Rôle du mode de présentation (visuel, auditif, audio-visuel) dans la mémorisation d'instructions - article ; n°4 ; vol.85, pg 503-516

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1985 - Volume 85 - Numéro 4 - Pages 503-516
Résumé
Le rôle des modes de présentation, visuel, auditif et audio-visuel, a été étudié dans une tâche de rappel libre de listes d'instructions (exp. 1 : listes de 3, 5,7 et 9 instructions en mode visuel ; exp. II : listes de 4 instructions dans les 3 modalités). L'activité de subvocalisation est contrôlée en comparant une condition de réception normale à une condition de réception avec suppression de la subvocalisation (le sujet doit répéter la, la, la, la...). Le rappel en mode visuel est toujours inférieur à celui des modes auditif et audio-visuel qui ne diffèrent pas entre eux. L'analyse des effets sériels indique que la suppression de la subvocalisation produit une baisse spécifique du rappel en présentation visuelle au niveau des dernières informations de la liste (effet de récence) et une baisse générale du rappel (c'est-à-dire pour les 3 modalités de présentation) au niveau des premières informations de la liste (effet de primauté). Comme l'autorépétition des informations est localisée au niveau du début de la liste, l'hypothèse est faite que la vocalisation aurait deux fonctions additives : produire l'autorépétition quelle que soit la modalité de présentation et produire le recodage du visuel en auditif lorsque la présentation est visuelle.
Mots clés : instructions de mémorisation, subvocalisation, modalité de présentation.
Summary : The role of modality of presentation (visual, auditory, audio-visual) in memorizing instructions.
The role of the modality of presentation (visual, auditory and audio-visual) was studied on a free-recall task of lists of instructions (exp. I : lists of 3, 5, 7 and 9 instructions with visual presentation ; exp. II : list of e instructions with the 3 modalities). Subvocalization was controlled by comparing normal reception with reception where subvocalization was suppressed (subfects repeated aloud la, la, la, la). Recall was always inferior with visual presentation and there was no difference between auditory and visual-auditory presentations. A seriai effects analysis of the subvocalization suppression showed (1) that recall was specifically worse with visual presentation for the last information (recency effect) and (2) that recall was generally worse with the three modalities for the first information (primacy effect). As the locus of rehearsal is on the first information, the hypothesis is proposed that the subvocalization would have two additional functions : produce rehearsal with ail presentation modalities and produce auditive recoding of visual information with visual presentation.
Key words : memorizing instructions, subvocalization, modality of presentation.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
Lecture(s) : 41
Nombre de pages : 16
Voir plus Voir moins

Alain Lieury
Joseph Choukroun
Rôle du mode de présentation (visuel, auditif, audio-visuel) dans
la mémorisation d'instructions
In: L'année psychologique. 1985 vol. 85, n°4. pp. 503-516.
Citer ce document / Cite this document :
Lieury Alain, Choukroun Joseph. Rôle du mode de présentation (visuel, auditif, audio-visuel) dans la mémorisation
d'instructions. In: L'année psychologique. 1985 vol. 85, n°4. pp. 503-516.
doi : 10.3406/psy.1985.29110
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1985_num_85_4_29110Résumé
Résumé
Le rôle des modes de présentation, visuel, auditif et audio-visuel, a été étudié dans une tâche de rappel
libre de listes d'instructions (exp. 1 : listes de 3, 5,7 et 9 instructions en mode visuel ; exp. II : listes de 4
instructions dans les 3 modalités). L'activité de subvocalisation est contrôlée en comparant une
condition de réception normale à une condition de réception avec suppression de la subvocalisation (le
sujet doit répéter la, la, la, la...). Le rappel en mode visuel est toujours inférieur à celui des modes auditif
et audio-visuel qui ne diffèrent pas entre eux. L'analyse des effets sériels indique que la suppression de
la subvocalisation produit une baisse spécifique du rappel en présentation visuelle au niveau des
dernières informations de la liste (effet de récence) et une baisse générale du rappel (c'est-à-dire pour
les 3 modalités de présentation) au niveau des premières informations de la liste (effet de primauté).
Comme l'autorépétition des informations est localisée au niveau du début de la liste, l'hypothèse est
faite que la vocalisation aurait deux fonctions additives : produire l'autorépétition quelle que soit la
modalité de présentation et produire le recodage du visuel en auditif lorsque la présentation est visuelle.
Mots clés : instructions de mémorisation, subvocalisation, modalité de présentation.
