Revue de métapsychique - article ; n°1 ; vol.12, pg 525-549

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L'année psychologique - Année 1905 - Volume 12 - Numéro 1 - Pages 525-549
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1905
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J. Maxwell
Revue de métapsychique
In: L'année psychologique. 1905 vol. 12. pp. 525-549.
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Maxwell J. Revue de métapsychique. In: L'année psychologique. 1905 vol. 12. pp. 525-549.
doi : 10.3406/psy.1905.3729
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1905_num_12_1_3729XI
REVUE DE MÉTAPSYCHIQUE
(Spiritisme, Télépathie, Sciences occultes.)
Le mot « métapsy chique » a été proposé par le Professeur Richet *
pour désigner l'ensemble de ces phénomènes, encore mal connus,
qui s'étendent des faits allégués par les spirites à ceux étudiés par
la Société des Recherches psychiques de Londres et par l'Institut
général psychologique de Paris. L'expression n'est pas parfaite, mais
elle évite l'équivoque des termes « psychique » et « psychologique ».
Les phénomènes qu'elle désigne ont une étroite connexité avec
la psychologie, mais ils ne sont pas, en apparence, simplement
psychologiques. Les appeler, comme l'usage en prévaut encore
aujourd'hui, phénomènes psychiques, c'est les confondre avec les
opérations mentales auxquelles le mot psychique est habituell
ement consacré. Faute d'une expression plus heureuse, la désigna
tion proposée par M. Richet peut être employée avec commodité :
elle ne prête pas à l'équivoque.
Sa précision n'est pourtant qu'apparente, parce que les faits aux
quels on l'applique sont mal définis et qu'ils ne sont pas encore
groupés et disciplinés. Il ne sera peut-être pas inutile d'indiquer,
au moment où Y Année "psychologique commence à la prendre en
considération, ce qu'est la métapsychique.
S'il était permis de la considérer déjà comme une science, je
dirais que c'est la plus jeune de nos sciences. Elle est à peine
majeure. C'est en 1882 qu'elle est née; ses parrains ont été les
homm'es distingués auxquels la Société anglaise des Recherches
psychiques doit son existence. Parmi les plus connus je citerai
Lord Bute, Sidgwick, Myers, Gurney, Barrett, Lodge, St. Moses,
Crookes, W. James, Gh. Richet : je n'aurais garde d'oublier
M. Arthur Balfour, l'ancien premier ministre.
1. Dans son discours présidentiel du 6 février 4905 à la Société des
Recherches psychiques de Londres (Proceedings, Vol. XIX, p. 13). Ce mot
avait été employé par Haller L. (Alles in Allem. Meta/ogik, Metaphysik,
Metapsychik, Berlin, 1888). M. Wincenty Lutolawski avait ultérieurement
appliqué la même désignation aux phénomènes étudiés par la société
des recherches psychiques de Londres. (In Wykladi Sagullonskee, t. II,
Krakow, 1902). Voir la note de Richet, loc. cit., p. 13. M. Boirac avait pro
posé en 1893 le terme « parapsychique ». (« Un essai de classification des
phénomènes parapsy chiques », Annales des sciences psychiques, 1893,
p. 340-354.) 526 REVUES GÉNÉRALES
Ces personnages ont pensé qu'il n'était pas sans intérêt de recher
cher ce qu'il pouvait y avoir de vrai dans les récits de visions,
d'apparitions, de prémonitions, de pressentiments, de hantises,
dont les ouvrages anciens sont remplis et dont les conversations
modernes ne sont pas exemptes. Ils ont jugé que les phénomènes
du spiritisme lui-même devaient être examinés puisque tant d'hommes
dignes de foi assuraient les avoir observés; mais ils ont essayé
d'établir des règles précises soit pour l'observation des faits, soit
pour l'admission des témoignages; car leur méthode comporte
non seulement l'expérimentation, mais l'enquête : celle-ci est tou
jours possible, celle-là ne l'est pas au même degré, mais il y a
d'autres sciences où l'expérimentation est moins facile encore.
