Rôle de la valeur affective et de la nature du texte dans la récupération du souvenir chez les personnes âgées - article ; n°1 ; vol.96, pg 85-112

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L'année psychologique - Année 1996 - Volume 96 - Numéro 1 - Pages 85-112
Summary : Aging and text memory : The effects of affective value and nature of the text.
Aging is accompanied generally by a deterioration of some cognitive functions, especially memory. In this article, we consider the influence of affective words and text connotation on the memory of deficient elderly people.
In a first study, we examined memory for affective and neutral word list. The affective connotation improved deficient subject's performances, but it had no influence on non-deficient subjects' performances.
In a second study, we examined memory for different types of texts : narrative or descriptive, affective or neutral. The narrative structure exerted a positive effect on deficient subjects' performances. They obtained comparable performances to those of non-deficient subjects. The affective connotation played a role for non-structured texts (descriptive) and had no influence on narrative texts.
These results seem to indicate that narrative structure and affective connotation play the role of indices in the recovery of information for deficient elderly people.
Key words : aging, text memory, affective value.
Résumé
Le vieillissement tend à s'accompagner d'une détérioration de certaines fonctions cognitives, en particulier de la mémoire. Nous avons considéré l'influence de la connotation affective du matériel d'apprentissage (mots et textes) sur le souvenir de personnes âgées déficitaires. Dans une première expérience, nous avons étudié la récupération (rappel libre, rappel indicé, reconnaissance) d'une liste de mots affectifs (produits par les sujets) et de mots neutres. La variable d'affectivité n'a pas le même effet sur les deux groupes : elle améliore les performances mnésiques des sujets déficitaires, mais n'a pas d'influence sur celles des sujets non déficitaires.
Dans une deuxième étude, nous nous sommes proposés d'analyser la récupération de textes de types différents : narratif ou descriptif, connotés affective-ment ou non. Cette expérience nous a permis de constater que la structure narrative exerce un effet important puisqu'elle permet aux sujets déficitaires d'avoir des performances proches de celles des sujets non déficitaires. La variable d'affectivité n'intervient que lorsque la structuration du matériel ne facilite pas la construction d'une représentation d'ensemble (texte descriptif, mots).
Comme la récupération d'une information consiste à la découvrir parmi plusieurs autres, la présence d'indices au moment de la restitution est nécessaire ; la structure narrative d'une part et la connotation affective d'autre part joueraient ce rôle d'indice.
Mots-clés : vieillissement, mémoire de texte, valeur affective.
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1996
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A. Syssau
D. Brouillet
Rôle de la valeur affective et de la nature du texte dans la
récupération du souvenir chez les personnes âgées
In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°1. pp. 85-112.
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Syssau A., Brouillet D. Rôle de la valeur affective et de la nature du texte dans la récupération du souvenir chez les personnes
âgées. In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°1. pp. 85-112.
doi : 10.3406/psy.1996.28879
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1996_num_96_1_28879Abstract
Summary : Aging and text memory : The effects of affective value and nature of the text.
Aging is accompanied generally by a deterioration of some cognitive functions, especially memory. In
this article, we consider the influence of affective words and text connotation on the memory of deficient
elderly people.
In a first study, we examined memory for affective and neutral word list. The affective connotation
improved deficient subject's performances, but it had no influence on non-deficient subjects'
performances.
In a second study, we examined memory for different types of texts : narrative or descriptive, affective or
neutral. The narrative structure exerted a positive effect on deficient subjects' performances. They
obtained comparable performances to those of non-deficient subjects. The affective connotation played
a role for non-structured texts (descriptive) and had no influence on narrative texts.
These results seem to indicate that narrative structure and affective connotation play the role of indices
in the recovery of information for deficient elderly people.
Key words : aging, text memory, affective value.
