Rôle de la vision dans la direction de mouvements graphiques simples - article ; n°3 ; vol.98, pg 401-428

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L'année psychologique - Année 1998 - Volume 98 - Numéro 3 - Pages 401-428
Résumé
Cette étude aborde le rôle de la vision dans l'organisation syntaxique de la production graphique. Conformément au point de vue de Meulenbroek et Thomassen (1991), une différence statutaire entre horizontales-verticales et obliques est postulée. Des sujets adultes droitiers devaient copier une série d'items composés de trois segments horizontaux et verticaux ou obliques dans des conditions de suppression du feed-back visuel ou de décorrélation entre infor- mations visuelles et proprioceptives à l'aide de miroirs. Les données obtenues confirment l'importance dufeed-back visuel sur la production des horizontales et des verticales. En situations conflictuelles, la dominance de la modalité visuelle sur la modalité proprioceptive est observée. Ces résultats suggèrent l'importance du contrôle visuel sur le choix des directions privilégiées des mouvements graphiques.
Mots-clés : vision, dessin en miroir, direction des mouvements, système de références géométriques, système de références anatomiques.
Summary : The role of vision in simple graphie movement direction.
This study examined the role of vision on syntactical organization of drawing production. In accordance with Meulenbroek and Thomassen's point of view (1991), a qualitative difference in the production of horizontals-verticals and obliques is postulated. Right-handed adults were required to copy geometrical figures composed of either three horizontals and verticals or three obliques, in the absence of visual control or under visuo-proprioceptive discordant conditions (mirror-drawing task). Data confirmed the importance of visual feedback on the production of horizontal and vertical directions. The dominance of the visual modality on proprioceptive modality was observed in conflictual situations. The results suggest the importance of visual control on the selection of privileged directions in graphic movements.
Key words : vision, mirror-drawing, movement directions, geometrical reference system, anatomical reference system.
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1998
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L. Gullaud
Annie Vinter
Rôle de la vision dans la direction de mouvements graphiques
simples
In: L'année psychologique. 1998 vol. 98, n°3. pp. 401-428.
Résumé
Cette étude aborde le rôle de la vision dans l'organisation syntaxique de la production graphique. Conformément au point de vue
de Meulenbroek et Thomassen (1991), une différence statutaire entre horizontales-verticales et obliques est postulée. Des sujets
adultes droitiers devaient copier une série d'items composés de trois segments horizontaux et verticaux ou obliques dans des
conditions de suppression du feed-back visuel ou de décorrélation entre infor- mations visuelles et proprioceptives à l'aide de
miroirs. Les données obtenues confirment l'importance dufeed-back visuel sur la production des horizontales et des verticales.
En situations conflictuelles, la dominance de la modalité visuelle sur la modalité proprioceptive est observée. Ces résultats
suggèrent l'importance du contrôle visuel sur le choix des directions privilégiées des mouvements graphiques.
Mots-clés : vision, dessin en miroir, direction des mouvements, système de références géométriques, système de références
anatomiques.
Abstract
Summary : The role of vision in simple graphie movement direction.
This study examined the role of vision on syntactical organization of drawing production. In accordance with Meulenbroek and
Thomassen's point of view (1991), a qualitative difference in the production of horizontals-verticals and obliques is postulated.
Right-handed adults were required to copy geometrical figures composed of either three horizontals and verticals or three
obliques, in the absence of visual control or under visuo-proprioceptive discordant conditions (mirror-drawing task). Data
confirmed the importance of visual feedback on the production of horizontal and vertical directions. The dominance of the visual
modality on proprioceptive modality was observed in conflictual situations. The results suggest the importance of visual control on
the selection of privileged directions in graphic movements.
Key words : vision, mirror-drawing, movement directions, geometrical reference system, anatomical reference system.
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Gullaud L., Vinter Annie. Rôle de la vision dans la direction de mouvements graphiques simples. In: L'année psychologique.
1998 vol. 98, n°3. pp. 401-428.
doi : 10.3406/psy.1998.28575
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1998_num_98_3_28575L'Année psychologique, 1998, 98, 401-428
MÉMOIRES ORIGINAUX
LEAD, CNRS/ESA 5022
Université de Bourgogne1
RÔLE DE LA VISION
DANS LA DIRECTION
DE MOUVEMENTS GRAPHIQUES SIMPLES
par Lucette GULLAUD et Annie VlNTER
SUMMARY : The role of vision in simple graphie movement direction.