Abstract
Summary : The role of modality of presentation (visual, auditory, audio-visual) in memorizing
instructions.
The role of the modality of presentation (visual, auditory and audio-visual) was studied on a free-recall
task of lists of instructions (exp. I : lists of 3, 5, 7 and 9 instructions with visual presentation ; exp. II : list
of e instructions with the 3 modalities). Subvocalization was controlled by comparing normal reception
with reception where subvocalization was suppressed (subfects repeated aloud la, la, la, la). Recall was
always inferior with visual presentation and there was no difference between auditory and visual-
auditory presentations. A seriai effects analysis of the subvocalization suppression showed (1) that
recall was specifically worse with visual presentation for the last information (recency effect) and (2) that
recall was generally worse with the three modalities for the first information (primacy effect). As the
locus of rehearsal is on the first information, the hypothesis is proposed that the subvocalization would
have two additional functions : produce rehearsal with ail presentation modalities and produce auditive
recoding of visual information with visual presentation.
Key words : memorizing instructions, subvocalization, modality of presentation.Psychologique, 1985, 85, 503-516 I SerPe° L'Année
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université de Haute-Bretagne, Bennes II1
ROLE DU MODE DE PRÉSENTATION
(VISUEL, AUDITIF, AUDIO-VISUEL)
DANS LA MÉMORISATION D'INSTRUCTIONS2
par Alain Lieury et Joseph Ghoukroun
SUMMARY : The role of modality of presentation (visual, auditory,
audio-visual) in memorizing instructions.
The role of the modality of presentation (visual, auditory and audio
visual) was studied on a free-recall task of lists of instructions (exp. I :
lists of 3, 5, 7 and 9 instructions with visual presentation ; exp. II :
list of 4 instructions with the 3 modalities). Sub vocalization was controlled
by comparing normal reception with reception where subvocalization was
suppressed (subjects repeated aloud la, la, la, la). Recall was always infe
rior with visual presentation and there was no difference between auditory
and visual-auditory presentations. A serial effects analysis of the subvocal
ization suppression showed (1) that recall was specifically worse with
visual presentation for the last information (recency effect) and (2) that
recall was generally worse with the three modalities for the first information
(primacy effect). As the locus of rehearsal is on the first information,
the hypothesis is proposed that the subvocalization would have two additional
functions : produce rehearsal with all presentation modalities and produce
auditive recoding of visual information with visual presentation.
Key words : memorizing instructions, subvocalization, modality of
presentation.
1. 6, avenue Gaston-Berger, 35000 Rennes.
2. Cette recherche a été réalisée avec le concours du Centre commun
d'Etudes de Télévision et Télécommunication, département esa (Cesson-
Sévigné) : nous remercions Patrick Salliot, Marc Bardoux et Francis Kretz
pour leur aide ou suggestions. Nous remercions vivement Jacques Benzerara,
du service informatique de l'Université, qui a réalisé la programmation
informatique des expériences, et Marc David, directeur du service, pour le
prêt d'un micro-ordinateur. 504 A. Lieury el J. Choukroun
La comparaison des modes de présentation de l'informa
tion verbale a été effectuée de manière assez inégale et aboutit
à des résultats complexes. La présentation visuelle (lecture) a
souvent été étudiée mais moins fréquemment comparée à la
présentation auditive. Quant à la modalité audio-visuelle, une
seule recherche (Levy, 1971) l'utilise à notre connaissance, soit
à cause des problèmes techniques posés (difficultés de synchron
isation), soit pour des motifs théoriques : la présentation
visuelle incluant une subvocalisation (Conrad, 1964), les cher
cheurs ont admis que le mode visuel normal simulait le mode
audio-visuel.
La présentation auditive permet un meilleur rappel que la
présentation visuelle (Margrain, 1967 ; Sperling etSpeelman, 1970)
mais cet avantage est de courte durée, environ deux à trois
secondes (Peterson et Johnson, 1971 ; Kroll, Parkinson et
Parks, 1972). Ainsi, ce n'est que l'information très récente,
lettres, mots (Richardson, 1979), dernière phrase d'une séquence
de trois phrases (Levy, 1975), qui bénéficie de la présentation
auditive (effet de modalité auditive).
