Rôle de la cadence de présentation des mots sur l'importance du biais contextuel en écoute dichotique - article ; n°2 ; vol.90, pg 195-211

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L'année psychologique - Année 1990 - Volume 90 - Numéro 2 - Pages 195-211
Summary : Effect of word presentation rate on the importance of contextual bias in dichotic listening.
Six lists of five pairs of words were dichotically presented to ninety subjects. Their task was to shadow right-ear words (Attended) and to ignore left-ear words (Distractors). Immediately after shadowing, subjects had to write the words they remembered.
The last word of the attended list was an ambiguous homophone word (Target). The distractors had the following relations with the ambiguous word : first, no relation (Context 0), second, the last two distractors were semantically related with one of the possible interpretations of the ambiguous target word (Context 2), and third, the four last distractors had the same relation with the target homophone as in context 2 (Context 4). The dependent variable was the number of times the ambiguous recalled word was written according to the interpretation induced by the ignored context. The word presentation rate was varied : slow (one word per second) or fast (One and half words per second).
In the context 0 condition, results show no difference in attended written recall between the two presentation rates. In the indueed context conditions the mean attended written recall is higher at the fast presentation rate than at the slow one. The percentage of attended written recall increases with the quantity of context induced, and this effect is more pronounced at the fast rate than at the slow one.
We conclude that with the fast word presentation rate the context indueed by ignored distractors behaves in the same manner as the context induced by attended words (Underwood, 1976), i.e. a quantitative sommation effect of automatic activation of word representation can be observed. The hypo-thesis of an all or nothing model of functioning of automatic activation can no longer be retained, and no longer constitutes a valid criteria for identifying automatic lexical activation.
Key words : dichotic listening, automatism, semantic context.
Résumé
90 sujets adultes ont entendu 6 listes de 5 paires de mots qui leur parvenaient en écoute dichotique. Ils devaient répéter à haute voix les mots écoutés à l'oreille droite (liste attendue) et ignorer les mots parvenant à l'oreille gauche (distracteurs). Le dernier mot de la liste attendue était un homophone. Le sujet devait rappeler, par écrit, à la fin d'une liste, les mots dont il se souvenait. Durant l'écoute dichotique, la liste des mots distracteurs peut n'avoir aucun rapport sémantique avec l'homophone (contexte 0), soit induire un contexte faible — les deux distracteurs précédant l'homophone induisent une interprétation particulière de celui-ci —, soit induire un contexte fort — les quatre distracteurs précédant l'homophone induisent une interprétation particulière. La variable dépendante est constituée par le nombre de fois où le rappel écrit de l'homophone correspond à l'interprétation induite par le contexte (inattendu). La cadence de présentation des listes est soit lente (1 motjseconde), soit rapide (1,5 mot/seconde).
On observe que, en l'absence de contexte induit, la fréquence des graphies attendues ne diffère pas selon les cadences. Le nombre de graphies correspondant au contexte est plus élevé pour la cadence rapide que pour la cadence lente. On observe enfin que plus le contexte inattendu est important plus les graphies correspondant au contexte induit croissent. Ce résultat est plus marqué pour la cadence rapide que pour la cadence lente.
L'hypothèse suivante est avancée : si la cadence de présentation est rapide et permet le recouvrement temporel des activations sémantiques automatiques des distracteurs, les effets induits par cette procédure sont analogues aux effets déjà connus d'installation d'un contexte à l'oreille attentive (sommation des activations).
Mots clés : écoute dichotique, automatisme, contexte sémantique.
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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J.-F. Camus
Rôle de la cadence de présentation des mots sur l'importance
du biais contextuel en écoute dichotique
In: L'année psychologique. 1990 vol. 90, n°2. pp. 195-211.
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Camus J.-F. Rôle de la cadence de présentation des mots sur l'importance du biais contextuel en écoute dichotique. In: L'année
psychologique. 1990 vol. 90, n°2. pp. 195-211.
doi : 10.3406/psy.1990.29395
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1990_num_90_2_29395Abstract
Summary : Effect of word presentation rate on the importance of contextual bias in dichotic listening.
