Revue des sensations - article ; n°1 ; vol.12, pg 361-381

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L'année psychologique - Année 1905 - Volume 12 - Numéro 1 - Pages 361-381
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1905
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Nuel
Revue des sensations
In: L'année psychologique. 1905 vol. 12. pp. 361-381.
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Nuel . Revue des sensations. In: L'année psychologique. 1905 vol. 12. pp. 361-381.
doi : 10.3406/psy.1905.3721
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1905_num_12_1_3721III
SENSATIONS
DES EN GÉNÉRAL
Balancement des organes des sens. — On admet souvent que lor
squ'un organe des sens vient à faire défaut dans la vie individuelle,
un ou plusieurs autres organes des sens le remplacent plus ou
moins, par une activité vicariante. Les résultats positifs obtenus
dans cette direction sont toutefois assez contradictoires. Comme
preuve de cette activité vicariante, on cite notamment la « vision
faciale » (voir Année psych., 1904). — Schaffer et Mahner (33)
trouvent que pour soupeser des poids à la main (comme on dit, à
l'aide des sensations kinesthésiques), les sourds-muets (intelligents)
l'emportent sur les aveugles, et ceux-ci sur les individus normaux.
Voilà pour ce qu'on pourrait appeler le « balancement ontogé-
nique » des organes des sens. Mieux établies sont les preuves
d'un « balancement phylogénique » des organes des sens. On con
naît le développement souvent extrême des tactiles chez les
animaux aveugles (ou à peu près) des cavernes et des abîmes
océaniques, comparativement à ce qui existe chez des espèces
voisines vivant au grand jour. — G. Alexandre (1) signale un déve
loppement disproportionné de l'oreille interne chez la Taupe et la
Musaraigne, animaux à peu près aveugles. Le canal limacien a des
dimensions exagérées, les cellules acoustiques externes (de l'organe
de Corti) sont nombreuses et se disposent sur quatre rangées, au
lieu de trois (comme c'est le cas habituel).
Traits communs à tous les organes des sens. — II se confirme de plus
en plus que certaines particularités décrites plus spécialement dans
le fonctionnement de l'organe visuel se retrouvent, à des degrés
divers, dans tous les organes des sens. Tout le monde sait que
l'organe tactile donne des images (tactiles) accidentelles. Urbant-
schitsch (41) démontre que le son laisse derrière lui une image acci
dentelle auditive, et qu'il en est de même des sensations de tempé
rature; enfin, dans la localisation des sensations de température, il
se produit des phénomènes très prononcés d'irradiation et de
contraste.
D'après les recherches ergographiques de Ch. Féré (12), aussi
longtemps qu'elles sont modérées, agréables, les excitations sensor
ielles augmentent toutes la capacité de travail volontaire. Pour le
goût et l'odorat, cette exaltation dure 6 minutes. Elle est suivie 362 REVUES GÉNÉRALES
d'une période de dépression, en ce sens que le même organe des
■sens n'a plus l'effet en cause, ou l'a amoindri; mais pendant ce
temps les excitations d'autres organes des sens sont encore eff
icaces. Deux agréables simultanées provoquent d'emblée
une action déprimante. L'accumulation successive des excitations
produit une dépression progressive du travail. La douleur déprime
le travail, tout comme n'importe quelle excitation pénible.
