parties
suivent la même règle. Prenons, comme exemple, le membre infé
rieur et le tronc. Dans son ensemble la croissance du membre
inférieur augmente d'activité jusqu'à 15 ans 1/2, puis présente une
activité irrégulièrement décroissante au delà de cet âge; ainsi de
13 ans 1/2 à 15 ans 1/2 l'adolescent moyen allonge ses membres
inférieurs de 49 millimètres; il ne gagne plus par eux que 25 mill
imètres de 15 ans 1/2 à 17 ans 1/2. Pendant ce temps-là, la croissance
du tronc suit une marche diamétralement opposée : elle est lente de
13 ans 1/2 à 15 ans 1/2, rapide de 15 ans 1/2 à 17 ans 1/2.
Mais il y a plus : les segments du membre inférieur, comme ceux
du membre supérieur d'ailleurs, augmentent alternativement :
quand la cuisse s'allonge rapidement, la jambe semble se reposer
pour reprendre son allongement au moment où l'accroissement de
la cuisse est presque nul. Le même phénomène s'observe pour le
bras et l'avant-bras.
L'alternance de la croissance en longueur et en largeur (en épais
seur) s'observe aussi sur les membres, comme sur le corps entier.
Ainsi le tibia (et la jambe) grossit quand il n'augmente pas en lon
gueur, et, dès qu'il commence à s'allonger ce grossissement s'arrête.
M. Godin résume ainsi ces faits : « La croissance des os longs
des membres procède par périodes alternatives d'activité et de
repos qui se succèdent avec régularité. Ces périodes sont contrariées
par les deux segments osseux d'un même membre. Les repos de
l'allongement sont utilisés pour le grossissement et réciproque
ment. » DENIKER. — REVUE D'ANTHROPOLOGIE 299 J.
Appliquant ses mensurations à l'étude de la puberté à l'aide de
différentes observations sur l'état général, la couleur des yeux et
des cheveux, l'apparition de poils sur les différentes parties du
corps, la mue de la voix, M. Godin arrive aux résultats suivants.
La puberté de 100 sujets examinés s'établit juste à 15 ans 1/2. La
saison chaude est plus favorable que la saison froide à l'éclosion
pubertaire (53 contre 35). Au moment de la puberté, la taille, qui
la veille croissait vivement, n'augmente que très peu, et avec elle
toutes les dimensions verticales: par contre, toutes les dimensions
transversales, et la circonférence ainsi que le poids augmentent
très rapidement. On peut donc dire que « la croissance est surtout
musculaire pendant la puberté, et surtout osseuse avant elle ». A
l'époque de puberté les cheveux deviennent plus foncés chez 28
sujets sur 100 et les yeux plus clairs chez 45 p. 100 et plus foncés
chez 18 p. 100 seulement.
L'auteur ne s'occupe pas des dimensions de la tête, sauf pour
la hauteur prise du vertex au trou auditif, qui ne varie presque pas
entre 13 et 17 ans. Il nous promet un autre volume consacré à la
céphalométrie.
Une copieuse liste bibliographique termine l'excellent mémoire
de M. Godin.
2. Pearson (Karl). — On the Correlation of intellectual Ability with
the Size and Shape of the Head. (Preliminary Notice). — Proceed.
Royal Society, London, 1902, L1X, p. 333-342.
M. Pearson poursuit depuis longtemps la solution par la méthode
mathématique des problèmes de la Biologie générale et de l'Anthro
pologie. Si l'on ne peut rien dire contre la rigueur de sa
et contre sa compétence en matière de calcul de probabilité, il est
permis d'être un peu sceptique quant au choix des séries qui servent
de base pour ses déductions mathématiques. Ainsi tout récemment
encore, Ch.-S. Myers1 a obtenu, parles mêmes calculs que Pearson,
un écart (8,4) presque égal à celui que ce dernier considère comme
indicatif d'une race pure (7,2), en prenant une série des plus
disparates, formée à dessein de crânes d'Esquimaux, d'Australiens,
des Guanches et de Chinois.