Le moment était d'ailleurs favorable : le magnétisme animal
étudié par Braid et par Charcot était entré dans la science sous le
nom d'hypnotisme : Azam, Ribot, Binet avaient ouvert la voie aux
recherches sur les modifications pathologiques de la personnalité
et de la mémoire; n'était-il pas possible de découvrir des faits inté
ressants, des phénomènes naturels dignes d'être examinés, au fond
de toutes les légendes, de toutes les superstitions, de toutes les
croyances populaires, de les allégations des magnétiseurs,
des spirites, des mystiques? Certains témoignages sérieux ne con
firmaient-ils pas déjà en partie ces allégations?
De pareilles espérances étaient légitimes : l'avenir ne les a pas
déçues. Le nombre des documents accumulés par la Société des
Recherches psychiques fut bientôt considérable et permit certaines
conclusions. L'enquête sur les hallucinations parut établir la réalité
d'un fait extraordinaire, la coïncidence entre l'hallucination et l'évén
ement qu'elle représentait. Une mère, par exemple, voyait apparaître
son iïls en costume de marin, ruisselant d'eau, au moment où il se
noyait à mille lieues de là : les faits de cette nature ont été recueillis
en si grand nombre, que l'hypothèse d'une relation fortuite entre
l'hallucination et l'événement parut moins probable que celle d'une
véritable connexion. Ce genre d'hallucinations véridiques a reçu le
nom de Télépathie. Les principaux documents publiés à ce sujet
sont Phantasms of the Living, par MM. Gurney, Myers et Podmore,
2 vol. g. in-8°, London, Trübner, 1886 1, livre aujourd'hui très rare :
et Report on the Census of hallucinations, Proceedings of the Society
for Psychical Research, tomes II et X.
L'existence de la télépathie, si elle est prouvée, tendrait à faire
croire qu'une action, de nature indéterminée encore, peut être pro
duite par un organisme humain, ou même animal, sur un autre
organisme également humain ou animal. Les probabilités les plus
grandes sont en faveur de l'action de l'organisme de l'être vivant
qui se manifeste par l'hallucination : l'halluciné jouerait un rôle
passif. Le premier fut considéré comme l'agent, l'autre fut le per
cipient.
I. Le regretté M. Marinier en a donné une traduction abrégée. Paris,
Alcan, in-8° (Biblioth. de philos, contemporaine). — REVUE DE METAPSYCHIQUE 527 MAXWELL.
L'importance que l'école anglaise donne à la Télépathie est consi-
dérahle : certains écrivains veulent expliquer par cette hypothèse
tous les phénomènes métapsychiques et n'hésitent pas à nier ceux
qu'elle ne peut expliquer; c'est peut-être en exagérer la valeur.
Les statistiques, soigneusement faites, montraient que l'agent se
manifestait surtout aux moments de crise, de danger, d'émotion
violente et principalement au moment de la mort. La courbe des
cas de télépathie accuse un maximum au voisinage de cet événe
ment (fîg. 1). Des cas, assez nombreux, furent même recueillis dans les
quels le percipient avait été impressionné après la mort de l'agent.
Si l'hypothèse de l'action à distance d'un organisme vivant était
surprenante, elle le devenait bien davantage s'il fallait l'étendre à
8jours i une année
moment de Ui' mort
Fig. 1. — Courbe des cas de télépathie.
des organismes morts. Certains écrivains n'ont pas hésité à l'admettre
cependant; M. Myers, notamment, a publié d'importants travaux
sur ce sujet. Il n'a pas étudié seulement le fantôme télépathique,
l'apparition ordinaire, il a discuté le revenant classique et la maison
hantée, ou, pour employer la classification de la société, l'halluc
ination fixe localisée (fixed local).
Les documents recueillis sur ce genre de phénomène étaient très
abondants, en effet, et l'étude du « fantôme » devait, pour être
complète, comprendre aussi bien les cas de télépathie simple,
d'apparition, que les cas plus complexes, quand l'apparition se
répète dans un endroit déterminé où des personnes différentes
éprouvent des hallucinations semblables. Myers, dans divers tra
vaux, notamment dans Indications of continued terrene Knoivledge in
the Phantasms of the Dead (Proc. , VIII, 170), essaya de démontrer que
l'action télépathique pouvait être produite par un organisme ayant
cessé de vivre. Un certain nombre des exemples qu'il cite sont
d'une telle nature que la télépathie entre les vivants les explique
difficilement.