Six lists of five pairs of words were dichotically presented to ninety subjects. Their task was to shadow
right-ear words (Attended) and to ignore left-ear words (Distractors). Immediately after shadowing,
subjects had to write the words they remembered.
The last word of the attended list was an ambiguous homophone word (Target). The distractors had the
following relations with the ambiguous word : first, no relation (Context 0), second, the last two
distractors were semantically related with one of the possible interpretations of the ambiguous target
word (Context 2), and third, the four last distractors had the same relation with the target homophone as
in context 2 (Context 4). The dependent variable was the number of times the ambiguous recalled word
was written according to the interpretation induced by the ignored context. The word presentation rate
was varied : slow (one word per second) or fast (One and half words per second).
In the context 0 condition, results show no difference in attended written recall between the two
presentation rates. In the indueed context conditions the mean written recall is higher at the
fast presentation rate than at the slow one. The percentage of attended written recall increases with the
quantity of context induced, and this effect is more pronounced at the fast rate than at the slow one.
We conclude that with the fast word presentation rate the context indueed by ignored distractors
behaves in the same manner as the context induced by attended words (Underwood, 1976), i.e. a
quantitative sommation effect of automatic activation of word representation can be observed. The
hypo-thesis of an all or nothing model of functioning of automatic activation can no longer be retained,
and no longer constitutes a valid criteria for identifying lexical activation.
Key words : dichotic listening, automatism, semantic context.
Résumé
90 sujets adultes ont entendu 6 listes de 5 paires de mots qui leur parvenaient en écoute dichotique. Ils
devaient répéter à haute voix les mots écoutés à l'oreille droite (liste attendue) et ignorer les mots
parvenant à l'oreille gauche (distracteurs). Le dernier mot de la liste attendue était un homophone. Le
sujet devait rappeler, par écrit, à la fin d'une liste, les mots dont il se souvenait. Durant l'écoute
dichotique, la liste des mots distracteurs peut n'avoir aucun rapport sémantique avec l'homophone
(contexte 0), soit induire un contexte faible — les deux distracteurs précédant l'homophone induisent
une interprétation particulière de celui-ci —, soit induire un contexte fort — les quatre distracteurs
précédant l'homophone induisent une interprétation particulière. La variable dépendante est constituée
par le nombre de fois où le rappel écrit de l'homophone correspond à l'interprétation induite par le
contexte (inattendu). La cadence de présentation des listes est soit lente (1 motjseconde), soit rapide
(1,5 mot/seconde).
On observe que, en l'absence de contexte induit, la fréquence des graphies attendues ne diffère pas
selon les cadences. Le nombre de graphies correspondant au contexte est plus élevé pour la cadence
rapide que pour la cadence lente. On observe enfin que plus le inattendu est important plus les
graphies correspondant au contexte induit croissent. Ce résultat est plus marqué pour la cadence
rapide que pour la cadence lente.
L'hypothèse suivante est avancée : si la cadence de présentation est rapide et permet le recouvrement
temporel des activations sémantiques automatiques des distracteurs, les effets induits par cette
procédure sont analogues aux effets déjà connus d'installation d'un contexte à l'oreille attentive
(sommation des activations).
Mots clés : écoute dichotique, automatisme, contexte sémantique.L'Année Psychologique, 1990, 90, 195-211
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université René-Descarles
CNRS, EPHE, EHESS1
RÔLE DE LA CADENCE
DE PRÉSENTATION DES MOTS
SUR L'IMPORTANCE DU BIAIS CONTEXTUEL
EN ÉCOUTE DICHOTIQUE
par Jean-François Camus
SUMMARY : Effect of word presentation rate on the importance of
contextual bias in dichotic listening.
Six lists of five pairs of words were dichotically presented to ninety
subjects. Their task was to shadow right-ear words (Attended) and to ignore
left-ear words (Distractors). Immediately after shadowing, subjects had to
write the they remembered.
The last word of the attended list was an ambiguous homophone word
(Target). The distractors had the following relations with the ambiguous
word : first, no relation (Context 0), second, the last two distractors were
semantically related with one of the possible interpretations of the
target word (Context 2), and third, the four last distractors had the same
relation with the target homophone as in context 2 (Context 4). The depen
dent variable was the number of times the ambiguous recalled word was
written according to the interpretation induced by the ignored context. The
word presentation rate was varied : slow (one word per second) or fast
(One and half words per second).