Néanmoins, d'une façon générale, les travaux de M. Pearson et
de ses nombreux collaborateurs (pour la plupart de femmes docto
resses ou licenciées) méritent toute notre attention, vu l'extrême
difficulté de réunir les matériaux de ce genre et la grande somme
de travail et de patience pour les mettre en œuvre.
On peut en juger par le résumé de la note, dont nous avons
transcrit le titre plus haut, et qui se rapporte à l'influence de la forme
de la tête sur l'intelligence. Déjà, dans un premier travail sur les
1. Myers (Charles-S.), Graniological Notes, Biometrica, Cambridge, 1903,
II, p. 505-506. 300 REVUES GÉNÉRALES
« corrélations du crâne humain », Mllc Alice Lee * avait démontré
qu'il n'existe aucun rapport entre la forme du crâne et l'intell
igence, et c'est pour vérifier son travail qu'elle en a entrepris un
autre, avec la collaboration de Mlle Lewenz et sous la haute direc
tion de M. Pearson. Cela était d'autant plus nécessaire qu'entre temps
Macdonell * a cru avoir démontré qu'en général la tête des étudiants
de Cambridge était plus grosse que celle des criminels 2.
Donc, M. Pearson et ses collaboratrices ont relevé sur les registres
du (c Comité Anthropométrique de Cambridge » les mensurations
se rapportant à plus d'un millier d'étudiants des divers « collèges »
de l'Université de Cambridge; puis ils ont recherché dans les
registres de cette Université les notes et les grades obtenus par
chacun des étudiants mesurés dans divers concours et examens.
Ils divisent la totalité de sujets de leur étude en deux catégories :
« poil » ou « pass » et « honours », c'est-à-dire d'une part, les étu
diants qui ont passé les examens sous leur forme facile ( « pass » ou
« poil »), et, d'autre pai't, les étudiants qui les ont passés sous leur
forme difficile (« honours »). Naturellement ils reconnaissent que
cette classification n'a qu'une valeur générale et qu'il peut se trouver
très bien parmi les «poil» des gens très intelligents, comme parmi
les « honours », des médiocrités favorisées par la chance.
Voyons maintenant comment se comportent les deux catégories
pour les différentes mesures de la tête.
Sur 524 « honours », qualifiés de plus intelligents, 307 ont l'indice
céphalique au-dessus de 80; tandis que sur 487 « pass », qualifiés de
moins intelligents, 276 seulement sont dans le même cas. Les pre
miers seraient donc légèrement plus dolichocéphales que les
seconds, mais la « corrélation » entre l'intelligence et la dolicho-
céphalie ne serait que : r = 0,030b -f- 0,0349. Elle est aussi légèr
ement en faveur de têtes plus longues et des têtes plus larges chez
les intelligents.
Mais la valeur de cette corrélation est insignifiante ; elle égale
presque l'erreur probable pour l'indice céphalique et la largeur;
quant à la longueur elle la dépasse à peine deux ou trois fois, ce qui
n'est pas suffisant pour avoir une importance pratique quelconque.
Sur une autre série, formée des élèves des écoles publiques,
Pearson arrive aux résultats presque identiques, avec cette diff
érence seulement que c'est la corrélation de la largeur qui dépasse à
peine trois fois l'erreur probable, au lieu de la corrélation de la
longueur, comme dans la série des étudiants.
En somme cette corrélation est si peu notable qu'on arrive à
démontrer par le calcul que 44 p. 100 de la population d'un pays
donné pourraient l'avoir en supposant qu'il existe dans son sein-
2 p. 100 d'intelligences supérieures, chiffre déjà assez élevé.
1. Lee (Dr Alice), A first study of the correlation of the human skull,
Philosoph. Transact. Royal Soc. London (A), GXGVI, p. 225-264.
2. Macdonell (Dr W.-R.), On criminal anthropometry, etc., Biometrica,
Cambridge, 1901, I, p. 185. DENIKER. — REVUE D ANTHROPOLOGIE 301 J.
