Revue de psychologie comparée - article ; n°1 ; vol.12, pg 428-460

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1905 - Volume 12 - Numéro 1 - Pages 428-460
33 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1905
Lecture(s) : 13
Nombre de pages : 34
Voir plus Voir moins

Georges Bohn
Revue de psychologie comparée
In: L'année psychologique. 1905 vol. 12. pp. 428-460.
Citer ce document / Cite this document :
Bohn Georges. Revue de psychologie comparée. In: L'année psychologique. 1905 vol. 12. pp. 428-460.
doi : 10.3406/psy.1905.3725
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1905_num_12_1_3725VII
REVUE GENERALE SUR LA PSYCHOLOGIE
COMPARÉE
A. — TENDANCES GÉNÉRALES
I. Protestations contre la négation de la psychologie comparée.
— L'an dernier, alors que V Année psychologique consacrait pour la
première fois une revue générale à la comparée, un
certain nombre de biologistes, Nuel en tête, faisaient une guerre
à mort à la psychologie comparée. Comme on le devine, cette
n'a pas été sans soulever les plus vives protestations; la plus
éloquente et la plus convaincante est celle de Claparède; je l'ana
lyserai ici, à la place même où j'exposais l'an dernier les idées de
Nuel.
Ed. Claparède. La psychologie comparée est-elle légitime? (1) —
Parmi ceux qui soutiennent la légitimité de la psychologie comparée
s'en trouvent beaucoup qui, comprenant mal de quoi il s'agit, se
figurent que c'est à l'intelligence des animaux que l'on porte atteinte
et qu'on les rabaisse injustement aux yeux du monde en voulant
expliquer tous leurs actes par la physiologie. Claparède n'est point
de ceux-là. Il examine la question à tous les points de vue, d'une
façon très judicieuse, et dans ce compte rendu je citerai souvent
ses propres paroles.
§ i . Confusion constante entre la complexité et la conscience des phé
nomènes. — Une réaction contre l'anthropomorphisme est très néces
saire, mais elle ne doit pas aller jusqu'à la suppression de la psychol
ogie comparée. Le tort des biologistes anthropomorphisants n'est
pas en effet d'avoir formulé leurs descriptions en langage psycho
logique, mais rendu compte des phénomènes qu'ils obser
vaient en faisant appel à des facultés d'un ordre plus élevé qu'il
n'était besoin, en d'autres termes d'avoir violé le Principe de Morgan :
« En psychologie animale, il ne faut dans aucun cas interpréter
une action comme étant le résultat d'une faculté mentale élevée,
si elle peut être considérée comme la conséquence du jeu d'une
faculté siégeant plus bas dans l'échelle psychologique ». S'il est
scientifique de ramener, lorsque c'est possible, le complexe au
simple, il est indifférent que ce complexe et ce simple soient
exprimés en termes psychologiques ou en termes physiologiques.
Le simple ne s'oppose pas au conscient. Romanes a tort d'expliquer
les tropismes par la « curiosité », parce qu'on peut rendre compte BOHN. — PSYCHOLOGIE COMPARÉE 429 G.
de l'attraction exercée sur certains animaux par la lumière d'une
façon plus simple. D'autre part, Forel a su éviter et combattre les
erreurs de l'anthropomorphisme sans pour cela s'être départi du
langage psychologique. La confusion du complexe et du conscient
est faite à chaque instant par Nuel, qui est un de ceux qui voudraient
que l'on supprimât la psychologie comparée.
§ 2. Obscurité du nouveau langage proposé. — Ceux-ci ont tout
d'abord créé un vocabulaire d'où est exclu « tout ce qui sent de
près ou de loin la vie subjective », et Nuel a été jusqu'à excom
munier des, termes aussi peu entachés de subjectivisme que « exci
tation », « irritation », mais qui ont eu le tort d'avoir été employés
quelquefois par des psychologues. Claparède nous donne une liste
de mots barbares employés par cet auteur et s'élève vivement
contre l'emploi d'un langage qui rend ses ouvrages illisibles :
« A vouloir remplacer des termes très clairs par leurs équivalents
mécanico-objectifs, on en arrive à des circonlocutions longues,
mal commodes, obscures et souvent inexactes, parfois naïves,
comme lorsque la réforme ne porte que sur le mot et non sur le
fait qu'il exprime ».
