Revue de pédagogie des anormaux - article ; n°1 ; vol.10, pg 317-327

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L'année psychologique - Année 1903 - Volume 10 - Numéro 1 - Pages 317-327
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1903
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Demoor
Dr. O. Decroly
Revue de pédagogie des anormaux
In: L'année psychologique. 1903 vol. 10. pp. 317-327.
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Demoor , Decroly O. Revue de pédagogie des anormaux. In: L'année psychologique. 1903 vol. 10. pp. 317-327.
doi : 10.3406/psy.1903.3556
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1903_num_10_1_3556VIII
REVUE DE PÉDAGOGIE DES ANORMAUX
La psychologie des enfants anormaux est une science en voie de
constitution. De toutes parts on l'étudié et partout on essaie de lui
donner une orientation positive. Il ne pouvait en être autrement,
car depuis le jour où la question de la protection de ces enfants
s'est imposée à l'attention des sociologues, on a compris que
l'exploration des processus psychiques chez les irréguliers deve
nait indispensable pour l'élaboration d'une méthode de trait
ement rationnelle, et de plus, que cette étude présentait un intérêt
majeur pour éclairer le mécanisme de la pensée chez l'enfant
normal.
Les quelques pages que nous consacrerons régulièrement à la
psychologie des anormaux dans V Année psychologique, auront pour
but de faire connaître les recherches poursuivies dans ce domaine ;
elles se rapporteront aux aveugles, sourds-muete, enfants arriérés,
enfants criminels, idiots, etc. Nous devrons évidemment laisser
de côté la plupart des travaux relatifs aux problèmes complexes
que soulèvent les questions de l'assistance, de la méthodologie
spéciale et du traitement médical proprement dit des anormaux.
Cependant il est à remarquer que la science dont nous nous pro
posons d'ébaucher les grandes lignes, est, quoique jeune, déjà fort
étendue, que ses frontières ne sont pas bien précisées, que, par
le fait même, elle est étudiée par des chercheurs qui sont loin de la
comprendre de la même manière et qui l'envisagent sous un angle
différent. Dans ces conditions, notre tentative devient quelque peu
ardue; c'est pourquoi il ne sera pas inutile, croyons-nous, dans
cette première revue, de parcourir rapidement les diverses étapes
parcourues par cette nouvelle branche de nos connaissances,
afin de caractériser l'importance et la portée qu'elle a acquises
aujourd'hui.
Notons d'abord que, parmi les anormaux, l'aveugle et le sourd-
muet, pour des raisons qu'on conçoit très bien, ont été les premiers
soumis à un traitement pédagogique spécial dont il fut relativement
facile de tracer les bases fondamentales; dans la majorité des cas
la psychologie de ces enfants, en effet, ne diffère pas d'une manière
bien essentielle de celle des normaux. Par contre les autres anor
maux et surtout les anormaux de l'intelligence ont été longtemps
abandonnés : le pédagogue impuissant les reniait, et le psychiatre 318 REVUES GÉNÉRALES
non préparé s'en désintéressait. Ce sont les sociologues et les phi
lanthropes qui, témoins de la détresse de ces malheureux et cons
cients du danger qu'ils constituent pour la communauté, ont affirmé
la nécessité de leur protection et de Jeur étude. Le médecin parmi
les anormaux de ce genre avait déjà distingué plusieurs types qu'il
désignait : débile, imbécile, idiot. Déjà il avait observé aussi sous
les termes que l'étiologie de ces affections est multiple et que le
traitement médical pur ou l'intervention chirurgicale restent inef
ficaces dans la grande majorité des cas. Découragé par l'insuccès
de ses moyens d'actions ordinaires, il négligea le problème de
l'enfance anormale et pendant longtemps — surtout dans nos pays
du centre de l'Europe — il resta ainsi presque ignoré.
