Revue de la physiologie du système nerveux - article ; n°1 ; vol.11, pg 366-389

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L'année psychologique - Année 1904 - Volume 11 - Numéro 1 - Pages 366-389
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1904
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Léon Fredericq
Revue de la physiologie du système nerveux
In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 366-389.
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Fredericq Léon. Revue de la physiologie du système nerveux. In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 366-389.
doi : 10.3406/psy.1904.3679
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1904_num_11_1_3679II
REVUE DE PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX GÉNÉRALE
DES NERFS ET DES CELLULES NERVEUSES
Neurone. — Dans un article très complet et très documenté, paru
ici même l'année dernière (Année psychol., 1904, X, 260-283. Gran
deur et décadence du neurone), J. Grasset a fait un excellent
exposé historique et critique de la question du neurone. Il a montré
que la théorie du neurone, considéré comme unité embryologique,
morphologique et fonctionnelle du système nerveux, ne pouvait être
maintenue dans son intégrité, qu'il faut notamment abandonner
la notion de l'individualité unicellulaire du neurone et considérer
les nerfs périphériques comme des éléments histologiques auto
nomes, ayant une origine pluricellulaire. Je puis donc me dispenser
d'entrer dans l'exposé général de la question que je suppose
connue. Je me borne à signaler les articles de Déjerine (1), Durante
(23), Debray (4), van Gehuchten (5) qui reprennent la question d'une
façon générale, et à citer quelques travaux de morphologie sur les
Neurofibrilles, parus dans des revues de Physiologie [Donaggio (7),
Azoulay (8), Marinesco (9), Mourre (10)], pour m'arrêter aux
recherches expérimentales sur la régénération des nerfs périphé
riques.
Régénération des nerfs périphériques. — Dans la théorie du neu
rone, le nerf périphérique n'est qu'un prolongement de la cellule
nerveuse ; il s'est formé aux dépens du protoplasme de la
embryonnaire unique qui a donné naissance à la cellule nerveuse.
Il dégénère lorsqu'on le sépare de sa cellule d'origine (dégéné
rescence traumatique ou Wallérienne) ; il ne peut se régénérer ult
érieurement d'une façon indépendante. Dans cette théorie, lors de
la régénération, le nouveau nerf périphérique est censé se former
toujours par bourgeonnement du bout central du nerf coupé (Ran-
vier). Bethe a soutenu un des premiers la formation embryologique
autonome des nerfs périphériques par fusion de chapelets de cellules
embryonnaires et leur régénération autonome par un processus
morphologique analogue. Il a fait (11), au VIe congrès de Physiologie
qui s'est réuni à Bruxelles en août 1904, des démonstrations tout à
fait probantes de cette autonome du sciatique chez le
chien, de celle des racines postérieures après extirpation du gan- FREDERICQ. — PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX 367 L.
glion spinal et de celle des cordons postérieurs de la moelle épi-
nière. Van Gehuchten (12) a fait au même congrès des démonstrat
ions analogues, concernant la régénération autonome du bout
périphérique du sciatique coupé chez de jeunes chiens. Cette
confirmation des recherches de Bethe est d'autant plus précieuse
qu'elle émane d'un des chefs les plus autorisés de l'école du neu
rone. La régénération autonome est affirmée également par d'autres
auteurs, notamment par Durante (13).
Elle est mise en doute par Langley et Anderson (15, 16) et
par Mott, Halliburton et Edmonds (17). Chaque fois que Langley
et Anderson ont pu constater une restauration anatomique ou
fonctionnelle du bout périphérique du sciatique (coupé de manière
à éviter la réunion ultérieure avec le bout central), ils ont décou
vert des anastomoses entre le bout périphérique et de petits troncs
nerveux cutanés ou autres qui avaient été sectionnés lors de la
première opération. Ils ne nient cependant pas d'une façon absolue
la possibilité de la régénération autogène : ils se bornent à déclarer
qu'ils ont vainement cherché à l'observer.