In the context 0 condition, results show no difference in attended
written recall between the two presentation rates. In the induced context
conditions the mean attended written recall is higher at the fast presentation
rate than at the slow one. The percentage of attended written recall increases
with the quantity of context induced, and this effect is more pronounced
at the fast rate than at the slow one.
We conclude that with the fast word presentation rate the context induced
by ignored distractors behaves in the same manner as the
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris. 196 Jean-François Camus
by attended words (Underwood, 1976), i.e. a quantitative sommation effect
of automatic activation of word representation can be observed. The hypot
hesis of an all or nothing model of functioning of automatic activation can
no longer be retained, and no longer constitutes a valid criteria for identifying
automatic lexical activation.
Key words : dichotic listening, automatism, semantic context.
ACTIVATION SÉMANTIQUE AUTOMATIQUE ET CONTRÔLÉE
L'objectif de cette recherche est d'étudier l'effet de la cadence
de présentation dichotique d'une liste de paires de mots sur
l'importance de l'effet du biais contextuel.
Le biais contextuel s'observe de la manière suivante : la
présentation d'un contexte sémantique suivie par la présentation
d'un mot qui lui est associé diminue le temps de lecture de ce
mot (TR verbal : Underwood, 1976, 1977, 1980 ; Brown et Bloch,
1980 ; West et Stanovich, 1988) et le temps de décision lexicale
(Marcel, 1980 a et ft, 1983 a et b ; Fowler, Wolford, Slade et
Tassinary, 1981).
Ce biais contextuel est généralement interprété en termes
d'activation du réseau sémantique déclenché par la première
présentation d'items inducteurs de contexte (mots ou phrases).
Ce réseau est encore actif lors de la présentation du mot cible ou
test (appartenant ou n'appartenant pas à ce contexte).
Deux formes d'activation sont reconnues. La première est
une forme automatique et la seconde une forme contrôlée
(Posner et Snyder, 1975 ; Neely, 1977). La première forme
s'observe lorsque le sujet n'est pas en mesure de prendre
conscience du contexte présenté. Par effet de masquage, super
position d'un masque visuel, quelques millisecondes après la
présentation du mot inducteur de contexte (dans les recherches
de Marcel notamment) ou par recours à la situation d'écoute
dichotique (ou le contexte est présenté à l'oreille inattentive
(Underwood, 1976, 1977 ; Govier et Pitts, 1982) on s'assure que le
sujet (épreuve de rappel ou de reconnaissance) n'a pas pris
conscience du contexte inducteur. Cette activation automatique
a comme propriété la rapidité de sa mise en action, la durée
brève de son activité, et l'absence d'effet inhibiteur sur les
autres réseaux sémantiques n'appartenant pas au contexte
activé (Neely, 1977 ; Posner et Snyder, 1975). Ecoute dichotique 197
La forme d' activation contrôlée présente des propriétés diffé
rentes : la commande en est volontaire, sa mise en œuvre est
lente, sa durée est plus longue, et elle inhibe activement les
autres réseaux sémantiques qui n'appartiennent pas au réseau
activé (Neely, 1977 ; Posner et Snyder, 1975).
Underwood (1976, 1977) propose, de plus, de distinguer les
deux formes d'activation par le caractère additif ou non de leurs
effets. En utilisant la situation d'écoute dichotique, il présente
simultanément deux listes de paires de mots. Le sujet doit
répéter au fur et à mesure qu'il les entend les mots lui parvenant
à une oreille, par exemple l'oreille droite, et ignorer ceux qui
parviennent à l'autre oreille. L'attention du sujet est donc
dirigée vers l'oreille droite (qui sera réputée attentive : OA), et
détournée de gauche (qui sera inattentive : 01).