This study examined the role of vision on syntactical organization
of drawing production. In accordance with Meulenbroek and Thomassen's
point of view (1991), a qualitative difference in the production of
horizontals-verticals and obliques is postulated. Right-handed adults were
required to copy geometrical figures composed of either three horizontals and
verticals or three obliques, in the absence of visual control or under
visuo-proprioceptive discordant conditions (mirror-drawing task). Data
confirmed the importance of visual feedback on the production of horizontal
and vertical directions. The dominance of the visual modality on
proprioceptive modality was observed in confiictual situations. The results
suggest the importance of visual control on the selection of privileged directions
in graphic movements.
Key words : vision, mirror-drawing, movement directions, geometrical
reference system, anatomical reference system.
INTRODUCTION
Depuis les travaux de Wood worth (1899), force est de cons
tater l'intérêt particulier porté à l'intervention de la modalité
1 . Faculté des sciences, 6, boulevard Gabriel, 21000 Dijon.
E-mail:lucette. gullaud@satie.u-bourgogne.fr 402 Lucette Gullaud et Annie Vinter
visuelle dans le contrôle des habiletés motrices. Toutefois, le
poids accordé au recours de la vision dans le contrôle des mou
vements à donné lieu à un grand nombre de débats. Pour cer
tains, l'exécution correcte d'un mouvement nécessite essentiell
ement que soient déterminés de façon précise les paramètres de ce
mouvement dans un programme initial, alors que d'autres
accordent un rôle majeur aux informations visuelles dans l'amé
lioration de la performance motrice (voir les ouvrages de Jean-
nerod (1988) et de Schmidt (1988) pour un compte rendu
détaillé). L'intervention du feed-back visuel dans la production
motrice ayant été abordée principalement à partir de tâches de
pointage ou de saisie manuelle, nous nous proposons d'étudier
ici son rôle dans la réalisation graphique de figures géométriques
simples.
De par le nombre de solutions qui s'impose, la production
graphique de figures géométriques nécessite de la part des
sujets, qu'ils déterminent la façon dont se déroulera leur action.
La stabilité des patterns comportementaux observés dans ces
tâches graphiques a permis de dégager un ensemble de règles
syntaxiques regroupées sous le terme de « Grammaire de l'a
ction» (Goodnow et Levine, 1973). Ces règles spécifient le point
de départ d'une figure géométrique (commencer à gauche, en
haut, par une verticale), le sens de progression (de la gauche vers
la droite, du haut vers le bas), ainsi que la séquence des mouve
ments à réaliser (continuité, ancrage). Elles auraient pour ori
gine tout autant des facteurs de haut niveau que de bas niveau
(Thomassen, Meulenbroek et Hoofs, 1992 ; Thomassen, Tibosch
et Maarse, 1989; Van Sommers, 1984; Vinter, 1994). L'étude
présentée ici contribue à élargir ce champ de recherche en exa
minant l'importance de la vision sur les aspects syntaxiques de
la production graphique.
Quelques données de la littérature révèlent la sensibilité du
niveau syntaxique à la disponibilité de l'information visuelle.
Vinter et Meulenbroek (1993) observent une modification de la
localisation du point de départ du tracé d'un cercle en l'absence
de vision. La suppression des données visuelles influence égal
ement l'enchaînement séquentiel des mouvements graphiques
(écriture et dessin). Les enfants (Baldy, Chatillon, Cadopi et
Chanquoy, 1996; Vinter, 1994) et les adultes (Smyth, 1989;
Vinter, 1993) tendent alors à restreindre le nombre des levers de
crayon durant la production. Smyth (1989) mentionne de plus Information visuelle et production graphique 403
que cette préférence pour la réalisation continue de séquences de
traits se fait au détriment de la production des directions privi
légiées propres aux mouvements d'écriture. Ce dernier résultat
suggérerait que la vision constitue un facteur important à l'or
igine des préférences directionnelles des mouvements. Toutefois,
il est probable que dans une tâche de dessin, l'importance du
contrôle visuel des mouvements varie en fonction de la structure
des figures à réaliser, comme l'indique la différence statutaire
relevée par Meulenbroek et Thomassen (1991) entre segments
horizontaux et verticaux d'une part, et segments obliques
d'autre part. Selon ces auteurs, un système de références géomét
riques, dépendant étroitement du feed-back visuel, serait requis
lors de la production des horizontales et des verticales, contrai
rement aux obliques pour lesquelles le système impliqué dépend
rait de la structure anatomique de la main ou des doigts. Dans
leur description de la direction des mouvements,
Meulenbroek et Thomassen (1991) présentent les obliques
comme étant les moins complexes à réaliser au niveau moteur,
les horizontales et les verticales nécessitant la participation
simultanée de la main et des doigts. De plus, les contraintes bi
omécaniques du système effecteur sont moins fortes pour les
verticales (coordination congruente de la main et des doigts de
type flexion-flexion ou extension-extension) que pour les hori
zontales incongruente de type flexion-extension
ou extension-flexion).