Il fallut, en faveur de l'instruction, de l'éducation professionnelle
et de la protection des arriérés, le grand et beau mouvement qui
se dessine actuellement d'une manière timide dans les nations
latines, après avoir pris déjà une grande extension en Amérique, en
Angleterre, en Suède, en Norvège, en Danemark, pour que le pro
blème de leur assistance fut nettement posé. C'est de ce moment
que date la création des écoles d'enseignement spécial, des écoles
pour idiots, de celles pour infirmes, des établissements pour épilep-
tiques, pour enfants délinquants ou atteints de déviations morales,
et des organismes officiels ou non s'occupant de la protection et du
patronage de ces déshérités.
Aussitôt le médecin et le pédagogue y ont eu l'occasion et ont été
pour ainsi dire forcés, de porter leur attention sur les défectuosités
psychiques de ces enfants, sur leurs activités physiologiques sou
vent déviées, et sur les anomalies de leurs facultés affectives :
suivant que les institutions nouvelles eurent plutôt une direction
médicale ou pédagogique, elles eurent des tendances un peu diff
érentes. Mais dans toutes on reconnut comme indispensable l'explo
ration des sujets, dans toutes on dut procéder à l'étude de leur état
intellectuel.
La pédagogie actuelle est encore tout imprégnée des déductions
d'une psychologie essentiellement spéculative. Peu à peu cependant
elle s'efforce de se dégager de la gangue étroite qui l'immobilise,
de plus en plus, elle s'inspire des recherches positives poursuivies
dans le but de définir exactement les processus multiples de la
pensée en voie d'évolution. Mais les travaux sont encore relativ
ement peu nombreux et leurs résultats ne peuvent pas encore être
tous considérés comme définitivement acquis. On est assez
éloigné de posséder des données scientifiques complètes sur les
multiples facultés de l'enfant. Si la pédologie (psychologie de l'enfant
normal) a encore tant de problèmes à résoudre, il est aisé de com
prendre que la psychologie et la pédagogie de l'anormal sont bien
plus tâtonnantes et imprécises encore. ET DE CROLY. — PÉDAGOGIE DES ANORMAUX 319 DEMOOR
On s'est contenté jusqu'ici, par suite du défaut de méthodes,
d'examens grossiers superficiels, au juger, qui quoique ayant une
valeur relative, ne sont cependant pas assez rigoureux pour servir
de matériaux à une étude systématique. Des efforts se manifestent
toutefois de divers côtés en vue d'introduire en pédologie patho
logique les procédés d'investigation utilisés en psychologie normale.
A ce propos il faut insister sur un point essentiel : l'enfant
anormal doit être exploré au triple point de vue physique, psychique,
pédagogique, et aussi au point de vue de ses aptitudes motrices,
De là la difficulté d'un examen complet; sauf de rares exceptions
il ne peut être fait par une seule personne, et par conséquent dans
les circonstances habituelles il sera toujours, suivant la spécialité de
l'examinateur, plus détaillé dans un sens ou dans un autre.
Les diverses faces de l'étude des anormaux. — Examinons mainte
nant ce qui s'est fait dans les diverses directions qui viennent d'être
indiquées :
V anatomic pathologique des différentes formes de faiblesse ment
ale est encore loin d'être connue. Notamment en ce qui concerne
les rapports entre la physionomie propre du travail rudimentaire
de la pensée chez l'imbécile et l'idiot et la structure de la couche
corticale du cerveau, les progrès réalisés depuis la publication
du remarquable travail du regretté C. Hammarberg i sont peu sen
sibles. Le diagnostic anatomique de l'idiotie reste donc nécessaire
ment vague.
Les signes physiques, dans leurs rapports avec l'état intellectuel,
sont encore l'objet de recherches plus ou moins précises et plus ou
moins heureuses. Si l'on n'admet d'une manière intégrale le
criminel né de Lombroso avec ses tares extérieures dénonciatrices,
on s'efforce encore de divers côtés de déterminer le signe anthro
pologique qui permettrait de préjuger de la valeur intellectuelle :
les travaux de Binet, Simon, Mac Donald, Christophe, Lee, Lewenz,
Pearson, etc., sont intéressants dans ce sens.