Mott, Halliburton et Edmonds admettent la même explication : il
n'y a plus d'après eux régénération, si l'on s'applique à empêcher
la formation de ces filets nerveux anastomotiques. Ces derniers
auteurs admettent, avec Howel et Burton, que la partie principale
des libres périphériques régénérées, c'est-à-dire les cylindres d'axe,
ont une origine centrale, et émanent par bourgeonnement du
bout central du nerf coupé : seules les enveloppes des cylindres
d'axe se régénéreraient sur place d'une façon autogène.
Quoiqu'il en soit, les expériences de Braus (18), démontrées égal
ement au congrès de Bruxelles, me paraissent tout à fait probantes.
H. Braus (18) a démontré la formation autogène des nerfs pér
iphériques chez les larves de batraciens d'après un procédé assez
original. Il prend de jeunes têtards de crapaud sonneur (Bernbi-
nator bombinus), il leur enlève les petits moignons des membres
au premier stade de leur apparition, et les transplante sur ces mêmes
individus, à d'autres endroits du corps. Cette altération des rapports
anatomiques n'empêche nullement le développement normal et
autogène des extrémités, y compris les troncs nerveux. La dissec
tion de l'endroit d'implantation a montré qu'il n'y existe que des
communications nerveuses sans importance avec le système ner
veux central. Les gros troncs nerveux plus ou moins normaux
contenus dans les membres transplantés se sont donc formés d'une
manière autogène, indépendante de l'action du système nerveux
central.
Dégénérescences après section des fibres nerveuses. — Les dégéné
rescences des fibres nerveuses après section constituaient un des
arguments sur lesquels s'appuyaient les partisans de la théorie du
neurone. D'après les règles formulées par Waller, en 1856, si l'on
coupe une fibre en travers, la portion qui a été séparée de la cel
lule d'origine et soustraite à son influence trophique dégénère,
tandis que le bout central, resté en rapport avec la cellule centrale, REVUES GENERALES 368
demeure normal. Van Gehuchten a montré ici même (Année psycho /.,
1904, 228), que si Ton peut admettre la première partie de la loi de
Waller, il n'en est pas de même de ce qu'il appelle la proposition
négative renfermée dans cette loi. Selon van Gehuchten (19), si
l'on arrache le sciatique au lieu de le couper, on obtiendra à coup
sûr la dégénérescence, aussi bien dans le bout central que dans le
bout périphérique du nerf. Mais la dégénérescence du bout central
débutera dans le voisinage de la cellule, d'où elle se propagera en
descendant. Marinesco (9) a constaté aussi la dégénérescence des
neurofibrilles dans le noyau de l'hypoglosse et du pneumogast
rique, après arrachement de ces nerfs.
De même, Roux- et Heitz (20) on-t observé chez le chat des dégéné
rescences dans les nerfs cutanés après la section des racines médull
aires postérieures correspondantes, quoique le ganglion spinal qui
contient les cellules correspondant aux fibres dégénérées eût
conservé intactes ses connexions anatomiques avec ces dernières.
Quand on sectionne une fibre nerveuse, la dégénérescence peut
donc atteindre le bout central de la fibre et la cellule nerveuse
elle-même : mais elle peut même dépasser la limite du neurone et
atteindre des neurones voisins. W. B. Warrington (21) a constaté
des altérations manifestes dans les cellules des cornes antérieures
(motrices) de la moelle du chien, après section des racines posté
rieures (sensibles) correspondantes.
Brissâud et Rauer (22) ont, dans le même ordre d'idées, étudié les
modifications subies par les cellules nerveuses de la moelle épinière
à la suite de l'amputation des membres chez le têtard.