Quantités d'énergie nécessaires pour exciter les extrémités périphé
riques des nerfs sensibles (énergétique des réceptions). — Si on pouvait
traduire dans le langage de l'énergétique les minima des excitants
extérieurs perceptibles (au seuil de la sensibilité), on obtiendrait
des chiffres dont les rapprochements seraient des plus intéressants :
tous les excitants auraient une commune mesure. Zwaardemaker
(46) rappelle que d'après les « énergéticiens » (Ostwald, etc.), toute
forme de l'énergie peut être analysée en deux facteurs, dont un dit
de « quantité », l'autre « d'intensité », par exemple l'énergie élec
trique en quantité d'électricité et en potentiel. Or, dit Z., d'après
l'observation des faits, l'énergie peut exciter a) comme telle,
6) comme et c) comme intensité. De plus, tantôt c'est la
variation d'une, de ces trois quantités qui excite, d'autres fois la
rapidité avec laquelle la variation s'opère (la différentielle prise par
rapport au temps). Dans l'œil, dans l'oreille, et probablement dans
le nez, c'est la quantité d'énergie qui excite; pour la chaleur, ce
n'est ni l'énergie ni la quantité, mais l'intensité qui excite, et dans
l'excitation électrique (artificielle), c'est la quantité (ou plutôt la dif
férentielle de la quantité). — Ces différences en apparence chao
tiques tiennent-elles à la nature des choses, ou à notre ignorance
momentanée? Z. n'ose se prononcer.
Quoi qu'il en soit, d'après les recherches de Grijns et Noyons (15),
deux élèves de Z., l'énergie radiante (des rayons visibles) nécessaire
pour vaincre l'inertie de la rétine (seuil de la sensation) serait de
4Q- io ergS — En réalité, il faut un éclairage de 4,8 x 10- 9 ergs
par seconde et par centimètre carré de pupille, dont 2 p. 100 seu
lement sont absorbés par le rouge rétinien. — D'autre part, la plus
grande quantité d'énergie radiante que l'œil peut encore transformer
en excitation est de 60 000 ergs. C'est donc entre ces deux limites
que se meuvent les quantités d'énergie radiante réellement utilisées
dans la vision.
Pour l'oreille, d'après les recherches de Z. (celles de Rayleigh et
d'autres auteurs), le minimum d'énergie perceptible est plus élevé
que pour l'œil.
SENSATIONS LUMINEUSES
Changements provoqués dans la rétine par la lumière (photo-récept
ion). — Pergens notamment s'était donné pour tâche d'étudier les
changements (mouvements, etc.) survenant dans la rétine lors de
la photo-réception, dans leurs rapports avec la longueur d'onde
de la lumière; pour l'étude des cônes, il s'était adressé à l'œil de — SENSATIONS 363 NUEL.
poisson. Herzog (17) estime que les poissons constituent un objet
défavorable pour cette étude, attendu que l'un des deux cônes
gémellaires de ces animaux a des dimensions trop variables. 11
s'est adressé aux cônes des grenouilles.
Une première question est celle de l'état du pigment et des cônes
au début des expériences; elle est plus difficile à résoudre qu'on ne
l'admet généralement. C'est ainsi que la destruction du système ner
veux central met les cônes dans leur position d'obscuration (allo
ngement), alors que le pigment prend sa d'éclairement (émi
gration en dedans), — ce qui, soit dit en passant, prouve que le
système nerveux central exerce une influence sur ces mouvements,
conformément à la manière de voir d'Engelmann. — Le chaud et
le froid prolongés (appliqués à tout l'animal), l'action d'assujettir
l'animal, provoquent de sensibles modifications dans l'emplacement
du pigment et dans la longueur des cônes. En tenant compte de ces
différents éléments, Herzog établit que pour obtenir le maximum
de raccourcissement des cônes par la lumière, il faut un éclairage
de 2 1/2 minutes; la contraction ne commence pas avant une demi-
minute, ce qui semble démontrer que cette photo-réaction du cône
ne doit guère faire partie essentielle de la photo-réception; H. soup
çonne qu'elle aurait pour utilité de produire un déclanchement
servant dans l'adaptation. — D'autre part, toutes les lumières pro
duisent le même degré de raccourcissement des cônes, pourvu
qu'elles soient assez intenses : le degré du raccourcissement n'est
donc pas en rapport avec la chromatopsie.
