Revue de la physiologie des sensations - article ; n°1 ; vol.11, pg 390-408

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L'année psychologique - Année 1904 - Volume 11 - Numéro 1 - Pages 390-408
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1904
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Noël
Revue de la physiologie des sensations
In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 390-408.
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Noël . Revue de la physiologie des sensations. In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 390-408.
doi : 10.3406/psy.1904.3680
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1904_num_11_1_3680Ill
REVUE DE LA PHYSIOLOGIE DES SENSATIONS
DES SENSATIONS EN GÉNÉRAL
Nuel (23) est de ceux qui estiment que nous ne savons rien et
que nous ne saurons jamais rien de certain touchant les sensations
éventuelles chez les animaux, et que pour rester sur le terrain solide
de la science, il faut se borner à décrire les réactions que les an
imaux exécutent à la suite des diverses réceptions, et cela sans
invoquer de facteurs psychiques, mais en prenant comme seul
point de départ les propriétés fondamentales de toute matière
vivante, animale et végétale. Il ne refuse pas les qualités psychi
ques aux animaux, mais prétend que nous n'en saurons jamais rien
de certain. — L'auteur expose d'abord ces principes en général,
puis décrit à ce point de vue, exclusivement physiologique, les
photo-réactions fondamentales des animaux.
En ce qui regarde les sensations chez Vhomme, Nuel (22 et 23) est
partisan résolu d'une forme particulière de la théorie dite du paral
lélisme psycho-physiologique, qui (depuis la rédaction des travaux
de Nuel) a trouvé des défenseurs, notamment en C. A. Strong (en
Angleterre), en Heymans (en Hollande) et en Godfernaux (12) en
France. Le qualificatif » parallélisme psycho-physiologique » impli
querait le panpsychisme, répudié par Nuel; il impliquerait aussi
pour l'homme au moins la reconnaissance des « sensations incons
cientes », auxquelles Nuel fait la guerre sur les terrains les plus
divers. — Tout phénomène physiologique réacteur est constitué par
une chaîne ininterrompue de processus physiologiques reliés entre
eux par la loi de la constance de l'énergie (cosmique). Les faits de
conscience ne peuvent être envisagés que comme des épiphénomènes
de la chaîne physiologique, reliés à celle-ci par une causalité autre
que celle qui est conforme à la loi de constance de l'énergie. Nous
ne connaissons pas d'équivalent mécanique ou calorifique de la sen
sation. — L'épiphénomëne psychique n'est relié qu'à un anneau bien
déterminé de la chaîne physiologique. La physiologie doit se borner
à déterminer cet anneau et à rechercher en quoi une modification
du processus physiologique influe sur son épiphénomène. Au fond,
c'est là également le but de la « psycho-physique ». Cette science
elle aussi doit se garder de spéculer sur l'essence des faits psychi
ques et sur les rapports purement psychiques qui peuvent exister
entre eux, par exemple entre les sensations et les représentations
(psychiques).
Les auteurs se bornent généralement à poser ces principes à un — PHYSIOLOGIE DES SENSATIONS 391 NUEL.
point de vue général. Nuel essaye d'en faire l'application aux faits
concrets, et croit y être parvenu surtout en ce qui regarde le sens
de l'équilibre et le sens visuel. Le sens musculaire est traité de
même, et l'auteur fait entrevoir que le sens tactile peut être envi
sagé au même point de vue (voir plus loin, à propos des sensations
en particulier).
D'une manière générale, Nuel parvient à relier à des processus
réacteurs bien déterminés les fonctions spatiales, objectivantes, des
organes des sens. Quant aux sensations proprement dites, au sens
restreint du mot, on n'est pas encore parvenu à les rattacher à des
processus nerveux bien déterminés. Nuel estime qu'on ne peut pas
concevoir de sensations visuelles, tactiles, sans localisation aucune,
alors qu'on conçoit bien les localisations visuelles et tactiles sans
sensations correspondantes.