Sutures nerveuses. — La théorie du neurone excluait l'idée de la
cicatrisation d'un nerf coupé, par réunion directe du bout périphé
rique avec le bout central ; et à plus forte raison l'idée de la soudure
réciproque de deux nerfs différents a et 6, coupés au préalable, le
bout central de a se soudant au bout périphérique de b, ou récipr
oquement. Quand on constatait des soudures ou des cicatrisations de
ce genre, on admettait que la soudure n'était qu'apparente, qu'en
réalité le bout phériphérique avait commencé par dégénérer com
plètement (Dégénérescence Wallérienne) ; et qu'ultérieurement, le bout
sectionné resté en rapport avec les centres nerveux avait émis des
prolongements; ceux-ci devaient avoir gagné la périphérie, en se
guidant sur les restes du bout périphérique dégénéré. Le bout
périphérique était donc censé s'être entièrement reformé aux
dépens du bout central. Tout est remis aujourd'hui en question
depuis que la théorie du neurone est ébranlée dans ses fondements.
Ainsi Langley et Anderson (24 à 28) qui ont fait de nombreuses
expériences de sutures nerveuses, admettent, il est vrai, comme
probable, qu'il s'agit, dans les expériences couronnées de succès,
d'une régénération du bout périphérique aux dépens du bout cent
ral, mais sans oser exclure a priori une coalescence d'un bout
périphérique autonome avec le bout central conservé. Leurs expé
riences avaient d'ailleurs une autre portée. Leur but était d'étudier
les effets physiologiques de la suture nerveuse quand celle-ci a FREDERICQ. — PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX 369 L.
réussi, et de vérifier si la soudure peut se faire entre troncs nerveux
de fonction différente. Ils ont trouvé qu'un nerf centrifuge (bout
central du phrénique) peut être uni à un autre nerf centrifuge
(sympathique se rendant à des cellules nerveuses). L'excitation du
premier nerf donnera les effets physiologiques habituels de l'exci
tation du second. Mais le bout central d'un nerf sensible (saphène
intei'ne) ayant été suturé au bout périphérique d'un nerf moteur
(sciatique) pourra être excité électriquement, sans produire aucun
effet moteur dans l'aire de distribution du sciatique. Il faut donc
une certaine similitude de fonctions pour que l'union de deux nerfs
différents puisse donner lieu à des effets physiologiques : un nerf
centripète ne peut être soudé à un nerf centrifuge.
Barbieri (14) a réussi également des expériences variées de sutures
croisées des racines spinales avec restauration de leurs fonctions.
Goldstein (30) admet que dans les de régénération
après amputation exécutées chez les vertébrés inférieurs, le
système nerveux central prend une part importante au processus.
Wintrebert (31) constate au contraire la régénération des membres
postérieurs chez l'axolotl adulte, malgré l'ablation totale de la moelle
lombo-sacrée. Les membres régénérés présentent une longueur
normale, mais ont une très faible épaisseur.
EXCITABILITÉ DES CELLULES ET DES FIBRES NERVEUSES
Klein (33) développe une théorie générale de V excitation, en partant
de l'idée que l'excitation n'est autre chose qu'un changement plus
ou moins brusque des conditions normales extérieures, et illustre
cette définition par une série d'exemples. Si l'on réussit à maint
enir l'œil immobile en fixant une étoile, dit-il, tout le ciel étoile
disparaît, pour reparaître comme par enchantement si l'on exécute
le moindre mouvement des yeux. L'oeil ne perçoit pas une lumière
d'intensité constante, il ne perçoit que les changements d'intensité
lumineuse.
Wintrebert (35) admet l'existence d'une irritabilité excito-rnotrice
primitive, indépendante des voies nerveuses, chez les embryons
ciliés de Batraciens.
Excitation tonique d'un tronc nerveux périphérique isolé. — La sec
tion des nerfs de la peau a pour effet de faire pâlir celle-ci chez la
seiche, le poulpe, etc., par paralysie des muscles dilatateurs des
chromatophores. Mais au bout de quelques jours, les chromato
phores se dilatent à nouveau, d'où coloration de la peau. Hofmann
(36) admet qu'il s'agit d'une excitation tonique des troncs nerveux
périphériques qui animent les muscles des chromatophores.