§ 3. Exagération mécaniste. — Ce langage a entraîné l'exagération
mécaniste. « Les savants de la nouvelle école se voient dans la
nécessité, pour satisfaire à l'engagement qu'ils ont pris envers leur
nomenclature dite objective, de rabaisser les faits au niveau de
leur vocabulaire. » Pour eux, les tropismes résultent de réflexes très
simples, alors que les recherches récentes de Jennings et de Bohn
ont montré que ces prétendus tropismes sont des processus beaucoup
plus complexes qu'on ne l'avait affirmé tout d'abord
§ 4. La suppression de la psychologie comparée conduit à celle de la
psychologie humaine. — On rencontre une tendance tout opposée
chez Nuel qui va jusqu'à ramener à l'héliotropisme les mouvements
que fait l'homme pour se rapprocher de la lumière. C'est là une
tentative vraiment originale et pour laquelle l'auteur a raison de
revendiquer un incontestable droit de priorité, mais qui peut
donner lieu à beaucoup de critiques. Si Nuel a fait cette tentative
un peu téméraire, c'est sans doute qu'il a compris que les mêmes
raisons qui plaident en faveur de la suppression de la psychologie
comparée devraient obliger à supprimer la psychologie humaine,
car la vie mentale des hommes autres que nous-mêmes nous est
aussi inconnue que celle des animaux.
Nuel est logique en cela avec lui-même, mais cela ne veut pas dire
qu'il a raison. « La vérité, c'est que la psychologie et la physiologie
sont, au point de vue du droit, logées exactement à la même
enseigne : chacune de ces sciences opère sur des faits immédiate
ment constatés et sur des inductions plus ou moins exactes. La
physiologie des centres nerveux emprunte des faits surtout à la vie
des animaux, mais personne ne lui conteste le droit d'induire de ses
observations, conformément à la méthode ascendante, ce qui se passe
dans le cerveau de l'homme. Pourquoi défendrait-on à la psychol
ogie d'utiliser la méthode descendante, et, partant des faits de T*wi"njT&^Tyv. '■"'^ '""
430 REVUES GÉNÉRALES
conscience, qui sont les seules données à l'expérience immédiate
de chacun de nous, d'inférer des processus analogues chez nos
semblables, chez l'enfant, chez l'animal? » D'ailleurs, en ce qui
concerne les sensations de couleurs, Nuel s'est vu obligé de se
servir du langage psychologant, et il le reconnaît lui-même.
§ S. La substitution du langage physiologique au langage psycholo
gique n'est, le plus souvent, qu'un grossier trompe-Vœu. — Le langage
« physiologique » n'est le plus souvent que la traduction... en grec
du langage psychologique : au lieu de « lumière », on dit photo; au
lieu de « forme », on écrit icono. « Au fond la réforme se borne sim
plement à cela. Dès qu'on cherche à se représenter ce qu'il y a sous
ces vocables, on retombe sur les faits de conscience qui en ont été
l'origine, pour la bonne raison que les mécanismes objectifs qui
distinguent ces différentes classes de « réceptions » nous sont
encore inconnus... Dans la plupart des cas, sous les mots objectifs,
la pensée reste psychologique. »
§ 6. La suppression de la psychologie comparée rend impossible toute
comparaison de l'activité humaine avec l'activité animale. — II est
difficile de résumer en quelques lignes la longue et ingénieuse
discussion par laquelle Claparède montre la légitimité, la nécess
ité de la psychologie comparée, même au cas où l'on serait en
possession d'une explication physico-chimique ou mécanique des
principales activités des animaux. Il faudrait alors faire bénéficier
l'étude de l'homme des succès remportés dans l'étude des animaux,
et cela ne pourrait se faire qu'en comparant la mentalité de
l'homme et celle des animaux; or, la vie mentale de l'homme ne
nous est connue que sous sa face consciente.