En voici des spécimens :
(Extrait d'un article de M. Aksakoff, conseiller d'État de l'Empire ruese,
récemment décédé [Psychische Studien, 1889, p. 512-577. Proceedings S. 528 REVUES GÉNÉRALES
P. R., VI, 349-353. Human Personality and its survival to bodily Death,
t. II, p. 178]. Je n'en emprunte pas la traduction à l'édition abrégée fran
çaise [La personnalité humaine, sa survivance, ses manifestations supra-
normales, par F. W. H. Myers ; traduction et adaptation par le DPS. Jan-
kelevitch, Paris, Alcan, 1905, in-8°] parce qu'elle me paraît trop con
densée).
■< Ce cas n'appartient pas à la catégorie des faits connus du défunt seul,
mais à celle des faits qui ne pouvaient être révélés que par lui, car il se
réfère à un secret politique concernant une personne vivante : ce secret
fut révélé par une amie intime de cette dernière dans le dessein de la
sauver. Je citerai ce cas avec tous les détails possibles parce que je le
considère comme apportant une preuve convaincante de la vérité de
l'hypothèse spiritualiste. J'estime qu'il offre une démonstration d'identité
aussi complète qu'il est possible à une démonstration de l'être en cette
matière.
Mes lecteurs connaissent déjà ma belle-sœur Mmo A. de Wiesler, en
raison de la part qu'elle prit aux séances tenues chez moi de 1873 à
1883 après la mort de ma femme. Elle a une fille unique, Sophie, qui
terminait son éducation à l'époque où ces séances eurent lieu ; ma nièce
n'y avait pas pris part, n'avait assisté à aucune expérience de ce genre et
n'avait jamais lu d'ouvrage spirite. Sa mère n'avait assisté qu'aux séances
faites chez moi. Un soir, en octobre 1884, au cours de la visite d'un
parent éloigné, la conversation roula sur le spiritisme et l'on organisa
une expérience avec la table pour faire plaisir au visiteur : elle ne donna
aucun résultat satisfaisant, mais montra cependant que les deux dames
étaient capables d'obtenir quelques phénomènes. Le mardi soir 1er. jan
vier 1885, Mme de Wiesler, se trouvant seule avec sa fille, lui proposa de
tenter une expérience; elle voulait se distraire de quelques tracas qui la
préoccupaient. On écrivit un alphabet sur une feuille de papier, une
soucoupe sur laquelle une ligne noire avait été tracée comme index
servit de planchette et aussitôt le nom d'André' fut indiqué. C'était tout
naturel, André étant le nom du père de Sophie, époux décédé de
Mme de Wiesler. Le message obtenu ne contenait rien de remarquable; il
fut néanmoins décidé de continuer les séances une fois par semaine, le
mardi. Pendant trois semaines le caractère des communications ne se
modifia pas. Le nom d'André était constamment répété.
Le quatrième mardi, 22 janvier, au grand étonnement des deux dames,
le nom de Schura fut épelé à la place du nom habituel d'André. Des mou
vements précis et rapides de l'index ajoutèrent ces mots :
II Vest donné de sauver Nicolas.
Qu'est-ce que cela veut dire? demandèrent les dames de Wiesler assez
surprises.
R. // est compromis comme l'a été Michel et comme lui se perdra. Une
bande de vauriens est en train de le détourner.
D. Que peut-on faire pour l'en empêcher?
R. Il faut que tu ailles à l'Institut technologique avant trois heures, fais
appeler Nicolas et donne-lui rendez-vous chez lui.
Ceci s'adressait à la jeune demoiselle, Sophie, qui fit observer combien
il lui serait difficile d'exécuter ces instructions à cause du peu d'intimité
existant entre elle et la famille de Nicolas.