Résumé
Le vieillissement tend à s'accompagner d'une détérioration de certaines fonctions cognitives, en
particulier de la mémoire. Nous avons considéré l'influence de la connotation affective du matériel
d'apprentissage (mots et textes) sur le souvenir de personnes âgées déficitaires. Dans une première
expérience, nous avons étudié la récupération (rappel libre, rappel indicé, reconnaissance) d'une liste
de mots affectifs (produits par les sujets) et de mots neutres. La variable d'affectivité n'a pas le même
effet sur les deux groupes : elle améliore les performances mnésiques des sujets déficitaires, mais n'a
pas d'influence sur celles des sujets non déficitaires.
Dans une deuxième étude, nous nous sommes proposés d'analyser la récupération de textes de types
différents : narratif ou descriptif, connotés affective-ment ou non. Cette expérience nous a permis de
constater que la structure narrative exerce un effet important puisqu'elle permet aux sujets déficitaires
d'avoir des performances proches de celles des sujets non déficitaires. La variable d'affectivité
n'intervient que lorsque la structuration du matériel ne facilite pas la construction d'une représentation
d'ensemble (texte descriptif, mots).
Comme la récupération d'une information consiste à la découvrir parmi plusieurs autres, la présence
d'indices au moment de la restitution est nécessaire ; la structure narrative d'une part et la connotation
affective d'autre part joueraient ce rôle d'indice.
Mots-clés : vieillissement, mémoire de texte, valeur affective.L'Année psychologique, 1996, 96, 85-112
Laboratoire de Psychologie expérimentale et cognitive,
Université Paul- Valéry, Montpellier1
ROLE DE LA VALEUR AFFECTIVE
ET DE LA NATURE DU TEXTE
DANS LA RÉCUPÉRATION
DU SOUVENIR CHEZ LES PERSONNES ÂGÉES2
par Arielle SYSSAU et Denis BROUILLET3
SUMMARY : Aging and text memory: The effects of affective value and
nature of the text.
Aging is accompanied generally by a deterioration of some cognitive
functions, especially memory. In this article, we consider the influence of
affective words and text connotation on the memory of deficient elderly people.
In a first study, we examined memory for affective and neutral word list.
The affective connotation improved deficient subject's performances, but it had
no influence on non-deficient subjects' performances.
In a second study, we examined memory for different types of texts :
narrative or descriptive, affective or neutral. The narrative structure exerted a
positive effect on deficient subjects' performances. They obtained comparable
performances to those of non-deficient subjects. The affective connotation
played a role for non- structured texts (descriptive) and had no influence on
narrative texts.
These results seem to indicate that narrative structure and affective
connotation play the role of indices in the recovery of information for deficient
elderly people.
Key words : aging, text memory, affective value.
1 . BP 5043, route de Mende, 34032 Montpellier Cedex.
2. Les résultats de ce travail ont été présentés au Symposium internatio
nal « Universel et différentiel en psychologie », Association de psychologie
scientifique de langue française, Aix-en-Provence, septembre 1993.
3 . Nous remercions le Pr Marc Blancheteau pour sa précieuse contribution
à la rédaction de cet article. 86 Arielle Syssau et Denis Brouillet
Ces dernières années on a vu se développer un regain d'inté
rêt pour l'étude des déficits mnésiques liés à l'âge. Dans le cadre
de la psychologie cognitive, l'étude de ces déficits ne consiste pas
en une description des mécanismes neurophysiologiques respon
sables des troubles observés. Il s'agit plutôt d'étudier les effets
de l'âge sur le fonctionnement du système cognitif. Le déficit
mnésique y est étudié dans une double optique : d'une part,
valider les théories de la mémoire dans son fonctionnement nor
mal et, d'autre part, améliorer la connaissance des effets du
vieillissement sur le fonctionnement cognitif (Eysenck, 1990;
Hupet et Van Der Linden, 1994).
Le vieillissement tend à s'accompagner d'une détérioration
de certaines fonctions cognitives, en particulier de la mémoire.
Les personnes âgées présentent, entre autres choses, des troubles
de la mémoire sémantique (mémoire des concepts et des connais
sances générales). Plusieurs interprétations concernant l'origine
de ces troubles coexistent.