En terminant, Claparède fait observer que les biologistes « phy-
siologants » sentent de temps à autre cette nécessité de parler en
termes de conscience, car ils s'efforcent à tout moment, une fois
achevée leur traduction en jargon objectif, de rétablir la version
psychologique. Mais ces « reconstitutions psychologiques » souvent
ne correspondent guère à ce que nous révèle l'observation interne
immédiate. A ce propos, Claparède se demande si Le Dantec, lors
qu'il définissait la conscience : « la propriété qu'a notre corps d'être
au courant de sa structure actuelle,... des transformations qui s'opè
rent en lui », et lorsqu'il disait que l'homme « n'est au courant que
des mouvements qui influent les terminaisons nerveuses » et que
« nous ne connaissons que le mouvement de la matière », n'était pas
atteint d'anesthésie générale, sauf pour les sensations kinesthé-
siques, et dans un état dont il pourrait profiter pour rédiger un beau
traité d'anatomie fine des centres nerveux et de mécanique céré
brale, qui laisserait loin derrière lui tout ce qu'ont écrit ceux qui,
n'ayant pas le bonheur d'être « au courant de la structure » de
leur encéphale, ni des « mouvements » qui en agitent les termi
naisons nerveuses, en sont réduits à étudier le cerveau par des
coupes sériées, colorées à grand'peine, ou à expérimenter sur les
centres nerveux des animaux.
§ 7. A force de craindre la métaphysique, les néo-biologistes s'y BOHN. — PSYCHOLOGIE COMPARÉE 431 G.
sont précipités en plein. Si, de leur aveu, là où il y a sensation il y
a âme régnant en maîtresse sur les destinées du corps, l'existence
d'une telle âme serait prouvée, — à tout le moins chez moi, où il
y a certainement sensations, — et, avec elle, le spiritualisme.
Conclusions. — II y a plus à perdre qu'à gagner à la suppression
de la psychologie comparée. L'erreur anthropomorphiqne est une
erreur de nature contingente; elle provient d'un défaut de pru
dence, de doigté, de la part du savant; elle n'est pas, comme on
dit, une erreur inhérente à toute psychologie comparée. Si l'on
tient au principe de Morgan, il appert que le langage psycholo
gique : 1° n'offre aucun danger; 2° est souvent indispensable; 3° est
commode même là où l'on peut s'en passer. La psychologie com
parée est légitime aussi bien que la psychologie humaine.
C'est à cette même conclusion qu'arrive P. Bonnier dans un court
article.
P. Bonnier. Y-a-t-il une psychologie humaine? (2) — Si cette ques
tion peut paraître singulière, elle se dresse tout naturellement en
réponse à une autre question bien autrement surprenante, qui
vient d'être posée : Y-a-t-U une psychologie animale?
L'article de P. Bonnier semble être un. reflet de l'étude de Clapa-
rède, Toutefois l'auteur envisage le côté religieux de la question :
nous gardons encore dans notre for intérieur une image de Dieu
qui répugne à toute assimilation définitive de l'homme aux autres
êtres, « qui meurent tout entiers ». On ne trouvera rien d'original
dans l'opposition des deux: formes d'anthropocentrisme, centrifuge
et centripète. La conclusion est la suivante : « Toutes les facultés
degrés' divers et humaines, sans exception aucune, sont, avec des
avec les adaptations les plus divergentes, représentées dans la série
animale avec des coefficients spécifiques particuliers. Uimportant est
de ne jamais perdre de vue ce coefficient spécifique, pas plus d'ailleurs
que le coefficient individuel. »
Voilà qui est peut-être important pour interpréter les faits trouvés,
mais qui ne permettra jamais de trouver des faits nouveaux. Or
c'est là Y important pour Bohn.