L'auteur ne croit pas impossible qu'à leur première apparition
phylogénique, les qualités psychiques visuelles et tactiles aient été
des localisations sans qualités dites sensorielles correspondantes, à
peu près comme nous avons des représentations spatiales du sens
de l'équilibre sans sensations correspondantes.
Un organe des sens n'est pas, au fond (et originairement), un
organe destiné à procurer des sensations; en réalité c'est un organe
réceptivo-réacteur, un organe ayant pour fonction de produire des
réactions (motrices surtout) à la suite de ses réceptions, c'est-à-dire
à la suite de ses excitations par des agents extérieurs.
SENSATIONS DE L'ÉQUILIBRE
Nuel (23) relève comme très suggestif le fait que les auteurs,
aussi longtemps qu'il traitent du « sens de l'équilibre » chez les an
imaux, parlent uniquement du réflexe de redressement du corps,
et que lorsqu'ils s'occupent de la même question chez l'homme, la
plupart envisagent le mouvement de comme incité
par un état psychique, par des prétendues sensations de l'équilibre,
ou par la représentation du haut et du bas. Et cependant, il est
par trop évident qu'il n'y a pas, sous ce rapport, de différence essent
ielle entre l'homme et l'animal.
Tout le monde est d'accord que des réceptions dans certaines par
ties du labyrinthe, normalement causées par la pesanteur, et nais
sant surtout à l'occasion de mouvements du corps, provoquent des
réflexes dont l'effet est de redresser le corps. L'on sait aussi que
les photo-réceptions, les tango-réceptions et peut-être les récep
tions dites du sens musculaire contribuent à provoquer ce réflexe,
mais plutôt en ordre subsidiaire. — Malgré le caractère éminem
ment obligé des « stato-réflexes », ils ont chez l'homme un épiphé-
nomène psychique, la notion du haut et du bas, attachée à une
phase centrale indéterminée encore de cette réaction.
Chez l'homme donc, on invoque, comme incitateur de ce réflexe
de redressement, soit des sensations de l'équilibre, soit la repré- 392 REVUES GÉNÉRALES
sentation psychique du haut et du bas. Celle-ci est ou bien déduite
de la sensation de l'équilibre, ou bien considérée comme donnée
directement par l'innervation centripète du nerf vestibulaire. Dans
l'un et l'autre cas, le fait psychique est envisagé comme le but
véritable de centripète, et comme un élément inter
posé entre l'innervation centripète d'une part et l'innervation cen
trifuge d'autre part; il serait la cause réelle, physiologique, de l'i
nnervation centrifuge.
Nuel conteste qu'il y ait des sensations d'équilibre, c'est-à-dire
des qualités psychiques homologues de l'amer, du sonore, du
coloré, etc., autrement dit une qualité psychique suscitée par l'exci
tation du nerf vestibulaire, et qu'on pourrait concevoir indépen
dante de toute notion spatiale. Du reste, pas mal d'auteurs parlent
ici de sensations « inconscientes » sur lesquelles serait basée la
notion du vertical. — On ne pourrait d'ailleurs invoquer (comme
cause du stato-réflexe) la sensation de vertige, qui ne surgit que
lorsque le mécanisme physiologique de l'équilibre est précisément
en défaut, ne fonctionne pas.
En admettant que la notion du haut et du bas résulte directement
de l'innervation centripète du nerf vestibulaire, on se rapproche
davantage de la vérité. Mais il ne faudrait pas considérer cette
notion d'une part comme l'aboutissant, le but physiologique de
l'innervation centripète du nerf vestibulaire, et d'autre part comme
la cause physiologique de l'innervation motrice du redressement.
La notion isolée d'un nerf centripète est un non-sens physiologique;
sans réaction correspondante, il n'existerait pas, de par les lois de
la phylogénie évolutionniste.
C'est donc à une phase cérébrale du rétlexe de redressement (et
non à l'innervation centripète) qu'il faut rattacher la notion psy
chique de la verticalité, mais, bien entendu, en qualité de simple
épiphénomène psychique.