Des auteurs comme Hultsch (1971), Rabinowitz (1989) sou
tiennent que le déficit se situe à l'étape de l'acquisition du matér
iel à mémoriser. Bäckman (1986) suggère que les personnes
âgées auraient des capacités inférieures à celles des sujets jeunes
dans les opérations de « recodage » de l'information. Avec l'âge,
on verrait apparaître des difficultés à transformer l'information
soumise à l'apprentissage en une trace mnésique, élaborée et dis
tincte. Les stratégies de catégorisation et d'organisation seraient
déficitaires. Ces problèmes rencontrés lors de l'encodage pertur
beraient la récupération en rendant moins accessibles les info
rmations.
D'autres, comme Rankin et Collins (1986), montrent que,
dans certaines conditions, les sujets âgés sont capables d'effec
tuer un codage sémantique efficace. Tandis que Schonfield et
Robertson (1966), Rabinowitz (1984) montrent que les diff
érences de performances entre des sujets jeunes et âgés peuvent
s'atténuer, voire disparaître, quand les sujets sont soumis à un
test de reconnaissance plutôt qu'à un test de rappel. Le déficit
serait alors attribuable aux difficultés rencontrées par les
sujets âgés dans les opérations de récupération (Dywan et
Jacoby, 1990).
Hasher et Zacks (1988) précisent, pour leur part, que l'âge
affecte particulièrement les mécanismes attentionnels inhibi
teurs qui empêchent les informations non pertinentes d'interfé- Souvenir du texte chez les personnes âgées 87
rer avec les informations cibles. C'est ainsi que Van Der Linden
et Bruyer (1991) montrent que les sujets âgés sont plus sensibles
aux interférences que les sujets jeunes.
Enfin, ces déficits de la mémoire sémantique, quelle que soit
l'interprétation qui en est donnée (pertubation des étapes d'en
codage ou de récupération), peuvent être plus ou moins prononc
és selon les individus appartenant à une même tranche d'âge.
Plusieurs auteurs soulignent, en effet, l'augmentation de la
variabilité interindividuelle avec l'âge (Albert, Duffy et Naeser,
1987 ; Valdois et Joanette, 1991).
Pour que l'étude des effets du vieillissement soit féconde, il
faut également s'efforcer de décrire les capacités préservées des
personnes âgées. Même si la majorité des travaux réalisés dans
ce domaine portent sur la baisse des performances avec l'âge,
on ne peut réduire le vieillissement cognitif à une somme de
troubles inéluctables, plus ou moins prononcés. Dans certaines
conditions, l'âge peut aussi s'accompagner d'un maintien de
certaines composantes de l'activité cognitive. Bäckman, Män-
tylä et Herlitz (1990) montrent que des mots qui renvoient à
des événements de la vie des sujets âgés donnent lieu à des
performances de rappel et de reconnaissance équivalentes à
celles des sujets jeunes. Si Hultsch et Dixon (1983) mettent en
évidence des différences de performances de rappel entre sujets
jeunes et âgés lorsque les textes appris rapportent la biogra
phie de comiques peu connus ou inconnus des personnes âgées,
il n'en demeure pas moins que ces différences disparaissent
lorsque les textes sont des biographies de comiques connus des
sujets âgés.
L'objectif de ce travail sera donc de connaître les possibilités
préservées de récupération d'informations pour des personnes
âgées. Pour cela, nous aurons recours à un matériel verbal ayant
un contenu affectif.
Nous n'avons pas connaissance d'études systématiques de
l'influence de la connotation affective sur les performances mné-
siques des personnes âgées. Néanmoins, quelques observations
semblent indiquer une intervention de ce facteur chez les per
sonnes âgées (Bäckman, 1989).