G. Bohn. Les réceptions oculaires (3). — Pour le moment, il vaut
mieux décrire les faits que l'on observe sans les expliquer. Tandis
que Nuel cherche à montrer, par de nombreux exemples, que les
mouvements visuels en apparence les plus « volontaires » doivent
être envisagés comme des conséquences de processus physiologi
ques, c'est-à-dire physiques, et non comme étant suscités par des
états de conscience, Bohn se garde bien de dire que chez les Littorines,
dont il étudie les mouvements, les états de conscience n'existent
pas et n'interviennent pas. // ne saitpas; il ne nie, ni n'affirme rien.
Il ne donne ni d'explications mécanistes, ni d'explications psycho
logiques des faits qu'il observe.
Pour Bohn, la psychologie animale est une science de faits, ni
matérialiste, ni spiritualiste. Mais ne pas être spiritualiste, c'est
pour beaucoup être matérialiste. Puisque Bohn ne fait pas de la
psychologie spiritualiste, Piéron, Delage, dans la discussion de son 432 REVUES GÉNÉRALES
mémoire à V Institut général psychologique (27 février 1905, Bulletin,
V, p. 176-81), considèrent que sa psychologie est matérialiste. Il en
a toujours été ainsi, comme le montre si nettement A. Binet dans
son beau livre, l'Ame et le Corps (p. 142) : « Lange, le premier, je
crois, a dit que l'on devait cultiver une psychologie sans âme. Cette
déclaration catégorique a fait scandale, et quelques personnes mal
informées ont interprété les mots en croyant que cette nouvelle
psychologie, qui s'est répandue en France sous le couvert du nom
de Ribot, avait la prétention de nier l'existence de l'âme, et était
destinée à verser dans le matérialisme. C'est une erreur... La psy
chologie comme science de faits n'est inféodée à aucune doctrine
métaphysique; elle n'est ni spiritualiste, ni matérialiste, ni moniste,
mais uniquement science de faits. Voilà ce que Ribot et ses élèves
ont affirmé, bien haut et à toute occasion. Par conséquent il faut
reconnaître que l'expression un peu amphibologique de psychologie
sans âme n'implique point une négation de l'existence de l'âme;
elle est plutôt, ce qui est tout différent, une attitude réservée
vis-à-vis de ce problème. On ne le résout pas, on l'écarté. »
Delage s'inquiète, car il se figure que c'est à l'intelligence des
animaux que l'on en veut; il l'entrerait donc, d'après Claparède,
dans la catégorie de « ceux qui comprennent mal de quoi il s'agit ».
Hachet-Souplet serait aussi de ceux-là, lui qui, dans une note inti
tulée : un « nouveau » procédé expérimental en psychologie zoologique (4),
commet une erreur qui lui avait été cependant signalée par Clapa
rède, celle d'identifier les mots intelligence et conscience.
Ils semblent d'ailleurs être nombreux « ceux qui comprennent
mal de quoi il s'agit », à en juger par la longue et stérile polémique
provoquée par certaines publications de Nuel et de Bohn (voir 3 à 10).
Notons encore la critique du livre de par .1. Rosenthal (11).
IL Discussions relatives au critérium des phénomènes psychi
ques. — Tandis que les Allemands, les Belges et les Français discu
tent surtout sur des mots et créent des nomenclatures nouvelles,
les Américains (Loeb, Jennings, Yerkes...) s'efforcent d'apporter
des faits nouveaux. Cela leur permet de discuter ensuite plus util
ement les signes auxquels on peut reconnaître le caractère psychique
des phénomènes observés. Ces signes se montrent d'une application
délicate. A cet égard Yerkes vient de publier deux brochures très
intéressantes.
R. M. Yerkes. Animal psychology and criteria of the psychic (12).
— C'est une brève discussion sur les critères de la conscience.