Un travail très suggestif à ce point de vue est celui de B. Bour
don (5). Suivant cet auteur, le labyrinthe ne contient vraisembla
blement pas d'organe de sensibilité pour l'espace; les expériences
sur lesquelles les auteurs (Goltz, Breyer etc.) s'appuient pour
affirmer qu'il existe dans l'oreille externe un ou des organes d'un
sens statistique, ou d'un sens de l'espace, et fournissant des sen
sations correspondantes, prouveraient simplement que les exci
tations portées sur certaines partie du labyrinthe, en particulier
sur les canaux semi-circulaires, provoquent des contractions musc
ulaires du corps (redressement) et des yeux. Et ce seraient ces
mouvements qui donneraient les sensations de l'équilibre, ou
plutôt, comme le dit l'auteur, « les changements dans les sensations
qui se constatent dans ces circonstances résulteraient du trouble
des mouvements, et ne sont pas des effets immédiats de l'excitation
du labyrinthe ».
Dans les conditions ordinaires, dit Bourdon, la verticalité ou l'i
nclinaison de la tête nous sont connues par des sensations du cou
(en réalité un complexus de sensations). La ou l'incli- — PHYSIOLOGIE DES SENSATIONS 393 NUEL.
naison du corps résulte de sensations venant des pieds, des jambes
et des hanches.
Au fond, l'auteur base son opinion sur les faits bien connus démontrant
que le labyrinthe n'est pas le seul organe récepteur à produire l'orienta
tion du corps suivant la verticale, et que les innervations provenant des
muscles, des tendons, etc., y sont aussi pour quelque chose.
Bourdon a évidemment compris qu'il n'y a pas de sensations provoquées
par les réceptions du labyrinthe, sensations pures, non localisées, et qui
nous renseigneraient sur l'orientation de notre corps. Il est un des rares
auteurs qui avouent que le sens intime ne renseigne pas de sensations de
l'équilibre. Mais, prisonnier de la théorie qui veut que toute représent
ation soit basée sur une sensation, il nie (bien à tort, certainement)
toute influence que le réflexe de redressement provoqué par l'innervation
du nerf vestibulaire exercerait sur la représentation du vertical. Et dans
sa recherche de sensations qui pourraient faire son affaire, il rencontre
les vagues sensations tactiles et les sensations inconscientes du cou et du
pied. Il est vrai que Bourdon parle de musculaires conscientes,
réelles. Mais, nous le verrons, elles ne sont pas plus réelles que les sen
sations de l'équilibre.
En réalité, d'après nous, nous avons la notion de la verticalité parce
que nous nous redressons, parce que nous exécutons des stato-réactions.
Il est erronné de dire que nous nous redressons parce que nous avons
la notion de la verticalité. De plus il est erronné de dire avec Bourdon
que nous sommes renseignés sur la verticalité parce que le réflexe de
redressement produit des sensations musculaires (vagues ou plutôt nulles)
qui donneraient secondairement naissance à la notion précise de la verti
calité. D'après nous, cette notion est l'épiphénomène d'une phase nerveuse
cérébrale du réflexe de redressement.
SENSATIONS MUSCULAIRES ET SENSATIONS D'INNERVATION
Le terme « sensations musculaires » est des plus usités pour
désigner un ensemble de phénomènes psychiques consistant dans
la conscience que nous avons de la situation spatiale de diverses par-
tiesde notre corps, dans l'évaluation d'un poids qu'on soupèse, etc.
Le raisonnement est le suivant. Gomme nous avons conscience de
tout cela, même les yeux fermés, il faut que quelque chose, une
sensation, nous renseigne là-dessus. Or des faits nombreux démont
rent que ces « jugements » ne supposent pas l'intervention des
sensations tactiles, témoin notamment la grenouille écorchée, et
qui saute avec dextérité, ce qu'elle ne fait plus après section des
racines nerveuses postérieures, sensibles. On cite d'autre part les
faits démontrant que dans des circonstances anormales, les muscles,
les tendons, les articulations peuvent occasionner des sensations,
douloureuses la plupart du temps. On en conclut donc que les
organes profonds de nos membres nous fournissent normalement
des sensations sur lesquelles sont basées les notions spatiales
signalées. — Ces « sensations musculaires » seraient de provenance
complexe. Et comme notre sens intime est en somme muet à leur
égard, encore une fois ce sont des sensations inconscientes ou sub
conscientes, ce dernier qualicatif étant employé par les auteurs 394 REVUES GÉNÉRALES j
qui font rentrer dans la sensation musculaire la vague sensation
tactile qui accompagne certains mouvements.