Quoiqu'il en soit, plusieurs auteurs ont traité de cette ques
tion auprès d'une population adulte normale ou dépressive. Le
Ny (1979) souligne le rôle des valeurs affectives associées aux
signifiés dans la conservation et la récupération d'un matériel Arielle Syssau et Denis Brouillet 88
verbal. Dutta et Kanungo (1975) et Martins (1984) montrent
que plus la charge affective d'un matériel à mémoriser est éle
vée, meilleure est sa rétention. Denhière et Legros (1983) pré
cisent que la version d'un récit connote affectivement est
mieux rappelée que sa version neutre. Martins (1993) rapporte
les travaux de Packman et Battig (1978) qui constatent que
les performances de rappel et de reconnaissance de mots
connotes affectivement sont supérieures à celles de
neutres.
Selon ces auteurs, les mots connotes affectivement auraient
activé des souvenirs personnels qui constituent un bon contexte
d'intégration au moment de l'apprentissage. Bartlett et San-
trock (1979) attribuent à ce contexte affectif le rôle d'indice de
récupération.
Suite à ces travaux, nous pensons que la connotation affec
tive, en jouant le rôle d'indice de récupération, permettrait
d'améliorer les performances mnésiques d'une population de
personnes âgées ayant des troubles de la mémoire.
Dans une première expérience, nous considérerons l'influence
de la dimension affective sur la mémorisation de mots connotes
affectivement en comparaison avec des mots neutres.
Dans une seconde expérience, nous combinerons la charge
affective avec une autre dimension du matériel d'apprentissage
dont on suppose qu'elle peut aussi constituer une aide à la récu
pération : le type de texte. En effet, les différences de perfo
rmances de rappel de textes entre sujets jeunes et sujets âgés
varient quand on manipule des variables relatives à la comp
lexité et à l'organisation des récits soumis à l'apprentissage
(pour une revue de question, voir Hultsch et Dixon, 1984;
Zelinski et Gilewski, 1988 ; Meyer et Rice, 1989).
Dans ces études, nous avons regroupé les sujets âgés en fonc
tion de l'étendue de leur déficit mnésique. Nous avons donc
constitué deux groupes de sujets : un groupe de sujets défici
taires et un groupe de sujets non déficitaires. Les personnes
âgées déficitaires ne présentent pas de pathologie reconnue, mais
manifestent des troubles certains de l'orientation spatio-tempor
elle, du contrôle mental (baisse des capacités d'attention), de la
mémoire verbale (mots, textes, chiffres) et non verbale (mémoire
figurative). Souvenir du texte chez les personnes âgées — , 89
EXPERIENCE I
LES SUJETS
Les personnes âgées qui ont participé à cette expérience étaient au
nombre de 20, 16 femmes et 4 hommes d'un niveau scolaire équivalent (fin
de scolarité à 11 ans). Nous avons exclu les sujets ayant un passé psychia
trique ou actuellement suivis pour dépression, ou encore présentant des
lésions cérébrales. De même, nous avons écarté les personnes faisant l'objet
d'un traitement médicamenteux pouvant altérer ou stimuler leur activité
mnésique.
Du fait de la grande variabilité interindividuelle, l'étude des processus
mnésiques des sujets âgés est délicate ; nous avons donc utilisé plusieurs
tests pour évaluer leur déficit mnésique. Ces prétests nous ont permis,
d'une part, de différencier les sujets déficitaires des sujets non déficitaires
et, d'autre part, d'homogénéiser les groupes.
Les tests utilisés
— Le « Eysenck Personality Inventory» (EPI) fournit une estimation de
deux traits de personnalité : l'introversion-extraversion et le névrosisme.
Le «Mini Mental State» (MMS), de Folstein et Hugh (1975), permet
une évaluation rapide des fonctions cognitives et le dépistage des troubles
cognitifs dans la démence (Tzortzis et Boiler, 1991). Ses épreuves permett
ent de mesurer les performances à cinq types de tâches ainsi dénommées
par l'auteur : orientation spatio-temporelle, enregistrement et récupération
de données verbales, attention et calcul mental, langage, activités
motrices. Ce test se caractérise par un score maximum de 30 points : sont
considérées comme déficitaires les personnes qui obtiennent un score stri
ctement inférieur à 24.