L'auteur commence par établir un parallèle entre les deux att
itudes que l'on peut prendre dans une discussion de ce genre :
Vattitude philosophique et Vtittitude naturaliste. Le philosophe
recherche un critérium logique applicable avec certitude dans tous
les cas, il étudie les « formes nécessaires » des critères de la
conscience. Le naturaliste, au contraire, note les signes découverts
par l'observation qui peuvent servir de guides satisfaisants pour
son travail. Münsterberg (Grundzüge der Psychologie), qui adopte la BOHN, — PSYCHOLOGIE COMPARÉE 433 G.
première attitude, estime que l'acte de reconnaître est le seul crit
érium de la conscience chez les animaux; Loeb (Comp. phys. of the
brain and comp. psychology), qui adopte la seconde, soutient que
l'habileté à profiter de l'expérience est le critérium de la mémoire
associative, qui elle-même est le critérium de la conscience.
Yerkes adopte l'attitude naturaliste :■ pour lui tous les signes qui
ont quelque valeur doivent être utilisés. Il classe ces de la
façon suivante :
I. Signes morphologiques. 1. Forme générale de l'organisme.
2. Système nerveux.
3. Spécialisation du système nerveux.
II. Signes fonctionnels. 1. Forme générale de la réaction (Dis
crimination).
2. Modifiabilité de la
lité).
3. Variabilité de la réaction (Initiative).
Ces divers signes sont classés par ordre d'importance croissante;
les termes : « discrimination », « docilité » et « initiative » ont été
empruntés à Royce (Outlines of psychology), à qui l'on doit une
excellente discussion des signes physiques de l'intelligence, et
correspondraient à trois degrés différents de la conscience.
Yerkes cherche à appliquer ces divers signes à l'Anémone de mer,
et à montrer que ce Cœlentéré ne possède probablement qu'une
conscience du premier degré.
Yerkes attire enfin l'attention sur certains aspects des divers
signes de la vie mentale. Pour de nombreux investigateurs, l'habi
leté à profiter de l'expérience est un critérium suffisant des pro
cessus mentaux; pour Yerkes, l'emploi de ce seul critérium est,
non seulement insuffisant, mais encore absurde, car certaine forme
de docilité ou d'habileté à apprendre est une caractéristique du
protoplasma. Quand on dit que les animaux présentent divers degrés
de docilité, il faut préciser les diverses espèces de docilité; il y a
lieu de distinguer, outre l'adaptation inconsciente (?), les adapta
tions par association, par imitation et par raisonnement.
Pour Loeb : 1° la mémoire associative est le critérium de la con
science, et 2° l'habileté à apprendre est le critérium de la mémoire
associative; Yerkes cherche à montrer que l'habileté à apprendre
est un critérium de la conscience et que les différentes manières
d'apprendre (par l'association, par l'imitation, par le raisonnement)
sont les signes de divers degrés de la conscience.
Pour Loeb, le signe de l'existence d'une mémoire associative doit
être la base de la future psychologie comparée; Yerkes discute les
idées de Loeb, et montre l'importance des remarquables recherches
•de Jennings sur les organismes unicellulaires (dont j'ai rendu
compte dans ma Revue de l'an dernier).
Yerkes critique également certaines conclusions des expériences
de Bethe sur le Crabe : après quelques expériences, celui-ci est
incapable d'apprendre à éviter un objet dangereux ; il ne présen-
l'année psychologique, xii. 28 434 REVUES GÉNÉRALES
terait pas de processus psychiques, il serait une machine incapable
de profiter de l'expérience (!).
Finalement, Yerkes arrive à cette conclusion : faute de pouvoir
trouver un critérium logique, nécessaire et suffisant dans tous les cas,
il faut utiliser tous les signes qui méritent d'être pris en considé
ration. A défaut d'une certitude, il faut se contenter de plusieurs
probabilités.
R. M. Yerkes. Concerning the genetic relations of types of action
(13). — Yerkes pose la classification suivante des types d'action:
. . ( Uniformes (réflexes, automatiques, habituels).
. , ] Variables (instinctifs),
simples. ( Uniques (volontaires).