Underwood (1977) utilise la procédure suivante : le mot test
peut être précédé d'une phrase qui contient plusieurs mots
(de 1 à 3) induisant un contexte. Le contexte peut être présenté
à. l'oreille attentive comme à l'oreille inattentive. Il observe
que lorsque le contexte est induit à l'oreille attentive la facilita
tion se traduit par un temps de réaction verbale qui diminue
selon l'importance du contexte induit, et que lorsque le contexte
est induit à l'oreille inattentive une facilitation de 100 ms est
observée quelle que soit l'importance du contexte (1, 2 ou 3 mots
précédents).
Il estime que les attentes cognitives du contexte, induites à
l'oreille attentive deviennent de plus en plus fortes en fonction
du nombre de mots appartenant à ce contexte et déjà présentés.
Par contre l'activation du contexte induit automatiquement à
partir des mots parvenant à l'oreille inattentive fonctionne en
tout ou rien. Il n'y a pas d'effet de sommation.
On peut néanmoins faire une hypothèse différente. L'absence
d'effet quantitatif du contexte induit à l'oreille inattentive serait
due à la cadence de présentation des paires de mots utilisée par
Underwood. Le protocole ne contient qu'une cadence de présen
tation des mots qui correspond à « un rythme normal de parole
chez un locuteur adulte ». Outre que cette précision méthodolog
ique n'est guère éclairante sur le contrôle de cette variable dans
ce type de protocole, on sait par ailleurs l'importance de la
variable cadence de présentation sur la qualité des performances
observées en écoute dichotique.
Dans une épreuve de reconnaissance de mots entendus 198 Jean-François Camus
auparavant, Kahneman (1975) observe que les sujets reconnais
sent plus de mots dans la liste présentée à 01 lorsque celle-ci
parvient au sujet à la cadence de 2 mots/seconde qu'à la cadence
de 0,5 mot/seconde (32 versus 29). Par ailleurs, à l'oreille atten
tive, la performance se détériore lorsqu'on augmente la cadence
de présentation des items en écoute dichotique (Treisman, 1971 ;
Guzy et Axelrod, 1972 ; Kahneman, 1975).
Si l'on considère les estimations fournies par Neely (1977),
la durée de vie moyenne de l'activation automatique se situerait
entre 250 et 500 ms, une cadence de présentation « normale »
(autour de 1 mot/seconde) ne permet peut-être pas d'observer
une éventuelle sommation de ce type d'activation.
On peut donc faire l'hypothèse suivante : l'absence d'effet
quantitatif du contexte induit à l'oreille inattentive observée par
Underwood provient du fait qu'en recourant à une cadence que
nous appelons « lente » (1 mot/seconde) l'activation du contexte
induit par un mot présenté à l'oreille inattentive est déjà éteinte
lorsque le mot suivant est délivré. Par contre, cet effet quantit
atif du contexte induit à l'oreille devrait pouvoir
s'observer en utilisant une cadence rapide de présentation
(1,5 mot/seconde).
Le biais contextuel peut être mesuré de manière différente.
Il peut être mesuré par un temps de réaction verbale (identif
ication de mot ou décision lexicale) et s'apparente en cela aux
mesures obtenues par les techniques de l'effet d'amorce (pr
iming). Il peut aussi porter de manière plus qualitative sur la
nature de la réponse. Le mot test, ou cible, est un mot ambigu,
polysémique. Le contexte concerne une interprétation possible
du mot. On différencie les réponses qui appartiennent au contexte
de celles qui n'y appartiennent pas. La mesure est exprimée en
pourcentage du nombre de réponses observées dans la situation
où le contexte est induit sur le nombre de réponses identiques
lorsque le contexte n'est pas induit. Les sont soit des
paraphrases du mot test (Lackner et Garrett, 1972), soit la
production d'associations libres (Henley, 1976), soit enfin des
reconnaissances (Mac Kay, 1973). On reproche parfois à ces
mesures qualitatives de n'être qu'indirectes, dans la mesure où
d'autres facteurs susceptibles d'intervenir au niveau de la pro
duction de la réponse elle-même, peuvent modifier les effets
propres liés à la manière dont le système cognitif utilise le
contexte pour lever l'ambiguïté du mot attendu (i.e. recours à Ecoute dichotique 199
des critères de choix différents et des réévaluations nouvelles
portant sur du matériel encode).