L'exploration psychiatrique est aujourd'hui encore extrêmement
ardue, parce que l'examen objectif de différents éléments de l'idéa-
tion est difficile. Grâce cependant aux efforts faits par les aliénistes
et les psychologues de tous les pays, notamment par Krœpelin,
Weygandt, Aschaffenburg, Ziehen, Sommer, Tamburini, Sante de
Sanctis, Ferrari, Binet, Toulouse, Vaschide, Sérieux et leurs élèves,
il est permis de prévoir qu'on pourra quelque peu pénétrer dans le
détail des activités de la pensée et arriver ainsi à fixer dans une
certaine mesure si l'esprit est normal ou non. Ces tendances enva
hissent également le domaine de \&josychologie anormale des enfants;
1. Studien über Klinik und Pathologie der Idiotie nebst Untersuchungen
über die normale Anatomie der Hirnrinde. Traduit du suédois par Berger,
Leipzig, 1893, E. F. Köhler. 320 REVUES GÉNÉRALES
mais les obstacles sont énormes et les résultats obtenus jusqu'ici
sont encore fort restreints. Si l'observation faite sur des enfants
irréguliers a pu mettre expérimentalement en évidence des lacunes,
notamment de la mémoire, de l'attention et de l'association, on
n'a encore trouvé jusqu'ici que bien peu de signes pathognomo-
niques d'un état mental morbide déterminé.
Parmi ceux qui ont acquis une certaine valeur, le symptôme
étudié par J. Demoor, J. Philippe, Ley, Claparède et d'autres,
connu sous le nom d'illusion de poids, paraît être assez constant.
Il est établi que l'enfant normal à six ou sept ans, possède généra
lement cette illusion remarquable, qui a pour effet que de deux
poids égaux, le plus petit semble le plus lourd. Si à sept ou huit
ans cette illusion ne se produit pas, c'est que l'intelligence a un
développement insuffisant, au point que jamais elle ne pourra
évoluer d'après les lois générales sur lesquelles table le régime des
écoles ordinaires.
L'analyse attentive et positive des troubles de Y association des
idées a permis à Sommer de proposer une formule, spéciale à
l'épileptique, du catatonique et du maniaque.
Ziehen, dans son traité des affections mentales infantiles, signale
des troubles caractéristiques, entre autres dans la manière d'être
des sensations, des représentations, des temps de réactions, la forme
des associations, etc.
Il est bien certain que, par l'exploration systématique des enfants
anormaux, il sera possible d'arriver à une conception d'ensemble
autrement nette que celle que nous avons actuellement. Ce jour-là
l'étude des anormaux aura fait un grand pas, car au point de vue
psychologique une entente deviendra possible entre tous les obser
vateurs et les travaux poursuivis acquerront une valeur document
aire qu'ils ne possèdent que rarement aujourd'hui.
L 'exploration pédagogique des anormaux est une chose malaisée,
car elle manque essentiellement de base. Les méthodes éducatives
de nos écoles ordinaires tendent toutes encore trop — malheu
reusement — à meubler l'esprit de l'enfant de clichés tout faits.
L'idée disparaît sous les mots. Et c'est d'après ceux-ci que nous
apprécions la valeur d'un esprit. Sans doute le classement pédago
gique dans les écoles est aisé. Mais s'il est facile, il est loin d'être
toujours exact, car nous savons tous que ce n'est pas
nécessairement en rapport avec la valeur cérébrale vraie, et que la
vie post-scolaire se charge, brutalement parfois, de le faire tout
autre. Si cet obstacle existe déjà pour les normaux, on devine com
bien, pour l'anormal, la base de comparaison doit faire défaut quand
il s'agit par exemple d'apprécier la valeur de son attention, de sa
mémoire, de ses fonctions associatives, de sa résistance à la fatigue,
de juger en somme de l'étendue des ressources intellectuelles dont
il dispose pour son éducation. Que sait-il? Que peut-il apprendre?