Action narcotique et tension superficielle du narcotique. — Overton
(1895-1899) a déterminé la rapidité avec laquelle les différentes
substances chimiques sont capables de pénétrer par diffusion dans
le protoplasme vivant; il a constaté que cette vitesse de pénétration
dépendait de la solubilité de ces substances dans les corps lipoïdes,
l'année psychologique, xi. 24 REVUES GENERALES 370
tels que les graisses, la cholestérine, la lécithine, corps lipoïdes qui
constitueraient la trame du protoplasme vivant. Overton (1901) et
Hans Meyer ont fait remarquer que les narcotiques, les anesthé-
siques et les antipyrétiques, c'est-à-dire les corps qui agissent sur
le protoplasme, et spécialement sur les cellules nerveuses, étaient
précisément des corps très solubles dans les lipoïdes et qui diffusent
rapidement, et ils ont admis qu'il y avait entre les deux propriétés
une relation de cause à effet et une proportionnalité directe.
J. Traube (37) reprend la théorie d'Overton en la modifiant. Il
fait remarquer qu'il existe un rapport direct entre la vitesse de
l'osmose des corps solubles dans l'eau et l'abaissement qu'ils pro
duisent dans la constante de capillarité de l'eau (tension superficielle).
On peut donc prendre indifféremment l'une ou l'autre de ces
propriétés, et la comparer à l'action narcotique d'une série de
substances. Traube utilise les chiffres des expériences relativement
anciennes de Joffroy et Serveaux et de celles plus récentes d'Overton
et de Führer sur la toxicité relative des différents alcools, et montre
que cette toxicité croît dans la même proportion que l'action que
ces alcools exercent sur la constante de capillarité de l'eau.
J. Traube ramène ainsi, comme Overton, l'action narcotique à une
propriété purement physique de la substance narcotique.
Overton (38) a étudié l'action toxique exercée sur les nerfs et les
muscles par les sels des différents métaux alcalins et alcalino-terreux.
Excitation chimique et diffusibilité . — Quand on dépose une goutte
d'acide sur la peau d'une grenouille décapitée, l'irritation chimique
provoque des mouvements réflexes de défense. Braeunig (39) a uti
lisé cette expérience classique pour comparer l'intensité de l'action
excitante des différents excitants chimiques. En ce qui concerne les
acides, leur action excitante est avant tout une fonction de leur
diffusibilité.
Curare. — Herzen et Odier (40-41) ont constaté que le curare
n'exerce pas son action toxique exclusivement sur les plaques te
rminales des nerfs moteurs, mais altère également les propriétés
physiologiques des troncs nerveux. Babâk et Chrodounsky (42) ont
démontré une action toxique des curines et curarines (extraites du
curare) sur les centres nerveux cardiaque et vasomoteur.
CONDUCTIBILITÉ DES NERFS ET DES CENTRES NERVEUX
Vitesse de la conduction. — Nicolai (46) constate que l'excitation
(ou plus exactement la variation négative) se propage dans le nerf
olfactif du brochet avec une vitesse uniforme. Cette vitesse est la
même dans la direction centrifuge (non physiologique).
F. Kiesow (44) mesure chez l'homme le temps de la réaction, en
excitant successivement deux points tactiles de l'avant-bras (ou
du bras, de la jambe ou de la cuisse), inégalement distants du cer
veau; il calcule la vitesse de propagation de l'excitation nerveuse
centripète d'après la valeur du retard du temps de réaction pour FREDERICQ. — PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX 371 L.
l'excitation du point le plus éloigné. Il suppose que le temps perdu
dans le système nerveux central, notamment dans les centres
psychiques, est le même dans les deux expériences comparatives.
C'est là une supposition toute gratuite, qui ne nous permet pas
d'accepter sans critique les valeurs trouvées (environ 30 m. par
seconde) qui sont voisines de celles que Helmholtz et Baxt avaient
indiquées pour les nerfs moteurs.