Gomme nous l'avons dit, la présentation visuelle normale
(lecture) comporte une subvocalisation implicite. On doit donc
la neutraliser pour étudier le rôle de la présentation visuelle
seule. Dans une des techniques utilisées, on compare une condi
tion normale de présentation (visuelle ou auditive) à une où l'on supprime la possibilité de vocalisation de l'info
rmation pertinente en imposant au sujet une vocalisation
concurrente (ex. : dire rapidement et à voix haute les chiffres
de 1 à 9, ou « colacola... ou la la la...) pendant la présentation
de l'information cible. Par la suite, nous nous référerons au
terme générique de « suppression » pour désigner l'activité de
vocalisation concurrente imposée au sujet et destinée à sup
primer ou du moins à gêner considérablement la subvocalisation
spontanée de l'information pertinente.
Cette technique a été utilisée dans les recherches sur la
lecture impliquant une mémorisation (Levy, 1971) ou non
(tâche de compréhension, détection lexicale, Baddeley, Eldrige
et Lewis, 1981 ; Tardieu, 1981). C'est Betty Ann Levy (1971,
1975, 1978) qui a le plus contribué à nos connaissances, dans
l'étude du rôle de la subvocalisation dans la mémorisation.
Elle a tout d'abord montré (1971), pour des lettres et des mots,
que la vocalisation à voix haute, en présentation visuelle, com- de présentation et mémorisation 505 Mode
pensait le déficit du rappel des items récents par rapport à la
présentation auditive ou la présentation audio-visuelle. En
revanche, la suppression de la vocalisation provoque un déficit
dans le rappel de lettres ou de mots en présentation visuelle
mais pas en présentation audio-visuelle. Dans des expériences
de mémorisation de phrases (1975, 1978), Levy montra que
la suppression de la vocalisation produit également un déficit
pour la présentation visuelle mais pas pour la présentation
auditive. Il faut toutefois noter pour l'interprétation finale que
l'absence de déficit provoqué par la suppression de la vocali
sation dans la condition auditive n'est pas absolument génér
ale et on trouve dans quelques expériences (Levy, 1975, exp. II ;
Margolin, Griebel et Wolford, 1982, n. 1) un déficit statist
iquement significatif également en présentation auditive. L'effet
de suppression est le même pour des phrases indépendantes ou
thématiquement liées mais présentées séquentiellement, et non
comme un texte (Levy, 1978).
A la suite de Levy (1975), il faut souligner l'asymétrie des
effets de la vocalisation tels qu'ils apparaissent dans la courbe
de position sérielle en rappel libre : la vocalisation à voix haute
de l'information cible au cours de la présentation visuelle n'aug
mente le rappel que pour l'information récente (effet de récence)
et produit une augmentation du rappel des informations ter
minales (mots, ou dernière phrase) comparable à l'augmentat
ion du rappel de la présentation auditive par rapport à la
présentation visuelle « silencieuse » (lecture sans vocalisation
à voix haute). Dans ce cas, la vocalisation explicite semble
permettre un recodage des informations visuelles récentes en
un code auditif de courte durée.
La suppression de la vocalisation, en revanche, provoque
un déficit pour toutes les positions sérielles de la courbe de rappel,
ce qui permet de supposer que la suppression de la vocalisation
interfère avec un autre mécanisme lié à un stockage de plus
longue durée. Dans les expériences de Levy, l'effet de suppress
ion de la vocalisation est spécifique de la modalité visuelle
et n'intervient pas dans la modalité de présentation auditive
(sauf, on l'a noté, dans une de ses expériences).
Cependant, d'autres auteurs (Margolin, Griebel et Wolf
ord, 1982) ont trouvé que l'effet de suppression pouvait être
général, produisant un déficit de rappel pour la présentation
auditive comme pour la présentation visuelle, et ont égale- 506 A. Lieury el J. Choukroun
ment montré qu'une tâche concurrente de détection tactile
(en principe de nature non verbale) produisait le même déficit
que la tâche de suppression de la vocalisation. Ces auteurs
interprètent donc l'effet de suppression comme une interfé
rence générale de nature cognitive et non spécifiquement ver
bale. Enfin, comme le notent Margolin et ses collègues, les
hypothèses de concurrence verbale ou de concurrence cognitive
ne sont pas incompatibles et peuvent représenter deux compos
antes dont les effets interférents seraient additifs, en parti
culier en présentation visuelle où le déficit paraît en général
plus important et plus fréquent.