Manifestations électriques de la rétine. — Piper (28) a repris la
question des manifestations électriques de la rétine, en étendant
ses recherches à des animaux à sang chaud, et parmi eux notam
ment à des oiseaux diurnes et nocturnes, dont les premiers n'ont
que des cônes, et les seconds seulement des bâtonnets. — II con
firme qu'en ce qui regarde le courant dit de repos, généralement la
cornée est positive, et la surface postérieure de l'œil négative. Ce
courant de l'œil énucléé diminue rapidement, s'annule, et peut se
renverser. Un éclairement intercurrent augmente toujours la posi-
tivité de la cornée, quelle que soit d'ailleurs la direction du courant
de repos. Il semble donc que le courant dit de repos, tout en étant
lié à la constitution physiologique de la rétine, n'a probablement
rien à voir avec le courant d'action, ni peut-être avec le processus
photo-récepteur de la rétine.
Le courant d'action est donc en général tel que la cornée est posi
tive (direction positive). Après chaque éclairement, il atteint rap
idement son maximum, puis diminue et peut passer dans une phase
opposée (négative). Lorsque la rétine est fort endommagée, la
positive est plus courte que la négative. La phase positive paraît
donc être le véritable processus physiologique. A ce point de vue
s'explique peut-être que chez les oiseaux à cônes, la phase positive
du courant d'action est tellement fugitive qu'elle est difficile à
observer. 11 suffit d'admettre que l'appareil des cônes serait plus
délicat que celui des bâtonnets. — Chez les oiseaux nocturnes, le 364 REVUES GÉNÉRALES
courant d'action est franchement positif, comme chez tous les
animaux à bâtonnets (grenouille, chien, lapin). Il se confirme que
le temps latent du courant d'action est beaucoup plus long que le
temps du des nerfs : il n'est donc pas le fait
de fibres nerveuses, mais d'éléments cellulaires rétiniens.
S'il est à supposer que la rétine vit aussi longtemps que les cou
rants d'action se produisent, la rétine soustraite à la circulation
vit beaucoup plus longtemps que les cellules nerveuses privées de
la circulation.
Les valeurs absolues des courants d'action, dans leur rapport avec
les longueurs d'ondes, sont des plus importantes à considérer. —
Avec les yeux à cônes (oiseaux diurnes), le maximum d'action est
(dans le spectre) plus vers le rouge que pour les yeux à bâtonnets,
où il est dans le vert. L'on sait que dans l'œil humain obscure
(voyant à l'aide de ses bâtonnets), le maximum de la sensibilité
(mesurée par la sensation) est également dans le vert, tandis que
pour l'œil éclairé, il est dans le jaune orangé.
Les courants d'action augmentèrent très sensiblement d'intensité
par l'obscuration, s'il s'agissait d'yeux d'oiseaux nocturnes, tandis
qu'une augmentation pareille resta douteuse pour les yeux à cônes.
La courbe représentative des intensités des courants d'action,
pour les yeux des oiseaux nocturnes, se couvre absolument avec la
courbe des intensités avec lesquelles les divers rayons sont absorbés
par le rouge rétinien. Tout cela confirme que les changements que
l'obscuration imprime aux courants d'action et à l'excitabilité des
bâtonnets sont dans un rapport intime avec l'absorption de la
lumière par le rouge rétinien : ce sont là trois fonctions propor
tionnelles entre elles. Les courants d'action survenant lors de
l'éclairement de l'œil sont donc des phénomènes accompagnant le
processus de photo-réception dans les bâtonnets et dans les cônes;
ils peuvent constituer une mesure objective de l'excitation des
bâtonnets, du processus de photo-réception.
Les couleurs et le rouge rétinien. — W. Trendelenburg (40) étudie
le rapport quantitatif existant entre l'influence exercée par les
couleurs spectrales sur le pourpre rétinien et l'intensité lumineuse
de ces mêmes couleurs dans l'œil obscure.
Les courbes représentant les deux intensités se couvrent en somme
tout à fait. D'autre part, la courbe de l'énergie radiante absorbée
par le rouge rétinien est parallèle à celle des intensités lumineuses.
L'altération du pourpre rétinien constitue donc le processus de
photo-réception dans l'œil obscure, conformément à la théorie de
v. Kries.
Les auteurs allemands continuent à ignorer que cette théorie devrait
être nommée « théorie de Parinaud », plutôt que « théorie de v. Kries ».