Carlson (47 à 30) trouve une vitesse de propagation de 10,5 m. par
seconde dans l'hypoglosse de la couleuvre, et 16 in. par seconde
pour le transport de l'excitation le long de la moelle épinière du
même animal. Après section de la moelle au niveau de la première
vertèbre, l'encéphale est encore capable de fonctions psychiques :
la tête, ainsi isolée physiologiquement, exécute des mouvements de
défense qui ne paraissent pas être de purs réflexes.
Chez un poisson (Hagfish), la vitesse est de 2,50 m. à 4,50 m. dans
la moelle épinière, et de 2,50 m. à 4,50 m. dans les nerfs périphé
riques.
Le même auteur a constaté que la vitesse de propagation dans la
chaîne ganglionnaire ventrale des Annélides présente des différences
spécifiques énormes : 5,4 à 9,0 cm. par seconde chez Cerebratulus
et 694 cm. par seconde chez Bispira polymorpha.
Chez les Myriapodes il y a également des différences considérab
les : 250 cm. par seconde chez Scolopendra, 20 cm. chez Julus.
ÉLECTROPHYSIOLOGIE
Les discussions continuent entre physiologistes sur l'origine et la
nature des phénomènes électriques dont les nerfs et les muscles sont
le siège. Bernstein et Tschermak (55) admettent encore la théorie
de Du Bois-Reymond de la préexistence du courant propre, et cher
chent à la démontrer au moyen d'un nouveau dispositif expéri
mental.
Garten (56) dénie à ces expériences toute valeur probante, et s'en
tient à la théorie de Hermann qui considère le courant propre
comme un phénomène dépendant de la lésion à laquelle l'organe a
été soumis (théorie de l'altération).
Quant à la nature des manifestations électriques de l'activité des
nerfs, beaucoup de physiologistes les assimilent au courant des
piles dites de concentration (voir Cybulski, 53).
Les mêmes discussions existent sur le mécanisme de la variation
négative et sur celui de l'électrotonus. C'est ainsi que Tchiriew (69)
est à peu près seul à affirmer que les muscles et les nerfs vivants,
non lésés, ne manifestent, ni à l'état de repos, ni à l'état d'excitation,
de variations électriques constantes; et que le passage de l'état de
repos à l'état d'excitation n'est pas davantage accompagné de
variations constantes.
Mentionnons les controverses entré Tchiriew (67), Tour (66) et
Wedensky (68) sur l'emploi du téléphone comme indicateur des REVUES GENERALES 372
courants d'action du nerf, de Bürke (71) et Biedermann sur l'action
dépressive de la Catode, de Herzen (61) et Waller (62) sur la varia
tion négative.
Mentionnons aussi un article critique de Boruttau sur les théories
récentes bio-électriques, et les recherches de Radzikowski (59) sur
l'électrotonus et la polarisation dans les conducteurs inertes, de
Nicolai (58) sur les courants d'action dans les substances inorgani
ques, de Max Cretner (60 sur un nouveau Rhéotome, de Beck (70)
sur les phénomènes électriques de l'écorce cérébrale après extirpa
tion partielle, de Boruttau (64) sur les variations que présente le
courant d'action du nerf sous l'influence de la narcose et de
l'asphyxie locale, etc.
Gildemeister (78) a construit une espèce de Galvanomètre balis
tique, dans lequel l'aiguille exécute, sous l'influence des courants
électriques qui traversent les bobines (courants excitants), des mou
vements (réponse à l'excitation) qui présentent quelques-unes des
particularités de l'excitation de la préparation neuro-musculaire
soumise à des excitations électriques variées. C'est un modèle de la
préparation neuro-musculaire. Le même expérimentateur étudie
également sur la préparation neuro-musculaire elle-même les
relations qui existent entre certaines conditions de l'excitation
électrique et la réponse du muscle.