R. Idées absurdes de convenance, fut la réponse indignée de Schura.
D. Mais comment pourrais-je l'influencer ? demanda Sophie.
R. Tu lui parleras en mon nom.
D. Vos convictions ne sont donc plus les mêmes.
R. Révoltante erreur, fut la réponse.
Il faut que j'explique la signification de ce mystérieux message. Schura
est le diminutif russe d'Alexandrine. Nicolas et Michel étaient ses cou
sins. Michel, encore tout jeune, s'était malheureusement laissé entraîner MAXWELL. — REVUE DE MÉTAPSYCHIQUE 529
dans les idées révolutionnaires de nos anarchistes ou socialistes. Il fut
arrêté, jugé et condamné à la détention assez loin de Saint-Pétersbourg :
il fut tué en essayant de s'évader. Schura l'aimait tendrement et avait de
la sympathie pour ses idées politiques : elle ne s'en cachait pas. Après sa
mort, survenue en septembre 1884, elle se découragea, perdit toute foi
dans ses aspirations révolutionnaires et se donna la mort en s'empoison-
nant, à l'âge de dix-sept ans, le 15 janvier 1883, une semaine avant la
séance ci-dessus racontée. Nicolas, le frère de Michel, était alors étudiant
à l'Institut technologique.
Mme de Wiesler et sa fille étaient au courant de ces circonstances, car
elles étaient depuis longtemps en relations avec les parents de Schura et
de ses cousins qui appartiennent à la meilleure société pétersbourgeoise.
On comprend que je n'en donne pas les noms; j'ai aussi changé ceux des
jeunes gens. Mme de Wiesler connaissait d'ailleurs peu ces familles: leurs
relations se bornaient à l'échange de quelques visites...
Sa fille, et elle-même, ne connaissaient naturellement pas les idées ni
la conduite secrète de Nicolas. La communication était aussi importante
qu'imprévue. Elle entraînait une grande responsabilité, et la position de
Sophie était très difîcile. L'exécution littérale des instructions de Schura
était, pour une jeune fille, chose tout à fait impossible, à cause des conve
nances sociales. Gela pouvait ne pas être vrai, et probablement Nicolas
nierait. Quelle serait en pareil cas la situation de Sophie? Mme de Wiesler
savait trop bien d'ailleurs, par l'expérience qu'elle avait acquise dans les
séances faites chez moi, qu'il faut avoir peu de confiance dans les mes
sages spirites. Elle conseilla à sa fille de se convaincre d'abord de l'iden
tité de Schura. Cet avis fut suivi sans hésitation : il offrait un moyen de
sortir de la difficulté.
Le mardi suivant Schura se manifesta immédiatement : Sophie lui
demanda.une preuve d'identité, et Schura répliqua aussitôt :
Invite Nicolas, organise une séance et je viendrai.
Cette réponse montre que Schura, qui, de son vivant, avait appris à
mépriser les conventions sociales comme le font les socialistes, était
demeurée fidèle à ses idées et demandait encore une impossibilité.
Nicolas n'était jamais venu chez Mme de Wiesler. Sophie demanda alors
une autre preuve d'identité, et la demanda convaincante sans qu'il fût
nécessaire d'amener Nicolas.
R. Je t 'apparaîtrai : telle fut la réponse.
D. Comment?
R. Tu verras.
Quelques jours après Sophie revenait d'une soirée; il était près de
quatre heures du matin. Elle allait se coucher et se trouvait à la porte
qui sépare la chambre à coucher de la salle à manger, quand elle aperçut
sur le mur de cette pièce, qui n'était pas éclairée, en face de la porte où
elle se tenait, une tache lumineuse ronde avec quelque chose comme des
épaules. Cela dura deux ou trois secondes et disparut en s'élevant vers
le plafond. Sophie s'assura aussitôt que cette apparence n'était pas due
à une lumière venant de la rue.
A la séance du mardi suivant l'explication de ce phénomène fut
demandée et Schura répondit :
C était la silhouette d'une tête avec des épaules. Je ne puis pas apparaître
plus distinctement. Je suis encore faible.