Où en est-il comme développement? Telles sont les questions que
le pédagogue doit se poser, et résoudre s'il ne veut pas marcher en
aveugle. Or étant donné la variabilité psychique très grande des ET DE CROLY. — PÉDAGOGIE DES ANORMAUX 321 DEMOOR
anormaux de l'intelligence, cette question reste le plus souvent sans
réponse aujourd'hui.
L'examen de ces sujets au point de vue de leur habileté et leurs
aptitudes motrices est tout aussi difficile, car les notions de
rythme, de sens kinesthésique et stéréognostique, sont souvent
rudimentaires chez eux, le système musculaire et l'innervation sont
souvent troublés, les organes des sens sont défectueux et les centres
supérieurs insuffisants. La capacité peut être ainsi modifiée,
altérée pour de nombreuses raisons et il arrive fréquemment qu'on
ne soit pas à même d'émettre à ce point de vue un jugement
quelque peu justifié.
Nécessité cVune terminologie. — Ce sont toutes ces difficultés que
nous venons de signaler qui empêchent d'établir une terminologie
uniforme pour désigner les multiples formes de faiblesse intellec
tuelle qui se rencontrent; en tout cas cette terminologie uniforme
n'existe pas pour le moment. C'est là un fait essentiel que ne
devraient pas oublier ceux qui, émigrés d'une autre science, con
sacrent à l'exploration des anormaux leurs connaissances spéciales.
Leurs études n'auront un réel intérêt que lorsque les résultats de
leurs recherches seront accompagnés d'une diagnose exacte des cas
sur lesquels ont porté leurs explorations. L'histoire détaillée des
sujets observés doit précéder l'exposé des expériences auxquelles
ils ont été soumis; s'il n'en est pas ainsi, le travail est perdu car le
lecteur ne pourra jamais imaginer les conditions psychiques qui
encadrent les faits mis en évidence, et qui sont destinés à les
expliquer ou à en dériver. Cette observation nous est suggérée par
les deux travaux importants, publiés en 1903, par Consoni : La
mesure de V attention chez les enfants faibles d'esprit (Archives de
Psychologie, t. II, 3e fasc, et M. Lobsien, Einige Untersuchungen
über das Gedächtniss bei Schwachbefähigten (Die Kinderfehler, Jahrg.
8, IV, V Heft), et dans lesquels les auteurs définissent avec beaucoup
de soin les méthodes suivies, mais ne nous donnent que des rense
ignements fort incomplets sur les sujets qui ont fait l'objet de leurs
observations.
Il faut convenir d'ailleurs que le diagnostic est difficile et que
l'incertitude de la nomenclature est telle qu'on ne peut jamais en
déduire exactement la nature des cas.
Chaque pays et chaque école a sa classification particulière, et il
n'est pas possible d'établir une synonymie un peu sérieuse entre
toutes les terminologies adoptées. D'ailleurs elles ont des points de
départ et des buts divers; les unes sont d'ordre pédagogique, les
autres d'ordre médical, et parmi ces dernières il en est qui se
basent sur l'étiologie ou sur l'anatomie, d'autres sur la Symptomato
logie. Il serait désirable qu'une entente puisse intervenir. Sans
doute il est et il restera toujours bon au point de vue pratique
qu'il y ait des classements pédagogiques médicaux, mais au moins
faut-il tendre à se mettre d'accord sur la valeur exacte des termes.
Lorsqu'on se place au point de vue pédagogique, c'est-à-dire au
l'année psychologique, x. 21 322 REVUES GÉNÉRALES
point de vue de la plus ou moins grande éducabilité, on groupe les
anormaux intellectuels, en Allemagne et en Suisse par exemple, en
bildungsfähige et bildungsunfähige.