Le «Weschler mémoire» est composé des sous-tests suivants : orienta
tion spatio-temporelle, contrôle mental, mémoire verbale (mots associés et
récits), mémoire des chiffres et activités motrices. Il mesure la rétention à
court terme et à long terme d'un matériel verbal et non verbal et permet
d'établir un quotient mnésique (QM).
Le « Global Deterioration Scale » (GDS), de Reisberg, décrit en 7 stades
d'évolution la maladie d' Alzheimer: 1/ Aucun déficit cognitif; 2 /Déficit
cognitif très léger ; 3 / Déclin cognitif léger ; 4 / Déficit prononcé ;
5 / Démence débutante ; 6 / Démence moyenne ; 7 / Démence avancée.
Caractéristiques de la population
Le tableau suivant présente les scores moyens obtenus par les sujets des
groupes déficitaires et non déficitaires aux tests présentés précédemment.
5031 J®<> <■-» •" 34. A
n- 90 Arielle Syssau et Denis Brouillet
TABLEAU I. — Caractéristiques de la population d'étude
Characteristics of the subjects
Sujets déficitai res Sujets non déficitaires
rence1
t = = 0 Age moyen mini : 80 ans 85,1 mini : 80 ans 85,55
a = 3,14 a = 4,08 maxi :91 ans maxi : 92 ans P- NS
t - = 9,25 mini : 19,50 mini : 24 26,80 MMS (score moyen) 17
a= 1,6 < .001 a = 1,74 maxi : 23 maxi : 29 P
t - = 6,12 Weschler mémoire mini : 59 74 mini : 87 100 a = 0,29 Difféa = 7,64 a 10,92 maxi :84 <.001 (score moyen) maxi: 119 P
t - = 3,58 mini : 1 2,2 mini: 1 1,1 GDS (score moyen)
a = 0,87 maxi : 4 maxi : 2 P
Extraversion
(médiane)2 12 9 NS
Névrosisme
10 13 NS (médiane)
(') Pour comparer les deux distributions nous avons d'abord vérifié la normalité des
distributions (test de Lilliefors) et effectué le test de Student (avec un ddl de 18).
(2) Le test de la médiane permet de conclure à l'absence de différence entre les deux
groupes.
LE MATÉRIEL
Nous avons utilisé deux catégories de mots : des mots « connotes affec-
tivement » (mots affectifs) et des mots « non connotes affectivement »
(mots neutres).
Les mots affectifs (cf. annexe I)
Certains auteurs utilisent en guise de matériel d'apprentissage des
mots produits par les sujets (Levinger et Clark, 1961) ; ils s'assurent ainsi
de la tonalité affective des informations. Nous avons donc demandé aux
sujets de cette étude de produire les mots affectifs par association verbale
libre continuée à partir du mot inducteur «émotion». Rapportés aux
tables de fréquence de Gougenheim, Michéa, Rivenc et Sauvageot (1956),
les mots ont une fréquence moyenne de 85,4 (+/— 5). Souvenir du texte chez les personnes âgées 91
Les mots neutres (cf. annexe II)
Nous avons construit cette série de mots en tenant compte de la fr
équence moyenne des mots « connotes affectivement » (85,4 ; +/— 5) et de
leur «neutralité affective» (nous avons retenu des mots qui n'appartien
nent pas au champ sémantique des mots affectifs produits par les sujets).
La liste d'apprentissage (cf. annexe III)
La liste est composée de deux catégories de mots :
— 14 mots neutres ;
— 14 affectifs. Cette catégorie se décompose en :
— 7 mots affectifs produits par le sujet ;
— 7 non produits par le sujet mais appartenant aux
productions de la population (nous avons choisi les 7 mots les plus
fréquemment produits par les autres sujets).