Discontinuité de l'excitation rétinienne. — Fr. Klein (20) rappelle
d'abord le principe bien connu d'après lequel une excitation (du
protoplasme) ne peut résulter que d'une variation assez rapide de
l'intensité de l'agent extérieur, et que l'excitation n'est que momen- — SENSATIONS 365 NUEL.
tanée. Il pose ensuite à nouveau la question de savoir comment il
se fait donc que nous pouvons avoir une sensation visuelle con
tinue.
Cette longue durée de l'excitation (mesurée par la constance de
la sensation) ne peut être qu'apparente, dit Klein. Pendant que
nous regardons une clarté constante, il faut que des secousses
d'innervations tétanisantes arrivent à notre écorce cérébrale. Il
faut qu'il y ait un mécanisme, rétinien probablement, qui mult
iplie chaque excitation momentanée, et de cette multiplication
résultent notamment les images accidentelles positives. La multi
plication supposée pourrait consister simplement en des chocs
nerveux, mais il paraît probable qu'elle consiste en une luminosité
véritable de la rétine, luminosité à la vérité non démontrée, mais
qui semble découler de toutes sortes d'observations. Cette luminos
ité propre de la rétine donne naissance aux images accidentelles;
mais elle se produit également dans l'obscurité, lors d'une pression
exercée sur l'œil (phosphènes).
Avant d'aller plus loin, remarquons que l'auteur aurait peut-être mieux
fait de parler d'une multiplication tétanisante des excitations, et non
d'une luminosité réelle de la rétine; l'effet serait le même.
L'intermittence de la luminosité propre de la rétine, Klein l'éta
blit notamment de la manière suivante. Soit un tube capillaire relié
à la conduite d'eau, et qu'on secoue par un mouvement pendulaire,
de façon à lancer les gouttes liquides chacune dans une autre
direction. Or, au lieu de voir des rayons lumineux continus, un
pour chaque gouttelette, on voit des à interruptions d'autant
plus longues que la vitesse des gouttelettes est plus grande. On
traduit ainsi dans l'espace ce qui en réalité existe dans le temps.
Le nombre de ces interruptions, ou de ces multiplications tétani
santes d'une impression momentanée, varie, selon diverses circon
stances, de 50-100 à la seconde. Elle sont donc beaucoup plus nom
breuses que celles admises par Hess notamment.
L'auteur établit ensuite que pendant chaque courte luminosité
propre à la rétine, la membrane serait insensible à la lumière
objective. — De plus, ces luminosités propres, tétanisantes, de la
rétine, augmentent et diminuent suivant une périodicité plus ou
moins rapide.
Moyennant ces hypothèses, Klein explique une foule de particu
larités visuelles, dont les unes s'observent sous l'influence de la
lumière extérieure, les autres en l'absence de cette lumière
(phosphènes), et qui jusqu'ici avaient été plus ou moins rétives à
toute compréhension.
Angier et Trendelenburg (4) s'occupent des quantités des cou
leurs complémentaires qu'il faut mélanger pour obtenir du blanc.
Les résultats furent sensiblement les mêmes pour deux sujets (les
deux auteurs), sauf une petite différence imputable probablement à
une inégale intensité de la pigmentation de la Macula. 366 REVUES GÉNÉRALES
II se confirme que pour des daltoniens ces quantités sont les mêmes
que pour les normaux. .".<••.
Intensités lumineuses dans diverses circonstances, etc. — Supposons
un disque éclairé qui apparaisse au regard périodiquement pour
un temps très court, et cela d'emblée dans toute son étendue. On»
accélère la rapidité du rythme au point que le papillotement ait
disparu, et que la sensation soit juste devenue constante. Cette
sensation est plus intense que celle conforme à la loi de Talbot-
Plateau, établie dans des circonstances où la surface lumineuse
apparaît progressivement et disparaît de même. Mais la teinte
est-elle aussi claire que lorsque le disque n'apparaît qu'une fois,
pendant ce temps très court? Des personnes mises en expérience
par II. -J. Watt (42), trois la virent moins claire que la surface
n'apparaissant qu'une fois, et une la vit aussi claire. Martiùs, devanc
ier de Watt dans cette question, avait trouvé que toujours il y
aurait égalité entre les deux teintes.