Le rôle des systèmes de références spatiales, déterminé par
Meulenbroek et Thomassen à partir de l'étude de mouvements
graphiques continus de va-et-vient, reste à démontrer pour la
production graphique de figures géométriques. Leur interven
tion au niveau de l'enchaînement séquentiel des segments d'une
figure devrait se traduire, en l'absence de vision, par des pertur
bations touchant essentiellement la production des figures com
posées d'horizontales et de verticales. Des situations implémen-
tant une suppression totale (à l'aide d'un cache par ex.) ou
partielle (emploi d'un stylo sans encre) du feed-back visuel
devraient alors permettre de mieux saisir l'impact de la modal
ité visuelle sur la performance graphique, et révéler probable
ment l'importance d'un contrôle visuel en continu des mouve
ments horizontaux et verticaux essentiellement.
Outre les conditions expérimentales visant à supprimer le
feed-back visuel pour en déterminer l'importance sur le Lucette Gullaud et Annie Vinter 404
contrôle des mouvements, une seconde méthode consiste à pla
cer les sujets dans des situations où les informations visuelles
et proprioceptives sont discordantes. Dans une tâche de dessin
d'une étoile en miroir, les obliques sont réalisées plus difficil
ement que les verticales par des sujets « normaux », alors que
cette différence n'apparaît pas chez une patiente désafférentée
(Lajoie et al., 1992). Ces résultats confirmeraient la dominance
de la vision dans une tâche de dessin en miroir, la production
d'obliques nécessitant dans ce cas la résolution d'un problème
de choix multiple (combinaison haut, bas, gauche et droite),
alors que seul un problème de choix binaire est impliqué dans
la production des verticales (haut versus bas). Notons cepen
dant que l'asservissement des données proprioceptives aux
données visuelles ne s'applique pas à l'ensemble des travaux
relatifs à la résolution de conflits visuo-proprioceptifs. Dans
une tâche de dessin en miroir de figures géométriques ouvertes,
moins contraignantes visuellement que le dessin d'une étoile
(Lajoie et al, 1992), Gullaud et Vinter (1996) observent la
mise en œuvre de deux stratégies de résolution de conflits
visuo-proprioceptifs. La majorité des sujets (groupe dit
« visuel ») privilégie la direction des mouvements vus dans le
miroir identique à celle des mouvements réalisés en condition
normale, alors qu'un nombre plus restreint de sujets tend à
privilégier les directions produites sur la feuille (groupe dit
« proprioceptif »). Les auteurs interprètent ces comportements
comme résultant dans le premier cas de la dominance des
informations visuelles, dans le second cas, de la des proprioceptives.
Le port de lunettes prismatiques dans une tâche de poin
tage révèle également qu'en fonction de la disponibilité du
feed-back visuel, deux types de corrections prismatiques sont
possibles (Uhlarik et Canon, 1971 ; Redding et Wallace, 1988).
La dominance visuelle, induisant le recalibrage des informa
tions proprioceptives, n'apparaît que lorsque la vision de la
main est disponible dès le début du mouvement. En revanche,
la disponibilité des indices visuels en fin de parcours seulement
conduit au calibrage du champ visuel sur les informations pro
prioceptives, ces dernières étant alors dominantes. Ces travaux
montrent donc l'importance des conditions d'exposition sur le
choix d'un contrôle visuel ou proprioceptif des mouvements à
produire. Information visuelle et production graphique 405
Cette nouvelle étude s'inscrit dans cette problématique en
visant à déterminer l'importance de la vision dans une tâche de
dessin en miroir, compte tenu de la localisation spatiale de
celui-ci. Tel qu'observé par Gullaud et Vinter (1996) chez les
sujets dominants visuels, préserver les « directions vues » dans le
miroir identiques à celles employées en condition normale induit
un renversement des « directions produites » vers la gauche,
lorsque le miroir est situé à gauche de la feuille de dessin. Une
étude plus systématique de ce type de comportement s'impose
toutefois pour deux raisons. La première consiste à vérifier que
ce comportement, déterminé par des analyses a posteriori, est
toujours présent lorsqu'une sélection des sujets a priori est réali
sée. Cette présélection des sujets nécessite que les critères de
dépendance à l'information visuelle soient définis plus strict
ement dans cette nouvelle étude. La seconde raison vise à général
iser ce comportement aux transformations possibles des syn
taxes induites par la position du miroir. Dans ce cas, des