Le calcul fait avec les « honours » de 1er, 2e et 3° degré ne donne
pas un meilleur résultat. La valeur de la corrélation pour la lar
geur et la longueur de la tête monte un peu, il est vrai, chez les
intelligences tout à fait supérieures (1er degré), mais cela peut tenir
à ce que cette catégorie est formée d'hommes plus âgés que les
deux autres (2e et 3e degré); et l'on sait, par les travaux de Pfitzner,
que les deux diamètres de la tête croissent, quoique lentement,
durant toute la vie '.
En somme, que l'on prenne les enfants ou les adultes, que l'on
prenne comme critérium l'estimation des instituteurs et de pro
fesseurs ou celle des personnes elles-mêmes (ou de leurs parents, car
ne se présentent aux « honours » que les étudiants qui s'estiment
assez forts pour subir l'épreuve ou qui y sont poussé par leurs
proches), on ne constate aucun rapport appréciable entre les dimensions
et la forme de la tête et les capacités intellectuelles.
3. Pfitzner (W.). Social anthropologische Studien. — Zeitschrift für
Morphologie, Strasbourg. I, 1899, p. 325-373; III, 1901, p. 485-
575; IV, 1901, p. 31-98; V, 1902, p. 201-314.
Une série d'études fort intéressantes, arrêtée malheureusement par
la mort de l'auteur, au quatrième Mémoire.
Dans le premier Mémoire Pfitzner cherche à établir d'après l'étude
de plusieurs centaines de cadavres du service anatomique de Stras
bourg Vinfliience de l'âge sur les caractères anthropologiques et arrive
à cette conclusion que tous les changent avec l'âge, sauf
l'indice céphalique, qui est remarquable par sa fixité. Le caractère
qui varie le moins est la couleur de l'iris; sont aussi relativement
stables : la taille, l'indice de hauteur-largeur de la tête et l'indice facial .
Dans le second Mémoire, basé sur l'étude de deux mille cada
vres d'Alsaciens et de Badois, l'auteur s'occupe de l'influence du
sexe sur les caractères anthropologiques et se résume ainsi : La femme
est plus petite que l'homme, d'une façon absolue et d'une façon
relative, en totalité et dans toutes ses proportions. Contrairement
à ce que Havelock Ellisa trouvé en Angleterre, les hommes sont plus
souvent blonds en Alsace que les femmes. Fait à noter : dans le cas
de stature égale chez l'homme et chez la femme, les proportions du
corps sont les mêmes chez les deux.
Le troisième mémoire est consacré à V influence des couches sociales
(et de la confession) sur les caractères anthropologiques. Il a pour base :
1° l'étude de 3 000 cadavres à l'hôpital; 2° des mensurations sur une
série de femmes vivantes, 3° et l'enquête faite auprès des chapeliers
de Strasbourg sur le prix de chapeaux et sur les dimensions corres
pondantes de ces chapeaux. Résultats principaux : les individus des
classes riches ou aisées ont la taille plus élevée, la circonférence de
I.'Pfitznéb, Zeitsch. f. Morphol.u. AnthropoL, I, 1899, p. 365. REVUES GÉNÉRALES 302
la tête plus grande et le membre supérieur ou thoracique plus long
que ceux de la classe pauvre. La confession ne paraît avoir aucune
influence directe sur les caractères somatiques; elle semble intervenir
à cause de la diversité de races entre lesquelles se partagent les catho
liques et les protestants de l'Alsace.
Le quatrième mémoire traite des proportions de l'homme adulte,
telles qu'elles résultent des mesures sur 4 899 cadavres. L'auteur y
recherche : 1° les variations des mesures (leur exposant d'oscilla
tion, les écarts moyens des cas individuels de la moyenne, etc.);
2° les corrélations des variations (il trouve par exemple que si
telle mesure directrice, disons celle du tronc, augmente, une autre,
disons la circonférence de la tête, augmente aussi mais dans une
plus faible proportion); 3° les variations des proportions; 4° les
corrélations des proportions; 5° les bases des proportions humaines
(prenant la taille comme unité, et la seule unité rationnelle sui
vant l'auteur).
4. BOURNEVILLE et Paul BONCOURT (G.). — Considérations sur
la morphologie crânienne dans ses rapports avec les états patho
logiques du cerveau. — Bull, de la Soc. d'Anthropol. de Paris,
3e sér., III, 1902, p. 35-46, fig.