Nuel (22) n'admet pas de sensations musculaires, c'est-à-dire des
sensations provoquées par des réceptions dans la profondeur de nos
membres lors de leur fonctionnement normal. Les sensations de
fatigue, de douleur profonde, etc., ne surgissent qu'anormalement.
Il n'admet pas non plus que les innervations centripètes provenant
de la profondeur des membres produisent directement, par elles-
mêmes, les représentations psychiques spatiales, qui à leur tour
innerveraient les innervations régulatrices des mouvements des
membres. — D'après l'auteur, les excitations de nerfs centripètes
nées dans la profondeur de nos membres provoquent des réflexes certain'
musculaires, dont le résultat est notamment un maintien
de nos membres, la conservation du tonus musculaire, etc. La
représentation psychique du membre est l'épipliénomène (psychique)
de ce myo-réflexe. Ou plutôt, comme en thèse générale nous
n'avons conscience de nos membres qu'en les mouvant, ces myo-
réflexes interfèrent, dans le système nerveux central, avec d'autres
innervations motrices (on dit alors que les myoréflexes règlent
celles-ci), et c'est à une phase d'innervation totale qu'est rattaché le
phénomène psychique, la notion spatiale du membre. — Quant aux
membres déplacés passivement, en réalité on ne les perçoit exac
tement que lorsqu'un réflexe réel est venu « légitimer » toute nou
velle position : sans cette légitimation, le membre lâché retourner
ait dans sa position primitive en vertu du tonus musculaire, à
l'instar d'un ressort qu'on lâche après l'avoir tendu.
Dans le temps on admettait des sensations d'innervation, c'est-à-
dire des sensations rattachées directement à l'innervation motrice
centrale, et qui renseigneraient sur le mouvement exécuté. A
l'appui on cite notamment certaines localisations visuelles fautives.
Lorsqu'on déplace mécaniquement l'œil, il projette visuellement
comme s'il n'était pas déplacé, ce qui semble exclure les sensations
musculaires; et en Cas de paralysie musculaire, l'œil ne bougeant
pas malgré une innervation motrice centrale, projette comme s'il
avait bougé, ce qui semble parler en faveur des sensations d'inner
vation.
La théorie des sensations d'innervation a de l'analogie avec celle
défendue par Nuel (et I. Loeb notamment). Mais il y a la différence
essentielle que celle-ci se passe du facteur sensation.
Au terme « sensations musculaires », Peilhaube (25) préfère celui
de « sensations kinesthésiques ». Il est facile de distinguer, dit-il, la
sensation produite par la contraction des muscles de l'œil d'avec la visuelle, tandis qu'il peut être difficile de distinguer les
sensations musculaires d'avec les sensations tactiles. « On les dis
tingue par la pathologie » (?). Il discute l'origine de ces sensations,
savoir si elle est périphérique (sensations musculaires) ou centrale
(sensations d'innervation), et se prononce pour la première hypothèse.
Sensibilité électromusculaire. — Déjà Duchêne (de Boulogne) avait
eu l'idée de mesurer la sensibilité propre aux seuls muscles. Sous — PHYSIOLOGIE DES SENSATIONS 395 NUEL.
le nom de sensibilité électro-musculaire, A Gregor (14) décrit une
sensation plus ou moins nette, localisée dans la profondeur du
membre lorsqu'on électrise la région d'un muscle. Il mesure cette
sensibilité en en recherchant le seuil. — II y a sous ce rapport dans
chaque muscle un endroit à sensibilité maximale (il coïncide avec
l'entrée du nerf) et des zones à sensibilité moindre. En certains
endroits, l'effet sensoriel se produit avec une intensité qui ne pro
duit pas encore de contraction du muscle en expérience ; en d'autres
endroits c'est l'inverse qui est vrai. Les deux effets sont donc plus
ou moins indépendants l'un de l'autre. Cette sensibilité varie chez
le même sujet d'une série d'expériences à l'autre.