Minimum de lumière perceptible. Adaptation. — Depuis les expé
riences d'A. Charpentier, notamment, il est admis qu'avec une
intensité très faible et croissante, toute couleur, même spectrale,
commence par être vue grise, et que la couleur n'apparaît que
pour une intensité plus forte.
G.-J. de Burch (7) prétend que si son œil est parfaitement reposé,
toute couleur est d'emblée perçue comme couleur et distinguée des suffisamment' auti-es. Ce n'est que lorsque l'œil n'est pas reposé
que les couleurs apparaissent d'abord grisâtres. La perception du
gris à la limite inférieure de l'intensité serait due à ce que des images
accidentelles, résultant d'impressions antérieures, coexistent encore-
avec l'impression actuelle.
Suivant Grijns et Noyons (15), avec de très faibles lumières, le
temps pendant lequel elles agissent a une importance prépondé
rante sur l'intensité de la sensation. La courbe représentative des
variations de l'effet sensoriel avec des quantités croissantes de
lumières (très faibles) montre un optimum très accusé, à partir
duquel la sensibilité diminue très rapidement. Ces faits ne sont pas
conciliables avec la loi de Fechner, qui n'admet pas d'optimum de
ce genre.
Nous savons que sur la périphérie rétinienne toutes les longueurs
d'ondes visibles sont blanches, ne se distinguent que comme clartés.
Nous savons aussi que, pour l'œil normal (et dans le centre rétinien),
non obscure, le maximum de clarté spectrale est dans le jaune
orangé, alors que dans l'œil obscure il est dans le vert. Au point
de vue de la théorie rétinienne de Parinaud-Kries, on devait se
demander ce qu'il en était de ces clartés relatives sur la périphérie
rétinienne (où les bâtonnets prédominent absolument) et chez les
daltoniens (où l'appareil chromatique, les cônes, parait être en
défaut). R. Angier (3) confirme V. Kries, d'après lequel ces clartés
relatives, sur la périphérie rétinienne, diffèrent de celles du centre
rétinien de l'œil obscure, et qu'elles varient avec l'état d'adapta
tion, ce qui s'explique si on admet que la périphérie rétinienne — SENSATIONS 367 NÜEL.
renferme et des cônes et des bâtonnets. De plus, les clartés rela
tives du centre d'une rétine obscurée sont les mêmes, que ce soit
un œil normal ou un œil dyschromatope.
D'après Gésa Révész (32) la marche de l'adaptation et sa valeur
absolue ne sont pas influencées par une excitation lumineuse inter
currente de l'autre œil.
Piper (29) étudia la marche de l'adaptation à l'obscurité. En pre
nant comme point de départ l'œil non obscure, la sensibilité aux
clartés augmente (dans l'obscurité), d'abord lentement (pendant
10-12 minutés), puis rapidement, puis elle demeure constante.
La courbe représentative du phénomène se rapproche de celle
donnée par A. Charpentier plus que de celle donnée par Aubert.
Dyschromatopsie . — Un machiniste de locomotives réussit bien à
l'épreuve moyennant les laines de Holmgren, mais se montra per
plexe devant le tableau de Stilling. Après l'avoir examiné à l'aide
des méthodes les plus diverses, W. Nagel (26) conclut qu'il y avait
une certaine diminution de la chromatopsie, due à ce que la fovea
était dichromatique, et la région circumfovéale trichromatique.
Il nous semble que dans ce cas, la chromatopsie rappelle assez bien
celle de l'état connu sous le nom de scotome central, sauf que, dans
l'observation de Nagel, l'acuité visuelle était normale.