Nous utilisons une technique de rappel écrit de mots dont
l'ambiguïté est déterminée par leur caractère d'homophonie. La
graphie utilisée par le sujet à l'issue immédiate de l'écoute nous
renseigne directement sur la signification que le sujet a retenue,
réduisant ainsi la part des facteurs supplémentaires susceptibles
d'intervenir sur la détermination de la réponse. Nous souhaitons,
à l'occasion de cette expérience, valider cette technique originale.
EXPÉRIENCE
PROCEDURE EXPERIMENTALE ET SUJETS
90 sujets ont passé l'expérience. Celle-ci consistait à écouter 6 listes
de paires de mots. Chaque liste comportait 5 paires de mots. Chaque
membre d'une paire de mots était envoyé l'un à l'oreille droite et l'autre
à l'oreille gauche. Durant l'écoute de la liste le sujet devait répéter
à haute voix les mots parvenant à l'oreille droite (OA) et ignorer les
mots parvenant à l'oreille gauche (01). A l'issue de l'écoute le sujet
est invité à écrire la liste de tous les mots dont il se souvient.
Le dernier mot entendu à l'oreille attentive est un mot ambigu
(homophone), le contexte est toujours présenté à l'oreille inattentive.
Le choix du dernier rang de la liste pour y placer l'homophone est
justifié par l'effet de récence permettant de faciliter le rappel de cet item.
MATÉRIEL ET MÉTHODE
Les homophones (/ver/sein/coii/sau/vin/col/) ont été retenus lors
d'un sondage sur douze personnes, qui nous a permis de déterminer la
fréquence la plus faible des diverses graphies correspondant au rappel
de ces mots entendus hors contexte.
Entendu Ecrit
/ver/ vert (25 %) ; verre (50 %) ; vers (25 %) %)'
/SEIN/ SEIN (50 SAINT (50 %) ;
/COR/ COR (0 %) ; CORPS (100 %)
/sau/ saut (22 %) ; seau (44 %) ; sceau (11 %) ; sot (22 %)
/col/ col (0 %) ; colle (100 %)
/VIN/ VINGT (20 %) ; VIN (80 %) Jean-François Camus 200
Le contexte que nous avons choisi pour lever l'ambiguïté du mot
entendu correspondait à la graphie issue des interprétations les moins
fréquentes : vert, sein, cor, saut, vingt et col, afin d'éviter par le
choix d'une autre graphie un éventuel effet plafond.
Le contexte était induit par les mots présentés à l'oreille inattentive.
Le nombre de mots inducteurs était de 0 (pas de contexte), de 2 ou de 4.
Les mots inducteurs étaient présentés en rang 4 et 5, lorsque le contexte
est de deux mots et en rang 2, 3, 4 et 5 lorsque le contexte est de 4 mots.
Lorsqu'il n'y a pas de contexte, aucun des mots présentés à 01 ne possède
de relation sémantique avec le mot test (homophonie ambiguë) toujours
présenté en rang 5 à l'oreille attentive. Par exemple, le mot test vert en situation de contexte 4 apparaît de la manière suivante :
OA (gauche) OA (droite)
X X Rang 1
COULEUR X 2
ROUGE X Rang 3
BLEU X 4
PLANTE VERT Rang 5
X correspond à un mot non relié sémantiquement au mot test ou
au contexte. Un mot X est retenu à partir du moment où il repose sur
l'accord unanime de trois juges. Aucun effet de contexte n'est présenté
à l'oreille attentive. On remarque que certains mots sont dissyllabiques
et d'autres monosyllabiques. Afin d'éviter une présentation dichotique
partielle pouvant donner lieu à des commutations d'attention vers un
item inattendu mais plus long, on a, à l'enregistrement, légèrement
accéléré les mots dissyllabiques et ralenti les mots monosyllabiques
afin d'égaliser, à l'écoute, les durées d'émissions de chaque item.