Les recherches présentées ici sont basées également sur
l'hypothèse de l'addition de deux composantes interférentes,
mais de nature différente. Les deux de la sup
pression de la vocalisation pourraient être liées à deux fonc
tions connues de la subvocalisation (ou vocalisation). La subvo
calisation a en effet une fonction de recodage interne du visuel
en auditif-articulatoire (Conrad, 1964) et une fonction d'auto-
répétition, c'est-à-dire de « réinjection » en mémoire de certaines
informations (Rundus et Atkinson, 1970 ; Lieury, Bouly et
Cicchi, 1980). Si l'on considère les effets sériels (rappel en fonc
tion de la position dans une séquence) en rappel libre comme
« analyseurs » des mécanismes mnémoniques (Oléron, 1970), la
fonction de recodage porte sur l'effet de récence tandis que
l'effet de l' autorépétition est plutôt bénéfique au niveau de l'effet
de primauté. Dans le cadre de cette hypothèse, on devrait donc
trouver que la suppression de la vocalisation diminue l'effet
de récence seulement pour la présentation visuelle (composante
« recodage du visuel en auditif ») tandis que la suppression de
la vocalisation devrait abaisser l'effet de primauté pour les
trois modes de présentation, visuel, auditif et audio-visuel
puisque la composante « autorépétition » joue un rôle général
quelle que soit la modalité de présentation.
EXPÉRIENCE I
L'analyse des effets sériels de la modalité visuelle étant
cruciale, l'expérience I ne comporte que cette modalité avec
l'objectif d'observer les effets sériels pour des listes de diff
érentes tailles en fonction de la condition de présentation : nor- Mode de présentation et mémorisation 507
maie (subvocalisation normale) ou avec suppression de la vocal
isation. La comparaison de la modalité visuelle et des autres
modalités sera l'objet de l'expérience IL
MÉTHODE
DISPOSITIF ET CONSTRUCTION DES LISTES
L'expérience est réalisée en mode visuel ; on dispose d'un micro
ordinateur Micral 9050 ; les items sont des instructions présentées
une par une au milieu de l'écran du moniteur vidéo, en lettres majuscules
et en vert sur fond noir. En fonction d'objectifs ergonomiques présentés
ailleurs (Lieury, Quillere et Choukroun, 1984), les items sont des instruc
tions de type « télétel » (c'est-à-dire de l'annuaire électronique Minitel ;
ex. « service actuellement inaccessible ») ou des messages d'erreur des
langages informatiques (ex. : « code de fonction illégal »). Au total, on
a construit 96 instructions (plus 20 pour les essais de familiarisation),
soit 4 listes de chaque longueur (3, 5, 7 et 9 instructions) ; pour chaque
longueur de liste, il y a 4 listes homogènes correspondant à la combinai
son factorielle du type d'instructions (télétel et informatique) et de la
longueur des instructions (instructions courtes : 2 ou 3 mots et instruc
tions longues : 4 ou 5 mots). Trois ordres d'instructions sont utilisés
afin de randomiser la nature de l'instruction en fonction d'une condition
particulière.
PROCÉDURE
En condition normale de présentation, le sujet lit silencieusement
chaque instruction sans contrainte tandis qu'en condition de suppression
de la subvocalisation, le sujet répète à voix haute et à un rythme
rapide « la la la la la... » sans interruption jusqu'au signal de rappel.
Le temps de présentation de chaque instruction est de cinq secondes.
A la fin de la de la dernière d'une liste, un bip
sonore annonce la phase du rappel. Le rappel est en temps libre et se
fait sur les pages d'un carnet de réponses.
PLAN D'EXPÉRIENCE
L'expérience est conçue en 4 cycles correspondant à 4 longueurs de
listes : 3, 5, 7 et 9 instructions ; l'ordre croissant est adopté et le même
ordre est conservé pour tous les sujets de manière à éviter des change
ments de stratégies dans le rappel (Oléron, 1970). Chaque cycle comporte
4 listes de même longueur : 2 listes d'instructions « télétel » et 2 listes PRESENTATION VISUELLE
X rappel
10(V L3 100 L9
80
/60- 60-
40
20"
N : Normal
S : Suppression 3. ■» — •«■ — subvocalisation
12 3 2345123456 123456 7 89
POSITION SERIELLE
Fig. 1 — Effets de la suppression de la vocalisation (présentation visuelle)
en fonction de la longueur de la liste et de la position sérielle Mode de présentation et mémorisation 509
d'instructions « informatique ». Au total, le sujet voit 96 instructions
(sans compter les essais) réparties en 4 cycles de 4 listes, soit 16 listes.