Deux observations. — Le crâne d'un idiot mort à 38 ans, aveugle-
né, assez habile pour les travaux manuels, mais dont le peu d'es
prit était toujours et consciemment tourné vers les actions
méchantes et nocives. La déformation de ce crâne (trigonocé-
phale et acrocéphale, avec une crête médiane sur le frontal) est
due à la synostose prématurée de tous les os, provoquée probable
ment par des troubles circulatoires. Les lobes frontaux sont absents
comme dans la deuxième observation, celle d'une fillette devenue
idiote et morte à 9 ans, mais dont le crâne n'offre presque pas
d'anomalies, parce qu'il n'y avait pas eu de synostose prématurée.
5. MATIEGKA (H). — Ueber das Hirngewicht, die Schädelkapacität,
das kopfform, sowie deren Beziehungen zur psychischen Thätig-
keit der Menschen. — 1 Theil : Ueber das Hirngewicht des Men
schen. — Sitzungsb. der K. Böhmischen Gesellsch. d. Wissensch.
in Prag, 1902 (2e classe) ; Mémoire n° XX (séance du 7 mars 1902;.
Après les nombreux travaux de Wagner, Boyd, Bischof, Broca,
Topinard, Manouvrier, sur les pesées du cerveau, il semble que
tout a été dit sur cette matière. Cependant le travail de M. Matiegka
offre un point de vue nouveau, attendu que c'est le premier où le
même observateur considère le poids cérébral sous tous ses aspects,
influencé qu'il est par les conditions les plus diverses, que l'auteur
énumère sous 14 chefs (âge, sexe, taille, poids du corps, état de DENIRER. REVUE D ANTHROPOLOGIE 303 J.
nutrition, musculature, anomalies cérébrales, intelligence, classe
sociale et métier, dimensions du crane, forme du crâne, hérédité et
race, modifications pendant la vie, maladie ayant précédé la mort,
nature de la mort).
Voici les conclusions principales de ce travail, fait d'après les
pesées de 416 cerveaux (dont 322 d'aliénés) de l'Institut patholo
gique de l'Université de Prague, et de 590 cerveaux (dont 9 d'aliénés)
de l'Institut de médecine légale de la même Université. Le nombre
de cerveaux d'hommes et de femmes se répartit presque également
dans les deux subdivisions de la première série; dans la deuxième
série la proportion des hommes aux femmes est environ de 3,7 à 2 4.
1. 2. Age et sexe. — Le poids moyen du cerveau 2 est de
1 306 grammes pour les hommes, de 1 185 pour les femmes dans
la première série ; les chiffres correspondants pour la deuxième
série sont : 1 442 et 1 290 grammes.
La différence est donc de 121 ou 151 grammes en faveur de
l'homme comme il est connu depuis longtemps. Quant à l'âge, la
différence entre le poids du cerveau des hommes faits (20 à 59 ans)
et celui du cerveau des vieillards (60 à 90 ans) est de 98 ou 72 grammes
(suivant les séries) pour les hommes, et de 46 ou 74 grammes pour
les femmes 3.
3. Taille. — La série de l'Institut de médecine légale a été seule
examinée sous ce rapport. Le poids du cerveau monte en général
avec la taille dans les deux sexes, mais pas aussi vite que la taille.
Sur 1 centimètre de taille on a 9 grammes de cerveau chez les
hommes petits (lm,50 à lm,59) et 8 seulement les
grands (lm,80 à lm,89); chez les femmes de même taille que les
hommes, il y a d'ordinaire 0,7 de grammes en moins de cerveau
par centimètre de taille. La femme a donc moins de cerveau que
l'homme et absolument et relativement.
4. Musculature et os. — Le poids du cerveau est à son maximum
avec la musculature puissante, au minimum avec la musculature
faible chez les hommes. Il est au maximum avec l'ossature moyenne,
au minimum avec l'ossature faible, dans les deux sexes.
5. Vétat général du corps, dépendant de la nutrition plus ou
moins abondante, influe sur le poids du cerveau qui est au maximum
avec une bonne nutrition chez l'homme, très bonne chez la femme;
il est au minimum avec la mauvaise nutrition chez l'homme, avec
la moyenne chez la femme.