Bien d'autres détails, que j'ai dû omettre, tendaient à convaincre
Sophie de la réalité de Schura, mais elle ne pouvait se déterminer à faire
ce que voulait celle-ci. Elle proposa comme transaction d'informer les
parents de Nicolas de ce qui était advenu. Cette proposition souleva chez
Schura un vif mécontentement exprimé par les mouvements de la sou
coupe et par cette phrase :
Cela ne mènera à rien... puis vinrent des épithètes désobligeantes,
l'année psychologique, xh. 34 REVUES GÉNÉRALES
spécialement applicables aux personnes faibles et irrésolues, qu'il est
impossible de répéter et qui montraient combien Schura, énergique et
décidée supportait mal les gens d'un autre tempérament. Ces épithètes
ne sont pas dans le dictionnaire, mais Schura les employait de son
vivant et elles étaient caractéristiques. Cela fut confirmé par la suite.
Sophie cependant continuait à hésiter : à chaque séance successive,
Schura insistait de plus en plus impérieusement pour qu'elle agît sans-
retard C'est important à retenir, comme on le verra plus loin. L'irrésolu
tion dé Sophie était attribuée par Schura à Mme de Wiesler. Dès la pre
mière séance elle ne s'adressa qu'à Sophie; elle ne permit jamais a
Mme de Wiesler de poser une question. Toutes les fois qu'elle essayait de
le faire elle lui répondait : taisez-vous, taisez-vous. En parlant au con
traire à Sophie elle l'accablait des mots les plus tendres.
Quel fut toutefois l'étonnementet la consternation des dames de Wiesler
lorsqu'à la séance du 26 février les mots dictés furent :
liest trop tard, lu t'en repentiras amèrement. Les tourments du remords
te suivront. Attends-toi à «on arrestation.
Ce furent les derniers mots de Schura. Elle garda désormais le silence.
Les séances de M— de Wiesler et de sa fille furent depuis lors aban-
Mme de Wiesler me tenait naturellement dOpeDndant qu'elles avaient lieu,
au courant de ce qui se passait et me consultait sur ce qu'il fallait faire
au sujet des demandes extraordinaires de Schura. Peu de temps après
leur cessation M'"' de Wiesler, pour satisfaire sa conscience et consoler sa
fille résolut de faire connaître l'incident aux parents de Nicolas. Ils n'y
prêtèrent aucune attention. Us ne découvrirent rien de reprehensible
dans la conduite de Nicolas, qui parut excellente à ses parents; mais il
est important de retenir que les messages spirites furent communiqués-
aux parents avant l'événement final. Sophie voyant que tout allait bien
pendant le reste de l'année, fut convaincue que tout cela n'était que des
mensonges et prit la résolution de ne plus s'occuper d'expériences de ce
g6Une autre année s'écoula sans incident; mais, le 9 mars 1887, la police
fit brusquement une perquisition dans l'appartement de Nicolas. Il fut
arrêté chez lui et exilé de Saint-Pétersbourg dans les vingt-quatre heures.
On apprit plus tard que son crime était d'avoir pris part a des concilia
bules anarchistes, conciliabules tenus en janvier et février 1885, c'est-a-
dire exactement à l'époque où Schura insistait pour qu'on prit des
mesures pour le dissuader d'assister à de pareilles réunions. Cest alors
seulement que les messages de Schura furent appréciés à leur juste
valeur Les notes prises par Mme de Wiesler lues et relues par les
familles de Schura et de Nicolas. L'identité de Schura fut considérée
comme démontrée d'une manière irréfutable, d'abord par leur relation avec
les affaires de Nicolas, par d'autres détails intimes, et enfin par la tota
lité des traits qui caractérisaient sa personnalité. Ce lamentable événe
ment frappa comme un nouveau coup de foudre la famille de Nicolas, et
elle n'eut qu'à rendre grâces à Dieu si les erreurs de ce jeune homme
n'eurent pas de plus fatales conséquences.
Pour apprécier les incidents à leur juste valeur, il est important de
connaître les relations qui avaient existé entre Sophie et Schura. J'ai
demandé à Mme et à M"c de Wiesler de m'en donner une note écrite et
j'en extrais ce qui suit : „,,,.»
M™ de et sa fille firent une visite au sénaEn décembre 1880,
teur N grand-père de Schura : Sophie vit celle-ci pour la première fois.