H. Piper (29) décrit l'anomalie suivante du sens chromatique.
L'œil droit était achromatope ou à peu près : le centre rétinien et
les parties paracentrales aveugles pour le violet et très obtuses
pour le rouge et le vert. Cependant, les clartés relatives des cou
leurs spectrales dans le centre rétinien étaient celles de l'œil
normal : l'appareil des cônes y était donc conservé, mais il était
achromatope. Sur la périphérie rétinienne, les cônes (achromatopes-
comme dans l'œil normal) fonctionnaient également, car les
« clartés périphériques » des couleurs spectrales étaient celles de
l'œil normal. D'autre part, l'appareil des bâtonnets fonctionnait
normalement, attendu que l'adaptation se produisait comme dans
l'œil normal. Quant à l'œil gauche, il était dichromatope ; mais la
sensibilité était diminuée pour les courtes et les longues vibrations.
Contraste. — II est bien connu que si on opère avec des couleurs
peu saturées, placées sur fond d'une clarté à peu près égale à celle
des couleurs, les phénomènes de contraste sont plus apparents que
lorsqu'on opère avec des couleurs saturées. Pour expliquer ce para
doxe, Helmholtz invoque un faux jugement, tandis que Hering le
met sur le compte d'un processus physiologique.
Lorsqu'on évalue grosso modo le contraste, dit Köhler (21), c'est la
relativité des teintes que nous évaluons. Dans le voisinage d'une
couleur peu saturée, la couleur induite paraît fort colorée, relat
ivement à la couleur inductrice; elle peu colorée dans le
voisinage d'une couleur saturée. En réalité, d'après K., l'inverse
serait vrai : la induite dans le voisinage d'une couleur
peu saturée serait plus faible que celle induite dans le voisinage 368 REVUES GÉNÉRALES
d'une couleur saturée. — Dans ses conclusions, l'auteur prétend
invoquer et un élément psychologique et un élément physiolo
gique. Il nous semble qu'à tout prendre, il s'est placé résolument
et tout à fait sur le terrain psychologique.
L'influence exercée sur une sensation lumineuse par une excita
tion coexistante de la même rétine a été étudiée sous ses faces les
plus diverses sous la rubrique « contraste simultané ». Moins bien
étudié est le contraste exercé par un œil sur l'autre. D'une part, un
objet vu binoculairement paraît généralement plus clair que s'il est
vu monoculairement. D'autre part, on a le « paradoxe de Fechner »,
qui consiste en ce que, si on regarde binoculairement un objet
blanc, et si on vient à obscurcir un œil moyennant un verre obscur,
l'objet paraît plus sombre que si on obscurcissait tout à fait cet
œil. Dans le premier cas, l'impression sur le second œil renforce la
sensation du premier, dans le second, c'est l'inverse qui se produit.
Feilchenfeld et Loeser(ll), en essayant de pénétrer l'énigme, éta
blissent ce qui suit. — En général, deux impressions binoculaires
se contrarient réciproquement. Les auteurs ont plus spécialement
étudié le cas où les deux impressions existent sur des endroits
rétiniens correspondants. Si les deux impressions sont d'intensités
égales, elles se contrarient également l'une l'autre. Si elles sont
inégales, la plus forte contrarie la faible plus que celle-ci ne con
trarie la première.
Mais l'intensité d'une impression ne résulte pas uniquement de
l'intensité lumineuse; elle dépend aussi du contraste existant éven
tuellement entre cette intensité et le fond (contraste simultané
monoculaire). De sorte, que grâce au contraste, une intensité lumi
neuse moindre peut contrarier une forte (plus que celle-ci ne con
trarie la première). — En cas d'obscuration préalable des deux
rétines, deux excitations correspondantes ne se contrarient pas.