SENSATIONS TACTILES
Ici on rencontre des sensations, c'est-à-dire, dit Nuel (23), des
états de conscience immédiate que l'abstraction peut concevoir les
mêmes avec des localisations différentes. En réalité, toute sensation
tactile est localisée. De plus, c'est une erreur courante de croire
que les sensations tactiles sont la matière première de la représent
ation spatiale tactile. Celle-ci est l'épiphénomène psychique des
tango-réactions; elle est d'autant plus exacte (selon les endroits)
que les tango-réactions diffèrent davantage entre elles. Chaque loca
lisation psychique punctiforme suppose une tango-réaction à part,
différente de celle provoquée par une tango-réception voisine.
Le but physiologique des tango-réceptions n'est pas la représent
ation spatiale tactile ; ce but est constitué par les tango-réactions.
Sans tango-réactions, il n'y aurait pas (phylogéniquement parlant)
de tango-réceptions (ni de nerfs tactiles). Il n'est pas absurde de
penser que (phylogéniquement parlant) le premier phénomène psy
chique tactile apparu ait été la représentation tactile, sans accom
pagnement de sensations tactiles, tout comme la représentation spa
tiale du haut et du bas existe sans sensation de l'équilibre.
Temps des réactions provoquées par des impressions tactiles. —
Lange distingue deux types des réactions (tous les deux accompagnés
de conscience) sur des impressions tactiles, selon que le sujet en
expérience porte son attention prédominante sur le mouvement
réacteur ou sur la sensation (tactile dans le cas présent) : réaction
musculaire et réaction sensorielle. La première, la motrice, du type
de volonté, est caractérisée par un temps latent de la réaction plus
court et plus constant; la seconde, la sensorielle, ou type d'atten
tion, a un temps de réaction plus long et plus variable. Certaines
personnes exécutent un type de préférence à l'autre. Le plus sou
vent on peut favoriser l'un ou l'autre type par l'exercice, par l'e
ntraînement.
Cattell a récemment contesté que la loi de Lange fût générale.
Kiesow (17) reprend la question et se prononce dans le sens de
Lange. Il insiste sur ce fait que chez certaines personnes, d'un type
intermédiaire entre les deux décrits par Lange, il se produit aisé- 396 REVUES GÉNÉRALES
ment, dans la même série d'expériences, des alternatives entre les
deux types de réaction, ce dont du reste ces personnes se rendent
parfaitement compte. Peut-être est-ce là la raison de l'opinion de
Castell.
Kiesow détermine aussi les temps latents de ces réactions pour
différents endroits du corps, en ayant soin d'appliquer toujours un
poil tactile de Frey exactement sur un point tactile. II trouve ainsi
entre les différents endroits du corps des différences énormes, qui,
chose à remarquer, sont sensiblement parallèles à celles relevées
par E. H. Weber touchant la facilité plus ou moins grande avec
laquelle les impressions plus larges sur la peau des divers endroits
du corps provoquent des sensations tactiles.
Vision faciale. — Sous le nom de vision faciale, Dougall (10)
étudie des phénomènes décrits notamment par Javal et d'autres, et
qui consistent en ce qu'un aveugle surtout, mais aussi un voyant
entouré l'obscurité, perçoit la présence ou l'absence d'un corps dont
ils sembleraient ne pas recevoir d'impression. James a soutenu que
des sensations provenant d'une impression sur le tympan seraient
au fond de ces faits très réels. Dresslar estime que ces impressions
sur le tympan sont trop obtuses à cet effet.