Lapicque (79), Cluzet (80) et Salomonson (81) ont étudié diverses
formes d'excitation électrique des nerfs moteurs de grenouille.
Électricité développée par le frottement du doigt. — Harnack (83) a
fait connaître une expérience qu'il considère comme entièrement
nouvelle. S'il frotte légèrement de la pointe de l'indicateur la plaque
de verre qui recouvre l'aiguille aimantée d'une petite boussole de
poche, il constate que est fortement attirée par la partie
frottée du verre. La charge électrique de la plaque de verre (mesurée
au moyen d'un électromètre de Braun) atteint plusieurs centaines
de volts et peut même parfois dépasser 1 000 volts. La plaque de
verre ainsi chargée peut faire l'office du gâteau classique de résine
dans un petit électrophore en miniature, dont on peut tirer des
étincelles. Il paraît invraisemblable à Harnack qu'il s'agisse ici,
comme le veut Bethe (84), simplement d'électricité développée par
frottement, l'effet électrique semblant hors de proportion avec l'i
nsignifiance du frottement. Il est tenté d'y voir plutôt un phénomène
physiologique.
Oscillations nerveuses et rayons N. — La question des fameux
rayons N ne sera pas traitée ici. Il faut attendre que le débat con
tradictoire auquel elle donne lieu ait conduit à une conclusion.
Rappelons qu'Auguste Charpentier (85-88) a appliqué les rayons N
à l'étude des oscillations nerveuses. Il admet (1899) que le nerf
soumis à des excitations électriques brèves présente un processus
oscillatoire particulier, caractérisé par une fréquence de 750 à 800
par seconde et une vitesse de propagation semblable à celle de
l'influx nerveux, d'où une longueur d'onde voisine de 35 à 36 mm.
Il trouve une confirmation de ces valeurs (750-800 fréquence, 35 à FREDERICQ. — PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX 373 L.
36 mm. de longueur d'onde) dans les phénomènes de résonnance et
d'interférence auxquels donne lieu l'émission des rayons N par le
nerf et leur action sur l'écran fluorescent (voir l'original pour le
dispositif).
CHIMIE DES NERFS ET DES CELLULES NERVEUSES
Les travaux de Brodie et Halliburton (93) sur les coagulations suc
cessives des albumines des nerfs sous l'influence d'une élévation
de la température ont été signalés ici l'année dernière. Citons
encore les recherches de Cavazzani (91) sur la nucléone du cerveau
de chien, de Barbier (89) sur la cholestérine du cerveau de bœuf et
d'Isador H. Goriat (90) sur la choline qui se forme par autolyse (action
d'un enzyme) aux dépens de la lécithine, dans la putréfaction du
tissu cérébral. Ces travaux sont d'un intérêt trop spécial pour être
analysés en détail.
Respiration élémentaire des nerfs. — L'opinion ancienne d'après
laquelle les fibres nerveuses fonctionneraient sans dépense exté-
rieuse et seraient par conséquent le siège de phénomènes chimiques
peu appréciables, continue à être battue en brèche de divers côtés.
Fröhlich et Tait (97) ont insisté sur l'importance de l'irrigation
sanguine des nerfs périphériques. Fröhlich (98) a réussi à démont
rer chez eux des phénomènes de fatigue (négation de Yinfatiga-
bilité des nerfs).
H. v. Bayer, puis Fröhlich, avaient constaté que les nerfs de
grenouille perdent leur excitabilité quand on les prive d'oxygène,
qu'ils la récupèrent aussitôt qu'on permet à nouveau le contact du
gaz vivifiant. Baas (95) confirme le fait : il faut plusieurs heures de
séjour dans l'hydrogène ou dans le vide de la pompe à mercure
pour abolir l'excitabilité du nerf sciatique de la grenouille. Si l'on
permet à nouveau l'accès de l'air, l'excitabilité reparaît en quelques
minutes : elle persiste ensuite pendant plusieurs heures si l'on
soumet le nerf à l'action de l'hydrogène. Il y a un véritable emma-
gasinement d'oxygène par le nerf. La vie du nerf et son fonctio
nnement sont donc liés, comme dans les autres tissus, à des phé
nomènes chimiques d'oxydation.