Kölle, à la dixième conférence allemande des écoles pour enfants
faibles d'esprit, a proposé la nomenclature suivante :
4" catégorie. Idiotie primitive.
A. Faiblement doués (Schwachbefähigte). '
I.avec anomalies physiques congénitales,
a. Éréthiques ou versatiles.
1. Avec faiblesse psychique simple.
2. — complications psychiques.
3. — anomalies morales.
6. Apathiques ou anergétiques.
1. Avec faiblesse psychique simple.
2.Complications psychiques.
3. Avec anomalies morales.
II. Faiblement doués avec anomalies physiques acquises.
Mêmes divisions que pour I.
III. doués sans physiques.
Mêmes que pour I et II.
B. Faibles d'esprit (Schwachsinnige).
Mêmes divisions que pour A.
c. Idiots (Blödsinnige).
Mêmes que pour A et B.
2° catégorie. Idiotie secondaire.
Cette nomenclature a été fort discutée, et l'assemblée, devant les
divergences des orateurs, a mis la question à l'étude.
En Angleterre, depuis le travail de J. Warner, on distingue les
feeble-minded children, et ceux atteints d'imbecility et d'idiocy.
Mais Shuttleworth. fait remarquer combien le premier terme prête
à équivoque étant donné que les Américains comprennent sous le
nom de feeble-minded children tous les anormaux, depuis le plus
faiblement atteint jusqu'cà l'idiot le plus profond. Aussi cet auteur
préfère-t-il, pour désigner ces enfants, le terme de mentally-deficient
children.
En Belgique, on considère assez souvent, dans le groupe des
enfants anormaux, les enfants atteints de troubles de la parole, les
sourds-muets, les aveugles et les arriérés. Ces derniers sont divisés
en arriérés pédagogiques (types passifs et types autoritaires compre
nant une partie des instables, des pervertis et des imbéciles moraux
des auteurs français) et les arriérés médicaux comprenant les imbéc
iles (idiots du 1er degré), les idiots du 2e degré et les idiots du
3e degré. Cette terminologie est à peu près acceptée en Hollande
par Schreuder dont les « toevallig achterlijken » correspondent
aux arriérés pédagogiques, et les « potentieel of Wezenlijk achter
lijken » sont les arriérés médicaux; ceux-ci se divisent en ange
boren zwaakzinnige, imbecile, idiote et démente.
En Italie, les enfants faibles d'esprit constituent le groupe des
phrénasthéniques, parmi lesquels certains auteurs font deux groupes,
les phrénasthéniques du 1er et du 2e degré. DEMOOR ET DE CROLY. — PÉDAGOGIE DES ANORMAUX 323
D'autres (Sahcte de Sanctis, de Rome), en dehors des idiots, di
stinguent parmi les phrénasthéniques les :
Imbecilli'.
Imbecilli".
Imbecilli'".
Deficienti.
Tardivi.
Le même auteur constate, au congrès de Psychiatrie d'An-
cône(1902), l'insuffisance de la division en idiots et imbéciles en j>e
basant soit sur l'attention, soit sur la sociabilité ; partant d'un point de
vue plus général il propose de distinguer des biocérébropathiques(épi-
leptiques), des biopathiques (imbéciles) et cérébropathiques (idiots).
Dans un essai très intéressant sur les arriérés, Ganguillet (3e Con
férence suisse pour l'assistance des idiots, 1901) a même essayé
d'exprimer numériquement le degré d'arriération. L'intelligence
normale étant représentée par l,g= intelligence modérée et
exprime que l'enfant fournit en 9 ans ce qu'un normal donne en
6 ans.
s «7 ou 1/2 = intelligence du faiblement doué (Schwachbegabt)
qui en 9 ans fournit ce qu'un normal donne en 4 ans.
2 -=1/4 = intelligence du faible d'esprit (Schwachsinnig) qui en
9 ans ne donne tout au plus que le travail fourni par un normal
en 2 ans.