Sophie 'avait treize ans, et Schura était plus jeune encore. Sophie fut sur
prise de voir le bureau de couvert de livres, et s'entretint avec
celle-ci de ses auteurs favoris. Pendant l'hiver les deux jeunes filles se
virent fréquemment de loin dans la salle de récréation de leur pension, MAXWELL. — REVUE DE MÉTAPSYCHIQUE 531
rencontrèrent mais Schura fut une bientôt fois dans placée une maison dans un de autre campagne établissement. mais ne se Elles parlè se
rent pas; une autre fois elles s'aperçurent au théâtre, elles étaient sépa
ces pouvaient réalité lui rées avait deux par qu'une pour la dames pas largeur connaître ainsi conversation avec de dire la Schura ses jamais salle secrets d'enfant de étaient parlé. spectacle. politiques. avec des Il est Schura plus évident Sophie » éloignées et n'avait que M- les de et donc relations Wiesler qu'elles eu ne en de
psychiques d'apprécier Voici un autre sont le soin conduites exemple, avec lequel que (Myers je les cite Human enquêtes également Personality, de la in société extenso vol. des II, : il p. recherches permettra 27-30).
« Monsieur, ,, . Janvier 1888.
« Je réponds à la demande récemment faite au public par votre société
au soumets sujet pour de l'occurrence son examen le actuelle remarquable de phénomènes incident qui psychiques, suit, en vous et assuvous
personnes de événement. événements rant mieux mes ma qu'il porté famille facultés a voudraient de fait et et ma n'ai mentales plus d'un vie jamais d'impression le pris cercle croire : je ensemble. eu étroit sais l'esprit ou qu'on cependant sur d'amis Je mon plus l'attribuerait n'en intimes, lucide esprit que ai jamais je qu'à que sachant ne à parlé l'époque quelque tous me que suis les en peu trouble jamais dehors de autres cet de
" En 1876, mon unique sœur, alors âgée de dix-huit ans, mourut subit
ement fut un du coup choléra cruel à Saint-Louis, pour moi. Environ Missouri. un Je l'aimais an après beaucoup sa mort et je sa devins perte
voyageur de commerce et c'est en 1877, au cours de mes tournées dans
l'ouest, que l'incident se produisit.
ma «J'avais chambre « fait à l'hôtel » la ville Pacifique de Saint-Joseph, pour envoyer Missouri, mes commandes, et j'étais revenu qui étaient dans
plus fortes que de coutume; j'étais, par suite, d'excellente humeur. Je
me quelqu'un le défunte cigare mon pensais soleil tournai succès et naturellement sœur brillait d'expédier était brusquement ferait et assis gaîment n'avais à mes ma à aux ma maison nullement ordres et dans ordres gauche, vis ma distinctement quand de que chambre. songé commerce. appuyant j'eus j'avais au soudainement passé. J'étais la reçus, un Je forme n'avais bras en Il sachant était de train sur ma pas conscience midi ma le de sœur pensé plaisir fumer table. sonnant morte à que que ma un Je •
je la fixai pendant une seconde et je fus si certain que c'était elle que je
m'élançai joyeusement en criant son nom, mais au même instant l'appari
tion s'évanouit. Je fus naturellement surpris et confondu, doutant presque
plume du témoignage que je tenais de mes à la sens; main, mais l'encre le cigare encore que humide j'avais sur à la le bouche, papier 'me la
convainquirent que j'étais bien éveillé et que je n'avais pas rêvé.
« J'étais si près d'elle que j'aurais pu la toucher si cela avait été phvsi-
quement possible; je remarquai ses traits, l'expression de son visage, "les
détails de son costume. Elle paraissait vivante. Elle me regardait affe
ctueusement et de la manière la plus naturelle. Sa peau avait tellement
l'apparence de la vie, que je pouvais voir sa fraîcheur et son éclat; il ne
semblait y avoir aucun changement dans l'aspect qu'elle avait avant sa
mort.