Torsten Thunberg (96) a mesuré directement au moyen de son
Microrespiromètre la respiration élémentaire des nerfs de lapin
extraits du corps et conservés à la température de 16°; il a const
até que la consommation de l'oxygène et la production de CO2,
sans être considérables (22 mm3 O2 par gramme de nerf et par
heure), n'étaient nullement négligeables. On commence ainsi à
apprécier à leur juste valeur les phénomènes chimiques du méta
bolisme des nerfs.
Respiration élémentaire de la moelle épinière. — On savait depuis
longtemps que les centres nerveux ont un puissant besoin
d'oxygène. Baglioni (100) trouve que la moelle épinière de la gre
nouille mise à nu et conservée dans l'air atmosphérique, perd son 374 REVUES GÉNÉRALES
excitabilité réflexe au bout d'une heure et demie à deux heures,
tandis que dans l'oxygène pur les réflexes se montrent encore
après vingt heures. Ils disparaissent au bout de trois quarts d'heure
environ, quand on remplace l'oxygène par une atmosphère d'azote.
Si l'asphyxie n'a pas duré plus d'une heure, on pourra provoquer
la revivification de la moelle, en la soumettant de nouveau pendant
un certain temps à l'action de l'oxygène. L'oxygène gazeux pourrait,
suivant Baglioni, être remplacé par l'eau oxygénée.
Asphyxie des cellules nerveuses par anémie. — Marinesco (102), Gentès
et Bellot (loi) ont constaté des altérations profondes des neurofî-
brilles des cellules de l'écorce cérébrale du chien ou de la moelle
épinière, sous l'influence d'une anémie plus ou moins prononcée,
obtenue par la ligature des vaisseaux nourriciers (asphyxie des
cellules nerveuses?) Il sera question plus loin des effets de l'anémie
cérébrale.
MOELLE ÉPINIÈRE
Réflexes nouveaux chez r homme. — Les neuropathologistes con
tinuent à étudier avec prédilection les réflexes normaux ou anor
maux qu'ils provoquent chez l'homme par excitation mécanique de
la peau. On a décrit et étudié en 1904 une demi-douzaine au moins
de nouveaux réflexes, ayant pour siège les fléchisseurs du pied ou
des orteils, le biceps fémoral, les muscles fessiers, etc., et discuté le
mode de production et la signification clinique de l'absence ou de la
présence d'une série d'autres réflexes décrits antérieurement. Les
titres des mémoires que nous donnons à la bibliographie rensei
gnent en général le lecteur sur le siège anatomique de ces différents
réflexes (103 à 113).
La contraction que Me Carthy (114) décrit chez l'homme dans les
muscles semi-membraneux et semi-tendineux de la cuisse, consé
cutivement à la percussion de la peau au niveau des 2e et 3e ver
tèbres sacrées, lui paraît due, bien plutôt" à une excitation méca
nique plus ou moins directe de la moelle épinière ou des racines
spinales, qu'à une action réflexe à proprement parler.
Localisations motrices dans la moelle épinière. — Sano (115) a pré
senté au Congrès de neurologie de Pau un rapport très remarquable
dans lequel il expose l'état actuel de la question si controversée des
localisations motrices de la moelle épinière.
Comme conclusion générale, Sano admet que « la différenciation
profonde du système musculaire trouve son image dans la différen
ciation des noyaux médullaires : à chaque muscle répond un
noyau, à chaque groupement fonctionnel musculaire (fléchisseurs,
extenseurs, etc.) répond un groupement de noyaux, à chaque se
gment de membre correspond dans la moelle une zone qui comprend
les noyaux fonctionnels précédents ».
Le renflement cervical, par exemple, comprend trois zones
d'innervation segmentaire répondant aux trois segments du membre

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