. , ( Uniformes (habituels, automatiques).
complexes complexes. i ( Variables Uniques (habituels),
Il discute cette classification, et ici encore fait intervenir les
récentes recherches de Jennings. Je n'insiste pas, car Jennings lui-
même a montré l'importance de ses recherches dans un travail que
j'analyse plus loin.
Toutes les discussions relatives au critérium de la conscience,
celles de Yerkes, et aussi celles de Mary W. Calkins (14), de Lloyd-
Morgan (15), n'ont guère qu'une utilité : montrer l'insuffisance des
faits actuellement connus.
Pour le moment, l'important c'est de rassembler des faits nomb
reux, relatifs les uns à la spécialisation du système nerveux, les
autres aux modifications et variations des réactions des animaux;
c'est en s'engageant dans l'une et l'autre de ces voies qu'on arrivera
à faire les hypothèses les plus certaines sur la vie psychique des an
imaux.
III. Abandon des recherches relatives à la spécialisation du sys
tème nerveux. — Dans les recherches récentes de psychologie com
parée, il semble qu'on ne tienne pas suffisamment compte du sys
tème nerveux et de sa spécialisation progressive. C'est peut-être une
conséquence de l'influence de Loeb. L'illustre savant américain, en
effet : — chez les animaux inférieurs, a cherché à démontrer l'inu
tilité du système nerveux dans la production des mouvements; —
chez les animaux supérieurs, contrairement à Steiner, a refusé aux
centres « supérieurs « le rôle de coordinateurs des mouvements, et a
essayé de prouver que la coordination se produit bien plus par l'i
nterconnexion des centres autonomes que par l'action des centres
directeurs.
Dans le but de résoudre ce différend entre Steineret Loeb, Philipp-
son vient de faire une étude critique très intéressante des faits
relatifs à la physiologie comparée du système nerveux.
Philippson. L'autonomie et la centralisation dans le système ner
veux des animaux (16). — La première partie est l'exposé des
recherches originales de l'auteur relatives aux fonctions de la moelle G. BOHN. — PSYCHOLOGIE COMPARÉE 435
lombaire des Mammifères. Ses expériences prouvent que la moelle séparée du reste de l'axe cérébro-spinal est capable de pro
duire les mouvements coordonnés dans les deux types de locomot
ion : trot et galop. L'influence des centres supérieurs sur la coordi
nation des paraît faible.
La deuxième partie est l'étude critique des expériences faites
chez toutes les catégories d'êtres vivants et conduit à démontrer
l'autonomie persistante à travers toute la série animale des terri
toires moteurs.
« Nous estimons, dit l'auteur, que la physiologie comparée ne
peut apporter de lumière sur une question sans être accompagnée
d'une analyse approfondie de l'anatomie et de la morphologie des
organismes venant éclairer l'étude de l'évolution fonctionnelle.
C'est pourquoi nous avons cherché à considérer, depuis les êtres
les plus primitifs, les modifications de l'irritabilité, tant au point de
vue physiologique qu'au point de vue des mécanismes anatomiques
qui permettent le développement des fonctions les plus complexes. »
Le chapitre relatif aux Cœlentérés (p. 55) est particulièrement
intéressant; je l'analyserai dans le paragraphe consacré à ces an
imaux. En revanche celui relatif aux Vers est insuffisant, et non au
courant des recherches récentes.
La partie concernant les Vertébrés sera consultée utilement par
tous ceux qui expérimenteront sur l'encéphale de ces animaux.
IV. Substitution des « états physiologiques » aux « états de con
science ». — La notion des « états physiologiques » introduite
récemment en physiologie et en psychologie comparée simultané
ment par Jennings et par Bohn (voir ma Revue de l'an dernier),
permet de discuter les faits de modification des réactions chez les
animaux.
Jennings insiste à nouveau sur l'importance des « états physiolo
giques » et consacre une brochure du plus haut intérêt à la question
de la régulation des mouvements.