La distinction entre mots affectifs produits et non produits nous per
met de nous assurer que les résultats obtenus pour les mots affectifs ne
sont pas attribuables à un « effet production » : les mots produits sont plus
habituels, plus rapidement activés et donc plus facilement rappelés
(Charles et Tardieu, 1984). Les résultats montrent une absence d'effet pro
duction pour le groupe des sujets déficitaires (W = 10,5, p : NS, ddl = 7)1 et
pour les sujets non déficitaires (W = 7, p : NS, ddl = 8).
Ces 28 mots sont présentés aux sujets dans un ordre aléatoire.
LA PROCÉDURE
Chaque sujet, qu'il soit déficitaire ou non déficitaire, a été vu indiv
iduellement à deux reprises. La première entrevue nous a permis, d'une
part, de procéder à la passation des prétests cités précédemment et,
d'autre part, d'établir la liste des mots affectifs. Au cours de la deuxième
entrevue, environ trois semaines plus tard, nous avons recueilli les données
expérimentales relatives aux deux phases décrites ci-dessous.
L 'apprentissage
L'apprentissage de la liste mentionnée plus haut était de type «inci
dent ». Pour ce faire, nous avons donné la consigne suivante aux sujets :
« Pouvez- vous évaluer la valeur affective des mots que nous allons vous
lire ? Les mots seront lus un par un et vous devrez répondre "oui" pour
"non" pour neutre, ou "sans avis" quand vous n'arrivez pas à affectif, "touche" vous décider. Nous entendons par mot affectif un mot qui vous
et par neutre un mot qui vous laisse indifférent. » Les mots étaient lus à
1 . Le test de Wilcoxon sera noté W dans la suite du texte. 92 Ariette Syssau et Denis Brouillet
haute voix par l'expérimentateur à vitesse constante d'un mot toutes les
trois secondes.
Outre que cette tâche oriente l'attention des sujets sur autre chose
qu'une épreuve de mémoire, elle nous permet de confirmer la charge affec
tive de chacun des mots. La majorité des sujets a jugé les mots qu'ils
avaient produits comme étant affectifs et les mots neutres comme étant
dépourvus de connotation affective. Nous avons éliminé les protocoles de
3 sujets dont les évaluations semblaient aléatoires.
Les tests de mémoire
Chaque sujet a été soumis à trois tests de mémoire effectués les uns à
la suite des autres : tout d'abord un rappel libre suivi d'un rappel indicé et,
pour terminer, une épreuve de reconnaissance (ces épreuves se font orale
ment). Nous utilisons ces trois épreuves pour voir si les informations non
rappelées dans les deux premières conditions (rappel libre et rappel indicé)
sont tout de même disponibles en mémoire et récupérées en reconnais
sance.
Dans l'épreuve de rappel indicé les indices sont des synonymes qui co
rrespondent aux 28 mots de la liste d'apprentissage.
Le matériel de reconnaissance est constitué de 56 mots (cf.
annexe IV) : les 28 mots de la liste d'apprentissage, plus 14 distracteurs
neutres : ce sont des qui ne sont pas apparus dans la liste d'apprentis
sage et dont la fréquence d'usage est en moyenne identique à celle des
mots appris, et 14 distracteurs affectifs : ce sont des mots affectifs produits
par les autres sujets, mais de faible occurrence.
HYPOTHESES
Si la connotation affective des mots facilite leur mémorisat
ion, alors les sujets des deux groupes devraient restituer plus de
mots affectifs que de mots neutres, et ce quelle que soit la procé
dure de récupération utilisée. La valeur affective des mots pourr
ait même conduire à faire disparaître les différences de perfo
rmances observées entre les sujets déficitaires et les sujets non
déficitaires, pour la restitution des mots neutres.
De plus, nous nous attendons à retrouver les résultats rap
portés par Rabinowitz (1984) : les performances en reconnais
sance seront supérieures aux obtenues dans les
épreuves de rappel libre et de rappel indicé.

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