Enfin 0 correspond à l'intelligence de l'idiot, de l'inéducable
(blödsinnig = bildungsunfähig).
Il est de toute évidence que ces diverses tentatives offrent à cer
tains égards un intérêt indiscutable, mais il est incontestable aussi
que le dosage de l'anomalie est encore difficile et que l'emploi d'un
des termes signalés plus haut doit fatalement prêter à confusion.
Les classifications médicales (étiologique, anatomique ou sympto-
matologique) ne sont d'ailleurs pas plus précises, et ne donnent
aucune indication, ni au point de vue psychique, ni au point de
vue pronostic.
Les nomenclatures anatomo-pathologiques de Bourneville, Ireland,
Voisin, Shuttleworth ne sont pas toujours concordantes et nous
sommes encore loin de voir se réaliser le souhait de Mierzejewski
formulé au Congrès de Paris en 1900 : « La classification analomo-
pathologique basée sur l'étude de la structure délicate du tissu
nerveux et de ses éléments et sur des notions embryologiques
précises, s'imposera avec les progrès de nos connaissances ».
Il en est de même pour les classifications symptomatiques d'Es-
quirol, Dubois d'Amiens, Pinel, Henke, Spillmann, Morel, Griesinger,
Dagonet, Schule, Sollier, et pour celles qui ont un caractère mixte
et sont basées à la fois sur des signes anthropologiques ou étio-
logiques comme celles proposées aussi par Shuttleworth et Beach au REVUES GÉNÉRALES 324
Congrès de 1900. Suivant les auteurs, les mêmes termes ont souvent
une portée très différente et il est parfois impossible, sans l'histoire
du sujet, de savoir au juste de quel cas il est réellement question.
On a très nettement cette sensation quand on veut comparer les
imbéciles de Sollier à ceux de Ziehen ou de Triiper, de Blin ou
de Jacquin, quand on veut fixer la place à donner aux moins valeurs
(minderwertige) de Koch et Triiper, et quand on cherche à établir
ce que les différents auteurs entendent par débiles, instables, etc. Il
n'en saurait être autrement lorsqu'on songe que pour les uns tous
les anormaux intellectuels sont désignés sous le terme d'idiot, alors
que pour les autres le vocable général est imbécile, débile (Blin),
arriéré (Jacquin), enfants névropathes (Stadelmann), dégénérés, etc.
A ce point de vue la tentative de distinction faite par Rabaud (ano
rmaux et dégénérés) mérite de retenir l'attention.
Il est donc de toute nécessité, dans les travaux psychologiques
poursuivis sur les arriérés, de détailler la Symptomatologie des cas
et de fournir une analyse psychique aussi complète que possible.
A ce point de vue on ne saurait trop recommander la méthode si
heureusement appliquée par Binet dans les études qu'il a faites au
cours de ces dernières années sur les enfants normaux et plus ou
moins irréguliers des écoles de Paris, ainsi que sur les sujets qui
ont fait l'objet de son étude expérimentale sur l'intelligence.
Revues et travaux se rapportant à la psychologie des anormaux. —
Nous l'avons déjà dit, l'étude psychologique des anormaux est
poursuivie par de nombreux chercheurs qui tout en ayant pris des
chemins différents aboutissent au même carrefour. De là la disper
sion des résultats de leurs travaux dans des publications extrême
ment nombreuses et variées, de là aussi la difficulté de se faire une
idée complète de la littérature afférente.
On en jugera par la simple enumeration des revues qui se con
sacrent d'une manière exclusive ou presque exclusive aux pro
blèmes relatifs à l'enfance anormale *.
1. Citons notamment :
Recherches cliniques et thérapeutiques surTépilepsie, l'hystérie et l'idiotie,
publiées par Bourneville.
Zeitschrift für die Behandlung Schwachsinniger und Epileptischer. Organ
der Konferenz für das Idiotenwesen.