résultats similaires sont attendus lorsque le miroir est placé en
face des sujets, avec cette fois-ci un renversement des « direc
tions produites» vers le bord supérieur de la feuille. On note
alors que la dominance de la vision sur le choix directionnel des
mouvements devrait conduire les sujets à réaliser sur le papier
des trajectoires en direction non préférée, c'est-à-dire vers le
haut et/ou vers la gauche. Or, compte tenu des forces qui
entrent en jeu durant la production graphique, l'une visant au
déplacement du stylo, la seconde au maintien de son contact sur
la table à partir des mouvements de flexion (Van Sommers,
1984), une opposition plus forte entre ces forces apparaît pour
les mouvements produits du bas vers le haut, résultant d'une
extension simultanée des doigts et de la main, que pour ceux
produits de la droite vers la gauche, résultant d'une extension
des doigts mais d'une flexion de la main. Compte tenu de cette
difficulté, il convient d'examiner si la dominance des «direc
tions vues» dans le miroir à gauche est conservée lorsque le
miroir est situé en face des sujets. Il se pourrait au contraire que
les sujets changent de stratégie au profit du maintien des
« directions produites » identiques à celles habituellement
employées. Tout comme dans notre expérience précédente (Gul
laud et Vinter, 1996), l'impact de la structure des figures sur les
aspects syntaxiques de la production graphique est abordé dans
cette recherche. Les informations proprioceptives étant censées 406 Lucette Gullaud et Annie Vinter
jouer un rôle essentiel dans la production des obliques, contra
irement aux horizontales et aux verticales dépendant fortement
de la modalité visuelle (Meulenbroek et Thomassen, 1991), il est
probable que la stratégie de renversement des « directions pro
duites » apparaisse moins importante pour les items nécessitant
le recours au système anatomique. Cette différence n'est toute
fois attendue que dans la condition miroir en face, du fait des
difficultés à produire des mouvements de bas en haut.
METHODE
SUJETS
Trente-deux étudiants de l'Université de Bourgogne ont participé à
cette expérience. Agés de 19 à 29 ans (âge moyen = 21,8), 24 sujets
étaient de sexe féminin et 8 de sexe masculin. Tous étaient droitiers et
avaient une vue normale ou corrigée, et n'ont été informés sur le but de
cette étude qu'une fois la passation terminée. Aucun d'eux n'était famil
ier avec une langue dont les lignes d'écriture s'effectuent de la droite
vers la gauche.
En ce qui concerne la participation aux tâches de dessin en miroir, une
présélection des sujets a été réalisée en vue de constituer un échantillon
pour lequel le degré de dépendance à l'information visuelle est défini plus
strictement que dans les travaux antérieurs (Gullaud et Vinter, 1996). Par
conséquent, les 16 sujets retenus privilégient dans plus de 75 % des cas les
directions perçues dans le miroir identiques à celles habituellement pro
duites (condition normale), lorsqu'ils ont à copier une série de 8 figures
composées de 2 segments dans une condition miroir à gauche (pour plus de
détails sur la procédure et les items employés, se reporter à Gullaud et Vint
er, 1996). En référence à la dénomination employée par les auteurs, ces
sujets correspondent au «groupe visuel».
STIMULI ET MATÉRIEL
Comme l'illustre la figure 1, 8 items différents ont été utilisés dans
cette expérience, chaque item étant composé de 3 segments mesurant 1 cm
chacun.
Les items à copier se regroupent en 2 catégories distinctes en fonction
de leur structure, avec d'une part ceux composés uniquement d'horizont
ales et de verticales (structure « hv »), et d'autre part ceux composés un
iquement d'obliques «ob»). Ainsi, de par leur structure et visuelle et production graphique 407 Information
/S/ \A
h
Fig. Classification 1. — (« (« hv hv » : » horizontale-verticale : of horizontal-vertical the items des items as a function en ; ; « fonction « ob ob » : of » oblique) : their de leur structure
conformément au point de vue de Meulenbroek et Thomassen (1991), la
réalisation graphique des items à structure «hv» nécessiterait le recours
au système géométrique, traité principalement par la vision, tandis que la
copie des items à structure «ob» nécessiterait le recours au système ana to -
mique où la proprioception joue un rôle essentiel.
Chaque item était imprimé sur une fiche cartonnée de dimensions
6X6 cm. Ils pouvaient tous être dessinés de façon « continue », sans lever
le stylo de la feuille au cours de la production.