» Voici maintenant la remarquable confirmation de mes dires : ceux
qui savent ce qui est advenu ne peuvent en douter. Cette apparition, ou
quoi que ce soit d'après vous, me fit une telle impression que je pris le
premier train pour rentrer chez moi et je racontai ce qui m'était arrivé
en présence de mes parents et de quelques personnes. Mon père, homme
très pratique et d'un: rare bon sens, était enclin à se moquer de ntoi REVUES GENERALES 532
parce qu'il voyait combien j'étais convaincu de la vérité de mon récit
mais il fut étonné lui-même quand je lui parlai plus tard d'une ligne
rouge vif, ou écorchure, que j'avais distinctement aperçue sur le côté
droit de la figure de ma sœur. Quand j'en fis mention, ma mère se leva
toute tremblante et faillit s'évanouir; lorsqu'elle eut repris ses sens, elle
s'écria tout en larmes que j'avais bien certainement vu ma soeur
puisque personne au monde en dehors d'elle ne connaissait l'existence
de cette écorchure, accidentellement faite par elle, en ensevelissant ma
sœur. Elle nous dit combien elle avait été désolée à l'idée d'avoir invo
lontairement abîmé les traits de sa fille morte et ajouta que, à l'insu de
nous tous, elle avait soigneusement effacé toute trace de l'écorchure avec
de la poudre de riz, etc., et n'en avait jamais parlé à qui que ce fût. Ce
qui le prouve c'est qu'aucun membre de la famille ne l'avait découverte,
pas même mon père,, et que tous nous ignorions positivement cet inci
dent; cependant je vis l'écorchure aussi claire que si elle venait d'être
faite. Ma mère fut si étrangement émue que même après s'être couchée
elle se leva, s'habilla, vint me trouver et me dit qu'elle était sûre enfin
que j'avais vu ma sœur. Quelques semaines après elle mourut heureuse
à l'idée qu'elle allait rejoindre sa fille favorite dans un monde meilleur. »
M. F. G. ajouta dans une lettre ultérieure: « II n'y avait rien de spectral
ou de surprenant soit dans la forme, soit dans le costume de ma sœur;
elle paraissait naturelle, elle était vêtue d'un costume qu'elle portail habi
tuellement et qui m'était familier. Sa posture près de la table ne me per
mettait de la voir qu'à partir de la taille : son aspect et les détails de
son vêtement sont photographiés dans ma mémoire d'une manière indéléb
ile. J'ai même eu le temps de remarquer son col, la petite broche
qu'elle portait, le peigne qu'elle avait dans les cheveux comme c'était
alors la mode pour les jeunes filles. Le costume ne rappelait aucun sou
venir spécial à ma mère ni à moi, pas plus que les autres vêtements qu'elle
avait l'habitude de porter; mais aujourd'hui, alors que j'ai oublié toutes
les autres robes, les bijoux et les peignes, je pourrais ouvrir la malle, que
nous avons conservée telle qu'elle l'a laissée, et y prendre le costume et
les ornements qu'elle portait quand elle m'est apparue, tant mon souvenir
en est précis.
« Vous avez raison de penser que je suis rentré chez moi plus tôt que
je ne comptais le faire : cet événement m'avait fait une telle impression
que je ne pouvais pas penser à autre chose; au fait, j'ai interrompu une
tournée que je venais de commencer et j'aurais dû normalement demeurer
en voyage un mois encore. »
Le 23 janvier 1888, M. F. G. écrivait encore au Dr Hodgson :
« Comme vous me l'avez demandé, je vous envoie ci-inclus une lettre
de mon père contresignée par mon frère et confirmant le récit que je
leur ai fait de l'apparition. J'ajouterai que mon père est un des citoyens
les plus vieux et les plus respectés de Saint-Louis, Missouri. C'est
un négociant retiré des affaires; sa résidence d'hiver est à..., Illinois,
à quelques milles par chemin de fer. Il a maintenant soixante-dix ans,
mais il est remarquablement bien conservé physiquement et mentale
ment : c'est au surplus un homme très instruit. Comme je vous en ai
informé, il est peu enclin à croire les choses que la raison n'explique pas.