Dougall cite comme causes possibles de ces sensations ou percept
ions, les facteurs suivants : a, Tout gros objet change dans son voi
sinage les courants d'air, d'où changement de tactiles ;
h, tout, gros objet modifie dans son voisinage le régime des radiations
calorifiques, d'où changement des sensations thermiques; enfin,
c, dans les mêmes circonstances sont modifiées les ondes sonores,
d'où modification des sensations acoustiques. — Le plus souvent
plusieurs facteurs interviennent dans la « vision faciale ». Souvent,
les sensations tactiles sont prédominantes à ce point de vue, plus
rarement les sensations auditives. L'influence des sensations the
rmiques est réelle, mais ordinairement d'importance très secondaire.
SENSATIONS OLFACTIVES
Discontinuité des sensations olfactives produites par des réceptions
intermittentes. — Zwaardemaker (35) trouve que lors d'inspirations
nasales courtes et se succédant le plus rapidement possible, les
sensations olfactives produites par un corps odorant contenu dans
l'air libre restent discontinues. Par contre, si les inspirations du
corps odorant se font à l'aide d'un osmomètre (ne communiquant
avec le nez qu'au moment de l'inspiration), la sensation est continue,
probablement parce que dans le second cas la cavité nasale n'est
jamais indemne de toute trace du corps odorant.
De la parosmie. — Les cas d'anosmie, d'absence complète de la
faculté de l'olfaction se rencontrent souvent. Rarement signalée est
la parosmie, la perception d'odeurs par suite d'une lésion du sys
tème nerveux, et sans qu'il y ait une cause physique à ces odeurs >
soit dans les cavités nasales, soit dans les autres cavités osseuses de — PHYSIOLOGIE DES SENSATIONS 397 NUEL.
L' « olfaction subjective » paraît être infiniment plus rare la face.
que les sensations visuelles ou acoustiques subjectives. En cas de
parosmie, l'odeur subjective, d'ailleurs très variable, même chan
geante, et souvent répugnante, peut être très forte; il semble au
sujet qu'elle adhère à tous les objets.
Beyer (3) décrit deux cas typiques de parosmie, l'un et l'autre à la
suite d'un coryza; il s'agissait d'une altération de parties de l'épithé-
lium olfactif. La localisation des lésions était telle que ces deux
observations viennent à l'appui de la thèse de Zwaardemaker tou
chant les localisations olfactives dans la muqueuse olfactive.
Le chloroforme, même respiré, provoque un goût sucré; l'éther
produit de même un goût amer. D'aucuns (Rollet, etc.) ont donc
pensé à une gustation nasale. Dans un cas de séparation complète
entre les cavités buccales et nasales, H. Beyer (4) a pu se convaincre
qu'aucune partie de la muqueuse nasale n'est capable de donner
naissance à une sensation gustative.
Déterminisme chimique des sensations gustatives. — Le goût étant
selon toutes les apparences un sens chimique, c'est-à-dire dont les
réceptions sont de nature chimique, Sternberg (29 et 30) estime
que la première question que la physiologie doit résoudre est celle
de la nature chimique des corps sapides, autrement dit, celle du
déterminisme des sensations gustatives. Malheureusement,
ce est si peu élucidé que le dicton « de gustibus non
est disputandum » paraît toujours de mise, non seulement pour la
qualité des sensations gustatives (ce qui s'entend de soi-même, et est
vrai pour toutes les sensations), mais encore pour les déterminismes
chimiques et physiologiques des sensations gustatives.
En effet, étant admis que nous réduisons les qualités gustalives à
quatre, à celles du doux, de l'amer, de l'acide et du salin, il n'y a
que celle de l'acide, et dans une certaine mesure celle du salin, qui
se montrent liées à la constitution chimique du corps sapide. Le doux
et l'amer adhèrent à des corps chimiques très hétérogènes, entre les
quels on ne connaît pas le lien d'une propriété chimique commune.