6. L'aliénation mentale, tout en abaissant le poids moyen du cer
veau, fait ressortir un nombre beaucoup plus considérable que
1. Les résultats obtenus dans les deux séries sont considérés séparément,
parce que la première représente les malades (45 p. 100 de tuberculeux)
et la seconde, des sujets relativement sains.
2. Pesé de la même façon dans les deux séries, sans la dure-mère, et
aussitôt après la mort sans laisser écouler le sang et les liquides.
3. Les cerveaux des individus âgés de 60 ans et plus ne sont pris en
considération que pour l'âge et le sexe. Pour toutes les autres questions,
il ne s'agit que des séries d'individus âgés de 20 à 59 ans. REVUES GÉNÉRALES 304
parmi les normaux des cas extrêmes dans les deux sens; ceci con
firme les faits connus déjà de la légèreté relative et de la grande
variabilité du poids des cerveaux pathologiques, suivant la forme
de la maladie (les déments, les alcooliques, cerveau plus petit; les
mélancoliques, les paranoïques, cerveau plus grand que les nor
maux). Un fait intéressant a été constaté par M. Matiegka : le
cerveau des aliénés de vingt à cinquante neuf ans est plus léger
que celui des normaux, mais il est plus pesant chez les vieillards
aliénés que chez les normaux. L'auteur trouve la confirmation de
ses observations dans les tableaux publiés par Tigges en 1889 et
par d'autres savants pour lesquels le fait a passé inaperçu. Les di
fférences sexuelles dans le poids cérébral sont moins marqués chez
les aliénés que chez les individus sains.
7. L'intelligence influe sur l'augmentation du poids du cerveau.
L'auteur cherche à le démontrer en passant en revue les travaux de
Bischoff, Wagner, Welcker, Broca, Topinard, Manouvrier, Buschan et
autres, à ce sujet, et en y ajoutant 3 ou 4 observations personnelles.
8 et 9. Influence du métier et de la position sociale. — Le poids du
cerveau est au maximum (1 SOO gr. en moyenne) dans le groupe
d'étudiants, fonctionnaires et médecins; viennent ensuite : les mar
chands, les hommes d'affaires, les instituteurs, les artisans, les
domestiques, gardiens, etc. ; les ouvriers des fabriques et, enfin,
avec le minimum (1 410 gr.), les journaliers. C'est une confirmation
du î^apport du poids du cerveau avec l'intelligence et avec l'état
général dépendant de la nutrition.
10. Voids du cerveau et dimensions du crâne (d'après l'étude sur
2 séries). — Le poids moyen augmente avec l'augmentation des
dimensions du crâne en longueur et en largeur; toutefois l'au
gmentation en largeur a plus d'influence sur le poids comme on
pouvait s'attendre à priori. Ceci reste vrai pour les deux sexes et
aussi bien pour les normaux que pour- les aliénés.
11. Poids du cerveau et forme du crâne. — Après avoir résumé la
controverse entre anthropologistes à propos de la supériorité des
brachy ou des dolichocéphales, M. Matiegka donne les résultats de
ses recherches. Pour les hommes, dans la première série, les brachy
ont le cerveau plus pesant que les dolichocéphales; dans la seconde
c'est le contraire. Pour les femmes, dans les deux séries, les brachy-
céphales ont le cerveau plus lourd. Évidemment la forme influe
peu, surtout si l'on ne prend pas en considération les dimensions
absolues et la hauteur du crâne.
12. Race. — Les cerveaux étudiés par M. Matiegka appartenaient
tous aux individus du peuple tchèque; la comparaison de sa moyenne
avec celle qu'avait trouvé Weisbach sur une cinquantaine de cer
veaux tchèques est satisfaisante, après correction. La comparaison
avec les données sur d'autres peuples est plus difficile. Mais autant
qu'on peut en juger la race n'a que peu d'influence sur le poids du
cerveau; la plupart des différences peuvent s'expliquer par la diver
sité de la taille, de l'état général, etc^ toutes les fois qu'il est pos
sible de comparer les pesées des individus de même âge.

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