H. S. Jennings. The method of regulation in behavior and in other
fields (17). — Pour Jennings : « la régulation constitue peut-être le
problème le plus important de la biologie ». La régulation a lieu
dans des domaines variés : régulation thermique chez les Mammif
ères, appropriation des sucs digestifs aux aliments chez le Chien,
neutralisation des poisons injectés chez la Souris, etc., etc., mais
« nulle part la régulation n'est plus remarquable que dans les mou
vements des organismes ». C'est dans ce domaine qu'il faut chercher
le prototype des actions régulatrices. Les mouvements et réactions
des animaux sont en général avantageux pour eux : changement de
mouvements et fuite en présence de substances nocives ; mouvements
vers les régions où se trouve de l'oxygène; fuite d'un animal que
l'on blesse vers des régions où il se trouve à l'abri. Les
dépendent largement des besoins de l'organisme et ont pour carac
tère de satisfaire ces besoins.
Le but du mémoire de Jennings est d'étendre aux animaux supé- 436 REVUES GENERALES
rieurs et à d'autres domaines la méthode de régulation des mouve
ments chez les animaux inférieurs.
Jennings décrit tout d'abord les processus de régulation chez les
animaux les plus inférieurs. Toute action nocive s'exerçant sur un
organisme cause des changements dans son déplacement ; ces chan
gements placent l'organisme dans de nouvelles conditions; aussi
longtemps que les conditions nocives subsistent, des changements
dans le déplacement ont lieu; le premier changement peut ne pas
entraîner la régulation, ni le second, ni le troisième....; l'organisme
passe ainsi par une série de conditions différentes, et finalement par
une condition où il est soustrait à l'action nocive. Cette méthode de
régulation est réalisée dans sa forme la plus pure par les Paraméc
ies et les Stentors.
Au sujet de cette méthode de régulation, on peut se poser plu
sieurs questions, en particulier les suivantes : Pourquoi l'organisme
modifie-t-il ses mouvements dans certaines conditions et non dans
d'autres? — Gomment la condition la plus favorable est-elle choisie?
— Le choix des conditions favorables et le rejet des conditions défa
vorables résultant des mouvements constituent peut-être le point
fondamental dans la régulation. — Faudrait-il voir, dans cette sélee-
tion des mouvements, un choix personnel ou conscient? Nous tou
chons là au point délicat de la théorie de Jennings, la substitution
des « états physiologiques » aux « états de conscience ».
Jennings insiste sur l'importance des processus du métabolisme,
des processus internes : les réactions des organismes vis-à-vis des
agents externes peuvent s'expliquer en grande partie par l'action, de
ces agents sur les processus internes. Ceci apparaît nettement quand
on étudie les Bactéries et les Protozoaires, et plus particulièrement
dans le cas du Bacterium photometricum d'Engelmann. Faudrait- il ce cas donner une explication psychologique? Il n'y a pas de
raison d'attribuer aux Bactéries une connaissance ou une idée de
la relation qui existe entre les agents externes et les processus
internes. Jennings examine les questions posées plus haut, et sou
vent sa pensée est difficile à suivre.
Après avoir rappelé que Bohn, comme lui-même, a montré que
les mouvements et les réactions des organismes dépendent dans une
grande mesure des « états physiologiques », Jennings distingue deux
grandes classes d'états : ceux qui dépendent des
processus métaboliques de l'organisme, et d'autres qui
non pas directement du métabolisme, mais plutôt de la stimulation,
de l'activité de l'organisme.
Sous l'influence de certaines conditions externes, l'organisme
réagit d'une certaine manière ; ces persistant,
modifie cette première réaction en une seconde, puis en une tro
isième, puis en une quatrième...; il est évident qu'il passe par une
série d'états physiologiques différents. Tel est le cas du Stentor
(Jennings) et celui des Crustacés (Yerkes, Spaulding). Aux états suc
cessifs, A, B, C, D, correspondent des mouvements différents, 1, 2,
3, 4. Le passage d'un état au suivant devient de plus en plus aisé et

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.