Sensations visuelles de mouvements. — A. v. Szily (38) montre que
l'historique de la vision des mouvements est généralement peu
connu. Il s'occupe des circonstances où, suivant Mach, on pourrait
parler de « sensations de mouvement ». L'on sait que la perception
visuelle des. mouvements peut provoquer comme une image acci
dentelle et comme un contraste simultané du mouvement. Des phé
nomènes de ce genre s'observent avec la spirale de Plateau, et en
général lorsqu'on a regardé longtemps un mouvement : du moment
qu'il cesse, on en voit un en un sens opposé (image négative). Le
phénomène se produit lorsque après avoir regardé le mouvement,
on porte le regard sur des objets réels, et aussi dans le champ
visuel obscur. Il est borné à la partie du champ visuel où se trou
vait tout à l'heure le mouvement. De plus, il s'observe plus facil
ement sur la périphérie de la rétine que dans son centre. Il arrive
alors que dans le centre, il paraisse de même sens que le mouve
ment primitif, par une espèce de contraste.
Des impressions monoculaires de mouvements produisent l'image
accidentelle sur cet œil, très faiblement sur l'autre.
Au cas où deux impressions de mouvement opposé existent dans — SENSATIONS 369 NÜEL.
les deux yeux, les images accidentelles se contrarient, on ne les
voit pas; mais on les voit dès qu'on ferme un œil.
L'auteur développe comme quoi il ne s'agit pas là de t faux juge
ments », mais d'excitations nerveuses réelles. L'explication est phy
siologique, non psychologique.
Peut-on distinguer les impressions visuelles d'un œil de celles de son
congénère? — Bruckner et v. Brücke (6) ont répété les expériences
de Bourdon {Année psychol., 1903, p. 41) sur la distinction des
impressions visuelles des deux yeux; ils les confirment dans leurs
résultats, mais diffèrent de Bourdon quant à l'interprétation des
faits. La distinction, dans les circonstances indiquées, ne s'opére
rait pas moyennant un signe local spécifique, ou moyennant un
élément sensoriel immédiat. Dans les cas où cette distinction est
possible, elle se fait moyennant des éléments visuels très acces
soires, qui d'ailleurs ne jouent aucun rôle dans la vision binoculaire.
Effets pupillo-moteurs des différentes couleurs. — Sachs, puis Abels-
dorff trouvèrent que des lumières colorées diversement, mais d'in
tensités égales (ou à peu près) comme clarté, ont même effet pupillo-
moteur (rétrécissement réflexe de la pupille). — Basier (5) établit
d'abord que si, en passant d'une couleur à une autre, il y a pupillo-
constriction, le passage de la seconde à la première peut ne pas
produire une pupillo-dilatation.
Le problème posé n'est donc pas des plus simples. Cependant,
l'auteur croit pouvoir admettre que le rouge a un effet pupillo-
moteur plus fort que les autres couleurs. — II est d'ailleurs difficile,
sinon impossible, d'égaliser les intensités lumineuses de diverses
couleurs. Dans certaines expériences, le passage à une couleur plus
sombre (du rouge au vert ou au bleu) produisit une pupillo-con-
striction, ce qui est contraire aux résultats obtenus par Sachs et
Abelsdorf. — La fatigue rétinienne et le contraste successif jouent
dans ces expériences un rôle important, mais incomplètement élu
cidé.
Les pigeons voyageurs sont guidés par la vue. — G. H. Schneider (34)
n'admet pas qu'il y ait un sens spécial dirigeant les pigeons voya
geurs. Mais contre P. Bonnier, il conteste qu'ils soient, guidés, au
retour, par les sensations des canaux semi-circulaires. C'est la vue
qui les guide. D'abord, un pigeon jeune, non expérimenté, ne
retrouve pas son home, même s'il est lâché à quelques centaines
de mètres. En général, lâché alors qu'il n'a pas acquis l'expérience
suffisante, il s'égare et est attiré par les apparences visuelles ana
logues à celles de son home. Il va d'abord vers les maisons, même
dans la mauvaise direction.
S'il a été élevé dans la vallée, il suit la vallée ; élevé sur la hauteur,
il gagne d'abord la hauteur. Un pigeon né dans une contrée indust
rielle se rendit d'abord vers des cheminées fumantes dans le loin
tain. — Ce sont donc bien les photo-réceptions qui guident les
pigeons voyageurs, absolument comme les abeilles (voir J. P. Nuel,
La Vision, p. 89).
l'année psychologique, xii. 24

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