PROCÉDURE
Les sujets avaient pour tâche de copier fidèlement les modèles présent
és (fig. 1). Aucune contrainte sur le choix du point de départ, sur l'encha
înement et la direction des segments ne leur était imposée.
Avant que ne commence l'expérimentation, les sujets ont été répartis
en 4 groupes. Chaque groupe participait successivement à 2 conditions
expérimentales. La première de ces conditions était identique pour l'e
nsemble des sujets. Elle consistait à effectuer la tâche demandée sans qu'au
cune perturbation des informations visuelles n'ait lieu (condition normale).
Le modèle, placé à côté de la feuille sur laquelle dessinaient les sujets, res
tait visible durant toute la copie. Chacun des groupes participait ensuite à 2. — Illustration du dispositif expérimental utilisé dans cette expéFig.
rience. Une boîte opaque, disposée au-dessus de la feuille des sujets, empêc
hait la vision directe de la main et de la trace laissée sur le papier. L'ajout
d'un miroir à gauche dans la condition miroir à gauche (graphique du haut)
ou en face dans la condition miroir en face (graphique du bas), l'ouverture
de la boîte variant en fonction de la localisation spatiale du miroir, permett
ait aux sujets de voir le modèle à copier, leur main ainsi que leur dessin en
cours de réalisation.
Illustration of the experimental set-up used in this study. An opaque box
was positioned over the subjects sheet of paper, and prevented the subject from
seeing directly the writing hand and pen. An opening of the opaque box allowed
the subjects to see the model, his or her hand and to control visually the move
ment from a mirror located on the left or on the top of the sheet. The opening of
the box varied with the spatial localization of the mirror. Information visuelle et production graphique 409
une des 4 conditions suivantes, dans lesquelles soit les informations
visuelles étaient supprimées (groupes 1 et 2), soit les informations visuelles
et proprioceptives étaient décorrélées (groupes 3 et 4) :
Groupe 1 — Condition sans trace : les sujets dessinaient avec un crayon
qui ne laissait aucune trace d'encre sur la feuille. Par conséquent, le seul
contrôle visuel disponible sur le mouvement en cours de production se rap
portait aux déplacements de la main et des doigts.
Groupe 2 — Condition sans vision : une boîte opaque empêchait les
sujets de bénéficier de la vision de leur main et de leur avant-bras, ainsi
que de la trace laissée sur le papier. Notons qu'étant donné la taille des
figures à produire (1 cm par segment), seules les articulations des doigts et
du poignet peuvent être sollicitées par cette production (Meulenbroek et
Thomassen, 1991). Ces articulations étaient donc complètement hors de
vision pour le sujet traçant. L'item à copier, posé à plat au-dessus de la
boîte opaque, dans un plan parallèle à celui de la feuille, restait visible tout
au long de la tâche.
Groupe 3 — Condition miroir à gauche : les sujets effectuaient la tâche
demandée en regardant le modèle, leur main et la trace d'encre laissée sur
le papier à partir d'un miroir orienté parallèlement au bord latéral gauche
de la feuille, et perpendiculaire au plan de travail. Une boîte opaque pos
sédant une ouverture à gauche et placée au-dessus de la feuille rendait
impossible la vision directe du modèle, de la main et du dessin en cours de
réalisation. Une illustration du dispositif expérimental est présentée dans
la figure 2.
Groupe 4 — Condition miroir en face : mis à part la localisation spa
tiale du miroir, placé en face, perpendiculairement au plan de la feuille et
parallèle à son bord supérieur (fig. 2), cette situation était en tout point
identique à la précédente.
Les figures 3A (miroir à gauche) et 3B (miroir en face) illustrent pour
les conditions miroir, les discordances entre les mouvements graphiques
effectués sur la feuille et ceux perçus dans le miroir. La localisation spa
tiale du miroir à gauche induit le renversement des directions gauche-
droite et droite-gauche, mais ne modifie pas les directions haut-bas. En
revanche, la présence du miroir en haut de la feuille induit le renversement
des directions haut-bas et bas-haut, sans affecter les directions gauche-
droite et droite-gauche.
Les « directions produites » correspondent à celles des mouvements
réalisés sur la feuille, alors que les « directions vues » correspondent à celles
des mouvements perçus dans le miroir.
Dans chacune des conditions, les modèles (fig. 1) étaient présentés de
façon aléatoire aux sujets. Au total, 32 productions graphiques ont été réa
lisées par sujet (8 items X 2 essais X 2 conditions), soient 1 024 dessins pro
duits par l'ensemble des groupes (32 X 8 sujets X 4 groupes).

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