Pour mettre en évidence le principe chimique éventuellement
commun à tous les corps ayant même goût, Sternberg estime que
la première chose à faire, c'est de dresser une liste aussi complète
que possible des corps qui ont même goût, et cela en ne tenant
aucun compte de l'intensité delà sensation. L'expérience a prouvé,
dit-il, que les listes de ce genre dressées avec la préoccupation de
l'intensité gustative, sont toutes plus ou moins erronées et con
tradictoires. On aurait tort de dire qu'en procédant comme le veut
l'auteur, on n'aboutit qu'à un assemblage confus de corps très hété
rogènes; au contraire, il est à prévoir que le mystère de la chimo-
réception gustative ne pourra être éclairci que moyennant ces rap
prochements.
En ce qui regarde le goût doux, Sternberg ne dresse pas cette
liste complète. — Divers auteurs refusent à la d- mannose le goût
doux; elle ferait donc exception à la règle qui dit que tous les
sucres naturels ont ce goût. Sternberg démontre qu'en réalité la pre- 398 REVUES GÉNÉRALES
mière impression gustative de ce corps est sucrée; son goût amer
vient plus tard seulement.
Beaucoup de sucres naturels sont en effet doux et amers a la
fois. L'amertume se prononce encore dans les sucres artificiels et
dans les corps ayant quelque analogie chimique avec les sucres;
plusieurs sont même uniquement amers. Ehrlich a prétendu que le
goût sucré dans les corps de l'espèce tient à la présence du groupe
éthyle dans la molécule. Sternberg conteste le fait. Il relève que
ce sont surtout les corps (de cette catégorie) chimiquement indiffé
rents qui ont le goût sucré ; il développe comme quoi, pour provo
quer ce goût, les groupements atomiques sapigènes doivent être
assez rapprochés entre eux dans la molécule. Cependant, la confi
guration stéréogéométrique de la molécule ne paraît exercer
aucune influence sur le goût.
Dans le travail consacré au goût des sels (29), Sternberg rapproche
les acides des sels, en les envisageant comme des sels du métal H. Or
tous les acides sont aigres, sauf de très rares exceptions ; ce goût
tient à H remplaçable par des métaux. En ce qui regarde les sels
véritables, le goût salin ne se rencontre que dans les sels minéraux
solubles dans l'eau, et encore fait-il défaut à beaucoup d'entre eux ;
souvent il existe concurremment avec le goût amer, qui toutefois
peut exister seul. D'une enumeration des goûts des sels les plus
divers, l'auteur conclut que les goûts salin, amer, et doux sont dus
à la présence de la partie basique du "sel, et non à la partie acide.
Cependant, si — ce qui est rare — l'acide a un goût propre, le goût
du sel est un mélange additionnel du goût de l'acide et de celui de
la base.
Certains faits dénotent néanmoins une influence exercée par
l'acide sur le goût du sel, indépendamment du goût propre de
l'acide. Par exemple LiCl et NaCl ont le goût exclusivement salin,
tandis que LiBr et NaBr sont salins et amers à la fois. Or, BrH n'a
en propre que le goût acide. L'auteur ne parvient pas à résoudre
cette difficulté.
Étant admis que la partie basique du sel est seule déterminante
pour le goût, et en présence du fait que seuls les corps solubles
sont sapides, on s'est demandé si c'est comme ions ou bien comme
atomes en général que les métaux sont actifs à ce point de vue.
L'on sait qu'en solution, les acides, les bases et les sels se disso
cient toujours en deux parties. L'une, chargée d'électricité positive,
se rend au pôle négatif : c'est le kation, composé de la partie
basique. L'autre est chargée d'électricité négative et se rend au
pôle positif : c'est l'anion, la partie acide. Ce serait à la présence de
ces ions que ces solutions devraient leur conductibilité électrique et
leurs affinités chimiques.
On se demande donc si c'est le kation qui est sapide, ou bien
Patome métal comme tel, par sa seule présence dans le sel dissous,
mais non dialyse. Dans la seconde hypothèse le processus récep
teur pour la gustation serait une espèce d'action de présence, cata-
lytique; dans le premier, il consisterait plutôt en un processus

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