Mon frère, qui contresigne l'attestation, demeure à Boston depuis douze
ans, il est dans les affaires et demeure rue.... C'est l'homme le moins
disposé à faire état d'affirmations non étayées de preuves solides. Les
autres personnes qui étaient présentes, y compris ma mère, sont mortes
ou étaient alors si jeunes qu'elles n'ont conservé qu'un vague souvenir.
« Vous verrez que mon père fait allusion à l'écorchure : c'est ce détail
qui les a tous étonnés, lui-même comme les autres; nous n'avons jamais
pu nous l'expliquer; nous n'avons fait que constater ce fait : d'une
manière mystérieuse, j'ai réellement vu ma sœur neuf ans après sa mort — REVUE DE MÉTAPSYCHIQUE 533 MAXWELL.
et j'ai remarqué particulièrement, et décrit à mes parents et à ma
famille cette écorchure rouge vif inconnue, nous n'en avons aucun doute,
à qui que ce fût, sauf à ma mère, sa cause involontaire
« Quand j'ai raconté mon aventure, tous naturellement m'ont écouté
avec intérêt, mais on l'aurait laissé passer sans y attacher d'importance,
en la tenant pour une illusion de ma mémoire si je n'avais pas parlé de
l'égratignure; dès que je la mentionnai, ma mère se leva comme si elle
avait reçu un choc électrique, parce qu'elle l'avait tenue secrète et était
seule capable de l'expliquer. Ma mère était une femme sincèrement
chrétienne, elle avait eu pendant vingt-cinq ans la surveillance d'une
école enfantine dans sa congrégation, l'Église méthodiste du Midi, elle
dirigeait un grand nombre d'œuvres charitables et avait reçu une bril
lante éducation. Personne n'était mieux considéré à Saint-Louis : elle
avait un rare bon sens.
« Je vous donne ces indications pour vous permettre d'apprécier le
caractère et la situation de ceux dont le témoignage est en pareil cas
nécessaire.
« F. G. »
La lettre de M. H. G. père est ainsi conçue :
Illinois 20 janvier 1888.
« Cher F.
« J'ai reçu votre lettre du 16. En réponse à vos questions relatives à la
vision que vous avez eue de notre chère Annie, alors que vous étiez à
Saint-Joseph, Mo., je déclare me souvenir parfaitement du récit que vous
avez fait à la famille à votre retour à la maison. Je me rappelle dit qu'elle paraissait vêtue d'un costume de maison ordinaire et
spécialement que vous avez parlé de l'égratignure ou marque rouge
existant sur son visage, ce que vous ne pouviez expliquer mais ce que
fit votre mère. L'égratignure fut faite en arrangeant quelque chose autour
de la tête de la morte, dans le cercueil, et elle fut recouverte de poudre.
Tous ceux qui vous ont entendu raconter cette apparition phénoménale
ont pensé qu'elle était vraie, Vous savez combien je suis sceptique pour
les choses que la raison n'explique pas.
« Signé : H. G. (père). »
« J'étais présent et je confirme le récit ci-dessus.
« K. G. (frère). »
M. Hodgson rendit visite plus tard à M. F. G. et envoya (à la Société des
Recherches psychiques) le compte rendu suivant de son entrevue :
Saint-Louis, Mo., 16 avril 1890.
J'ai causé avec M. F. G., qui a aujourd'hui quarante-trois ans : il m'a
dit qu'il existait une sympathie particulière entre sa mère, sa sœur et
lui.
Quand il a vu l'apparition il était assis à une petite table d'environ
60 centimètres de diamètre, son coude gauche était sur la table. L'égra
tignure qu'il a vue était sur le côté droit du nez de sa sœur et avait
environ deux centimètres de longueur; les bords en étaient un peu
déchiquetés. Il habitait alors Saint-Louis. Sa mère mourut dans les
quinze jours de l'incident.
La figure de sa sœur était à peine à 30 centimètres de la sienne; la
fenêtre était ouverte et le soleil donnait sur le visage de l'apparition. Elle
disparut en s'évaporant subitement.
M. G. a eu une autre impression, mais d'un caractère différent. Dans
ce dernier cas il fut obsédé pendant quelque temps par l'idée d'une

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