Les listes de mots sont enregistrées sur des bandes magnétiques
(cassettes audio). Chaque bande contient les 6 mots tests (2 avec
contexte 0, 2 avec contexte 2 et 2 avec contexte 4). Le contexte est
contrebalancé les mots tests, afin que, pour un sujet, le même mot
test n'apparaisse qu'avec le même type de contexte (0, 2 ou 4). Le plan
est donc en carré latin. Trois séries différentes de listes sont préparées.
Chaque série est entendue par un sujet différent.
Deux cadences de présentation sont utilisées : une cadence lente
correspondant à l'émission de 1 mot/seconde et une rapide à de 1,5 mot/seconde.
La technique utilisée pour synchroniser les mots d'une paire dans la
liste est celle du « métronome » (Camus, 1990) : l'enregistrement est
effectué au micro par un parleur qui se synchronise avec un battement
métronomique réglé à la cadence voulue. Les deux canaux correspondant
aux voies qui parviendront aux sujets par des oreilles différentes sont, Ecoute dichoiique 201
enregistrés successivement. Si une asynehronie est détectée à l'écoute,
l'enregistrement est recommencé. Si aucune différence n'est détectée à
l'oreille, la synchronisation est testée à l'oscilloscope. Toute différence
inférieure à la milliseconde est tolérée (le son met moins de 0,6 ms pour
franchir la distance séparant les deux oreilles).
CONDITIONS DE PASSATION
L'expérience a eu lieu durant les groupes de travaux dirigés de licence
de psychologie. Les sujets étaient munis d'un baladeur et d'une cassette. était surveillée par un autre étudiant qui suivait les items
entendus par le sujet à partir d'une liste dactylographiée des contenus
des bandes magnétiques. Les sujets se familiarisaient d'abord avec la
situation d'écoute dichotique en répétant en poursuite des textes enre
gistrés, à la fois dans des conditions normales de diction et dans des
conditions accélérées. Lorsque le sujet se sent prêt les bandes expéri
mentales sont écoutées. Le sujet dispose de 2 minutes entre chaque liste
pour écrire ses réponses.
PLAN D'EXPÉRIENCE
S30 <Se3 * V2> * C3
où Se3 correspond aux trois séries de 6 listes correspondant au contre-
balancement sur les mots tests et le contexte, V2 correspond aux deux
cadences de présentation, G3 correspond aux trois quantités de contexte
(0, 2 et 4).
Aucune différence n'apparaissant dans les niveaux du contrebalance-
ment, le plan d'analyse utilisé est :
S90 <V2> * C3.
La variable dépendante est constituée du nombre de fois où le sujet
rappelle un homophone en utilisant la graphie attendue. Comme un
sujet ne reçoit que deux homophones par niveau de contexte, les valeurs
que peut prendre cette variable sont 0, 1 ou 2 par sujet et par niveau
de contexte.
RÉSULTATS
a I Présentation
Les données brutes correspondant au nombre de graphies
par mot test et par sujet sont données dans le tableau I. Jean-François Camus 202
Tableau I. — Résultats bruts, par mois lest, par contexte
et par vitesse pour les 180 (90 x 2) sujets
Number of attended written recall of target words as a function
of words, quantity of context and rate of presentation
MOTS
SEIN SAUT VINGT COL VERT tif Vitesse texte COR
8 1 13 30 Lente 0 2 15 6
2 3 17 16 2 2 8 30
4 3 9 13 7 1 21 30
Rapide 0 4 11 7 1 3 10 30
2 10 11 12 2 3 12 30
11 21 30 4 3 12 16 4
Chaque ligne du tableau I correspond bien aux résultats de
30 sujets, mais en raison du plan expérimental en carré latin ce
ne sont pas les mêmes sujets qui se retrouvent dans chaque case
d'une même ligne.
Tableau IL — Nombre total de graphies et pourcentages,
correspondant au contexte, selon les niveaux du contexte et les
vitesses de présentation. Le pourcentage est calculé par rapport
aux 180 réponses possibles (30 sujets * 6 mots) par case
du tableau
Number and percentage of attended written recall of
target words as a function of the quantity of context and
rate of presentation
Vitesse
Contexte Lente Rapide
0 45 25 % 36 20 %
2 48 50 26,67 % 27,78 %
4 54 67 30 % 37,22 %

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