Die Kinderfehler. Zeitschrift für Kinderforschung mit besonderer Berüch-
sichtigung der pädagogischen Pathologie.
Revue de pédagogie comparative.
Zeitschrift für pädagogische Psychologie und Pathologie.
Abhandlungen aus dem gebiete der pädagogischer Psychologie und
Physiologie.
Verhandlungen der schweizerischen Konferenz für das Idiotenwesen.
Paedologisch Jaarboek.
The Pedologist.
Zeitschrift für Schulgesundheitspflege .
Bulletin de la Société libre pour l'étude psychologique de V enfant. ET DE CROLY. — PÉDAGOGIE DES ANORMAUX 325 DEMOOR
Occasionnellement on trouve aussi des articles se rapportant à
cette question dans les périodiques de philosophie, psychologie,
psychiatrie, neurologie, pédagogie, criminologie, médecine légale,
pédiatrie, assistance, hygiène, anthropologie, philanthropie, etc.
En fait de tentatives d'exploration psychophysiologique chez l'anor
mal et l'arriéré, nous devons signaler celles faites avec les procédés
cliniques de la sémiologie contemporaine, dans le but de se rendre
compte de la manière dont retentissent chez les irréguliers les
troubles des organes sensoriels sur le mécanisme des activités él
émentaires ou supérieures de l'esprit. Signalons notamment les travaux
publiés depuis Guye sur l'aprosexie nasale, par Mouton, Kafemann,
Rayet, Piper, et aussi par Brauckmann, Permevan et d'autres sur l'i
nfluence de la dureté d'ouïe sur le développement scolaire des enfants.
Ces travaux ont attiré l'attention sur l'insuffisance des organes
des sens chez les arriérés de tous ordres et sur les conséquences
fatales de ces troubles périphériques.
Faisons à ce sujet une remarque générale qui, croyons-nous, a
une grande portée : les troubles sensoriels chez les anormaux sont
nombreux et peuvent échapper à un examen superficiel. Or si chez
l'adulte ces troubles n'ont ordinairement que peu de retentissement
sur le contenu de l'esprit et les fonctions mentales, les éléments
indispensables pour le travail cérébral ayant déjà été emmagasinés
antérieurement, il est loin d'en être de même chez l'enfant, surtout
chez celui qui offre déjà une certaine faiblesse intellectuelle. Une
partie des sensations et perceptions indispensables à la formation
des idées, étant d'une netteté insuffisante, ou nulle, les fonctions
de mémoire, d'association, d'idéation, et surtout d'attention seront
par la force des choses également fort imparfaites. Aussi lorsqu'on
explore les anormaux à ce point de vue, faudra-t-il tenir grand
compte de ce facteur dans l'organisation des expériences et dans
l'appréciation et la critique des résultats.
Cette remarque rend compte des difficultés des recherches pours
uivies sur les anormaux.
Il faudra toujours que les résultats obtenus dans les divers travaux
soient soumis à la critique, pour que l'interprétation définitive
puisse en être donnée.
Les expériences sur le mécanisme des états morbides de l'esprit
au cours de la faim, de la fatigue, de l'usage de certains médica
ments ou poisons, etc., poursuivies tout spécialement par l'école de
Krsepelin et de Binet, ont pu être faites dans de bonnes condi
tions et ont par conséquent une valeur plus sûre. Les recherches
de J. Demoor et d'autres relatives à l'illusion de poids en tant que
moyen de diagnostic de la faiblesse d'esprit paraissent avoir un cer
tain caractère de certitude.
Signalons aussi les multiples travaux concernant la physiologie
et la pathologie des fonctions du langage qui, depuis Preyer, Kuss-
maul et Bastian, font le sujet des études de nombreux savants :
Ament, Berkhan , Coen, Gutzman, Liebmann, Maupaté, Müller,
Oltuszewski, Piper, Simon, etc.

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