Le plan d'expérience est complètement factoriel, chacun des 12 sujets
obtient un score pour chaque combinaison des facteurs principaux,
condition de lecture (normale ou avec suppression de la subvocalisation),
longueur de la liste (3, 5, 7, 9), position sérielle et type d'instruction. La de lecture, normale ou suppression, est entièrement contre
balancée : par cycle, la moitié des sujets lit les deux premières listes en
normal puis les deux autres en et inversement pour l'autre
moitié des sujets ; l'ordre « télétel » et « informatique » est contrebalancé
de la même manière. Au total, hormis la longueur des listes, aucun des
facteurs n'est confondu avec l'ordre temporel de présentation des listes.
RÉSULTATS
Afin d'apprécier le rappel de façon relativement complète,
nous avons utilisé comme score la proportion de mots rap
pelés par instruction (nombre de mots rappelés par instruction,
divisé par le nombre de mots de l'instruction à l'exclusion des
articles) ; par exemple, si un sujet rappelle « service inaccessible »
au lieu de « service actuellement inaccessible », il obtient un
score de .66 (2/3) ; ne comptabiliser dans le rappel que les ins
tructions complètes eût conduit à sous-estimer le rappel.
Le rappel a été analysé en fonction de la position sérielle
de chaque instruction dans la liste. La figure 1 représente les
courbes de rappel en fonction des positions sérielles, de la
condition de lecture (normale ou suppression) et de la longueur
de la liste. La signification statistique des différences observées
a été calculée par analyse de la variance.
Tout d'abord, il y a un effet global de la longueur de la
liste (F3.253 = 6,66, p < .0005) ; néanmoins, seule la liste de
3 instructions permet un rappel supérieur (48,3 %) par rap
port aux listes de 5, 7 et 9 instructions (F^^ = 12,57, p = .0005)
dont les rappels ne sont pas significativement différents entre
eux (liste de 5 = 36,2 % ; liste de 7 = 36,6 % ; liste de
9 = 34,7 %). Il faut noter cependant que des pourcentages
équivalents représentent, pour ces listes de taille croissante,
une augmentation du rappel en valeur absolue (l'équivalent
de 1,45 instruction pour la liste de 3 ; 1,81 pour la liste de 5 ;
2,56 pour la liste de 7 et 3,12 pour la liste de 9.
Les effets de position sérielle sont classiques et ressemblent 510 A. Lieury et J. Choukroun
à ceux obtenus avec des listes de mots. On observe un effet
de primauté (bons rappel des premiers items) en lecture nor
male et un effet de récence (très bon rappel des tout derniers
items). Afin d'évaluer statistiquement les effets sériels en fonc
tion des conditions de lecture et en fonction des différentes
longueurs de liste, nous avons calculé la moyenne de rappel
pour toutes les positions sérielles intermédiaires entre la pre
mière et la dernière position. Toutes les listes deviennent donc
comparables pour les 3 positions sérielles. Les scores de la pre
mière position et de la dernière position ne sont pas trans
formés, seules les positions intermédiaires sont condensées et
ne seront pas prises en considération dans l'interprétation. De
même que pour une liste de 3 positions sérielles, l'effet de pr
imauté est restreint à la première position tandis que l'effet
de récence est restreint à la dernière position. En fonction de
cette approximation, l'analyse statistique confirme que la sup
pression de la subvocalisation produit un déficit dans le rappel
à la fois au niveau de l'effet de primauté (le rappel moyen est
de 28,9 % en Normal et de 8,1 % en Suppression : Fj.^g = 24,55,
p < .0005) et au niveau de l'effet de récence (le rappel moyen
est de 86,7 % en Normal et de 71,04 % en Suppression :
Fi-253 — 13,98, p < .0005). Ce résultat, qui est conforme à
l'hypothèse de départ, sera interprété dans la discussion géné
rale afin de prendre en compte les résultats concernant les
autres modalités (exp. II).
EXPÉRIENCE II
L'expérience I n'ayant permis de montrer une différence de
rappel qu'entre les listes de 3 et 5 instructions, nous avons
choisi pour l'expérience II une liste de longueur intermédiaire,
de 4 instructions, pour la comparaison des trois modalités de
présentation, visuelle, auditive et audio-visuelle.
MÉTHODE
DISPOSITIF ET CONSTRUCTION DES LISTES
Le micro-ordinateur utilisé précédemment est complété par un
ensemble d'écoute haute fidélité composé d'un lecteur de cassettes
audio, d'un amplificateur et de deux casques d'écoute, un pour le sujet

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.